Affichage des articles dont le libellé est Italie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Italie. Afficher tous les articles

dimanche 23 janvier 2022

Moravagine (mort au vagin) ou la fascination de l'écriVAIN pour les féminicidaires

    À la recherche d'un endroit où vivre en "commu" loin des injecteurs de mort subite qui nous retirent nos droits fondamentaux et par ailleurs à la recherche du pourquoi un café dans le Berlin des années 80 s'appelaient "Mora", j'ai réussi, ô surprise, à trouver un point commun entre les deux recherches!

   Étonnant comme des choses d'apparence étrangères peuvent se retrouver liées. 
 
  Le café s'appelait Mora en l'honneur du livre "Moravagine" de Blaise Cendrars.
Ah bon.

  À la source de ce livre, on trouve entre autres une "commu" des années 1900 où un psychiatre prônait une forme d'utopie féministe matriarcale!

Oui mais Moravagine veut dire "Mort au vagin" en fait. 

Alors ?
En y regardant de plus près, on ne peut s'empêcher de penser qu'Otto Gross, le psychiatre anarchiste désavoué par Freud (quoique cela ne veut pas dire grand chose), se voulait féministe mais c'était surtout la liberté sexuelle qui l'intéressait. Poursuivi par la police pour son implication dans la mort de Lotte Hattemer et de Sophie Benz et dépendant de diverses drogues, il décède dans une clinique de Pankow (quartier de Berlin) en état de manque. Autre version: il décède dans un entrepôt de Spandau (autre quartier de Berlin).

C'est donc une enseignante berlinoise, Lotte Hattemer (Berlin 1876- Ascona 1906), qui cofonda la comunnauté de Monte Verità (le mont de la Vérité) à Ascona avec la pianiste et féministe Ida Hofman, sa soeur Jenny ainsi que les frères Gustav et Karl Gräser. Crée en 1900, la communauté pratiquait entre autres le nudisme et le végétarisme. Fille du maire de Berlin et d'une mère conservatrice wilhelminienne, Lotte fuit sa famille d'origine pour travailler comme serveuse dans un bar du port de Hambourg où elle rencontre d'autres jeunes gens issus de la bonne société allemande en rupture avec celle-ci. Ensemble, elles et ils cherchent un lieu où démarrer un autre concept de société basée sur l'anarchisme. Après avoir séjourné un temps au bord du lac de Côme où la baronne Antoinette de Saint-Léger née Antonietta Bayer s'adonnait à la botanique, le groupe s'installe à Ascona. Il pratique le végétarisme auquel Lotte ajoute le jeûne et où elle témoigne d'un intérêt grandissant pour la théosophie. Elle meurt empoisonnée par un cocktail de cocaine et d'opium. Otto Gross quitte Ascona deux jours plus tard.
 


                                                         Ida Hofman et Lotte Hattemer

La pictoresse Sophie Benz, enceinte d'Otto Gross, est tuée ou se suicide, cinq ans plus tard, en 1911, d'une overdose de cocaine à l'âge de 26 ans. Suite à la mort des deux jeunes femmes, la police recherche Otto Gross pour enquêter sur une éventuelle participation à leur suicide. Il reconnaît avoir donné cinq grammes de cocaine et dix grammes de morphine à Lotte Hattemer. Il l'aurait fait pour lui éviter de souffrir en se tuant. La police ne va pas chercher plus loin. Lotte était une excentrique et surtout une femme, circulez, il n'y a rien à voir. 

Il semble que le personnage principal du Moravagine de Blaise Cendrars est un mélange des deux criminels féminicidaires, Otto Gross d'une part et Adolf Wölfli d'autre part, emprisonné pour tentative de viol sur deux mineures. 

Malgré son titre, le film ci-dessous, concocté l'année dernière en Allemagne, est un divertissement sur le thème de l'anti-bourgeoisie du début du vingtième siècle dans lequel une jeune femme découvre sa passion pour la photographie en rejoignant Monte Verità pour fuir son mari violeur. Les fondateurices de Monte Verità n'y sont représenté.e.s que comme figurantes. La personn(ag)e principale est totalement fictive. La blonde qui se jette à l'eau tout habillée représenterait Lotte Hattemer. L'autre blonde dans la maison (les deux blondes ont les mêmes vêtements et la même coiffure) interpréterait Ida Hofman. Bref, en plus d'avoir la difficulté de ne pas les confondre, on n'y apprend rien du tout sur elles.


samedi 13 août 2011

Résultat du tag : 21 - Ella est....

Vittoria Colonna et Simonetta Vespucci (2 femmes !)


Vittoria et Simonetta

J'ai été taguée par Asphodèle sur le thème suivant : Si j'étais une femme de la Renaissance, qui serais-je?

Deux me sont venues en tête, l'une pour l'avoir joué dans une pièce de théâtre, et l'autre parce que son visage est à jamais gravé dans ma petite tête !:-)

1) Vittoria Colonna


Vittoria Colonna était une marquise endeuillée quand elle rencontra Michel Ange.
Il avait un demi-siècle d’âge quand il se mit à l’aimer d’un amour vain et tourmenté. Car elle resta fidèle à son mari défunt.
En son honneur, Michel Ange devint poète.
Peut-être, en elle, est-ce une image de la Mort qu’aima le transcendant génie ; peut-être le spectre de la Fidélité par delà la vie ; peut-être la même pensée dont il avait fait déjà cette immortelle Nuit de pierre, qui dort, qui rêve l’infini, et qui vit pourtant parmi les vivants.
Il se sentait terrassé par le temps, quand elle lui apparut, comme Béatrice à Dante. Il l’adora de se laisser aimer sans espoir. Un tel amour, une telle douleur, lui sembla un bienfait suprême. À coup sûr il l’aima pour les pensées hautes et sombres, pareilles à son génie même, qui lui venaient d’elle, dont elle marchait entourée, cette marquise voilée, à l’attitude hautaine, à l’âme grande, cette visiteuse du tombeau de l’amour unique.
À soixante-seize ans, il lui demandait la permission de peindre son portrait ou de sculpter sa statue.
Vittoria Colonna était une des plus illustres dames de l’Italie, de l’Europe, du monde.
Elle aimait les pauvres, et le Christ. Elle aima aussi le génie de Michel-Ange. Peut-être crut-elle servir ce génie, en n’aimant que lui et non pas l’homme ; il en souffrit avec ravissement, avec orgueil, avec reconnaissance.
Quand elle fut morte, il lui baisa la main.
Et après cela, selon le témoignage de Condivi, il demeura comme privé de raison.
Bénie soit cette Muse noire, grâce à qui nous avons de Michel-Ange quelques pensées écrites, ses propres paroles sur l’amour !

Les poèmes de Michel Ange à Vittoria :

Comme tes blonds cheveux, où la fleur s’enguirlande,
Semblent se réjouir, couronne d’or vivant !
Fiers cheveux ! Ce qui fait leur fierté la plus grande,
C’est de baiser ton front les premiers, et souvent !

