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mardi 24 juillet 2018

Proserpine (actualisée)

Pour revenir à mes anciennes amours : les contes, les mythes et les rites pré-patriarcaux, je publie un extrait de "Pierre Nozière", 1885, d'Anatole France*, tiré d'un chapitre consacré à la ville de Vernon et à sainte Noflette morte au 1er siècle (en 638) :

"[En ce temps-là] ... des tableaux votifs étaient suspendus avec des images aux branches des chênes sacrés. Les humbles dieux des paysans ne s'étaient pas tous enfuis devant le signe de croix et l'eau bénite. (...).
Il fallut beaucoup d'exorcismes pour chasser ces menues divinités. Il subsiste encore aujourd'hui, aux environs de Vernon, quelques vestiges des cérémonies paiennes. La veille du dimanche des brandons, les habitants des campagnes se rendent le soir dans les champs et se promènent sous les arbres avec des falots en chantant quelque vieille invocation. Fidèles sans le savoir à Cérès, leur mère, ces bonnes gens reproduisent ainsi d'antiques mystères et figurent d'une manière encore reconnaissable la déesse qui cherchait sa fille Proserpine à la lueur des feux de l'Etna. Je rapporte les faits sur la foi de M. Adolphe Meyer, le savant historien de la ville de Vernon".

Dans la représentation du Blanche-Neige et les sept nains" de Walt Disney, Cérès est une affreuse belle-mère (la "véritable" mère étant morte... exécutée par la patriarchy ?), femme stérile (il ne faut pas stigmatiser la maternité, quand même !) transformée par elle-même et par magie en la plus hideuse des vieilles et qui cherche sa BELLE-fille Proserpine pour la supprimer (justement parce qu'elle est belle, la valeur humaine des femmes se réduisant désormais à leur beauté donc à leur jeunesse).
                                            (traduction : "prends une bite")

N'est-ce pas l'allégorie de la patriarchy cherchant à supprimer le printemps ?
La patriarchy  sous les traits d'une femme qui empoisonne les pommes et veut mettre fin aux cycles naturels parce qu'ils ne se soumettent pas à sa domination ?
La père-version du mythe de Cérès et Proserpine fait des femmes entre elles, des ennemies mortelles et des hommes, les gardes du corps féminin fécondable. Un chasseur, sept nains, un prince, neuf mecs pour soustraire une jeune fille à une domination féminine. Ok, la fille qui veut échapper au matriarcat doit faire la bonniche pour huit personnes et s'occuper de l'hygiène de mâles pourtant adultes mais n'est-ce pas là son rôle "naturel", poils aux aisselles ?
Et c'est la femme pas jeune que l'on fait passer pour la cannibale de service, mangeuse de coeur humain (alors que dans la mythologie grecque c'est le vieillard Saturne qui dévore son fils). De plus, telle l'industriel Monsanto, elle va jusqu'à empoisonner les pommes.
Le patriarcat invente la mère qui cherche sa fille non parce qu'elle veut la ramener de l'empire des morts où UN HOMME l'a emportée mais parce que c'est elle qui veut sa mort. Ainsi l'homme camoufle le meurtre que lui même a accompli.
Diffamation des femmes.
Le père-vers s'est fabriqué une fausse coupable.
L'enlèvement de Proserpine par Vulcain, divinité souterraine masculine, et représentation du Vieil Hiver, est rayé de la narration. Vulcain est éclaté en sept inoffensifs petits vieux réduits à de gentils hébergeurs d'une adolescente en fuite pour cause de problèmes familiaux générés par la seule mère illégitime "affreusement" dominatrice (une sorcière, quoi).


Mais l'empire industriel Disney est récent. On apprend par Anatole France, qu'avant les deux guerres mondiales qui ont décimé à 90% et intentionnellement la paysannerie pour consolider l'installation de la première industrialisation, il subsistait un culte à Cérès ! Le massacre de la paysannerie l'aura plus efficacement éradiqué que l'Église.
D'ailleurs d'Anatole France nous tenons cette citation : "on croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels" dont l'industriel Disney qui assurait la propagande guerrière.
Pendant toute la durée de la 2e GM, la fabrique Disney a produit plus de 68 heures de films.
Le père-vers qui domina le siècle des guerres mondiales adorait, tiens donc, le "Blanche-Neige" de Disney. Mais Blanche-Neige, là, elle commence à en avoir vraiment par-dessus le ruban à noeud-noeud.
Actualisation du 25.7.18 : j'ai appris hier la mort d'Oksana Chatchko, co-fondatrice de Femen et pour moi la meilleure de ce mouvement hétéroclite.
Cela me rendait heureuse de savoir qu'elle existait et sa mort m'émeut terriblement. Cette disparition plus que soudaine représente une perte énorme pour le féminisme.


Oksana était comme le retour du printemps. La divine, divinité, déesse Oksana Chatchko a été comme Proserpine enlevée par le machisme et conduite dans le royaume des mortes d'où elle ne reviendra jamais, comme disparaît le printemps tué par l'industrie et les industriels.

Rest in Power.

*À propos d'Anatole France, je précise que je ne le considère pas du tout comme un auteur pro-féministe, bien au contraire. Il est misogyne, infatué et bigot. Mais les plus grands phallocrates peuvent laisser entrevoir sans le faire exprès dans leurs écrits ce monde qu'ils ont détruit, la manière dont ils l'ont détruit et à quoi il ressemblait AVANT. 
Comme par nostalgie.
 


dimanche 16 août 2015

Tôt ou tard, toute femme indépendante se fait traiter de sorcière

   En guise de petit interlude à la série des artistes allemandes des années 80 : mes aventures dans le Harz.

   J'ai passé quelques jours de vacances dans le Harz (qui n'a rien à voir avec les réformes dites Hartz), ce qui m'a donné envie de faire une note de blog sur cet intéressant endroit.
Le Harz est un massif hercynien (c'est-à-dire très très très ancien) assez étendu qui se situe dans le centre-nord de l'Allemagne (en même temps c'est seulement la petite tache à droite marquée HM de la Rhenohercynian Zone).


   Dès le 10e siècle, des mines d'argent y ont "fleuri" et pour satisfaire aux besoins en énergie (hydraulique) de cette activité extractrice très rentable (minerai d'argent vendu jusqu'au Proche-Orient), y ont été aménagées, autour du 16e siècle, des chaînes d'étangs séparées par des digues et entourées de fossés, le tout en terrasses plus ou moins régulières communiquant entre elles.


 
Le paysage produit par ces modifications humaines est aujourd'hui inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO et décrété réserve naturelle.
   Les plantes des marais, les oiseaux aquatiques, batraciens, etc... y abondent, cotoyant la végétation de moyenne montagne : épilobes, myrtilles, digitales et, bien entendu, épicéas. 
 



