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mercredi 9 octobre 2013

Edith Margaret Garrud, la suffragette bodyguard qui faisait du jiu-jitsu

Edith Margaret Garrud (1872-1971), née Williams, a été la première formatrice d’autodéfense féministe en Europe, et probablement dans le monde.
Après son enfance à Bath puis en Pays de Galles, Edith Garrud suit une formation de professeure d’éducation physique pour filles. À 21 ans, elle se marie avec William Garrud, un autre prof de sport avec qui elle emménage à Londres. En 1899, les Garrud découvrent le Bartitsu, un mélange de divers arts martiaux asiatiques – qui étaient à ce moment-là peu connus en Europe – créé par Edward William Barton Wright. Sherlock Holmes le pratiquera dans les livres de Sir Arthur Conan Doyle.
Edith Garrud


La formation par Barton Wright est complétée par des leçons chez Sadakazu Uyenishi. En 1907, Edith Garrud jouera le rôle principal dans le film Ju-jutsu Downs the Footpads. Quand Uyenishi retourne au Japon un an plus tard, les Garrud reprennent son école d’arts martiaux, et Edith prend en charge les classes pour femmes et pour enfants. Elle organise également des cours d’autodéfense pour les suffragettes de la Women’s Social and Political Union (W.S.P.U.) et de la Women’s Freedom League. Pour rendre l’autodéfense pour les femmes plus connue, elle crée en 1911 la pièce de théâtre What Every Woman Ought to Know (« Ce que chaque femme devrait savoir » ; la pièce comique met en scène le moyen de se défendre contre la violence conjugale) et publie des articles dans des journaux :
Trois scènes de la pièce « What Every Woman Ought to Know »
Quand les suffragettes anglaises, entrent vers 1910 dans la confrontation avec les forces de l’ordre (bris des vitres, incendies, bombes...) en veillant toujours à ce que personne ne soit blessé et que des ouvriers/ères ne perdent pas leur travail. S'en suivent les arrestations brutales et l’alimentation forcée par tubes des prisonnières en grève de la faim. A partir de 1913, la loi « du chat et de la souris » donne à la police le droit de relâcher une suffragette emprisonnée si elle est trop affaiblie par la grève de la faim pour qu’elle ne meure pas en prison, et au cas où elle s’en remet, de la ré-emprisonner aussitôt. Des meneuses comme les trois Pankhurst risquaient non seulement des conséquences graves pour leur santé, mais n’avaient plus le droit de militer.
Mais la police n’avait pas compté avec Edith Garrud. La W.S.P.U. monte le Bodyguard, un groupe de 39 femmes formées par Edith Garrud et menées par Gertrude Harding. Leur mission : protéger les leaders des suffragettes de l’arrestation, si nécessaire par la force physique. Dans des lieux secrets, elles apprennent le jiu-jitsu, mais aussi la défense avec des massues de gymnastique, techniques qu’elles mettent en pratique dans de nombreux combats corps-à-corps avec la police. Une des bodyguards découvre par exemple qu’on peut faire tomber un policier à cheval si on frappe l’arrière du genou de l’animal avec une massue. Cette technique ne fait pas mal au cheval, mais le force à « s’asseoir », au grand dam du cavalier surpris. Une autre technique de combat préférée est de tirer sur les bretelles élastiques d’un policer pour arracher les boutons de son pantalon – les mains occupées à tenir son pantalon en place, il peut difficilement courir après les suffragettes... Les médias, déjà très critiques envers les suffragettes en général, essaient de les ridiculiser par des caricatures.
Caricature de Punch
La confrontation physique n’est pas la seule à porter ses fruits : la ruse est également utilisée avec succès. Le Bodyguard sécurise les bâtiments où vont avoir lieu des manifestations suffragistes pour planifier des routes de fuite. Elles forment souvent des barrières humaines pour empêcher les policiers d’arriver jusqu’à la suffragette qu’ils veulent arrêter. A plusieurs reprises, les stratégies inventives du Bodyguard surprennent la police. Par exemple le 10 février 1914, Emmeline Pankhurst doit s’adresser à la foule sur Campden Hill Square. A l’heure prévue, la place est remplie de gens – et de policiers. E. Pankhurst apparaît sur le balcon d’une maison privée, hors de portée des policiers ! Evidemment, quand elle sort de la maison, la police se jette sur elle, le Bodyguard la protégea au mieux et dans la mêlée, les policiers ne se rendent compte qu’à la prison qu’ils ont attrapé une autre femme, vêtue et voilée tout comme Madame Pankhurst. La vraie Emmeline Pankhurst a eu le temps de disparaître.


Cette ruse fut employée plusieurs fois dans les semaines qui suivirent, et quand la police eut finalement compris le truc, elle eut droit à une nouvelle surprise. Une suffragette connue s’étant réfugiée dans une maison privée, toutes les sorties étaient bloquées. La police s’apprêta alors à arrêter la femme dès qu’elle sortirait – mais quand la porte s’ouvrit, une douzaine de femmes en vêtements identiques couraient dans tous les sens et la police ne sut pas qui poursuivre. Emmeline Pankhurst écrivit en remerciement à ses gardiennes : « En ce qui concerne nos femmes combattantes, elles sont en pleine forme et très fières de leurs exploits, comme vous pouvez vous imaginer. La fille avec la déchirure à la tête n’a pas voulu de sutures car elle voulait garder une cicatrice la plus grande possible. Le vrai esprit de guerrière ! »
Edith Garrud faisant une démonstration de jiu-jitsu avec un acteur habillé en policier
Edith Garrud n’était évidemment pas non plus à l’abri du harcèlement policier. Pourtant, en tant que formatrice des Bodyguards, elle ne pouvait pas prendre trop de risques, car elles avaient besoin d’elle en liberté, pas en prison. Pour soutenir la cause, elle escalada plusieurs fois le mur de la prison de Holloway où de nombreuses suffragettes étaient enfermées. Sur le mur, elle chanta des chansons et agita le drapeau mauve-blanc-vert des suffragettes. Dans une des nombreuses manifestations, elle plaque un policier par terre qui veut l’arrêter, avant de disparaître dans la foule. Et dans son dojo, elle aménage des cachettes sous les tatamis pour faire disparaître des objets incriminants lors de fouilles. Tant qu’il y avait des élèves qui faisaient leur entraînement sur les tatamis, la police n’y voyait que du feu...
Au début de la Première Guerre mondiale, la W.S.P.U. dissolva le Bodyguard, car les suffragettes voulaient soutenir les efforts de guerre pour montrer qu’elles méritaient le droit de vote. Mais Edith Garrud continua à enseigner l’autodéfense et le jiu jitsu jusqu’en 1925, quand elle et son mari vendirent l’école d’arts martiaux et se retirèrent de la vie publique. Nous revoyons Edith Garrud en 1965, quand un magazine féminin national l’interviewe à l’occasion de son 94e anniversaire. C’est une gentille petite dame qui répond aux questions un peu infantilisantes du journaliste – pour après le prendre dans une clé dont il se souviendra un bon moment...
Edith Garrud prenant le journaliste de Woman Magzine dans une clé de main.
(Aveu : prise d'une grosse crise de fainéantise, j'ai presque tout copié/collé de ce blog).

