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dimanche 22 mai 2022

Maria Renata Singer von Mossau, féminicidée

 Dernière victime d'une horrifique chasse aux sorcières dans la commune allemande de Würzburg en Franconie, Maria Renata (Marie-Renée) Singer von Mossau, née en 1679 et morte en 1749, était sous-prieure d'une abbaye de l'ordre des chanoines de Prémontré, un ordre canonial catholique créé au début du XIIe siècle qui s'évertua assez rapidement d'en évacuer les femmes parce qu'il s'agissait de femmes chantant dans des chorales où se trouvaient également des hommes et les choeurs sans distinction de sexe avaient été interdits par le 2e concile de Latran en avril 1139.

                                                                        


Néanmoins un certain nombre de cloîtres de femmes prémontréennes subsistèrent en Allemagne jusqu'à la Réforme (protestante) puis après celle-ci mais en moindre quantité.  

Maria Renata fut placée, à vingt ans, par sa mère, dans le cloître d'Unterzell qui se trouve à Zell sur le Main près de Würzburg. Remarquée pour sa conduite exemplaire, elle fut élevée d'abord au rang de sacristaine (féminin de "sacristain") puis de sous-prieure.

Mais en 1738, l'ambiance changea dans le prieuré et elle fut soudain l'objet de jalousie de la part d'autres nonnes. On lui retira ses chats et on se mit à la rendre responsable d'événements malheureux survenus dans la commune de Zell. Lorqu'en 1744, il fut question de 6 cas de personnes possédées par le démon, on chercha la responsabilité de son côté. Elle aurait rendu ces personnes malades au moyen de potions magiques à base de plantes et de racines (ah les plantes, ces ennemies des psychopathes !) et aurait aussi envoyé à certaines camarades de couvent des esprits infernaux pour leur faire endurer de grandes souffrances. 

Elle aurait été atteinte de somnambulisme, ce que se dit en allemand: "droguée de la Lune" ou "lunatique", ce qui l'aurait rendue encore plus suspecte, la Lune étant elle-même un astre très suspect pour la religion. D'autant qu'une nuit, lors d'une crise, elle aurait frappée une nonne au visage avec une "discipline" (sorte de fouet). En résumé : potions à base de plantes et violence en état de somnambulisme furent très vite suffisants pour faire de la femme qui dérangeait, l'objet d'un procès en sorcellerie. Ces procès-là ayant pullulé à l'époque.

En 1749, elle avoue devant un tribunal de nonnes être une sorcière. Après quoi, elle est déférée devant un tribunal séculier où elle avoue encore être coupable de :

- participation à des réunions avec le Diable 

- pratique de la Magie Noire

- participation à des sabbats de sorcières

- copulation avec Satan

- profanation de l'hostie

- faire apparaître des souris (oui, c'était soi-disant un pouvoir typique de sorcières)




Après quoi, elle est encore entendue par des ecclésiastiques appuyés par des experts de la Faculté de  Médecine. Comme quoi la médecine officielle est toujours l'alliée du pouvoir.

Elle est enfermée dans la forteresse de Marienberg, sur l'emplacement d'une ancienne abbaye fondée en l'an 700 par un père pour sa fille Immina. Maria Renata est condamnée au bûcher mais le nouveau prince-évêque de Würzburg qui n'approuvait pas ce genre d'exécution extrêmement douloureuse pratiquée par son prédécesseur (voir plus bas) fait commuer sa peine. Elle sera donc décapitée et son corps brûlé. 

Sa tête est plantée sur un piquet sur les remparts de la ville de Würzbug pour effrayer habitants et visiteurs. Comme quoi, la peur a toujours été le meilleur outil du pouvoir.

Le dramaturge contemporain Erich Kunkel (né en 1962) en fit une pièce de théâtre intitulée "Maria Renata" qui fut jouée à Würzburg en 2004. 

Avant l'exécution de Maria Renata Singer von Mossau, la plus furieuse des chasses aux sorcières d'Europe a sévi à Würzburg, conduite par le sanglant contre-réformateur et chasseur de sorcières de triste mémoire, le prince-évêque Philippe-Adolf von Ehrenberg (1583-1631). Rien que dans la ville de Würzburg, il fit brûler pas moins de 200 soi-disant sorcières en 4 ans.


                                               (Le corps de Maria Renata sur le bûcher) 


Le mausolée du féminicidaire P-A von Ehrenberg, érigé dans la cathédrale de Würzburg, ne fait pas moins de 2,6 m de hauteur. Comme quoi les assassins surtout féminicidaires continuent à être honorés dans toute l'Europe en "grands hommes". 