Ton corsage est heureux d’avoir ton sein mouvant,
Le jour, aussi longtemps qu’il faut qu’il le défende ;
Et quand il s’ouvre, heureux cheveux, sur le cou blanc,
Libres que leur flot d’or, caressant, s’y répande !

Mais heureuse surtout, légère, s’enroulant
En replis gracieux, la bandelette fine
Qui touche, enlace, baise et soutient ta poitrine !

Et la chaste ceinture autour de ton beau flanc.
Murmure : « À tout jamais je la veux, je la presse...
À quoi bon d’autres bras pour une autre caresse ? »

L’artiste vrai jamais ne conçoit un dessein
Que le seul marbre en lui n’enferme et ne comporte ;
Mais jusqu’au plan caché seule atteint la main forte
Qui sait être soumise à l’esprit ferme et sain.

Ainsi se cache en toi, charmante, être divin,
Le mal que je veux fuir et le bien qui m’importe ;
Et pour ma peine et pour ma fin, tout va de sorte
Qu’à servir mes souhaits mon art s’épuise en vain.

L’amour ! Ce n’est donc pas l’amour, ce n’est pas même
Ta beauté, ni ta haine ou ton dédain suprême,
Qui me font ma douleur... c’est mon destin, mon sort,

Si la mort dans ton coeur, la pitié sont ensemble,
Et si ma faible main, qui désire et qui tremble,
Ne sait tirer de toi rien autre que la mort !

---------------
2) Simonetta Vespucci


Simonetta Vespucci fut considérée comme la plus belle femme d'Italie de son époque. Elle fut la femme de Marco Vespucci et la maîtresse de Julien de Médicis. Elle décéda d'une pneumonie à l'âge de 22 ans en 1476 et resta donc une éternelle icône de beauté éternelle qui inspira à titre posthume tous les tableaux de Boticelli dont le fameux " la Naissance de Vénus"


Et cette peinture pour moi reste l'emblème de la Renaissance..

------------------
Et comme dans les jeux de tags, il faut conclure en passant la main, je demande à Julia, Li (mes deux italiennes préférées) et LH de nous narrer leurs icônes de la Renaissance..

Résultat du tag : 19 - Syl est....

Lucretia Panciatichi

Une femme de Renaissance !


Asphodèle souhaiterait me reconnaître si un jour elle devait se balader dans le temps de la Renaissance... Sur une idée d'Euterpe, je dois vous révéler la personnalité qui m'inspirerait, ou simplement, une enveloppe charnelle qui abriterait mon âme.

A peine j'effleurai
Bronzino-_ritratto_di_Lucrezia_de-_Medici.JPG s cette pensée que je visualisais les tableaux de l'artiste Agnolo Bronzino. J'ai eu la chance d'a dmirer quelques unes de ses oeuvres à Florence. J'ai pu voir la transparence de la carnation, légèrement bleutée et veloutée de pêche... les poses altières, la magnificence des étoffes et des parures des femmes peintes. Dans une nuance toute contrastée, leurs époux apparaissent avec une austérité puritaine ou guerrière.

Alors, je me voyais en Lucrèce de Médicis, portrait que je n'ai jamais vu mais qui me dicte tout un roman... Je ne l'aurais pas fait mourir de la tuberculose, ou de langueur, à seize ans. Cette jeune femme était trop belle ! Elle aurait été une aventurière, aurait vendu ses bijoux, oublié son mari volage et serait partie goûter la vie ailleurs...
Cependant, cette identité avait déjà été choisie par Angèle ! Il fallait me transporter dans un autre corps...
anne-de-bretagne_31.jpg

Je songeais aussi à Anne de Bretagne.
J'ai un livre "Promenade dans des jardins disparus : Les plantes au Moye 9782737329401FS.gif n Age d'après les Grandes Heures d'Anne de Bretagne" qui me passionne. J'aime m'amuser à reproduire certaines enluminures et dessiner des bestioles... escargots, coccinelles, scarabées, libellules...

Mais là encore, le personnage avait été pris par Hypathie !


Je cherchais donc une personne proche des arts, belle, intelligente, esthète et je me souvins du château de Chenonceau, le château des Dames. Je n'ai aucun désir de ressembler à Catherine de Médicis, je serais alors Diane de Poitiers. Mais savez-vous qu'elle fut de vingt ans l'aînée de son amant le roi Henri II ? Ne me sentant pas le coeur cougar, je préférais m'orienter vers une autre...

DianedePoitiers.jpg
Je serais, euh... cherchons, je serais... celle-là...

Lucretia Panciatichi


bronzino61.1292760796.jpg


Revenons à un portrait d'Agnolo Bronzino !

Cette peinture représente Lucrèce Picci, épouse de Bartolomeo Panciatichi.

J'ai longtemps eu ce poster dans ma chambre de jeune fille. Je suis tombée amoureuse de Florence à l'âge de quatorze ans, lors de mon premier voyage. J'aurais pu être atteinte du syndrome de Stendhal ou m'évanouir comme Lucy Honeychurch dans "Chambre avec vue".
D
'après quelques sources glanées sur google, j'ai appris que cette famille était puissante et avait des relations amicales avec les Médicis. Sur un site, un blogueur raconte la fascination qu'il ressent... ici... et j'approuve ! Il parle de la froideur du regard et de la sensualité des mains. Imaginez cette femme, les cheveux dénoués, les lèvres esquissant un sourire et les yeux moins lointains...
Elle devait être sage, aimer la littérature, la poésie, la peinture... les arts. Son air n'est pas hautain, il est réfléchi, réservé. Quant à la cour, celle de Lyon ou de Florence, elle n'est pas dupe, elle se méfie. Les intrigues politiques hantent les couloirs, les coins et recoins...
Sur une page de wikipédia traduite, on lit de la famille Panciatichi :

"
Barthélemy Panciatichi (France, 1507 - Florence, 1582 ) était un humaniste et politique italien.
Il était le fils naturel d'un commerçant, originaire de Pistoia , Barthélemy l'Aîné, principal propriétaire de la société d'exploitation négoce florentin en France, dans Lyon...

Son père avait financé des exploits militaires de Louis XII, qui ont conduit à la conquête temporaire du duché de Milan. Le jeune Barthélémy fut accueilli comme page à la cour de François Ier.

Il était un ami de Jean de Vauzelles.

En 1534, il épouse Lucrèce Panciatichi Pucci et s'installe en 1539 à Florence. Il devient un membre de l'Académie. Cosme Ier de Médicis l'envoie en 1549 en France, pour renouer des liens avec la monarchie française gouvernée alors par Henri II et Catherine de Médicis .

Barthélemy s'intéresse à la réforme protestante et en parle dans les milieux intellectuels florentins.

