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mardi 24 juillet 2018

Proserpine (actualisée)

Pour revenir à mes anciennes amours : les contes, les mythes et les rites pré-patriarcaux, je publie un extrait de "Pierre Nozière", 1885, d'Anatole France*, tiré d'un chapitre consacré à la ville de Vernon et à sainte Noflette morte au 1er siècle (en 638) :

"[En ce temps-là] ... des tableaux votifs étaient suspendus avec des images aux branches des chênes sacrés. Les humbles dieux des paysans ne s'étaient pas tous enfuis devant le signe de croix et l'eau bénite. (...).
Il fallut beaucoup d'exorcismes pour chasser ces menues divinités. Il subsiste encore aujourd'hui, aux environs de Vernon, quelques vestiges des cérémonies paiennes. La veille du dimanche des brandons, les habitants des campagnes se rendent le soir dans les champs et se promènent sous les arbres avec des falots en chantant quelque vieille invocation. Fidèles sans le savoir à Cérès, leur mère, ces bonnes gens reproduisent ainsi d'antiques mystères et figurent d'une manière encore reconnaissable la déesse qui cherchait sa fille Proserpine à la lueur des feux de l'Etna. Je rapporte les faits sur la foi de M. Adolphe Meyer, le savant historien de la ville de Vernon".

Dans la représentation du Blanche-Neige et les sept nains" de Walt Disney, Cérès est une affreuse belle-mère (la "véritable" mère étant morte... exécutée par la patriarchy ?), femme stérile (il ne faut pas stigmatiser la maternité, quand même !) transformée par elle-même et par magie en la plus hideuse des vieilles et qui cherche sa BELLE-fille Proserpine pour la supprimer (justement parce qu'elle est belle, la valeur humaine des femmes se réduisant désormais à leur beauté donc à leur jeunesse).
                                            (traduction : "prends une bite")

N'est-ce pas l'allégorie de la patriarchy cherchant à supprimer le printemps ?
La patriarchy  sous les traits d'une femme qui empoisonne les pommes et veut mettre fin aux cycles naturels parce qu'ils ne se soumettent pas à sa domination ?
La père-version du mythe de Cérès et Proserpine fait des femmes entre elles, des ennemies mortelles et des hommes, les gardes du corps féminin fécondable. Un chasseur, sept nains, un prince, neuf mecs pour soustraire une jeune fille à une domination féminine. Ok, la fille qui veut échapper au matriarcat doit faire la bonniche pour huit personnes et s'occuper de l'hygiène de mâles pourtant adultes mais n'est-ce pas là son rôle "naturel", poils aux aisselles ?
Et c'est la femme pas jeune que l'on fait passer pour la cannibale de service, mangeuse de coeur humain (alors que dans la mythologie grecque c'est le vieillard Saturne qui dévore son fils). De plus, telle l'industriel Monsanto, elle va jusqu'à empoisonner les pommes.
Le patriarcat invente la mère qui cherche sa fille non parce qu'elle veut la ramener de l'empire des morts où UN HOMME l'a emportée mais parce que c'est elle qui veut sa mort. Ainsi l'homme camoufle le meurtre que lui même a accompli.
Diffamation des femmes.
Le père-vers s'est fabriqué une fausse coupable.
L'enlèvement de Proserpine par Vulcain, divinité souterraine masculine, et représentation du Vieil Hiver, est rayé de la narration. Vulcain est éclaté en sept inoffensifs petits vieux réduits à de gentils hébergeurs d'une adolescente en fuite pour cause de problèmes familiaux générés par la seule mère illégitime "affreusement" dominatrice (une sorcière, quoi).


Mais l'empire industriel Disney est récent. On apprend par Anatole France, qu'avant les deux guerres mondiales qui ont décimé à 90% et intentionnellement la paysannerie pour consolider l'installation de la première industrialisation, il subsistait un culte à Cérès ! Le massacre de la paysannerie l'aura plus efficacement éradiqué que l'Église.
D'ailleurs d'Anatole France nous tenons cette citation : "on croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels" dont l'industriel Disney qui assurait la propagande guerrière.
Pendant toute la durée de la 2e GM, la fabrique Disney a produit plus de 68 heures de films.
Le père-vers qui domina le siècle des guerres mondiales adorait, tiens donc, le "Blanche-Neige" de Disney. Mais Blanche-Neige, , elle commence à en avoir vraiment par-dessus le ruban à noeud-noeud.
Actualisation du 25.7.18 : j'ai appris hier la mort d'Oksana Chatchko, co-fondatrice de Femen et pour moi la meilleure de ce mouvement hétéroclite.
Cela me rendait heureuse de savoir qu'elle existait et sa mort m'émeut terriblement. Cette disparition plus que soudaine représente une perte énorme pour le féminisme.


Oksana était comme le retour du printemps. La divine, divinité, déesse Oksana Chatchko a été comme Proserpine enlevée par le machisme et conduite dans le royaume des mortes d'où elle ne reviendra jamais, comme disparaît le printemps tué par l'industrie et les industriels.

Rest in Power.

*À propos d'Anatole France, je précise que je ne le considère pas du tout comme un auteur pro-féministe, bien au contraire. Il est misogyne, infatué et bigot. Mais les plus grands phallocrates peuvent laisser entrevoir sans le faire exprès dans leurs écrits ce monde qu'ils ont détruit, la manière dont ils l'ont détruit et à quoi il ressemblait AVANT. 
Comme par nostalgie.
 


dimanche 16 août 2015

Tôt ou tard, toute femme indépendante se fait traiter de sorcière

   En guise de petit interlude à la série des artistes allemandes des années 80 : mes aventures dans le Harz.

   J'ai passé quelques jours de vacances dans le Harz (qui n'a rien à voir avec les réformes dites Hartz), ce qui m'a donné envie de faire une note de blog sur cet intéressant endroit.
Le Harz est un massif hercynien (c'est-à-dire très très très ancien) assez étendu qui se situe dans le centre-nord de l'Allemagne (en même temps c'est seulement la petite tache à droite marquée HM de la Rhenohercynian Zone).


   Dès le 10e siècle, des mines d'argent y ont "fleuri" et pour satisfaire aux besoins en énergie (hydraulique) de cette activité extractrice très rentable (minerai d'argent vendu jusqu'au Proche-Orient), y ont été aménagées, autour du 16e siècle, des chaînes d'étangs séparées par des digues et entourées de fossés, le tout en terrasses plus ou moins régulières communiquant entre elles.


 
Le paysage produit par ces modifications humaines est aujourd'hui inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO et décrété réserve naturelle.
   Les plantes des marais, les oiseaux aquatiques, batraciens, etc... y abondent, cotoyant la végétation de moyenne montagne : épilobes, myrtilles, digitales et, bien entendu, épicéas. 
 