Dans les pages de son procès, on peut lire qu'enfant, Maria Renata accompagna son officier de père, dans ses campagnes militaires contre les Turcs (cf. la guerre austro-turque de 1683-1699) en Autriche et en Serbie. Elle a pour ainsi dire été élevée au milieu des camps de soldats qui ont du se faire un malin plaisir de lui raconter toutes sortes d'histoires effrayantes à base de superstitions. Après quoi, à 13 ans, à la mort de son père, elle fut prise en charge par sa mère, devenue veuve, qui entreprit de la reciviliser et de lui apprendre les bonnes manières. Mais, en grandissant, elle se serait mise à fréquenter clandestinement un jeune homme et, avec lui, aurait rendu régulièrement visite à une vieille tzigane qui vivait à l'orée de la forêt. Elle leur aurait montré toutes sortes de remèdes à base de plantes. Un jour, Maria Renata aurait retrouvé la femme morte dans sa cabane, probablement après s'être elle-même empoisonnée avec l'une de ses potions. Ses visites chez cette femme malfamée avec son amoureux secret furent éventées et sa mère fit alors entrer la jeune Maria Renata au couvent des Prémontré pour, encore et toujours, lui apprendre les bonnes manières, je suppose. Elle qui avait, avant cela, un vécu hors du commun, devait se sentir bien marginale au milieu de toutes ces filles cloîtrées, souvent depuis l'enfance, sans avoir jamais seulement un tout petit peu voyagé ni être entrées si peu que ce soit en contact avec la diversité des cultures. Comme quoi il ne fait pas bon être mêlée à des personnes surprotégées ayant une vision extrêmement étroite du monde. Elles ne vous pardonnent pas le champ élargi de votre conscience.

vendredi 10 août 2018

Les Créatueurs

Avec la découverte par l'homme (être humain de sexe mâle) de son implication dans la conception de son espèce mais sans savoir exactement laquelle, l'être humain de sexe mâle a concocté une interprétation du monde ultra-mégalomaniaque, capable de déclencher une réaction en chaîne aboutissant à une Apocalypse que l'être humain de sexe mâle a lui-même prédit.

 Car l'être humain de sexe mâle a bien saisi au fond que son interprétation du monde est totalement éronnée et, du coup, l'aboutissement de cette monumentale erreur lui est apparu dès le départ. Car, non, et il le sait, l'être humain de sexe mâle n'est pas le Grand Inséminateur ni le Grand Fertilisateur qui possède la graine unique à déposer dans le contenant "femme" (femelle) afin que cette graine d'humain de sexe mâle y germe pour créer d'autres humains de sexe mâle et ainsi de suite. Le petit homo même pas sapiens ne détient qu'UNE MOITIÉ de graine, un élément inutile et vain sans l'autre moitié détenue par le "contenant", l'indispensable ovule, et si elle ACCEPTE de l'accueillir en son giron.
Seule l'union des deux moitiés de graine permet la réalisation d'un nouvel être VIVANT.
Il a beau aujourd'hui le savoir, l'être humain de sexe mâle continue à agir comme s'il était le Grand Germinateur universel :
Dieu, le Créateur avec son Fiston dénommé Le Sauveur (de quoi ? des femmes à l'origine du "péché". Quel péché ? Ben le péché, quoi ! Ou peut-être le pêcher, un arbre fruitier, ou alors la croyance dans le serpent qui se mord la queue, va savoir, les arbres fruitiers et les serpents sont très suspects auprès de l'être humain de sexe mâle pour la vision du monde qu'il veut imposer. Et les femmes aussi, bien sûr, majoritairement défenderesses d'abres fruitiers et de serpents).

Même si la vérité sur la procréation est révélée depuis 1827 par Karl Ernst von Baer et que l'ovule possède 300 fois la taille d'un spermatozoïde, l'homme n'en continue pas moins de se voir comme le grand, l'unique CRÉATEUR.


Il s'est inventé un Père Créateur, un Dieu mâle, qui tiendrait l'univers entre ses mains géantes, pourrait mettre sa grosse patte de mâle partout et se déplacerait en rampant cul nu (ou pas) dans les airs.








Il aurait une multitude de Fils créateurs capables de surpasser la (vraie) Force inconnue qui produit la vie (c'est-à-dire pas Dieu) et fasciné à donf par SES MAINS capables de fabriquer des objets. Morts, certes, mais qu'importe. Cela ne lui donne t-il pas le droit de vie et de mort sur l'univers ?




Cette Force inconnue qui crée de la VIE est l'ENNEMIE MORTELLE de l'être humain de sexe mâle. Elle fait de l'ombre à monsieur qui-voudrait-bien-être-le-grand-créateur-de-l-univers, à l'aspirant-DIEU. Il lui a donc déclarer une guerre mortelle. Il s'apprête même à colporter cette guerre sur la planète Mars.