samedi 14 septembre 2013

Sylvia Pankhurst, la mère du communisme britannique

Sylvia Pankhurst
Sylvia Pankhurst (1882-1960), autre fille d'Emmeline Pankhurst,  fut, de toutes les militantes pour le droit de vote des femmes, l'une de celles qui eurent à subir le plus de séances de nourrissage forcé durant le mouvement des grèves de la faim.

Au sein du WSPU, elle organisait la partie "visuelle" des marches et des manifestations, en dessinait les drapeaux, les pancartes, les bannières et les objets à vendre. Jusqu'à ce que sa soeur Christabel appelât le mouvement à la violence. À la suite de quoi, elle quitta le parti et en fondit un autre : la Fédération des Suffragettes de l'Est Londonien (ELFS), parti mixte et surtout regroupant les citoyens les plus pauvres, car Sylvia se montra plus intéressée à la cause proprement prolétarienne, puis internationale prolétarienne, qu'à la cause purement féministe. Cependant elle ne cautionna pas longtemps le mouvement bolchevik de Russie et critiqua ouvertement Lénine. Depuis, on considère qu'elle joua un rôle de premier plan dans la création d'un parti communiste en Grande-Bretagne.
Sylvia Pankhurst arrested
Internationaliste, antifasciste, antiraciste en plus d'être antisexiste, elle fera des tournées internationales aux États-Unis, en Scandinavie, en Europe centrale, entre autres,pour promouvoir, dans un premier temps (jusqu'à son obstention), le droit de vote des femmes. C'était une excellente oratrice doublée d'une artiste de talent. Ci-dessous, un dessin de Sylvia Pankhurst représentant une prisonnière dans une cellule de la prison de Holloway :
Sur ce site entièrement consacré à Sylvia Pankhurst, on trouve une galerie de ses oeuvres.

Après 1924, elle créa des comités pour secourir les victimes du fascisme et de l'antisémitisme, et leur assurer du travail. Elle se réengagea dans des activités féministes, mais loin de la cause ouvrière. Devenue la trésorière du Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme, fondé à Paris en 1934, elle soutint l'empereur Hailé Sélassié à l'occasion de la guerre italo-éthiopienne, au nom de l'antifascisme et de la lutte des peuples de couleur. Elle lança en 1936 un hebdomadaire, New Times and Ethiopia News pour la défense du panafricanisme. 
Dans l'après-guerre elle se mit totalement au service de la cause éthiopienne. Invitée en 1956 par Hailé Sélassié à vivre en Ethiopie, elle s'installa à Addis-Abeba où elle mourut en 1960. Ses loyaux services lui valurent d'être enterrée dans la cathédrale et son nom fut donné à l'une des rues de la ville.

jeudi 12 septembre 2013

Marion Wallace Dunlop, la première gréviste de la faim

jailgals
Doctor: “What will you eat for dinner?”
Marion Wallace-Dunlop: “My determination.” July, 1909.

Marion Wallace-Dunlop (1864-1942) est la première gréviste de la faim de l'histoire du mouvement des suffragistes du WSPU d'Emmeline et Christabel Pankhurst.
Elle est arrêtée en juillet 1909 pour avoir jeter des pierres dans les fenêtres du 10 Downing Street. Elle décide de cette grève seule et contre l'avis des Pankhurst qui y sont opposées mais qui l'imiteront néanmoins plus tard. Christabel écrit :
"Miss Wallace Dunlop, taking counsel with no one and acting entirely on her own initiative, sent to the Home Secretary, Mr. Gladstone, as soon as she entered Holloway Prison, an application to be placed in the first division as befitted one charged with a political offence. She announced that she would eat no food until this right was conceded."
(Madame Wallace-Dunlop n'ayant pris conseil de personne et ayant entièrement agi de sa propre initiative, a envoyé au secrétaire de la chambre Mr. Gladstone, aussitôt qu'elle a été incarcérée à Holloway, une requête pour être placée dans la première division de la prison comme convenant à une femme de son rang poursuivie pour offense politique. Elle a annoncé qu'elle ne mangerait aucun aliment tant que ce droit ne lui serait pas concédé)    
Return to Album
Elle tiendra 91 jours avant d'être libérée pour raisons de santé. 

 

lundi 9 septembre 2013

Quand les suffragistes inventaient la visibilité

à l'occasion du couronnement de la reine d'Angleterre (17.6.1911), une militante du WSPU défila à cheval et habillée de blanc :  Marjorie Annan Bryce costumée en Jeanne d'Arc.


Cette photo a un certain intérêt à l'heure où l'on reparle de la visibilité des féministes depuis que l'incursion des Femen sur la scène internationale provoque la controverse. Et pour inciter à la réflexion sur le sujet, voici des extraits d'un article intitulé "vision et visibilité : la réthorique visuel des suffragistes..." qui donne la troublante impression que l'on parle en fait des Femen...  :
 
