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vendredi 12 août 2011

Résultat du tag : 9 - CC est....

Louise Labé + Catherine de Médicis (2 femmes !)

Femmes de la Renaissance ?

Euterpe me demande, dans une chaîne bien sympathique, à quelle femme de la Renaissance j'aimerais faire référence ou à quelle femme je m'identifie dans cette période intéressante de l'Histoire.

Comme ma culture générale est en vacances, évidemment, j'ai recours à wikipédia, qui me dit cela :

La renaissance du droit romain en Occident fait reculer les droits des femmes dans tous les domaines. « Progressivement, mais inéluctablement, les femmes se sont vu exclure de la sphère politique et publique. Même à la Renaissance, lorsque certaines d'entre elles exercent encore un pouvoir réel, quoique de plus en plus contesté, l'échec final est pour ainsi dire la clef de compréhension de tout pouvoir féminin » écrit Thierry Wanegffelen9. Aussi peut-on reprendre le titre de l'épilogue de son ouvrage de 2008: « De la Renaissance à l'âge classique : la défaite des souveraines »10.

Pas terrible, donc. Mais il y a eu quand même de belles figures de femmes à cette époque et ce serait bête de les oublier.

Le premier nom qui me vient est celui de Louise Labé. Culture classique d'une fille qui a fait des lettres. Rien d'original. En plus, il se pourrait que la poétesse ne soit qu'une créature de papier. Une imposture. Il est vrai qu'avec quelqu'un d'aussi soupe au lait, on n'est pas fixé. Mais si, souvenez-vous, vous avez probablement appris au collège ou au lycée son fameux sonnet :

"Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J'ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ai grands ennuis entremêlés de joie."

Mais peut-être qu'être une femme poète, cela semble suspect...Alors on a inventé qu'il s'agissait d'une imposture...Moui...

La seconde femme à laquelle je pense est Catherine de Médicis. Reine de France, amie des arts, femme forte à laquelle des tas de légendes sont attachées, elle fascine. Elle a peut-être joué un rôle dans le massacre de la Saint-Barthélemy. Malgré cela, venant de Florence, en Italie, où la Renaissance avait déjà commencé, elle a été une mécène soutenant notamment Ronsard ou Montaigne. Elle a toujours été au service de la paix et en quelque sorte, elle était une sorte de baba cool, croyant au slogan "Peace and Love". Elle s'entourait de jolies filles pour faire oublier les idées belliqueuses des hommes de la cour. Elle pensait que la beauté pouvait faire oublier la guerre. Innovant, non ?

Cependant, peut-être est-ce une marque du machisme crasse qui agit en tout temps et en tout lieu, mais les historiens ont toujours fait fi des traits optimistes de cette personnalité amoureuse des arts, grande bâtisseuse, cultivée, visionnaire, pour peindre le portrait d'une femme despotique, machiavélique, cruelle. C'est peut-être une marque de chauvinisme, aussi : elle était reine de France (régente, du moins), mais elle était Italienne.

Bref, de tout temps, pour faire sa place en France, il vaut mieux être un homme Français...

Elle aura eu bien du courage, quand même la Catherine...

Publié par Bah !? by CC le 9.8.2011 copié/collé par Euterpe

Mon commentaire : "Mais peut-être qu'être une femme poète, cela semble suspect...Alors on a inventé qu'il s'agissait d'une imposture...Moui..." très bonne remarque. C'est fou le nombre de femmes qui deviennent des légendes avec le temps pendant que les hommes restent de grandes figures indiscutables !

Pour Catherine de Médicis "(...). C'est peut-être une marque de chauvinisme, aussi : elle était reine de France (régente, du moins), mais elle était Italienne" : et bien le pire c'est qu'elle ne l'était qu'à moitié puisque sa mère s'appelait Madeleine de la Tour d'Auvergne !
Merci beaucoup pour ce choix !

samedi 16 juillet 2011

Je note que l'auto-censure n'a pas fonctionnée ce week-end



Me revoila taggée ! "outline" (hors du net) on récolte les fruits, "online" on récolte les tags.
Celui-ci est même un multitag. Premier tag, il faut noter les agences de notation. Alors pour moi c'est facile, c'est zéro partout. La spéculation étant devenue une arme de destruction massive, je suis d'avis que le système économique dans son ensemble est à revoir et rapidement. Voilà un tag de régler. Le deuxième consiste à dire ce que l'on a fait ce week-end. Disons que j'ai le sentiment d'avoir surtout fait du baby-sitting de chats mais c'est subjectif. Sinon je note que l'auto-censure sexiste n'a pas fonctionnée en cette fin de semaine, les attaques personnelles réservées aux candidatEs comme elles ont visées en son temps Ségolène Royal (ce qui ne l'a pas empêchée d'arriver au second tour) frappent aujourd'hui Eva Joly. Quand il s'agit d'une femme la xénophobie est le cache-pot du sexisme (car qui s'inquiète aux gouvernements des origines de Rachida Dati puisqu'elle ne menace pas de prendre la place du président ?).
Le dernier tag est assez paradoxal dans la mesure où il s'agit de parler de sa propre censure et donc de dire de quoi on ne parle PAS. Or si je n'en parle pas, je ne vais pas en parler pour dire que je n'en parle pas ! QED (quod erat demonstrandum ).

Voilà je crois que j'ai fait le tour des tags !

Et hop ! Je vais pouvoir passer à autre chose, maintenant.



Voici une ancienne adaptation ciné de "La reine Margot" qui a sûrement marqué bien des esprits comme celui du guide du château de Blois dont j'ai parlé ici.
On y voit la méchante Catherine de Médicis (l'empoisonneuse) incarnée par Francoise Rosay et le rusée parfumeur (empoisonneur inofficiel) incarné par Louis de Funès.
C'est extrêmement caricatural.
Autre partie de la vidéo : Charles IX apprend qu'il a été empoisonné par sa mère (qui, en fait, voulait empoisonner Henri de Navarre).
En réalité, Charles IX serait mort d'une pleurésie.
Ah ces affreuses femmes de pouvoir, des vrais dangers publics !

jeudi 7 juillet 2011

Les mots (maux) de la reine Margot


Dans ce billet j'ai évoquée les poèmes d'adieux de femmes adressés à des femmes, des reines à leurs demoiselles d'honneur et vice versa.
Parmi eux se trouve celui de Marguerite de Valois à Mademoiselle de Thorigny. Dans ses Mémoires, Marguerite de Valois raconte les circonstances de cette séparation. Elle se plaint des agissements d'un mignon du roi Henri III, Louis Béranger du Guast, cause et de la perte de la demoiselle d'honneur préférée de Catherine de Médicis et de la fameuse Thorigny pour laquelle Marguerite nourrissait une grande amitié. Ce du Guast apparaît assez comme un épouvantable misogyne qui passait son temps à brouiller tout le monde et à persécuter les femmes. Celle que l'on nomme la reine Margot mais qui ne s'est jamais appelée comme cela en réalité, était à ce moment-là déjà l'épouse de Henri de Navarre ; le règne de Charles IX et la Saint-Barthélémy étaient passés, c'est Henri III qui commandait, en attendant son assassinat, et ce sinistre favori faisait apparemment la loi à sa place. Je vous laisse lire la prose de l'intelligente et sensible soeur du roi qui observe et subit l'ambiance :

