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lundi 24 mars 2014

Sigrid Undset, prix Nobel de littérature

A l'occasion du Salon du livre de Paris qui s'est avéré une fois de plus particulièrement testostéroné, je rappelle que de grandes figures de la littérature tombent régulièrement dans l'oubli simplement par le fait d'être des femmes.
Qui sait que le prix Nobel de littérature 1928 fut une femme ?


Elle figure sur les billets de 500 couronnes norvégiennes et s'appelle Sigrid Undset. La trilogie "Christine Lavansdatter" qui lui a valu le prestigieux prix a été adaptée au cinéma avec Liv Ullmann dans le rôle principal.

Kristin Lavransdatter film.jpg

Ses livres seront interdits et brûlés sous Hitler. Elle s'enfuit en Suède où elle rentre dans la résistance puis passant par la Russie et le Japon rejoint New York. En 1944, elle siège à la commission américaine pour la protection et le sauvetage des documents historiques dans les zones d'opérations militaires.
De retour en Suède après la guerre, elle est décorée de la Grand Croix de l'ordre de Saint-Olaf par le roi de Norvège pour ses hauts faits de résistance.

mardi 12 mars 2013

Les hommes ont toute l'autorité / Contre raison et contre l'équité

Extraits de vers féministes de "Mes Dames des Roches de Poitiers" (mère et fille), Paris, 1578.

Epître à ma fille (de Madeleine des Roches ; extrait) :

Les anciens amateurs de savoir,
Disaient qu'à Dieu faut rendre le devoir,
Puis au pays, et le tiers au lignage.
Les induisant a force de courage,
Soit quelques fois pour souffrir passion,
Soit pour dompter la force affection.
Au Seigneur Dieu je porte révérence,
Pour mon pays, je n'ai point de puissance,
Les hommes ont toute l'autorité
Contre raison et contre l'équité

(...)

Ode 1

(...)

Nos parents ont de louables coutumes,
Pour nous tollir l'usage de raison,
De nous tenir close dans la maison
Et nous donner le fuseau pour la plume.

Traçant nos pas selon la destinée
On nous promet liberté et plaisir :
Et nous payons l'obstiné déplaisir
Portant le dot sous les lois d'hyménée.

Bient tôt après survient une misère
Qui naît en nous d'un désir mutuel
Accompagné d'un soin continuel
Qui suit toujours l'entraille de la mère.

Il faut soudain que nous changions l'office
Qui nous pouvait quelque peu façonner
Où les maris ne nous feront sonner
Que l'obéir, le soin et l'avarice. 

(...)

Mon Dieu, mon Dieu, combien de tolérance,
Que je ne veux ici ramentevoir !
Il me suffit aux hommes faire voir
Combien leurs lois nous font violence,


(...)

Pour  supporter les maux de notre vie,
Dieu nous fit part de l'intellect puissant
Pour le réduire à l'intellect agent
Malgré la mort, la fortune et l'envie.


CHANSON DES AMAZONES (Catherine des Roches, Paris, 1579)

Nous faisons la guerre
Aux Rois de la terre
Bravant les plus glorieux,
Par notre prudence
Et notre vaillance,
Nous commandons en maints lieux,
Domptant les efforts
Des plus hardis et forts
D'un bras victorieux.

Nous chassons les vices
Par les exercices
Que la vertu nous apprend :
Fuyant comme peste
Le brandon moleste
Qui autour du coeur prend :
Car la pureté
De notre chasteté
Pour jamais le défend.

Nous tenons les hommes
Des lieux où nous sommes
Tous empêchés à filer  :
Leur lâche courage
D'un plus bel ouvrage
N'est digne de se mêler :
Si quelqu'un de vous
S'en fâche contre nous
Qu'il vienne quereller.

 Proteste gegen NPD-Saalveranstaltung

(Source : "Le Miroir des Femmes, roman, conte, théâtre, poésie au XVIe siècle", Luce Guillerm, Jean-Pierre Guillerm, Laurence Hordoir, Mare-Françoise Piéjus, presses universitaires de Lille, 1984.
Photo : manif contre le parti d'extrême-droite allemand NPD à Berlin-Neukölln le 16.2.2013. Autres photos ici).

lundi 14 janvier 2013

Ding Dong The Witch is Dead

Tandis que Miss B., 4 ans et 3/4 est en train de transformer avec des feutres et des crayons de couleurs des garçons en filles sur une page d'exercices des cahiers de la collection "chouette entraînement, maternelle, moyenne section" (ce sont des cahiers d'exercices édités par Hatier dans lequel il y a plus de garçons que de filles, surtout dans des situations actives, et comme j'ai modifié certains de ces dessins trop phallocentrés à mon goût, il a pris à mademoiselle renardelle un grand désir de m'imiter), tout en se livrant, donc, à cette activité hautement féministe (et aussi mathématique parce qu'elle compte les filles et les garçons pour voir s'ils sont en nombre égal avant de redessiner leurs attributs et du coup elle apprend à la fois à compter et à dessiner ! Si c'est pas de la pédagogie, ça !), elle chante joyeusement : "Ding dong the witch is dead, the witch is dead, the witch is dead, ding dong, the witch is dead (etc)". Je me dis dans un premier temps que cette petite futée qui parle déjà deux langues est en train de s'en approprier, en douce, une troisième, avant de prêter attention aux paroles de la chanson : "la sorcière est morte, la sorcière est morte, la sorcière est morte..." (pfff c'est dur le boulot de féministe :( ) Je lui demande, alors, où elle a entendu cela et elle me répond que c'est une chanson du Magicien d'Oz.
Ah oui, en effet. Je ne m'en souvenais pas du tout.

Je sais que les sorcières la travaillent, lui font peur, elle ne sait pas si elles existent vraiment, qui elles sont et quel rôle elles vont jouer dans sa vie. Elle sait seulement que tous les livres, les films, les spectacles en parlent, que l'on se déguise en sorcières à l'époque d'Halloween, qu'elles sont partout dans son monde et qu'une chanson qui se réjouit de la mort de l'une d'entre elles apaise ses angoisses vis-à-vis de cette figure anxiogène.

Les sorcières sont omniprésentes.

Dans toute la culture POUR ENFANTS.
Wicked Witch Wizard of Oz Bookmark
Pourquoi continuons-nous d'apprendre à nos enfants des quantités d'histoires où interviennent des sorcières, alors que nous savons très bien ce qu'il en est de ce mythe et de qui en a fait les frais par le passé ?
En Allemagne, rares sont les gens qui continuent encore à jouer à ce jeu raciste : "Qui a peur de l'homme noir ?" (un ancien jeu d'attrape allemand), mis à part les simples d'esprit que ne voient pas ce que cette phrase a de raciste envers les gens dits "de couleur".

Mais par contre pour les sorcières, pas de problème. Il faudrait beau voir que l'on se passe de contes où elles interviennent !

Je n'ai rien dit à miss B. Je ne peux pas prendre tous les livres de contes du monde et transformer les méchantes sorcières en méchants sorciers (apprentis-sorciers (scientifiques), sorciers qui veulent assassiner des jeunes vierges parce qu'elles sont trop belles (violeurs, prostitueurs), sorciers qui veulent manger des enfants (prêtres pédophiles), sorciers hystériques, jaloux et avides de pouvoir (boursicoteurs), sorciers qui se transforment en dragon (présidents va-t-en-guerre), sorciers empoisonneurs (technocrates des firmes Monsanto, Areva, ...). Je ne peux pas TOUS les redessiner.

Quoique.....

Ceci se passait donc le dimanche. Le lundi, je suis retournée travailler, et là, à propos d'Irlande et d'un certain "Rock of Cashel" dont je ne savais rien, mais sur lequel il fallait que j'écrive quelque chose, je sursautai en lisant ceci sur Wikipédia car cela faisait étonnement écho à mon billet précédent :

"Au Rock de Cashel, lors d'un sermon demeuré célèbre, Maewyn Succat, dit saint Patrick, montra une feuille de trèfle : "Voila la figure de la Trinité sainte». Les figures de triades étaient familières à la religion celtique : le trèfle deviendra ainsi le symbole de l'Irlande. La légende raconte que c'est à ce moment-là que furent chassés tous les serpents du pays, action qui symbolise la conversion du peuple irlandais".