"Comment le mouvement suffragiste dans son ensemble s’est-il mis en scène dans l’espace public et notamment dans la rue ? Toutes les militantes sont convaincues que la visibilité est la donnée fondamentale de la campagne pour le suffrage ; les légalistes se limitent à la légalité ; les suffragettes, surnommées ainsi depuis janvier 1906, développent des tactiques de plus en plus spectaculaires au service exclusif de la visibilité. L’autocratique Christabel Pankhurst, publicitaire de génie, mène avec vigueur et imagination l’invasion de la rue et la perturbation de la vie politique.
(...)
La visibilité de la suffragette est essentielle ; elle se décline avant tout en une bénévole mais aussi en victime, en femme respectable, en combattante, en travailleuse, en femme molestée aux vêtements en lambeaux, en incendiaire de bâtiments publics, de maisons privées ou de boîtes à lettres, en destructrice de tableaux (lacération), en briseuse de vitrine, en femme-sandwich, en sportive qui escalade des monuments pour les occuper ou contourner les services d’ordre des réunions politiques, en femme enchaînée à des grilles (surtout celles du Parlement), en perturbatrice de réunions publiques (surtout celles du parti Libéral), en rebelle recourant à la désobéissance civile comme le refus de payer l’impôt ou de répondre aux questions du recensement de 1911. C’est une stratégie menée avec l’assentiment de chacune intégrée dans un groupe d’intervention rapide et, après 1912, dans des opérations de commando. Une visibilité de la personne ou/et de ses actions, une visibilité qui relègue le verbe à la seconde place, sont à défendre à tous prix. Arme exclusive des légalistes, le verbe sous toutes ses formes légales, n’a pas apporté le suffrage féminin malgré une campagne d’un demi-siècle.
(...)
Une autre tactique des suffragettes est de se déplacer temporairement dans une ville et d’installer en quelques heures un petit groupe de militantes dans une boutique très bien située, c’est-à-dire visible. 
(...)
Dans une veine moins délinquante, il y a une utilisation systématique du costume régional/national [on pense à la couronne de fleurs ukrainienne] tout comme d’ailleurs du costume professionnel ou du vêtement ouvrier. L’uniforme réapproprié par la cause devient alors un grand classique de la propagande visuelle. Il est utilisé à des fins publicitaires : une photographie prise en mai 1909 montre, par exemple, une fanfare, martiale et colorée, avec pour annonce la Women’s exhibition ou encore les tabliers portés par de jeunes femmes invitent les passants à un meeting suffragiste à Manchester (juillet 1908). L’uniforme présente également une vision des femmes au travail, au service de la Cause et de la société. 
(...)
Sylvia Pankhurst écrivit à propos de la Procession du couronnement :

It was a triumph of organisation, a pageant of science, art, nursing, education, poverty, factorydom, slumdom, youth, age, labour, motherhood, a beautiful and imposing spectacle.

Le message est clair : aucun lieu, ni aucune classe, n’échappe à la revendication du suffrage. D’autre part, la représentation ainsi construite présente des femmes génériques, des femmes qui ne sont pas seulement des individus convaincus mais une catégorie à laquelle il devient difficile de ne pas s’identifier, soit par la classe, le lieu, l’âge et donc la revendication. Enfin, cette ambition généralisante permet d’anéantir un argument anti-suffragiste, celui qui affirme que les femmes dans leur grande majorité ne veulent pas le droit de vote, à part quelques excitées, héritières de la « hyène en jupons », Mary Wollstonecraft.  

A lire tout l'article ici.http://lisa.revues.org/3116?lang=fr

mardi 3 septembre 2013

La baronne Emmeline Pethick Lawrence, suffragiste et femme d'un ami de Gandhi

 
La baronne Emmeline Pethick Lawrence (1867-1954) fut membre du WSPU de Emmeline Pankhurst et femme du secrétaire des Affaires Étrangères d'Inde et de Birmanie, Frederick Pethick Lawrence, grand ami du Mahatma Gandhi dont il fut un contemporain de la lutte pour l'indépendance de l'Inde. Les deux hommes s'entendaient à merveille, rapportent les historiens. Le baron Frederick Pethick Lawrence soutenait le WSPU et publia dès 1902 avec sa femme le fameux journal "Vote for Women".
Remarquons qu'en se mariant Frederick Lawrence a pris, en sus de son nom, celui de sa femme ! 
Emmeline Pethick Lawrence fit six fois de la prison en raison de ses activités avec le WSPU.
Dans son livre My Part in a Changing World (1938) elle écrit : "When the morning newspaper brought the unexpected news of my first arrest in the Suffrage Movement, my father reacted to it in precisely the same way as I should have reacted had our positions been reversed. He was proud that a child of his hand not hesitated to make a stand for the extension of democratic liberty."
"Lorsque le journal du matin a rapporté la nouvelle inattendue de ma première arrestation pour le mouvement des suffragistes, mon père a réagi exactement de la même manière que je l'aurais fait si j'avais été à sa place. Il fut fier qu'un enfant venant de lui n'ait pas hésité à prendre position pour l'extension de la liberté démocratique".

vendredi 30 août 2013

Millicent Fawcett et son sac à main

C'est toujours lorsqu'on a un peu la notion de sa propre valeur et que l'on se retrouve confrontée à l'une ou l'autre injustice flagrante que l'on décide en tant que femme de se révolter et de s'engager dans la cause féministe. Ainsi Millicent Fawcett se fait voler son sac à main. Elle se rend au poste de police, veut y faire une déclaration de vol, et là, qu'apprend-elle ? Que c'est impossible. Pourquoi ? Car "son" sac à main n'est pas à elle. Il est la propriété de son mari. 
Millicent est atterrée. Elle dira plus tard qu'en entendant cela, elle a eu l'impression de s'être faite encore une fois voler son sac à main. Ainsi, aucune des choses qu'elle avait cru lui appartenir n'auraient été à elle ? Aurait-elle été corps et biens la propriété de quelqu'un d'autre comme une esclave ?
Millicent Fawcett n'est pas Emmeline Pankhurst avec sa rage et son envie de tout casser chevillées au corps parce que seule, pauvre, avec de nombreux enfants et aucun droit. M.F. est d'une famille aisée, libérale et progressiste. Ses parents sont intelligents et généreux. Les enfants étudient. Sa soeur sera la première femme médecin du Royaume-Uni. De plus Millicent épouse l'ami d'un militant pour les droits des femmes. C'est avec l'appui de son mari qu'elle luttera pour


le droit de vote des femmes. Description de cette image, également commentée ci-après

Millicent Fawcett fut une très grande féministe pacifique qui a énormement oeuvré pour l'amélioration de la condition des femmes, notamment des femmes dans la prostitution. Pour la question du droit de vote, elle n'approuvait pas l'activisme violent et spectaculaire mais elle n'a jamais critiqué celles qui s'y adonnaient car elle savait qu'elles se battaient pour les mêmes droits. Elle ne s'en est jamais prise aux activistes en guerre avec l'État même si elle pensait que la violence était contre-productive et même quand le public s'est mis à faire l'amalgame entre son mouvement et celui d'Emmeline Pankhurst.