  Le Harz est une forêt d'origine préhistorique qui a certainement été le théâtre de cultes païens avant sa proto-industrialisation. Cet exploitation de l'argent coïncide, nullement par hasard, avec l'extension du christianisme, ce culte peu respectueux de la nature et plutôt fâcheusement (hyper)matérialiste. Après l'épuisement du minerai (au 19e siècle) et deux guerres mondiales, cette forêt hercynienne s'est vue soudain coupée en deux par le rideau de fer. Pendant quarante-cinq ans, le Brocken, qui en est le point culminant, a été interdit d'accès et confisqué par l'armée au moyen d'une affreuse station est-allemande de surveillance plantée en plein dessus. Celle-ci est aujourd'hui reconvertie en... hôtel. À côté, un émetteur de radio et de télévision également très moche est installé là depuis les années 30.

Pourquoi le Harz et en particulier le Brocken sont-ils si intéressants ?

D'accord il y a le fameux spectre du Brocken qui mérite d'être signalé, un phénomène qui, paraît-il, a été également observé par Goethe mais, surtout, ce sommet est le fameux lieu dit du rendez-vous des sorcières lors de la nuit de Walpurgis.

Il est inutile de dire que tous les villages au pied de ce mont sont ornés de sorcières, soient en relief sur les façades des maisons, soient en sculptures dans les jardins, en autocollants sur les voitures, survolant (attaché par un fil) les réceptions des hôtels ou campings, etc... Tout est à la sauce sorcière, exemple : les petits pains sorciers de la boulangerie, le chemin de randonnée "la montée des sorcières" avec sa silhouette de sorcière sur un balai, la mode, etc.


     
   On a nommé au 16e siècle sorcières des femmes probablement soucieuses de se retrouver en cachette pour échanger des savoirs devenues interdits ou confisqués par l'Église pour éradiquer toute forme d'opposition à son pouvoir. Des savoirs (et non des dogmes) liés, entre autres, aux plantes.
Aujourd'hui l'Église s'appelle Ultralibéralisme et les sorcières, amoureuses de la nature mais le principe est à peu près le même.
On peut aussi supposer que du point de vue non-chrétien des formations aussi anciennes que le Harz, si l'on se donne la peine de préserver leur authenticité, possèdent un pouvoir régénérant (?) indispensable à la vie que l'on ne saurait trouver ni dans le béton ni dans le bitume.
 
   Il est d'ailleurs intéressant de constater que ce massif provient de la même formation géologique que les Appalaches, le massif Central et le massif Armoricain, entre autres. Une faille traversant le Finistère se prolonge jusqu'à l'extrême sud du Harz. Or ces régions sont réputées pour leurs légendes de fées et de sorcières, en particulier, la Bretagne et le Harz.
Mais que trouve t-on au sommet du Brocken à part un entassement rocheux avec plaque indiquant l'altitude du mont ? Un mémorial à l'effigie du poète allemand Heinrich Heine. Faudrait pas rater l'occasion de parler mâle et il faut vraiment maintenir leur souvenir partout et tout le temps tandis qu'il est important d'oublier les femmes.

  Sinon l'écrivaine Ricarda Huch a écrit un joli texte sur le Harz que l'on trouve dans le livre de Florence Hervé sur les écrivaines et la montagne. Des extraits tirées d'oeuvres féminines, entre autres de George Sand, y sont rassemblées. Mais bien que l'autrice soit française le livre n'existe qu'en allemand. Ben oui, on n'y parle pas mâle alors ça vaut pas.

   D'ailleurs, il n'y a même pas de Wikipédia en français sur Florence Hervé, apparemment féministe, qui a aussi écrit sur Flora Tristan, Marie de Gournay, etc.. et est lauréate du prix des femmes Klara-Zetkin 2011.

   Sinon encore, mais qui donc l'eut cru ? le fléau du Harz est masculin.
Des abrutis n'ont rien trouvé de plus intelligent que de rendre l'étang le plus proche invivable aux mamans grèbes huppées à la recherche de nourriture pour leurs petits, ainsi qu'aux familles de foulques et à quelques paisibles poissons... avant que nous nous en mêlions, ma collègue aventurière et moi. L'occupation vacancière préférée de ces cerveaux plats consistant à faire du slalom assis sur une chaise au moyen d'une télécommande et d'un hors-bord miniature épouvantablement sonore, de temps en temps, l'un d'eux, un peu moins sac à patates que les autres, se déplace en kayak pour disposer des bouées-obstacles à contourner à distance par le télécommandeur affalé dont c'est le tour.
   Après que nous autres, vilaines païennes/sorcières, ayons réussi à faire décamper ce gang monosexué avec un peu l'aide (malheureusement) d'une autorité également masculine (ah lala, j'vous jure), un autre fléau est venu immédiatement combler ce que cette engeance considère, j'en suis sûre, comme du vide. Un pêcheur, ce grand sportif assis, lui aussi, avec ces nombreuses cannes à pêche électroniques qui bipent le moindre pet de poisson a aussitôt pris la place. Presque plus la moindre rive idyllique sans l'un de ces insupportables parasites guettant le moment de prouver sa capacité de prédation. Et ce ne sont même pas des retraités priés par bobonne de cultiver leur flemme au dehors, non, ce sont de très jeunes trou.ucs !
Une activité mascudestrutrice qui se pratique dès le plus jeune âge. Et, pour cela, ils n'ont pas besoin de bave de crapaud. D'ailleurs les mines d'argent du Harz ont également très pollué le lieu avant sa réhabilitation. On ferait donc mieux de jeter l'anathème sur les exploitateurs de minerais et les amateurs de vacarme à coup de joujoux électroniques stupides dont les pêcheurs ne sont qu'un élément parmi d'autres, plutôt que sur les prétendues sorcières. Sorcières dont on ne sait que dire sauf qu'elles se reconnaîtraient soit disant à leur nez crochu, leur bosse, leurs verrues et leur balai volant. Ces détails ne polluent pas et ne font pas de bruit pourtant !
L'activité des mâles à oeil éteint est réellement nuisible mais bien entendu motivée par ce besoin maladif et lamentable de déterminer une bonne fois pour toute qui a la plus grosse...
prise.
 
Et rares sont les sorcières (comme, entre autres : moi) pour les faire déguerpir. À l'heure qu'il est, ils sont encore en train de confisquer les plus jolies plages paludéennes et nous ont déjà oubliées. De plus, il y aurait une plante dans le coin qui éloignerait les sorcières, dit-on, mais, bizarrement, pas les couillosaures. Il s'agit de l'achillée sternutatoire (= qui fait éternuer). Ce qui prouve que la sorcière est une créature sensible, elle, au moins !


   Et, ça alors, tiens, tiens, tiens, cette fleur des marais serait aussi l'une de celles que l'on bénit  le jour de l'Assomption de Marie ! Dans ce lien, il y a la prière en latin qui va avec. Ici, le rite est mentionné au 5e paragraphe. Il y est dit que la tradition est plus répandue en Allemagne et en Belgique qu'en France (où l'on préfère bénir un objet fabriqué par le zôme (-> le bateau)).

