Affichage des articles dont le libellé est Marguerite de Valois. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Marguerite de Valois. Afficher tous les articles

vendredi 6 juillet 2012

Affaire Sibylle de Valois (suite)

A picture of Marguerite Valois, first wife of King Henri IV of France


Tania du blog Textes et prétextes, que je recommande fort aux amateurs/trices de littérature pour sa grande qualité de présentations (toujours magnifiquement illustrée) des livres les plus passionnants, a, contrairement à moi, reçu une réponse des éditions folio à sa plainte concernant l'étrange couverture de "La reine Margot" illustrée avec une peinture de Cranach représentant la duchesse Sibylle de Clèves. Voilà le contenu de la réponse :

Chère Madame,
Je vous remercie pour votre message. J'ai bien lu l'article du blog que vous m'avez indiqué, ainsi que les commentaires. Les couvertures de Folio, et tout particulièrement de Folio classique, sont rarement illustratives. Elle sont évocatrices d'une atmosphère, d'une idée, d'un message. Il ne s'agit de privilégier ni la vérité historique, qui n'est pas le propos principal d'une oeuvre de fiction, ni la beauté, bien discutable de manière générale. La reine Margot de Dumas n'est pas simplement l'héroïne historique: elle est aussi et surtout un personnage de fiction, recréé et rêvé par Dumas. Nulle démagogie de notre part quand nous illustrons La Reine Margot par une magnifique photo de Jeanne Moreau dans le film de Jean Dréville de 1954, dans notre ancienne édition de l'oeuvre. Nulle erreur historique quand, dans notre nouvelle édition du roman, nous l'illustrons par un autre personnage. Nous refusons simplement les lectures au pied de la lettre. Et nous appliquons ce principe aux personnages féminins comme masculins: pour illustrer Jeanne d'Arc de Michelet nous mettons une photo de Jean Seberg dans le film d'Otto Preminger, Sainte Jeanne; pour illustrer Henry V de Shakespeare, nous ne choisissons pas un portrait du roi Henri V mais une miniature médiévale représentant deux chevaliers. Enfin, quant à la question du féminisme, il est mal à propos d'accuser une profession, celle d'éditeur, mais aussi de graphiste et d'attaché de presse, particulièrement féminisée, notamment chez Gallimard. Nous sommes sensibles à la question des femmes comme à celle de toutes les minorités, attentifs à ce que nos couvertures ne heurtent aucune sensibilité, sans pour autant nous interdire de susciter la réflexion. Et nous ne mettons pas de politique dans des domaines, la littérature et l'art, qui ont souvent pour rôle de transcender les préoccupations politiques et communautaires. 
En vous remerciant de votre intérêt pour notre collection, je vous prie d'agréer, chère Madame, l'expression de mes meilleures salutations.

Nous apprenons donc que les images de couverture, chez folio, sont :

"rarement illustratives" : sans doute est-ce pour cela qu'elles s'appellent "illustration de couverture" mais la personne qui écrit la lettre a sûrement voulu dire "explicative" ou "représentative", soit...."rarement" ? Est-ce à dire qu'elles le sont parfois ? Quels sont alors les critères permettant d'avoir sur la couverture de ce livre un portrait de la reine Margot ou une image "évoquant" le contexte véritablement historique ?

"évocatrices d'une atmosphère, d'une idée, d'un message" en effet, ici, le message doit être "la reine Margot était une petite fofolle de 14 ans au nez mutin et aux yeux en amande qui laissait ses cheveux roux étalés sur ses épaules et se couronnait d'une plume attachée à une couronne de fleurs tressées façon indienne mais avec la plume par devant et s'habillait comme une allemande du temps de son arrière-grand-mère". Or le problème c'est qu'il s'agit là d'une femme ayant réellement existé et qui s'appelle Sibylle de Clèves.
Sibylle de Clèves n'est ni un atmosphère, ni une idée, ni un message, elle est aussi un personnage historique.

La reine Margot ne serait pas, je cite :

"simplement l'héroïne historique..." il semble y avoir ici confusion entre Marguerite de Valois et Jeanne d'Arc. Marguerite de Valois n'a jamais été considérée comme une "héroïne historique" mais comme un personnage historique, ce n'est pas la même chose. Elle n'a pas d'actes héroïques à son actif. Elle a marqué son époque de différentes façons sans sacrifices spectaculaires mais avec une présence certaine. Seulement voilà, la phrase n'aurait plus fonctionné si notre correspondante des éditions folio avait utilisé le mot "personnage", cela aurait donné la phrase suivante : "La reine Margot de Dumas n'est pas simplement le personnage historique : elle est aussi et surtout un personnage de fiction" voilà qui dévoilerait le véritable sens de la pensée de l'équipe folio. Pour elle, Marguerite de Valois est essentiellement un personnage de fiction. Voilà ce qu'elle veut nous dire. Et en effet, c'est bien le reproche qui est fait ici c'est de rendre de plus en plus fictif un personnage historique qui a existé, au besoin en gommant son visage pour un mettre un autre à la place.

Marguerite de Valois serait donc :
 
"un personnage de fiction, recréé et rêvé par Dumas". Tiens, ici apparaît le mot personnage. Marguerite de Valois ne serait donc pas une figure historique mais la marionnette de Dumas. Or c'est faux. Alexandre Dumas ne raconte rien sur Marguerite de Valois qui soit plus faux que ce qu'il raconte sur Charles IX, Henri de Navarre, Catherine de Médicis, Gaspard de Coligny et tous les personnages les plus historiques de ce roman. De plus, Dumas s'appuie sur les "Mémoires" de Marguerite de Valois,  "Mémoires" sans lesquelles il n'aurait jamais écrire ce roman, raison pour laquelle il lui rend hommage en intitulant son oeuvre "La reine Margot", alors qu'elle parle très peu de la reine Margot et beaucoup plus d'Henri de Navarre. Mais les anecdotes comme celle où la Mole arrive tout ensanglanté dans la chambre de Marguerite la nuit de la Saint-Barthélémy est l'une de celles que Dumas a emprunté aux Mémoires de M. de V., ainsi que l'atmosphère d'intrigues, les problèmes entre mère et fille, le caractère influençable de Charles IX, la maîtresse mise dans le lit du roi de Navarre, etc. Tout cela Dumas le tient de Marguerite de Valois en personne. Il n'a donc rien "rêvé", juste brodé d'après ces sources et mis en scène.
Dumas n'est pas une sorte de Pygmalion qui aurait inventé Marguerite de Valois mais c'est bien plutôt Marguerite de Valois (et Brantôme) qui a (ont) fait de Dumas le romancier de "La reine Margot".

Ainsi la représentation de "Margot" sous les traits de Sibylle de Clèves est doublement une imposture.

"Nulle démagogie de notre part quand nous illustrons La Reine Margot par une magnifique photo de Jeanne Moreau dans le film de Jean Dréville de 1954" non seulement personne n'a parlé de "démagogie" mais personne n'est dérangé par le fait qu'une actrice ayant interprété la reine Margot figure sur la couverture du roman du même nom. Quel rapport avec la plainte ? En tout cas, aucun avec Sibylle de Clèves qui n'a jamais fait de cinéma et encore moins interprété le rôle de Marguerite de Valois, qu'elle n'aurait pas pu connaître puisqu'elle est morte un an après sa naissance ! 

Pour illustrer sa soi-disant absence de sexisme, la correspondante de chez folio utilise, un argument de poids (c'est de l'ironie) :
"pour illustrer Henry V de Shakespeare, nous ne choisissons pas un portrait du roi Henri V mais une miniature médiévale représentant deux chevaliers" deux chevaliers anonymes, oublie t-elle de préciser ! Or Sibylle de Clèves, encore une fois, n'est pas anonyme ! Quant à Henri V, il ne fait pas partie de l'histoire de France. Marguerite de Valois, si.