Le monde du Créatueur est fait de glorification d'objets morts (voitures, armes et autres) + se comprend comme linéaire = va d'un point A à un point B (comme une voiture et une balle de revolver) et ne revient jamais en arrière.
D'où l'expression masculiniste consacrée : "Tu veux revenir au temps des cavernes ?".

Sauf que la vision matriciste du monde est très différente. Elle est cyclique comme la Terre qui est ronde et se pense en Éternel Retour comme l'hiver et le printemps, l'été et l'automne qui reviennent chaque année, le serpent qui se mord, bref, enfin... malheureusement plus maintenant.

                         (la roue de la vie féminine / the women's wheel of life))

Avec la très sotte prise de pouvoir du Créatueur, le cycle de la vie est interrompu.

Tout cela parce que ces messieurs ont un problème narcissique gigantissime qui les empêche de souffrir qu'une Force invisible les dépasse. Une Force qui ne serait pas du tout mais pas du tout, un être humain de sexe mâle !

Il est donc temps de répondre à l'appel du mouvement écologie -féminisme révolutionnaire pour l'ABOLITION TOTALE ET IRREVERSIBLE DU PATRIARCAT.  

mercredi 7 novembre 2012

La justice et les femmes, historiquement parlant 2 (actualisé)

On sait que le médecin allemand Jean Wier fut un opposant farouche aux chasses aux sorcières. Le juriste francais Jean Bodin en était un partisan acharné et après avoir lu le livre de Wier écrivit ceci :

Wier calomiant cet article de la loi de Dieu (que la Sorcière meure soudain, Exode 22) n'a pas pris garde pourquoi la loi n'a pas dit le sorcier : car ce n'est pas épargner les sorciers ni les médecins et apothicaires, s'ils empoisonnent, et qui s'entendent beaucoup mieux aux poisons, que non pas les femmes : mais la loi de Dieu a voulu montrer que les hommes sont moins infectés de cette maladie et que pour un homme, il y a cinquante femmes, comme il est dit au proverbe hébreu : plus de femmes, plus de sorciers, c'est à dire merob naschim : merod Ih eschapim. C'est pourquoi Pline dit que les femmes sont excellentes en sorcelleries, c'est à dire, Feminarum scientam in veneficio praevalere : ce qu'il n'entend pas par poison, car il met pour exemple Circé, qui changeait les hommes en bête, ce que tous les poisons du monde ne sauraient faire. Aussi Quintilien (in Declamatio) dit, que la présomption est plus grande que la femme soit sorcière que l'homme, plutôt voleur que la femme : Latrocinium in viro facilius, veneficium in foemina credam. Qu'on lise les livres de tous ceux qui ont écrit des sorciers, il se trouvera cinquante femmes sorcières, ou bien démoniaques, pour un homme, comme j'ai remarqué ci-devant. Ce qui advient, non pas pour pour la fragilité du sexe à mon avis : car nous voyons une opiniâtreté indoutable en la plus part, et qu'elles sont bien souvent plus constantes à souffir la question que les hommes, comme il fut éprouvé en la conjuration de Néron (Tacitus, lib. 14), et après la mort d'Hippias tyran d'Athènes, que les femmes se tranchaient la langue pour ôter toute espérance de tirer la vérité. Et de plusieurs femmes martyres, il y aurait plus d'apparence de dire, que c'est la force de la cupidité bestiale, qui a réduit la femme à l'extrémité pour jouir de ses appétits, ou pour se venger. Et semble que pour cette cause Platon met la femme entre l'homme et la bête brute. Car on voit les parties viscérales plus grandes aux femmes qu'aux hommes, qui n'ont pas les cupidités si violentes : et au contraire