Apparemment ces histoires de serpents que l'on retrouve d'un bout à l'autre du monde occidental et même oriental se rapportent toutes au même culte antérieur au christianisme et qui pourrait bien être celui d'Isis puisque le serpent est l'attribut de la déesse Isis. D'après Hypathie qui a lu le livre de Florence Quentin "Isis l'Éternelle", le culte de cette déesse originaire d'Egypte, a voyagé en suivant les voies commerciales et maritimes, a conquis Alexandrie, Rome, puis l'Europe et l'Afrique du Nord.
L'Europe, donc l'Irlande.

Voilà pour mes aventures passionnantes de ces deux derniers jours.

Ah non, j'ai oublié l'épisode "Hannah Arendt" de ce soir, où le film a été interrompu au bout d'1/4 d'heure et où les gens ont été priés de quitter la salle parce  que le son était dédoublé et qu'apparemment le/la technicien.ne n'a pas pu réparer la panne.
L'Allemagne n'est plus ce qu'elle était, question technique !
Bref, je n'ai toujours pas vu le film !!!!
 

vendredi 6 juillet 2012

Affaire Sibylle de Valois (suite)

A picture of Marguerite Valois, first wife of King Henri IV of France


Tania du blog Textes et prétextes, que je recommande fort aux amateurs/trices de littérature pour sa grande qualité de présentations (toujours magnifiquement illustrée) des livres les plus passionnants, a, contrairement à moi, reçu une réponse des éditions folio à sa plainte concernant l'étrange couverture de "La reine Margot" illustrée avec une peinture de Cranach représentant la duchesse Sibylle de Clèves. Voilà le contenu de la réponse :

Chère Madame,
Je vous remercie pour votre message. J'ai bien lu l'article du blog que vous m'avez indiqué, ainsi que les commentaires. Les couvertures de Folio, et tout particulièrement de Folio classique, sont rarement illustratives. Elle sont évocatrices d'une atmosphère, d'une idée, d'un message. Il ne s'agit de privilégier ni la vérité historique, qui n'est pas le propos principal d'une oeuvre de fiction, ni la beauté, bien discutable de manière générale. La reine Margot de Dumas n'est pas simplement l'héroïne historique: elle est aussi et surtout un personnage de fiction, recréé et rêvé par Dumas. Nulle démagogie de notre part quand nous illustrons La Reine Margot par une magnifique photo de Jeanne Moreau dans le film de Jean Dréville de 1954, dans notre ancienne édition de l'oeuvre. Nulle erreur historique quand, dans notre nouvelle édition du roman, nous l'illustrons par un autre personnage. Nous refusons simplement les lectures au pied de la lettre. Et nous appliquons ce principe aux personnages féminins comme masculins: pour illustrer Jeanne d'Arc de Michelet nous mettons une photo de Jean Seberg dans le film d'Otto Preminger, Sainte Jeanne; pour illustrer Henry V de Shakespeare, nous ne choisissons pas un portrait du roi Henri V mais une miniature médiévale représentant deux chevaliers. Enfin, quant à la question du féminisme, il est mal à propos d'accuser une profession, celle d'éditeur, mais aussi de graphiste et d'attaché de presse, particulièrement féminisée, notamment chez Gallimard. Nous sommes sensibles à la question des femmes comme à celle de toutes les minorités, attentifs à ce que nos couvertures ne heurtent aucune sensibilité, sans pour autant nous interdire de susciter la réflexion. Et nous ne mettons pas de politique dans des domaines, la littérature et l'art, qui ont souvent pour rôle de transcender les préoccupations politiques et communautaires. 
En vous remerciant de votre intérêt pour notre collection, je vous prie d'agréer, chère Madame, l'expression de mes meilleures salutations.

Nous apprenons donc que les images de couverture, chez folio, sont :

"rarement illustratives" : sans doute est-ce pour cela qu'elles s'appellent "illustration de couverture" mais la personne qui écrit la lettre a sûrement voulu dire "explicative" ou "représentative", soit...."rarement" ? Est-ce à dire qu'elles le sont parfois ? Quels sont alors les critères permettant d'avoir sur la couverture de ce livre un portrait de la reine Margot ou une image "évoquant" le contexte véritablement historique ?

"évocatrices d'une atmosphère, d'une idée, d'un message" en effet, ici, le message doit être "la reine Margot était une petite fofolle de 14 ans au nez mutin et aux yeux en amande qui laissait ses cheveux roux étalés sur ses épaules et se couronnait d'une plume attachée à une couronne de fleurs tressées façon indienne mais avec la plume par devant et s'habillait comme une allemande du temps de son arrière-grand-mère". Or le problème c'est qu'il s'agit là d'une femme ayant réellement existé et qui s'appelle Sibylle de Clèves.
Sibylle de Clèves n'est ni un atmosphère, ni une idée, ni un message, elle est aussi un personnage historique.

La reine Margot ne serait pas, je cite :

"simplement l'héroïne historique..." il semble y avoir ici confusion entre Marguerite de Valois et Jeanne d'Arc. Marguerite de Valois n'a jamais été considérée comme une "héroïne historique" mais comme un personnage historique, ce n'est pas la même chose. Elle n'a pas d'actes héroïques à son actif. Elle a marqué son époque de différentes façons sans sacrifices spectaculaires mais avec une présence certaine. Seulement voilà, la phrase n'aurait plus fonctionné si notre correspondante des éditions folio avait utilisé le mot "personnage", cela aurait donné la phrase suivante : "La reine Margot de Dumas n'est pas simplement le personnage historique : elle est aussi et surtout un personnage de fiction" voilà qui dévoilerait le véritable sens de la pensée de l'équipe folio. Pour elle, Marguerite de Valois est essentiellement un personnage de fiction. Voilà ce qu'elle veut nous dire. Et en effet, c'est bien le reproche qui est fait ici c'est de rendre de plus en plus fictif un personnage historique qui a existé, au besoin en gommant son visage pour un mettre un autre à la place.

Marguerite de Valois serait donc :
 
"un personnage de fiction, recréé et rêvé par Dumas". Tiens, ici apparaît le mot personnage. Marguerite de Valois ne serait donc pas une figure historique mais la marionnette de Dumas. Or c'est faux. Alexandre Dumas ne raconte rien sur Marguerite de Valois qui soit plus faux que ce qu'il raconte sur Charles IX, Henri de Navarre, Catherine de Médicis, Gaspard de Coligny et tous les personnages les plus historiques de ce roman. De plus, Dumas s'appuie sur les "Mémoires" de Marguerite de Valois,  "Mémoires" sans lesquelles il n'aurait jamais écrire ce roman, raison pour laquelle il lui rend hommage en intitulant son oeuvre "La reine Margot", alors qu'elle parle très peu de la reine Margot et beaucoup plus d'Henri de Navarre. Mais les anecdotes comme celle où la Mole arrive tout ensanglanté dans la chambre de Marguerite la nuit de la Saint-Barthélémy est l'une de celles que Dumas a emprunté aux Mémoires de M. de V., ainsi que l'atmosphère d'intrigues, les problèmes entre mère et fille, le caractère influençable de Charles IX, la maîtresse mise dans le lit du roi de Navarre, etc. Tout cela Dumas le tient de Marguerite de Valois en personne. Il n'a donc rien "rêvé", juste brodé d'après ces sources et mis en scène.
Dumas n'est pas une sorte de Pygmalion qui aurait inventé Marguerite de Valois mais c'est bien plutôt Marguerite de Valois (et Brantôme) qui a (ont) fait de Dumas le romancier de "La reine Margot".

Ainsi la représentation de "Margot" sous les traits de Sibylle de Clèves est doublement une imposture.

"Nulle démagogie de notre part quand nous illustrons La Reine Margot par une magnifique photo de Jeanne Moreau dans le film de Jean Dréville de 1954" non seulement personne n'a parlé de "démagogie" mais personne n'est dérangé par le fait qu'une actrice ayant interprété la reine Margot figure sur la couverture du roman du même nom. Quel rapport avec la plainte ? En tout cas, aucun avec Sibylle de Clèves qui n'a jamais fait de cinéma et encore moins interprété le rôle de Marguerite de Valois, qu'elle n'aurait pas pu connaître puisqu'elle est morte un an après sa naissance ! 