Le 17 Octobre 1551, l'inquisiteur de Bologne fournit une longue liste de noms des Réformateurs, en indiquant, parmi les Florentins, "Maître Barthélemy Panzatico, luthérien, ayant des livres hérétiques". Bartélémy arrêté, sort de prison en payant une rançon et promet de ne plus traîter de questions religieuses.
Elu directeur de l'académie florentine, il retourne dans les bonnes grâces des Médicis et reprend sa carrière politique. En 1567, il devient sénateur, en 1568 commissaire à Pise et en 1578 à Pistoia."

Bartolomeo-Panciatichi.jpg


Quant aux Picci, la famille de Lucrèce, j'ai trouvé qu'elle était d'origine florentine. Elle comptait dans la généalogie de l'époque, des hommes politiques, des mécènes, des poètes et des écrivains. Alliée aux Médicis, ils avaient beaucoup d'influence. Leurs armoiries étaient :

Pucci.JPG
Cela me convient tout à fait !!!

Alors Asphodèle, me reconnaîtras-tu lors d'un séjour dans le temps ?


Vous trouverez d'autres billets ici...
Asphodèle, LiliGalipette, George, Delphine, Ella, Liliba, Sharon, Eiluned, Aymeline,

Avis ! Je tague à mon tour... Liliba, Sharon, Eiluned et Aymeline.

Publié par Syl le 11.8.2011 copié/collé par Euterpe

Mon commentaire : très beau portrait et très passionnante histoire que celle de ce Barthélémy
Panciatichi ! Dommage que l'on n'en sache pas plus sur sa femme. L'a t-elle suivi en France ?
On sait que le mari de Lucrèce de Médicis l'avait laissée seule en Italie. A t-elle été aussi influencée par la Réforme ?
J'ai cherché quel âge elle a sur le portrait. Certain.es disent 18 ans. Elle pose la main sur un livre de prières ouvert à la page d'une prière à la Vierge Marie. sur son collier est écrit "Amour dure sans fin". Ici dans The Gardian quelqu'un écrit que sa beauté est glacée voire maladive.
Elle aurait quelque chose d'une statue de cire. Et ici il est dit qu'ils furent tous deux accusés de sympathie pour la Réforme donc elle n'est pas restée en Italie.
Ici la personne décrit le portrait de Lucrèce Panciatichi comme celui de quelqu'un.e qui fuit de l'autre côté de son propre esprit. Sa présence dans le tableau est une absence à la réalité.
La condition de beaucoup de femmes.

Merci beaucoup. Ce portrait est une découverte pour moi. Je ne m'étais jamais penchée sur sa problématique comme l'on fait apparemment bien de ses admirateurs/trices.

Résultat du tag : 18 - Liliba est....

Lucrèce Borgia

Tag de la femme de la Renaissance

tag

Taggée par Daniel et par Syl, sur une idée d'Euterpe , qui veulent savoir quelle femme de la Renaissance je suis au fond de moi-même... Pas évident ! J'ai dû chercher quelques idées sur google, vérifier quelques dates... mais voilà mon choix !

220px_Bartolomeo_Veneto_001

Lucrezia Borgia (vers 1510-1519) par Bartolomeo Veneto (v1470-1531), Musée des Beaux-arts, Nîmes

Me voilà donc en Lucrèce Borgia, née le 18 avril 1480 et décédée le 24 juin 1519. Une femme qui a fait couler beaucoup d'encre, suscité pas mal de polémiques, et été à l'origine de nombreux romans ou films, une femme assez mystérieuse qui reste un peu mythique, ça me va tout à fait ! Lucrèce est un personnage ambigu, mais également le reflet de son époque et de la société dans laquelle elle est née : une époque raffinée, mais qui reste cruelle, parfois même barbare, et une caste de l'aristocratie italienne où les intérêts personnels sont de peu d'importance par rapport aux intérêts du pouvoir et de l'argent, de même qu'en France.

Lucrèce Borgia fascine ! Sont-ce sa beauté exceptionnelle, sa cruauté légendaire (on l'appelle l'empoisonneuse...), ou bien ses rapports libertins et très sulfureux (on dit qu'elle a fricoté avec son père et son frère...) ? Ou bien juste une femme au caractère bien trempé qui n'a pas voulu se laisser faire dans une société où il fallait se montrer la plus forte pour survivre ? Ou bien le fait qu'elle a tout d'abord une réputation de libertine pour devenir ensuite très pieuse et protectrice des arts, bien sage par rapport à son passé ?

Lucrèce est la fille naturelle de Rodrigo Borgia, le futur pape Alexandre VI, et la soeur du fameux César Borgia. Elle épouse Giovanni Sforza, une famille également illustre et on dit que la cérémonie fut une "débauche de luxe et de décadence", ce qui est très probablement vrai, mais était le cas de toutes les festivités de ces familles riches et puissantes (peu de différences avec notre temps...)

Mais le père de Lucrèce annule son mariage en invoquant la raison officielle qu'il est non consommé. Il semble que les vraies raisons soient plus politiques... C'est à cette date que Lucrèce récolte sa réputation sulfureuse de libertine invétérée. Elle se mariera ensuite deux fois (avec Alphone d'Aragon qui sera assassiné par son frère César) puis avec Alphonse 1er d'Este. Le poison circule au sein de la famille et un peu partout dans les grandes familles d'Italie, tout le monde tue tout le monde, et on peut presque dire que Lucrèce est chanceuse puisqu'elle meurt non pas assassinée, mais de septicémie...


220px_Lucretia_Borgia_Pinturicchio

Lucrèce Borgia par Le Pinturicchio, 1492-1494

Il y a quelques autres femmes qui me tentaient pour ce tag amusant : La Princesse de Clèves, Catherine Sforza, Gabrielle d'Estrée, La Montespan, Louise Labbé... et certainement beaucoup d'autres si j'avais pris plus de temps pour faire des recherches ! Les femmes dont on se souvient sont celles qui avaient une forte personnalité et ont osé, à leur époque, braver les règles de conduite, la soumission supposée de la gent féminine et dire tout haut ce qu'elles pensaient, vivre comme elles l'entendaient... et ça, j'aime !

Je vous laisse choisir de continuer ce tag s'il vous plait... Il demande quelques recherches, mais ces femmes sont passionnantes et c'est très intéressant à faire !

Publié le 13.8.2011 par liliba copié/collé par Euterpe

Mon commentaire : ce choix correspond à mon 3e doublon car Lucrecia Bloggia avait déjà pris le personnage. Néanmoins sa présentation sous différents angles est bien intéressante. Vous semblez toutes penser qu'elle a été discréditée par ce que trop libre et ce regard sur elle me convient, bien sûr. C'est toujours d'actualité. Une femme libre (je ne parle pas d'une femme qui fait n'importe quoi pour se faire remarquer) est toujours très mal considérée.

