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samedi 29 janvier 2022

REBRÛLER L'ÂME DES SORCIÈRES

Hier j'étais auprès d'un feu de bois en plein air que nous avons pris l'habitude d'organiser, nous autres bêtes noires du camp du Bien. Le BIEN étant maintenant de suivre les desiderata de gouvernements corrompus mais assimilés à des saints à la faveur d'une pandémie totalement fortuite, cela va de soi et Honni soit qui mal y pense. Certain.e.s qui furent autrefois nos ami.e.s nous exècrent. Leur haine est dictée par la peur de mourir véhiculée par les médias.

Le lien entre semblables est rompu grâce à une ingénieurie sociale tellement au point que des gens autrefois censés n'y voient que du feu, justement. 

Le phallus a contre-attaqué avec talent et menace plus que jamais la vie sur Terre, en particulier celles des femmes, grâce à des méthodes vertigineuses de perversion. Malheureusement les féministes contemporaines poursuivent sans sourciller leurs combats habituels avec leurs méthodes habituelles COMME SI DE RIEN N'ETAIT et malheur à celles qui voient des bitocrates gigantaux (mais non homologués) se cacher derrière les petits bitocrates bien connus et estampillés. 

Tout en s'émerveillant de la danse changeante des flammes au gré du vent, nous, bêtes très très noires, donc, et telles le Cadichon de la fable de La Fontaine, responsables de tous les maux, y sommes allé.e.s de nos souvenirs d'enfance de feux de bois et c'est ainsi que j'ai appris qu'au Maroc, à la fin du ramadan, on fait de grands feux pour REBRÛLER L'ÂME DES SORCIÈRES. Des fois que l'âme des sorcières n'auraient pas vraiment brûlé et reviendrait en ce monde. 

Cette info m'est venue d'un citoyen allemand d'origine marocaine qui s'est dépêché d'ajouter qu'en ce qui le concernait, il savait bien que les sorcières n'étaient que des herboristes et des guérisseuses mais qu'enfant, il n'avait pas été en mesure de se pencher sur la question. 

Je me suis alors livrée à des recherches sur internet mais, mis-à-part que dans le monde musulman et autre, on trouve encore des femmes accusées de sorcellerie, je n'ai trouvé aucune signification à ces feux de fin de ramadan. Il faut dire que la moindre recherche mène tout le temps au co*o*a. Les recherches sur le mot "feu" mènent à l'incontournable "cou*re-feu" mais cela n'a rien à voir avec rien, bien sûr, même si il est déjà impossible de se dépêtrer de cette montée en épingle d'une unique particule devenue le Diable.

 Rien que de très normal.

Comme la particule sphérique à petites pointes (d'après l'image d'Épinal qu'on nous en donne, vue qu'elle est invisible, en fait) est le Diable, Les filles de celles qu'on n'aurait "pas-réussi-à.brûler" comme se proclament féministes vont désormais tenir la torche pour mettre le feu à notre bûcher de supposé.e.s suppôt.e.s du Diable, quand le moment de l'extermination des mauvais.e.s citoyen.ne.s sera venu. Jamais auparavant je ne m'étais sentie si proche des victimes du troisième Reich. Se taire, se cacher, organiser des rencontres clandestines, la peur au ventre, voilà où nous en sommes. En particulier en Allemagne où je vis  

C'est le truc hallucinant que j'ai découvert depuis l'apocalypse en cours : à la faveur d'une manipulation de masse, des personnes d'habitude en lutte contre le système peuvent se révéler d'épouvantables normopathes, pensant nécessaire à leur survie de collaborer activement à la destruction de leurs autrefois semblables.  

"Le tortionnaire ne pourraient faire carrière s'il n'y avait des normopathes pour les justifier" tweetait, il n'y a pas longtemps, @alanloff.

"Les pires dommages proviennent de la majorité silencieuse qui, voulant juste survivre, obéit et collabore à tout". Sophie Scholl en 1929.


*Faut ségréguer pour mieux régner.

 

 Danse de la sorcière par Mary Wigman (1929), une membresse du projet Monte Verità, d'ailleurs.

Mary ne savait pas qu'un jour des "sorcières" masquées, testées, piquées et bientôt marquées du sceau de la Bête tiendraient un jour la torche pour rebrûler l'âme de leurs aïeules.


dimanche 23 janvier 2022

Moravagine (mort au vagin) ou la fascination de l'écriVAIN pour les féminicidaires

    À la recherche d'un endroit où vivre en "commu" loin des injecteurs de mort subite qui nous retirent nos droits fondamentaux et par ailleurs à la recherche du pourquoi un café dans le Berlin des années 80 s'appelaient "Mora", j'ai réussi, ô surprise, à trouver un point commun entre les deux recherches!

   Étonnant comme des choses d'apparence étrangères peuvent se retrouver liées. 
 
  Le café s'appelait Mora en l'honneur du livre "Moravagine" de Blaise Cendrars.
Ah bon.

  À la source de ce livre, on trouve entre autres une "commu" des années 1900 où un psychiatre prônait une forme d'utopie féministe matriarcale!

Oui mais Moravagine veut dire "Mort au vagin" en fait. 

Alors ?
En y regardant de plus près, on ne peut s'empêcher de penser qu'Otto Gross, le psychiatre anarchiste désavoué par Freud (quoique cela ne veut pas dire grand chose), se voulait féministe mais c'était surtout la liberté sexuelle qui l'intéressait. Poursuivi par la police pour son implication dans la mort de Lotte Hattemer et de Sophie Benz et dépendant de diverses drogues, il décède dans une clinique de Pankow (quartier de Berlin) en état de manque. Autre version: il décède dans un entrepôt de Spandau (autre quartier de Berlin).

C'est donc une enseignante berlinoise, Lotte Hattemer (Berlin 1876- Ascona 1906), qui cofonda la comunnauté de Monte Verità (le mont de la Vérité) à Ascona avec la pianiste et féministe Ida Hofman, sa soeur Jenny ainsi que les frères Gustav et Karl Gräser. Crée en 1900, la communauté pratiquait entre autres le nudisme et le végétarisme. Fille du maire de Berlin et d'une mère conservatrice wilhelminienne, Lotte fuit sa famille d'origine pour travailler comme serveuse dans un bar du port de Hambourg où elle rencontre d'autres jeunes gens issus de la bonne société allemande en rupture avec celle-ci. Ensemble, elles et ils cherchent un lieu où démarrer un autre concept de société basée sur l'anarchisme. Après avoir séjourné un temps au bord du lac de Côme où la baronne Antoinette de Saint-Léger née Antonietta Bayer s'adonnait à la botanique, le groupe s'installe à Ascona. Il pratique le végétarisme auquel Lotte ajoute le jeûne et où elle témoigne d'un intérêt grandissant pour la théosophie. Elle meurt empoisonnée par un cocktail de cocaine et d'opium. Otto Gross quitte Ascona deux jours plus tard.
 