(...) et recherchant de fabriquer quelque nouvelle invention pour nous rebrouiller le roi mon mari et moi, met à la tête du roi (met en tête au roi), qui depuis peu de jours avait ôté (par le même artifice de du Guast) à la reine sa sacré princesse, très vertueuse et bonne, une fille qu'elle aimait fort et qui avait été nourrie avec elle, nommée Changy, qu'il devait faire que le roi mon mari m'en fit de même, m'ôtant celle que j'aimais le plus, nommée Thorigny - sans en amener autre raison, sinon qu'il ne fallait point laisser auprès des jeunes princesses des filles en qui elles eussent si particulière amitié. Le roi, persuadé de ce mauvais homme (convaincu par ce mauvais homme), en parle plusieurs fois à mon mari, qui lui répond qu'il savait bien qu'il me ferait un cruel déplaisir : si j'aimais Thorigny, j'en avais l'occasion ; qu'outre ce qu'elle avait été nourrie avec la reine d'Espagne ma soeur, et avec moi depuis mon enfance, qu'elle avait beaucoup d'entendement, et que même elle l'avait fort servi en sa captivité du bois de Vincennes ; qu'il serait ingrat s'il ne s'en resouvenait ; et qu'il avait autrefois vu que sa Majesté en faisait grand état. Plusieurs fois, il s'en défendit de cette facon. Mais enfin Le Guast persistant toujours à pousser le roi, et jusques à lui faire dire au roi mon mari qu'il ne l'aimerait jamais si dans le lendemain il ne m'avait fait ôter Thorigny, il fut contraint - à son grand regret, comme depuis il me l'a avoué - m'en prier et me le commander. Ce qui me fut si aigre, que je ne me pus empêcher lui témoigner par mes larmes combien j'en recevais de déplaisir, lui remontrant que ce qui m'en affligeait le plus n'était point l'éloignement de la présence d'une personne qui, depuis mon enfance, s'était toujours rendu sujette et utile auprès de moi, mais que,[chacun] sachant comme je l'aimais, je n'ignorais pas combien son partement (départ) si précipité porterait de préjudice à ma réputation. Ne pouvant recevoir ces raisons, pour la promesse qu'il avait faite au roi de me faire ce déplaisir, elle partit le jour même, se retirant chez un sien cousin, nommé Monsieur Chastelas. Je restai si offensée de cette indignité - à la suite de tant d'autres - que ne pouvant plus résister à la juste douleur que je ressentais (qui, bannissant toute prudence de moi, m'abandonnait à l'ennui), je ne pus plus me forcer à rechercher le roi mon mari. De sorte que, Le Guast et Madame de Sauve d'un côté l'étrangeant de moi, et moi m'éloignant aussi, nous ne couchions plus ni ne parlions plus ensemble.

Alexandre Dumas qui s'est inspiré des Mémoires de Marguerite pour écrire le roman "La reine Margot" reprend certaines intrigues décrites ici mais les situe sous Charles IX et les attribue à Catherine de Médicis, non à du Guast (en particulier celle où Mme de Sauve est poussée dans les bras de Henri de Navarre). Dans ce passage on voit que Catherine de Médicis elle-même est dépouillée de la femme qu'elle affectionne le plus, il est donc bien abusif de raconter à des élèves de CM1 que cette reine s'imposait pendant que ses pauvres fils étaient impuissants à l'en empêcher. Mais les Mémoires de Marguerite de Valois ne sont guère au programme de l'éducation nationale ni évoquées dans la presse littéraire. Témoigneraient t-elles trop d'un machisme à la francaise où non seulement le corps des femmes mais leur coeur étaient contrôlés par les hommes ? Où les femmes n'avaient même pas le droit de disposer de leurs sentiments et de leurs amitiés ? Où ce même machisme à la francaise existait déjà qui montre aujourd'hui de si "beaux" restes ?

(Peinture : Henri III et les ambassadeurs anglais de Bonington Richard Parkes).

jeudi 30 juin 2011

"Elle ne se gêne pas"


Me voici de retour de mon périple. Un grand merci en passant aux blogueuses Hélo et gloup qui m'ont hébergée lors de mes passages. C'était très très sympa et je suis très très ravie de les connaître pour de vrai maintenant !
Sur mon parcours, j'avais programmé la visite du château de Blois, et voilà qu'en traversant les salles, j'avise un groupe d'enfants menés par un guide. Curieuse de connaître sa présentation des objets exposés, je l'écoute, placée un peu en retrait de la petite troupe.
Les enfants lèvent de temps en temps le doigt pour poser une question : "Oui, jeune homme ?" répond le guide. Les filles également lèvent le doigt (du moins au début) mais je n'entendrai jamais aucun "Oui, jeune fille ?" (on remarquera que sans vêtements genrés, le guide ne pourrait filtrer ainsi les sexes. A méditer).

Nous entrons dans la "galerie de la reine" au parterre de carrelage bleu, jaune, noir et blanc dans laquelle se dresse un trône, un lit et une rangée de bustes d'hommes. La reine n'y figure pas. Il s'agit de son mari et de deux de ses fils.

Mais de quelle reine s'agit-il ? De Catherine de Médicis, bien sûr ! Celle que des circonstances inattendues ont placées à la tête du royaume de France et qui a beaucoup marqué le XVIe siècle comme nous le savons assez.
J'entends le guide parler de son influence sous le règne de Charles IX : "Catherine de Médicis, c'est une femme qui aimait beaucoup le pouvoir, alors c'est elle qui avait le pouvoir MAIS ELLE N'AVAIT PAS LE DROIT, hein, ELLE N'AVAIT PAS LE DROIT (il élève le ton et martèle son propos non sans un petit coup d'oeil inquiet de mon côté...a t-il senti le regard ironique dont je le couve ? En effet que ne précise t-il pas que les mâles se sont arrogés TOUT le pouvoir et cela malgré le fait que contrairement à cette femme "éhontée", ils détestent cordialement l'exercer? (c'est de l'ironie)) Elle ne se gênait pas !" ajoute t-il.

Nous nous arrêtons devant un tableau représentant une scène de danse : la volta où la femme est portée par son partenaire (pour effectuer un saut un peu rock'n roll). Le guide explique que la scène est un peu coquine, un peu grivoise (il articule le terme). "Qu'est-ce que ca veut dire grivoise?" dit un garcon. Pour le guide ce terme est clair : un peu osée, répond-il.