les têtes des hommes sont plus grosses de beaucoup, et par conséquent ils ont plus de cerveau et de prudence que les femmes. Ce que les poètes ont figuré, quand ils ont dit que Pallas déesse de sagesse était née du cerveau de Jupiter, et qu'elle n'avait point de mère : pour montrer que la sagesse ne vint jamais des femmes, qui approchent plus de la nature des bêtes brutes. Joint aussi que Satan s'adresse premièrement à la femme, par laquelle l'homme fut séduit. D'avantage je tiens que Dieu a voulu ranger et affaiblir Satan, lui donnant puissance ordinairement et premièrement sur les créatures moins dignes, comme sur les serpents, sur les mouches, et autres bêtes brutes plutôt que sur le genre humain : et sur les femmes plutôt que sur les hommes, et sur les hommes qui vivent en bête plutôt que sur les autres. Joint aussi que Satan par le moyen des femmes attire les maris et les enfants à sa cordelle. Et par ainsi la résolution de la loi de Dieu demeurera, que la sorcière soudain doit être mise à mort, et la calomnie de Wier contre la loi de Dieu et des Magistrats exécutant son mandement sera rejetée. Car Wier est d'accord (lib.2, c.4 et lib.4, c.14 et lib.5, c..9 De praestigiis et saepe alibi) que les sorcières ont communication et paction avec les diables, et qu'elles font beaucoup de méchancetés à l'aide du diable, et néanmoins au livre De Lamiis, il dit tantôt qu'il n'y faut pas croire la confession des sorcières, et qu'elles s'abusent de penser faire ce qu'elles disent, et que c'est la maladie mélancolique qui les tient. Voilà la couverture que les ignorants ou les Sorciers ont prise, por faire évader leurs semblables, et accroître le règne de Satan. Par ci devant ceux qui ont dit que c'était la mélancolie, ne pensaient pas qu'il y eut des Démons, ni peut être qu'il y  eut des Anges, ni Dieu quelconque. Mais tremblent sous sa puissance, ainsi que nous lisons en l'Écriture, (Epistolae Jacobi 2) il confesse aussi par tous ses écrits qu'il y a de bons et malins esprits, qui ont intelligence et paction avec les hommes. Il ne fallait donc pas attribuer les transports des sorciers, leurs maléfices, et actions étranges à la mélancolie et beaucoup moins faire les femmes mélancoliques vu que l'antiquité a remarqué pour chose étrange que jamais femme ne mourut de mélancolie, ni l'homme de joie, ainsi au contraire plusieurs femmes meurent de joie extrême (Pline, Lib.7, Valere Max., Solin.) et puis Wier est médecin, il ne peut ignorer que l'humeur de la femme ne soit directement contraire à la mélancolie aduste(?), dont la fureur procède, soit qu'elle vienne à bile flava adusta, aut a succo melancholico, comme les médecins demeurent d'accord. Car l'un et l'autre procède d'une chaleur et sécheresse excessive, comme dit Galien au livre De atra bile. Or les femmes naturellement sont froides et humides, comme dit le même auteur, et tous les Grecs, Latins et Arabes s'accordent sur ce point ici. Et pour cette cause Galien (In libro de atra bile) dit aussi que l'homme étant d'un tempérament chaud et sec, en région chaude et sèche, et en été tombe en la maladie mélancolique, et néanmoins Olaus le grand, Gaspar Peucerus, Saxo grammaticus, et Wier même est d'accord avec tous les inquisiteurs d'Allemagne, que sous la région arctique, où la mer glace, et en Allemagne, Alpes et de Savoie tout est plein de sorcières. Or, il est certain que les peuples de septentrion, tiennent aussi peu de la mélancolie que les peuples d'Afrique de la pituite (...) 