                                                         Ida Hofman et Lotte Hattemer

La pictoresse Sophie Benz, enceinte d'Otto Gross, est tuée ou se suicide, cinq ans plus tard, en 1911, d'une overdose de cocaine à l'âge de 26 ans. Suite à la mort des deux jeunes femmes, la police recherche Otto Gross pour enquêter sur une éventuelle participation à leur suicide. Il reconnaît avoir donné cinq grammes de cocaine et dix grammes de morphine à Lotte Hattemer. Il l'aurait fait pour lui éviter de souffrir en se tuant. La police ne va pas chercher plus loin. Lotte était une excentrique et surtout une femme, circulez, il n'y a rien à voir. 

Il semble que le personnage principal du Moravagine de Blaise Cendrars est un mélange des deux criminels féminicidaires, Otto Gross d'une part et Adolf Wölfli d'autre part, emprisonné pour tentative de viol sur deux mineures. 

Malgré son titre, le film ci-dessous, concocté l'année dernière en Allemagne, est un divertissement sur le thème de l'anti-bourgeoisie du début du vingtième siècle dans lequel une jeune femme découvre sa passion pour la photographie en rejoignant Monte Verità pour fuir son mari violeur. Les fondateurices de Monte Verità n'y sont représenté.e.s que comme figurantes. La personn(ag)e principale est totalement fictive. La blonde qui se jette à l'eau tout habillée représenterait Lotte Hattemer. L'autre blonde dans la maison (les deux blondes ont les mêmes vêtements et la même coiffure) interpréterait Ida Hofman. Bref, en plus d'avoir la difficulté de ne pas les confondre, on n'y apprend rien du tout sur elles.


vendredi 1 juin 2018

68 en Allemagne : Friederike Hausmann la femme penchée sur le corps de Benno Ohnesorg

L'année dernière, sous la pluie, devant l'opéra de Berlin, la gauche allemande a projeté sur un écran en plein air, un documentaire satirique sur la visite du Shah d'Iran, pour commémorer l'assassinat par Karl-Heinz Kurras de l'étudiant Benno Ohnesorg, durant la manifestation du 2 juin 1967 organisée contre la visite officielle de Mohammad Reza Pahlavi et Farah Diba. Cet événement passe pour marquer le début des événements de 68 en Allemagne, ainsi que la formation du Mouvement du 2 Juin et de la Fraction armée rouge.
Parmi les intervenant.e.s, il y avait le fils de Benno Ohnesorg qui n'a jamais connu son père, sa mère étant enceinte de lui au moment du meurtre. D'autres témoin.e.s d'époque étaient également présente.s. mais pas la femme de l'une des photos les plus célèbres de l'histoire contemporaine allemande.

Cette photo d'une femme penchée sur le corps de Benno Ohnesorg continue encore aujourd'hui à faire le tour du monde.

Qui était-elle, celle dans les bras desquels mourut l'étudiant Ohnesorg ? Elle exprima par la suite combien il est traumatisant d'assister à la mort, en temps réel, d'un inconnu surtout quand on ne s'y attend pas (il n'était pas encore mort quand elle s'est penchée sur lui). Mais que le sentiment d'irréalité avait commencé bien avant, avec l'attaque particulièrement violente de la police.
Les étudiant.e.s qui manifestaient devant l'opéra avait été poussé.e.s dans une ruelle jusque dans une cour d'où illes ne pouvaient fuir. La police s'était ensuite ruée sur la foule avec des matraques. Un coup de feu avait retenti. Benno Ohnesorg s'était soudain écroulé et sans même réfléchir, la jeune femme avait mis son sac sous la tête de l'homme tombé à ses pieds. Ensuite, trou noir. Elle ne se souvient plus de ce qui s'est passé avant qu'elle ne se retrouve plu tard hors de la cour, dans la rue, avec du sang sur les mains et ne se rappelle pas le moins du monde de ce qu'elle a fait ou dit ou de ce qui s'est produit autour d'elle, une fois Ohnesorg décédé.

 Friederike Hausmann qui étudiait alors l'histoire et le latin à la Freie Universität de Berlin et avait pour souhait de devenir enseignante, portait ce soir-là une tenue de soirée, ayant prévu de déjouer la police en se mêlant aux invité.e.s afin de les surprendre avec des slogans contre le régime du Shah. Mais cela ne s'était pas déroulé ainsi. La police avait dès le début ceinturé la manif. Il était impossible d'approcher le groupe des invité.e.s. Friederike Hausmann fut poussée avec les autres dans la cour fatale. Elle n'a pas entendu le coup de feu mortel ni vu d'appareil photo la photographier et ne savait pas que cet homme allongé là ne se releverait plus jamais.

  Ni qu'elle ne pourrait plus devenir enseignante. Car on ne lui permit pas d'enseigner. Elle tomba sous le coup du Radikalenerlass de 1972, une loi refusant l'emploi d'"extrémistes" dans la fonction publique.

Suite à l'effroyable meurtre dont elle avait été témoin.e, elle avait certes adhéré au SDS et assisté à des réunions du KPD-AO (organisation pour la reconstruction du parti communiste allemand), bien que selon ses dires, elle ne fut pas de nature radicale. Elle était une étudiante comme les autres qui, à l'époque, s'intéressait tout à fait normalement aux affaires publiques (ce qui n'est plus le cas des étudiant.e.s actuel.le.s tou.te.s pressé.e.s de se fondre dans le moule). La répression disproportionnée aux revendications de la manif du 2 juin lui aurait insufflé un élan radical. Mais ce ne furent pas les réunions politiques d'extrême-gauche auxquelles elle avait assisté qui furent invoquées pour l'écarter de l'enseignement. Il en fallait bien moins pour passer pour extrémiste. Sa voiture avait été apercue à plusieurs reprises à proximité de manifestations non autorisées.
C'est la raison qui fut avancée pour expliquer sa non-admission à la fonction publique.

Fuyant les années de plomb, elle s'installa à Florence en Italie et se redirigea vers la traduction de l'italien en allemand.

Elle traduira très classiquement Pétrarque et Umberto Ecco mais aussi des femmes politiques comme Lilli Gruber, autrice de plusieurs livres sur l'Islam et l'Iran, Barbara Spinelli, cofondatrice du quotidien La Repubblica et l'ex-dirigeante du parti communiste italien, Rossana Rossanda.

Elle publiera aussi ses propres livres dont quelques-uns sur des femmes de pouvoir au temps de la Renaissance italienne comme Alessandra Strozzi et Lucrezia Medici ainsi que d'autres du 18e siècle italien comme Marie-Caroline, reine de Naples.

Bien des années après, elle retourne au pays et, en 2005, elle est finalement autorisée à pratiquer l'enseignement. Elle devient prof de latin et d'histoire au lycée Christoph-Probst de Gilching près de Munich.