Pour illustrer sa soi-disant absence de sexisme, la correspondante de chez folio utilise, un argument de poids (c'est de l'ironie) :
"pour illustrer Henry V de Shakespeare, nous ne choisissons pas un portrait du roi Henri V mais une miniature médiévale représentant deux chevaliers" deux chevaliers anonymes, oublie t-elle de préciser ! Or Sibylle de Clèves, encore une fois, n'est pas anonyme ! Quant à Henri V, il ne fait pas partie de l'histoire de France. Marguerite de Valois, si.

D'après notre argumentatrice, les femmes seraient par essence féministe, donc il n'y a pas de sexisme dans la démarche  :
"quant à la question du féminisme, il est mal à propos d'accuser une profession, celle d'éditeur, mais aussi de graphiste et d'attaché de presse, particulièrement féminisée" la dame n'a pas l'air au courant que le féminisme n'est pas associée à la féminité et que "femme" n'est pas synonyme de "non-sexiste à l'égard des femmes". Nous avons assez d'exemples de femmes qui travaillent avec autant d'acharnement à l'oppression des femmes que si elles étaient des hommes !

"Nous sommes sensibles à la question des femmes comme à celle de toutes les minorités (sic) (il y a 52% de femmes sur la planète), attentifs à ce que nos couvertures ne heurtent aucune sensibilité, sans pour autant nous interdire de susciter la réflexion." En tout cas , la minorité des allemand.e.s qui serait en droit de demander ce que fait "leur" Sibylle de Clèves sur le roman de Dumas n'a pas tellement été prise en compte. Oui, cette couverture "suscite" en effet "la réflexion" suivante : il est tout à fait préjudiciable à ladite "minorité" qui n'en est pas une mis à part dans l'esprit des machistes, de profiter d'un roman pour enterrer un peu plus la véritable identité de femmes qui ont réellement existé sous le prétexte qu'elles nous sont à peine connues.
Il serait peut-être temps de comprendre qu'il faut au contraire restituer à chacune son histoire et rendre enfin à Galla Placidia ce qui appartient à Galla Placidia.

Et le meilleur pour la fin :
"Et nous ne mettons pas de politique dans des domaines, la littérature et l'art, qui ont souvent pour rôle de transcender les préoccupations politiques et communautaires". Se plaindre de cette couverture serait donc une démarche atrocement politique alors que le roman n'est là que pour divertir et faire rêver. Admirons la subtilité du vocabulaire "transcender les préoccupations politiques et "communautaires" : les féministes deviennent une "communauté"...pourquoi pas un secte ? C'est ce que cela semble sous-entendre).

Faux raisonnement car l'art possède de fait une dimension morale et politique. Il n'y a pas de barrière entre l'art d'une part et la politique et la morale d'autre part. Le premier à le démontrer est Dumas lui-même qui a, certes, pris de grandes libertés avec l'histoire mais pas au point d'effacer tout repère.
Et d'ailleurs pourquoi la dénonciation du sexisme devrait-elle se cantonner dans le domaine politique ?

 Or nous sommes dans la société de l'Oréal où faire rêver veut dire posséder une abondante chevelure rousse répartie librement sur les épaules. On est dans la logique l'Oréal pour qui les femmes ont à être jeunes et interchangeables et de préférence anonymes. Les repères historiques, moraux et politiques n'ont plus la moindre importance dans le monde de l'Oréal. Seuls comptent le profit.
Ceci est éminemment politique et particulièrement (im)moral.

Enfin, j'aimerais poser cette question à ces messieurs-dames des éditions folio : avez-vous lu la reine Margot ? Que penserait à votre avis Alexandre Dumas lui-même du choix  de votre couverture ? Pas sûr qu'il aimerait. C'était un homme qui AIMAIT L'HISTOIRE, lui, messieurs-dames, et la respectait bien plus que ça. Sans quoi il n'aurait pas écrit des romans historiques, évidemment !





 Cette couverture est celle de l'exemplaire du roman que je possède personnellement. Voilà une couverture que j'appelerais "évocatrice". Les vêtements sont d'époque, et l'attitude des personnages "évoquent" le contexte de la Saint-Barthélémy. Rien à redire. 


 



Ceci est la couverture d'un roman classique allemand : "La jeunesse du roi Henri IV", de Heinrich Mann.
Tiens, c'est bizarre. C'est le portrait d'Henri IV qui orne la couv'...Cela dit, il y a des couvertures de ce roman sans Henri IV, parce qu'il n'est pas connu en Allemagne. Néanmoins on ne l'a pas remplacé par un allemand (ou un autrichien, un hongrois, un tchèque, etc.) qui pourrait être son arrière grand-père !
[Pour les personnes qui ne le sauraient pas : Marguerite de Valois fut mariée à Henri IV].

(Illustration du haut : Marguerite de Valois avec une toque d'homme (Brantôme raconte qu'elle aimait porter des toques d'homme. Dans "Les dames galantes" il dénigre les femmes qui s'habillent en homme mais fait une exception pour Marguerite de Valois pour laquelle il a une énorme considération. S'il savait ce que l'on en fait aujourdhui...).


Conclusion : achetez le roman aux éditions "J'ai Lu" !

lundi 25 juin 2012

Sibylle de Valois

J'ai longtemps cru qu'un.e personnage célèbre qui faisait l'objet d'un roman mais dont l'image n'apparaîtrait pas sur la couverture du livre dont le nom (ou le surnom) ferait oeuvre de titre, serait du moins remplacé.e par un objet lui ayant appartenu, un paysage qui lui fut familier, je ne sais pas moi, quelque chose qui ne dénaturerait en rien la personne pour laquelle l'auteur/trice aurait consacré une oeuvre tout entière.
Et bien je me trompais.
Lorsqu'il s'agit d'une femme, il n'est plus du tout indispensable de voir apparaître son visage sur la couverture du livre la concernant ni quoi que ce soit en rapport avec elle ! On peut sans problème aucun remplacer son visage par celui d'une autre femme. Cette autre femme n'a pas besoin d'être parente, ni contemporaine, ni même compatriote. La preuve : dans la librairie du château de Pau, je suis tombée sur ce livre...


"Mais c'est Sibylle de Clèves de Cranach ! me suis-je exclamée, que fait-elle sur cette couverture ?" La libraire a retourné le livre et lu la légende. Le personnage que je venais de citer y était bien indiqué. La dame ne fut pas moins surprise que moi et s'est mise à chercher désespérément une explication.
Sibylle de Clèves ferait une meilleure reine Margot que la reine Margot...euh...
Oui ce portrait tronqué d'une Sibylle aux cheveux défaits...très importants les cheveux défaits, plus importants que la réelle identité, dans le monde de l'Oréal....
 Il n'y a pourtant pas la moindre ombre de rapport entre Sybille de Clèves ou plus exactement la duchesse Sibylle von Jülich-Kleve-Berg (1512-1554), devenue électrice de Saxe par alliance, une grande chasseresse allemande, donc, du début du XVIe siècle, qui vous transperce un daim au galop d'un seul coup de lance et qui fut très heureuse en amour, la soeur d'Anne de Clèves et d'Amalia de Clèves dont j'ai déjà parlé ici et la pauvre Marguerite de Valois (1553-1615), juste une reine de France parmi les autres mais quand même sujet du livre "La reine Margot" d'Alexandre Dumas.
C'est que l'on s'en fiche, n'est-ce-pas ?
Quel tollé si à la place de la tête d'Henri IV, roi de France (1553-1610), on décorait un roman à lui consacré avec le portrait de l'électeur de Saxe, Jean-Frédéric le Magnanime ! Mais quand il s'agit de nous, les femmes, notre identité étant sans la moindre sorte d'importance (voir post précédent sur les noms et prénoms des peintresses), on ne va pas en faire un fromage, n'est-ce-pas ?