  Le Harz est une forêt d'origine préhistorique qui a certainement été le théâtre de cultes païens avant sa proto-industrialisation. Cet exploitation de l'argent coïncide, nullement par hasard, avec l'extension du christianisme, ce culte peu respectueux de la nature et plutôt fâcheusement (hyper)matérialiste. Après l'épuisement du minerai (au 19e siècle) et deux guerres mondiales, cette forêt hercynienne s'est vue soudain coupée en deux par le rideau de fer. Pendant quarante-cinq ans, le Brocken, qui en est le point culminant, a été interdit d'accès et confisqué par l'armée au moyen d'une affreuse station est-allemande de surveillance plantée en plein dessus. Celle-ci est aujourd'hui reconvertie en... hôtel. À côté, un émetteur de radio et de télévision également très moche est installé là depuis les années 30.

Pourquoi le Harz et en particulier le Brocken sont-ils si intéressants ?

D'accord il y a le fameux spectre du Brocken qui mérite d'être signalé, un phénomène qui, paraît-il, a été également observé par Goethe mais, surtout, ce sommet est le fameux lieu dit du rendez-vous des sorcières lors de la nuit de Walpurgis.

Il est inutile de dire que tous les villages au pied de ce mont sont ornés de sorcières, soient en relief sur les façades des maisons, soient en sculptures dans les jardins, en autocollants sur les voitures, survolant (attaché par un fil) les réceptions des hôtels ou campings, etc... Tout est à la sauce sorcière, exemple : les petits pains sorciers de la boulangerie, le chemin de randonnée "la montée des sorcières" avec sa silhouette de sorcière sur un balai, la mode, etc.


     
   On a nommé au 16e siècle sorcières des femmes probablement soucieuses de se retrouver en cachette pour échanger des savoirs devenues interdits ou confisqués par l'Église pour éradiquer toute forme d'opposition à son pouvoir. Des savoirs (et non des dogmes) liés, entre autres, aux plantes.
Aujourd'hui l'Église s'appelle Ultralibéralisme et les sorcières, amoureuses de la nature mais le principe est à peu près le même.
On peut aussi supposer que du point de vue non-chrétien des formations aussi anciennes que le Harz, si l'on se donne la peine de préserver leur authenticité, possèdent un pouvoir régénérant (?) indispensable à la vie que l'on ne saurait trouver ni dans le béton ni dans le bitume.
 
   Il est d'ailleurs intéressant de constater que ce massif provient de la même formation géologique que les Appalaches, le massif Central et le massif Armoricain, entre autres. Une faille traversant le Finistère se prolonge jusqu'à l'extrême sud du Harz. Or ces régions sont réputées pour leurs légendes de fées et de sorcières, en particulier, la Bretagne et le Harz.
Mais que trouve t-on au sommet du Brocken à part un entassement rocheux avec plaque indiquant l'altitude du mont ? Un mémorial à l'effigie du poète allemand Heinrich Heine. Faudrait pas rater l'occasion de parler mâle et il faut vraiment maintenir leur souvenir partout et tout le temps tandis qu'il est important d'oublier les femmes.

  Sinon l'écrivaine Ricarda Huch a écrit un joli texte sur le Harz que l'on trouve dans le livre de Florence Hervé sur les écrivaines et la montagne. Des extraits tirées d'oeuvres féminines, entre autres de George Sand, y sont rassemblées. Mais bien que l'autrice soit française le livre n'existe qu'en allemand. Ben oui, on n'y parle pas mâle alors ça vaut pas.

   D'ailleurs, il n'y a même pas de Wikipédia en français sur Florence Hervé, apparemment féministe, qui a aussi écrit sur Flora Tristan, Marie de Gournay, etc.. et est lauréate du prix des femmes Klara-Zetkin 2011.

   Sinon encore, mais qui donc l'eut cru ? le fléau du Harz est masculin.
Des abrutis n'ont rien trouvé de plus intelligent que de rendre l'étang le plus proche invivable aux mamans grèbes huppées à la recherche de nourriture pour leurs petits, ainsi qu'aux familles de foulques et à quelques paisibles poissons... avant que nous nous en mêlions, ma collègue aventurière et moi. L'occupation vacancière préférée de ces cerveaux plats consistant à faire du slalom assis sur une chaise au moyen d'une télécommande et d'un hors-bord miniature épouvantablement sonore, de temps en temps, l'un d'eux, un peu moins sac à patates que les autres, se déplace en kayak pour disposer des bouées-obstacles à contourner à distance par le télécommandeur affalé dont c'est le tour.
   Après que nous autres, vilaines païennes/sorcières, ayons réussi à faire décamper ce gang monosexué avec un peu l'aide (malheureusement) d'une autorité également masculine (ah lala, j'vous jure), un autre fléau est venu immédiatement combler ce que cette engeance considère, j'en suis sûre, comme du vide. Un pêcheur, ce grand sportif assis, lui aussi, avec ces nombreuses cannes à pêche électroniques qui bipent le moindre pet de poisson a aussitôt pris la place. Presque plus la moindre rive idyllique sans l'un de ces insupportables parasites guettant le moment de prouver sa capacité de prédation. Et ce ne sont même pas des retraités priés par bobonne de cultiver leur flemme au dehors, non, ce sont de très jeunes trou.ucs !
Une activité mascudestrutrice qui se pratique dès le plus jeune âge. Et, pour cela, ils n'ont pas besoin de bave de crapaud. D'ailleurs les mines d'argent du Harz ont également très pollué le lieu avant sa réhabilitation. On ferait donc mieux de jeter l'anathème sur les exploitateurs de minerais et les amateurs de vacarme à coup de joujoux électroniques stupides dont les pêcheurs ne sont qu'un élément parmi d'autres, plutôt que sur les prétendues sorcières. Sorcières dont on ne sait que dire sauf qu'elles se reconnaîtraient soit disant à leur nez crochu, leur bosse, leurs verrues et leur balai volant. Ces détails ne polluent pas et ne font pas de bruit pourtant !
L'activité des mâles à oeil éteint est réellement nuisible mais bien entendu motivée par ce besoin maladif et lamentable de déterminer une bonne fois pour toute qui a la plus grosse...
prise.
 
Et rares sont les sorcières (comme, entre autres : moi) pour les faire déguerpir. À l'heure qu'il est, ils sont encore en train de confisquer les plus jolies plages paludéennes et nous ont déjà oubliées. De plus, il y aurait une plante dans le coin qui éloignerait les sorcières, dit-on, mais, bizarrement, pas les couillosaures. Il s'agit de l'achillée sternutatoire (= qui fait éternuer). Ce qui prouve que la sorcière est une créature sensible, elle, au moins !


   Et, ça alors, tiens, tiens, tiens, cette fleur des marais serait aussi l'une de celles que l'on bénit  le jour de l'Assomption de Marie ! Dans ce lien, il y a la prière en latin qui va avec. Ici, le rite est mentionné au 5e paragraphe. Il y est dit que la tradition est plus répandue en Allemagne et en Belgique qu'en France (où l'on préfère bénir un objet fabriqué par le zôme (-> le bateau)).