Mais n'est-ce pas un peu un rituel de sorcière que de rendre un tel hommage aux plantes ? 

Cela dit, on rencontre également l'herbe aux sorcières dans le même coin où nuisent les tourmenteurs de poissons.  Elle porte encore le joli nom de Circée de Paris. Nous l'avons rencontrée à plusieurs reprises au cours de nos excursions car c'est encore une plante qui aime les zones humides. Les zones humides sont les lieux de prédilection des sorcières qui, comme on sait, aiment les serpents, les crapauds et les salamandres. Et si ce nom était une déformation de sourcières, découvreuses de sources ? Toujours est-il que le Harz leur est clairement dédié.






  À part ça, j'ai trouvé cette citation de l'écrivain gallois Ken Follett "Tôt ou tard, toute femme indépendante se fait traiter de sorcière"...  

 et c'est un homme qui le dit.


                                         (Emmanuelle Béart dans "Manon des Sources")



jeudi 25 juillet 2013

Égalité femmes/hommes = inégalité et grosse injustice envers les hommes

Voici une belles collection d'affiches d'époque contre le vote des femmes.
Les idées masculinistes complètement crétines (pléonasme) n'ont pas bougé d'un iota depuis les années 1910.

Top: A little boy reprimands a young suffragist for ignoring her dolls in this U.S.-made card marked "BS." Above: In 1909, the Dunston-Weiler Lithograph Company of New York issued possibly the most beautiful set of 12 anti-suffrage cards ever. Palczewski, Catherine H. Postcard Archive. University of Northern Iowa. Cedar Falls, IA.

Starting in 1909, imprisoned Suffragettes going on hunger strikes were often force-fed by their jailers, a form of torture that made them ill. Some even died from it. Copyright June Purvis.

A woman dominates her husband in this Bamforth postcard. Palczewski, Catherine H. Postcard Archive. University of Northern Iowa. Cedar Falls, IA.

The women here are smoking, playing poker, and eating chocolate while the man cleans and tends to the baby. Palczewski, Catherine H. Postcard Archive. University of Northern Iowa. Cedar Falls, IA.
In anti-suffrage postcards, babies were usually crying for their absent mothers, or the women were depicted as whining babies. Palczewski, Catherine H. Postcard Archive. University of Northern Iowa. Cedar Falls, IA. 
The "Suffragette Madonna" was a popular theme in anti-suffrage postcards. Palczewski, Catherine H. Postcard Archive. University of Northern Iowa. Cedar Falls, IA.

Images piochées ici

ajout du 26 : hier, 25 juillet, google a célébré le 93e anniversaire de la naissance de Rosalind Franklin, découvreuse de l'ADN!

lundi 14 janvier 2013

Ding Dong The Witch is Dead

Tandis que Miss B., 4 ans et 3/4 est en train de transformer avec des feutres et des crayons de couleurs des garçons en filles sur une page d'exercices des cahiers de la collection "chouette entraînement, maternelle, moyenne section" (ce sont des cahiers d'exercices édités par Hatier dans lequel il y a plus de garçons que de filles, surtout dans des situations actives, et comme j'ai modifié certains de ces dessins trop phallocentrés à mon goût, il a pris à mademoiselle renardelle un grand désir de m'imiter), tout en se livrant, donc, à cette activité hautement féministe (et aussi mathématique parce qu'elle compte les filles et les garçons pour voir s'ils sont en nombre égal avant de redessiner leurs attributs et du coup elle apprend à la fois à compter et à dessiner ! Si c'est pas de la pédagogie, ça !), elle chante joyeusement : "Ding dong the witch is dead, the witch is dead, the witch is dead, ding dong, the witch is dead (etc)". Je me dis dans un premier temps que cette petite futée qui parle déjà deux langues est en train de s'en approprier, en douce, une troisième, avant de prêter attention aux paroles de la chanson : "la sorcière est morte, la sorcière est morte, la sorcière est morte..." (pfff c'est dur le boulot de féministe :( ) Je lui demande, alors, où elle a entendu cela et elle me répond que c'est une chanson du Magicien d'Oz.
Ah oui, en effet. Je ne m'en souvenais pas du tout.

Je sais que les sorcières la travaillent, lui font peur, elle ne sait pas si elles existent vraiment, qui elles sont et quel rôle elles vont jouer dans sa vie. Elle sait seulement que tous les livres, les films, les spectacles en parlent, que l'on se déguise en sorcières à l'époque d'Halloween, qu'elles sont partout dans son monde et qu'une chanson qui se réjouit de la mort de l'une d'entre elles apaise ses angoisses vis-à-vis de cette figure anxiogène.

Les sorcières sont omniprésentes.

Dans toute la culture POUR ENFANTS.
Wicked Witch Wizard of Oz Bookmark
Pourquoi continuons-nous d'apprendre à nos enfants des quantités d'histoires où interviennent des sorcières, alors que nous savons très bien ce qu'il en est de ce mythe et de qui en a fait les frais par le passé ?
En Allemagne, rares sont les gens qui continuent encore à jouer à ce jeu raciste : "Qui a peur de l'homme noir ?" (un ancien jeu d'attrape allemand), mis à part les simples d'esprit que ne voient pas ce que cette phrase a de raciste envers les gens dits "de couleur".

Mais par contre pour les sorcières, pas de problème. Il faudrait beau voir que l'on se passe de contes où elles interviennent !

Je n'ai rien dit à miss B. Je ne peux pas prendre tous les livres de contes du monde et transformer les méchantes sorcières en méchants sorciers (apprentis-sorciers (scientifiques), sorciers qui veulent assassiner des jeunes vierges parce qu'elles sont trop belles (violeurs, prostitueurs), sorciers qui veulent manger des enfants (prêtres pédophiles), sorciers hystériques, jaloux et avides de pouvoir (boursicoteurs), sorciers qui se transforment en dragon (présidents va-t-en-guerre), sorciers empoisonneurs (technocrates des firmes Monsanto, Areva, ...). Je ne peux pas TOUS les redessiner.

Quoique.....

Ceci se passait donc le dimanche. Le lundi, je suis retournée travailler, et là, à propos d'Irlande et d'un certain "Rock of Cashel" dont je ne savais rien, mais sur lequel il fallait que j'écrive quelque chose, je sursautai en lisant ceci sur Wikipédia car cela faisait étonnement écho à mon billet précédent :

"Au Rock de Cashel, lors d'un sermon demeuré célèbre, Maewyn Succat, dit saint Patrick, montra une feuille de trèfle : "Voila la figure de la Trinité sainte». Les figures de triades étaient familières à la religion celtique : le trèfle deviendra ainsi le symbole de l'Irlande. La légende raconte que c'est à ce moment-là que furent chassés tous les serpents du pays, action qui symbolise la conversion du peuple irlandais".