D'après notre argumentatrice, les femmes seraient par essence féministe, donc il n'y a pas de sexisme dans la démarche  :
"quant à la question du féminisme, il est mal à propos d'accuser une profession, celle d'éditeur, mais aussi de graphiste et d'attaché de presse, particulièrement féminisée" la dame n'a pas l'air au courant que le féminisme n'est pas associée à la féminité et que "femme" n'est pas synonyme de "non-sexiste à l'égard des femmes". Nous avons assez d'exemples de femmes qui travaillent avec autant d'acharnement à l'oppression des femmes que si elles étaient des hommes !

"Nous sommes sensibles à la question des femmes comme à celle de toutes les minorités (sic) (il y a 52% de femmes sur la planète), attentifs à ce que nos couvertures ne heurtent aucune sensibilité, sans pour autant nous interdire de susciter la réflexion." En tout cas , la minorité des allemand.e.s qui serait en droit de demander ce que fait "leur" Sibylle de Clèves sur le roman de Dumas n'a pas tellement été prise en compte. Oui, cette couverture "suscite" en effet "la réflexion" suivante : il est tout à fait préjudiciable à ladite "minorité" qui n'en est pas une mis à part dans l'esprit des machistes, de profiter d'un roman pour enterrer un peu plus la véritable identité de femmes qui ont réellement existé sous le prétexte qu'elles nous sont à peine connues.
Il serait peut-être temps de comprendre qu'il faut au contraire restituer à chacune son histoire et rendre enfin à Galla Placidia ce qui appartient à Galla Placidia.

Et le meilleur pour la fin :
"Et nous ne mettons pas de politique dans des domaines, la littérature et l'art, qui ont souvent pour rôle de transcender les préoccupations politiques et communautaires". Se plaindre de cette couverture serait donc une démarche atrocement politique alors que le roman n'est là que pour divertir et faire rêver. Admirons la subtilité du vocabulaire "transcender les préoccupations politiques et "communautaires" : les féministes deviennent une "communauté"...pourquoi pas un secte ? C'est ce que cela semble sous-entendre).

Faux raisonnement car l'art possède de fait une dimension morale et politique. Il n'y a pas de barrière entre l'art d'une part et la politique et la morale d'autre part. Le premier à le démontrer est Dumas lui-même qui a, certes, pris de grandes libertés avec l'histoire mais pas au point d'effacer tout repère.
Et d'ailleurs pourquoi la dénonciation du sexisme devrait-elle se cantonner dans le domaine politique ?

 Or nous sommes dans la société de l'Oréal où faire rêver veut dire posséder une abondante chevelure rousse répartie librement sur les épaules. On est dans la logique l'Oréal pour qui les femmes ont à être jeunes et interchangeables et de préférence anonymes. Les repères historiques, moraux et politiques n'ont plus la moindre importance dans le monde de l'Oréal. Seuls comptent le profit.
Ceci est éminemment politique et particulièrement (im)moral.

Enfin, j'aimerais poser cette question à ces messieurs-dames des éditions folio : avez-vous lu la reine Margot ? Que penserait à votre avis Alexandre Dumas lui-même du choix  de votre couverture ? Pas sûr qu'il aimerait. C'était un homme qui AIMAIT L'HISTOIRE, lui, messieurs-dames, et la respectait bien plus que ça. Sans quoi il n'aurait pas écrit des romans historiques, évidemment !





 Cette couverture est celle de l'exemplaire du roman que je possède personnellement. Voilà une couverture que j'appelerais "évocatrice". Les vêtements sont d'époque, et l'attitude des personnages "évoquent" le contexte de la Saint-Barthélémy. Rien à redire. 


 



Ceci est la couverture d'un roman classique allemand : "La jeunesse du roi Henri IV", de Heinrich Mann.
Tiens, c'est bizarre. C'est le portrait d'Henri IV qui orne la couv'...Cela dit, il y a des couvertures de ce roman sans Henri IV, parce qu'il n'est pas connu en Allemagne. Néanmoins on ne l'a pas remplacé par un allemand (ou un autrichien, un hongrois, un tchèque, etc.) qui pourrait être son arrière grand-père !
[Pour les personnes qui ne le sauraient pas : Marguerite de Valois fut mariée à Henri IV].

(Illustration du haut : Marguerite de Valois avec une toque d'homme (Brantôme raconte qu'elle aimait porter des toques d'homme. Dans "Les dames galantes" il dénigre les femmes qui s'habillent en homme mais fait une exception pour Marguerite de Valois pour laquelle il a une énorme considération. S'il savait ce que l'on en fait aujourdhui...).


Conclusion : achetez le roman aux éditions "J'ai Lu" !

lundi 25 juin 2012

Sibylle de Valois

J'ai longtemps cru qu'un.e personnage célèbre qui faisait l'objet d'un roman mais dont l'image n'apparaîtrait pas sur la couverture du livre dont le nom (ou le surnom) ferait oeuvre de titre, serait du moins remplacé.e par un objet lui ayant appartenu, un paysage qui lui fut familier, je ne sais pas moi, quelque chose qui ne dénaturerait en rien la personne pour laquelle l'auteur/trice aurait consacré une oeuvre tout entière.
Et bien je me trompais.
Lorsqu'il s'agit d'une femme, il n'est plus du tout indispensable de voir apparaître son visage sur la couverture du livre la concernant ni quoi que ce soit en rapport avec elle ! On peut sans problème aucun remplacer son visage par celui d'une autre femme. Cette autre femme n'a pas besoin d'être parente, ni contemporaine, ni même compatriote. La preuve : dans la librairie du château de Pau, je suis tombée sur ce livre...


"Mais c'est Sibylle de Clèves de Cranach ! me suis-je exclamée, que fait-elle sur cette couverture ?" La libraire a retourné le livre et lu la légende. Le personnage que je venais de citer y était bien indiqué. La dame ne fut pas moins surprise que moi et s'est mise à chercher désespérément une explication.
Sibylle de Clèves ferait une meilleure reine Margot que la reine Margot...euh...
Oui ce portrait tronqué d'une Sibylle aux cheveux défaits...très importants les cheveux défaits, plus importants que la réelle identité, dans le monde de l'Oréal....
 Il n'y a pourtant pas la moindre ombre de rapport entre Sybille de Clèves ou plus exactement la duchesse Sibylle von Jülich-Kleve-Berg (1512-1554), devenue électrice de Saxe par alliance, une grande chasseresse allemande, donc, du début du XVIe siècle, qui vous transperce un daim au galop d'un seul coup de lance et qui fut très heureuse en amour, la soeur d'Anne de Clèves et d'Amalia de Clèves dont j'ai déjà parlé ici et la pauvre Marguerite de Valois (1553-1615), juste une reine de France parmi les autres mais quand même sujet du livre "La reine Margot" d'Alexandre Dumas.
C'est que l'on s'en fiche, n'est-ce-pas ?
Quel tollé si à la place de la tête d'Henri IV, roi de France (1553-1610), on décorait un roman à lui consacré avec le portrait de l'électeur de Saxe, Jean-Frédéric le Magnanime ! Mais quand il s'agit de nous, les femmes, notre identité étant sans la moindre sorte d'importance (voir post précédent sur les noms et prénoms des peintresses), on ne va pas en faire un fromage, n'est-ce-pas ?

Ajout du 30.07 :  cliquez ici pour avoir la réponse à l'argumentation des éditions folio justifiant le choix de cette couverture.

mardi 4 octobre 2011

Les femmes ne sont pas le point fort du Magazine Littéraire


Toute à mon exploration du XVIe siècle, que ne tombé-je sur le dernier numéro du "Magazine Littéraire" entièrement consacré à Rabelais ? Bien que ce journal soit à l'évidence un support pour concours de binettes masculines (environ 60 dans ce numéro contre 15 féminines, et encore, en cherchant bien et en comptant les portraits timbres de poste qui ont cours chez les lilliputiens), force me fut de l'acheter.
Arrivée à la page 68, oh surprise ! J'y trouve le portrait de Marguerite de Valois ce dont je m'étonne grandement étant donné que Rabelais et elle ne sont pas contemporains.
Et c'est là que je découvre avec une stupéfaction légèrement teintée de mépris qu'il faut y voir Marguerite de Navarre dont Madame Mireille Huchon, autrice de l'article et vieille connaissance de ce blog, fait mention comme protectrice dudit Rabelais mais ne semble pas en connaître l'apparence.
Madame Mireille Huchon a t-elle jeté un oeil sur l'article avant publication ? Le contraire m'étonnerait plutôt mais accordons-lui le bénéfice du doute.
En tout cas, je ne félicite pas ce journal qui non seulement n'est pas gêné de laisser une part aussi énorme aux portraits masculins mais ne peut pas même publier le portrait féminin approprié quand il s'agit d'évoquer la rarissime femme alibi !
Et n'allons pas croire que l'article consacrerait ne serait-ce qu'un paragraphe à celle qui n'est pas représentée là (mais sa petite nièce), deux lignes suffisent. Deux lignes pas vraiment flatteuses non plus. Restons humbles, voyons.
C'est si peu d'elle qu'il s'agit dans ces "mécènes mis en scène" que je me demande si c'était bien la peine de la mentionner.