Mais n'est-ce pas un peu un rituel de sorcière que de rendre un tel hommage aux plantes ? 

Cela dit, on rencontre également l'herbe aux sorcières dans le même coin où nuisent les tourmenteurs de poissons.  Elle porte encore le joli nom de Circée de Paris. Nous l'avons rencontrée à plusieurs reprises au cours de nos excursions car c'est encore une plante qui aime les zones humides. Les zones humides sont les lieux de prédilection des sorcières qui, comme on sait, aiment les serpents, les crapauds et les salamandres. Et si ce nom était une déformation de sourcières, découvreuses de sources ? Toujours est-il que le Harz leur est clairement dédié.






  À part ça, j'ai trouvé cette citation de l'écrivain gallois Ken Follett "Tôt ou tard, toute femme indépendante se fait traiter de sorcière"...  

 et c'est un homme qui le dit.


                                         (Emmanuelle Béart dans "Manon des Sources")



lundi 23 avril 2012

De Méduse à Ursula la sorcière des mers

Les studios de Walt Disney se sont ingéniés à créer un personnage terrifiant dans le dessin animée Arielle inspiré d'Andersen et pour représenter leur sorcière des mers, ils ont été chercher dans la mythologie grecque la Gorgone Méduse en remplaçant les serpents par des tentacules. Mais savent-ils seulement qui était Méduse et quelles furent ses pouvoirs ?

A l'époque archaïque, on représentait Athéna assise sur un trône, coiffée du polos ayant sur la poitrine l'égide et la tête de Méduse. En 1771, David, comme tous les peintres classiques, représente Athena avec la poitrine ornée de la tête de Méduse.

Homère décrit l'égide ainsi :


« [Athéna] jeta sur ses épaules l'effrayante égide
Aux poils mouvants, où s'étalaient, en un grand rond, Déroute,
Et Discorde et Vaillance et Poursuite glaçant les cœurs,
Elle porte en son centre la tête de Gorgo, ce monstre épouvantable,
Terrible, grimaçant, signe de Zeus le Porte-Égide. »

Selon Euripide l'égide est une cuirasse revêtue de la peau de la Gorgone tuée par Athéna pendant la Gigantomachie.

Fichier:Hope-Farnese Athena Louvre Ma331 n2.jpg
Ici : Athéna portant le gorgonéion : peau de chèvre fermée par un bijou en forme de tête de Méduse.

L'égide est restée, dans l’Antiquité, le symbole de l’invulnérabilité garantie par la protection des dieux. Les empereurs romains sont ainsi souvent représentés avec une amulette placée sur la poitrine, miniature du bouclier orné de la tête de Méduse.





La tête de Méduse servit longtemps d'emblème protecteur et pour ainsi dire de "porte-bonheur".

Méduse, Μέδουσα / Médousa, vient de μέδω / médô qui veut dire « commander, régner ».

Plusieurs légendes nous sont livrées concernant Méduse.

Elle serait la fille de Phorcys et de Céto, violée par Poséidon dans un temple dédié à Athéna. Elle est punie par la déesse qui la transforme en Gorgone. Ses cheveux deviennent des serpents et désormais son regard pétrifie tous ceux qui le croisent.
À la demande de Polydecte, Persée la décapite, aidé selon des sources plus tardives par Hermès et Athéna. De son sang jaillissent ses deux fils, Chrysaor, père de Géryon, et le cheval ailé Pégase, sur lequel Persée s'enfuit, poursuivi par les autres Gorgones. Après l'avoir utilisée pour pétrifier le monstre marin envoyé par Poséidon, délivrer Andromède et tuer Polydecte qui retenait sa mère prisonnière, Persée offre à Athéna la tête de Méduse, que la déesse fixe sur son bouclier, l'égide.

Pausanias livre une version historicisante du mythe. Pour lui, Méduse est une reine qui, après la mort de son père, a repris elle-même le sceptre, gouvernant ses sujets, près du lac Tritonide, en Libye. Elle a été tuée pendant la nuit au cours d'une campagne contre Persée, un prince péloponnésien.
Cette version expliquerait assez l'étymologie du nom.

vendredi 13 avril 2012

De Psychè à Belle


la belle et la bête


Ce mythe devenu conte pour finir en dessin animé disneyen est de loin le plus symbolique de l'aliénation des filles qui a souterrainement été mis en oeuvre au moyen de ce qui est devenu un média.

"Belle" n'est bien entendu pas un nom mais une injonction. "[sois] belle !". Or quand l'on sait que l'histoire originelle est celle d'Amour et Psychè, on saisit que la psyché féminine a été entre temps priée d'abandonner sa richesse et sa diversité d'intérêts pour une seule obsession : la beauté. Ainsi va t-elle bientôt être toute entière tournée vers l'obéissance à l'injonction d'être belle. Alors que dans le mythe grec, Amour (ou Éros) autant que Psychè est censé être d'une beauté surhumaine.

Amour et Psyché :

Psychè est une jeune princesse tellement belle que des milliers de personnes viennent la contempler et l'adorer comme une divinité. Jalouse, Aphrodite ordonne à Éros de la rendre amoureuse du mortel le plus méprisable qui soit. Mais Éros tombe lui-même amoureux de Psyché en se blessant avec l'une de ses propres flèches.
Le père de Psyché, désespéré de voir que sa fille ne trouve pas d'époux, se rend à Delphes pour supplier la Pythie. Mais celle-ci est catégorique : Psyché doit être abandonnée sur un rocher au sommet d'une colline, où viendra la chercher son futur époux, un monstrueux serpent volant. Le père de Psyché exécute les ordres divins et abandonne Psyché à son funeste destin. Cependant,Zéphyr, le doux vent de l'ouest, emporte la jeune femme jusqu'à une merveilleuse vallée. Il la dépose dans l'herbe tendre, non loin d'un magnifique palais fait d'or, d'argent et de pierres précieuses. Psyché y pénètre et y découvre un savoureux festin qui l'attendait. Après ce repas, elle s'endort dans une chambre somptueuse.
Dans la nuit, son mystérieux époux (Éros) la rejoint, lui demandant de ne jamais chercher à connaitre son identité, cachée par l'obscurité de la chambre. Toutes les nuits, il lui rend visite puis la quitte avant l'aurore. La jeune femme apprécie leurs étreintes et les mots doux qu'ils échangent. Rien ne manque au bonheur de Psyché, si ce n'est de connaître le visage et le nom de son amant nocturne, et de revoir sa famille. Ses deux sœurs, amenées au palais par Zéphyr, sont folles de jalousie face à tant de richesse et de bonheur. Elles cherchent à persuader Psyché que son époux n'est rien d'autre qu'un horrible monstre qui finira par la dévorer. Terrifiée à cette idée, Psyché profite du sommeil de son amant pour allumer une lampe à huile afin de percer le mystère. Elle découvre le jeune homme le plus radieux qu'elle ait jamais vu. Mais une goutte d'huile brûlante tombe sur l'épaule du dieu endormi, qui se réveille aussitôt et s'enfuit, furieux d'avoir été trahi.