Apparemment ces histoires de serpents que l'on retrouve d'un bout à l'autre du monde occidental et même oriental se rapportent toutes au même culte antérieur au christianisme et qui pourrait bien être celui d'Isis puisque le serpent est l'attribut de la déesse Isis. D'après Hypathie qui a lu le livre de Florence Quentin "Isis l'Éternelle", le culte de cette déesse originaire d'Egypte, a voyagé en suivant les voies commerciales et maritimes, a conquis Alexandrie, Rome, puis l'Europe et l'Afrique du Nord.
L'Europe, donc l'Irlande.

Voilà pour mes aventures passionnantes de ces deux derniers jours.

Ah non, j'ai oublié l'épisode "Hannah Arendt" de ce soir, où le film a été interrompu au bout d'1/4 d'heure et où les gens ont été priés de quitter la salle parce  que le son était dédoublé et qu'apparemment le/la technicien.ne n'a pas pu réparer la panne.
L'Allemagne n'est plus ce qu'elle était, question technique !
Bref, je n'ai toujours pas vu le film !!!!
 

jeudi 27 décembre 2012

Anne d’Étampes, la Méchante (actualisé)

Cette femme a régné sur la France dans les années 30 et 40 du 16e siècle. Et quand je dis "régné", c'est bien de commander que je parle. Elle est pourtant totalement inconnue du grand public. Elle n'était pas simplement influente comme Mme de Maintenon le fut sous le règne de Louis XIV, c'est elle qui prenait les décisions politiques les plus importantes.
Mais on n'aime guère reconnaître que "le grand François 1er" a laissé le pouvoir absolu à l'une de ses favorites. J'ai déjà parlé d'elle ici à propos de la querelle entre les pro-prostitution et les abolitionnistes du web en notant le fait que le très machiste Benvenuto Cellini qui ne supportait pas de devoir faire la cour à une "courtisane" l'a tout bonnement traitée de "putain" dans son autobiographie.

Des livres parlent d'elle mais sans jamais l'honorer pour ses qualités politiques. Et pourtant, très liée avec Marguerite de Navarre, elle a maintenu le statu quo entre catholiques et protestants en France, protégé des lettrés poursuivis pour leurs idées et modéré les velléités massacreuses du connétable de Montmorency, ce qui n'est déjà pas rien.
René Brantonne: Anne d'Etampes (illustration de couverture, vers 1955)
 Mais voilà, entre autres, ce que l'on a pu publier sur cette femme hissée près du trône par le lit puisqu'il n'y avait pas le moindre autre moyen (je cherche mais en vain, comment elle aurait pu avoir une quelconque influence sur les affaires publiques autrement, n'étant pas de la famille royale) se retrouve dans une série intitulée "La vie galante de" dans laquelle on trouve encore, je cite : "Éléonore de Guyenne, la reine impure" (= Aliénor d'Aquitaine), "Olympe Mancini et ses soeurs", "Pauline Borghese, vénus impériale" (=Pauline Bonaparte), "Isabeau de Bavière, souveraine perverse" (= épouse de Charles VI dit "Le Fol"), "La Montbazon, duchesse et courtisane", entre autres. On y mélange reines, courtisanes à scandale, grandes diplomates et simples coquettes sans cervelle sous la même bannière : "l'érotisme".

Résumé du livre sur Anne d'Étampes : "A travers les siècles la Duchesse d’Étampes, favorite de François Ier, est l’une de ces femmes dont le destin a suscité non seulement l’intérêt des historiens mais encore des rêveries en tous genres: récits, poèmes, réflexions philosophiques, historiques ou satiriques, illustrations, gravures, huiles romantiques, images publicitaires, cartes postales: et voici même une illustration de couverture donnée par René Brantonne à un roman historico-érotique des années 50, La vie galante d’Anne d’Étampes la Méchante" (source).

Si elle a, je cite : suscité non seulement l’intérêt des historiens c'est quand même pour avoir tenu le royaume en main pendant pas loin de 20 années ! Bien obligé de s'y intéresser un peu, non ? 

 
Mais qui était réellement Anne d'Étampes ? Fille de Guillaume de Pisseleu et d’Anne de Sanguin, Anne d’Heilly de Pisseleu née vers 1508, en Picardie d'une famille de vieille noblesse mais fort pauvre est l'une des trente enfants issus de trois mariages différents contractés par son père. Elle reçoit néanmoins une éducation soignée. En 1526, alors que la cour est à Bayonne, elle est présentée au roi par la reine-mère, Louise de Savoie, qui souhaite éloigner son fils de sa maîtresse du moment : Françoise de Foix, comtesse de Châteaubriant, trop influente à son goût. Anne de Pisseleu a 18 ans. Elle est aussi belle que cultivée. Le roi est tout de suite conquis par la jeune fille du fait de sa beauté alliée à sa grande culture, ainsi que la passion des arts, qu’ils ont en commun. Mais Anne résiste au roi, coureur de jupons réputé, afin qu’il soit vraiment épris d’elle. Bientôt la cohabitation devient impossible entre la jeune femme de 18 ans et la favorite en titre âgée de 31 ans. Françoise de Châteaubriant va lutter pour garder sa place de 1re favorite et la cour s’amuse de la querelle entre les deux femmes qui s'échangent tous les noms d'oiseaux possibles. Mais François 1er dégrade la comtesse de Châteaubriant comme 2e favorite. Celle-ci humiliée se retire de la cour. François Ier comble alors de cadeaux, présents, terres, châteaux sa nouvelle maîtresse et donne d’importantes charges aux membres de sa famille. En 1533, François Ier marie Anne d'Heilly à Jean de La Brosse, seigneur d’Étampes, de grande famille mais fort-ruiné. Il donne au mari de l’argent, l’ordre de rester sur ses terres et érige le comté d’Étampes en duché. Ainsi Anne de Pisseleu devient-elle duchesse d’Étampes, favorite en titre. Elle ne tarde pas à régner à la cour en pouvoir absolu. Il faut dire que François Ier s'est beaucoup appuyé sur les femmes en général, à commencer par sa mère, Louise de Savoie, sans laquelle il ne serait pas devenu roi. Sachant Anne d'Étampes fidèle à la maison d'Angoulême (la famille de François Ier) puisqu'elle doit sa position à Louise de Savoie, on comprend qu'il la regarde comme un prolongement de cette mère qui a beaucoup fait pour le royaume et a gouverné à plusieurs reprises (en 1515 et en 1525/1526). D'ailleurs, il lui confie la gouvernance des ses deux filles Madeleine et Marguerite.
Anne compte néanmoins une autre rivale : Diane de Poitiers, maîtresse du dauphin Henri qui a également une certaine influence sur la gouvernance du pays. Anne et Diane se combattent en secret. Elles ont chacune des appuis à la cour : Diane, catholique convaincue, est soutenue par les Guise et Anne par les protestants. 
Si François Ier ne lui restera pas fidèle, Anne le trompera aussi. On dit qu'elle fut traîtresse envers la France car elle aurait livré à l’empereur Charles Quint des secrets d’État pour s’assurer d’un avenir. Ce n'est pas impossible puisqu'elle avait encore bien des années devant elle et le roi était d'au moins 12 ans son aîné. Il lui fallait donc se poser la question de ce qui allait advenir d'elle à la mort du roi ou quand il la remplacerait par une plus jeune qu'elle. Mais elle n'eut pas de chance dans ses intrigues et ce qu'elle projetait ne réussit pas. Elle n'aurait d'ailleurs commis aucun dommage blâmable et la période où "régna" Anne d'Étampes resta plutôt une période de faste pour la France + relativement pacifique. Dans les faits, elle encouragea pas mal le roi à la tolérance religieuse, ce qui n'empêche pas certains  historiens de l'avoir rendue responsable des guerres de religion !
De plus, elle fit disgrâcier le connétable de Montmorency, une très bonne chose pour la France car c'était un piètre politicien pour ne pas dire pire.
Après la mort de François 1er, elle fut donc, comme elle le craignit, chassée par Diane de Poitiers, la favorite en titre du nouveau roi. Son duché d’Étampes lui fut confisqué mais elle le reprit plus tard après la mort d’Henri II et de Diane de Poitiers. Convertie au protestantisme, elle mènera une vie de plus en plus recluse. Oubliée de tou.te.s, elle mourra en 1580, à l’âge de 72 ans. Elle n'aura jamais d'enfant.