Une privilégiée qui ne stigmatise pas les militantes non-privilégiées est selon moi un exemple à méditer. Même si elle ne comprenait absolument pas qu'elles aient choisi des procédés guerriers, Millicent Fawcett ne blâmait pas en public ces "casseuses", issues de divers horizons, comme font aujourd'hui certaines féministes "établies" avec des féministes émergeantes et qui ont pourtant le même but : se réapproprier ce corps qui ne semble jamais appartenir aux femmes à l'instar du sac à main  de MF.
Le respect inconditionnel pour les autres dont MF a fait preuve dans cette lutte est l'un de ses plus grands mérites.
La bataille séparée mais mentalement conjointe au-delà des dissensions, des militantes pacifiques de Millicent Fawcett et des activistes d'Emmeline Pankhurst a été nécessaire pour faire plier la mâlitude britannique et entamer un peu de son extrême arrogance. Que les féministes d'aujourd'hui en retirent l'enseignement qui s'impose.
Si l'union n'est pas possible, rien n'oblige à être dans la désunion exhibitionniste.

dimanche 25 août 2013

Christabel Pankhurst, la première cracheuse sur policeman de l'histoire...

...pour des raison politiques.
Christabel Pankhurst est l'une des trois filles d'Emmeline Pankhurst. C'est la raison pour laquelle je vois en Emmeline Pankhurst, la mère des suffragistes. Ses filles Adela, Sylvia et Christabel luttèrent aussi pour les droits civiques des femmes. Une lutte qui dura cinquante ans ! Largement le temps de trouver deux générations de femmes à la suite dans ce combat.

Christabel étudia le droit mais ne put exercer aucune profession dans ce domaine puisqu'elles étaient toutes interdites aux femmes.







 Au cours d'une assemblée d'hommes politiques (meeting du Parti libéral en 1905 à Manchester avec Winston Churchill, entre autres), Christabel et son amie Annie Kenney vinrent lancer à haute voix la question du vote des femmes. Trouvant que son beau meeting était perturbé par des importunes, Churchill et ses amis demandèrent à la police de les faire sortir manu militari. Christabel cracha à la figure du policeman qui la tenait et fut mise en prison pour trouble à l'ordre public ainsi que "technical assault" (crachat). Elle choisit de faire de la prison plutôt que de payer l'amende.

 Ce crachat fut la première violence de la lutte des Pankhurst. Elles décidèrent très vite que puisqu'elles n'avaient pas voix au chapitre dans l'élaboration des lois, elles n'avaient aucune raison de les respecter. C'est à partir de ce moment-là qu'elles commirent toutes sortes d'actions "hors-la-loi".

Les Pankhurst furent les plus grandes agitatrices de la lutte pour les droits civiques.

Dans la vidéo ci-dessous, on voit Christabel et Annie tenir un grand panneau "Vote for Women". Christabel est celle de droite.



jeudi 22 août 2013

Emmeline Pankhurst, mère des suffragistes

Emmeline Pankhurst est pour ainsi dire considérée comme la mère des suffragistes. À l'âge de 14 ans déjà, elle milite pour le droit de vote des femmes depuis son école de filles de Neuilly sur Seine près de Paris avant de fonder une association pour le droit des votes des femmes à Londres en Angleterre.

En réalité de l'autre côté de l'Atlantique, Elizabeth Cady Stanton avait déjà fondé la "National Woman Suffrage Assocation". Malheureusement morte en 1902, elle n'aura pas vu l'aboutissement de son combat poursuivit par l'anglaise Emmeline Pankhurst et parallèlement l'américaine Alice Paul aux États-Unis.


"En 1999 le Time a nommé Emmeline Pankhurst comme étant l'une des 100 Personnalités les Plus importantes du XXe siècle ; « elle a donné un idéal aux femmes de notre temps ; elle a fait trembler la société vers un nouveau destin qui ne pourrait avoir aucun retournement. » Elle a été largement critiquée pour sa tactique militante et les HIStoRIENs sont en désaccord sur leur efficacité, mais son action est reconnue comme un élément crucial pour l'obtention du droit de vote pour les femmes en Grande-Bretagne" (tiré de Wikipédia).

En effet, elle organisait des actions offensives comme de s'enchaîner aux lampadaires, provoquer des incendies dans des immeubles, faire la grève de la faim ou bien encore couper les fils des télégraphes.
C'est elle qui fut derrière l'attentat à la bombe (posée par Emily Davison) dans la résidence du chancelier David Lloyd Georges. Elle prit 3 ans ferme. S'en suivit une avalanche d'actions similaires de la part des autres militantes. Elles jetèrent par exemple du poivre et un chat mort sur le premier ministre Herbert Asquith mais perpétrèrent aussi d'autres attentats à la bombe et d'autres incendies dans tout le pays. On parla de Reign of Terror (règne de la terreur)..
Emmeline fut libérée l'année de son emprisonnement pour des raisons de santé dues à sa grève de la faim.
Les actions se poursuivirent à coups de bombes, acide dans les boîtes aux lettres, incendie d'églises pendant lesquels les militantes entonnaient "God save Emmeline Pankhurst".
Le summum fut atteint avec la mort d'Emily Davison qui rentra en collision avec le cheval de George V au derby d'Epson le 4 juin 1913, ce qui fit dire à Emmeline Pankhurst qu'elles forceraient leurs adversaires dans la position de pouvoir leur dire "Donnez-nous notre entière liberté ou tuez-nous".  

S'en suivirent le ballet des grèves de la faim, des nourrissages forcés et des remises en liberté.