L'Enlèvement de Psyché, par William Bouguereau.
Folle de chagrin et de remords, Psyché se jette dans une rivière. Mais la rivière, compatissante, la dépose sur la berge, où est assis le dieu Pan qui conseille à Psyché de tout faire pour reconquérir l'amour d'Éros. La princesse part alors à la recherche de son amant. Elle erre de temple en temple, sans succès. Enfin, elle parvient au palais d'Aphrodite, qui la soumet à toutes sortes d'épreuves :
  • Trier, en une soirée, un énorme tas de grains de variétés différentes. Par bonheur, des fourmis l'aident à accomplir sa tâche, et le tas est trié à temps.
  • Rapporter à Aphrodite de la laine de moutons à la toison d'or, qui paissent dans un pré au-delà d'une dangereuse et profonde rivière. Un roseau, ému par l'infortune de la jeune femme, lui indique la marche à suivre.
  • Rapporter de l'eau du Styx, puisée à même une source qui se situe au sommet d'une haute montagne gardée par des dragons. L'aigle de Zeus (le roi des dieux) vient au secours de Psyché tandis qu'elle gravit la montagne. Il va remplir une fiole avec de l'eau du Styx, et la remet à Psyché.
  • Mettre dans une boîte une parcelle de la beauté de Perséphone, la reine des Enfers. Épuisée, Psyché est à nouveau tentée de mettre fin à ses jours. Elle est sur le point de se jeter du haut d'une tour quand, soudain, la tour commence à lui parler, la convainc de rester en vie et lui indique comment réussir l'épreuve. Ainsi, elle parvient à récupérer une parcelle de la beauté de Perséphone. Mais sa curiosité la perd : pensant que la beauté de la déesse l'aidera à reconquérir Éros, Psyché ouvre la boîte et, aussitôt, plonge dans un profond sommeil, pareil à la mort.
Entre-temps, Éros s'est échappé du palais d'Aphrodite, qui l'y avait enfermé. Toujours épris de Psyché, il la ranime doucement avec la pointe d'une de ses flèches. Puis il l'emmène devant Zeus en personne, qui convoque les dieux de l'Olympe"(dont Aphrodite, enfin apaisée), et annonce publiquement son mariage avec Psyché. Celle-ci est invitée à consommer l'ambroisie, ce qui lui confère l'immortalité. Le dieu et la nouvelle déesse sont alors unis en présence de tout le Panthéon, et un merveilleux banquet s'ensuit.
Psyché donne à Éros une fille, nommée Volupté. L'amour (Éros) et l'âme (Psyché) sont ainsi réunis pour l'éternité.
Dans ce conte Psychè est sacrifiée à l'arbitraire des dieux par son père, elle fait des bêtises mais se rachète. Elle est en sorte le chevalier en quête du Graal qui part à la recherche de l'amour de sa vie. Elle a des épreuves à traverser, elle est active et accomplit des exploits même si elle s'en trouve aidée. Elle a quasiment un rôle masculin dans l'histoire.

Avec le temps, c'est devenu ceci :

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Il était une fois un riche marchand. Père de trois belles filles et de trois fils, un jour, il se retrouve ruiné. Ses deux filles aînées trop coquettes et très égoïstes ne supportent pas leur nouvelle existence. La cadette, que l'on nomme La Belle Enfant, préférait lire et remercier tous les prétendants qui voulaient l'épouser. Désormais elle s'adapte aux circonstances et sert sa famille en toute simplicité, se consacrant exclusivement aux tâches ménagères et fermières.
Alors que le marchand part récupérer le chargement d'un vaisseau pour sortir ses enfants de la misère, les deux sœurs aînées, très prétentieuses, lui demandent de leur rapporter des bagatelles. Belle demande une rose. Malheureusement, les créanciers ont précédé le marchand : arrivé au port, il est toujours aussi pauvre.
Sur le chemin du retour, le père découvre un château désert mais accueillant : la table est mise. Il dîne puis s'endort. Le lendemain matin, en quittant le château, il cueille une branche de rose. Une Bête horrible apparaît alors. Elle menace d'abord de le tuer. Puis, la Bête promet au père de le laisser en vie s'il lui livre en échange une de ses filles. Le marchand remplit un coffre d'une grande quantité de pièces d'or, que la Bête lui fera porter chez lui. Cet or servira à doter ses filles. La Belle, la cadette, est prête à se sacrifier pour sauver son père de la menace de la Bête. Ses frères veulent trouver le monstre et le tuer. Le cheval conduit la Belle et son père au château de la Bête.
La Bête ordonne au père de repartir et de lui laisser la Belle, qui reconnaît être venue de son plein gré. La Belle apprend à respecter l'horrible Bête. Celle-ci l'aime au point de l'autoriser à partir retrouver son père, mais pour huit jours seulement. Une bague, posée sur la table, lui permettra de voyager dans l'espace et dans le temps. La Belle rejoint son père ; ses frères sont à l'armée et ses sœurs sont mal mariées : plus jalouses encore de la Belle, elles la retiennent deux jours de plus afin de provoquer la Bête.
La Belle voit dans un rêve la Bête agonisante qui lui reproche de ne pas avoir tenu sa promesse. La Belle rejoint la Bête et lui avoue son amour. La Bête se transforme alors en prince charmant. La famille de la Belle est réunie au château par la fée qui punit les sœurs aînées en les transformant en statues de pierre : elles resteront figées mais conscientes du bonheur de leur cadette jusqu'à ce qu'elles reconnaissent leurs fautes...


Le-Monde-magique-de-la-Belle-et-la-Bete.jpg
Dans ce conte, on a affaire à une jeune fille d'une bonté parfaite qui ne fait rien de travers et se soumet jusqu'au sacrifice à son père.
Son exploit réside exclusivement dans la soumission et à son père et à une bête immonde qu'elle est censée apprivoiser par sa bonté.

Le mythe grecque très baroque est devenu une historiette bien bourgeoise encore plus patriarcale que sa source d'inspiration !
Psychè avait d'autres attributs que la beauté : la curiosité, la patience, la confiance, l'esprit d'aventure.
Rien de toute cela chez Belle, qui n'est que belle et bonne comme le bon pain. Une vraie missionnaire catholique !

lundi 9 avril 2012

La Valkyrie au bois dormant







Les poèmes eddiques : Helreið Brynhildar (le voyage de Brunehilde au séjour de Hel (la déesse des morts)) et Sigrdrífumál (où Odin pique Brunehilde de l'épine du sommeil), ainsi que la Völsunga saga (dans laquelle on trouve encore une histoire de pomme soporifique), racontent que Brynhildr est une jeune valkyrie (une vierge guerrière) qui prête serment à un roi vaillant, Agnarr. Lorsqu'une bataille oppose les rois Agnarr et Hjálmgunnarr, le dieu Odin promet la victoire à ce dernier mais Brynhildr pour être plus sûre de sa défaite, tue Hjálmgunnarr. Pour la punir de son initiative, Odin la maudit d'un sommeil magique et l'enferme dans un mur de flammes que seul un homme qui ne connaît pas la peur pourra traverser.