Elle dit, aujourd'hui, que cette photo qui revient en permanence dans journaux, livres et émissions sur l'histoire de l'Allemagne au 20e siècle, déréalise son souvenir.

Neanmoins, elle se rappelle ce que sa bouche en mouvement sur la photo réclamait: une ambulance. Vite.


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Nous remarquerons qu'en France le cliché emblématique de 68 représente un leader médiatisé de la contestation estudiantine. Celui que l'on appela alors "Dany le Rouge", roux et supposément communiste ,fixant effrontément un CRS, appelé alors "SS".
En France, la photo emblématique de 68 représente en quelque sorte l'ordre nouveau masculin défiant les forces de l'ancien ordre tout aussi masculin. Cette image est trompeuse puisqu'aujourd'hui, le jeune mâle qui défiait ses aînés sur la photo est devenu la mouche du coche capitaliste entraînant la calèche néolibérale et technocratique vers ce qu'il croit être l'"avant" et n'est autre que le ravin.

En Allemagne, le cliché emblématique de 68 (qui commence en 67) représente l'ordre nouveau masculin TUÉ par les forces de l'ordre masculin d'alors. On dirait que le Féminin opprimé anonyme telle Antigone constate, indignée, l'assassinat du fils par le père. Celles qui engendrent ces corps qu'on tue sont témoin.e.s de la haine de la vie qui est la marque du patriarcat. Antigone-Friederike est emmurée dans l'image de son indignation et désir de réparation par un Créon intemporel car il n'y a ni ordre nouveau masculin, ni ordre ancien masculin. Tant que le masculin domine, il n'y a ni modernité ni ancienneté, il n'y a qu'une continuité.
 
 

L'écrivain Édouard Louis dit, à propos de son livre "Qui a tué mon père", "la masculinité a été l'un des mécanismes qui a le plus détruit mon père". Ici 16:47
Il dit aussi qu'il y a une protestation aujourd'hui tout aussi forte et vivante qu'en 68 mais différente car elle s'est enrichie entre autres du féminisme.

Mais si partout dans le monde les manifestations de femmes sont devenues à ce point importantes que l'on ne peut plus les occulter, le patriarcat moribond va continuer à frapper de tous côtés comme un dément. Il tuera encore tout ce qui se mettra en travers de son chemin même si sa disparition est programmée. En conséquence, si nouvel ordre il y a un jour, il sera féminin, tout simplement parce que la préservation de la vie sur Terre l'exige.

vendredi 18 mai 2018

68 en Allemagne : "striptease solidaire" au tribunal




 Femen avant l'heure, neuf étudiantes membres du SDS manifestent seins nus, le 12 décembre 1968 au palais de justice de Hambourg. Le Spiegel qualifie l'action de "striptease solidaire". Le striptease consiste à se déshabiller lascivement pour exciter sexuellement la ou les personnes à qui il est adressé - le topless protestataire n'a pas ce caractère de soumission ou de jeu sexuel. C'est un symbole de rupture d'avec les codes sociaux masculins qui briment les femmes. Mais pour les hommes, surtout ceux de 1968, une femme qui se déshabille devant eux ne peut pas avoir d'autre intention que de s'adresser à leur sainte braguette. Les femmes de 1968 ne décryptent pas encore bien non plus, consciemment du moins, l'asexuité du topless à partir du moment où il est politisé. Elles sont encore très imprégnées du regard que les hommes portent sur ce genre d'action.


On le remarque aux paroles de la chanson qu'elles ont écrite pour les membres du tribunal. Elles semblent y comprendre leur action comme sexuelle ou sexuée s'opposant à la morale dominante. Néanmoins elles se percoivent comme des sujets et des non des objets sexuels.
Des sextrémistes ?
Le chant protestataire que les neuf amies entonnent en choeur est inspiré de Brecht et intitulé "Ballade pour un juge asexué" :

                            Messieurs aujourd'hui vous nous voyez nues devant vous
                             Et nous montrons nos seins à tous
                            Vous suivez mais seulement le jour ce qui est écrit dans la Bible
                            Ce que vous caressez lascivement c'est tout au plus le code civil
                            Ça pue dans cet État
                            Nous mettre en tôle
                            Vous trouvez ça moral"


Elles demandent l'annulation du procès d'Ursula Seppel accusée d'infraction à l'ordre public pour avoir crié "justice de classe !" dans la salle lors du procès d'un autre étudiant. Pour ce simple cri elle est condamnée à verser une amende de 200 DM. Elle a fait appel. 

  Ursula Seppel quelques minutes avant l'opération topless dans une blouse transparente


Ursula Seppel sur l'action topless : "Nous avons dû énormément prendre sur noues pour surmonter la pudeur inculquée par notre éducation".


Le juge ordonne de les faire sortir de la salle. La police les traîne dehors exactement comme les Femen aujourd'hui et avec la même résistance de la part des jeunes femmes.


Finalement Ursula Seppel sera acquittée pour manque de preuves.

Dans le courrier des lecteurs du Spiegel de l'époque sous l'article relatant l'événement, des hommes se permettent de faire des réflexions et de donner des appréciations sur l'aspect des seins des jeunes femmes. La forme du sein, le bout de sein, l'aérole... un médecin va jusqu'à mettre en avant qu'il est spécialiste (des seins ?) afin d'y aller de ses critiques minables.



Cet article est en partie traduit de ce lien

mardi 15 mai 2018

68 en Allemagne : Sigrid Fronius brise une fenêtre avec ses talons aiguilles




  Pendant qu'en France en 2018, une responsable de l'UNEF apparaît voilée pour ne pas perturber le repos de la bite ni en bougeant sa tête immobilisée dans un carcan ni en cassant quoi que ce soit avec ses talons, son homologue de 1968 était d'une autre trempe.

 Entrée par effraction dans le rectorat de la Freie Universität (FU) de Berlin pour l'occuper avec d'autres étudiant.e.s à l'instar de ce que s'est passé à Tolbiac, au Mirail et ailleurs cette année en France, la responsable de l'AStA (comité général étudiant de l'Université Libre de Berlin, équivalent de l'UNEF) qui pour la première fois est une femme, Sigrid Fronius, est abondamment photographiée par la presse lors de l'évacuation du rectorat par la police. Fronius a brisé une fenêtre avec sa chaussure pour pouvoir actionner la poignée de l'intérieur et faire entrer tout le monde.

Fronius raconte (dans EMMA Mai/Juin 2008) qu'elle n'a pas été maltraitée par la police contrairement à d'autres protestataires. Elle a même agrippé un jour un flic par derrière en le tenant par son uniforme jusqu'à ce qu'il relâche un autre manifestant.