On remarquera qu'il s'agit là d'une véritable caricature de tout ce que l'on peut lire aujourd'hui comme stupidités appuyés d'arguments scientifiques et de citations de grands hommes.
Ici il s'agit d'argumenter en faveur du meurtre de femmes. D'ailleurs il ne distingue à aucun moment les femmes des sorcières.
De plus on voit que Bodin insinue perfidement que Wier serait lui-même un sorcier pour défendre ainsi les sorcières !
 

Il y en a des pages de cet acabit.

Jean Bodin fait partie des "grands hommes" cités dans l'histoire du droit français et qui ont participé activement à son élaboration. Cela ne dérange point ces messieurs les juristes d'aujourd'hui d'honorer la mémoire d'un tel partisan de la persécution d'on ne sait combien de femmes dans son siècle ainsi que dans les siècles suivants. Que l'on ne s'étonne donc guère d'avoir une justice peu zélée sur la question de poursuivre ou non des crimes de type féminicide comme celui des viols en réunion de Fontenay-sous-Bois.

vendredi 14 septembre 2012

Le macho tel qu'il se voit

En direct de la blogosphère politique : Sur cette image nous distinguons un tout petit oiseau perdu à la merci d'un personnage proportionnellement immense, à la tête surdimensionnée et au corps grotesque qui le regarde avec des yeux (verts) de serpent hypnotiseur, les doigts maigres et écartés comme des serres prêt à le saisir (les prédateurs du petit oiseau étant le serpent et le rapace), la bouche édentée (comme celle d'une poule) est ouverte et exactement à la hauteur de sa victime. Ce personnage que l'on identifie à la fois comme humain à certains signes, dont le vêtement, et comme féminin au type de vêtement qu'il porte ainsi qu'à sa glabreté, a d'autre part des cheveux violets et désordonnés, symbole apparemment du mouvement féministe (d'ailleurs le vêtement combine lui-même rose, bleu et violet), et dont les militantes refuseraient d'aller chez le coiffeur/la coiffeuse.
Walt Disney a pensé à ce qu'il fallait et l'invention de ce personnage, on le verra, est utile au système.
Le petit oiseau, quant à lui, est jaune comme un poussin mais pas complètement pour ne pas être ridicule (il a plutôt la plume en bataille façon Gavroche, car, au fond, c'est un révolutionnaire), la tête humblement baissé, les yeux gentiment levés et les ailes écartés comme pour montrer qu'il est désarmé et prêt à la paix, et il est posé sur le bord d'une table, cela afin que le dramatique de sa situation soit plus apparent. Car que fait-on sur une table sinon manger à moins que l'on ne dissèque ?
Il s'y trouve des cartes à jouer symbolisant la cruauté du hasard et parmi les cartes retournées un quatre de pique indicateur de mauvaise compagnie en cartomancie. Autre élément menaçant : dans le fond de l'image apparaît une cheminée béante qui évoque la cuisson des aliments,certes, mais elle nous est présentée éteinte, froide et surtout noire comme une sortie bouchée.

Car l'oiseau n'a pas d'issu. Il est à la merci du monstre.

Pourquoi publie-je cette image ?

Il se trouve que depuis que j'ai rédigé mon billet proposant la création du terme "gynilité", je suis devenue par des biais détournés, la cible de certains blogs machos qui ont pour habitude de faire des billets goguenards sur les blogonistes qui leur déplaisent afin d'amuser leur public au moyen de blagues enfantines qui tiennent lieu d'analyses.

Le macho n'est donc psychiquement rien autre qu'un poussinet, à savoir un être volatile, immature et angoissé qui se sent seul à la merci d'une féminité hideuse et dévorante, qui plus est féministe.
La féministe est donc juste une sorte de mauvaise poule, une goule qui prend plaisir à persécuter son/un poussin (le macho étant incapable de voir la femme autrement que dans le rôle maternel avec lui-même dans le rôle du materné).
Ce serait assez ridicule si cette vision déformée du monde n'avait pas des conséquences désastreuses pour ledit monde.

Si vous avez le coeur à lire des platitudes puériles, je vous donne ici le lien du macho même si cela le booste sur la liste des top blog du web, ce concours auquel il est tant attaché (le macho étant un amoureux des concours "qui a la plus etc...").

Mais vous ne pourrez pas laisser de commentaires, la peur qui le domine l'ayant poussé à fermer l'accès de ses commentaires aux non-membres après que j'eûs laissé quelques remarques moqueuses qui ne l'ont pas fait rire. Ah non, tiens, il les a rouvert.

 Un autre blog de machos mais moins dominé par la peur et le manque d'assurance (machos assumés ?) puisque le blogoniste ne trie pas ses commentaires, avait précédemment clouer au pilori mon article sur la gynilité (mais sans le dire explicitement) afin que ses copains puissent se distraire en lançant sur ma personne les traditionnels tomates et oeufs pourris du moyen âge.
Pour finir il est bon de signaler qu'un blog politique non macho tenu par un homme existe (heureusement il n'est pas le seul), c'est celui des coulisses de Juan qui, du coup, est l'objet de nombreuses attaques et moqueries des piafs apeurés, et un autre blog qui subit ces mêmes attaques, c'est celui de Rosaelle qui a le toupet, étant femme, de ne pas faire du blog politique principalement ironique comme les autres blogueuses s'y astreignent sur le reste du web. Au lieu de cela, elle prétend s'indigner et ceci n'est autorisé aux blogueuses dans le domaine de la politique générale réservée aux hommes, comme nous le savons, que sous certaines conditions. Le faire à titre personnel ne faisant pas partie de ces dites conditions, bien évidemment.

jeudi 31 mai 2012

Encore un film que vous ne verrez pas à Cannes

Bon, finalement, après le festival le plus nul du monde, mon film préféré que je réalise moi-même, c'est moi en train de sortir du métro pris par la caméra de surveillance du quai de ma station. Je le visionne tous les jours sur l'écran de contrôle et je dois dire que je ne m'en lasse pas.
Il a quelque chose de Haneke mais l'héroïne est une femme autonome sans qui que se soit en train de lui servir de béquille car elle n'est ni accompagnée de bobon (masculin de bobonne) ni de maman et pourtant elle ne va pas se faire égorger au prochain coin de rue puisqu'on la revoit chaque jour.
C'est du Haneke version féministe.
Mais montrer les femmes de cette facon dans notre société c'est impensable au cinéma, voyons !
C'est pour cela que Frémaux conseillera désormais aux militantes de la Barbe de faire comme moi si elles tiennent absolument à voir un film réalisé par une femme avec sa vision du monde.
Il ne va pas accueillir des femmes autonomes dans un lieu comme Cannes, tout de même ! Ca le salirait.
Non mais vous avez vu une réalisatrice se pavaner avec une belle actrice sur des escalier faisant face à une avenue ensoleillée en bord de mer ombrée de palmiers ? C'est grossier ! Ou pire : une réalisatrice avec un jeune acteur au visage d'ange ? C'est immonde ! C'est pour cela qu'au festival il ne peut y avoir que des réalisatEURS. Seul un homme est fait pour se balader avec une beauté à son bras.
C'est physiologique.
Comme uriner debout.