Ajout du 30.07 :  cliquez ici pour avoir la réponse à l'argumentation des éditions folio justifiant le choix de cette couverture.

jeudi 29 mars 2012

Symphorien Champier, pro-féministe du XVIe siècle

Dans la Nef des dames vertueuses (1503), Symphorien Champier (vers 1472 - vers 1540), humaniste et médecin lyonnais, propose de défendre les femmes contre quelques "mesdisans de rage forcennée qui ne savent fors mesdire des dames". Cette "apologie féministe" consiste en quatre livres : le premier est un recueil de biographies de femmes célèbres, semblable au De claris mulieribus de Boccace ; le second peut être comparé aux traités sur le mariage ou aux manuels de comportement destinés aux femmes ; le troisième juxtapose les prophéties des sibylles à celles de la Bible, et le quatrième, Le Livre de vraye amour, est tiré du commentaire de Ficin sur le Banquet de Platon. L’œuvre traite donc dans son ensemble des femmes célèbres, du mariage, des femmes prophètes et de l’amour et l’auteur y offre des conseils médicaux et moraux pour les femmes et les hommes.
Fichier:Symphorien Champier.jpg

Vous médisants de rage forcenée,
Qui ne savez fors [que] médire des dames
Lisez ici les faits [actions] de Penthésilée
Et ses gestes, sa renommée et fame [célébrité] !
Voyez les armes d'une si preue femme :
Marpesie [Marpaisa] nommé par droit nom ;
De Thamiris l'astucie et la game [l'adresse].
Et de Niobée le bruit [réputation], los [louange] et renom.



(Extrait trouvé dans le PDF d'Eliane Viennot sur les Amazones)

lundi 26 mars 2012

Beatrice Cenci et l'art

Du roman de gare à l'opéra, le malheur de Beatrice Cenci a été exalté et décliné sous toutes les formes et sur tous les registres. Comme l'écrit Marine de Tilly pour la présentation de la pièce d'Antonin Artaud "Les Cenci", cette histoire a tout pour satisfaire le goût des romantiques (mais pas que) pour l'horrible et le monstrueux.
J'avais envie de montrer ici quelques oeuvres graphiques d'oeuvres inspirées de l'affaire Beatrice Cenci.








Je ne mettrai pas par contre les oeuvres "érotiques" actuelles (c'est à dire complètement perverses puisqu'il est question d'inceste) qui ont été sordidement forgées à partir du nom de la pauvre martyre italienne.
Mais il y en a.

vendredi 2 mars 2012

On ne dit plus "la femme est inférieure" on dit "la femme est consentante"

Aujourd'hui on ne dit plus comme au XVIe siècle que la femme est inférieure à l'homme mais quand elle est harcelée voire violée on dit plutôt qu'elle est consentante. Il faut visionner à ce propos la vidéo où Jean Quatremer exprime à un moment donné son point de vue sur l'affaire Piroska Nagy, à quoi on lui répond qu'elle était consentante.
Fermez le ban.
On remarquera qu'à l'instar du Concile de Trente (1545-1563) qui décida du statut juridique de la femme dans la société francaise, aucune femme n'est invitée à prendre la parole dans ce débat qui traite quand même bien un peu de femmes pourtant.

Déjà au XVIe siècle, les Jean Quatremer de l'époque disaient des choses comme :

"Pour ce que la plus commune partie des hommes s'adonnent à blâmer les dames, tant de langue que de plume, et ont composé des livres, comme Bocacce, Théophraste et un tas d'autres, j'ai bien voulu chercher par les anciennes librairies à celle fin de trouver aucun acteur qui sagement, loyalement et véritablement parlât d'elles..."
N'en trouvant pas à son goût, il décida d'en écrire un lui-même. Il s'agissait d'Antoine Dufour en introduction à son Les vies des femmes célèbres, publié en 1504 et offert à Anne de Bretagne.
Au XVIe siècle, il y eut un grand débat national sur le genre et beaucoup d'hommes prirent parti pour les femmes. Cela leur promettait un changement favorable mais malheureusement le Concile de Trente a fait son gros travail de sape et enterré les "prétentions" féminines à l'égalité.

Aujourd'hui, la France est très en retard et plus que jamais en recul sur les questions de genre. L'élection présidentielle d'où la seule opposition officielle a habilement écarté toute candidature féminine (cf. la mascarade des "primaires") en est l'une des criantes preuves.
A propos du retard sur le traitement du genre en France, je préconise l'écoute de cette émission d'Rfi avec Elodie Soulard, chargée de mission auprès de France terre d'asile et auteur de l'étude « L'asile au féminin ». Elle met le doigt sur cette question sous-jacente aux barrières que met la France pour accueillir des femmes menacées de maltraitance due à leur sexe dans leur pays : le refus féminin a t-il une place quelque part. La réponse est non.
La femme est par nature + ou - consentante, autrement dit elle n'a pas cette volonté personnelle propre à l'homme lui permettant VRAIMENT de choisir de dire oui ou non. Parce que la volonté personnelle caractérise l'humain, la personne. Or seul l'homme est véritablement une personne.

samedi 13 août 2011

Résultat du tag : 20 - George est....

Marie de Gournay

Tag : quelle femme de la Renaissance suis-je ?

Voilà bien une question que je ne m’étais jamais posée, toujours plus tournée vers le XIXe, je l’avoue. Il me fallait donc le tag relayé par Lili Galipette pour que j’y réponde ! J’ai donc fait quelques recherches et j’avoue que j’aurais bien aimé avoir le destin de Marie de Gournay, « fille d’alliance » de Montaigne (oui rien que ça…).

Elle naquit le 6 octobre 1565 et mourut à Paris le 13 Juillet 1645. Vivre 80 ans ça me plairait bien aussi !

Ce qui me plait chez cette femme c’est, comme le précise le site Wikipedia : « Elle vit et pense en féministe. » Voilà, ça me suffit !

Mais ce n’est pas tout, puisque recevoir les compliments suivants d’un homme comme Montaigne est la preuve que ce devait être une femme extraordinaire : Peut-être ont-ils eu une relation amoureuse car il écrit « l’aimer beaucoup plus que paternellement », « Je ne regarde plus qu’elle au monde », parle de son affection « plus que surabondante », de la « véhémente façon dont elle m’aima et me désira longtemps » et vante ses prouesses intellectuelles. Il lui délivre au chapitre XVII du livre II des « Essais » le titre de « fille d’alliance ». (même source).

Et puis en fouillant un peu plus je suis tombée sur une page du site arléa, sur laquelle Séverine Auffret fait une étude édifiante de la dame, même si elle attaque, bien injustement il va de soi, ma chère George : Marie choisit, dès l’âge de onze ans, de quitter la voie tracée pour « le Sexe » : celle de « la quenouille » – cet objet qui désigne alors sous la forme d’un trope, et pour des siècles encore (on le retrouve dans l’Indiana de George Sand ! [le fait de trouver le terme quenouille dans un roman de Sand ne justifie pas que Sand n'était pas féministe et c'est bien la méconnaître... mais c'est une autre histoire]), les astreintes de la condition féminine, au point de remplacer le mot même de « femme ». Voir cette expression que Gournay emploiera, s’adressant au roi pour oser comparer sa propre traduction de Virgile à celle de Bertaut, évêque de Sées : « Quelle témérité, Sire, une quenouille attaque une crosse, et la crosse illustre d’un Bertaut ? ».

Comment résister alors à cette femme que décrit et nous aide à comprendre cette Séverine Auffret qui semble bien connaître, à défaut de George Sand, cette fameuse Marie : Marie de Gournay restera fidèle à Michel de Montaigne, mort quatre ans après cette mémorable rencontre, non seulement en veillant, comme il le lui avait demandé, aux éditions suivantes des Essais, défendant pied à pied les idées de Montaigne et souvent ses mots, que d’aucuns souhaiteraient polir et affadir, mais encore et surtout en se construisant elle-même comme femme indépendante, créatrice et pensante. »

Enfin, et parce que cela est tellement fréquent quand on parle des femmes écrivains, il est à noter que cette pauvre Marie, tout comme George Sand le sera par ses congénères, et notamment l’illustre Baudelaire, cette pauvre Marie, donc, sera elle aussi la proie de médisances bien basses de la part de la gente masculine : « Le Grief des Dames, publié quatre ans plus tard, développe une idée nouvelle, fondée sur l’expérience d’une écrivaine de soixante et un ans attaquée par des auteurs à la mode dans des termes fielleux, voire scélérats, sur son physique et son état de demoiselle [...] Ce petit texte franchement polémique, excellemment pamphlétaire, doit faire date, puisqu’il n’inscrit pas moins que l’état de femme de lettres, définitivement soustraite à la capture de « la quenouille ». » Sacrée nana donc que cette femme de la Renaissance, que je ne connaissais pas (oui j’avoue mes lacunes abyssales) et que je suis bien heureuse d’avoir rencontrée ne serait-ce que l’espace de ce tag !

Voilà ma Lili, contente ?