Nous entrons dans une salle couverte de monogrammes représentant un H et deux D entrelacés. Le guide explique aux enfants que le roi Henri II avait une favorite, c'est à dire une maîtresse, précise t-il mais je ne sais pas si les enfants (comme pour "grivoise") sont plus avancés, qui s'appelait Diane. De ce fait on aurait dit que le H et les deux D signifiaient Henri et Diane, ajoute t-il, mais ca voulait dire Henri Deuxième. Or à la mort de Diane, Catherine de Médicis, "elle ne se gêne pas" (textuel !), fait prolonger les extrémités des D par des boucles les transformant en "C" comme Catherine.
[N'était-elle pas la femme légitime d'Henri II ? En quoi "ne se gêne t-elle pas ?". N'est ce pas plutôt Henri II qui ne se gêne pas d'avoir une maîtresse ? Mais non. Nous sommes en France, pays des Mazarine Pingeot, des DSK, des "grivoiseries". Les femmes que ca gêne et qui le font savoir c'est elles qui "ne se gênent pas" !].

Nous arrivons devant une vitrine avec un petit portrait de Catherine de Médicis. Question d'un garcon : "C'est un homme ?". Sans doute est-il trop surpris de voir une femme à l'honneur après tout ce qui a été dit auparavant. "Quoi ? répond le guide étonné, non, c'est une dame". Là, je me flatte de penser que ma présence n'y est peut-être pas tout à fait pour rien car voilà le guide qui se lance dans une entreprise de réhabilitation de Catherine. Elle aurait été détestée pour n'avoir pris parti ni pour les catholiques ni pour les protestants et on lui aurait attribué le massacre de la Saint-Barthélémy alors qu'il n'était question que d'éliminer quelques têtes. Mais le voilà qu'il détaille, à dessein peut-être, la manière dont elle a été traitée "...alors on a dit que c'était une empoisonneuse, une mégère...". Le nom de "mégère" frappe l'un des garcons (les filles sont de plus en plus distantes) : "C'est quoi une mégère ?". Réponse : "C'est une femme méchante" (ah bah oui évidemment quelle question !).

On passe dans le "studiolo", une pièce toute tapissée de lambris dans lesquels sont aménagés des placards secrets et invisibles qui s'ouvrent au moyen d'un ingénieux mécanisme. On aurait dit à tort, explique le guide, que Catherine de Médicis, sa réputation d'empoisonneuse aidant, y aurait caché ses poisons. Un garcon demande pourquoi Catherine de Médicis se servait-elle de poisons. Pour éliminer ses ennemis, dit le guide, c'était courant au XVIe siècle. "Mais c'est débile !" s'écrie le même garcon ou un autre. Petite douleur au creux de l'estomac. Qu'un gamin d'école primaire se permette ce jugement à propos d'une grande reine du passé en dit long sur le sexisme ambiant. Il a bien compris que le guide n'a aucune estime personnelle pour cette femme qui d'après lui "ne se gêne pas", rappelons-le, et pense visiblement se mettre ainsi en valeur. D'ailleurs le guide et son sourire entendu quand il parle de la "non empoisonneuse" Catherine de Médicis, ne trompe personne.
Il se met,d'ailleurs encore, à parler de l'étage supérieur (au dessus du studiolo) que Catherine, "elle ne se gêne pas", précise t-il pour la 3e fois, se serait attribuée sans vergogne aucune, alors que cet étage royal aurait du revenir au roi. Une excuse quand même : il ajoute en souriant ironiquement qu'étant vieille elle avait besoin de plus de confort.
Bon finalement ma présence ne le gêne pas autant que je me l'étais peut-être un peu trop vaniteusement figuré.
Je passe sur sa description de Henri III à qui on prêtait des "moeurs un peu curieuses" (sic), "Quoi?" demande un garcon. "Des moeurs un peu curieuses !, articule t-il sans préciser, mais Henri III avait une femme, Louise de Lorraine. Puis il se ravise. Mais attention : en ce temps les princes et les princesses, ils ne se mariaient pas par amour, hein, mais pour la politique. Henri III et Louise de Lorraine c'était un mariage d'amour parce que Henri aimait éperdument Louise de Lorraine". Il ne précise pas si Louise de Lorraine l'aimait. Or elle n'avait rien à dire. On ne repousse pas un roi. Je précise que des fillettes écoutaient tout cela mais le guide ne se souciait pas de l'impact de ses propos sur elles puisque pour lui, elles étaient invisibles.

Le voilà décrivant la guerre des 3 Henri : Henri de Guise, Henri de Navarre et Henri III. La question d'éliminer ses ennemis par le poison ou par l'épée, peu importe, n'est plus un sujet de rigolade, parce qu'il s'agit ici d'hommes, 'tention.
"C'est Guise qui devient de plus en plus puissant, explique t-il. Henri III, la seule solution qui lui reste, c'est d'assassiner son rival (Henri III ce n'est pas Catherine l'imposteuse qui usurpe le pouvoir masculin et qui empoisonne, ce qui n'est pas très top. Henri est "dans son droit" lui. Donc : hop on trouve normal d'assassiner et pas un garcon ne moufte). Henri de Guise qui se croit puissant (malheur aux vaincus, hein, c'est bien fait pour lui) [vient au rendez-vous du roi sans se méfier].....le guide, les enfants et moi un peu en retrait entrons dans la chambre du roi où Guise est mort assassiné au pied du lit. Le guide tout sourire : "C'était la petite surprise".

Un garcon inquiet : "C'est le plus puissant qui est mort ?" (sous entendu : l'intérêt dans la vie d'un homme, le garcon l'a compris, c'est d'être LE PLUS puissant), "Oui répond le guide qui a très bien compris le sens de la question, mais la guerre continue, hein" (sous-entendu : ses amis vont le venger, d'ailleurs, salle suivante, s'étale sur le mur la scène de l'assassinat de Henri III par le moine Jacques Clément, un sbire des Guise. Ainsi, même mort, LE PLUS puissant triomphe. Quant aux femmes, elles n'ont pas le droit d'être puissantes et si elles le prennent c'est qu'elles ne se gênent pas voilà ce qu'auront appris les enfants ce jour-là).

A la fin de la visite, je m'approche des enfants et leur demande leur âge. "Dix ans" me dit un garcon. "Et en quelle classe êtes-vous ?" demandé-je à une fille : "en CM1", me répond-elle.

vendredi 13 mai 2011

Les malheurs de Cathy revus et corrigés

Désolée pour cet incident indépendant de ma volonté comme on dit, en particulier pour Paul d'une part et pour Anonymous de la librairie d'Histoire d'en lire d'autre part, qui ont chacun laissé un commentaire ici auquel j'ai répondu avant que le tout disparaisse.