Pour le cabinet ministériel des Droits des Femmes, pareil. Vous vous imaginez ce qui se passerait si la ministre des Droits des Femmes était entourée de femmes pour s'occuper de femmes ? Comment les hommes sauraient-ils si elles s'occupent bien d'elles-mêmes ?
Seul un homme sait réellement ce qu'est une femme !
C'est une science innée chez lui.
Tandis qu'une femme...mais que peut-elle bien savoir des femmes ?

Bon finalement nous aussi nous avons notre milice saoudienne pour empêcher que les femmes ne deviennent trop autonomes : sauf que chez nous elle se cache dans les cabinets ministériels...



 Et hop ! Encore un film que vous ne verrez pas à Cannes !

Ajout 1er juin - Monologue de l'héroïne :

- Que je sorte de ce centre commercial ?!
- Je vous montrerai qui va sortir du centre commercial !
- Ce ne sont pas vos affaires.
- Pourquoi vous me suivez ?
- Qu'est ce que vous me voulez ?
- Le gouvernement ne vous a pas envoyé pour me suivre.
- Le gouvernement a dit qu'il n'y aurait pas de persécution (de femmes).
- Votre travail est d'informer la population et ensuite de circuler.
- Vous n'avez pas le droit de harceler les gens.
- Assez. Sortez de ce centre commercial. Allez-vous en. Qui va s'en aller ?
- Ce ne sont pas vos affaires.
- Vous ne voyez pas les autres femmes ici qui montrent leurs cheveux - Ce n'est pas votre affaire.
- Je suis libre de mettre du vernis à ongles, si je veux.
- S'il vous plaît, partez. Moi je ne partirai pas. Qu'est ce que vous allez me faire?
- Je ne partirai pas.
. Je ne bougerai pas d'ici. Je ne bougerai pas d'ici.
- Pour votre information, je suis en train de filmer tout ça. Ici. Souriez à la caméra.
- (Aux policiers) vous êtes en mission n'est-ce-pas ? et bien vous avez ici une plainte d'une citoyenne pour harcèlement et peu importe si cela vient du gouvernement officiel ou non.
- Pour votre information, la vidéo est en route pour twitter et facebook pendant que nous parlons.
- Encore un mot de vous et je l'envoie à Abd-Al-Latif Aal Al-Sheik et il vous demandera des comptes.
- Vous n'êtes pas mon chef et vous n'avez pas à me dire de ne pas porter de vernis à ongles.
- Du rouge à lèvres sur ma bouche ? Viens, regarde ma bouche. Honte à toi !
Et il prétend craindre Dieu...
Ne le laisse pas me suivre. J'ai le droit de me balader dans ce centre commercial si je veux.    

(Explication : apparemment le grand mufti d'Arabie Saoudite a demandé que l'on arrête de persécuter les femmes sur des "détails" mais comme partout, on ne perd pas si facilement les "bonnes" habitudes. Cette femme est aujourd'hui activement recherchée par la police, non pas pour s'être défendue mais "pour avoir filmer des gens en public", ce qui serait formellement interdit par la loi islamique).

A propos de l'Arabie saoudite qui (à mon avis) menace chez nous ce qui reste de nos libertés féminines de par l'influence économique de ce pays ultrarichissime en Europe et dans le monde (principe des vases communiquants), cet article de Serge Halimi du Diplo sur l'impunité saoudienne.
Et ici : les conditions de vie des saoudiennes (elles sont soumises à une tutelle masculine permanente).

mercredi 23 mai 2012

La prostitution vue par les femmes ne fait pas rêver Frémaux (actualisé)

"Frémaux ne se bat pas seulement contre les films de femmes qui existent, il se bat contre les films à venir. Les réalisatrices ne font pas rêver Frémaux. Tous les discours grandiloquents sur le cinéma se taisent soudain face à cette perspective. Cannes ne vend plus du rêve, mais de la « conséquence » et de « l’illustration. » De la « neutralité » et de la « qualité ». Le spectre du « quota » lui recroqueville la peau des couilles comme la perspective d’un waterboarding glacé dans un Guantanamo d’Amazones. Introduire un biais dans le jugement cannois qui en est absolument, éternellement dénué, quelle horreur !
Confession intime. Dans mon cinéma personnel repassent en boucle les images de Beau Travail, de Claire Denis (qui n’a jamais eu la palme). Les légionnaires dansent sous le soleil, promesse éternelle d’un film à venir que Thierry Frémaux ne veut pas que je voie, parce qu’il y a au fond pour lui quelque chose de plus important que le cinéma : le privilège masculin".