Sigrid Fronius entre au SDS en 1965, se porte candidate pour un siège au parlement étudiant de la FU de Berlin et en 1968 cofonde l'Université Critique.
"Actuellement les vieilles universités qui sont des tours d'ivoire se transforment en usines d'ivoire où des vieux professeurs très sots une fois sortis de leur domaine de compétence fabriquent des étudiants pareillement sots". Élue la même année directrice de l'AStA qui n'avait jamais eu alors à sa tête que des hommes, elle organise l'occupation du rectorat lequel ne veut pas attribuer de locaux à la KU (Kritische Universität).
Sa parole est écoutée lors des teach-in qui ont lieu pendant les occupations (on n'est pas à la conférence des délégués du SDS et on n'y traite pas de questions féministes). Il y est question de la guerre au Vietnam, de la manipulation du public par les médias, des anciens nazis replacés à des postes de fonctionnaires, de l'autorité sous toutes ses formes, raconte l'artiste Susanne Kleemann qui vivra en communauté avec Fronius et son futur mari (de Kleemann), entre autres.
Fronius démissionne de l'AStA six mois plus tard.
En 1975 elle participe à la création du magazine féministe Courage.
Plus tard elle s'installe en Bolivie où elle se trouve encore actuellement.

"Quand j'ai voulu partir en Bolivie on a dit elle y va à cause de Che Guevara pour faire la révolution mais ce n'est pas vrai. J'avais besoin de calme. Auparavant j'étais une révolutionnaire enthousiaste et le suis encore. Notre devise était "Démolis ce qui te démolit" mais les dominants sont les plus forts pour ce qui est de démolir".  

Comme aujourd'hui avec les universités francaises occupées, la presse la plus lue manipulait furieusement l'opinion pour criminaliser le mouvement étudiant. La cinéaste Helke Sander dira que ce sont grâce à ces teach-in qu'elle prendra réellement conscience de la manipulation dont font l'objet les simples citoyen.ne.s. Et aussi après l'attentat contre Dutschke.

Sander réalise un film en 1968 qui s'intitule "BRISEZ LE POUVOIR DES MANIPULATEURS".

Image du film de Sander projeté à la cinémathèque du Centre Pompidou en mars 2018 comme on peut le voir sur ce lien.


À ce propos, Die SDS Linke d'Aix-la-chapelle (Aachen) et les antinucléaires ont organisé une manifestation contre la remise du prix Charlemagne à Macron. Les médias manipulateurs n'en ont pas parlé. 



dimanche 13 mai 2018

68 en Allemagne : création du festival du film de femmes

L'étudiante à l'académie du cinéma et de la télévision allemandes (DFBB), Helke Sander (à droite sur la photo), dont le discours à la 23e conférence des délégués du SDS provoqua un lancer de tomates sur les hommes qui squattaient la tribune et déboucha sur la création du mouvement féministe "Weiberrat" (voir entrées précédentes) s'alliera plus tard à une autre cinéaste féministe,




Claudia von Alemann (à gauche), qui étudia le cinéma à Ulm puis participa en 1968 à Paris (comme seule femme avec Agnès Varda) aux états généraux du cinéma créés pour bloquer le festival de Cannes malheureusement pas pour des motifs féministes mais pour la défense de la classe ouvrière. Le discours qui est servi aux féministes à l'époque : "une fois qu'on aura fait la révolution on s'occupera du cas des femmes". Claudia von Alemann le croit d'abord et réalise en 68 le documentaire :
Ce n'est qu'un début continuons le combat (Das ist nur der Anfang - Der Kampf geht weiter)
Puis elle n'a plus envie d'attendre.

Parenthèse sur les femmes et le cinéma dans les années 60 : il n'y a qu'une petite douzaine de réalisatrices Citons : Věra Chytilová, Agnès Varda, Mai Zetterling,
 Cristina Perincioli, Edna Politi, entre autres.

De la rencontre de Claudia von Alemann et Helke Sander naît en 73 le premier festival du film de  femmes d'abord appelé "séminaire", seule appelation qui permettait d'obtenir des subventions.
Au cinéma ARSENAL de Berlin-Ouest a donc lieu du 15 au 18 novembre le 1er Séminaire International du film de femmes organisé par Helke Sander et Claudia von Alemann. Titre : „Documentaires et films ciblés sur la condition des femmes“. Lors du séminaire de 4 jours il est question des „Femmes dans la la lutte ouvrière“, „La représentation des femmes dans les médias“, „ le §218 (sur l'avortement), la sexualité, la répartition des rôles“ et „le mouvement des femmes en Europe et aux USA“. Claudia von Alemann résume : „Ce fut une énorme réussite, en 4 jours nous avons présenté une quarantaine de films environ, presque uniquement des premières en RFA. 300 femmes et 5 hommes se sont déplacés.“



Un mois plus tard le forum international du cinéma d'avant-garde de Munich organisa un nouveau séminaire du cinéma de femmes sur  le thème de La condition des femmes, où furent invitées Alemann, Sander et Erika Runge.

en 1974

paraît le premier magazine féministe du cinéma Frauen und Film dont l'éditrice n'est autre que la cinéaste Helke Sander. Sujet du journal : „Interroger l'influence de la culture patriarcale sur le médium cinématographique, reconnaître et définir les approches d'une culture féministe, en retenir et en développer les interrogations“






Claudia von Alemann a tourné plusieurs films documentaires sur des femmes comme Germaine Greer, Ariane Mnouchkine, la photographe Abisag Tüllmann, et en 78/80 sur Flora Tristan, un docu intitulé "Le voyage à Lyon" qui obtint le prix de la critique allemande.


Les initiatives des réalisatrices pour exister malgré le cinéma masculin qui ne veut pas entendre parler d'elles se poursuivent jusqu'à aujourd'hui. Le festival de Cannes est un bastion machiste qui devrait être bloqué par les femmes comme il l'a été en 68 au nom de la défense de la classe ouvrière. Les femmes ne sont-elles pas les ouvrières des ouvriers?

En 78

Cristina Perincioli sort un film sur les violences conjugales intitulé "LE POUVOIR MASCULIN SE FAÇONNE DANS LA PATIENCE FÉMININE" (die Macht der Männer ist die Geduld der Frauen) autrement dit : si les femmes cessaient de se montrer patientes, le pouvoir masculin s'effondrerait.