Après avoir tué le dragon Fáfnir, Sigurd, l'homme en question est conseillé par des oiseaux de libérer Brynhildr. Il se rend au lieu de repos de celle ci et traverse le mur de flamme avant de réveiller la valkyrie en lui coupant sa cotte de maille avec son épée.

On remarqua que La Belle au bois dormant est, à l'origine, l'histoire d'une rebelle. On est donc loin de la mièvrerie de Walt Disney que l'on doit également aux frères Grimm.
De plus la menace permanente d'une femme à la fois mauvaise et magicienne appelée "sorcière" qui plane sur l'héroine ne se retrouve guère dans les mythes d'origine où ce sont bien plus les hommes qui "punissent".

Dans la version Disney/Grimm, un détail intéressant est à relever : la "roue éternelle du temps" des contes eddiques, devient un rouet. Du coup on retrouve, comme chez Blanche-Neige, une allégorie des saisons car plusieurs siècles durant, il était interdit aux femmes de filer pendant la période de Noël, c'est dire du 12 décembre au 6 janvier environ. Chez Disney/Grimm, on brûle tous les rouets du royaume pour que l'adolescente ne se pique pas.
Or la piqûre ayant un rôle socialisant de première importance, elle DOIT se piquer.

Dans "De l’épingle à l’aiguille, l’éducation des jeunes filles au fil des contes"
de l'ethnologue Anne Monjaret, (extrait résumé :) le langage des épingles et des aiguilles est celui qui exprime au mieux l’état d’entre-deux de la pubère. Dans la société paysanne du XIXe et du début du XXe siècle, de l’enfance à l’état adulte, les filles apprennent les pratiques quotidiennes et rituelles qui préfigurent les futurs rôles à tenir. Leur socialisation passe par l’acquisition de savoir-faire autant que par l’incorporation d’attitudes corporelles que traduit un langage de l’apparence.
À leur baptême, elles peuvent recevoir de la part de leur marraine, qui est parfois leur tante, une première parure mais pas n’importe quelle parure, des boucles d’oreille qui les lient d’emblée aux objets piquants. Dès leur plus jeune âge, elles sont occupées aux travaux d’aiguille, tricot et couture; derrière ces tâches se cache une leçon de maintien corporel et de docilité. Puis vient le temps de la première communion au mois de mai de l’année de leurs douze-treize ans. Il entérine la sortie de l’enfance, une séparation qui n’est qu’une étape conduisant au statut de «fille à marier». Pour confirmer ce statut, il faut attendre que l’écart physiologique entre celles qui sont réglées et celles qui ne le sont pas, soit résorbé. Lors de la première communion, des boucles leur sont offertes. Si les oreilles ne sont pas encore percées, il faut s’empresser de le faire car la période admise pour cet acte se clôt, ce percement s’effectuant plus couramment vers l’âge des cinq ans. D'ailleurs les couturières ont pu anciennement se servir de leur aiguille pour percer le lobe des oreilles des fillettes où se portent boucles d’oreille, anneaux et pendants dits “dormeuses”». Tiens, tiens...

Dans les langues germaniques, la Belle au bois dormant s'appelle "Rose épineuse" nom qui évoque plus la vierge (rose) guerrière (armée d'une grosse épine : sa lance) qu'une endormie (belle de surcroît) !


A propos du sommeil : l’histoire de La Belle au Bois Dormant pourrait mettre en lumière l’une des préoccupations majeures des parents d’une petite fille : freiner l’éclosion de sa maturité, figurée par le sommeil. L’incident de la piqûre est alors perçut comme une punition pour empêcher la jeune fille, pas encore femme, d’avoir accès au désir sexuel, en la plongeant dans un profond sommeil narcissique. (On est loin de l'excision mais on y pense quelque peu).


Ici un extrait du blog "La mélancolie d'une otaku" : Femme, sois belle et le bonheur te tombera tout cuit dans le bec. Voilà c’est tout ! Blanche-Neige est jolie, elle se contente de faire une tarte aux prunes et de temps en temps elle passe le balai : elle récupère le prince charmant à la fin. Cendrillon est jolie, elle fait le ménage et va pleurnicher sur les genoux de sa marraine : elle récupère le prince à la fin. Aurore est jolie, elle danse avec un hibou dans la forêt et elle roupille en attendant que quelqu’un vienne lui apprenne à se servir d’une aiguille à coudre : elle récupère le prince à la fin. Toi, fille ordinaire, sois jolie, soigne ton apparence (tiens, exactement comme le font les méchantes sœurs des contes originels) et attends : tu récupéreras le prince à la fin. Crois juste en tes rêves et ne fais jamais rien pour les réaliser. Quel message paradoxal ! Sous les dorures de ces magnifiques dessins-animés, on gratte à peine et on trouve déjà le germe d’une morale d’autant plus dangereuse qu’elle se grave en nous sans qu’on n’y fasse attention (c’est la magie du conte).



Aussi suis-je consternée encore aujourd’hui lorsque je rencontre des filles qui ont pour modèle plus ou moins inconscient cet idéal « disneylien » parce qu’au fond elles se rendent malheureuses elles-mêmes en espérant quelque chose d’impossible, en essayant de satisfaire des exigences trop hautes. J’en ai connu et je me rappelle nettement les avoir choqué en soulignant le fait que le prince de Blanche-Neige est, sans nul doute, un nécrophile (ou alors un type louche), comme si je brisais un doux rêve.

« Il y a quelqu’un pour moi quelque part, je l’attends sous mon cercueil de verre. Il y a quelqu’un rien que pour moi, quelqu’un à qui je suis nécessaire, il me cherche dans les plaines, dans les forêts, en haut des montagnes, au fond des gouffres. Il y a quelqu’un qui va venir me chercher, il m’emmènera dans son château, dans cette bulle d’amour que rien ne brisera. Il y a quelqu’un pour moi, j’étouffe d’attendre sous mon cercueil de verre. »

jeudi 5 avril 2012

De Proserpine à Blanche-Neige









De Proserpine à Blanche-Neige, il s'est écoulé beaucoup de temps pour arriver à l'image kitsch que l'on connaît de Disney et qui fait de ce personnage féminin une "babiole sans valeur" (définition du kitsch) à l'allure de vieux bébé potelé aux couleurs criardes et à la texture de matière plastique.
Il a fallu que le monde change grandement.
A l'origine lorsque l'espèce humaine avait encore une occupation essentiellement agricole, la déesse Proserpine était vénérée comme divinité mystérieuse de la fécondation de la terre et l'on ne commençait les semailles qu'après lui avoir fait des offrandes. On disait qu'elle passait six moix sous la terre (auprès du dieu des Enfers) et six mois au dessus (auprès de sa mère, la déesse Déméter). Les grecs ont inventé un récit de rapt pour expliquer ce phénomène du retour des saisons qu'incarne Proserpine (Perséphone pour les grecs). Puis les romains ont repris le mythe.