Extrait du billet de damien babet sur le sexisme cannois.

(Merci à mad meg pour le lien)

Autre chose : si les films de Claire Denis sont visibles en Allemagne, les films de Dorris Dörrie qui passent tous le test de Bechdel haut la main ne le sont pas ou presque jamais en France (un seul film a été montré et le hasard faisant bien les choses, c'est le seul où le héros est un homme (Cherry Blossoms)).

Je publie quand même ici la bande-annonce de son dernier film qui n'est ni une comédie comme "La Coiffeuse" , "Personne ne m'aime" et "Suis-je belle ?", excellentes autodérisions féminines mais un film ou une fille de l'est sans permis de séjour qui se prostitue (oui, encore) tombe amoureuse d'un JEUNE punk et à la fin il y a l'assassinat d'un des dégoûtants clients qui font vivre et empêche de vivre. Voilà du film.

Rien pour Frémaux, c'est sûr.

Je parierais qu'il a été éjecté de la sélection du festival....
Ajout du 24.05 : traduction des dialogues :

(Scène des présentations avec poignée de mains)
- Je m'appelle Irina (avec fort accent yougoslave).
(Scène de l'escarpolette :)
- Attention, bientôt arrive le "Wuppdich" !
- Le quoi ?
- Le moment où tu es en haut et tu as l'impression un court instant de t'envoler et c'est super.
(Scène avec voiture de police, Irina qui fuit et son ami qui la rattrape :)
- Ils me renverront dans mon pays.
- Mais non, personne ne te renvoie... pourquoi devrait-on te renvoyer ?
(Flash back : arrivée des chars en Bosnie (?)) 
- Tu n'as aucune idée, toi tu en sursis [= en liberté conditionnelle]...
(Scène d'étreinte :)
- Est-ce que tu peux me toucher, me tenir les mains ? Je ne veux pas t'oublier même en rêve.
(Scène du journal froissé :)
- Qu'est-ce qui s'est passé avec ton job ?
- Je l'ai bazardé. Une saloperie de job.
- Mon job aussi est une saloperie (scène du type qui pose l'argent et dit "Je mets l'argent ici") je voudrais les tuer ces sales types mais je fais le job ! [Irina veut dire que c'est mieux de travailler que de ne pas travailler ; elle s'exprime dans un allemand approximatif]
(Scène du sac en plastique sur la tête :)
 - Qu'est ce que tu fais ?
- J'essaie de me donner la pêche.

A la fin, mais ce n'est pas dans la bande-annonce, Irina, debout devant le cadavre de son prostitueur, dit "c'est un cochon mort avec une queue morte". C'est sûr que ça n'a rien à voir avec l'Apollonide comme film !
Dans une interview pour le Tagespiegel (quotidien berlinois) Doris Dörrie déclare : il y a toujours quelque chose de mythique et de romantique dans la représentation masculine de la prostitution, c'est pourquoi je me suis efforcée de montrer une Irina la plus laconique et terre-à terre possible.

lundi 21 mai 2012

"c'en est peut-être fini du festival de la couille"

...ah bon ?

Voilà exactement deux ans aujourd'hui que j'ai démarré ce blog et je ne vois en rien une quelconque fin du "festival de la couille" se profiler.
Mon premier billet ne concernait pas vraiment le festival de Cannes mais j'y faisais allusion en passant. À l'époque, on commentait avec beaucoup d'humour sur certains blogs les ridicules déguisements féminins qui y étaient visibles et qui n'étaient pas sans évoquer meringues et pièces montées, toutes choses destinées normalement à être manger, la coutume viriarcale consistant à nutrimentionner les femmes (= transformer en nourriture ; du moins dans leur apparence, mais avec une constance qui confine à l'obsession, ce sexe considéré comme celui de la "passivité" (comme ce qui se mange)).

Tandis que personne ne songe à de la pâtisserie en voyant un costard-cravate.

D'où vient mon titre ? "c'en est peut-être fini du festival de la couille" ? On le trouve dans un article en ligne sur un réalisateur de cinéma que je ne nommerai pas pour ne pas lui faire de pub. Ces gens-là se faisant assez de pub tous seuls et toute l'année et même pour les siècles des siècles, amen.
Dans le festival 2012, il n'y a rien qui ressemble de près ou de loin à une fin quelconque du festival de la couille bien au contraire, tout ressemble sérieusement à son retour en force.