Publié par George le 12.8.2011 copié/collé par Euterpe

Mon commentaire : merci George pour cette esquisse bien enlevée sur Marie de Gournay ! La quenouille a apparemment symbolisé la condition féminine pendant plusieurs siècles depuis (probablement) son invention jusqu'à la fin de la première moitié du XXe siècle en Europe. Encore aujourd'hui, dans certains coins du monde, fabriquer du fil à l'aide d'un rouet et d'une quenouille fait partie des tâches dévolues aux femmes. Ce n'est donc pas étonnant de retrouver cette objet dans la littérature du XIXe siècle. Quant à Marie de Gournay, elle connaissait l'expression plus vieille qu'elle : "tomber en quenouille" qui voulait dire tomber dans les mains d'une femme, et, du point de vue de l'âge, elle aurait pu être la petit-fille de Louise Labé qui exhortait les femmes à élever un peu leur esprit au-dessus de leur quenouille, alors, en effet, Marie de Gournay l'emploie aussi dans le sens de "femme" synonyme de "machine domestique à fabriquer du fil", finalement. Ici l'un de ses plaidoyers en faveur des femmes publié par moi en juin.

(Même si j'étudie le XVIe siècle cela ne m'empêche pas moi aussi d'être fan de George Sand ainsi me voilà particulièrement ravie de la participation d'une pseudo de George !).

Résultat du tag : 17 - liratouva est....

Laure (personnage du XIVe siècle dont l'existence reste contestée)

Tag de la Renaissance.

Quelle femme de la Renaissance êtes vous, au fond de vous-même?
Invitée par Margotte à participer au tag culturel de l'été créé par Euterpe et lancé par Daniel, mon choix est dû essentiellement à mon amour de la poésie.
Il s'agit de Laure, l'amour idéalisé de Pétrarque (1304/1374)
Les 366 poèmes qu'il composa pour elle dans son Canzoniere étaient alors connus de tous les humanistes de ce début de la Renaissance italienne
C'est ainsi qu' avec Tristan et Iseut, Roméo et Juliette, Dante et Béatrice, il y eut aussi Laure et Pétrarque.

Béni soit le jour, bénis le mois, l'année
Et la saison, et le moment et l'heure, et la minute
Béni soit le pays, et la place où j'ai fait rencontre
De ces deux yeux si beaux qu'ils m'ont ensorcelé.

Et béni soit le premier doux tourment
Que je sentis pour être captif d'Amour
Et bénis soient l'arc, le trait dont il me transperça
Et bénie soit la plaie que je porte en mon coeur

Bénies soient toutes les paroles semées
A proclamer le nom de celle qui est ma Dame
Bénis soient les soupirs, les pleurs et le désir.

Et bénis soient les poèmes
De quoi je sculpte sa gloire, et ma pensée
Tendue vers elle seule, étrangère à nulle autre.

Ce poème en italien est Ici.
Le plus dur reste à faire: je propose ce tag à qui n'est peut-être pas ou plus en vacances : Moka, Pascale, Voyelle et Consonne, edencoon, Lystig,

Publié par liratouva le 13.8.2011 copié/collé par Euterpe

Laure a t-elle existé ?

Pétrarque écrit : « Laure, illustre par ses vertus et fort célébrée dans mes vers, m’apparut pour la première fois pendant ma jeunesse en 1327, le 6 avril dans l'église Sainte-Claire à Avignon, à la première heure du jour ; et dans la même cité dans le même mois, au même sixième jour et à la même première heure en l’an 1348, cette éclatante beauté fut soustraite à la lumière alors que j’étais à Vérone, bien portant, ignorant hélas de mon malheur ! Mais la malheureuse nouvelle me fut apportée à Parme par une lettre de mon ami Louis dans le dix-neuvième jour du mois suivant. Ce corps si beau et si chaste de Laure fut enseveli au couvent des frères mineurs, le jour même de sa mort à vêpres. »
sur Laure qui serait l'aïeule du marquis de Sade lire ici

Cela dit voilà encore un hors sujet mis à part que les vers de Pétrarque sont très lus au XVIe siècle, nous sommes deux siècles en arrière.
Merci quand même beaucoup Liratouva !

lundi 8 août 2011

Résultat du tag : 6 - Héloïse est....

"Wilhelmine" Shakespeare


Pour enfin honorer le tag auquel j'ai été conviée par Euterpe, je réponds à la question posée: "Si j'avais été une femme de la Renaissance":

Et bien, j'aurais été William Shakespeare ! La thèse de sa femellité n'a pas encore été validée mais plusieurs noms sont évoqués: Amelia Bassano Lanier, Marie Pembroke ... Et des chercheur.e.s étudient sérieusement la question.

Incarner l'idée que le génie féminin a existé me réjouit même dans l'hypothétique. L'entrave à l'expression, la privation d'éducation, l'infériorisation intellectuelle destinées à plomber ce fameux génie féminin que l'on prétend partout inexistant (mais que l'on a pris soin d'empêcher de germer, au cas où ...) sont comme une chape de béton que certaines ont su ajourer. Et ce n'est pas la femme qui se cache derrière Shakespeare, car seule une femme a pu affirmer cela, qui me contredira:

Fermez les portes sur l'esprit de la femme et il s'échappera par la fenêtre ; fermez la fenêtre et il s'échappera par le trou de la serrure ; bouchez la serrure et il s'envolera avec la fumée par la cheminée.

Publié par Héloïse le 5.8.2011 copié/collé par Euterpe

Mon commentaire : je ne connaissais pas cette phrase de Shakespeare mais c'est tellement frappant Comment un homme aurait-il pu avoir écrit cela ?

Ou plutôt (modif du 10.8) : je me demande personnellement et d'après la mentalité de l'époque si un homme aurait été en mesure d'écrire cela ?

samedi 6 août 2011

Résultat du tag : 5 - Vallenain est....

Gargamelle

100 000 V (en bon macho qui se respecte, c'est pas moi qui le désigne ainsi mais lui-même) n'a pas joué exactement le jeu et s'est attribué un homme du XVIe siècle. Dans ce cas-là, il y a une petite clause dans le tag, que j'ai oublié de mentionner : je prends le personnage féminin le plus proche du personnage masculin en question et l'attribue au joueur.
Le personnage féminin le plus proche de l'homme en question qui ne s'est jamais marié et évitait les femmes, est sans conteste Marguerite de Navarre à laquelle il vouait une admiration sans borne et dédicacait ses livres en la désignant sous le nom de "Dame à la licorne" mais le personnage est déjá pris.

Après cette femme-là, il ne reste plus que le personnage féminin principal de l'un de ses romans, Ce sera donc l'ogresse Gargamelle,fille du roi des Papillons, femme du géant Grandgousier et mère de Gargantua qui sera désignée pour remplacer son créateur. Gargamelle est surtout connue pour avoir accouché par l'oreille.

Cela se passe ainsi :
Gargamelle,est enceinte de onze mois (selon l'auteur, de la durée d’une grossesse dépend la perfection du nouveau-né : plus la grossesse dure longtemps, plus le nouveau-né sera un « chef d’œuvre »). Prise d'envies de femme enceinte, elle fait abattre des centaines de milliers de bœufs pour mardi-gras, et elle invite des amis pour ce repas trop imposant pour elle. Malgré son état et les remontrances de son mari, Gargamelle ne peut résister aux tripes et au vin. Ils dansent, chantent, commencent à se disputer. Ivres, ils tiennent des propos incohérents. Pendant la beuverie, Gargamelle ressent des contractions et met au monde de manière insolite Gargantua. Il sort de l’oreille gauche de sa mère et réclame aussitôt à boire..