Cette note est en partie traduite de ce lien

vendredi 11 mai 2018

68 en Allemagne : le tract du Weiberrat


COMPTE-RENDU DE RENDU DE COMPTE
                             

bite-en-moins bite-en-moins bite-en-moins bite-en-moins bite-en-moins

Nous n'ouvrons pas notre gueule !  Et si nous le faisons, rien n'en sort ! Si on la laisse ouverte, on nous la bourre : avec des bites petites bourgeoises, des baises forcées socialistes, des enfants socialistes, de l'amûûr, de la déréliction socialiste, de la grandiloquence, de l'excitation sexuelle mâle, du pathos intellectuel socialiste, du conseil pratique socialiste, des attouchements socialistes, de l'argument sexuel révolutionnaire, de l'orgasme pansocial, du BARATIN socialo-émancipatoire ! Si on en a marre, voilà ce qui se passe : du tapotement d'épaule, du paternalisme exacerbé ; puis nous sommes soudain prises au sérieux, alors nous voilà : formidables, étonnantes, on nous félicite, nous avons le droit de partager la table des habitués, on est des égales, alors on tape les textes, on distribue les tracts, peint les infos murales, lèche les timbres : nous sommes super ! Quand on a la gerbe : on est pénissenvieuses, frustrées, hystériques, coincées, asexuées, lesbiennes, frigides, mal-baisées, irrationnelles, pénissenvieuses, ennemies du désir, dures, viriles, compliquées, des garces, on "compense", on "surcompense", on est pénissenvieuses,  pénissenvieuses, pénissenvieuses, pénissenvieuses. Les femmes sont  a u t r e s !

LIBÉREZ SES ÉMINENCES SOCIALISTES DE LEUR BITE BOURGEOISE !



Tract du comité des bonnes femmes 1968




(Les noms numérotés de 1 à 6 = 6 sommités du SDS. Schauer Gäng Kunzelmann Krahl Rabehl Reiche

Schauer deviendra par la suite syndicaliste à IG Metall
Gäng spécialiste du Bouddhisme
Kunzelmann activiste d'extrême-gauche
Krahl décède 2 ans + tard
Rabehl est aujourd'hui militant d'extrême-droite
Reiche sexologue (lol)

Le Weiberrat aimerait la leur couper.

La liste se poursuit au verso avec d'autres membres masculins du SDS. Ex.: 15 Dutschke 16 Cohn-Bendit 17 Gaston Salvatore... ainsi que leurs principaux gourous masculins: 10 Habermas 19 Freud 22 Adorno 36 Mao 44 Marx 47 Lénine)

Sabine Zurmühl une témoine de l'époque qui cofonda par la suite le journal féministe Courage à propos des hommes du SDS : [ils] étaient vraiment épouvantables à entendre. Leur langage était codé. Et ce code on devait le maîtriser à fond sinon on n'était rien. Et les femmes du SDS n'étaient de toute manière rien".

mardi 8 mai 2018

68 en Allemagne : Ulrike Meinhof sur l'affaire des tomates




 Ulrike Meinhof (au centre) à l'époque du SDS

" (...)
  Les tomates qui ont volé à la conférence des délégués du SDS n'avaient aucun caractère symbolique. Les hommes dont le costume a été taché (que les femmes, comme toujours, ont dû nettoyer), ont été forcés de réfléchir à des choses auxquelles ils n'avaient jamais réfléchi. Il ne s'agissait pas d'organiser un spectacle pour la presse qui dissimule toujours tout, mais c'était bien eux qui étaient visés et qui ont pris des tomates à la tête. Et la femme, qui lanca les tomates, et celle qui en donna la raison, n'ont pas parlé d'expériences empruntées à d'autres et laborieusement communiquées mais ont parlé et agi pour elles-mêmes en donnant une voix à d'innombrables femmes.
Et elles n'en avaient rien à battre de savoir si ce qu'elles disaient possédait le niveau extrêmement élevé de réthorique pratiqué au SDS ni si tout cela avait la précision linguistique requise et non plus de savoir si Spiegel aurait été d'accord, elles auraient étouffé si elles n'avaient pas explosé. Des millions de femmes étouffent tous les jours à cause de ce qu'elles doivent avaler et prennent des médicaments pour se calmer - du contergan [thalidomide n.d.l.t.] si elles n'ont pas de chance, ou frappent leurs enfants, balancent la louche sur le mari, râlent et ferment la fenêtre, si elles sont un peu éduquées, pour que personne n'entende, ce que tout le monde sait : que les choses comme elles vont ne vont pas.
  La sorte de conflit qui après je ne sais combien de décennies a éclaté en public à Francfort - si du moins un éclat pareil s'est déjà produit - n'est pas de nature fictive, ni de celle qu'il y a moyen d'éviter comme ceci ou cela, ni non plus théorique ; tous ceux qui ont une famille la connaisse par coeur, mis à part qu'ici des personnes ont clairement fait savoir que cette affaire privée n'est pas une affaire privée.
Le rédacteur de Stern qui a tordu l'info à sa manière malveillante - un conflit qui couvait depuis des années, le SDS opprimant ses membres féminins - n'a juste pas remarqué qu'il ne s'agit pas seulement de l'oppression des femmes du SDS mais bien de sa propre femme, dans sa propre famille, par lui-même. Le rédacteur de konkret qui était là et a percu le lancer de tomates comme un incident entre des personnes et ces femmes qui refusaient qu'on les rappelle autoritairement au législateur quand ils se virent traitées de "défenseuses des droits des femmes", même lui, même s'il était également concerné, ne s'est pas senti touché, parce qu'il n'a pas été touché.
Et la suggestion de Reimut Reiche adressée aux femmes d'enfin refuser les relations sexuelles aux hommes, confirme le bien-fondé du reproche de Sander à savoir que les hommes refoulent totalement la polémique, puisque Reiche veut lui aussi replacer l'affaire dans la sphère privée, alors que c'est  justement ce que l'exposé assorti d'un lancer de tomates voulait à tout prix empêcher.
 Ces femmes de Berlin à Francfort ne veulent plus jouer le jeu, toute la charge de l'éducation des enfants retombent sur elles mais elles n'ont par ailleurs aucune influence sur ce à quoi, ce vers quoi et pourquoi on éduque les enfants. Elles ne veulent plus se faire insulter parce que pour éduquer des enfants elles ont dû arrêter leurs études, n'ont pas pu en faire du tout ou de mauvaises ou n'ont pu exercer leur métier, toutes choses qui laissent des traces dont on les rend à nouveau responsables. Elles ont clairement fait savoir que l'incompatibilité entre l'élevage des enfants et le travail rémunéré n'est pas le fait de leur ratage personnel mais a à voir avec la société qui a organisé cette incompatiblité. Elles l'ont parfaitement expliqué.
Elles ne se sont pas plaintes ni présentées comme des victimes qui demandent qu'on est pitié d'elles et de la compréhension et une machine à laver la vaisselle et l'égalité et blablabla. - Elles ont commencé à analyser la sphère privée dans laquelle elles vivent presqu'uniquement, dont la charge est à leur seule charge et ont constaté qu'objectivement les hommes sont les fonctionnaires de la société capitaliste chargés d'opprimer les femmes même si subjectivement ils ne veulent pas l'être. Puisque les hommes ont refusé d'aller sur ce terrain-là ils ont recu des tomates à la tête.
  Ce n'est pas de l'éternelle dispute conjugale que l'on parle mais du fait que cette dispute ressort du domaine public. La réaction des hommes à la conférence des délégués et celles des encore et toujours si "bienveillants" rapporteurs montre qu'il faudra encore les mitrailler avec des tombereaux entiers de tomates avant qu'ils captent quelque chose. La lecon à tirer de Francfort est qu'il faut que d'autres femmes et d'autres encore prennent conscience de cet antagonisme, s'organisent, le traitent, apprennent à formuler les choses, ne demandent rien d'autre à leur mari que de leur ficher la paix dans ce domaine et qu'ils lavent eux-mêmes leur chemise tachée de tomate".