Puis Emmeline est arrêtée en voulant remettre une pétition au roi. Elle crie "“Arrested at the gates of the Palace. Tell the King!” (Arrêtée aux portes du palais. Dites-le au roi ". La photo fait la une de tous les journaux et devient l'un des documents les plus importants de l'histoire du féminisme (ou de l'herstoire).
File:Emmeline Pankhurst Arrested 1907-1914.jpg

vendredi 16 août 2013

Molly Brown, suffragette et rescapée du Titanic

 
(...) Embarquée dans le canot de sauvetage numéro 6, qui pouvait accueillir 65 personnes, aux côtés de seulement 24 femmes et 2 hommes, Molly Brown, vêtue d'un deux-pièces en velours noir, a tenu tête au maître de manoeuvre Robert Hichens. Celui-ci, craignant que les survivants en détresse, pris de panique, ne fassent chavirer le canot, refusait de retourner sur les lieux du naufrage. (...). Et quand Hichens a pris pour une étoile filante une fusée lumineuse lancée par un bateau qui venait à la rescousse des naufragés, elle l'a menacé de le jeter par-dessus bord (sans toutefois employer de pistolet, comme dans le film de 1964 qui porte son nom). Après avoir pris le commandement de l'embarcation, elle a ordonné aux femmes de ramer et a conduit tout le monde en lieu sûr. Molly Brown a ainsi fait preuve d'un courage extraordinaire.
Née Margaret Tobin à Hannibal, au Missouri, en 1867, elle a un jour quitté son village pour se rendre à Leadville, une municipalité du Colorado en plein essor. (...) Elle y a fait la rencontre de James Brown, un prospecteur de 13 ans son aîné, à la faveur d'un pique-nique paroissial. Elle l'a épousé en 1886, sept ans avant qu'il trouve de l'or dans la Little Jonny Mine et commence à édifier sa fortune, qui allait atteindre 5$ millions.
Molly a beaucoup voyagé en Europe, souvent en compagnie de son fils, Lawrence, de sorte qu'elle maîtrisait plusieurs langues. Après le naufrage du Titanic, (...) Molly Brown a amassé des fonds pour les survivants non fortunés. Elle a également lutté aux cotés d'Alva Belmont pour que le droit de vote soit accordé aux femmes  Elle est décédée d'une crise cardiaque en 1932.

(Source). Lire aussi l'entrée de Wikipédia très complète et très documentée (et faite avec plus de finesse que ce résumé). Cliquer sur le nom "Molly Brown" en haut de page.  

Edith Bowermann dont je parle ici, fut aussi une suffragette rescapée du Titanic et se trouva également dans le canot de sauvetage n°6 dont Molly Brown prit le commandement.

Une comédie stupide a été créée d'après cette histoire du Titanic. Elle s'appelle "L'insubmersible Molly Brown" en anglais et "La reine du Colorado" (?) en français dont le synopsis débute comme suit sur cinefil.com : Une jeune orpheline élevée par un trappeur, est un véritable garcon manqué. Mais la petite sauvageonne a beaucoup de volonté, et décide de devenir une dame distinguée. Elle trouve un travail de serveuse dans un bar, ou elle fait la connaissance d'un garçon qu va bouleverser sa vie.... (La bande-annonce est ici).


The Unsinkable Molly Brown.jpg
(Une femme courageuse est un sujet de moquerie perpétuel pour la mâlitude).

mercredi 14 août 2013

Il y a cent ans : Inez Milholland Boissevain


Le 3 mars 1913, Alice Paul et Lucy Burns organisent en collaboration avec d'autres femmes comme Inez Milholland Boissevain une manifestation-spectacle de grande envergure. 8000 femmes défilent en costume blanc du Capitol à la Maison Blanche. En tête du cortège,  Inez Milholland Boissevain est montée sur un cheval blanc. L'événement attira un demi-million de spectateurs et reçut une publicité énorme de la part de la presse. Mais les rencontres avec le nouveau président (Woodrow Wilson), les piquets devant le Maison Blanche, les grèves de la faim en prison qui suivirent, tous ces efforts restèrent vains. Ce fut seulement après la guerre et sous la pression de l'opinion publique que Wilson changea d'avis.






L'avocate et journaliste américaine portait une bannière sur laquelle était écrit “Forward Out of Darkness, Leave Behind the Night, Forward Out of Error, Forward Into Light." ("Avançons hors des ténèbres, quittons la nuit, sortons de l'erreur, allons vers la lumière").
Nous étions dans un univers encore très imprégné de christianisme et ce slogan n'est pas sans évoquer les chrétiens qui auraient été appelés des ténèbres vers la lumière par Jésus-Christ ou quelque chose d'approchant.
Aujourd'hui, le féminisme (occidental) ancien est imprégné de valeurs écolos, néopaiennes et multicultis qui ont émergées dans les années 1968 et suivantes,  le féminisme nouveau est plus mu par des valeurs en rapport avec le corps magnifié comme dans le système économique dans lequel nous vivons.
Mais si les formes de manifestations sont très peu ressemblantes, le désir de voir les femmes reconnues par les hommes comme des êtres humains de valeur égale à eux, est identique. 
Pendant la 1re G.M., Inez fut correspondante de guerre et milita en tant qu'avocate pour un règlement pacifique de la guerre. Elle revint aux USA en 1916 et fit une tournée de promotion du suffrage des femmes dans 12 états de l'ouest des États-Unis. Le 22 octobre 1916, En prononçant un discours public à Los Angeles, Inez s'effondre. Elle mourra d'une anémie pernicieuse à l'âge de 30 ans en novembre 1916.


Inez Boissevain lors du défilé des suffragettes à Washington, DC, en 1913.


Le personnage dans le film : "Iron Jawed Angels"pioché sur un billet de blog comparant la fiction à la vérité historique.


Inez Boissevain fut déclarée martyre du mouvement pour le suffrage féminin.  Un mémorial à son nom a été dressé au Capitol en 1916.
  
Sa dernière phrase publique avait été : "Mr. President, how long must women wait for liberty?" 

(Lien en anglais ici ). 
http://www.sewallbelmont.org/womenwecelebrate/inez-boissevain/

lundi 29 juillet 2013

Arrêtées, molestées, battues, elles n'avaient pourtant pas les seins nus

AVERTISSEMENT : CE BILLET NE S'ADRESSE PAS AUX JEUNES FEMMES EN MAL DE VOCATIONS SACRIFICIELLES ET D'ACTIONS DIRECTES MAIS AUX FÉMINISTES ANTI-FÉMENISTES comme celle-ci et se veut un PETIT RAPPEL HISTORIQUE à base de photos de suffragettes anglaises prises entre 1903 et 1914. Parmi elles, Emmeline Pankhurst (2e photo en partant du haut) et Edith Bowermann (dernière photo (femme à terre, blessée par des coups de matraque)).



pankhurst.jpg
Photograph:Police officers arrest a “suffragette” who had been protesting for British women's right to vote, outside Buckingham Palace, in London, in 1914.
A Suffragette is Arrested and Escorted by Police in London, May 1906 (b/w photo)


 