Ah au fait : Mireille Huchon a commis un livre sur Rabelais dans lequel elle n'explique PAS qu'il serait en réalité de l'autre sexe (comme elle avait fait pour Louise Labé).
Ah.
On est déçu.

samedi 13 août 2011

Résultat du tag : 22 - Julia est....

Marguerite de Valois


Si j'étais une femme de la Renaissance, qui serais-je?



Si j'étais une femme de la Renaissance, qui serais-je? C'est le TAG que m'a lancé ELLA B. et comme je n'ai pas d'inspiration en ce moment et surtout pas envie d'écrire... Voilà ;)



Marguerite de France, dite la Reine Margot.


Magnifiquement incarnée par Isabelle Adjani dans le film français du même nom, La Reine Margot, réalisé par Patrice Chéreau en 1994 dont je garde un souvenir impérissable!



Fille cadette d'Henri II et de Catherine de Médicis.Elle reçut une brillante éducation en même temps que ses sœurs, Elisabeth et Claude ainsi que la « petite reine d’Ecosse », Marie Stuart, promise au Dauphin. Elle fut toute jeune un résumé de toutes les connaissances de son temps, relevées par la grâce d’un esprit extrêmement vif. Le 1er en date, de ses amants, malgré les affirmations contraires d’Agrippa d’Aubigné, semble avoir été le duc Henri de Guise, mais la raison d’état disposa de la main de Marguerite en faveur du roi, Henri de Navarre, qu’elle épousa le 18 août 1572, moins d’une semaine avant la Saint Barthélémy, qui fut l’épilogue de leurs noces. Chacun des conjoints connut alors librement des aventures. La reine Margot, comme l’appelait Charles IX, fut insultée par son frère Henri III, en plein bal. Elle fut bannie. Elle se jeta alors dans l’opposition. Après avoir refusé de prêter la main à un divorce amiable, tant qu’il s’agissait pour Henri IV d’épouser Gabrielle d’Estrées, elle y consentit lorsqu’il fut question de son mariage avec Marie de Médicis, mais garda le titre de reine et un domaine respectable (1599). Elle reparut à la cour en 1605 et partagea son existence entre la dévotion, la vie de société et la protection des lettres.






Publié par Julia le 10.8.2011 copié/collé par Euterpe

Mon commentaire : chère Julia tu ignores bien évidemment tout ce que j'ai pu écrire sur ce film ou plutôt ce qui n'est pour moi (je suis vraiment désolée) qu'un vidéo clip long métrage ultra-esthétisant qui n'a pas grand chose à voir avec la Saint-Barthélémy, ni avec le roman de Dumas et encore moins avec Marguerite de Valois dite la reine Margot (par Dumas).
Mais Chéreau y a exalté les corps au maximum et c'est, à mon avis, vraiment TOUT ce qui l'intéressait, et là c'est réussi!
Si tu souhaites savoir pourquoi je n'adhère pas à cette récupération narcissique de l'histoire, tu peux cliquer sur le libellé "Marguerite de Valois" et tu auras tous mes articles sur le film et le personnage.
Sinon je te recommande les Mémoires de Marguerite de Valois que je suis justement en train de lire !
Elle y conteste absolument la liaison qu'on lui prête avec Henri de Guise et se plaint qu'un certain du Gast n'arrête pas de la diffamer pour monter le roi son frère contre elle. Donc, c'est peut-être quand même Agrippa d'Aubigné qui a raison.
Un grand merci pour ta participation (la photo du couple imaginé par Chéreau est vraiment belle, pas à dire, mais...) !


jeudi 7 juillet 2011

Les mots (maux) de la reine Margot


Dans ce billet j'ai évoquée les poèmes d'adieux de femmes adressés à des femmes, des reines à leurs demoiselles d'honneur et vice versa.
Parmi eux se trouve celui de Marguerite de Valois à Mademoiselle de Thorigny. Dans ses Mémoires, Marguerite de Valois raconte les circonstances de cette séparation. Elle se plaint des agissements d'un mignon du roi Henri III, Louis Béranger du Guast, cause et de la perte de la demoiselle d'honneur préférée de Catherine de Médicis et de la fameuse Thorigny pour laquelle Marguerite nourrissait une grande amitié. Ce du Guast apparaît assez comme un épouvantable misogyne qui passait son temps à brouiller tout le monde et à persécuter les femmes. Celle que l'on nomme la reine Margot mais qui ne s'est jamais appelée comme cela en réalité, était à ce moment-là déjà l'épouse de Henri de Navarre ; le règne de Charles IX et la Saint-Barthélémy étaient passés, c'est Henri III qui commandait, en attendant son assassinat, et ce sinistre favori faisait apparemment la loi à sa place. Je vous laisse lire la prose de l'intelligente et sensible soeur du roi qui observe et subit l'ambiance :

(...) et recherchant de fabriquer quelque nouvelle invention pour nous rebrouiller le roi mon mari et moi, met à la tête du roi (met en tête au roi), qui depuis peu de jours avait ôté (par le même artifice de du Guast) à la reine sa sacré princesse, très vertueuse et bonne, une fille qu'elle aimait fort et qui avait été nourrie avec elle, nommée Changy, qu'il devait faire que le roi mon mari m'en fit de même, m'ôtant celle que j'aimais le plus, nommée Thorigny - sans en amener autre raison, sinon qu'il ne fallait point laisser auprès des jeunes princesses des filles en qui elles eussent si particulière amitié. Le roi, persuadé de ce mauvais homme (convaincu par ce mauvais homme), en parle plusieurs fois à mon mari, qui lui répond qu'il savait bien qu'il me ferait un cruel déplaisir : si j'aimais Thorigny, j'en avais l'occasion ; qu'outre ce qu'elle avait été nourrie avec la reine d'Espagne ma soeur, et avec moi depuis mon enfance, qu'elle avait beaucoup d'entendement, et que même elle l'avait fort servi en sa captivité du bois de Vincennes ; qu'il serait ingrat s'il ne s'en resouvenait ; et qu'il avait autrefois vu que sa Majesté en faisait grand état. Plusieurs fois, il s'en défendit de cette facon. Mais enfin Le Guast persistant toujours à pousser le roi, et jusques à lui faire dire au roi mon mari qu'il ne l'aimerait jamais si dans le lendemain il ne m'avait fait ôter Thorigny, il fut contraint - à son grand regret, comme depuis il me l'a avoué - m'en prier et me le commander. Ce qui me fut si aigre, que je ne me pus empêcher lui témoigner par mes larmes combien j'en recevais de déplaisir, lui remontrant que ce qui m'en affligeait le plus n'était point l'éloignement de la présence d'une personne qui, depuis mon enfance, s'était toujours rendu sujette et utile auprès de moi, mais que,[chacun] sachant comme je l'aimais, je n'ignorais pas combien son partement (départ) si précipité porterait de préjudice à ma réputation. Ne pouvant recevoir ces raisons, pour la promesse qu'il avait faite au roi de me faire ce déplaisir, elle partit le jour même, se retirant chez un sien cousin, nommé Monsieur Chastelas. Je restai si offensée de cette indignité - à la suite de tant d'autres - que ne pouvant plus résister à la juste douleur que je ressentais (qui, bannissant toute prudence de moi, m'abandonnait à l'ennui), je ne pus plus me forcer à rechercher le roi mon mari. De sorte que, Le Guast et Madame de Sauve d'un côté l'étrangeant de moi, et moi m'éloignant aussi, nous ne couchions plus ni ne parlions plus ensemble.