ULRIKE MEINHOF dans konkret le 7.10.1968 (publié dans EMMA de ce mois)
Traduction libre.


dimanche 6 mai 2018

68 en Allemagne / LA TOMATE / Sigrid Rüger

Sigrid Damm-Rüger figure marquante de 68 née et morte à Berlin (1939-1995) est tombée avec d'autres dans les oubliettes du château-fort culturel masculin.

Parenthèse : La société patriarcale se garde bien d'entretenir le souvenir d'actions féminines sauf exceptions "prouvant" au monde que TRÈS EXCEPTIONNELLEMENT la bestiole femelle rejoint l'humain-homme supérieur. Car d'après je ne sais plus quel machiste célébré par la mâlitude pour sa grande sagesse (hahaha) le chat (la chatte ?) parvient aussi de temps en temps à se mettre sur ses deux pattes de derrière !

Bref, donc Sigrid Damm-Rüger fut une activiste féministe allemande qui s'illustra pour avoir mitraillé un homme de tomates pendant la 23e conférence à Francfort-sur-le-Main des délégués du SDS dont elle était membre.

Cela se produisit le 13 septembre 68, deuxième jour de la conférence qui devait durer cinq jours.

Parenthèse sur le SDS : le SDS ou Union socialiste allemande des étudiants est une formation issue du mouvement étudiant allemand créé d'abord comme syndicat indépendant proche du parti socialiste, puis indépendant du SPD et représentant la nouvelle gauche ouest-allemande (opposée au nucléaire et au réarmement).

Le SDS joue un rôle important dans les événements de 68 en Allemagne. Rudi Dutschke en fit une organisation anti-autoritaire proche des idées anarchistes et sans affinité aucune avec le socialisme d'Allemagne de l'Est. Très offensif contre la ligne néo-capitaliste suivie par la RFA, le SDS fut longtemps une épine dans le pied du gouvernement qui l'interdit en 1970.

Membre féminine très célèbre du SDS : Ulrike Meinhof et moins célèbres mais un peu quand même : Susanne Kleemann, Karin Struck, Helke Sander cette dernière ayant joué un rôle de premier plan dans l'affaire "tomate".

   

H.-J. Krahl, 3e en partant de la gauche (celui qui rit à gorge déployé)

On voulait ENFIN METTRE L'ÉMANCIPATION DES FEMMES À L'ORDRE DU JOUR, dira Sigrid Rüger quelques décennies plus tard pour expliquer son geste.

Jamais le problème de l'oppression des femmes n'était abordé en conférence. Helke Sander qui n'était pas encore une cinéaste renommée venait ce jour-là de faire un discours ne figurant certes pas au programme mais qui aurait tout de même pu soulever un débat puisqu'il traitait du cas particulier des femmes dans la lutte des classes. Pendant le discours il y eu des rires et quelques applaudissements mais par la suite le fil du programme fut repris comme s'il ne s'était rien passé. Ce fut insupportable à certaines femmes dont Sigrid Rüger.
Pendant le pause de midi, elle alla acheter un kilo de tomates à 70 pfennigs la livre et le montra à Helke Sander.

Hans-Jürgen Krahl la grande vedette du SDS, un ancien élève de Theodor Adorno traité par ce dernier comme son égal, parce que doué, très cultivé, orateur hors pair avec une mémoire d'éléphant, ce qui ne l'empêchera pas de mourir en 1970 dans un accident de voiture à l'âge de 27 ans, reprend le micro sans la moindre allusion au discours de sa prédécésseuse. Rüger l'interrompt et dit : "Est-ce qu'il t'est déjà arrivé de t'interroger sur le rôle des femmes ?" Krahl rit et répond : "Je vais y réfléchir". Puis il poursuit son discours entamé sans plus s'occuper de l'intervention de Rüger. Rüger l'interpelle à nouveau:




"Vois-tu, camarade Krahl, tu n'es rien d'autre qu'un contre-révolutionnaire et pire encore : un agent de l'ennemi de classe !". Sander ajoute : "Si le SDS n'est pas prêt à discuter du sujet du rôle des femmes il a mérité d'être traité comme il traite l'establishment". Là-dessus Rüger jette trois tomates (d'après le magazine Stern) une livre complète (d'après Sander) sur Krahl. Une le touche (d'après Spiegel, deux d'après Stern). Une femme s'interpose. Ines Lehmann. Dans un article paru en 2008 elle explique que le SDS avait plus d'importance pour elle que les revendications de Rüger et Sander. D'ailleurs l'affaire du lancer de tomates a signé le fin du SDS, d'après elle. Le patriarcat a malheureusement ses affidéEs.

Le silence se fait. Puis un énorme tumulte s'en suit. Les délégués hurlent.
Krahl essaie de poursuivre son discours. Ines Lehmann, alors activiste du SDS à l'affût de la moindre critique contre l'organisation, après s'être interposé entre Krahl et les tomates, prend le micro et accuse Rüger et Sander d'être des sécessionnistes.
La journaliste et écrivaine Hazel Rosenstrauch prend le micro à son tour pour défendre Rüger et Sander et critiquer Lehmann.
Dans l'après-midi, Rüger forme un groupe féminin effectivement sécessioniste : le "Weiberrat" (littéralement "le conseil des bonnes femmes"). Il s'y joint très vite trop de femmes. Les discussions personnelles sont rendues impossibles par le nombre et les nouvelles venues se sentent mises de côté. Il est donc dissout peu de temps après (hiver 68/69). Mais il s'en reformera un autre par la suite.  

C'est ainsi que le lancer de tomate de Sigrid Rüger marqua le début de ce que l'herstoire appelle en Allemagne (de l'ouest)la 2e vague féministe.
Plus haut Sigrid Rüger, aujourd'hui / Ci-dessus Sigrid Rüger à l'époque.


 Helke Sander pendant son discours féministe du 13.9.68 devant le SDS


Depuis ce jour, la tomate est devenue l'arme par excellence du féminisme allemand qui permet à la fois aux femmes de se faire entendre et de faire taire le bavardage masculin incessant qui ne nous concerne pratiquement jamais. 

Les féministes allemandes demandent de continuer à lancer des tomates.