"où les intérêts personnels sont de peu d'importance par rapport aux intérêts du pouvoir et de l'argent" : là aussi, j'ai envie de dire que cela n'a pas changé le moins du monde.

Juste une remarque : la Montespan n'est pas une femme de la Renaissance alors heureusement qu'elle n'a pas été choisie !

Merci Liliba !

jeudi 11 août 2011

Résultat du tag : 8 - Lucrecia Bloggia est....

Lucrèce Borgia (qui l'eut cru ?)

Une autre TAG: Quelle femme de la Renaissance suis-je?

Ben là!! La question se pose-t'elle?

Néanmoins, je me plie au jeu d'Euterpe avec plaisir, car j'aime beaucoup son blogue. Donc, j'aime beaucoup Euterpe (que je ne connais pas dans la vie, mais on ne s'enfargera pas dans ces menus détails). Euterpe nous demande : Quelle femme de la Renaissance êtes-vous? C'est pas qu'une p'tite question, ça!

Bon... pour commencer, je ne connais pas toutes les femmes de la Renaissance. En fait, je ne m'y connais pas beaucoup en histoire. Je m'y perd un peu dans ces lignées de personnages influents ayant des descendances légitimes, naturelles et bâtardes qui sévissent dans divers régions et pays. Mais je lis avec avidité les billets d'Euterpe, car j'y fait toujours de belles découvertes. Ça me donne l'impression d'avoir de l'érudition!

Pour en revenir à la tag, je suis sans l'ombre d'un doute : Lucrezia Borgia


Voyez, c'est moi! Vous excuserez mon peignoir et mon bonnet de douche, c'est que je me suis fait peindre à l'improviste...

J'ai dû modifier mon nom pour semer les papparazzis. Des vraies taches, ces fatiguants là! Je me nomme donc Lucrecia Bloggia depuis plusieurs années afin de préserver mon anonymat. Ils n'ont rien vu ces idiots! Je peux donc poursuivre ma vie paisiblement et me consacrer aux arts et aux lettres sans me faire ennuyer avec ces sempiternelles mêmes questions, demandées avec une certaine pointe de lubricité dans le regard : Avez-vous vraiment eu des relations sexuelles avec votre père le pape Alexandre VI? Ainsi qu'avec votre frère César Borgia? Pouarch!! Non mais vous me prenez pour qui?!? Une poule pas de tête! Franchement, j'ai plus de classe et de respect de ma personne que vous semblez le croire! Pfff! Non mais...

Ce sont des ragots! Des manigances politiques pour discréditer notre famille et salir notre réputation! Je suis fâchée, là. Si ça continue, je vais dire des grossièretés. Non mais... coucher avec mon père... yark!... quelle idée... Ce qu'on peux inventer pour se venger! Tiens, j'aurais dû l'empoisonner celui-là. Mon mari. Giovanni Sforza. Notre mariage fut annulé par mon père pour des raisons politiques. Pour justifier cet acte, on a fait croire que l'union ne fut jamais consommée. Tu parles, si elle a été consommée! Comme si un mâle normalement constitué pouvait lever le nez sur mes charmes indéniables durant quatre ans! Wouah! N'importe quoi. Dans un sens, ça m'a arrangé cette désunion. J'commençais à en avoir marre de ce mec! Pour se venger, ce minable atteint dans sa "mâlitude", s'est mis à raconter des horreurs sur mon compte. C'est de sa faute, si j'ai cette réputation, maintenant. Le sale!


Après ce mariage, j'ai eu ma période hippie. Je me suis baladée durant des mois avec des fleurs dans mes cheveux non-coiffés, des sandales indiennes aux pieds et les seins nus revendiquant ma libération sexuelle. Je trippais sur la musique à fond la caisse et j'aimais beaucoup les poèmes. Mais le fun ne dura pas, car mon père a décidé de me marier encore une fois. Shit. Alphonse d'Aragon. Al-phon-se, toé. Tu parles d'un nom sexy. Ah oui, Alphonse, oui-oui-ouuuiiiii oooh fonce, Alphonse!
Entouéka... il a réussi à m'engrosser celui-là. La belle affaire. Au bout de deux ans, mon frère a mis un terme à cette union. Couic! Plus d'Alphonse. Faut dire qu'il était plus difficile de faire croire à une union non consommée avec un poupon dans les bras...


J'ai remis mes sandales indiennes, mes fleurs et mes foulards et j'ai suivi un atelier de confection de poison chez un gourou en vogue à l'époque. Fallait bien passer le temps, quoi!
Et voilà que mon père décide de me marier une troisième fois! Jamais deux sans trois, qu'ils disent... Il m'a dégoté un autre Alphonse. Alphonse 1er d'Este. Tu parles d'un karma. Au moins, je ne risquais pas de me tromper de nom dans les moments intimes! Toujours est-il que je l'aime bien, cet Alphonse. Nous nous sommes retirés loin de Rome, à Ferrare, et depuis je me consacre aux Arts à ma guise. Yesss!


Évidemment, en tant qu'épouse respectée et respectable, les gougounes indiennes, les foulards, le patchouli et les fleurs de ma jeunesse ont pris le bord. Alphonse préfère me voir dans des grosses robes lourdes. Bof... du moment que je puisse me consacrer à mes hobbys en paix...

Voilà, vous savez tout maintenant. Et ne croyez surtout pas ces films, romans et télé-séries dans lesquels on persiste à me décrire comme une dépravée! Je suis on ne peut plus paisible. J'adore lire et admirer l'oeuvre des grands peintres de l'histoire. Non mais... coucher avec mon père et mon frère... Eurk!

***

Note: Le magnifique montage photo tout en haut qui est aussi mon avatar, a été réalisé par nul autre que Ticklebear, mon fabricant d'image officiel sur le web. Et le nom de Lucrecia me vient aussi de lui, car il y a déjà bien longtemps, quand nous nous sommes rencontrés, je lisais la biographie de Lucrezia Borgia, et faut croire que ça l'a marqué, car depuis toujours, il m'appelle Lucrecia.

vendredi 13 mai 2011

Mario Equicola, humaniste bien trop méconnu

Tandis que d'aucuns avaient la chance d'être épargné par les pannes d'hébergeur, les blogspoteuses et poteurs ont retenu leur souffle. Et voilà, ouf, ca y est, on peut recommencer à bloguer.
Malheureusement ce blog donne paraît-il, à certain.e.s la très fâcheuse impression que je veux "faire pencher la balance de l'autre côté" (lu à plusieurs reprises, en dernier parmi les commentaires chez ma copine lucia mel) : comprendre instaurer une gynocratie pleine de "bonnes femmes" (pouah !) là où il n'y a que des "bonshommes" ce qui est bien normal quand même, non ?

Nous y voilà : chaque fois que l'on énumère des "bonnes femmes" quelque part, c'est l'angoisse !