Alexandre Dumas qui s'est inspiré des Mémoires de Marguerite pour écrire le roman "La reine Margot" reprend certaines intrigues décrites ici mais les situe sous Charles IX et les attribue à Catherine de Médicis, non à du Guast (en particulier celle où Mme de Sauve est poussée dans les bras de Henri de Navarre). Dans ce passage on voit que Catherine de Médicis elle-même est dépouillée de la femme qu'elle affectionne le plus, il est donc bien abusif de raconter à des élèves de CM1 que cette reine s'imposait pendant que ses pauvres fils étaient impuissants à l'en empêcher. Mais les Mémoires de Marguerite de Valois ne sont guère au programme de l'éducation nationale ni évoquées dans la presse littéraire. Témoigneraient t-elles trop d'un machisme à la francaise où non seulement le corps des femmes mais leur coeur étaient contrôlés par les hommes ? Où les femmes n'avaient même pas le droit de disposer de leurs sentiments et de leurs amitiés ? Où ce même machisme à la francaise existait déjà qui montre aujourd'hui de si "beaux" restes ?

(Peinture : Henri III et les ambassadeurs anglais de Bonington Richard Parkes).

vendredi 18 février 2011

Le viol comme divertissement


Avant de revenir à la fameuse nuit de la Saint-Barthélémy et de tenter de rétablir une part de vérité sur les spéculations que font sur elle celleux qui étudient avec sérieux l'histoire, revenons à la scène de viol du film qui, je le rappelle, est une pure invention scénaristique.

A l'heure où l'actrice Maria Schneider qui vient de mourir se refait violer par la presse qui se rue sur ce décès pour rappeler la scène de sodomie du film "Un dernier tango à Paris", soulignons que le viol semble posséder une qualité hautement divertissante et qu'il est devenu un ingrédient incontournable de l'entertainment de masse.
Le requiem dégradant entonné par les journaux en guise d'"hommage" à l'actrice décédée
Héloïse en parle
Emelire ici
Le Collectif Les mots sont importants ici repris par Mauvaise Herbe
humilie toutes les femmes qui n'ont pas envie de se retrouver dénudées post mortem dans des canards à l'éthique de plus en plus douteuse.
Comme je le mentionne dans le billet où je cite l'article non édité, par contre, de cette passionnante chercheuse, Eliane Viennot écrit en 1994, à la sortie de La Reine Margot :

"C’est
 la
 première
 fois, 
notamment,
 qu’est
 mis
 en
 scène
 le
 viol
 de
 Marguerite
 —
par
 ses
 frères
 évidemment 
!
 Qu’Henriette
 de
 Nevers,
 la
 plus
 grande 
héritière
 du
 royaume,
 est 
ravalée
 au
 rang
 d’une
 dame
 de
 compagnie
 (elle
 introduit
 les
 visiteurs
 chez
 Marguerite
!),
 et
 campée
 sous
 les
 traits
 d’une
 harengère
 délaissée.
 Que
 des
 princesses
 de
 France
 sont montrées traînant sans escorte dans la capitale (rue Saint-Denis, peut-être ?) pour
 «
chercher
 des
 hommes
»
 afin
 de
 se
 faire
 trousser
 sauvagement
 contre
 les
 blocs de pierre..." !

Le viol est particulièrement artistique (comme le patinage). Il faut le savoir. Et l'inspiration, la muse (en tout cas pas Euterpe) qu'est ce que vous voulez ma bonne dame...comment lui résister ?
Depuis les années 1970, au nom de la sacro-sainte "création libre" qui règne d'ailleurs également dans le monde de la pornographie et de la pub, cela n'arrête pas :

Quelques films dont vous avez peut-être entendu parler ?
Tess du lui-même violeur Polanski
Jeanne d'Arc de Luc Besson
J'irai cracher sur vos tombes de Michel Gast
Il était une fois en Amérique de Sergio Leone
Outrages de Brian de Palma
Frankenstein 90 d'Alain Jessua
Irréversible de Gaspar Noé (un grand amateur de viols celui-là)
etc...
Il y en a des centaines (je ne les assimile pas à ceux qui ont eu pour but de dénoncer le viol comme "L'amour violé" ou "Anonyma" bien entendu).

J'ai d'abord voulu en faire une liste exhaustive mais il y en a qui pourrait venir puiser ici de quoi gratter leur prurit ce qui l'empêcherait de cicatriser.
Et voilà qui n'est pas charitable.

jeudi 17 février 2011

"Séduire pour réduire" 2

Il suffit de répéter n'importe quoi suffisamment longtemps
pour que tout le monde finisse par en être persuadé.
»
Joseph GOEBBELS

Chéreau dit s'être inspiré des classiques du film en costumes, des thrillers de gangsters de Coppola et de Scorsese, de la grande peinture de la Renaissance et du XIXe siècle romantique aussi bien que des photographies d’actualité les plus sordides pour obtenir La reine Margot.
La rencontre du film et de son public a été longuement préparée. Bénéficiant d’une couverture médiatique exceptionnelle, conçue selon des stratégies publicitaires étudiées, le film s’offre le Festival de Cannes pour écrin de sortie le 13 mai 1994 ; il est en même temps projeté dans toute la France. L’œuvre tant attendue obtient le Prix du jury et le Prix d’interprétation féminine pour Virna Lisi, mais ne rencontre pas le succès populaire escompté. Le public condamne la longueur du film (2 h 39), sa confusion et sa violence baroque faite de mort et de sang.Ce spectacle en forme de grand' messe mais dénué d’émotion, est pourtant dopé par la sortie cannoise et draine un grand nombre de spectateurs dès les premières semaines, pour aboutir à un total d’environ deux millions pendant la période d’exclusivité.

Mais La Reine Margot a surtout été pensé comme un produit à exporter à l’étranger.

La Reine Margot, film prétendument non-historique s’inscrit en fait dans un contexte de résurgence d’une réflexion sur l’Histoire au cinéma, présente dans les "Heritage films". Le concept, mis en évidence par les Anglo-Saxons, s’applique à des films contemporains populaires, réunissant un budget important, un casting de stars, une reconstitution soignée au service d’une mise en scène du passé renouvelée.

Or La Reine Margot ne remplit pas certaines conditions ontologiques du genre, notamment en ce qui concerne les moyens de la représentation : ainsi les décors sont absents, et les costumes malmenés (sans parler de l'histoire).
Ce n'est pas pour autant que le film est retiré de la circulation...il ne faut pas rêver.

"Séduire pour mieux réduire" ou le concept de "propagande glauque".
Le changement de notre civilisation depuis 1990 :
Jusqu’en 1968 nous étions dans l’ère de la CONSOMMATION
de 1968 à 1990 nous étions dans l’ère de l’INFORMATION
depuis 1990 nous sommes dans l’ère de la PROPAGANDE GLAUQUE dont le cinéma se fait largement l'allié.
On inonde le monde de produits culturels émotionnellement toxiques qui perturbent et brouillent les repères. Les films d'histoire-fiction participent de cela.

On peut télécharger à tout instant et l'on trouve partout en DVD aujourd'hui dans les souks, supermarché, stations service, drogueries, librairies de surface, papeteries, maisons de la presse, vidéothèques, etc de Singapour à Saint-Pétersbourg, de Fèz à Buenos Aires, de Sydney à Calais, d'Accra à Hiroshima, etc..."Queen Margot" que tout le monde connaît et que les adolescents qui n'étaient pas encore en âge de le regarder à l'époque regardent maintenant pour la première fois avant que leurs cadets ne le fassent à leur tour. Pourquoi pas ? L'image de présentation est très racoleuse et personne ne cherche à savoir si le réalisateur se veut historien ou "libre créateur" ! Et il n'y a aucun avertissement nulle part quant au contenu non-historique de l'oeuvre. Les consommateurs/trices pensent que ce film qui, dans les autres langues, s'appelle la plupart du temps "La nuit de la Saint-Barthélémy" retrace une période historique pas tout à fait fidèlement mais quand même à peu près. Beaucoup de gens croient à une éthique quelque part.