Cela dit j'en ai profité pour bosser un peu plus (quoique). Mais ce qui me chiffonne c'est que je voulais un peu modifier mon billet précédent après avoir demandé son avis à une historienne qui me semble plus versée dans la période saintbarthélémiesque que moi.
Voilà donc l'appréciation de Marie, en attendant de remanier mon précédent billet :

la présentation des événements que vous donnez est datée. Elle correspond à des thèses qui étaient soutenues il y a une vingtaine d'années par des historiens renommés comme Cloulas, mais qui sont aujourd'hui largement contestées par les spécialistes de la période.
On n'a pas de preuves que Catherine de Médicis et Charles IX aient commandité la St-Barthélémy*. Et on n'a pas non plus de preuves que Catherine de Médicis y soit pour quelque chose dans la tentative d'assassinat contre Coligny.
D'autres hypothèses ont depuis été avancées : on parle des Guise, des espagnols. Arlette Jouanna a même supposé possible que l'assassinat de Coligny ait été perpétré à l'initiative d'un inconnu!
Bref, on ne sait pas qui est coupable, ni si le roi et la reine mère ont une part de responsabilité dans l'affaire.
Si vous voulez creuser les faits, je vous suggère de laisser tomber Simone Bertière et de vous plonger plutôt dans les ouvrages récents de Garisson (qui a viré de bord ces dernières années et ne croit plus à la culpabilité de Catherine de Médicis), Crouzet, Solnon
ou Jouanna, par exemple.

Janine Garisson a écrit :
Catherine de Médicis : l'impossible harmonie. Payot, 2002


Présentation : Catherine de Médicis (1519-1589) mérite mieux que le méchant portrait qu'en a laissé Alexandre Dumas dans La Reine Margot. Avec Janine Garrisson, nous découvrons une princesse de la Renaissance imprégnée de philosophie néo-platonicienne et animée d'un esprit universel. Dans une France qu'elle gouverne pendant trente ans au nom de ses trois fils, François II, Charles IX et Henri III, elle aspire, en pleines guerres de religion, à établir une harmonie semblable à celle du cosmos. La postérité l'a voulue sanguinaire parce que son nom est tragiquement associé au massacre de la Saint-Barthélemy (1572), alors qu'elle incline au fond d'elle-même à la tolérance et au compromis avec les protestants. La reine Médicis laisse une oeuvre immense et durable, tant dans le domaine de la représentation royale que dans ceux de la gastronomie ou des arts.


Arlette Jouanna a écrit :
La Saint-Barthélémy, le mystère d'un crime d'État, Gallimard 2007
Extrait de la présentation :
Le 18 août 1572, Paris célèbre avec faste le mariage de Marguerite de Valois et d'Henri de Navarre, événement (lui doit sceller la réconciliation entre catholiques et protestants.
Six jours plus tard, les chefs huguenots sont exécutés sur ordre du Conseil royal. Puis des bandes catholiques massacrent par milliers " ceux de la religion " - hommes, femmes, vieillards, nourrissons... Comment est-on passé de la concorde retrouvée à une telle explosion de violence ? Comment une " exécution préventive " de quelques capitaines a-t-elle pu dégénérer en carnage généralisé ? Quel rôle ont joué le roi, la reine mère, les Guises, le très catholique roi d'Espagne ? De ces vieilles énigmes, Arlette Jouanna propose une nouvelle lecture.
La Saint-Barthélemy n'est l'oeuvre ni des supposées machinations de Catherine de Médicis, ni d'un complot espagnol et encore moins d'une volonté royale d'éradiquer la religion réformée. Charles IX, estimant sa souveraineté en péril, répond à une situation d'exception par une justice d'exception. Mais en se résignant à ce remède extrême, il installe, sans en faire la théorie, une logique de raison d'Etat.

Denis Crouzet a écrit :
Le haut cœur de Catherine de Médicis. Une raison politique aux temps de la Saint-Barthélemy, Albin Michel, coll. « Histoire », 2005

Extrait de la présentation :
Le XVIe siècle français est marqué par la figure de Catherine de Médicis (1519-1589) qui, exerçant le pouvoir avec une étonnante ténacité, fut soupçonnée de recourir aux moyens les plus sinistres, mensonges, complots, poison, magie noire, assassinats, culminant dans l'extrême violence du massacre de la Saint-Barthélemy. C'est avec une énergie intense qu'elle se consacra à la défense de l'État monarchique, incarné successivement par ses fils François II, Charles IX et Henri III.
L'humaniste Étienne Pasquier disait qu'elle « était armée d'un haut coeur », un coeur supérieur, plein de force, de foi et d'intelligence qui la poussa à se dresser contre les passions qui ensanglantaient le royaume. Dans sa magistrale étude, Denis Crouzet fait vivre cette Catherine de Médicis plurielle, oscillant entre le bien et le mal, adepte de la parole et de la négociation, figure humaniste persuadée de sa mission de pacification du royaume, mais aussi fine stratège, forgeant les instruments idéologiques de son intrusion active dans la sphère de la décision politique, allant jusqu'à légitimer l'usage de la violence vue comme une nécessité pour l'avenir de la paix. Dans le contexte tragique des guerres de Religion, autour d'une souveraine hors du commun, s'invente la raison politique moderne.


Jean-Francois Solnon a écrit :
Catherine de Médicis, Perrin, 2003

Dans notre mémoire collective, Catherine de Médicis (1519-1589) a mauvaise réputation. La ruse, la duplicité, le machiavélisme auraient inspiré la politique de cette Florentine qui n'aurait répugné ni au poison ni à l'assassinat. Femme et étrangère, elle était toute désignée à la vindicte. La veuve vêtue de noir, dominant et manipulant ses fils, responsable de la Saint-Barthélemy (1572), aurait été la plus maléfique des reines de France. Le livre de Jean-François Solnon balaie la légende et brosse un portrait attachant d'une femme courageuse que les malheurs de la vie n'ont pas épargnée. Sa grande passion fut le pouvoir: elle l'exerça trente années durant, au milieu des guerres civiles, toujours soucieuse de préserver l'unité du royaume et l'autorité de l'Etat, comme de rétablir l'harmonie entre les Français malgré les rivalités religieuses. En un temps d'intolérance et de fanatisme, elle fut - on l'oublie trop- farouchement attachée à la paix civile, cherchant inlassablement à réconcilier catholiques et protestants. Le pragmatisme fut son guide, la négociation sa méthode. Sans méconnaître les faiblesses et les erreurs de son héroïne, Jean-François Solnon propose l'image d'une femme de la Renaissance, ardente et volontaire, jamais abattue par les échecs, tout à la fois reine, régente, mécène et bâtisseuse. Un portrait fouillé, équilibré, vivant et neuf d'un être d'exception en un siècle d'or et de sang.

Néanmoins à l'instar de ces trois historien.nes, il me semble avoir quand même bien insisté sur la volonté de Cathy de conserver la paix coûte que coûte. Ce pourquoi j'ai mis les passages qui en parlent en caractère gras.

*Je n'ai pas non plus écrit que Charles IX et Catherine de Médicis avaient commandité la S.-B.

mardi 10 mai 2011

Les malheurs de Cathy




Il n'est guère possible d'expliquer en quelques lignes le massacre de la Saint-Barthélémy mais j'aimerais en présenter une autre version simplifiée par mes soins d'après les plus récentes biographies de Charles IX et de Catherine de Médicis que je connaisse.

