Affichage des articles dont le libellé est nymologie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est nymologie. Afficher tous les articles

lundi 25 juin 2012

Sibylle de Valois

J'ai longtemps cru qu'un.e personnage célèbre qui faisait l'objet d'un roman mais dont l'image n'apparaîtrait pas sur la couverture du livre dont le nom (ou le surnom) ferait oeuvre de titre, serait du moins remplacé.e par un objet lui ayant appartenu, un paysage qui lui fut familier, je ne sais pas moi, quelque chose qui ne dénaturerait en rien la personne pour laquelle l'auteur/trice aurait consacré une oeuvre tout entière.
Et bien je me trompais.
Lorsqu'il s'agit d'une femme, il n'est plus du tout indispensable de voir apparaître son visage sur la couverture du livre la concernant ni quoi que ce soit en rapport avec elle ! On peut sans problème aucun remplacer son visage par celui d'une autre femme. Cette autre femme n'a pas besoin d'être parente, ni contemporaine, ni même compatriote. La preuve : dans la librairie du château de Pau, je suis tombée sur ce livre...


"Mais c'est Sibylle de Clèves de Cranach ! me suis-je exclamée, que fait-elle sur cette couverture ?" La libraire a retourné le livre et lu la légende. Le personnage que je venais de citer y était bien indiqué. La dame ne fut pas moins surprise que moi et s'est mise à chercher désespérément une explication.
Sibylle de Clèves ferait une meilleure reine Margot que la reine Margot...euh...
Oui ce portrait tronqué d'une Sibylle aux cheveux défaits...très importants les cheveux défaits, plus importants que la réelle identité, dans le monde de l'Oréal....
 Il n'y a pourtant pas la moindre ombre de rapport entre Sybille de Clèves ou plus exactement la duchesse Sibylle von Jülich-Kleve-Berg (1512-1554), devenue électrice de Saxe par alliance, une grande chasseresse allemande, donc, du début du XVIe siècle, qui vous transperce un daim au galop d'un seul coup de lance et qui fut très heureuse en amour, la soeur d'Anne de Clèves et d'Amalia de Clèves dont j'ai déjà parlé ici et la pauvre Marguerite de Valois (1553-1615), juste une reine de France parmi les autres mais quand même sujet du livre "La reine Margot" d'Alexandre Dumas.
C'est que l'on s'en fiche, n'est-ce-pas ?
Quel tollé si à la place de la tête d'Henri IV, roi de France (1553-1610), on décorait un roman à lui consacré avec le portrait de l'électeur de Saxe, Jean-Frédéric le Magnanime ! Mais quand il s'agit de nous, les femmes, notre identité étant sans la moindre sorte d'importance (voir post précédent sur les noms et prénoms des peintresses), on ne va pas en faire un fromage, n'est-ce-pas ?

Ajout du 30.07 :  cliquez ici pour avoir la réponse à l'argumentation des éditions folio justifiant le choix de cette couverture.

samedi 23 juin 2012

Artemisia tout court

Après un périple en sac à dos d'une semaine de Berlin à Bruxelles à Paris à Pau à Canfranc (Espagne) puis de nouveau à Pau et à Paris me voilà de retour à Berlin. Mis à part l'agression de la publicité sexiste qui est très violente dans le Paris under et overground comparée à toute autre ville à commencer par Bruxelles (où je n'ai pas vu de pub du tout dans le métro), j'ai été choquée par la manière dont on a présenté dans la capitale de la France les oeuvres d'Artémisia Gentileschi, c'est à dire sans évoquer son nom complet, ne conservant que son prénom.
[ Artemisia ]
Hormis le fait que cette affiche est superbe par le choix de ce détail du tableau où Judith (et sa servante) décapitent Holopherne, il y manque le nom complet de la peintresse. Qui est "Artemisia" ? Une plante ? Un magasin bio ? Une marque d'équipement de chasse ?....
Il paraît qu'il ne faut pas confondre la fille avec son père...la bonne blague ! Qui donc connaît le père d'Artémisia Gentileschi ? Et pourquoi ne pas plutôt réduire le nom de son père, moins connu qu'elle, en "Orazio" ?