Quand un.e allemand.e me demande :

- Qu'y a t-il d'exact dans ce film ?

Je réponds :

- Les noms. Les noms sont exacts.

- Et...c'est tout ?

- Oui.

- Mais il y a bien eu une nuit de la Saint-Barthélémy en France, non ?

- En effet mais...elle n'a pas de rapport avec ce film.

- Ah? Est-ce possible ? Mais ces reines hystériques ? Ce roi fou ? Les empoisonnements ? L'inceste ? Tout ça ?

- Il faut savoir qu'en France respecter l'histoire n'est pas une obligation. L'arbitraire règne. C'est très dépendant du sujet. Il n'y a aucun souci d'éthique dans ce domaine.

- Je n'arrive pas à le croire !

- Ben si.

Je vous prends à témoin du désagrément qu'il y a à devoir dénigrer son propre pays à cause de personnages comme Patrice Chéreau. Car unanimement ce film choque. Et c'est bien ce qui importait au réalisateur.

On a accusé en son temps Alexandre Dumas d'avoir violé l'Histoire. Or Chéreau a fait mieux : il a violé Alexandre Dumas.

mercredi 16 février 2011

"Séduire pour réduire"

Je reprends en titre le principe élémentaire de la propagande glauque, concept créé depuis peu pour décrire une forme insidieuse de formatage des esprits par les médias, auquel semble se livrer allègrement le cinéma (sous couvertd'art), afin d'illustrer l'article "La reine Margot ou la modernité inculte" d'Eliane Viennot (historienne citée sur mon billet précédent) à propos du film de Chéreau, article qui fut accepté puis refusé par "Le Monde" en mai 1994 :

Beaucoup
 de
 temps,
 d’argent,
 de
 beaux
 costumes
 et
 de
 beaux
 décors,
 beaucoup de figurants et de grands acteurs, un metteur en scène prestigieux et une scénariste célèbre. Pour dire quoi ? Que la Renaissance était une époque pleine de bruit
 et
 de
 fureur,
 les
 Valois
 une
 famille
 de
 dégénérés,
 Catherine
 de
 Médicis
 un
 monstre,
 sa
 fille
 une
 putain,
 Charles
 IX
 un
 fou,
 Anjou
 (futur
 Henri
 III)
 un
 homosexuel, Alencon un zéro absolu, et Navarre (futur Henri IV) un gentil petit roi qui
 sentait
 mauvais
 et
 aimait
 l’ail…
 On
 aurait
 pu
 s’attendre,
 en
 cette
 fin
 de
 XXe
 siècle,
 à
 ce
 qu’un
 intellectuel
 ne
 nous
 resserve
 pas
 une
 fois
 de
 plus
 cette
 mythologie
 de
 bazar,
 ces
 images
 d’Épinal
 éculées,
 alors
 que
 les
 historiens
 et
 les
 historiennes ne cessent , depuis vingt ans, de nous montrer que la réalité de cette époque 
est 
infiniment 
plus 
complexe
—
et 
plus 
intéressante 
aussi
!
 Évidemment, 
il
 faudrait les avoir lus.

Patrice Chéreau s'en défend et plaide la cause de la liberté du créateur. Il a „interdit“
 à
 ses
 acteurs
 et
 actrices
 de
 lire
 quoi
 que
 ce
 soit
 sur
 le
 sujet,
 et
 il
 faut
 croire qu'au delà du roman d'Alexandre Dumas, il s'est imposé le même devoir de réserve 
:
 on
 parle
 tellement 
mieux
 de
 ce
 qu’on 
ne 
connaît 
pas 
! 
Qui 
irait, 
d’ailleurs,
 lui
 chercher 
des
 poux
 dans
 la
 tête
 ?
 Ne
 clame‐t‐il
 pas
 partout
 qu’il
 n’a
 pas
 voulu
 faire un
 film
 historique ? Tout est donc permis. Mais s'il lui avait pris l'idée de faire un film sur 
Auschwitz
 et 
dé
montrer
 qu’on
 y 
vivait
 bien
 ? 
Ou
 d’évoquer 
le
 général
 de Gaulle traînant avec des prostituées dans les bas-fonds de Londres ? La critique accepterait‐elle
 cette
 candeur
 charmante
 sans
 sourciller,
 sans
 brandir
 aussitôt
 l’argument de l'éthique ?

En
 réalité
 ce
 n’est
 pas
 la
 liberté
 du
 créateur
 qui
 est
 ici
 en
 cause,
 c’est
 la
 nature du sujet traité. Si Chéreau, comme tant d'autres avant lui, peut élucubrer en toute
 quiétude,
 c’est
 que
 trois
 siècles
 et
 demi
 de
 propagande
 (d’État
 ou
 non)
 l’y
 autorisent.
 C’est
 en
 effet,
 depuis
 Richelieu
 et
 Mazarin,
 un
 sport
 national
 que
 de
 diaboliser
 les
 Valois‐Médicis.
 La
 légitimité
 des
 premiers
 Bourbons
 étant
 bien
 fragile
 (Henri 
IV
 était 
arrivé 
sur 
le 
trône 
l’épée 
à
 la
 main), 
les 
historiographes 
de 
la 
monarchie absolue ont été chargés de noircir la famille royale précédente afin de faire 
reluire 
la 
nouvelle. 
Le 
XVIIIe 
siècle 
n’a 
pas 
déconstruit 
ce 
mythe 
: 
il 
l’a 
même
 renforcé, faisant d'Henri IV un héros absolu, toujours au détriment de Catherine et de 
ses 
enfants. 
Et
 après 
la
 Révolution, 
la 
même 
démonstration 
a 
été
 reprise.
 Cette
 fois‐ci, il fallait prouver, la royauté ayant été renversée, que la monarchie était un système
 de
 gouvernement
 totalement
 perverti 
;
 il
 fallait
 aussi
 convaincre,
 le
 deuxième
 sexe
 ayant
 été
 exclu
 de
 la
 citoyenneté,
 que
 les
 femmes
 au
 pouvoir
 étaient
 une
 abomination.
 Quel
 meilleur
 exemple
 trouver,
 alors,
 pour
 cette
 «démonstration»,
 que
 ces
 derniers
 Valois
 déjà
 abîmés
 par
 deux
 siècles
 de
 propagande
 officielle
 et
 cent
 ans
 de
 propos
 «éclairés»
?
 C’est
 à
 quoi
 se
 sont
 attachés
 Michelet,
 Dumas,
 Lavisse,
 et
 tant
 d’autres.
 La
 France
 du
 XIXe
 siècle,
 comme
 celle
 du
 XXe
 siècle,
 a
 bu
 ces
 breuvages
 troubles
 distillés
 dès
 l’école
 — Danièle 
Thompson 
et
 Patrice 
Chéreau 
comme
 tout 
le 
monde. 
Savent‐ils 
seulement
 qu’ils s'inscrivent dans cette histoire, eux qui prétendent ne pas en faire ?