Les contes de fées sont d'anciens mythes qui ont perdu leur caractère sacré et n'ont plus été que racontés avec une certaine distance ironique aux enfants, ceux-ci étant considéré comme seuls encore capables de croire en ces histoires devenues fariboles à mesure que se sont développés le commerce et l'expansion des cités. Avec, entre autres, le brassage des populations, divers cultes ont perdu de leur sens. Les histoires qui leur étaient attachés également.

A l'époque du christianisme, elles étaient cependant encore assez vivaces pour que les chrétiens soient obligées de les ingérer puis de les modifier à leur convenance. Ainsi Proserpine qui mange le fruit défendu (elle doit rester en enfer si elle touche aux fruits du jardin des morts (ce qu'elle fait)) ne tarde pas à se tranformer en notre Eve bien connue, symbole du péché originel, qui elle, ne sera jamais une déesse vénérée entre toutes les déesses puisque le féminin sacré va disparaître complètement des nouvelles formes de cultes. Cultes qui coïncident directement avec les nouvelles activités humaines beaucoup plus tournées vers le commerce. Ils coïncident également avec le début du pillage des ressources naturelles. Le monde souterrain cessera d'être sacré à partir du moment où l'on y creusera des mines.
Parallèlement aux nouvelles religions dont le féminin sacré fera les frais, se développent les contes pour enfants.
Ils rassemblent ces inspirations diverses (mythes et légendes) et sont reliés aux préoccupations des époques nouvelles. En ces temps nouveaux, les filles sont essentiellement vues comme encombrantes car elles doivent apporter une dot en mariage. Ainsi, dans les contes, elles se marient à des princes et dépassent le problème de la dot. Elles sont si belles que le prétendant, déjà assez riche, n'en demande pas plus. C'est aussi ce que l'on attend des filles et c'est pourquoi on leur raconte ce type d'histoire : un mythe de Prosperine recyclé pour une usage adapté aux circonstances, avec pour message premier : soigne en tout point ton apparence et fais-toi aimer d'un homme riche, ainsi tu ne coûteras rien à la communauté.
Aujourd'hui on ne verse plus de dot au mari pour l'entretien de sa femme. Mais le diktat n'a pas changé, la fille reste une entité qui n'a pas une place déterminée ou alors uniquement décorative/reproductive ce qui ne fait d'ailleurs pas d'elle un être de valeur.

Ce qui prouve que la dot était bien un faux prétexte pour donner aux filles l'impression d'être un fardeau.
Autre notion inculquée à la petite fille : la femme adulte n'est pas là pour la guider mais pour la poursuivre de sa jalousie.

Dans l'histoire de Blanche-Neige, on retrouve certains thèmes du mythe de Proserpine. En particulier sa fuite chez des créatures (des "élémentaux" selon la mythologie scandinave) de la terre qui travaillent dans des mines souterraines. De plus son nom évoque la période hivernale.

(Ill. : Blanche-Neige selon Disney / Proserpine selon Rossetti)

Le kitsch colle à notre époque où l'infantile est maintenant recherché et adulé. Le conte pour enfants n'est plus pour enfant mais pour nous tous qui sommes assimilés à des enfants. C'est comme si l'éloignement de l'humain à la terre nous empêchait de devenir adulte et nous maintenait dans un diktat de consommation (comme le bébé qui ne fait rien d'autre que de manger et dormir). D'ailleurs la pop américaine incarné par Mickey a engendré une nouvelle forme d'art qui va plus loin encore : le kawaii (infantilisation des corps) et superflat (un univers sans profondeur ni perspective) véhiculés par la pop japonaise issue de Mickey. Un bon article sur le kawaii et superflat ici.

Conclusion : l'économie néo-libéral ne peut qu'entraîner toujours plus de machisme et donc d'infantilisation (car l'homme qui ne se préoccupe pas de l'éducation des enfants et le délègue entièrement à la femme reste lui-même un enfant). L'infantilisation à plus ou moins long terme conduit à la disparition totale de notre espèce.

vendredi 12 août 2011

Résultat du tag : 14 - Sophie est....

la Flore de Botticelli

Canel m'a taguée (ou devrais-je dire collée ?) !

Il s'agit de citer une femme de la Renaissance dans laquelle nous nous reconnaissons. Euterpe est à l'initiative de ce tag et l'explique beaucoup mieux que moi.

Alors voilà...

Je serai Flore du tableau Le printemps de Botticelli.

Image illustrative de l'article Le Printemps (Botticelli)

Parce que Botticelli est le premier artiste qui m'est venu à l'esprit quand j'ai pensé Renaissance, parce que Flore a un regard doux, que j'aime beaucoup les fleurs et que sa petite robe est indémodable !

Je passe le relais à qui veut, servez-vous c'est avec plaisir...


Publié par Les bonheurs de Sophie le 12.8.2011 copié/collé par Euterpe

Mon commentaire : Flore (et ses fleurs), Cérès (et ses céréales), Bacchus (et son vin) et Pomone (et ses fruits) symbolisent les quatre saisons. A la Renaissance, les saisons restent d'une importance dont nous n'avons plus du tout idée aujourd'hui. Et la mythologie grecque cohabite sans conflit majeure avec la religion chrétienne. D'où ce genre de représentation autorisée par l'Église qui a autorité sur tout à l'époque. Comme dans l'esprit de l'individu renaissant, nous sommes accompagné.e.s de nos vertus et de nos vices telles de véritables personnes à nos côtés : Prudentia, Sapientia, Laetitia, etc... on imagine aussi les saisons sous la forme de personnes et tout concept a sa personnification. Il n'y a pas d'individu et tout est individu. C'est pourquoi je trouve ce choix intéressant.
Merci Sophie.

samedi 4 juin 2011

Vertumne et Pomone

Comme c'est le mois de juin et que les premières cerises sont mûres plus tôt avec cette chaleur estivale qu'il fait un peu partout, j'ai envie de parler de Vertumne et Pomone.