Du coup, je vais parler d'un homme. De toute manière les défenseurs des femmes subissent le même sort qu'elles. Pourquoi me demanderez-vous ? Parce que. Ca leur apprendra.

Il est, par exemple, impossible de trouver une biographie correctement documentée de Mario Equicola en langue francaise. Je vais de nouveau devoir traduire des bouts de sa vie récoltés à droite et à gauche.


Humaniste de la Renaissance, Mario Equicola né à Alvito en 1470 officiera comme courtisan à la cour d'Isabelle d'Este, à Mantoue. Il fit d'abord des études sous la houlette du grand néo-platonicien Marsile Ficin, puis entra au service de la marquise. Il se rendit un jour à la cour d'Alphonse, le frère d'Isabelle d'Este, pour rédiger six fables qui servirent de base aux fresques de Bellini et du Titien décorant la chambre d'albâtre du duc.
Mais sa grande passion fut de rassembler en langue vernaculaire, afin de les immortaliser, les chansons des troubadours du passé et de son présent.
Puis il écrivit un traité en l'honneur des femmes : son fameux "De mulieribus" que malheureusement personne ne connaît.
En 1517, il accompagna sa maîtresse (pas sa maîtresse au sens cochon mais sa maîtresse au sens de maître), Isabelle d'Este, en pèlerinage à Saint-Maximin-la Sainte-Beaume et en profita pour se rendre aux archives d'Aix-en Provence pour faire ses recherches sur les troubadours.
Dans son De Melieribus il explique que les troubadours du moyen-âge étaient en cela supérieur aux poètes latins qu'ils respectaient les femmes.
"il modo de descrivere loro amore fu novo diverso de quel de antichi Latini, questi senza respecto, senza reverentia, senza timore de infamare sua donna apertamente scrivevano" (je remercie d'avance la personne qui voudra bien traduire exactement cette phrase).
On publia en 1525 à Venise un autre de ses ouvrages écrit longtemps auparavant : "De la nature de l'amour tant humain que divin & toutes les différences d'ycelui" qui fut publié trois fois en francais au cours du XVIe siècle. Il y est question de l'importance du langage dans la relation amoureuse (l'importance du langage appartiendrait à la doctrine artistotélicienne), ce qui lui valut bien des critiques (on n'aimait pas les aristotéliciens à l'époque) mais n'empêcha pas la large diffusion de son livre.
D'après la philosophe Adeline Nesca Robb (1905-1976), il fut ensuite pillé de manière éhonté par les poètes du Parnasse dont l'histoire a bien voulu, contrairement au sien, retenir les noms.
Il fit d'autres travaux comparatifs sur les troubadours et trouvères, d'Italie, d'Espagne et de Provence.
Enfin il publia en 1505 un ouvrage analysant la devise préférée d'Isabelle d'Este "Nec spe nec metu" ( ni par l'espoir ni par la crainte).
Il mourut à Mantoue en 1525.

Isabelle d'Este est une immense mécène de la Renaissance sans laquelle le peintre Mantegna ne serait rien. Mais au chapitre Mantegna ou au chapitre des grands mécènes de la Renaissance, on ne saurait trouvé cette espèce méprisable qu'est la femme. Donc inutile da la chercher par exemple ici où se trouvent justement les deux chapitres en question...on ne va pas mêler une vulgaire femme à de grands hommes, voyons. Ce n'est pas comparable.

(Dans ce billet se cache un nom de lieu qui est un clin d'oeil à quelqu'un qui se reconnaîtra je pense)

jeudi 7 avril 2011

Vittoria Colonna, poétesse

Vittoria Colonna vit le jour à Rome en 1490. Elle était la fille de Fabrizio Colonna, condottiere au service de Ferdinand II le Catholique. Les Colonna était une famille noble romaine remontant au XIe siècle. Vittoria, poétesse, écrivit : "Rime della Vittoria Colonna", s'inspirant du poète et humaniste italien Pétrarque, et de son poème élégiaque "les Rimes et les Triomphes". Comme lui, elle chercha à exprimer le déchirement éprouvé entre l'aspiration à l'ascétisme et l'attirance pour les séductions du monde. Les poèmes de Vittoria furent éditées 4 fois dans le siècle, ce qui est beaucoup pour l'époque. Vittoria, marquise de Pescara, était l'amie de tous les hommes célèbres de l'époque : le peintre Pietro Bembo, Baldassare Castiglione (auteur du "Courtisan"), le cardinal Reginald Pole en exil (fils de la pauvre Margaret Pole, décapitée par Henri VIII), et bien d'autres comme Michel-Ange qui l'aima passionnément. Elle entretint également de bonnes relations avec les protestants italiens comme Juan de Valdés. On suppose qu'elle se convertit au protestantisme mais ce n'est pas sûr. Elle mourut à Rome en 1547 à cinquante-sept ans, célébrée pour ses poèmes mais aussi pour l'amour qu'elle vouait à son époux, Fernando de Àvalos. Malheureusement pas moyen de trouver ses poèmes originaux ni de traduction francaise. J'ai trouvé ceci mais il est probable que ce soit une adaptation en italien moderne. Je ne comprends pas assez l'italien pour en juger ni traduire un poème du XVIe siècle. Néanmoins le voilà : Se con l'armi celesti avess'io vinto me stessa, i sensi e la ragione umana, andrei con altro spirto alta e lontana dal mondo e dal suo onor falso dipinto. Sull'ali della fede il pensier cinto di speme, ormai non più caduca e vana, sarebbe fuor di questa valle insana da verace virtute alzato e spinto. Ben ho già fermo l'occhio al miglior fine del nostro corso, ma non volo ancora per lo destro sentier salda e leggiera. Veggio i sogni del sol, scorgo l'aurora, ma per le sacri giri alle divine stanze non entro in quella luce vera.

Finalement voici une traduction par Dominique historienne (voir commentaires) : «  Si avec les armes célestes j’avais vaincu les sens et la raison humaine, j’irais d’un autre esprit plus haut et loin du monde et de ses faux honneurs
Sur les ailes de la foi, la pensée ceinte d’espoir, désormais ni déchue ni vaine, serait poussée et élevée, par la vraie vertu, en dehors de cette folle vallée.
Eh bien, j’ai déjà arrêté mon œil au meilleur objectif de notre parcours, mais je ne vole pas encore, ferme et légère par le droit chemin.
Je vois les rêves du soleil, je vois l’aube, mais pour [ce qui est de] la visite des divines chambres, je n’entre pas dans cette vraie lumière."
Du fait qu'elle ait inspiré un grand amour à Michel-Ange, il existe beaucoup de représentations de Vittoria Colonna. Celle d'en haut est d'une certaine Maria Longhi et gravée par une certaine Ernesta Bisi. Celle du bas est de Sebastiano del Piombo.

lundi 28 mars 2011

La monstresse de Lavinia


Ou l'animal humain ?