Son père, en découvrant l’enfant, s’écrie : « Quel grand (gosier) tu as » Et l’enfant est appelé alors Gargantua. Pour l’allaiter, il faut le lait de dix-sept mille neuf cent treize vaches. On voit par là que Gargamelle n'allaite pas.
Son mari et elle ne donne aucune limite à leur fils. c'est ainsi qu'il grandit et que l'on perd de vue Gargamelle, un peu réduite à ses fonctions procréatrices. Mais d'après des analyses de l'oeuvre, Gargamelle pourrait représenter Anne de Bretagne (dont parle Hypathie en tag n°7 à paraître après Hélo), parce qu'elle est appelé fille du roi des Papillons ou Parpaillon, un parpaillon ou parpaillo signifiant au sens propre un papillon qui se brûle à la chandelle et au sens figuré un hérétique que l'on brûle. Pourquoi Francois II de Bretagne est-il considéré comme un hérétique ? Je n'en sais rien.
Pour de plus amples renseignements sur l'association faite entre Gargamelle et Anne de Bretagne voir ces commentaires historiques sur Gargantua. Il m'aurait semblé plus logique à moi d'associer Gargamelle à Éléonore de Habsbourg la femme de Francois Ier puisque Grandgousier le représente. Les Habsbourg ayant un appétit gargantuesque de territoires, cela collerait assez avec l'idée génerale du livre où les guerres d'expansion (des Valois et des Habsbourg) qui ont lieu aux alentours des années 1530/40 prennent une place non négligeable.

dimanche 31 juillet 2011

Va réveiller la grâcieuse aurore

En attendant de collecter chez les taggés le résultat de mon tag et d'en faire un billet, je transcris un poème d'une poétesse dont j'ai déjà parlé ici mais dont je n'ai jamais présenté de poème intégral. Il me restait donc à pallier ce manque :

Obscure nuit, laisse ton noir manteau

Obscure nuit, laisse ton noir manteau,

Va réveiller la gracieuse aurore,

Chasse bien loin le soin qui me dévore,

Et le discours qui trouble mon cerveau.

Voici le jour gracieux, clair et beau,

Et le soleil qui la terre décore,

Et je n'ai point fermé les yeux encore,

Qui font nager ma couche tout en eau.

Ombreuse nuit, paisible et sommeillante,

Qui sais les pleurs de l'âme travaillante,

J'ai ma douleur cachée dans ton sein,

Ne voulant point que le monde le sache,

Mais toutefois, je te prie sans relâche,

De l'apporter aux pieds du Souverain.

Gabrielle de COIGNARD

jeudi 7 juillet 2011

Les mots (maux) de la reine Margot


Dans ce billet j'ai évoquée les poèmes d'adieux de femmes adressés à des femmes, des reines à leurs demoiselles d'honneur et vice versa.
Parmi eux se trouve celui de Marguerite de Valois à Mademoiselle de Thorigny. Dans ses Mémoires, Marguerite de Valois raconte les circonstances de cette séparation. Elle se plaint des agissements d'un mignon du roi Henri III, Louis Béranger du Guast, cause et de la perte de la demoiselle d'honneur préférée de Catherine de Médicis et de la fameuse Thorigny pour laquelle Marguerite nourrissait une grande amitié. Ce du Guast apparaît assez comme un épouvantable misogyne qui passait son temps à brouiller tout le monde et à persécuter les femmes. Celle que l'on nomme la reine Margot mais qui ne s'est jamais appelée comme cela en réalité, était à ce moment-là déjà l'épouse de Henri de Navarre ; le règne de Charles IX et la Saint-Barthélémy étaient passés, c'est Henri III qui commandait, en attendant son assassinat, et ce sinistre favori faisait apparemment la loi à sa place. Je vous laisse lire la prose de l'intelligente et sensible soeur du roi qui observe et subit l'ambiance :

(...) et recherchant de fabriquer quelque nouvelle invention pour nous rebrouiller le roi mon mari et moi, met à la tête du roi (met en tête au roi), qui depuis peu de jours avait ôté (par le même artifice de du Guast) à la reine sa sacré princesse, très vertueuse et bonne, une fille qu'elle aimait fort et qui avait été nourrie avec elle, nommée Changy, qu'il devait faire que le roi mon mari m'en fit de même, m'ôtant celle que j'aimais le plus, nommée Thorigny - sans en amener autre raison, sinon qu'il ne fallait point laisser auprès des jeunes princesses des filles en qui elles eussent si particulière amitié. Le roi, persuadé de ce mauvais homme (convaincu par ce mauvais homme), en parle plusieurs fois à mon mari, qui lui répond qu'il savait bien qu'il me ferait un cruel déplaisir : si j'aimais Thorigny, j'en avais l'occasion ; qu'outre ce qu'elle avait été nourrie avec la reine d'Espagne ma soeur, et avec moi depuis mon enfance, qu'elle avait beaucoup d'entendement, et que même elle l'avait fort servi en sa captivité du bois de Vincennes ; qu'il serait ingrat s'il ne s'en resouvenait ; et qu'il avait autrefois vu que sa Majesté en faisait grand état. Plusieurs fois, il s'en défendit de cette facon. Mais enfin Le Guast persistant toujours à pousser le roi, et jusques à lui faire dire au roi mon mari qu'il ne l'aimerait jamais si dans le lendemain il ne m'avait fait ôter Thorigny, il fut contraint - à son grand regret, comme depuis il me l'a avoué - m'en prier et me le commander. Ce qui me fut si aigre, que je ne me pus empêcher lui témoigner par mes larmes combien j'en recevais de déplaisir, lui remontrant que ce qui m'en affligeait le plus n'était point l'éloignement de la présence d'une personne qui, depuis mon enfance, s'était toujours rendu sujette et utile auprès de moi, mais que,[chacun] sachant comme je l'aimais, je n'ignorais pas combien son partement (départ) si précipité porterait de préjudice à ma réputation. Ne pouvant recevoir ces raisons, pour la promesse qu'il avait faite au roi de me faire ce déplaisir, elle partit le jour même, se retirant chez un sien cousin, nommé Monsieur Chastelas. Je restai si offensée de cette indignité - à la suite de tant d'autres - que ne pouvant plus résister à la juste douleur que je ressentais (qui, bannissant toute prudence de moi, m'abandonnait à l'ennui), je ne pus plus me forcer à rechercher le roi mon mari. De sorte que, Le Guast et Madame de Sauve d'un côté l'étrangeant de moi, et moi m'éloignant aussi, nous ne couchions plus ni ne parlions plus ensemble.

Alexandre Dumas qui s'est inspiré des Mémoires de Marguerite pour écrire le roman "La reine Margot" reprend certaines intrigues décrites ici mais les situe sous Charles IX et les attribue à Catherine de Médicis, non à du Guast (en particulier celle où Mme de Sauve est poussée dans les bras de Henri de Navarre). Dans ce passage on voit que Catherine de Médicis elle-même est dépouillée de la femme qu'elle affectionne le plus, il est donc bien abusif de raconter à des élèves de CM1 que cette reine s'imposait pendant que ses pauvres fils étaient impuissants à l'en empêcher. Mais les Mémoires de Marguerite de Valois ne sont guère au programme de l'éducation nationale ni évoquées dans la presse littéraire. Témoigneraient t-elles trop d'un machisme à la francaise où non seulement le corps des femmes mais leur coeur étaient contrôlés par les hommes ? Où les femmes n'avaient même pas le droit de disposer de leurs sentiments et de leurs amitiés ? Où ce même machisme à la francaise existait déjà qui montre aujourd'hui de si "beaux" restes ?

(Peinture : Henri III et les ambassadeurs anglais de Bonington Richard Parkes).

dimanche 8 mai 2011

Félicitations à Danièle Sallenave !



Je sais je suis en retard d'un train mais l'information n'est pas arrivée jusqu'à moi (eh les blogueuses vous auriez pu me le dire !) Danièle Sallenave a été élue le 7 avril 2011, au fauteuil du "grand" misogyne Maurice Druon ! C’est la septième femme à devenir académicienne après Marguerite Yourcenar, Simone Veil, Jacqueline de Romilly, Florence Delay, Assia Djebar et Hélène Carrère d’Encausse.

Cela se fête !

Je pensais à elle, ce matin, en répondant à vos commentaires du billet précédent car voilà une femme qui dénonce depuis assez longtemps et dans d'excellents ouvrages la langue en perdition. Exceptionnellement je vais mettre un lien sur Rue89 à ce sujet.

vendredi 6 mai 2011

Cours de littérature pour les nuls

Il paraît que critiquer un livre quand on ne l'a pas lu, c'est aller un peu loin. Je vous soumets donc l'extrait lisible pour tous sur le site de l'Express du dernier roman en vogue qualifié d'historique, le fameux Charly 9, objet de ma critique. Lisons-le ensemble et analysons-le. Comme l'auteur de cette prose se compare à Alexandre Dumas en l'estimant dépassé, je propose de commencer par faire parler le Charles XI de Dumas, honneur aux absents et défunts de surcroît :

— Mais, sire, reprit le duc de Guise, si l’on disait à Votre Majesté : Sire, Votre Majesté sera délivrée demain de tous ses ennemis ? [Guise avance à couvert (cf. "si l'on disait" ?)]