  • On trouve également une Anne d'Étampes affreusement intrigante dans le roman d'Alexandre Dumas "Ascanio", oeuvre inspirée de l'autobiographie du grand machiste Benvenuto Cellini. Du moins, Dumas fait dénoncer par la bouche de la duchesse la manière dont on prostitue d'innocentes jeunes filles de la noblesse au roi pour obtenir des faveurs à la cour.


  • Ici, un relativement bon article que je trouve assez objectif décrit le caractère et le rôle d'Anne d'Étampes dans la France des années 1530/40. Elle n'y est pas estampillée "méchante" et sa fameuse "trahison" y est expliquée de manière à plutôt la réhabiliter.

     
  • Par contre dans cet article du Parisien.fr, elle est non seulement qualifiée de méchante mais comparée à la sorcière du conte de Blanche-Neige. François 1er est décrit par défaut comme sa victime. 

Ah et encore un détail : elle était blonde aux yeux bleus et n'avait donc pas grand chose à voir avec la Gina Lollobrigida de pacotille du haut de cette page....

Ajout du 27 décembre 2012 : que penser de François Ier Hollande qui nous a vendu le comportement de Valérie Trierweiler envers Ségolène Royal via la presse tantôt comme une paix des dames à l'envers,

 tantôt comme un combat de favorites à l'instar de Françoise de Foix vs Anne d'Étampes puis la même contre Diane de Poitiers ?
jalousie200
Est-on encore au temps ou l'accès à la politique se faisait par le mariage ou par le concubinage comme le prétend un certain Salviac ? Sommes-nous toujours au 16e siècle où les femmes n'étaient jamais que des courtisanes plus ou moins légitimes ? Il y a un excellent article d'antisexisme sur le statut de la femme de droite qui fait beaucoup réfléchir à ce passé qui ne l'est toujours pas. Encore une fois Andrea Dworkin a vu juste sur la situation caduque des femmes qui se perpétue avec la même constance de génération en génération.

Dans cet extrait du film ou l'actrice américaine Lana Turner est Diane de Poitiers, nous sommes déjà sous Henri II. Anne d'Étampes a été écartée de la cour, c'est désormais avec Catherine de Médicis, la femme légitime que la grande favorite du nouveau roi est tenue de "rivaliser". Cette scène très kitsch nous ramène à l'idée de dangerosité de la femme, d'empoisonneuse, de tentatrice à coups de pomme, d'Eve, de Blanche-Neige, de Proserpine, à l'idée que l'homme est le seul objet du désir d'une femme et que la solidarité féminine si elle est possible doit également servir l'homme. Toujours les mêmes symboles, les mêmes clichés, les mêmes messages, juste empaquetés différemment. Où est donc la sortie de cet oppressant tunnel ? Allons-nous la trouver un jour ?

vendredi 14 septembre 2012

Le macho tel qu'il se voit

En direct de la blogosphère politique : Sur cette image nous distinguons un tout petit oiseau perdu à la merci d'un personnage proportionnellement immense, à la tête surdimensionnée et au corps grotesque qui le regarde avec des yeux (verts) de serpent hypnotiseur, les doigts maigres et écartés comme des serres prêt à le saisir (les prédateurs du petit oiseau étant le serpent et le rapace), la bouche édentée (comme celle d'une poule) est ouverte et exactement à la hauteur de sa victime. Ce personnage que l'on identifie à la fois comme humain à certains signes, dont le vêtement, et comme féminin au type de vêtement qu'il porte ainsi qu'à sa glabreté, a d'autre part des cheveux violets et désordonnés, symbole apparemment du mouvement féministe (d'ailleurs le vêtement combine lui-même rose, bleu et violet), et dont les militantes refuseraient d'aller chez le coiffeur/la coiffeuse.
Walt Disney a pensé à ce qu'il fallait et l'invention de ce personnage, on le verra, est utile au système.
Le petit oiseau, quant à lui, est jaune comme un poussin mais pas complètement pour ne pas être ridicule (il a plutôt la plume en bataille façon Gavroche, car, au fond, c'est un révolutionnaire), la tête humblement baissé, les yeux gentiment levés et les ailes écartés comme pour montrer qu'il est désarmé et prêt à la paix, et il est posé sur le bord d'une table, cela afin que le dramatique de sa situation soit plus apparent. Car que fait-on sur une table sinon manger à moins que l'on ne dissèque ?
Il s'y trouve des cartes à jouer symbolisant la cruauté du hasard et parmi les cartes retournées un quatre de pique indicateur de mauvaise compagnie en cartomancie. Autre élément menaçant : dans le fond de l'image apparaît une cheminée béante qui évoque la cuisson des aliments,certes, mais elle nous est présentée éteinte, froide et surtout noire comme une sortie bouchée.

Car l'oiseau n'a pas d'issu. Il est à la merci du monstre.

Pourquoi publie-je cette image ?

Il se trouve que depuis que j'ai rédigé mon billet proposant la création du terme "gynilité", je suis devenue par des biais détournés, la cible de certains blogs machos qui ont pour habitude de faire des billets goguenards sur les blogonistes qui leur déplaisent afin d'amuser leur public au moyen de blagues enfantines qui tiennent lieu d'analyses.

Le macho n'est donc psychiquement rien autre qu'un poussinet, à savoir un être volatile, immature et angoissé qui se sent seul à la merci d'une féminité hideuse et dévorante, qui plus est féministe.
La féministe est donc juste une sorte de mauvaise poule, une goule qui prend plaisir à persécuter son/un poussin (le macho étant incapable de voir la femme autrement que dans le rôle maternel avec lui-même dans le rôle du materné).
Ce serait assez ridicule si cette vision déformée du monde n'avait pas des conséquences désastreuses pour ledit monde.