Charles IX ne rêvait que d'exploits guerriers. Comme tous ces contemporains masculins il avait été formé à la virilité par les exemples tirés de "La vie des hommes illustres" de Plutarque, tous de grands militaires. On le comprend bien : il aurait voulu en être un. Manque de bol, il était roi. Ce qui ressemble plus à un boulot de fonctionnaire si on y regarde de près.

Catherine de Médicis, comme toutes les femmes mêlées au pouvoir, ne rêvait que de paix. Eléonore de Habsbourg la précédente reine, Louise de Savoie sa belle grand-mère, Marguerite de Navarre, sa belle-tante, toutes ces prédécesseresses avaient oeuvré comme elle, et comme elles pouvaient, pour la paix. Catherine faisait de son mieux pour réconcilier catholiques et protestants mais la tâche était d'autant plus ardue que son autorité parce qu'elle était femme, était en permanence contestée par toutes les factions.

En premier lieu, par les huguenots, l'amiral de Coligny en tête, qui, comme Charles IX, rêvait de guerre et aussi de calviniser toute l'Europe. L'occasion était bonne. Les "Gueux" des Pays-Bas, une conjuration de nobles qui voulaient renverser le joug espagnol avaient, selon lui, besoin d'aide. On s'y rendrait et en chassant les espagnols, on calviniserait les Pays-Bas qui n'attendaient que cela, d'après lui.
Les Valois, cette famille trop tiédasse pour la cause protestante qui fâchait également le pape parce qu'elle ne prenait pas non plus fermement parti pour les catholiques, allait devoir suivre bon gré mal gré le mouvement, on trouverait le levier, il n'y avait qu'à chercher.

En effet, la famille royale était quelque peu malmenée par tous les partis et on songea un temps à déposer le roi. On l'enleva même ainsi que sa mère, ce fut toute une histoire, puis on les relâcha ; bref, la couronne de Charles IX vacillait quelque peu.

Dans la tourmente générale et même sans elle, Charles IX ne savait à qui se raccrocher. Coligny se présenta alors à lui en grand chef de guerre digne des héros de Plutarque. Charles IX avait enfin trouvé un père. Coligny son levier.

Mais Catherine s'empressa d'expliquer à Charles que ce n'était pas le moment de se chercher un père en la personne d'un individu qui s'apprêtait à mettre non seulement la France mais probablement l'Europe entière à feu et à sang. En effet, l'Espagne n'allait certainement pas observer le manège de Coligny les bras croisés.

Mais Coligny profita du mariage de Marguerite de Valois avec Henri de Navarre pour se rapprocher un peu plus du roi et contrer ainsi l'influence de sa mère, des Guise et des nonces du pape.

Catherine s'affola. On commencait à donner des ordres pour déplacer des troupes aux frontières des Pays-Bas.
Impuissante à convaincre le roi, elle résolut (ou ils résolurent à plusieurs) de faire assassiner Coligny en douce, peut-être avec la complicité d'Anne d'Este, ou du moins de Henri de Guise. D'après Dumas avec la complicité du roi lui-même qui n'osa pas faire arrêter celui qu'il appelait "mon père".

Malheureusement l'attentat échoua. S'il avait réussi, il n'y aurait jamais eu le massacre qui s'en suivit.
Le blessé et surtout ses compagnons firent un terrible scandale, clamèrent que les Valois avaient signé leur arrêt de mort. On menacait ni plus ni moins de les assassiner à leur tour.
Puis après avoir crié au meurtre et à la vengeance, les chefs protestants suggérèrent à l'amiral de quitter Paris sur le champ de peur d'être assassinés eux-même. Bref, l'air sentait déjà le sang. Mais Coligny qui aurait perdu en s'éloignant de Paris son ascendant sur le roi alors qu'il était si proche d'obtenir ce qu'il briguait, refusa.
Catherine et Charles en entendant les menaces contre eux qui couraient par les rue, prirent peur. Charles n'ayant pas d'idée, Catherine et d'autres peut-être suggèrent d'éliminer les chefs protestants qui se trouvaient au Louvre. Il fallait selon elle (et eux) couper les têtes de l'hydre. On établit une liste et Charles IX donna son accord, bien qu'à contre coeur, il s'agissait quand même de grands militaires. C'est là qu'il aurait dit (puisque c'est comme ça) "Tuer les tous". Il était question des chefs de la liste et non de tous les protestants du royaume.
Avec cette exécution secrète, qui, il faut le dire, n'était pas totalement inhabituelle pour l'époque, l'assassinat passant pour un acte politique de dernière extrémité, Catherine eut certes sérieusement du sang sur les mains mais elle ne fut pas la seule et ses (leurs) motivations n'ont rien à voir avec celles qu'on lui (leur) prête. Quand à la catastrophe qui s'en suivit, nul ne l'avait prévu. Que la foule fut prise d'une folie de carnage, on ne peut en imputer la responsabilité directe ni à Catherine ni à Charles IX. La tension avait atteint le point culminant. Ce fut la ruée contre les huguenots.
Catherine et Charles furent dépassés par ce qui se passa alors, et la légende racontant que Charles aurait tiré sur ses sujets depuis les fenêtres du Louvre est fausse.
Le pape qui ne mesura pas tout de suite l'ampleur des dégâts avait déjà envoyé un émissaire avec une lettre de félicitations au roi pour avoir éliminer les principaux chefs protestants mais il rappela en catastrophe son émissaire quand il en apprit les "dommages collatéraux".
Voilà grosso modo comment en cherchant à tout prix à sauver la paix du royaume et aussi quelque peu son trône, un.e puissant.e peut provoquer une bavure de très grande envergure.
Seulement voilà : les femmes sont souvent sollicitées et écoutées quand il est déjà trop tard, que le mal est fait et que plus rien ne peut arrêter le cours des choses, à moins d'une solution catastrophique.
Voilà de quelle manière certains hommes de pouvoir inconséquents se retrouvent acculer à d'épouvantables extrémités et comment ils conservent leur candeur aux yeux du monde en reportant le discrédit sur autrui. Une femme de préférence.

Catherine a belle et bien évité une guerre autrement plus sanglante entre la France et l'Espagne prolongée des Pays-Bas à laquelle se seraient peut-être joints d'autres pays comme l'Anglelerre et les principautés allemandes, guerre aux conséquences incalculables. Elle a évité la guerre peut-être mais par la violence alors qu'elle voulait la paix et au prix de sa réputation dont, il est vrai, Catherine se souciait comme d'une guigne.

Ajout de 20.04 : une bio hurluberlue de Cathy trouvée en farfouillant sur google.

samedi 12 février 2011

La Marie salope de Patrice Chéreau

Pour Richelieu et Mme de Lafayette, pour Voltaire, pour Stendhal encore, Marguerite de Valois n'était pas la «reine Margot», sobriquet inventé par Alexandre Dumas. Elle n'était pas non plus la princesse dépravée que la modernité associe à ce titre de fantaisie. Elle était la reine Marguerite, dernière représentante des Valois-Médicis et autrice de "Mémoires" fameux, édités tout au long de l'Ancien Régime - en France comme en Angleterre et en Italie, de la "Déclaration du roi de Navarre", qu'elle écrivit en 1574 pour le compte de son époux, le futur Henri IV, coupable d'une tentative de coup d'État, et le "Discours sur l'excellence des femmes", qu'elle rédigea au crépuscule de sa vie, s'inscrivant ainsi dans la «querelle des femmes» qui faisait rage en France depuis près de deux siècles - mais qui l'avait jusqu'alors bien peu intéressée.