Police and Pankhurst Family



Suffragettes vs. police

À force de répression et d'insuccès, le mouvement d'Emmeline Pankhurst se radicalisera et optera pour le vandalisme. E.P. dira : "L'argument de la vitre brisée est le meilleure argument en regard de la politique moderne". Elle exportera le modèle de la combattante pour le suffrage aux États-Unis auprès d'Alice Paul et de Lucy Burns qui crééront l'antenne américaine du mouvement.
Emily Davison posera, entre autres, des fumigènes à la paraffine dans trois boîtes aux lettres, mettra le feu à une corbeille de sciure dans une poste et posera une bombe dans la maison du premier ministre David Lloyd Georges.
De l'autre côté de l'Atlantique, les Américaines ne seront pas en reste.
Si bien qu'après cinq longues années d'assauts suffragistes du mouvement américain pour les droits civiques des femmes, le président des États-Unis,Woodrow Wilson, finira enfin par être favorable à un amendement qui accorderait aux Américaines le droit de vote et prononcera cet étonnant discours féministe devant le sénat :

"Devons-nous seulement demander à nos femmes, et prendre tout ce qu'elles peuvent donner en service et en sacrifice, tout en continuant à affirmer que nous ne voyons pas quel droit cela leur confère pour se joindre à nous et veiller aux affaires de la nation ainsi qu'aux nôtres ? Dans cette guerre [la première guerre mondiale où les femmes ont remplacé les hommes dans les usines entre autres "services rendus à la nation"], nous avons fait de nos femmes nos partenaires ; devons nous les accepter seulement dans un partage de la souffrance, du sacrifice et du labeur et leur refuser le partage du privilège et du droit ?"

Mais le sénat restera insensible à ces paroles et attendra encore un an avant de voter l'amendement (à une majorité d'une seule voix) le 4 juin 1919. On se rappelle que le 4 juin fut également le jour où Emily Davison fut tuée par une collision avec le cheval du roi Georges V).

Les femmes qui menèrent le combat pour le droit de vote des femmes ne manifestaient pas les seins nus car il n'en était encore nul besoin pour être visible aux yeux de la presse et pourtant elles n'ont pas été mieux traitées que leurs arrière-arrière-petites-filles, les Femen. D'ailleurs, il me semble que pour la visibilité/audibilité, ce soit les seins nus ou la vitre brisée, pas les deux*.
Et en attendant que nous ayons à mettre nos slogans sur nos fesses pour ne pas être maintenues dans l'ombre du foot, du pape, de la guerre (israélo-palestinienne, syro-syrienne, égypto-égyptienne, etc, au choix), du bébé des Windsor, et autres glorifications virilo-virilistes habituelles (pendant que la banquise du pôle Nord fond, la centrale de Fukushima fuit, un défenseur des tortues est assassiné, infos quand même nettement plus urgentes à communiquer) soutenons les femmes en lutte contre le patriarcat mortifère : Sacha, Oksana et Alexandra, les Pussy Riot, Amina et leurs ami.e.s emprisonné.e.s, tabassé.e.s ou simplement intimidé.e.s.

L'argument du maintien de LEUR ordre est leur seul argument.

Le droit de vote fut cédé par eux à force d'usure et à la condition (cachée) que nous ne leur laissions le pouvoir. Maintenant, nous ne voulons plus de leur autorité appuyée par les "hauts dignitaires" de leurs religions phallocentrées. Il faudra qu'ils le comprennent également.


Concernant le combat pour le suffrage et le cinéma, je suis tombée par hasard sur ce film de 1949 "Adventure in Baltimore" traduit voluptueusement en frenchy par "Un délicieux scandale", film qui bien sûr, se sert des suffragettes pour alimenter les fantasmes sexuels masculins. Car de la sorcière à la suffragette, tout est bon pour alimenter les fantasmes sexuels de ces messieurs. Les Femen n'y sont pas pour grand chose et se mettre nue ou non n'y change(ra) rien. La preuve :
A propos du personnage qu'est censée jouer Shirley Temple ici, il y a bien eu une suffragette peintre : Louise Jopling (1843-1933), mais, bien entendu, cette grande artiste fut sans rapport avec la petite fille gâtée mettant en danger la gloire de la mâlitude de cette stupide comédie américaine.


 *Aujourd'hui le vandalisme a des fins politiques est tout bonnement assimilé à du terrorisme et est beaucoup plus réprimé que dans les années 1900/1910. Il n'est pas étonnant alors que les seins nus le remplacent.

vendredi 26 juillet 2013

Habillées ou nues, le combat continue !

Femmes du mouvement Femen, Ottawa juillet 2013, manifestant pour que Nathalie Morin retenue en Arabie Saoudite contre son gré puisse rentrer chez elle.


Photograph of Mary Winsor, standing outside, holding a banner that reads: "To Ask Freedom for Women is Not a Crime. Suffrage Prisoners Should Not be Treated as Criminals."
Mary Winsor, of Haverford devant la prison d'Occoquan en Virginie, septembre 1917, manifestant pour la libération des suffragistes Alice Paul et Lucy Burns, entre autres, ou du moins pour un traitement humain des mêmes.

jeudi 25 juillet 2013

Égalité femmes/hommes = inégalité et grosse injustice envers les hommes

Voici une belles collection d'affiches d'époque contre le vote des femmes.
Les idées masculinistes complètement crétines (pléonasme) n'ont pas bougé d'un iota depuis les années 1910.

Top: A little boy reprimands a young suffragist for ignoring her dolls in this U.S.-made card marked "BS." Above: In 1909, the Dunston-Weiler Lithograph Company of New York issued possibly the most beautiful set of 12 anti-suffrage cards ever. Palczewski, Catherine H. Postcard Archive. University of Northern Iowa. Cedar Falls, IA.

Starting in 1909, imprisoned Suffragettes going on hunger strikes were often force-fed by their jailers, a form of torture that made them ill. Some even died from it. Copyright June Purvis.

A woman dominates her husband in this Bamforth postcard. Palczewski, Catherine H. Postcard Archive. University of Northern Iowa. Cedar Falls, IA.

The women here are smoking, playing poker, and eating chocolate while the man cleans and tends to the baby. Palczewski, Catherine H. Postcard Archive. University of Northern Iowa. Cedar Falls, IA.
In anti-suffrage postcards, babies were usually crying for their absent mothers, or the women were depicted as whining babies. Palczewski, Catherine H. Postcard Archive. University of Northern Iowa. Cedar Falls, IA. 
The "Suffragette Madonna" was a popular theme in anti-suffrage postcards. Palczewski, Catherine H. Postcard Archive. University of Northern Iowa. Cedar Falls, IA.