On trouve des créatures bien étranges dans la peinture de Lavinia Fontana, comme ce portrait d'Antonietta Gonsalvus. Mais ce visage n'est pas malformé congénitalement par des émanations radioactives comme l'Enfant-Jésus du tableau de Raphael détourné, présenté précédemment.

D'ailleurs l'impression d'étrangeté s'atténue quand on lit le papier tenu par le modèle.
Il y est écrit :

" Des îles Canaries fut apporté
Au seigneur Henri II de France
Don Pietro, l'homme sauvage.
De là, il s'installa à la cour
Du duc de Parme, ainsi que moi,
Antonietta, et maintenant je suis
Dans la maison de la signora donna
Isabella Pallavicina, marquise de Soragna."


Est-ce la femme sauvage ? Les hommes sauvages avaient-ils le visage couvert de poils ? Toujours est-il qu'il existe d'autres portraits de cette famille aux visages velus : l'un de Hoefnagel et l'autre de Van Ravensteyn. Tous peints aux alentours de 1582.
Mais de "sauvage" ils ne paraissent rien présenter d'autre que cette hypertrychose.

Antonietta est emmenée à Bologne devant le naturaliste Ulysse Aldrovandi qui prend des notes pour son livre, Histoire des monstres. Il veut obtenir un portrait de la jeune fille. Il est possible que le tableau est été réalisé à cette occasion. Lavinia Fontana étant une portraitiste de cour qui représentait des femmes et des enfants accompagnés d’animaux, on dirait presque que ce tableau est une synthèse entre une représentation animale et un portrait de cour !

Il semblerait qu'une véritable passion se soit développée à l'époque chez les princes et que tous aient voulu un portrait, une gravure de ce phénomène, à installer dans leurs cabinets de curiosités. La peur et la fascination se mêlaient en eux à la vue d'une telle anomalie et pourtant il ne s'agit que de quelques poils...

mercredi 23 mars 2011

Les toutous de Lavinia


Petit passage rapide aujourd'hui sur mon blog pour préciser que le détail avec le petit chien de la peinture du billet précédent était de Lavinia Fontana dont l'oeuvre méconnue est très importante (on connaît une centaine d'oeuvres d'elle dont 32 seulement sont signées de sa main + 25 qui lui sont attribuées) et dont certains des sujets traités par elle sont invisibles dans la peinture masculine.
J'y reviendrai.

En attendant, voici un nouveau détail de tableau, avec un petit chien, de la même Lavinia Fontana, intitulé : "La famille Gozzadini".

Lavinia Fontana (1552-1614) est l'une des rares femmes de son temps dont le mari peintre en l'épousant arrêta sa carrière pour devenir son assistant !
De plus, elle peignit des nus, sujet qui pourtant était interdit aux femmes.
Elle atteignit le sommet de sa carrière en étant nommée peintre de la cour, à Rome, par le pape Clément VIII.

mardi 11 janvier 2011

Enfance de Catherine "la Maudite"


Dans la République de Florence, le pouvoir appartenait à quelques familles aristocratiques mercantiles dont ne faisaient pas partie les Médicis ("de" Médicis n'est pas une particule nobiliaire, il signifie "faisant partie des" (des médecins-apothicaires (les "Medici'")).
Les Médicis prirent le pouvoir en s'appuyant sur le peuple et furent les maîtres de la ville pendant un demi-siècle.
De par leur commerce qui couvrait toute l'Europe, ils étaient richissimes et prêtaient aux rois et aux princes.

Louis XI jaugea le pouvoir des grands manieurs d'argent et autorisa les Médicis à ajouter des fleurs de lys à leur blason (orné de pilules), pour avoir coupé les vivres à Charles le Témeraire.

Après des guerres, des troubles et des régimes intermédiaires (sur lesquels je passe) et pendant lesquels les Médicis furent chassés de Florence, ils y revinrent à peu près au moment où l'un d'entre eux devint pape (Léon X). Ce pape placa son neveu (ou fils) Laurent comme chef de la République de Florence.
Francois Ier, afin d'avoir le soutien du souverain pontife pour l'élection au titre d'empereur romain, donna à ce "neveu" Madeleine de la Tour d'Auvergne en mariage. L'homme qu'épousait Madeleine était en fait, vieux, laid, mal remis d'une arquebusade à la tête, atteint d'une "grosse vérole" et tuberculeux, mais la cérémonie du mariage fut on ne peut plus belle.
En l'espace de quelque mois, l'état du mari empira. Madeleine, elle, accoucha d'une fille et mourut un peu plus tard de la fièvre puerpérale. Âgée de trois semaines, Catherine était orpheline.
De ce mariage dont Francois Ier espérait l'investiture d'empereur qui échut finalement à Charles Quint, il n'eut rien que les deux Raphael exposés actuellement au Louvre (cadeau de mariage de Léon X).
Catherine était un parti intéressant et on se disputa pour l'élever. Finalement ce sont des tantes qui s'en chargèrent.
Un nouveau Médicis fut élu pape sous le nom de Clément VII. Celui-ci voulut s'allier avec Francois Ier pour limiter le pouvoir des Habsbourg. Il en résulta le sac de Rome par Charles Quint. À Florence, la nouvelle de ce sac redonna espoir aux ennemis des Médicis qui s'emparèrent du pouvoir et décidèrent de garder Catherine en otage. On l'installa chez les bénédictines. Le pape allié cette fois à Charles Quint décida de renverser les nouveaux dirigeants. En octobre 1529, les troupes impériales et pontificales investirent Florence.
Dans Florence assiégée la haine des Médicis éclata plus fort que jamais. On proposa de livrer Catherine (11 ans) à la prostitution ou de l'exposer nue sur les remparts aux boulets de canon du pape. Les avis étant partagés, on décida finalement, en attendant de se mettre pleinement d'accord, de la transférer dans un couvent mieux protégé des coups de main.
Lorsqu'un émissaire vint la chercher, elle se crut condamnée à mort ou pire. Elle se fit couper les cheveux et revêtit un habit de nonne, dans l'espoir qu'on reculerait devant un sacrilège et elle se préparait à vendre cher sa peau. Mais le chancelier Aldobrani la rassura : Florence se rendait.

Catherine n'oublia rien, ni les menaces, ni les insultes, ni la peur, ni non plus - et c'est tout à son honneur - les services rendus. Elle sauva la vie au chancelier qui avait eu si pitié de son angoisse.

Plus tard, le pape la maria avec le fils cadet du roi de France, Henri de Valois. Elle servait de sceau à une alliance entre Clément VII et Francois Ier. Mais, coup de théâtre, le dauphin (grand frère de Henri) mourut. La roturière italienne fut promue dauphine de France. Et dans le cercle très fermé des familles régnantes, jamais on ne lui pardonna ses origines.