— Et par l’intercession de quel saint ferait-on ce miracle ? [Charles, sceptique, l'encourage néanmoins en parlant de "miracle"]

— Sire, nous sommes aujourd’hui le 24 août, ce serait donc par l’intercession de saint Barthélémy.

— Un beau saint, dit le roi, qui s’est laissé écorcher tout vif ! [Charles comme toutes les victimes n'aime pas les martyrs]

— Tant mieux ! plus il a souffert, plus il doit avoir gardé rancune à ses bourreaux. [allusion à la "souffrance" des ultra-catholiques dont les protestants sont les bourreaux]

— Et c’est vous, mon cousin, dit le roi, c’est vous qui, avec votre jolie petite épée à poignée d’or, tuerez d’ici à demain dix mille huguenots ! Ah ! ah ! ah ! mort de ma vie ! que vous êtes plaisant, monsieur de Guise ! [Charles blessé d'avoir moins de prise sur les événements que Guise, le raille ouvertement. Puis, phrase suivante, bascule légérement dans l'hystérie. (L'impuissance du puissant = paradoxe qui rend Charles fou)]

Et le roi éclata de rire, mais d’un rire si faux, que l’écho de la chambre le répéta d’un ton lugubre.

— Sire, un mot, un seul, poursuivit le duc tout en frissonnant malgré lui au bruit de ce rire qui n’avait rien d’humain. Un signe, et tout est prêt. J’ai les Suisses, j’ai onze cents gentilshommes, j’ai les chevau-légers, j’ai les bourgeois ; de son côté, Votre Majesté a ses gardes, ses amis, sa noblesse catholique… Nous sommes vingt contre un. [Guise met cartes sur table. Il est le plus fort mais il ne prendra pas les armes contre le roi si celui-ci lui dit „oui“. Or comme Charles se réfugie dans des réactions purement épidermiques, il lui est difficile d'obtenir son accord]

— Eh bien ! puisque vous êtes si fort, mon cousin, pourquoi diable venez-vous me rebattre les oreilles de cela ?… Faites sans moi, faites !…[Charles est encore une fois vexé. Guise a plus de pouvoir que lui (cf. „si fort“). Il est humiliant de dire "oui" sous la contrainte]

Et le roi se retourna vers ses chiens. [renforce l'impression précédente]

Alors la portière se souleva et Catherine reparut.

— Tout va bien, dit-elle au duc, insistez, il cédera.

Et la portière retomba sur Catherine sans que Charles IX la vît ou du moins fît semblant de la voir. [de cette manière Dumas laisse planer un doute. Qui est coupable ?]

— Mais encore, dit le duc de Guise, faut-il que je sache si en agissant comme je le désire, je serai agréable à Votre Majesté. [Guise ne sait toujours pas si c'est du lard ou du cochon puisque Charles ne se prononce pas. Il assure donc au roi que son trône n'est pas menacé (cf. „être agréable à votre majesté“)].

— En vérité, mon cousin Henri, vous me plantez le couteau sur la gorge ; mais je resterai, mordieu ! ne suis-je donc pas le roi ? [Dumas fait allusion a la crainte de Charles d'une conjuration comme celle d'Amboise au règne précédent. D'où le : „je resterai“. Guise a une armée et une alliée en la reine-mère, Charles n'a que sa légitimité de roi]

— Non, pas encore, sire ; mais, si vous voulez, vous le serez demain.

[Guise confirme qu'il tient dans sa main le pouvoir du roi]

[Dans ce dialogue tout en finesse, Dumas fait intervenir un Guise, sachant que les historiens soupconnent cette famille d'avoir leur part de responsabilité dans le massacre. Les Guise sont si puissants qu'ils se permettent de dire au roi qu'il n'est „pas encore“ roi. Le rôle d'intrigante de Catherine est allusif, elle pousserait Guise dans l'ombre (image de la portière qui se soulève et qui retombe). La part de Catherine est une invention de Dumas mais il ne charge pas trop le personnage dans cette scène. Les protagonistes ont, du moins, des contours nets. Guise est pragmatique et ambitieux, Catherine est manipulatrice mais sans prise directe sur son fils, Charles pourrait avoir le profil de ces enfants à qui on a donné trop de pouvoir et qui, manquant de repères personnels, se réfugient dans une sorte d'égocentrisme destructeur. Ce profil est toujours actuel]



Voyons Teulé :



"Un gentil garçon semblant à peine sorti de l'adolescence - il vient d'avoir vingt-deux ans - écarquille ses grands yeux [j'ai envie de dire : de Bambi ?] :

[Pour Teulé, Charles est un gamin de 22 ans. Or avoir 22 ans en 1572 n'est pas avoir le même âge en 2011. Au XVIe siècle on était évêque à 15 ans, général à 16, maréchal à 19. Les moeurs étaient loins d'être infantiles comme aujourd'hui. Sans aller chercher si loin, il suffit de voir un documentaire sur 1968 pour trouver que les étudiants de 20 ans avaient l'air d'en avoir 35 tandis qu'aujourd'hui ils en paraissent 14. Mais Teulé qui croit que rien n'a changé dans ce domaine, fait une fixation sur ce détail du début à la fin]

  • Quoi ? Vouloir que j'ordonne, pour cette nuit, l'assassinat d'un convalescent surpris en plein sommeil ? Mais vous n'y pensez pas, ma mère ! [Teulé veut nous indigner avec un Charles dont nous partagerions la candeur] Et puis quel homme, l'amiral de Coligny que j'appelle "mon père" [explications historiques maladroitement placées dans le dialogue]. Jamais je ne scellerai cet édit !

    Tout loyal, franc, ouvert du coeur et de la bouche, le garçon [Charles est l'innocence même, tâchons de nous imprégner de cette idée], à haute fraise blanche entourant sa gorge jusqu'au menton, s'étonne [ je ne sais pas pourquoi mais un télétubbie me vient à l'esprit] :

    - Comment pouvez-vous [redondant (cf. : „vouloir que“ plus haut] venir me réclamer la mort de mon principal conseiller qui déjà hier matin, sortant du Louvre, fut arquebusé dans la rue par un tueur caché derrière du linge séchant à une fenêtre [description des événements que les lecteurs ne connaissent pas, insérée dans le dialogue] ?.. Il n'est que blessé. Ambroise Paré dit qu'il s'en tirera et je m'en réjouis [idem + on est censé croire que Charles est le seul au courant ou croire que Charles croit être le seul au courant].

    - Pas nous, répond une voix de matrone au fort accent italien. D'autant que c'est ton jeune frère et moi qui avions commandité l'attentat.
    [l'affreuse matrone avoue tout de go + racisme anti-accent = la métèque qui fait peur]
    - Quoi ? ! [coassement ?]

    Le garçon, d'un naturel aimable et ayant de bonnes dispositions [sauf qu'il a une mère impossible à cause de laquelle il a mal tourné au cas où on ne l'aurait toujours pas compris], n'en revient pas. Sous un bouquet de duvet de cygne à sa toque, il tourne lentement [c'est un script de film là?] la tête vers les six [tiens ils sont six ?] personnages assis côte à côte devant lui. L'un d'eux, vieux gentilhomme vêtu d'une jupe [à un autre endroit on a la fameuse couche-culotte c'est là que se tient l'originalité du style] de damas cramoisi, regrette :

    - Sire, le seigneur de Maurevert, tueur professionnel [bon mais les explications dans le dialogue, ca va 5 mn] mais mal habitué aux armes à feu, voulait faire ça à l'arbalète. Pour plus de sûreté, nous lui avons imposé l'arquebuse. Mal nous en a pris . Au moment du tir, Coligny s'est penché pour réajuster sa mule. Maurevert a manqué sa cible [explications, explications = voilà un personnage d'une grande utilité. il sert à Teulé à ne pas mettre toutes les explications dans la bouche de Charles = prière d'applaudir à la trouvaille !].