Pomone est la déesse des vergers et des fruits comme Diane est celle de la chasse et de la nature sauvage. Et vu d'aujourd'hui, on pourrait dire que la seconde est la déesse du régime carnée tandis que la première dont le nom vient de pomum la pomme, pourrait être celle du végétarisme. En effet Pomone n'aime ni la chasse dans les forêts, ni la pêche au bord des rivières. Seuls les champs et les arbres, chargés de fruits, peuvent lui plaire. Elle ne porte jamais d'arme. Elle manie uniquement une faucille recourbée pour élaguer des branches inutiles, ou émonder des rameaux qui s'étendent trop loin ; parfois elle insère, dans l'écorce entrouverte, une tige étrangère, et fait porter à un arbre des fruits qui croissent sur un autre. Elle prévient la soif des plantes, et arrose les filaments recourbés d'une racine amie de l'onde : ce sont là ses plaisirs et ses soins. Elle ignore l'amour, mais craignant la rudesse de l'habitant des champs, elle entoure ses jardins de remparts de verdure, et en défend l'entrée aux hommes qu'elle fuit.

On remarquera que le végétarisme est associé au jardin cultivé et protégé, c'est-à-dire à la culture, tandis que l'alimentation carnée est associée à la nature sauvage, c'est-à-dire à l'inculture. Vu ainsi, le végétarisme pourrait être interprété comme correspondant à une évolution de la nature humaine.

Les deux déesses fuient les hommes. L'homme semble ne pas être quelqu'un de fréquentable pour ces femmes proches de la nature, chacune sous une forme différente. Diane fait dévorer par ces chiens Actéon qu'elle a surpris en train de l'observer en cachette et ne se lie jamais à un homme de sa vie. Même l'amour devient une histoire de dévoration.

Pomone ignore totalement l'homme qui essaie de la séduire jusqu'à ce qu'il l'appproche sous une forme innoffensive telle celle d'une vieille femme.
C'est le dieu Vertumne qui possède le don de changer de forme (de vertere : transformer). Il est tombé vainement amoureux de la déesse, il s'est efforcé sans succès, de la séduire en laboureur, en moissonneur et en vendangeur, il a donc fini par se métamorphoser en vieille femme qui fait les louanges de lui-même en Vertumne, avec beaucoup de talent. Pomone séduite par son langage (de nouveau la culture ?) accepte de se lier à lui lorsqu'il reprend sa véritable apparence.
Voilà les mots de Vertumne selon Ovide :
"Mais, si vous êtes sage, et si vous voulez un hymen heureux, écoutez les conseils d'une vieille qui vous aime plus que tous vos amants, et plus que vous ne pensez : rejetez des flammes vulgaires, et choisissez Verturnne pour époux. Je réponds de sa foi; car il ne se connaît pas mieux que je ne le connais moi-même. Ce n'est point un volage qui promène ses feux de climat en climat. Il ne se plaît qu'aux lieux où vous êtes. On ne le voit point, tel que l'inconstante foule des amants, s'attacher à la dernière femme qu'il a vue : vous serez son premier et son dernier amour. À vous seule il a consacré son coeur et sa vie. Ajoutez qu'il est jeune, qu'il a reçu le don de la beauté, et celui de prendre toutes les formes qu'il désire. Ce que vous ordonnerez qu'il soit, et vous pouvez tout ordonner, il le sera.
Encore une histoire de ruse pour parvenir à une femme dirait-on mais on peut aussi y voir là une allégorie. L'homme qui a assez d'humilité pour laisser transparaître son côté féminin maternel (femme âgée) et pour passer par la formulation explicite de ses souhaits peut gagner le coeur de celle qu'il aime.
C'est aussi le prétendant qui se soumet entièrement à sa bien-aimée. Il promet un don total.

Alors qu'Actéon n'exprime rien et ne se manifeste que par le regard, ce qui provoque une mortelle colère au coeur de celle qu'il convoite.

Pour ce qui est de la représentation picturale de ce thème : au XVIe siècle on représente pour la première fois depuis l'antiquité les femmes nues en peinture en attendant la découverte de la photographie où on les représentera nues en photos et la découverte du cinéma où on les représentera nues en film. Pourquoi représenter Pomone nue ? C'est une idée d'homme. Il faut dévoiler le corps promis aux sens. N'oublions pas que la peinture sur toile est à la Renaissance un art masculin réservé aux hommes et que les seules femmes autorisées à peindre n'avaient pas le droit de s'adonner à l'étude anatomique. L'image semble dès lors devenue l'ennemie de la femme car on est désormais saturées d'images de corps féminins nues qui ont quelque chose de rabaissant sous prétexte d'exaltation de la beauté féminine. Ce n'est plus Vertumne (vertere) mais (pervertere) un pervertissement. Une mise en valeur qui dévalorise...

(Peintures : Vertumne et Pomone successivement par Hendrick van Balen, le Primatice, et le jardin de Pomone par un (ou une) élève du Primatice)

mercredi 20 avril 2011

Quoi ? Proxénète n'est pas une activité hautement féministe?

L'immense majorité des véhicules qui roulent ver le centre de la capitale allemande emprunte l'axe autoroutier Potsdam-Messe Nord et ne peuvent manquer d'apercevoir sur le trajet, l'énorme enseigne au néon rouge "Artemis" qui se détache merveilleusement la nuit sur le ciel avec sa silhouette stylisée de tête de femme qui se pâme au bout des immenses lettres composant le nom de la déesse grecque autrefois virginale.
J'ai voulu me rendre à pied sur place, hier, afin de faire mes propres photos* en extérieur du temple de la consommation de chair féminine que Virginie Despentes envie tant aux allemands, mais l'accès est tellement sécurisée qu'une petite souris ne pourrait s'y glisser. Un oiseau peut-être ?
Il est impossible d'approcher l'endroit même de quelques centaines de mètres sans voiture.
Tiens? Pourquoi tant de précautions ? N'est-ce pas pourtant une "industrie comme une autre" ?
Si se prostituer c'est faire l'amour quand on veut avec qui on veut, le nombre de gens qu'on veut et comme on veut, l'industrie de "l'amour" ne devrait pas tant se montrer pudique et devrait même arborer sans se gêner l'insigne chère aux années de libération sexuelle : "Peace,Love and Freedom" !
Les prostituées d'Artemis devraient se déplacer dans les écoles pour expliquer aux enfants dans quel univers de liberté idyllique elles ba(e)ignent à longueur de journées et bien leur faire comprendre à ces petits qu'il ne faut pas stigmatiser bêtement une profession si honorable, enfin quoi !
D'ailleurs "proxénète" dont d'aucune s'offusque d'être "traiter de", dans ce contexte de joie et de liberté décrite par l'offusquée elle-même pour des femmes qui, je cite "n'ont pas la chance de gagner leur vie en faisant un métier épanouissant" n'est-ce pas une activité hautement féministe? Mettre amoureusement les économies de côté de femmes tellement éprises d'amour qu'elle n'arrête plus de le faire du matin au soir avec tout le monde, n'est ce pas hautement altruiste? Elles font l'amour tout le temps, ces nymphes éprises d'étreintes ininterrompues, alors, qui va s'occuper des basses contingences, paperasses et gestion de l'argent, hein?
Il faut bien que quelqu'UN le fasse !
Bref, dans ce paradis terrestre, le proxénète et le client sont des parfaits serviteurs de ces reines de l'amour que sont les prostituées et de quoi se plaint-on?