(Résumé d'un extrait de "Les reines de France au temps des Valois" par Simone Bertière).

mercredi 5 janvier 2011

Thérèse d'Avila et le calendrier grégorien




Les Epiphanes sont, dans la culture grecque, les douze divinités qui apparaissent aux humains : Zeus, Athéna, Hermès, Héra, Poséidon, Déméter, Héphaïstos, Aphrodite, Arès, Artémis, Hestia,Apollon (6 dieux et 6 déesses) à la fin du cycle de la nouvelle Lumière (Noël), fête qui dure 12 jours et 12 nuits. Les Épiphanes, soit les 12 dieux Olympiens, étaient fêtés le 6 janvier. La galette déjà consommée à cette occasion dans la Rome antique, symbolisait alors le Soleil.

Le culte solaire et le culte chrétien sont restés longtemps étroitement liés dans un temps où l'on avait encore conscience que notre vie était inséparable du cycle de la nature.
Ainsi la cathédrale Santa Maria del Fiore de Florence a servi au XVIe siècle à mesurer le déplacement du Soleil dans le ciel.

L'astronome Paolo Toscanelli fit pratiquer une ouverture circulaire sur le dôme de la cathédrale qui, donnant une image grande et nette du Soleil sur la ligne méridienne tracée par une bande de marbre du pavé, lui servit à déterminer les points solsticiaux, les variations de l'écliptique, et à corriger les tables astronomiques qui indiquent les situations et les mouvements des astres.

Un instrument de ce type existait dans le baptistère de San Giovanni dés les années 1000 (l'ouverture a été depuis rebouchée) mais en 1474, l'astronome Toscanelli profita de travaux complémentaires sur la coupole pour installer ce globe de bronze comportant une ouverture circulaire de 4 centimètres de diamètre environ qui donnait une image parfaite du Soleil. En étudiant le rapport entre la hauteur et le diamètre du trou, il obtint une authentique image solaire en réduction, permettant de visualiser les tâches solaires, l'avancée des éclipses et même les rares passages de Vénus entre le Soleil et la Terre.

L'utilisation la plus importante de ce cadran solaire fut de stabiliser le solstice, c'est à dire la hauteur annuelle maximale atteinte par le soleil à midi et, de ce fait, la durée de l'année elle même. Ces observations, et d'autres analogues - telles celles effectuées en 1510 et retracées par un disque en marbre situé dans le pavement de la chapelle della Croce dans l'abside droite de la cathédrale permirent de convaincre le pape Grégoire XIII de la nécessaire réforme du calendrier en alignant la date solaire avec la date officielle et donna lieu à la création du calendrier grégorien en 1582. Ce calendrier fixait un nouvel ordre aux années bisextiles pour faire en sorte que l'équinoxe de printemps tombe à nouveau le 21 mars (car au fil du temps et de l'imprécision du calcul des années, il avait glissé le 11 mars). Pour ce faire, on supprima dix jours du calendrier en 1582 (soit entre le 4 et le 15 octobre).

Prenant immédiatement effet en Italie, en Espagne et au Portugal, puis en France et Pologne, ce nouveau calendrier ne fut pas adopté sans difficulté dans le reste de l’Europe, en raison de son caractère catholique. Dans les pays protestants, la résistance fut longue: l’Allemagne, où les deux calendriers coexistèrent pendant plus d’un siècle, et la Suisse s’inclinèrent en 1700, l’Angleterre et la Suède en 1752. Dans l’orthodoxie, un intérêt pour le comput grégorien s’était manifesté durant le patriarcat de Jérémie II Tranos (1572-1595), mais on renonça à cette «innovation» par crainte des schismes. Dans les années 1920, les patriarcats de Constantinople, Alexandrie et Antioche, de Roumanie et de Bulgarie, opérèrent seuls le passage au calendrier grégorien, ce qui donna lieu à la sécession de partis «paléocalendaristes». Les patriarcats de Jérusalem, Moscou, Georgie et Serbie, ainsi que le Mont Athos, maintiennent encore le calendrier julien. Pour ces Eglises par ailleurs en communion, il s’agit là d’un décalage gênant, dont la solution reste à trouver. Afin que Pâques et les fêtes mobiles soient célébrées simultanément, un calendrier mixte est suivi dans les églises «néocalendaristes». Ainsi, le décalage, actuellement de 13 jours, ne concerne que les fêtes fixes.
Actuellement le calendrier grégorien est utilisée partout dans le monde, pour certains pays associé à un autre calendrier.
Seuls l'Arabie saoudite, l'Iran, l'Afghanistan, le Pakistan et l'Éthiopie et l'Érythrée n'utilisent pas ce calendrier.

Thérèse d'Avila meurt dans la nuit du 4 octobre au 15 octobre 1582. La date de la fête des saints étant fixée de préférence au jour de leur mort (leur "naissance au ciel"), et le 4 octobre étant déjà occupé par la fête de saint François d'Assise, la fête de cette sainte tombe tout naturellement le 15 octobre. Comme je l'explique plus haut : les journées du 5 au 14 octobre 1582 n'existent pas dans les pays qui ont adopté le calendrier grégorien immédiatement (Vatican, Italie, Espagne, Brésil, Portugal), ainsi d'autres dates n'existent pas dans d'autres pays ou régions suivant leur date d'adoption du calendrier grégorien.

samedi 25 septembre 2010

Irene di Spilimbergo, "bella pittrice"



Pourquoi saint Sébastien ? Parce que sainte Irène décrocha saint Sébastien du poteau de son supplice. Or Irene di Spilimbergo (née à Spilimbergo vers 1540) aurait peint cette merveilleuse fresque. Ce qui m'a fait hésiter à intituler cette entrée : Irène di Spilimbergo, fresqueuse.

Irène Spilimbergo fut initiée à la peinture par le Titien à la demande de son grand-père Paolo di Ponte, grand ami du peintre.

Elle se montra particulièrement douée mais n'eut pas le temps de produire grand chose dans sa courte vie car elle serait morte à l'âge de 19 ans (selon d'autres sources, à l'âge de 21 ans).

On ne retrouve pas grand chose d'elle mais qui sait si certaines oeuvres attribuées au Titien ne sont pas les siennes, en réalité.

Malgré cela, elle fut très célèbre et très célébrée en son temps. Une oeuvre en atteste qui fut publiée deux ans après sa mort, en 1561, par un certain Dionigio Atanagi, avec 279 poèmes en italien et 102 en latin, certains anonymes et d'autres attribués à de grands artistes comme Le Tasse et Le Titien, qui vantent les mérites d'Irène di Spilimbergo. Je cite ces vers de Lodovico Dolce traduit de l'italien en allemand puis (par moi) en francais, qui disent de l'artiste qu'elle :

"dépassait l'harmonie du ciel
Avec l'aiguille et le pinceau Pallas et Apelle,
Avec la douceur de ses yeux la déesse de l'Amour..."

ou

"Avec ses poèmes savants et son chant suave elle dépassait
Phoebus et les Muses : et si on avait comparé Zeuxis avec Irene,
on n'aurait accordé aucun prix à Zeuxis".