Si vous avez le coeur à lire des platitudes puériles, je vous donne ici le lien du macho même si cela le booste sur la liste des top blog du web, ce concours auquel il est tant attaché (le macho étant un amoureux des concours "qui a la plus etc...").

Mais vous ne pourrez pas laisser de commentaires, la peur qui le domine l'ayant poussé à fermer l'accès de ses commentaires aux non-membres après que j'eûs laissé quelques remarques moqueuses qui ne l'ont pas fait rire. Ah non, tiens, il les a rouvert.

 Un autre blog de machos mais moins dominé par la peur et le manque d'assurance (machos assumés ?) puisque le blogoniste ne trie pas ses commentaires, avait précédemment clouer au pilori mon article sur la gynilité (mais sans le dire explicitement) afin que ses copains puissent se distraire en lançant sur ma personne les traditionnels tomates et oeufs pourris du moyen âge.
Pour finir il est bon de signaler qu'un blog politique non macho tenu par un homme existe (heureusement il n'est pas le seul), c'est celui des coulisses de Juan qui, du coup, est l'objet de nombreuses attaques et moqueries des piafs apeurés, et un autre blog qui subit ces mêmes attaques, c'est celui de Rosaelle qui a le toupet, étant femme, de ne pas faire du blog politique principalement ironique comme les autres blogueuses s'y astreignent sur le reste du web. Au lieu de cela, elle prétend s'indigner et ceci n'est autorisé aux blogueuses dans le domaine de la politique générale réservée aux hommes, comme nous le savons, que sous certaines conditions. Le faire à titre personnel ne faisant pas partie de ces dites conditions, bien évidemment.

lundi 25 juin 2012

Sibylle de Valois

J'ai longtemps cru qu'un.e personnage célèbre qui faisait l'objet d'un roman mais dont l'image n'apparaîtrait pas sur la couverture du livre dont le nom (ou le surnom) ferait oeuvre de titre, serait du moins remplacé.e par un objet lui ayant appartenu, un paysage qui lui fut familier, je ne sais pas moi, quelque chose qui ne dénaturerait en rien la personne pour laquelle l'auteur/trice aurait consacré une oeuvre tout entière.
Et bien je me trompais.
Lorsqu'il s'agit d'une femme, il n'est plus du tout indispensable de voir apparaître son visage sur la couverture du livre la concernant ni quoi que ce soit en rapport avec elle ! On peut sans problème aucun remplacer son visage par celui d'une autre femme. Cette autre femme n'a pas besoin d'être parente, ni contemporaine, ni même compatriote. La preuve : dans la librairie du château de Pau, je suis tombée sur ce livre...


"Mais c'est Sibylle de Clèves de Cranach ! me suis-je exclamée, que fait-elle sur cette couverture ?" La libraire a retourné le livre et lu la légende. Le personnage que je venais de citer y était bien indiqué. La dame ne fut pas moins surprise que moi et s'est mise à chercher désespérément une explication.
Sibylle de Clèves ferait une meilleure reine Margot que la reine Margot...euh...
Oui ce portrait tronqué d'une Sibylle aux cheveux défaits...très importants les cheveux défaits, plus importants que la réelle identité, dans le monde de l'Oréal....
 Il n'y a pourtant pas la moindre ombre de rapport entre Sybille de Clèves ou plus exactement la duchesse Sibylle von Jülich-Kleve-Berg (1512-1554), devenue électrice de Saxe par alliance, une grande chasseresse allemande, donc, du début du XVIe siècle, qui vous transperce un daim au galop d'un seul coup de lance et qui fut très heureuse en amour, la soeur d'Anne de Clèves et d'Amalia de Clèves dont j'ai déjà parlé ici et la pauvre Marguerite de Valois (1553-1615), juste une reine de France parmi les autres mais quand même sujet du livre "La reine Margot" d'Alexandre Dumas.
C'est que l'on s'en fiche, n'est-ce-pas ?
Quel tollé si à la place de la tête d'Henri IV, roi de France (1553-1610), on décorait un roman à lui consacré avec le portrait de l'électeur de Saxe, Jean-Frédéric le Magnanime ! Mais quand il s'agit de nous, les femmes, notre identité étant sans la moindre sorte d'importance (voir post précédent sur les noms et prénoms des peintresses), on ne va pas en faire un fromage, n'est-ce-pas ?

Ajout du 30.07 :  cliquez ici pour avoir la réponse à l'argumentation des éditions folio justifiant le choix de cette couverture.

mercredi 4 avril 2012

La princesse comme modèle de la féminité au profit de l'homme

Trouvée sur le blog " Je putréfie le patriarcat" sous la rubrique "Disney, l'apprentissage du sexisme", cette image sur les bêêêlles princesses des films de Disney qui ont alimenté notre imaginaire de petite fille (oh la belle robe rose ! Oh la belle robe bleue !) m'a donné envie d'en faire un billet.

1. Blanche-Neige : sa sexualité naissante représentante une menace pour une autre femme, elle est donc tuée. Son unique atout, sa beauté physique, est ce qui la sauve à la fin.

2. La Belle au Bois dormant : fiancée dès la naissance pour consolider une position politique, elle est tout de même tuée par une autre femme. Son propriétaire..hem...fiancé la sauve avec un baiser. Le sexe est donc son unique recours.

3. Jasmine (Aladin) : cette princesse doit être mariée parce que la loi le requiert. Sa répugnance pour le mariage cause à son puissant père toutes sortes de problèmes. Elle est réduite en esclavage par un autre homme puissant et ne doit son salut qu'à la ruse d'un vagabond.

4. Arielle (La petite Sirène) : Celle-ci change radicalement son apparence afin d'être plus attirante pour un homme. Le prix à payer : ne plus pouvoir parler. Pas de problème, elle n'a rien à dire de valable de toute façon. Elle est sauvée par un prince.

5. Belle (La Belle et la Bête) : Elle sauve la vie d'un prince avec son seul atout : sa sexualité.

6. Cendrillon : Elle est sauvée de terribles conditions de vie par un prince. Il ne le fait pas parce que ces qualités de travailleuse acharnée le séduit mais parce qu'elle est belle.


Conclusion : Mesdames soyez belles et taisez-vous, c'est tout ce que l'on attend de vous.


Ces contes sont anciens et d'inspirations diverses :

1. Blanche-Neige est une déformation de la légende de Proserpine. Elle ne doit manger aucun fruit en Enfer où elle est recluse, enlevée par Pluton, le Dieu des Enfers. Mais comme elle a mangé une grenade et donc de la nourriture des morts, elle doit rester en Enfers. Sur cette trame de base s'est greffé des histoires de second mariage et de jalousie de belle-mère à belle-fille, apparemment un problème récurent au XVIIIe siècle quand les frères Grimm ont écrit leurs contes.