Je reviens donc bredouille de photos et vous reparle plutôt de la Diane de Jean Goujon qui a craqué pour le voyeur Actéon. Elle ne lui en veut plus de l'avoir surprise au bain, au contraire. Elle l'a transformé en cerf, certes, mais elle ne l'a plus fait dévorer par ses chiens. Elle lui témoigne maintenant sa tendresse, passe son bras autour de son cou. Car l'homme transformé en bête, c'est tellement érotique. Et les toutous dociles remuent bravement la queue. C'est le règne de la sensualité animale et femelle.
Tiens, il paraît que ce groupe est le premier grand nu de la sculpture francaise. On commence comme ça...

D'ailleurs des reproductions de ce groupe n'ornent-elles pas traditionnellement quelques hôtels de passe par ci par là ?

* j'ai demandé au compagnon habituel de mes safaris photos s'il voulait m'accompagner, mais quand je lui ai indiqué le lieu qui m'intéressait, il a curieusement répondu d'un ton qui n'admettait pas de réplique : "sans moi". J'ai trouvé étrange que la noblesse de ce lieu l'attirât si peu ! Qu'est ce qui peut bien le rebuter tant ? C'est incompréhensible ! Il n'a pas lu Elisabeth Badinter et Virginie Despentes, ça doit être pour ça !

lundi 18 avril 2011

Artémis n'est plus ce qu'elle était

Pour les grecs, Artémis était la déesse de la chasse, la maîtresse de la nature sauvage et des animaux.
Ses attributs étaient la biche l'arc, le carquois, les flèches. On la surnommait "l'archère".
Elle s'engageait parfois dans des conflits humains comme la guerre de Troie où elle utilisait ses talents au tir à l'arc contre les grecs.
Elle ne voulait pas d'homme dans sa vie. Quand Actéon la surprit par hasard dans son bain, elle le métamorphosa en cerf et le fit tuer par ses chiens.

Sur cette figure rouge sur fond noir, Artémis qui porte un vêtement couvrant, bande son arc, prête à tirer sa flèche.

Les latins adoptèrent l'Artémis grecque dont ils firent leur Diane, une déesse qui avait également pour domaine les forêts, les clairières et les sources et tous les lieux en marge de la sauvagerie et de la civilisation.

La Diane de cette sculpture porte une tunique courte qui souligne son corps et fait apparaître épaules et jambes. Elle n'est pas vraiment dangereuse. Elle porte la main à son carquois tout en caressant la tête d'un chevreuil.



Au XVIe siècle, Diane est associée à Diane de Poitiers, la maîtresse du roi Henri II pour lequel Jean Goujon réalisa cette sculpture.

Fini la déesse habillée et debout qui bande son arc et se tient à l'écart des hommes. Voici la Diane nue et couchée. Elle tient son arc mais où est donc le carquois et les flèches sans lesquels elle ne saurait se servir de l'arc ? La biche n'est plus un chevreuil mais un cerf. C'est plus viril.
c'est au XVIe siècle que se situe sans conteste le point de départ du déshabillage et de l'érotisation des femmes dans l'art.





Au XXIe siècle, Artémis n'est plus une déesse du tout. C'est un bordel d'Allemagne. Dans la pub ci-dessous, on ne voit qu'une voiture garée devant le bâtiment comme si un client avait eu la chance d'avoir toute la maison à sa seule disposition. Il faut dire qu'une photo avec plusieurs bagnoles garées devant un lupanar a quelque chose de très répugnant...
En Allemagne, les femmes qui sont dans ce genre de maison, sont bien entendu comme partout où la prostitution n'est pas institutionalisée, des filles pour la plupart issues d'un trafic en provenance de l'est. Elles n'ont pas de papiers. On les a attirées dans ce genre d'établissement par des annonces bourrées d'euphémismes. Lorsque le "patron" (qui n'est plus qualifié de proxénète en raison de la très stupide et criminelle légalisation) veut s'en débarasser, il dénonce la situation de sans-papier de ces femmes et la police les embarque.
La différence avec les pays qui n'ont pas légalisé la prostitution c'est que la police a les mains liées et ne peut plus arrêter quiconque sous l'inculpation de proxénétisme.

Les sé(r)vices de ces femmes sont vendus au rabais parce que les "boîtes" sont en concurrence.

Les riverains qui ne veulent pas avoir ce genre de commerce à proximité de chez eux sont obligés d'entrer dans la résistante parce que les municipalités qui ne pensent qu'à l'argent donnent presque systématiquement leur aval.
Je ne vais pas rédiger une thèse sur la question mais il ne faut quand même pas être grand clerc pour comprendre que ce commerce est une abomination.
Comme le thème fait débat sur d'autres blogs, voici mon point de vue : se déclarer opposé à l'abolition de la prostitution et à la pénalisation des clients, c'est devenir proxénète passif, esclavagiste passif, exploiteur/se et opprimeur/se passif/ve de femmes en grande détresse psychologique.
Pour moi, il n'y a pas de position intermédiaire. Qui défend la prostitution, est soi-même prostitueur/se passif/ve. Donc criminel.le.
Car la prostitution est un crime contre l'humanité.

J'accuse d'ailleurs en passsant les prétendues féministes, olympe et crêpe qui militent toutes deux pour les bordels à l'allemande et s'acoquinent avec les plus vils machos du net sous prétexte qu'ils sont bien placés dans le top wikio sans que cela leur pose le moindre cas de conscience (ils seraient proxénètes dans le privé que cela ne les dérangerait pas le moins du monde), d'utiliser le féminisme pour leurs seuls intérêts personnels : l'égalité des salaires et la parité. J'accuse ces femmes de se servir des aspirations à la fin de l'oppression machiste d'autres femmes pour s'en faire un public de faire-valoir.
Militer pour l'extension à la France des bordels à l'allemande c'est être gynocrate, manipulatrice et avide de pouvoir (sur les hommes comme sur les femmes). Que l'idée soit estampillée "Virginie Despentes" ou "Badinter" ne blanchit en rien celleux qui la reprennent, loin de là.

(Au contraire cela prouve que le pseudoféminisme conduit bel et bien au pouvoir)

20.4.2011, 15.48 h. et scoop de dernière minute : olympe décide de ne plus afficher le terme "féministe" sur son blog parce qu'elle ne veut pas être amalgamée avec "des personnes" qui la traite de proxénète. DES personnes, dit-elle. Il n'y a qu'une personne qui dit considérer que celleux qui sont antiabolitionistes sont des proxénètes passifs/ives, c'est MOI. Or je n'affiche pas le nom de féministe sur mon blog, donc il n'y pas d'amalgame du tout mais comme il faut bien désigner un(e) coupable...ainsi par ma faute de vilaine méchante voilà une grande féministe obligée de prendre injustement le maquis. J'ai les larmes aux yeux.