"Continuez à lancer la tomate !"
Traduction de l'affiche : "du lancer de tomate au quota de femmes"


Le texte de cet article est en partie traduit de ce lien


samedi 31 octobre 2015

Quand on ne laisse aux gens plus rien d'autre... Ulrike Meinhof


"Ich halte die Straße keineswegs für ein ganz besonders geeignetes Mittel, seine Meinung bekannt zu machen.
Wenn man aber …einem aber nichts anderes übrig bleibt,
wenn man nicht über die Millionenauflagen von Springer-Zeitung und Illustrierten verfügt,
wenn man dann, wenn man öffentlich diskutieren will, auf Raumverbote stößt und auf Versammlungsverbote,
dann bin ich da allerdings der Ansicht, dass es da außerordentlich demokratisch ist, wenn es Leute gibt, die trotz all dieser Verbote, die einzige Öffentlichkeit, die dann für sie bleibt, nämlich die der Straße, benutzen, und davon öffentlich Gebrauch machen."
"Je ne considère pas du tout la rue comme un moyen particulièrement approprié  pour exprimer son opinion.
Mais quand... quand on ne laisse aux gens plus rien d'autre, quand on ne dispose pas de millions de journaux et de magazines comme Springer, dans ce cas,
si l'on veut débattre ouvertement et qu'on se heurte à une interdiction d'accès à une salle ainsi qu'à l'interdiction de se rassembler, dans ce cas, je suis d'avis qu'il est extrêmement démocratique que des gens utilisent, malgré toutes ces interdictions, la seule possibilité qui leur reste, à savoir la rue et en fassent un usage public".
Ulrike Meinhof dans le magazine politique "konkret", 1967. Musique, 2004, du groupe allemand électroacoustique, fondé en 1979, "Der Plan" (Le plan), dans son nouvel album "La conspiration" dont la vidéo commence par cette image :




                                                                                                                                               

samedi 29 août 2015

Britta Neander, musicienne, peintre, illustratrice

Britta Neander (1956-2004), musicienne et percussionniste, fonda à Berlin-Ouest en 1979 le groupe punk féminin "Carambolage" (qui, en allemand, ne veut pas dire "accident de bagnoles" mais "billard").
En 1988, elle chante avec son amie, la musicienne et journaliste, Christiane Rösinger dans le groupe Lassie Singers et créé plus tard avec la même amie le groupe de rock Britta (en 1997) dont les 2e et 3e albums ont été enregistrés en France par Blackbox Studio.
Elle s'occupe en outre d'une ferme pour enfants (comme les enfants sortaient peu de Berlin-Ouest et n'avaient pour ainsi dire pas de contact avec la nature, la ville a aménagé à l'époque des fermes spéciales pour les enfants). Elle y pratique la peinture ainsi que la création de très belles lampes de verre. Elle peint également des tableaux grand format pour quelques uns des nombreux bistros de la ville. Elle a, de plus, illustré des livres pour enfants dont l'un a été projeté sous forme de dessin animé à la télé.
Britta Neander décède en 2004 des suites d'une opération du coeur.

lundi 27 juillet 2015

Christina Kubisch, sound artist

Avant de présenter Christina Kubisch, j'ai envie de parler du film sur l'autrice-compositrice interprète de jazz Amy Winehouse. Il vient de sortir et que je viens de visionner. D'abord il s'appelle "Amy" ce qui ne nous change pas de ces femmes qui quand elles sont célèbres perdent automatiquement leur nom de famille - comme des putes ("toutes des", comme ils disent) - (quelques titres de films sur des femmes célèbres : Amy, Bessie, Séraphine, Artemisia, Frida, Elizabeth, Thérèse, etc... à comparer avec des titres de film de femmes pas célèbres : Aline, Joséphine, Nathalie, Geneviève, Hélène, etc... et le bouquet, bien sûr, étant les films à prénom féminin comme Christine qui ne parlent même pas d'une femme !). Ensuite, il n'y est à aucun moment question de son anorexie. On parle de sa boulimie mais on la voit à plusieurs reprises d'une maigreur qu'elle n'avait aucunement à envier à Peaches Geldof morte l'année dernière à l'âge de 25 ans. Si ces jeunes femmes n'avaient pas été aussi maigres, elles auraient mieux résister aux poisons qu'elles prenaient.
Le patriarcat, c'est aussi (sait aussi) réduire les femmes physiquement. Avant cette civilisation virilo-pathétique à supprimer absolument, les femmes avaient exactement la même carrure que les hommes (preuve : les squelettes de l'époque qu'il est impossible de sexuer par leurs dimensions, uniquement par les os amovibles des hanches chez les femmes), elles ont été réduites et ménopausées à force de carences étudiées par la mâlitude mégalosadique et de sédentarité forcée. Maitenant, SOUS NOS YEUX, EN TEMPS RÉEL, le patriarcat squelettifie les femmes. Car manque de bol, malgré tout ce qu'on leur fait subir, les femmes survivent aux hommes stressés par l'obligation de maintenir la domination ce qui les fait crever plus jeune. C'est dur comme job la torture ! Alors en affamant encore plus ces carnes trop coriaces, peut-être mourront-elles plus vite, se disent-ils et les collabos d'aussitôt collaborer. Le rêve masculiniste : des filles qui ne dépassent pas l'âge de trente ans. De la chair fraîche, quoi.
Amy Winehouse ne voulait pas être ultra célèbre. Elle voulait juste chanter du jazz. C'était une immense artiste Elle a été exécutée. 

 (Tiens je viens de me rendre compte que Sandrine l'a déjà écrit !)


Christina Kubisch, née à Brême en 1948, a d'abord fait des études aux Beaux-Arts de Stuttgart (67-68) puis à l'académie de musique de Hambourg ainsi qu'à l'académie de jazz de Graz en Autriche (69-72), encore à Zurich (72-76) et enfin (80-81) à Milan où elle a passé un diplôme dans le domaine de la musique électronique. À partir de là, elle a réalisé des installations sonores et des sculptures musicales qui ont été aussitôt exposées un peu partout.
Après avoir obtenu un prix important et de nombreuses bourses, elle est devenue professeuse honoraire à Berlin, puis à Saarbrück et à l'École Nationale des Beaux-Arts de Paris dans le cadre du DAAD.
Depuis 1997 elle enseigne à l'Académie des Arts de Berlin. Elle fait donc partie de la scène artistique berlinoise de l'Ouest des années 80 et y a exposé à cette période. L'une des ses productions :

jeudi 9 juillet 2015

Bettina Köster, reine du bruit

Bettina Köster, Queen of the Noise (reine du bruit) encore une artiste du Berlin-Ouest, punk et effervescent des années 80, à ne pas oublier.
Voici un morceau de sa composition, "grab me", à la sensualité rauque et délicieusement rugueuse bien dans le style de la ville emmurée :

samedi 4 juillet 2015

Claire Waldoff a t-elle inspiré Nina Hagen ?