Ai-je déjà vu une exposition de "Pablo" ? De "Salvador" ? D'"Edouard" ? D'"Eugène" ? D'Edgard" ?
Le seul peintre que l'on appelle parfois par son prénom est le plus connu de tous : "Leonard". Mais qui ne sait qu'il s'appelle "de Vinci" ?

Le nom de GENTILESCHI serait à ce point connu ? Non. En réalité, on veut bien honorer une peintresse mais à condition de la réduire à son prénom afin que personne ne puisse la nommer communément.
Elle ne risque pas de parvenir à cette consécration de l'artiste dont le prénom est devenu superflu : Klimt, Beuys, Manet, Baselitz.... Pour les femmes, le superflu suffit. Alors qu'il est plus facile de retenir un prénom associé à un nom qu'un prénom seul, le film qui parle de la peintresse laisse également son nom aux orties : "Artémisia" sera son unique titre. De même avec "Séraphine" pour laquelle ni le film ni l'expo n'a retenu son nom "Louis" ni sa localisation "de Senlis". D'ailleurs les oeuvres de Séraphine Louis sont également exposées au musée Maillol.
Un musée qui n'est, par dessus le marché, guère facile à trouver lorsque l'on n'est pas de Paris mais c'est une autre histoire....ou la même ?

mardi 7 septembre 2010

Le Magazine littéraire transpire à grosses gouttes

Em m'en revenant de mon périple plus ou moins vacancier, voilà ce que j'ai lu dans le(s) train(s) (car j'en ai pris plusieurs, grève des transports oblige).


c'est le titre du "Magazine littéraire" de ce mois-ci ! Non ? Si !

Avec "LES ECRIVAINS FRANCAIS", comme titre, accompagné de photos de femmes, ou pire :
"LES ECRIVAINS FRANCAISES", le ridicule se serait tout à coup remarqué, alors : Ah ah ah ! Les romancières ! Il y a maintenant les écrivains (des hommes qui écrivent des romans, la plupart du temps) et les romancières (des femmes). Il paraît que Sagan, Duras, Despentes, Groult, Sarraute, Colette, Yourcenar, Mme de Stael dont le "De l'Allemagne" est vachement à ranger dans la catégorie roman, comme on sait, sont des romancières. Il y a aussi femmes de lettres, si l'on veut nommer ces animaux-là afin qu'ils ne partagent pas vraiment le domaine réservé aux seuls êtres humains réels (vous savez qui je veux dire).
Non, je suggérai, juste.
Pourtant ce n'est pas "écrivains" qu'il faut dire pour des femmes ???? Ah mais moi je croyais ! Alors ? Le fameux NEUTRUM, vous savez ! si si ! Toujours et partout, il faut l'appliquer !
LES ECRIVAINS FRANCAIS : Mme de La Fayette, George Sand, Francoise Sagan, Annie Ernaux, Marie N'Diaye... Voilà le titre qui aurait du figuré sous ses photos, messieurs. Je m'étonne. Ce n'est pas très correct !

Bien embarrassés les ceusses qui veulent absolument respecter les règles du "genre" édictés par ces hautement distinguished et ô combien respectible couillusaurissimes (merci Emelire pour l'expression) messieurs de l'AAAA(je bâille bien fort)cadémie francoise.

Je relève page 80 dans le texte de Delphine Naudier : "si elle reste la plus célèbre des écrivains de la généalogie féministe qui ont émergé dans les années 1950, c'est sans doute parce qu'elle (Mais bientôt "écrivain" paraît tellement débile dans le texte que, phrase suivante : ) Dans sa lignée nombre d'"écrivaines" (guillemets quand même), puis au paragraphe suivant les guillemets disparaissent à leur tour (mais que fait la police ?) : Après la période d'Occupation, les écrivaines sont clairement affiliées aux principaux courants (...).
Je vous rassure : c'était un article sur Simone de Beauvoir, on pardonne à la journaliste. Les autres articles évitent le mot écrivain de toutes leurs forces et n'emploient pas du tout écrivaine, bien entendu. Restons poli, enfin.

Voilà pour ma rentrée blogoniste, avant de vous faire retourner au XVIe siècle.

Cela dit et mise à part cette mesquinerie-là "Le Magazine littéraire" est truffé d'excellents articles. Et je vous recommande absolument la lecture de ce numéro.