Images piochées ici

ajout du 26 : hier, 25 juillet, google a célébré le 93e anniversaire de la naissance de Rosalind Franklin, découvreuse de l'ADN!

dimanche 21 juillet 2013

D'Alice Paul à Amina, cent ans déjà...

À l'heure où Amina Tyler, emprisonnée pour avoir revendiqué son appartenance au mouvement féministe international Femen, doit se plier au Ramadan qu'elle le veuille ou non, souvenons-nous des peines infligées dans les années 1910 aux suffragistes anglaises et américaines qui pourtant NE réclamaient RIEN QU' un droit citoyen de base : celui de voter !
Il faut d'abord savoir que le droit de vote des femmes existait déjà dans certains états d'Amérique avant 1786, date à laquelle il fut aboli !

L'une des grandes figures de l'époque où ce droit revint à l'ordre du jour dans les revendications des femmes, fut, aux côtés de son amie Lucy Burns, Alice Paul.


Alice Paul, (1885-1977), a consacré sa vie à la cause des femmes, à faire reconnaitre leurs droits. Elle est née de parents quakers, or l'un des principes fondateurs des quakers est l'égalité des deux sexes. Aussi Alice considéra-t-elle toujours cette égalité comme allant de soi et lutta toute sa vie pour la faire passer dans les faits.
Elle suivit des études de droit et de biologie, et obtint un doctorat en droit civil en 1928. Mais auparavant, elle s'était rendue en Angleterre, avait travaillé avec les suffragettes britanniques Emmeline Pankhurst et ses filles, qui avaient choisi d'attirer l'attention des médias par des actions d'éclats afin de faire entendre leur voix sur l'injustice que représente le fait de ne pas avoir le droit de vote simplement parce qu'on est une femme. Alice participa à leurs actions et fut emprisonnée à plusieurs reprises. Elle rapporta ce même esprit militant aux Etats-Unis quand elle y revint en 1910. A cette époque, la Nouvelle Zélande, l'Australe, la Finlande avaient déjà accordé le droit de vote aux femmes.
En 1913, Alice Paul organisa une parade des suffragettes dans Pennsylvania Avenue à Washington ; les femmes qui défilaient pacifiquement furent agressée par une foule masculine tandis que la police laissait faire. Après des piquets de protestation devant la Maison Blanche pendant des mois, des arrestations, une grève de la faim, un nourrissage de force, le président Wilson finit par céder sous la pression de l'opinion publique et demanda au Sénat en 1918 d'accorder le droit de vote aux femmes par le 19 ème amendement à la constitution, ce droit fut entériné de justesse (à une voix près) par l'Assemblée le 26 aout 1919, jour qui est célébré aux Etats-unis comme le jour de l'égalité des femmes.
Après cette victoire, Alice Paul poursuivit son combat pour le vote d'un amendement intitulé l'amendement pour les droits égaux (The equal rights amendement) qui, à ce jour, n'a toujours pas été adopté au niveau national, mais a été adopté au niveau de nombreux états.
Après avoir décroché ses diplômes universitaires, Alice Paul poursuivit son combat et créa en 1938 le World Woman's Party (WWP) pour travailler avec la société des Nations sur l'égalité des droits des femmes dans le monde. Après la guerre, elle demanda la création aux Nations Unis d'une commission sur les droits des femmes.
Elle montra un courage, une détermination et une abnégation à son combat qui forcent l'admiration.
Arrêtée en 1917, Alice Paul restera 7 mois en prison
Elle est la figure principale du film "Volonté de fer" (quelle traduction de titre ! Et pourquoi pas "Dames de fer" tant qu'on y est ?). À VOIR TOUT PARTICULIÈREMENT LA SCÈNE OÙ ELLE SUBIT LE GAVAGE FORCÉ AFIN DE SE DONNER UNE IDÉE DE CE QU'ILS SONT CAPABLES DE FAIRE PLUTÔT QUE DE NOUS ACCORDER LES MÊMES DROITS QU'ILS SE SONT OCTROYÉS GRATUITEMENT À EUX-MÊMES. Et ayons une pensée pour Amina en visionnant cette scène. (Comme je ne suis pas sûre que la scène soit visible sur ce billet, je donne le lien).
Une bonne vidéo en anglais sur Alice Paul ici.

vendredi 19 juillet 2013

Debout

Lucy Burns addresses a crowd La suffragiste Lucy Burns, debout.
 
La suffragiste Lucy Burns, à bord d'un aéroplane, s'apprêtant à déverser des tracts en faveur du vote des femmes sur la ville de Seattle. Pour l'anecdote : la bannière de l'Union Congressionnel pour le suffrage des femmes qu'elle porte en bandoulière va s'envoler et atterrir sur le toit d'une maison. 
File:Lucy Burns in Occoquan Workhouse.jpg
La suffragiste Lucy Burns en prison.

Après l'avoir arrêtée trois fois pour être restée debout à protester (avoir fait le piquet) devant la Maison Blanche (occupée à l'époque par Woodrow Wilson) afin d'obtenir le droit de vote pour les femmes, on
tenta de la dissuader de recommencer en la torturant. Elle fut laissée sans soin, battue et ses mains enchainées au-dessus d’elle aux barreaux de sa cellule. Elle passa toute une nuit pendue ainsi, en sang, et au bord de l’étouffement.
Après quoi elle refusa pendant trois jours de manger. Les gardiens essayèrent de lui faire ingurgiter du poulet frit. Elle déclara aux autres femmes : "“I think this riotous feast which has just passed our doors is the last effort of the institution to dislodge all of us who can be dislodged. They think there is nothing in our souls above fried chicken.”(...) Je crois qu'il n'y a rien d'autre dans leur âme que du poulet frit".
On la sépara des autres femmes et pratiqua sur elle, sur ordre de Woodrow Wilson qui ne voulait pas que la cause des femmes fasse des mortes, le nourrissage forcé. Cinq personnes durent s'y mettre pour contraindre Lucy Burns à manger, raconte l'historienne Eleanor Cliff, et comme elle n'ouvrait pas la bouche, on lui administra la nourriture par le nez.

Lucy Burns détint le record des suffragettes emprisonnées. Aucune d'entre elles ne fut aussi longtemps incarcérée.