2. La Belle au Bois dormant a pour origine un conte du XIVe siècle "Perceforest"
: Le vent Zéphyr, se présentant sous la forme d’un oiseau, propose à Troïlus de le transporter dans la tour où la belle Zellandine, victime d’un enchantement a été condamnée à se piquer d’une écharde la première fois qu’elle filerait, par Thémis qui n’avait pas trouvé comme ses consœurs fées de couteau sur la table du repas de naissance et se venge. Troïlus s’éprend de la jeune endormie et couche avec elle sans la réveiller.Toujours endormie, elle accouche neuf mois plus tard d’un nouveau-né, qui cherchant le sein de sa mère, tète son doigt. L’écharde sort et Zellandine revient à la vie.
L'histoire selon Disney et les frères Grimm pioche également dans celle de Brunehilde, personnage mythologique allemand :
(extrait) pour la punir de lui avoir désobéi, Odin maudit Brunehilde d'un sommeil magique et l'enferme dans un mur de flammes que seul un homme qui ne connaît pas la peur pourra traverser. Après avoir tué le dragon Fáfnir, le héros Sigurd goutte son sang et comprend alors par magie le langage des oiseaux, et il est conseillé par des mésanges de libérer la valkyrie Brunehilde. Il se rend au lieu de repos de celle ci et traverse le mur de flamme avant de réveiller la valkyrie. La valkyrie enseigne sagesses au héros, secrets et conseils, puis ceux-ci se quittent en se faisant serment de mariage.

3. Aladin et Jasmine : tiré des Mille et une Nuits, la version disneyenne est très éloigné du conte d'origine : Aladin qui parvient à maîtriser les pouvoirs d'une lampe magique devient assez riche et puissant pour obtenir la main de la fille du roi. Mais son méchant maître tente alors de récupérer la lampe, notamment en exploitant l'ignorance de la femme d'Aladin, qui cède la lampe pour des babioles. Aladin doit alors de nouveau faire preuve de ses capacités à récupérer ou conserver la lampe, et finalement triompher. Sa femme dont on ne connaît pas le nom joue un rôle négligeable dans l'histoire.

4. Arielle : Andersen a entièrement crée la conte de la Petite Sirène mais à l'origine
les sirènes étaient des femmes normales, elles auraient été les compagnes de Proserpine (en grec Perséphone ; ce qui nous ramène à Blanche-Neige), et auraient laissé Pluton (en grec Hadès) l'enlever. Comme punition pour ce crime elles furent transformées en sirènes et chantaient par la suite des prophéties ou des chansons relatives aux Enfers, le royaume d'Hadès. Euripide évoque le caractère funéraire des sirènes ce que confirment les représentations de sirènes sur des stèles funéraires.

5. La Belle et la Bête : Apulée en a fait un conte appelé l'Âne d'or mais en fait il s'agit du mythe d'Amour et Psyché. Extrait de l'Âne d'Or : Un roi et une reine ont trois filles très belles mais la plus jeune est d’une telle beauté qu’elle éclipse celle de Vénus, au grand dépit de celle-ci.
Vénus appelle son fils Amour. « Venge ta mère. Rends Psyché amoureuse de l’homme le plus vil. »Psyché est admirée comme une belle statue, personne ne demande sa main, elle pleure sa solitude. Ses deux sœurs ont épousé des grands rois. Le père consulte les oracles: « Expose ta fille pour un hymen funèbre, un monstre l’emportera. » Désolation. Psyché est abandonnée sur un rocher. Zéphyr l’emporte dans un lieu paradisiaque, près d’un merveilleux palais. Psyché y entre. Elle entend des voix mais ne voit personne. Bain, repas, concert, elle est somptueusement servie. Elle va se coucher. Dans l’obscurité, un mari inconnu fait d’elle sa femme et part avant le jour. Et ainsi jour après jour. L'histoire complète est très longue. Voir ici.

6. Cendrillon qui n'a pas de nom dans le conte que nous connaissons, s'appellerait
d'après le géographe grec Strabon, Rhodopis (Yeux de rose), du moins en ce qui concerne l'affaire de la pantoufle de vair : « Un jour, comme elle était au bain, un aigle enleva une de ses chaussures des mains de sa suivante, et s'envola vers Memphis où, s'étant arrêté juste au-dessus du roi qui rendait alors la justice en plein air dans une des cours de son palais, il laissa tomber la sandale dans les replis de sa robe. Les proportions mignonnes de la sandale et le merveilleux de l'aventure émurent le roi; il envoya aussitôt par tout le pays des agents à la recherche de la femme dont le pied pouvait chausser une chaussure pareille; ceux-ci finirent par la trouver dans la ville de Naucratis; et l'amenèrent au roi qui l'épousa et qui, après sa mort, lui fit élever ce magnifique tombeau. » (à savoir la pyramide de Mykerinos à Gizeh). Là-dessus c'est greffé au fil du temps l'histoire de la fille d'un premier mariage persécutée par la nouvelle épouse pour que l'héritage aille aux enfants du second lit.
conte_de_fee


AH ! L'univers des contes ! Il n'est pas aussi féérique que cette image voudrait bien le fait croire !

J'ai l'impression que ce billet fait un peu écho à celui de Sandrine qui parle des représentations de femmes sans tête en train de se multiplier dans notre paysage iconographique. La tête c'est la parole. Les princesses de Disney sont priées de se taire. Celles qui ont des voix tombent dans un profond sommeil (donc ne peuvent parler) ou doivent cacher leur véritable identité (Cendrillon, par exemple (mais qui n'a, en fait, pas d'identité)).

jeudi 11 novembre 2010

Vous savez ce qu'elle vous dit Hildegarde ?





On m'a dit : mais pourquoi tu n'as pas dessiné une bulle ? Ce serait plus marrant. Merci bien pour que le service de sécurité m'embarque et me colle une amende pour détérioration de matériel municipal ! Il y a assez d'affiches informant qu'il est interdit de barbouiller les surfaces publiques sous peine d'amende ! Et vous aurez remarqué que les pubs maintenant sont toutes protégées (par des moyens de plus en plus coûteux et sophistiqués) du public qui n'en peut plus de cette agression visuelle et de cette poubellisation de nos icônes (Bon d'accord, icône...puisqu'il paraît qu'elle en serait une. Et alors ? Pourquoi ne les défenderions-nous pas, nos icônes ?).
Le verre étant une "surface publique", c'est donc armée de papiers autocollants que j'en ai revêtu la paroi des duos de pubs de quatre stations de métro.
On remarquera que vitre et éclairage interne empêchent mon texte de ressortir plus avantageusement. Néanmoins les passants le VOIENT, s'arrêtent et lisent !
Victoire, donc.
Après quelques griffonnages vengeurs du style "A bas les pubeux" (en allemand : "Nieder mit der Werbe-Idioten" pour celles et ceux qui veulent enrichir leur vocabulaire teutonique), j'ai orné mes deux derniers panneaux à l'épreuve des antipubs, d'un :

"Hildegarde vous dit : halte à la glorification de la vulgarité".