Bon, je tente une entrée que je me promets de ne modifier en aucun cas pour ne pas courir le risque de la voir disparaître.
Donc à l'occasion de la radio des blogueurs saison IV organisée par l'épatant lolobobo (à ce propos, j'invite Nadezda et Urgonthe à participer) j'ai posté une vidéo de Nina Hagen que l'on peut revoir dans l'entrée précédente ou ici.
Je dis "revoir" parce que sa gestuelle est fort intéressante. Elle m'a fait terriblement pensé aux gesticulations de la célèbre cabarettiste berlinoise Claire Waldoff (1884-1957), qui, avec sa compagne Olga von Roeder (1886-1963) est une star du Berlin des années 20, danseuse, chanteuse, comédienne et également salonnière pour débats intellectuels lesbiens.

Les chansons de Claire Waldoff en jargon berlinois passent à la radio, son répertoire comprend plus de 300 morceaux et la vente de ses disques bat des records. Elle est drôle, caustique et sans complexe. Ses cibles préférées sont souvent masculines et ceux-ci semblent trouver cela mérité, ils en rigolent même les premiers, on dirait.  Mais avec l'arrivée des nazis, les ennuis commencent. En effet, le lesbianisme et les nazis ne sont pas compatibles, comme on sait. Waldoff va très vite être interdite comme aujourd'hui les Guignols de Canal + car on ne rigole pas avec une patriarchy qui se sent en danger.

ATTENTION, dans cette vidéo d'extraits de spectacles de cabaret des années 20, Claire Waldoff apparaît à 0.51. La danseuse comique du début est Valeska Gert !



  

jeudi 2 juillet 2015

Berlin-Ouest, années 80 : on "oublie" encore et toujours les femmes !

À l'heure où l'Allemagne (ré)écrit l'histoire du Berlin-Ouest des années 80 en oubliant la plus historique, la plus punk et la plus célèbre (Nina Hagen) (cf.: le dernier film d'Oskar Roehler ainsi que "B Movie" d'après le livre de Wolfgang Müller), c'est le moment de faire l'inventaire des filles de cette scène car on ne verra bientôt plus qu'un seul sexe, comme d'habitude.

Alors, parlons du groupe "Malaria!" (qui veut dire "mauvais air") fondé, entre autres, par Gudrun Gut, l'un(e) des pionni(è)r(e)s de la musique expérimentale, certes nettement moins rigolote que sa consoeur citée plus haut mais du coup collant autrement à l'esprit "No Future", caractériste de l'époque. Formé de cinq femmes sans le moindre élément masculin, ce groupe s'appelait à ses débuts Mania D. Un texte sur l'argent directement associé à des images de roues de tanks et un visage (celui de Gudrun Gut) sans arrêt haché par la lumière + un corps qui se meut désespérément entre les murs nus d'un abri anti-bombe, font de ce clip (que j'ai choisi) une oeuvre à l'esthétique lugubre parfaitement réussie !
Ma prochaine entrée concernera la guitariste et bassiste du groupe : Beate Bartel.
(OK, "B Movie" consacre plusieurs séquences à Gudrun Gut avec un morceau de "Malaria!" dans le propos mais, bien entendu, associé à une image de seins nus => Si tu veux être vuE, montre tes seins, c'est la morale patriarcale).

"GELD" (argent) par le groupe "MALARIA !" :  



mercredi 14 mai 2014

Alice Guy, le premier réalisateur qui ait jamais existé






Bien que je vienne de passer une demi-heure à tenter de mettre cette photo sur mon blog tellement il rame, je ne voulais pas laisser passer son presque anniversaire (bientôt quatre ans !) sans parler du festival de Cannes puisque
c'est à cette occasion que je l'ai commencé en 2010.
Pourquoi ai-je écrit "réalisateur" ? Réponse : pour signifier qu'Alice Guy n'est pas la première femme à réaliser un film (sinon j'aurais écrit "réalisatrice") mais la première personne au monde à avoir réalisé (et produit) un film. Comme pour les premiers dessins dans les grottes, comme pour les premières partitions de musique, peut-être même comme pour la roue, le feu et la majorité des inventions humaines, on dirait que ce sont les femmes qui inventent après quoi les hommes dominateurs, envieux et vexés dans leur orgueil, les poussent dans un ravin pour prendre leur place. Puis ils leur interdisent soit par décret soit par des moyens indirects, en les ignorant par exemple, comme on peut le voir au festival de Cannes depuis soixante ans, d'avoir une place créatrice dans la société, d'être célébrée et de voir ses oeuvres diffusées.
Jamais nous n'avons droit à une retrospective d'oeuvres féminines cinématographiques, et
certainement pas des films d'Alice Guy. Pendant que Fritz
Lang en fait l'objet régulièrement.

(J'ai découvert l'existence d'Alice Guy par l'intermédiaire de RFI : émission du 14.5.2014 "Autour de la question" (je crois) "Les femmes (sic) réalisatrices").

lundi 24 mars 2014

Sigrid Undset, prix Nobel de littérature

A l'occasion du Salon du livre de Paris qui s'est avéré une fois de plus particulièrement testostéroné, je rappelle que de grandes figures de la littérature tombent régulièrement dans l'oubli simplement par le fait d'être des femmes.
Qui sait que le prix Nobel de littérature 1928 fut une femme ?


Elle figure sur les billets de 500 couronnes norvégiennes et s'appelle Sigrid Undset. La trilogie "Christine Lavansdatter" qui lui a valu le prestigieux prix a été adaptée au cinéma avec Liv Ullmann dans le rôle principal.

Kristin Lavransdatter film.jpg

Ses livres seront interdits et brûlés sous Hitler. Elle s'enfuit en Suède où elle rentre dans la résistance puis passant par la Russie et le Japon rejoint New York. En 1944, elle siège à la commission américaine pour la protection et le sauvetage des documents historiques dans les zones d'opérations militaires.
De retour en Suède après la guerre, elle est décorée de la Grand Croix de l'ordre de Saint-Olaf par le roi de Norvège pour ses hauts faits de résistance.

vendredi 7 mars 2014

Germaine Dulac, réalisatrice féministe des années 1920

Mon femmage à l'occasion du 8 mars va à Germaine Dulac, une grande cinéaste, dont le film "La souriante Madame Beudet" (1922) est un petit bijou de féminisme.

mardi 4 février 2014

Sophie-Carmen Eckhart-Gramatté, compositrice

Sophie-Carmen Eckhart-Gramatté (1901-1974) est une compositrice, pianiste, violoniste et pédagogue canadienne d'origine russe décédée accidentellement sans avoir pu achever l'opéra qu'elle avait commencé de composer, ce qui est bien dommage car son talent est extraordinaire si l'on en juge par cette sonate.

vendredi 3 janvier 2014

Bonne Année combative 2014 !



(Deux pierres utilisées par les Suffragettes pour briser les vitres du palais de Buckingham il y a 100 ans)

TRÈS BONNE ANNÉE 2014 À TOU.TE.S ! 

Reviendrais bientôt sur les blogs. Suis temporairement prise par la lutte contre la prostitution en Allemagne (on avance).