Dans l'hymne du MLF, il est dit aux femmes de se mettre debout. Mais ce n'est pas sans danger comme nous l'apprends l'herstoire.
Iron Jawed Angels dont voici la B.A. est un film de Katja von Garnier sur cet épisode (la lutte pour le 19e amendement de la constitution américaine) autour de la personnalité d'Alice Paul, une amie de Lucy Burns emprisonnée en même temps qu'elle. L'actrice Frances O'Connor joue le rôle de Lucy Burns.
Il existe une version allemande de ce film archi primé (dont la réalisatrice est allemande) intitulée : Alice Paul – Der Weg ins Licht (Alice Paul - Le chemin vers la lumière). En France, on n'a pas daigné le montrer....heu, ah si, mais sous le titre "Volonté de fer". On peut le voir en streaming. Il n'y a pas de B.A. en v.o.s.t. sur youtube, par contre.

samedi 13 juillet 2013

Notre 14 juillet devrait être le 4 juin


Je viens de lire une très belle bio de Emily Davison dans le magazine féministe allemand Emma mais je n'ai pas le temps de la traduire. Heureusement, à l'occasion du centenaire de sa mort, le 4 juin 1913, un journaliste de Mediapart a fait un article sur elle. J'ai juste remplacé un paragraphe (et quelques bouts de phrases par ci par là), après avoir copier/coller l'article, afin qu'il ressemble un peu plus à celui d'Emma que je trouve bien meilleur. Néanmoins, merci à Jean-Louis Legalery pour ses efforts pro-féministes.
D'ailleurs, au sujet des hommes qui veulent être nos alliés, un excellent article de Hypathie est à lire ici.

Emily Davison, martyre de la cause féministe (le vrai titre était Emily Davison, pionnière de l'égalité mais je l'ai changé).

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Photo Hulton Archive/Getty images.
Le 4 juin 1913, il y a cent ans, lors du célèbre Derby d’Epsom, traditionnelle et annuelle course hippique de plat, dans le Surrey, dans laquelle la famille royale engageait toujours un cheval, reconnaissable au fait qu’il n’arborait pas de couleurs attachées à la selle, une femme sortit de la foule, dans la courbe de Tattenham Corner, et fut heurtée violemment par Anmer, le royal équidé. Jusqu’à un passé récent l’histoire britannique a fait passer cet événement tantôt pour le geste d’une déséquilibrée, tantôt pour le suicide d’une désespérée. Il est désormais avéré que ce n’est ni l’un ni l’autre. La jeune femme s’appelait Emily Wilding Davison. Elle avait quarante ans et était militante du WSPU, Women’s Social and Political Union et elle voulait accrocher à la selle d’Anmer un ruban aux couleurs du WSPU pour promouvoir le droit de vote des femmes, mais préjugea tragiquement de la vitesse du cheval lancé au galop.

La suite est connue. Elle fut conduite inconsciente à l’hôpital d’Epsom où elle mourut de ses blessures quatre jours plus tard, aux confins d’un anonymat que l’establishment tenta de créer à travers la mise en scène d’un fait divers. Mais, lorsque sa dépouille fut ramenée en train jusqu’à sa ville natale de Morpeth, dans le Northumberland, au nord-est du Royaume-Uni, comme l’a raconté Val McDermid dans le Guardian du 31 mai, des milliers de gens attendaient à la gare pour lui rendre hommage, preuve d’une popularité extraordinaire. Emily Davison, issue d’un milieu modeste et d'une famille nombreuse, avait obtenu une bourse pour aller étudier la littérature et les langues, dites modernes à l’époque, en 1891 au Royal Holloway College, à l’âge de 19 ans. Mais le décès de son père la contraignit à abandonner, en raison des frais d’inscription trop élevés que sa mère ne pouvait assumer. Elle devint gouvernante, pour subvenir à ses besoins, puis enseignante et économisa suffisamment d’argent pour reprendre ses études supérieures au St Hugh’s College d’Oxford. Cependant les femmes n’étaient pas autorisées à obtenir les mêmes diplômes que les hommes, elle obtint néanmoins les plus hautes distinctions dans chacune des matières préparées.

[Elle] adhér[a] au WSPU, créé par Emeline Pankhurst. Les nombreuses demandes de cet organisme envoyées au gouvernement pour obtenir le droit de vote des femmes obtinrent systématiquement une fin de non recevoir. Les femmes devaient garder le même statut que les enfants, les handicapés mentaux et les fous. Alors Emily Davison décréta qu'il fallait passer aux actes et se radicalisa à chacune de ses actions consistant, par exemple, en jets de pierres et incendies contre les élus qui faisaient obstruction au droit de vote pour les femmes. Elle fut emprisonnée à plusieurs reprises car, à chaque incarcération, elle commençait une grève de la faim qui la faisait libérer, et, une fois qu’elle avait repris des forces, elle était à nouveau incarcérée. L’exploit qui scella sa notoriété eut lieu au soir du recensement national, le 2 avril 1911. Elle s’enferma dans un placard à balais de la chambre des communes, y passa la nuit et indiqua comme adresse, sur la feuille de recensement, the House of Commons. En 1999, le ministre travailliste Tony Benn, qui devint le plus jeune élu, en 1950, en remportant la circonscription de South Gloucestershire, rendit hommage  à Emily Davison et aux suffragettes. en posant une plaque commémorative à leur noms.
(...)
 Le droit de vote fut octroyé [par la suite] aux femmes, victoire posthume d’Emily Davison, dont la devise était deeds not words, des actes pas des mots.
A voir ici les trois vidéos rétrospectives de British Pathé :
http://www.youtube.com/watch?v=fJBdPFfnZHU
http://www.youtube.com/watch?v=siZ1rcIECdk
http://www.youtube.com/watch?v=-G4fJ9I_wQg

Le féminisme a sa martyre. Nous devrions commémorer chaque année la mort d'Emily Davison.
Ce serait notre 14 juillet à nous car celui des hommes ne compte pas. Pour LEUR révolution, ils se sont juste servis de nous. Et quand nous avons réclamé le droit de vote, ils nous ont décapité en la personne d'Olympe de Gouges ainsi que d'autres peut-être dont nous ne savons plus rien puisqu'ils effacent notre mémoire.

Et à propos des actes (pas des mots) : voir la vidéo ici (chez Emelire) des féministes solidaires d'Amina Tyler, devant la préfecture de Toulouse, venues demander sa libération et qui n'ont pas hésité à faire un sitting torse nu pour faire relâcher la Femen toulousaine embarquée par la police pour exhibition sexuelle (sic). Oui, Deeds not words, telle devrait être aussi notre devise !