Il
 faudra
 bien
 pourtant,
 un
 jour,
 sortir
 de
 la
 mythologie.
 Comprendre
 que
 les
 derniers
 Valois
 ne
 furent
 ni
 une
 famille
 tuyau
 de
 poêle
 ni
 une
 mafia
 sanguinaire,
 mais
 une
 maison
 chargée
 de
 gouverner
 un
 pays
 où
 les
 grandes
 puissances
 finançaient
 la
 guerre
 civile.
 Que
 Jeanne
 d’Albret
 et
 Charles
 IX
 sont
 morts
 de
 tuberculose
 et
 non
 d’empoisonnement.
 Que
 Catherine
 de
 Médicis,
 Charles
 et
 Coligny
 étaient
 d’accord
 pour
 intervenir
 en
 Flandres,
 et
 que
 ce
 n’est
 évidemment
 aucun
 des
 deux
 premiers
 qui
 est
 responsable
 de
 l’assassinat
 du
 troisième
 !
 Que
 La
 Mole,
 catholique
 de
 quarante‐cinq
 ans,
fut 
exécuté 
parce
 qu’il
 était
 le
 conseiller
 politique
 du
 duc
 d’Alençon
 —
qui
 venait
 d’organiser
 une
 tentative
 de
 coup
 d’État.
 Que
 les
 complots
 de
 l’hiver
 1574
 ne
 furent
 pas
 une
 agitation
 de
 frénétiques
 ou
 d’incapables,
 mais
 une
 tentative
 désespérée
 des
 modérés de l'époque pour mettre fin aux guerres civiles en installant Alencon sur le
 trône.
 Que
 Marguerite
 n’a
 pas
 choisi
 «
le
 côté
 des
 opprimés
»
 (sic
 !)
 mais
 l’engagement auprès de son époux et de son jeune frère, seule voie possible pour elle
 après
 la
 Saint‐Barthélemy
 ;
 et
 qu’elle
 n’était
 pas
 une
 nymphomane
 mais
 une
 femme qui eut une dizaine d'hommes dans sa vie ! Qu'Henri III ne s'est pas entouré d’une
 bande
 d’homosexuels
 échevelés
 mais
 d’un
 groupe
 d’hommes
 sûrs,
 de
 noblesse
 moyenne, 
qu’il
 a
 hissés
 aux
 premiers
 rangs 
de 
l’État 
parce
 que 
la
 vieille noblesse faisait sécession... Oui,
décidément,
l’histoire
 est 
plus 
intéressante 
que 
la
 répétition sempiternelle des vieilles sornettes !

Notons
 toutefois
 que
 Chéreau
 introduit
 dans
 cette
 répétition
 quelques
 nouveautés
 —
comme
 tous
 ses
 prédécesseurs.
 C’est
 la
 première
 fois, 
notamment,
 qu’est
 mis
 en
 scène
 le
 viol
 de
 Marguerite
 —
par
 ses
 frères
 évidemment 
!
 Qu’Henriette
 de
 Nevers,
 la
 plus
 grande 
héritière
 du
 royaume,
 est 
ravalée
 au
 rang
 d’une
 dame
 de
 compagnie
 (elle
 introduit
 les
 visiteurs
 chez
 Marguerite
!),
 et
 campée
 sous
 les
 traits
 d’une
 harengère
 délaissée.
 Que
 des
 princesses
 de
 France
 sont montrées traînant sans escorte dans la capitale (rue Saint-Denis, peut-être ?) pour
 «
chercher
 des
 hommes
»
 afin
 de
 se
 faire
 trousser
 sauvagement
 contre
 les
 blocs de pierre...

La
 fin
 du
 XXe
 siècle
 sera‐t‐elle
 fière
 d’avoir
 ajouté
 ces
 petites
 pierres‐là
 à
 l’édifice
 de
 haine
 et
 de
 désinformation
 patiemment
 construit
 par
 les
 siècles
 passés 
?
 Ou
 sera‐t‐elle
 au
 contraire
 désireuse,
abandonnant
 ces
 oripeaux
 d’un
 autre âge, de renouer avec une histoire dont elle est séparée depuis si longtemps ?

C’est
 au
 public,
 à
 présent,
d’en 
décider.


(Là ou mon opinion diffère de cet article : Alexandre Dumas ne noircit pas aussi férocement les Valois que Chéreau, de plus son oeuvre possède une réelle valeur artistique. Chéreau, par contre comme beaucoup de prétendus artistes d'aujourd'hui, confond transgression politiquement encouragée (il ne s'agit pas de nager à contre-courant non plus, hein !) et ART. Alexandre Dumas est encore un modèle pour les créateur/trice.s d'intrigues romanesques aujourd'hui, gageons que Chéreau n'en sera pas pour ceux de demain).

samedi 12 février 2011

La Marie salope de Patrice Chéreau

Pour Richelieu et Mme de Lafayette, pour Voltaire, pour Stendhal encore, Marguerite de Valois n'était pas la «reine Margot», sobriquet inventé par Alexandre Dumas. Elle n'était pas non plus la princesse dépravée que la modernité associe à ce titre de fantaisie. Elle était la reine Marguerite, dernière représentante des Valois-Médicis et autrice de "Mémoires" fameux, édités tout au long de l'Ancien Régime - en France comme en Angleterre et en Italie, de la "Déclaration du roi de Navarre", qu'elle écrivit en 1574 pour le compte de son époux, le futur Henri IV, coupable d'une tentative de coup d'État, et le "Discours sur l'excellence des femmes", qu'elle rédigea au crépuscule de sa vie, s'inscrivant ainsi dans la «querelle des femmes» qui faisait rage en France depuis près de deux siècles - mais qui l'avait jusqu'alors bien peu intéressée.

(Éliane Viennot, professeure de littérature de la Renaissance à l'Université Jean Monnet de Saint-Étienne et membre de l'Institut universitaire de France a publié un ouvrage sur Marguerite de Valois regroupant ces trois écrits, première livre d'une collection intitulée «la cité des dames» consacrée aux classiques féminins de l'Ancien Régime).