    Le jeune roi aux joues arrondies [oui on l'a compris il est très jeune !] hoche la tête d'un air consterné :

    - Quand je pense que cet après-midi je suis allé rue de Béthisy, au chevet de l'amiral, lui promettre de faire rechercher et punir les coupables... [ce qui prouve que l'explication du fameux "vieux gentilhomme" anonyme qui débarque comme un cheveu sur la soupe était inutile. Si Charles a été au chevet de l'amiral, il devrait être au courant de l'attentat dans ses moindres détails!] C'étaient ma mère et mon frère ! [au secours la découverte même pas théâtrale ! Racine revient !].. Mais pourquoi avez-vous décidé ça, tous les deux, mamma ? [bon, là je craque, la niaiserie a ses limites]


Je préfère passer sur les expressions comme „vouloir que“, „vous n'y pensez pas“, „d'autant que“, „n'en revient pas“ „mal nous en a pris“ „quand je pense que“, supportables sur un blog mais pas dans un roman, et je vous demande où se rencontrent dans ce dialogue les caractères de ces personnages qui ne s'adressent visiblement pas l'un à l'autre mais uniquement aux lecteur/trice.s.



Maintenant il paraît que Jean Teulé est un GRAND ÉCRIVAIN (lu sur un nombre incalculable de sites et de blogs + entendu sur Daily Motion). De qui se moque t-on ?

lundi 4 avril 2011

Biographie d'Olympe Fulvie Morat / Olympia Fulvia Morata, humanistine




- 1526 née à Ferrare (Italie)

- Humanistine italienne, hellénistine, poétesse, „femina docta pia“

- Fille de l'humaniste Fulvius Moratus (Pellegrino Moretto) de Mantoue (1483-1548)

- 1540 : camarade d'étude de la jeune princesse Anne d'Este. Toutes les deux sont élèves du dr. en méd. Johann Senf (Giovanni Sinapius) et de son frère le dr. jur. Kilian Senf (Chiliano Sinapius) de Schweinfurt, apprennent le grec, le latin, la rhétorique, la calligraphie.

- Se tourne avec son père vers le Calvinisme

- 1548 : après la mort de son père et l'influence grandissante de l'Inquisition contre-réformatrice à Ferrare, est poussée à quitter la Cour

- Hiver 1549/50 : Olympe épouse le docteur en médecine de 10 ans plus âgé qu'elle (promu docteur à Ferrare en 1549) Andreas Grundler (Gruendler, 1506/1555) de Schweinfurt, également partisan de la Réforme

- Début de l'été 1550 : part avec son petit frère Emilio âgé de 8 ans et Grundler en Allemagne (ils s'installent à Schweinfurth, Brückenstraße 12)

- Fin 1550 : Grundler est nommé médecin de la ville de Schweinfurt

- Avril 1553 : occupation de Schweinfurt par le margrave Albert Alcibiade de Brandebourg-Kulmbach. Siège par les troupes de ses adversaires.

- 12/13 juin 1554 : assaut, pillage et destruction de Schweinfurt. Grundler, Olympe et Emilio se sauvent sans rien emporter ; les manuscrits d'Olympe sont perdus, ils fuient en Palatinat (à Erbach).

- Juli 1554 : grâce au comte Georg von Erbach, Andreas Grundler obtient la 3e chaire de médecine à l'université d'Heidelberg

- 12 juillet 1554 : Andreas Grundler devient professeur de médecine à Heidelberg. Olympe est invitée par l'hélleniste heidelbergois Jacobus Micyllus (Jacob Moltzer, 1503-1558) à donner des cours privés de grec.

- 26 octobre 1555 : Olympe meurt à 28 ans de la tuberculose (?) à Heidelberg et est enterrée dans le cimetière de l'église Saint-Pierre.

- Décembre 1555 : Grundler et Emilio meurent de la peste.

- 1956 un lycée de Schweinfurt est baptisé "Olympia-Morata-Gymnasium"

- 1978 : exposition sur Olympe Fulvie Morat à la bibliothèque de l'université de Heidelberg

- 26 mars - 8 mai 1998 : Olympe Fulvie Morat – Stations de sa vie : Ferrare – Schweinfurt – Heidelberg (expo au musée de l'université de Heidelberg)

- 7 juin 2002 : inauguration d'une Olympia-Morata-Haus (maison Olympe Morat) dans la Landstraße 2 à Heidelberg.

- 26 octobre 2005 : commémoration de sa mort à l'église Saint-Pierre de Heidelberg

L'historien francais Hilarion de Coste la mentionne en ses termes dans sa biographie d'Anne d'Este :
Entre les filles [le duc de Ferrare] cherit et affectionna Anne son aisnée, laquelle il detourna de voir et de frequenter la susnommée Fulvie Olympe Morat, fille dont les moeurs estoient assez bonnes et la conversation honeste; mais si fort zelée et attachée aux erreurs du Calvinisme, qu'elle quitta pour ce sujet l'Italie et l'agreable sejour de la Cour des Ducs de Ferrare avec un sien frere nommé Emile plus jeune qu'elle, et se retira en Alemagne, où elle épousa André Gruntler Medecin, et mourut à Hildeberg ville capitale du Palatinat l'an 1555 estant âgée de 29 ans. Ceux qui ont leu les lettres Latines d'Olympe fille du sçavant Fulvie Peregrin Morat natif de Mantouë, qui ont esté imprimées à Basle par le soin de Celio Secundo Curione natif de S. Chirico prés de Thurin (lequel avoit aussi quitté l'Italie pour faire librement profession de l'heresie de Calvin) n'ignorent pas les artifices et les charmes dont cette Dame Ferraroise se servoit pour faire embrasser les nouvelles erreurs, et renoncer la foy Catholique à Anne d'Est Duchesse de Guyse, sa lettre est datée d'Hildeberg le premier de Juillet de l'an 1554. mais cette sçavante Princesse qui avoit appris fort facilement les langues Grecque et Latine avec Olympe, méprisa les douces paroles, et boucha ses oreilles aux charmes de cette Syrene, ayant vécu et rendu ses derniers soûpirs dans la vraye Eglise, hors de laquelle il n'y a point de salut, et y ayant soigneusement fait instruire tous ses enfans, comme la France sçait et l'a veu, et nous le rapporterons en cet Eloge.


A titre posthume furent imprimés à Bâle à partir de 1558 plus de 50 lettres ainsi que des poèmes, des traductions et autres écrits d'Olympe Morat dont la publication fut prise en main par l'humaniste Celio Secondo Curione, ami de la famille.


(Illustration : page ouverte d'une publication des écrits d'Olympe Morat).

lundi 24 janvier 2011

La "Marie Stuart" de Catherine de Médicis

Dans "La reine Margot" d'Alexandre Dumas, on peut lire ce dialogue entre le parfumeur de Catherine de Médicis et la reine-mère (commentant la prophétie de Nostradamus à propos de la "Marie Stuart" francaise) :

"- Vives honorata, dit René, morieris reformidata, regina amplificabere.

- Ce qui veut dire, je crois :
Tu vivras honorée, et elle manquait du nécessaire, la pauvre femme ! Tu mourras redoutée et nous nous sommes moqués d'elle. Tu seras plus grande que tu n'as été comme reine, et voilà qu'elle est morte et que sa grandeur repose dans un tombeau où nous avons oublié de mettre même son nom.

- Madame, Votre Majesté traduit mal le
vives honorata. La reine de Navarre a vécu honorée, en effet, car elle a joui, tant qu'elle a vécu, de l'amour de ses enfants et du respect de ses partisans, amour et respect d'autant plus sincère qu'elle était plus pauvre.

- Oui, dit Catherine, je vous passe le
tu vivras honorée mais morieris reformidata, voyons, comment l'expliqueriez-vous?

- Comment je l'expliquerai ! Rien de plus facile :
Tu mourras redoutée.

- Eh bien, est-elle morte redoutée ?


- Si bien redoutée, madame, qu'elle ne fut pas morte si Votre Majesté n'en avait pas eu peur. (...)"



Ce personnage qui joua un rôle de premier plan dans la France du XVIe siècle et qui ne figure pas dans les manuels scolaires parce que c'est une femme, mourut dans des circonstances mystérieuses quelques semaines avant la Saint-Barthélémy.
Selon les protestants, elle aurait été empoisonnée par Catherine de Médicis, ce que contestent de toutes leurs forces les catholiques. Actuellement, nous ne pouvons plus le vérifier attendu que son corps a disparu tout de suite après sa mort.
De qui s'agit-il ?