Quoi dire d'autre ?

Bon bref, c'était pour me venger.

mardi 9 novembre 2010

J'y crois pas !




voilà ce qu'ont éjaculé les pubeux ("ont pondu" est une insulte aux ovipares, je trouve) pour présenter une série télévisée sur l'Histoire allemande. J'ai aperçu ça hier matin par la vitre du métro, j'ai repéré la station et j'ai sauté le soir même sur mon appareil photo pour m'y rendre et réaliser ces trois clichés. En petit, pour présenter la série plus sérieusement, on montre trois mâles célèbres traités dans le feuilleton : Charlemagne, Louis II de Bavière et Karl Marx. L'oeil caché du roi de Bavière est le slogan habituel de la chaîne ZDF ("La 2" allemande, comprendre : on voit mieux avec "le 2e" canal (symbolisé par l'oeil gauche qui est, sur les photos, forcément à droite, sens de la lecture)).

La femme qui se rase les jambes en téléphonant avec son portable est censée représenter............................Hildegarde de Bingen !
Les pubeux ne dégradent pas seulement les femmes actuelles, ils violent l'Histoire des femmes.
Mais comme dirait Noam Chomsky cité sur le blog journal de classe, afin de faire accepter l'inacceptable, il s'agit de dégrader sur la durée, insidieusement, jusqu'à ce qu'on est tout enlevé (merci jfs pour cette citation qui convient tout à fait à ce qui se passe pour l'image des femmes).
Sous prétexte de feuilleton historique, on s'en prend aux femmes du passé, en singeant, par exemple, ce que je fais dans ce blog : les réactualiser. Cette forme de réactualisation est perverse parce qu'elle arrive à faire sourire. La pub est tout à fait capable de faire sourire son public d'un meurtre. C'est sa force.

dimanche 17 octobre 2010

Ne me touche pas

On compte parmi les sujets bibliques volontiers traités par les femmes en matière de peinture, la scène où le Christ apparaît à Marie-Madeleine après sa résurrection et lui dit "Noli me tangere" (ne me touche pas).



"Noli me tangere" de Lavinia Fontana




"Noli me tangere" de Fede Galizia


Contrairement à son apparence, c'est une image qui glorifie en quelque sorte la femme parce qu'elle témoigne de l'importance qui lui est accordée par Jésus. En effet, il choisit l'une d'entre elle, et non pas l'un de ses apôtres masculins, pour aller porter la Bonne Nouvelle de son retour dans le monde des vivants.
Marie-Madeleine se prosterne d'autant plus bas qu'elle est honorée de la tâche insigne qui lui est confiée. Cependant Jésus refuse qu'elle le touche pour vérifier que sa chair est palpable. Elle doit le croire sur parole.
Maintenant si on émet l'hypothèse murmurée de plus en plus fort, qu'en fait, Marie-Madeleine était la femme de Jésus, d'aucun affirmant qu'il n'aurait su être célibataire, en ce temps-là personne ne l'ayant été, la scène du "Noli me tangere" prend alors un tout autre sens. On ne s'étonne plus qu'il apparaisse en premier lieu à son épouse, et s'il ne veut pas qu'elle le touche, c'est parce que les privautés sont à remettre à plus tard (:)), la mission de prévenir les apôtres passant en premier. A moins que ce ne soit un message machiste du style : "ne me touche pas avec ton humanité profonde, femme, je veux rester un monstre froid et ne voir en toi qu'un objet", ce qui expliquerait peut-être bien des dérives actuelles...

Donc Lavinia Fontana et Fede Galizia se sont plues toutes deux à représenter cette scène pour rappeler que Jésus himself a confié une mission importante à une femme : annoncer rien moins que la Résurrection du Christ.



De nombreux hommes (Le Titien, Le Corrège, etc) ont aussi représenté la scène intitulée traditionnellement "Noli me tangere".
Je retiens cet étrange tableau de Pontormo où Jésus, censé dire "Ne me touche pas" à Marie-Madeleine, lui touche lui-même les seins !
Cette représentation masculine de la scène a peut-être pour message : "Ne me touche pas, c'est moi qui prend l'initiative" ou "qu'est ce que c'est que ces protubérances sur le devant de ton corps ?"

On aura compris que je m'amuse. Néanmoins le talent pour la peinture ne signifie pas que le peintre plane loin au-dessus de ces obsessions ou terreurs refoulées, de ces rêves ou de ces désirs. Même en peignant le Christ et Marie-Madeleine, on peu parler de soi !

mardi 27 juillet 2010

Clélie, la championne de l'évasion, vue sous un certain angle...

Gravure médiévale sur bois : Clélie traverse le Tibre à cheval, une compagne en croupe. Quelques compagnes sont déjà en lieu sûr, d'autres attendent leur tour (inscription en onciale : "Cloelia").

Fresque allégorique de Filippo Lippi : Clélie et ses compagnes traversent le Tibre à la nage. D'un côté, un campement avec les envahisseurs qui ont pris Rome, de l'autre côté un palais rouge et or avec une entrée bordée de sphinges féminines attendant les fugitives.

Clélie prend la poudre d'escampette. Les gardiens ont-ils absorbé un somnifère ? L'une des femmes à la suite du cheval jette un coup d'oeil sur des hommes affalés sur le bord du chemin. Clélie est un peu embarrassée par une femme qui ne sait pas monter sur un cheval, on dirait.

Clélie version mythologique : des divinités fluviales aident les jeunes filles à traverser le Tibre, notamment en leur faisant la courte échelle pour monter à cheval. A croire que se hisser sur un cheval toute seule est au dessus de leur force...Au loin, les gardiens accourent depuis le campement, pour empêcher les femmes de fuir.

Clélie version harem à ciel ouvert : femmes semi-nues comparant leur épilation de jambes (à droite) ? se recoiffant vite fait pendant que Clélie drapée de rouge (couleur discrète pour une fuyarde) montre le chemin à ses compagnes vélléitaires et quelque peu frivoles. On se demande comment elles parviennent finalement à exécuter leur plan.

Jolie scène bien qu'un peu érotisée et statique pour une fuite. L'une des jeunes filles semblent goûter si l'eau est bonne.

Encore une scène qui fait douter de l'efficacité de la fuite et qui ressemble plus à un étalage de chair qu'à autre chose. La blonde à droite a même droit à une main masculine bien placée au niveau du popotin de la part d'une "divinité" fluviale, sous prétexte de l'aider à enfourcher le canasson. C'est la version de Rubens.

Toutes ces représentations (hormis la gravure pour laquelle on peut émettre un doute) sont l'oeuvre d'hommes. Il est, bien entendu, inutile de le préciser. Une version de cet exploit féminin, mal connu, de l'histoire romaine, selon une optique autre que masculine, reste encore à réaliser.
Mesdames à vos pinceaux !