Cet extrait de film est tiré de "La reine Margot" adapté très "librement" du roman de Dumas par Patrice Chéreau. Désolée pour tous celles et ceux qui l'ont malencontreusement "adoré" (j'ai lu cela quelque part) mais je dois exprimer ici mon indignation devant tant de bêtise et de mauvais goût de la part du réalisateur qui a défiguré et saccagé sans état d'âme un chef-d'oeuvre du roman classique. Sans doute cette oeuvre le dépasse t-il complètement. Dumas qui a lu les Mémoires de Marguerite de Valois bouscule un peu la chronologie des événements historiques et ajoute quelques romances et intrigues de son invention mais il ne fait qu'accentuer par là les traits marquants de l'histoire dans l'Histoire, les placer sous un éclairage intéressant et ressusciter une société disparue assez plausible, qu'il parvient à rendre attachante malgré ses excès. Il traduit bien et sans tomber dans la vulgarité ce grand écart typique du XVIe siècle entre sensibilité extrême et choquante barbarie. Chez Chéreau, il ne s'agit même plus d'un arrangement avec l'Histoire qui aurait la politesse de respecter un minimum la langue, un minimum le caractère des protagonistes, un minimum la vérité historique, non : tel un graffiti barbouillé sur la Joconde, on est en pleine déprédation.
Portraits de Marguerite de Valois
Dumas qui a un sens inné du théâtre démarre le roman sur deux scènes simultanées assez burlesques : l'une où, le jour du mariage, Margot échange avec son amant le duc de Guise trois mots en latin (car elle est érudite et Dumas le souligne tout au long du livre) pour lui donner rendez-vous le plus discrètement possible pendant la nuit de noce, et l'autre où, au même moment, Henri de Navarre taquine puis rassure sa maîtresse jalouse et lui promet pour lui prouver son amour de passer sa nuit de noce avec elle. Moliéresque dans la construction, c'est une entorse faite à la réalité historique puisque les nuits de noce de princes étaient rarement une affaire privée.
La scène du mariage représentée dans la vidéo avec le coup que donne Charles IX à sa soeur pour lui faire dire "oui" correspond à ce qu'on a plus tard prétendu au sujet de la cérémonie afin d'obtenir une annulation du mariage sous le motif qu'il avait été forcé alors que ce n'était pas le cas. Dans ses Mémoires, Marguerite de Valois décrit une cérémonie normale si on excepte l'estrade devant l'église catholique et tout ce qui a trait à un mariage oecuménique. Passons sur le geste brutal qui n'est ni dans le roman ni dans l'Histoire et admettons qu'il ait un intérêt cinématographique (un coup à une femme c'est bon ça coco), la suite n'en est pas moins pitoyable de grossièreté.
Portraits de Henri III encore duc d'Anjou dans le film
On voit le futur Henri III, cheveux longs et gras, visage au teint bistre et au regard libidineux souhaiter à Henri de Navarre la "bienvenue dans la famille" en ajoutant : "une famille un peu particulière...pas si mal..tu verras "(genre : hinhinhin...tu ne sais pas sur quels dingues tu es tombé mais tu vas t'en apercevoir : tout le monde couche avec tout le monde chez nous) : vulgaire. Le frère du roi (duc d'Anjou en 1572) est le futur Henri III, donc, qui ne porta pas autrement les cheveux que courts, frisés et dressés comme c'était la mode à l'époque. D'une nature délicate et raffinée, Henri III était un homme particulièrement soigneux de sa personne et adorait composer des vers. Il possédait une grâce naturelle qu'il tâchait de mettre en valeur. La vulgarité lui était assez étrangère.
Portraits de Charles IX
Charles IX n'arbora jamais non plus cette tignasse aussi longue que grasse portée tout au long du film par Jean-Hugues Anglade (très grand acteur MALGRÉ les dialogues nullissimes de Chéreau, et qui réussit malgré eux et cette coiffure débile à ressembler au vrai Charles IX! Chapeau!).
Pour en revenir au stupide "bienvenue dans la famille" il aurait été bien ridicule de la part du duc d'Anjou de parler à son petit-cousin Henri de Navarre comme à un parfait étranger !
Henri épousait sa propre petite-cousine
, soit la petite-fille du frère de sa grand-mère. Le couple et toute la fratrie dont les parents étaient cousins germains avaient des arrières-grands-parents communs. De plus, fils de France et princes du sang se connaissaient tous comme les doigts de la main depuis le berceau, étant déjà une famille avant même de se marier, chacun sait (du moins je le croyais) quels problèmes de consanguinités traînaient avec elles ces anciennes familles royales qui ne se mariaient guère au-delà du cousin au 2e degré.
Ce dialogue niais et gratuit témoigne donc d'une absolue méconnaissance des coutumes monarchiques* (*je ne suis pas monarchiste) de quelqu'un qui prétend faire un film sur la monarchie.
Je passe sur l'air de psychozombie déterré et possédé de Catherine de Médicis dont j'ai déjà parlé ailleurs, et je voudrais qu'on m'explique l'intérêt de faire passer la maison des Valois pour un lupanar, Marguerite de Valois pour une Marie Salope, Henri de Valois pour un pauvre pervers et Henri de Navarre pour ce personnage tourmenté et sur le qui-vive incarné par Daniel Auteuil, excellent acteur du reste pour incarner les personnages de Michael Hanecke, mais qui ne cadre pas du tout avec le renard, fin, facétieux, campagnard et très sûr de lui que fut Henri de Navarre non seulement tel que le présente Dumas dans son roman mais tel qu'il a du être réellement. Henri de Navarre
Dans le film ce futur grand roi mendie sans la moindre dignité l'amitié de sa femme en se plaignant d'être détesté de tous (si dans le roman il exprime un moment donné la même plainte ce n'est pas du tout mais alors pas du tout dans cette position de mendiant), le couple se balance leurs parents morts à la figure comme le feraient des saoûlographes ou des imbéciles, du coup on parle de "mariage blanc" (ce qui nous ramène brutalement au XXe siècle et à la controverse des mariages "mixtes") et Marguerite "just married" prend des allures de super chipie pour dire à son désormais époux "personne ne m'oblige à coucher avec vous". Hormis la platitude et encore une fois, la vulgarité d'une telle phrase, elle est de plus d'une absurdité inégalable puisque historiquement c'est exactement le contraire : on l'obligeait à consommer le mariage et cela dès la nuit de noce. Si Dumas fait faire chambre à part aux protagonistes, ce n'est pas du tout pour que Marguerite puisse faire bisquer Henri (tu ne m'auras pas nananèreuh!) mais pour les besoins de son intrigue qui est la suivante : tous deux amoureux de leur côté d'une autre personne, les deux enfants de France sont surpris par ce mariage politique qui leur tombe dessus sans crier gare et ils se voient obligés de ménager la susceptibilité de leurs amant.e.s afin de les conserver, tout en se protégeant mutuellement des manipulations royales sans éveiller les soupçons quand à leur séparation de corps convenue AMICALEMENT. Quand Catherine s'en aperçoit ils changent de tactique...Un vrai tour de force qui non seulement ne fait pas peur à Dumas mais ce dernier parvient à mêler en permanence de l'humour au drame sans jamais tomber dans la vulgarité ce que Chéreau ne souhaite ni rendre ni comprendre.

Toutes les scènes de ce film sont calquées sur l'extrait publié ci-dessus où les phrases bêtasses et mesquines alliées aux apparences négligées des hommes et très déshabillées des femmes n'ont strictement rien à voir ni avec le roman pillé ni avec le siècle représenté. Les dialogues ont le niveau affligeant d'écoliers dans la cour de récréation d'une école primaire, les personnages présentent des comportements d'enfants attardés extériorisant à tout va les manifestations d'une libido désordonnée d'adolescents qu'aucun tabou n'arrêteraient. Cette surexcitation sexuelle la plupart du temps incongrue sur fond de tueries apparement érotisantes sert de suspens à un propos réduit à deux questions omniprésentes : qui va coucher avec qui et qui va tuer (ou a tué) qui.
C'est la Saint-Barthélémy des cinéastes qui veulent à tout prix assassiner la littérature.

vendredi 25 juin 2010

Marguerite de Valois et la loi salique





Pour confirmer ma théorie précédente, voilà deux portraits de Marguerite de Valois dite la reine Margot. Celui du haut est de Francois Clouet, celui du bas et de...."Anonymous".

Je ne peux m'empêcher de rendre ici un hommage à Pierre Bourdeille, seigneur de Brantôme qui vanta dans sa "Vie des dames illustres" les mérites de cette princesse et rédiga à l'occasion un long pamphlet (qu'on devrait bien faire figurer dans les livres d'histoire) contre la loi salique considéré par lui comme absolument inique :

De plus, si elle (Marguerite de Valois) sçait bien parler, elle sçait autant bien escrire. Ses belles lettres, que l’on peut voir d’elle, le manifestent assez ; car ce sont les plus belles, les mieux couchées, soient pour estre graves que pour estre familières, qu’il faut que tous les grands escrivains du passé et de nostre temps se cachent, et ne produisent les leurs quand les siennes comparoistront, qui ne sont que chansons auprès des siennes. Il n’y a nul qui, les voyant, ne se mocque du pauvre Ciceron avecques les siennes familières. Et, qui en pourroit faire un recueil, et d’elles et de ses discours, ce seroit autant d’escole et d’apprentissage pour tout le monde: dont ne s’en faut esbayr; car, de soy, elle a l’esprit bon et prompt, un grand entendement, sage et solide. Bref, elle est vraye reyne en tout, qui meriteroit de regir un grand royaume, voire un empire: sur quoy je feray ceste clisgression. d’autant qu’elle fait à nostre subject.
(…)
Et puisqu’il est juste qu’en Espaigne, Navarre, Angleterre, Escosse, Hongrie, Naples et Sicille, les filles regnent, pourquoy ne l’est-il juste tout de mesmes en France? Car ce qui est juste, il est juste partout et en tous lieux, et le lieu ne fait point que la loy soit juste.


Tant de fiefs que nous avons en France, duchés, comtés, baronnies et autres honorables seigneuries, qui sont quasy, mais beaucoup, royales en leurs droicts et privileges, viennent bien aux femmes et filles, comme nous avons Bourbon, Vandosme, Montpensier, Nevers, Rhetel, Eu, Flandres, Bourgogne, Artois, Zellande, Bretaigne; et mesmes comme Mathilde, qui fut duchesse de Normandie; Eléonor, duchesse de Guyenne, qui enrichirent Henry II roy d’Angleterre; Béatrix, comtesse de Provence, qui l’apporta au roy Louis son mary; la fille unique de Raimond, comtesse de Thoulouse, qui l’apporta à Alfonse, frere de sainct Louis; puis Anne, duchesse de Bretaigne, de frais, et autres: pourquoy le royaume le France n’appelle à soy aussy bien les filles de France?