(Éliane Viennot, professeure de littérature de la Renaissance à l'Université Jean Monnet de Saint-Étienne et membre de l'Institut universitaire de France a publié un ouvrage sur Marguerite de Valois regroupant ces trois écrits, première livre d'une collection intitulée «la cité des dames» consacrée aux classiques féminins de l'Ancien Régime).



Cet extrait de film est tiré de "La reine Margot" adapté très "librement" du roman de Dumas par Patrice Chéreau. Désolée pour tous celles et ceux qui l'ont malencontreusement "adoré" (j'ai lu cela quelque part) mais je dois exprimer ici mon indignation devant tant de bêtise et de mauvais goût de la part du réalisateur qui a défiguré et saccagé sans état d'âme un chef-d'oeuvre du roman classique. Sans doute cette oeuvre le dépasse t-il complètement. Dumas qui a lu les Mémoires de Marguerite de Valois bouscule un peu la chronologie des événements historiques et ajoute quelques romances et intrigues de son invention mais il ne fait qu'accentuer par là les traits marquants de l'histoire dans l'Histoire, les placer sous un éclairage intéressant et ressusciter une société disparue assez plausible, qu'il parvient à rendre attachante malgré ses excès. Il traduit bien et sans tomber dans la vulgarité ce grand écart typique du XVIe siècle entre sensibilité extrême et choquante barbarie. Chez Chéreau, il ne s'agit même plus d'un arrangement avec l'Histoire qui aurait la politesse de respecter un minimum la langue, un minimum le caractère des protagonistes, un minimum la vérité historique, non : tel un graffiti barbouillé sur la Joconde, on est en pleine déprédation.
Portraits de Marguerite de Valois
Dumas qui a un sens inné du théâtre démarre le roman sur deux scènes simultanées assez burlesques : l'une où, le jour du mariage, Margot échange avec son amant le duc de Guise trois mots en latin (car elle est érudite et Dumas le souligne tout au long du livre) pour lui donner rendez-vous le plus discrètement possible pendant la nuit de noce, et l'autre où, au même moment, Henri de Navarre taquine puis rassure sa maîtresse jalouse et lui promet pour lui prouver son amour de passer sa nuit de noce avec elle. Moliéresque dans la construction, c'est une entorse faite à la réalité historique puisque les nuits de noce de princes étaient rarement une affaire privée.
La scène du mariage représentée dans la vidéo avec le coup que donne Charles IX à sa soeur pour lui faire dire "oui" correspond à ce qu'on a plus tard prétendu au sujet de la cérémonie afin d'obtenir une annulation du mariage sous le motif qu'il avait été forcé alors que ce n'était pas le cas. Dans ses Mémoires, Marguerite de Valois décrit une cérémonie normale si on excepte l'estrade devant l'église catholique et tout ce qui a trait à un mariage oecuménique. Passons sur le geste brutal qui n'est ni dans le roman ni dans l'Histoire et admettons qu'il ait un intérêt cinématographique (un coup à une femme c'est bon ça coco), la suite n'en est pas moins pitoyable de grossièreté.
Portraits de Henri III encore duc d'Anjou dans le film
On voit le futur Henri III, cheveux longs et gras, visage au teint bistre et au regard libidineux souhaiter à Henri de Navarre la "bienvenue dans la famille" en ajoutant : "une famille un peu particulière...pas si mal..tu verras "(genre : hinhinhin...tu ne sais pas sur quels dingues tu es tombé mais tu vas t'en apercevoir : tout le monde couche avec tout le monde chez nous) : vulgaire. Le frère du roi (duc d'Anjou en 1572) est le futur Henri III, donc, qui ne porta pas autrement les cheveux que courts, frisés et dressés comme c'était la mode à l'époque. D'une nature délicate et raffinée, Henri III était un homme particulièrement soigneux de sa personne et adorait composer des vers. Il possédait une grâce naturelle qu'il tâchait de mettre en valeur. La vulgarité lui était assez étrangère.
Portraits de Charles IX
Charles IX n'arbora jamais non plus cette tignasse aussi longue que grasse portée tout au long du film par Jean-Hugues Anglade (très grand acteur MALGRÉ les dialogues nullissimes de Chéreau, et qui réussit malgré eux et cette coiffure débile à ressembler au vrai Charles IX! Chapeau!).
Pour en revenir au stupide "bienvenue dans la famille" il aurait été bien ridicule de la part du duc d'Anjou de parler à son petit-cousin Henri de Navarre comme à un parfait étranger !
Henri épousait sa propre petite-cousine
, soit la petite-fille du frère de sa grand-mère. Le couple et toute la fratrie dont les parents étaient cousins germains avaient des arrières-grands-parents communs. De plus, fils de France et princes du sang se connaissaient tous comme les doigts de la main depuis le berceau, étant déjà une famille avant même de se marier, chacun sait (du moins je le croyais) quels problèmes de consanguinités traînaient avec elles ces anciennes familles royales qui ne se mariaient guère au-delà du cousin au 2e degré.
Ce dialogue niais et gratuit témoigne donc d'une absolue méconnaissance des coutumes monarchiques* (*je ne suis pas monarchiste) de quelqu'un qui prétend faire un film sur la monarchie.
Je passe sur l'air de psychozombie déterré et possédé de Catherine de Médicis dont j'ai déjà parlé ailleurs, et je voudrais qu'on m'explique l'intérêt de faire passer la maison des Valois pour un lupanar, Marguerite de Valois pour une Marie Salope, Henri de Valois pour un pauvre pervers et Henri de Navarre pour ce personnage tourmenté et sur le qui-vive incarné par Daniel Auteuil, excellent acteur du reste pour incarner les personnages de Michael Hanecke, mais qui ne cadre pas du tout avec le renard, fin, facétieux, campagnard et très sûr de lui que fut Henri de Navarre non seulement tel que le présente Dumas dans son roman mais tel qu'il a du être réellement. Henri de Navarre
Dans le film ce futur grand roi mendie sans la moindre dignité l'amitié de sa femme en se plaignant d'être détesté de tous (si dans le roman il exprime un moment donné la même plainte ce n'est pas du tout mais alors pas du tout dans cette position de mendiant), le couple se balance leurs parents morts à la figure comme le feraient des saoûlographes ou des imbéciles, du coup on parle de "mariage blanc" (ce qui nous ramène brutalement au XXe siècle et à la controverse des mariages "mixtes") et Marguerite "just married" prend des allures de super chipie pour dire à son désormais époux "personne ne m'oblige à coucher avec vous". Hormis la platitude et encore une fois, la vulgarité d'une telle phrase, elle est de plus d'une absurdité inégalable puisque historiquement c'est exactement le contraire : on l'obligeait à consommer le mariage et cela dès la nuit de noce. Si Dumas fait faire chambre à part aux protagonistes, ce n'est pas du tout pour que Marguerite puisse faire bisquer Henri (tu ne m'auras pas nananèreuh!) mais pour les besoins de son intrigue qui est la suivante : tous deux amoureux de leur côté d'une autre personne, les deux enfants de France sont surpris par ce mariage politique qui leur tombe dessus sans crier gare et ils se voient obligés de ménager la susceptibilité de leurs amant.e.s afin de les conserver, tout en se protégeant mutuellement des manipulations royales sans éveiller les soupçons quand à leur séparation de corps convenue AMICALEMENT. Quand Catherine s'en aperçoit ils changent de tactique...Un vrai tour de force qui non seulement ne fait pas peur à Dumas mais ce dernier parvient à mêler en permanence de l'humour au drame sans jamais tomber dans la vulgarité ce que Chéreau ne souhaite ni rendre ni comprendre.