On en conclut avec ses exagérations, qu'Irène di Spilimbergo réalisait des oeuvres poétiques, chantait, brodait et peignait. Même si le Titien ne donne d'informations sur sa peinture que sur la facon dont il la lui enseigne.

Giulio Cesare Croce n'hésite pas à reprendre plus tard les mêmes louanges superfétatoires pour les dédier à Lavinia Fontana qui, d'après ce genre d'éloge peignait si bien qu'elle :

"fut l'égal d'Apollodoros, Zeuxis et Apelle
ainsi que Michel-Ange et d'autres artistes de même rang,
Le Corrège, le Titien et Raphael..."

Comment les deux peintresses qui, de leur vivant, ont déjà été accablées de la même sorte d'éloges, les ont-elles percus ? Comme de l'ironie ? De l'insulte ? De telles louanges donnent-elles à penser qu'on les considérait comme suffisamment orgueilleuses et crédules pour être incapable de percevoir l'aboutissement de l'art des anciens maîtres et pour se sentir stupidement confirmées par ces éloges-là dans leur vanité ?

Les femmes du XVIe siècle n'avaient pas seulement à lutter contre la jalousie ou la critique mais contre la louange exagérée de leurs talents. C'était une stratégie masculine servant à défendre l'inébranlabilité de ce qu'il considérait comme leur supériorité.
La louange galante n'avait pas pour but de stimuler les efforts de l'artiste féminine mais faisait office de chants de sirènes destinés à les stopper dans leur travail. Peu de femmes traitées de cette manière, furent capables de s'en défendre. Les hommes les désarmaient en leur accordant la victoire à titre grâcieux et en les enterrant sous les prix. Les femmes artistes étaient jetées ainsi de la course sans avoir pris conscience de leur défaite. Elles avaient donc beaucoup à craindre des louanges empoisonnées dont elles étaient vite l'objet.

Qu'on en juge : obtenir le titre de "bella pittrice", dont les soeurs Anguissola se virent également affublées, ne supposait pas, pour les dispensateurs de louanges, le talent seul, qui ne comptait pas plus que la beauté de l'artiste féminine et surtout que sa vertu. Talent + beauté et vertu donnaient droit au titre de "bella pittrice".
Qui se préoccupait donc de la beauté et de la vertu des peintres masculins ?

D'ailleurs le talent principal de la peintresse Irène di Spilimbergo aux yeux des hommes de son temps, fut sa virginité. Car la virginité était la qualité prisée au delà de toute autre chez la femme.
Comme le mentionne Wikipédia : Vasari la décrivait comme une « très belle vierge, littéraire, musicienne et talentueuse en dessin ».

mardi 21 septembre 2010

Diana Scultori Ghisi, graveuse



Diana Scultori Ghisi (1547-1612), est l'une des trois filles d'un célèbre graveur de la cour de Mantoue en Italie. Non seulement elle a été connue pour ses magnifiques gravures mais elle a également été enregistrée comme la première femme autorisée à vendre son travail sous son propre nom.

Elle s'installe à Rome en 1575, avec son mari et démarche la cour pontificale où elle montre des plaques gravées en demandant et obtenant l'autorisation de vendre son travail sous son propre nom (Diana Mantuana ou Diana Mantovana). Elle a également aidé son mari dans sa carrière d'architecte en lui obtenant d'importantes commandes.

Au XVIe siècle, les artistes ont vu leur liberté restreinte en raison de règles strictes imposées par l'Église. Si l'Église considérait l'œuvre comme dissidente, l'artiste pouvait être exposé à l'excommunication, à des amendes ou même à la saisie de ses biens propres.

Toutes les images et les textes étaient contrôlés et répertoriés afin de protéger la propriété artistique d'origine et étaient soumis au jugement critique du public.

Soumise à ces règlements, Diana a néanmoins produit des oeuvres de grande qualité même si les thèmes sont en quelque sorte tous imposés. D'autres artistes comme Lavinia Fontana s'inspiraient de ses gravures. Diana a pris le travail d'autres artistes comme modèle, mais la plupart des dessins pour ses gravures provenaient soit de son mari, ou de son frère peintre.

Diana a changé plusieurs fois de signature à différents moments de sa vie. Dans la plupart de ses œuvres elle a signé sous le nom de Diana Mantuana ou Diana Mantovana. On ne connaît aucun travail de sa main signé sous le nom de Scultori Ghisi.

Elle a été l'une des rares femmes artistes que Vasari mentionne dans l'édition des Vite de 1568.

Diana a produit 62 tirages au cours de sa vie et adopté avec succès différents styles.

Une de ses plus célèbres gravures est une volute ionique abondamment décorée d'une chaîne de feuilles d'acanthe et de fleurs. Ses œuvres se différencient beaucoup de celles de son époque. Dans le cadre de la gravure on trouvait plusieurs lignes de dédicaces en latin louant le travail des étudiants en architecture. Avec ses différents modes de signature Diana était aussi connue pour ses longues dédicaces inscrites sur ses travaux.

Son dernier travail en date intitulé "Tombeau après Nogari" a été imprimé en 1588. Après la mort de son premier mari Francesco da Volterra, Diana s'est remariée avec Giulio Pelosi, un autre architecte avec lequel elle a fini sa vie à Rome.

Plusieurs gravures de sa composition ont été imprimées après sa mort.

Pour admirer d'autres gravures de Diana Scultori Ghisi, c'est ici.

(Image : "Latone donnant naissance à Apollon et Diane sur l'île de Délos", av. 1575)

mardi 24 août 2010

Natures mortes de Fede Galizia (blog en pause)







Prise par mes préparatifs, je n'ai plus guère le temps de poster de nouveaux billets avant mon départ.
Mais comme c'est la saison des fruits, je vous dédie les natures mortes de Fede Galizia à déguster avec les yeux.
J'ai eu beaucoup de difficultés à trouver des reproductions satisfaisantes et j'aurais bien aimer trouver une photo non floue de celle visitée par une sympathique sauterelle du XVIe siècle, mais je n'en ai pas trouvée. Et je me demande si le tableau du bas n'a pas été tronqué sur la droite où se trouverait, en fait, une feuille de vigne.
Tant pis, je vous livre le meilleur de ce que j'ai pu pêcher sur le web qui n'a pas grand chose, et je vous retrouve donc dans quelque temps avec d'innombrables femmes de tout talent : librairesse, peintresse, poétesse, aventurière, médecienne, fresquiste, graveuse, parcheminière, littératrice et auteuse dramatique, par exemple.
Je vous dis à bientôt pour poursuivre l'inventaire de toutes ces grandes figures connues et pourtant négligées des commémorations.
Si vous souhaitez en laisser, les commentaires sont ouverts. Je vous répondrai dès mon retour.