La belle Galatée, lors qu’Hercule l’espousa après sa conquesle d’Espaigne, ne dominoit-elle pas en la Gaule? du mariage desquels deux sont issus nos braves, vaillans et genereux Gaulois, qui d’autresfois se sont tant faict vanter.

Et pourquoy sont les filles des ducs en ce royaume plus capables de gouverner une duché ou une comté, et y faire justice, qui approchent de l’authorité du roy, plustot que les filles des roys de gouverner le royaume de France? et comme si les filles de France ne fussent aussy capables et propres à commander et regner, comme aux autres royaumes et grandes seigneuries que j’ay nommées!

Pour plus grande preuve de l’abus de la loy salique, il n’en faut d’autre que celle de tant de chroniqueurs, escrivains et bavards, qui en ont escrit, qui ne se peuvent accorder entre eux de son etymologie ny deffinition.

Les uns, comme Postel, estiment qu’elle prit son ancien nom et origine des Gaules, et qu’elle fut appellée salique, au lieu de gallique, pour la proximité et voisinage que la lettre G en vieil moule avoit avecques la lettre S; mais c’est un reveur en cela (comme je tiens d’un grand personnage), ainsy qu’en autres choses.

Jean Ceval, evesque d’Avranches, grand rechercheur des antiquités de la Gaule et France, l’a voulu rapporter à ce mot salle parce que ceste loy estoit seulement ordonnée pour salles et palais royaux.

Claude Seissel, assez mal à propos, a pensé qu’elle vient du mot sal en latin, comme une loy pleine de sel, c’est-à-dire de sapience, par une metaphore tirée du sel.

Un docteur ès droicts, nommé Ferrarius Montanus, a voulu dire que Pharamond fut autrement appelé Salicq.

Les autres la tirent de Sallogast, l’un des principaux conseillers de Pharamond.

Les autres, pensant subtiliser davantage, disent que, par la frequence des articles qui se trouvent dans icelle loy, commençans par ces mots, si aliquis, si aliqua, elle prit sa derivaison; d’autres, qu’elle est venue des François Saliens, comme est faict mention dans Marcellin.

Enfin voylà de grands rebus et reveries; et ne se faut esbayr si M. l’evesque d’Arras en faisoit la guerre à M. le cardinal de Lorraine: ainsy que ceux de sa nation, en leurs farces et jongleries, croyans que ceste loy fust de nouvelle impression, appelloient Philippe de Valois le roy trouvé, comme si, par un nouveau droict et non jamais recognu par la France, il se fust faict roy. (...) Et ne faut doubter que les filles, venans à la couronne, mesmes quand elles sont belles, honnestes et vertueuses comme ceste-cy, n’attirassent plus le cœur de leurs subjects par leurs beautés et douceurs, que toutes les forces des hommes.

(...)

Voyez que dit encor M. du Tillet: «Par la loi salique, escrite pour les seuls subjects, quand il n’y avoit fils, les filles heritoient en l’ancien patrimoine. Qui voudroit regler la couronne, mesdames, filles de France, au deffaut des fils, la prendroient; et néanmoins elles en sont perpetuellemeut excluses par coustume et loy particulière de la maison de France, fondée sur la magnanimité des François, qui ne peuvent souffrir d’estre dominés par les femmes.» Et ailleurs dit: «Il se faut esbahir de la longue ignorance qui a attribué ceste coustume à la loi salique, qui est contraire.»

(...)
Certes, si les femmes savoient manier les armes aussy bien que les hommes, elles s’en feroient accroire, mais, en recompense, elles ont leur beau visage, qu’on ne recognoit pas comme on debvroit; car, certes, il vaut mieux d’estre commandé de belles, gentilles et honnestes Femmes, que des hommes fascheux, fats, laids et maussades, comme jadis il y en a eu en ceste France.

Je voudrois bien sçavoir si ce royaume s’est mieux trouvé d’une infinité de roys fats, sots, tirans, simples, faict-néans, idiots, fols, qui ont esté (ne voulant pourtant taxer nos braves Pharamonds, nos Clodions, nos Clovis, nos Pepins, nos Martels, nos Charles, nos Louis, nos Philippes, nos Jehans, nos Francois, nos Henrys, car ils ont esté trop braves et magnanimes ceux-là: et bien heureux estoit le peuple qui estoit soubs eux), qu’il n’eust faict d’une infinité de filles de France qui ont esté très-habiles, fort prudentes et bien dignes de commander. Je m’en rapporte aux regences des meres des roys comment on s’en est bien trouvé.

Fredegonde, comment administra-elle les affaires de France pendant le soubs-age du roy Clotaire son fils, les administrant si sagement et dextrement, qu’il se vit, avant que mourir, monarque de la Gaule et de beaucoup de l’Allemaigne.

Le semblable fit Mathilde, femme de Dagobert, à l’endroict du roy Clovis deuxiesme, son fils; et, long-temps après, Blanche, mere de sainct Louis, laquelle s’y comporta si sagement, ainsy que je l’ay leu, que, tout ainsy que les empereurs romains se faisoient appeler Augustes, en commemoration de l’heur et prosperité qui s’estoit trouvée au grand empereur Àuguste, aussy toutes les reynes meres anciennement, après le decez des roys leurs marys, vouloient estre nommées reynes Blanches, par une honorable memoire tirée du gouvernement de ceste sage princesse. Encor que M. du Tillet contredit un peu en cela, toutefois je le tiens d’un grand senateur.

Et, pour passer plus bas, Ysabeau de Bavière eut la regence de son mary Charles VI, estant alteré de son bon sens, par l’advis de son conseil; comme aussy fut madame de Bourbon du petit roy Charles VIII son frere, en son bas age; madame Louise de Savoye du roy Francois premier et la reyne mere du roy Charles IX son fils.

Si donc les dames etrangeres (fors madame de Bourbon, car elle estoit fille de France) ont esté si capables de gouverner si bien la France, pourquoy ne le seroient les nostres telles, et ne la gouverneroient aussy bien, et d’aussy bon zele et affection, puisqu’ elles y sont nées et y ont pris leur laict, et que le faict leur touche?

Je voudrois bien sçavoir en quoy nos derniers roys ont surpassé nos trois filles de France dernières, Elizabeth, Claude et Marguerite; que si elles fussent venues à estre reynes de France, qu’elles ne l’eussent aussi bien gouvernée (sans que je veuille pourtant taxer leur suffisance et regence, car elle a esté très-grande et très-sage) aussy bien que leurs freres. J’ay ouy dire à beaucoup de grands personnages bien entendus et bien prevoyans que possible n’eussions-nous eu les malheurs que nous avons eus, que nous avons et que nous aurons encor; et en alleguoient des raisons qui seroient trop longues à mettre ici. Mais voylà, ce dit le commun et sot vulgaire: «Il faut observer la loy salique.» Pauvre fat qu’il est! Ne sçait-il pas bien encor que les Germains, de l’estoc desquels nous sommes sortis, avoient accoustumé d’appeler les femmes à leurs affaires d’Estat, tout aussi bien que les hommes, comme nous apprenons de Tacite? Par là nous apprenons que ceste loy salique a esté despuis corrompue, puisqu’ils les ont senties dignes de commander; mais ce n’est qu’une vraye coustume, et que les pauvres filles, qui estoient foibles pour debattre leurs droicts par la pointe de l’espèe, comme il se debattoit anciennement, les hommes les en excluoient et chassoient du tout. Ah! que ne vivent maintenant nos braves et vaillans paladins de France, un Roland, un Renaud, un Ogier, un Olivier, un Deudon, un Graffon, un Yvon, et une infinité d’autres braves, desquels la profession estoit, et la gloire, de secourir les dames et les maintenir en leurs afflictions et traverses de leurs vies, de l’honneur et biens, pour maintenant combattre le droict de nostre reyne Marguerite! laquelle, tant s’en faut qu’elle jouisse d’un seul poulce de terre du royaume de France, duquel elle est si noblement sortie, et qui possible luy appartient de tout droict divin et humain, (...)

"