Toutes les scènes de ce film sont calquées sur l'extrait publié ci-dessus où les phrases bêtasses et mesquines alliées aux apparences négligées des hommes et très déshabillées des femmes n'ont strictement rien à voir ni avec le roman pillé ni avec le siècle représenté. Les dialogues ont le niveau affligeant d'écoliers dans la cour de récréation d'une école primaire, les personnages présentent des comportements d'enfants attardés extériorisant à tout va les manifestations d'une libido désordonnée d'adolescents qu'aucun tabou n'arrêteraient. Cette surexcitation sexuelle la plupart du temps incongrue sur fond de tueries apparement érotisantes sert de suspens à un propos réduit à deux questions omniprésentes : qui va coucher avec qui et qui va tuer (ou a tué) qui.
C'est la Saint-Barthélémy des cinéastes qui veulent à tout prix assassiner la littérature.

mardi 11 janvier 2011

Enfance de Catherine "la Maudite"


Dans la République de Florence, le pouvoir appartenait à quelques familles aristocratiques mercantiles dont ne faisaient pas partie les Médicis ("de" Médicis n'est pas une particule nobiliaire, il signifie "faisant partie des" (des médecins-apothicaires (les "Medici'")).
Les Médicis prirent le pouvoir en s'appuyant sur le peuple et furent les maîtres de la ville pendant un demi-siècle.
De par leur commerce qui couvrait toute l'Europe, ils étaient richissimes et prêtaient aux rois et aux princes.

Louis XI jaugea le pouvoir des grands manieurs d'argent et autorisa les Médicis à ajouter des fleurs de lys à leur blason (orné de pilules), pour avoir coupé les vivres à Charles le Témeraire.

Après des guerres, des troubles et des régimes intermédiaires (sur lesquels je passe) et pendant lesquels les Médicis furent chassés de Florence, ils y revinrent à peu près au moment où l'un d'entre eux devint pape (Léon X). Ce pape placa son neveu (ou fils) Laurent comme chef de la République de Florence.
Francois Ier, afin d'avoir le soutien du souverain pontife pour l'élection au titre d'empereur romain, donna à ce "neveu" Madeleine de la Tour d'Auvergne en mariage. L'homme qu'épousait Madeleine était en fait, vieux, laid, mal remis d'une arquebusade à la tête, atteint d'une "grosse vérole" et tuberculeux, mais la cérémonie du mariage fut on ne peut plus belle.
En l'espace de quelque mois, l'état du mari empira. Madeleine, elle, accoucha d'une fille et mourut un peu plus tard de la fièvre puerpérale. Âgée de trois semaines, Catherine était orpheline.
De ce mariage dont Francois Ier espérait l'investiture d'empereur qui échut finalement à Charles Quint, il n'eut rien que les deux Raphael exposés actuellement au Louvre (cadeau de mariage de Léon X).
Catherine était un parti intéressant et on se disputa pour l'élever. Finalement ce sont des tantes qui s'en chargèrent.
Un nouveau Médicis fut élu pape sous le nom de Clément VII. Celui-ci voulut s'allier avec Francois Ier pour limiter le pouvoir des Habsbourg. Il en résulta le sac de Rome par Charles Quint. À Florence, la nouvelle de ce sac redonna espoir aux ennemis des Médicis qui s'emparèrent du pouvoir et décidèrent de garder Catherine en otage. On l'installa chez les bénédictines. Le pape allié cette fois à Charles Quint décida de renverser les nouveaux dirigeants. En octobre 1529, les troupes impériales et pontificales investirent Florence.
Dans Florence assiégée la haine des Médicis éclata plus fort que jamais. On proposa de livrer Catherine (11 ans) à la prostitution ou de l'exposer nue sur les remparts aux boulets de canon du pape. Les avis étant partagés, on décida finalement, en attendant de se mettre pleinement d'accord, de la transférer dans un couvent mieux protégé des coups de main.
Lorsqu'un émissaire vint la chercher, elle se crut condamnée à mort ou pire. Elle se fit couper les cheveux et revêtit un habit de nonne, dans l'espoir qu'on reculerait devant un sacrilège et elle se préparait à vendre cher sa peau. Mais le chancelier Aldobrani la rassura : Florence se rendait.

Catherine n'oublia rien, ni les menaces, ni les insultes, ni la peur, ni non plus - et c'est tout à son honneur - les services rendus. Elle sauva la vie au chancelier qui avait eu si pitié de son angoisse.

Plus tard, le pape la maria avec le fils cadet du roi de France, Henri de Valois. Elle servait de sceau à une alliance entre Clément VII et Francois Ier. Mais, coup de théâtre, le dauphin (grand frère de Henri) mourut. La roturière italienne fut promue dauphine de France. Et dans le cercle très fermé des familles régnantes, jamais on ne lui pardonna ses origines.




(Résumé d'un extrait de "Les reines de France au temps des Valois" par Simone Bertière).

lundi 10 janvier 2011

L'Histoire enseignée à nos grands-mères



Le seul paragraphe consacré à une femme dans ce livre d'Histoire d'avant la 2e G.M. destiné aux enfants de 7 et 8 ans, donne son point de vue sans nuance sur Catherine de Médicis.
"L'intrigante Italienne fut le mauvais génie de son faible fils qu'elle dominait". (C'est un peu du racisme anti-italien, non?)
Il n'y a pas d'autre femme dans ce livre.
L'auteur en est P.Duprez, inspecteur de l'Enseignement primaire, licencié ès lettres. Le livre fut publié en son temps chez Albin Michel.

Sinon sur le site des Femmes dans l'Histoire, un très intéressant billet sur la "vilaine" Catherine !

samedi 1 janvier 2011

À propos du 1er 1er janvier


Article 39 ajouté à l'Edit de Paris (janvier 1563 ancien style-1564 nouveau style) à Roussillon le 9 août 1564 :

« Voulons et ordonnons qu'en tous actes, registres, instrumens, contrats, ordonnances, édicts, lettres tant patentes que missives, et toute escripture privée, l'année commence d'ores en avant et soit comptée du premier jour de ce mois de janvier donné à Roussillon, le neufiesme jour d'aoust, l'an de gracemil cinq cens soixante-quatre. Et de notre règne de quatriesme. Ainsi signé le Roy en son Conseil".

Rédigé au château de Roussillon par Catherine de Médicis au nom de Charles IX qui n'avait que 13 ans et signé par Sébastien de l'Aubépine.
Le 1er janvier devient officiellement le début de l'année, avant quoi l'année débutait à certains endroits à Noel (Lyon), à d'autres endroits le 25 mars, fête de l'Annonciation, d'en d'autres parties du royaume le 1er mars ou encore à Pâques. Cette ordonnance visait donc à uniformiser l'année dans tout le royaume. Elle ne sera cependant appliquée qu'en 1567.

En ce 1.1.11 je vous souhaite de tout coeur un bon 443e Jour de l'An et une Bonne Année 2011 !

dimanche 11 juillet 2010

Anne de Marquets, contre-réformatrice



Voici la biographie d'Anne de Marquets (1533-1588).
Elle fut à n'en pas douter une grande poétesse puisque ses poésies sont encore étudiées aujourd'hui en littérature même si on n'entend pour ainsi dire jamais parler d'elle.
Petite digression historique :
En vue de maintenir la paix religieuse en France, Catherine de Médicis eut l'idée de réunir dans le prieuré royal Saint-Louis quarante-six prélats catholiques, douze ministres du culte protestant et une quarantaine de théologiens pour s'entendre sur une cohabitation des partis. Cette réunion est connue dans l'histoire sous le nom de Colloque de Poissy et se tint du 9 au 26 septembre 1561. Mais les théologiens orientèrent le débat sur la question de la présence du Christ dans l'Eucharistie et le colloque ne déboucha sur aucune entente de part et d'autre. Le chancelier Michel de l'Hospital exposa la volonté royale : « il faut rétablir l'ordre et l'unité par la douceur ; pour le royaume, la paix est plus importante que le dogme ». Mais ce message n'a pas semblé avoir touché les théologiens.

Du fond de son couvent d'où les femmes ne sortaient jamais, Anne de Marquets se fit alors connaître par ses Sonnets rimés pour « l’assemblée de messieurs les prélats et docteurs, tenue à Poissy » qui n'étaient pas, j'imagine, favorable à un accord mutuel puisqu'Anne de Marquets est connue pour avoir appartenu au mouvement de la Contre-Réforme.

Je ne m'étendrai donc pas sur les opinions "politiques" d'Anne de Marquets (la religion ayant fait office de politique à l'époque) mais citerai plutôt ce poème étudié parfois dans les classes littéraires et qui paraît plus s'adresser aux hommes misogynes de son temps qu'à des huguenots, peut-être les deux se confondent-ils dans son esprit ?


Ne jetez plus sur nous d'injures si grands* sommes

Ne jetez plus sur nous d'injures si grands sommes,
Hommes par trop ingrats et de coeur endurci,
Dieu n'a-t-il pas de nous comme de vous souci ?
N'est-il pas créateur des femmes et des hommes ?

Je sais bien qu'entre vous il y a maints prud'hommes,
Maintes femmes y a vertueuses aussi ;
Et l'un et l'autre sexe il n'y a nul sans si,
Car d'une même chair environnés nous sommes.

Voyez comme aujourd'hui les femmes ont l'honneur
Les premières de voir le souverain Seigneur,
De lui baiser les pieds, d'aller dire aux Apôtres

Qu'il a vaincu la mort et qu'ore il est vivant.
De nous blasonner donc cessez dorénavant :
N'enviez nos honneurs, contentez-vous des vôtres.

*grands signifie ici : grandes.
(La peinture représente le Colloque de Poissy avec Catherine de Médicis vêtue de noir et, à sa g., le petit Charles IX. Catherine comme Marguerite sur l'enluminure du billet précédent porte l'habit de veuve. L'une est veuve d'Henri II, l'autre bien que remariée au roi de Navarre porte encore le deuil de son premier mariage. Toutes les deux resteront vêtues ainsi jusqu'à leur mort. Selon moi parce qu'il devait être moins difficile de se faire respecter à l'époque en tant que femme vêtue d'un uniforme austère qu'avec des dorures et des dentelles !).

mercredi 30 juin 2010

Méchante Catherine de Médicis !

Catherine de Médicis, personnage complexe, et, bien entendu, non épargnée par les difficultés que les femmes rencontrent aujourd'hui pour se faire respecter, dut gouverner la France à plusieurs reprises sur fond de dissensions religieuses qui avaient démarré bien avant son accession au pouvoir. Les grands chefs de guerre et autres intriguants de cour se moquaient bien de ses ordres, régente ou pas, et elle eut plusieurs fois à craindre les coups d'état, la prison, le bannissement ou pire. Elle fit assassiner Coligny comme Henri III fit, peu de temps plus tard, assassiner le duc de Guise, ces deux personnages, dont les qualités, certes, sont indéniables, menacaient tout de même de mettre le royaume à feu et à sang par fanatisme religieux. Bien sûr, la méthode est condamnable et Catherine ne fut pas une sainte mais elle ne fut, au minimum, ni pire ni meilleure que les puissants de sexe masculin, ce qui ne l'empêche pas de rester violement caricaturée. On lui attribue volontiers la maternité de la Saint-Barthélémy, alors que son fils Charles IX régnait depuis douze ans. N'est-elle pas un peu le bouc émissaire ? Alexandre Dumas qui aimait créer des personnages de femmes diaboliques comme la célèbre Milady des Trois mousquetaires, a trouvé en Catherine matière à cette diabolisation et s'est surpassé concernant cette reine, d'où la difficulté de la réhabiliter aujourd'hui. Patrice Chéreau avec son adaptation du roman de Dumas au cinéma, se lâche carrément en lui prêtant la tête inquiétante d'un personnage du XVe siècle (associé à un col élisabéthain noir surdimensionné alors que Catherine portait une fraise), période où la mode était au front rasé très haut, trop haut pour nous, mode que, bien entendu, Catherine n'a jamais suivie, puisqu'au contraire, c'est elle qui introduisait les courants nouveaux venus d'Italie à la cour de France. Elle n'aurait certainement pas porté une coiffure vieille d'un siècle ! Ces outrances vestimentaires et "cosmétiques", disons, sont clairement utilisées à des fins caricaturales. En 1989, Alice Sapricht incarnera le personnage à la télévision avec, du moins, vêture et coiffure fidèles historiquement. Néanmoins Alice Sapricht est surtout connue pour avoir endossé tout le long de sa carrière des rôles de femmes essentiellement patibulaires. Méchante Catherine ! (Le premier tableau représente Catherine de Médicis en tenue de veuve, peint par Francois Clouet à la fin du XVIe siècle, le deuxième tableau signé "Petrus Christus" et daté du XVe siècle, représente une inconnue).