En dehors du film dans lequel une femme déglinguée au possible va permettre à un homme de devenir un héros (le film de J.A sus-mentionné), nous avons droit à deux films sur la prostitution vue par la mâlitude ambiante : dans l'un des deux, encore une déglinguée sauvée par un héros nettement plus rance en âge (le héros, pas la déglinguée pensez donc !) mais la vieillesse mâlétudinaire n'étant pas gênante dans le monde de la couille : aïdon l'amour entre bourgeon et fruit pourri ! Dans l'autre film c'est l'inverse, d'infâmes vieilles s'achètent sans vergogne de jeunes pauvres, noirs de surcroît (titre : Paradis - Amour). Il paraît par contre, là, que ce n'est pas moral. D'ailleurs un homme ferait-il une chose pareille ? ça méritait vraiment d'être présenté (et sans doute primé) à Cannes. (Il paraît que le réalisateur a mis une certaine complaisance à filmer les rides et la peau flasque de ces clientes de prostitués, les clients de prostituées qui sont infiniment plus nombreux (rapport de 1 à 100 millions au minimum) constituant un parfait non-sujet).

La seconde guerre mondiale ("Dans la brume") est, qui l'eut cru, encore présente dans cette sélection  avec une question réservée au guerrier mâle : suis-je du bon côté de la barrière ou pas ? c'est la sempiternelle grande cause qui préoccupe l'homme à l'époque de Fukushima (tandis que la femme se demande ce qu'elle va mettre pour sortir si par le plus grand des hasards elle y est autorisée).

Voilà donc les grandes causes dont doit s'occuper l'humanité selon la mâlitude :
la prostitution qui touche les hommes pauvres et qu'éviteraient sans problème les jeunes filles pauvres avec quelques efforts gérontophiles, et puis la sacro-sainte seconde guerre mondiale (résistants v collabos) sans laquelle le mâle n'a plus de repère dans l'existence.
Je ne vais pas faire le tour des sujets abordés mais une chose est sûre : ce sont des sujets qui en ont des grosses...couilles
   ...à poils gris.

Dans cet article de francetv on lit ceci : 
• L'ironie de "The Times"
Vendredi, le quotidien britannique The Times, pas vraiment enthousiasmé par le dernier long-métrage de l'Egyptien Yousry Nasrallah, en lice pour la consécration suprême, ironisait sur le débat du moment. "Un nombre conséquent des gens qui ont regardé le maladroit Après la bataille se sont demandés : n'y avait-il aucun film réalisé par une femme meilleur que celui-ci?", écrivait-il.




vendredi 20 mai 2011

Pistion et Fortunie au Québec ou la souffrance des femmes intéressent-elles seulement les hommes ?

"Les amours de Pistion et de Fortunie" d'Antoine du Périer, 1601, donne quelques indications non négligeables sur la sexualité de nos ancêtres, les (coqs) gaulois. L'auteur situe l'action au Québec. C'est, à l'aube du XVIIe siècle, le premier roman qui transporte ainsi le/la lecteur/rice au "Nouveau Monde". Et il se trouve dans ces pages une intéressante scène de dépucelage. Un dépucelage totalement consenti, certes, mais qui, néanmoins, à lire les plaintes de la jeune fille s'apparente plutôt à un viol puisque le jeune homme, Pistion, ne semble pas du tout se préoccuper de ce que ressent sa bien-aimée. Elle pousse des cris de souffrance, elle pleure : il n'en tient aucunement compte. Elle finit par lui dire :

„quel plaisir peux-tu tirer de mes soupirs et de mes douleurs? Ne veux-tu point arrester un peu ceste furieuse passion qui me tue? Te sera-t-il reproché de faire des funérailles, au lieu des noces de ta Fortunie, qui t'honore plus que soi-même? Refuseras-tu la vie à ta chère épouse, qui abattue de tes coups de la demande, que tu ne voudrais ôter au plus cruel de tes ennemis, si couvert de sang comme moi, il la requerrait à ta courtoisie? Que si pour te donner du contentement j'ai reçu de l'affliction, encore est-il raisonnable que tu retranches, pour l'amour de moi, quelque peu ce plaisir qui me fait tant de peine. Si tu as passé tant de jours sans avoir autre faveur que de me voir et de parler à moi, combien te dois-tu maintenant estimer heureux d'être couché auprès les lys et des roses de ce beau visage que tu peux amoureusement baiser quand tu veux! Que ces yeux qui ont allumé dans ton coeur ces vives flammes, te fassent maintenant pitié par ces larmes de leur affliction qui les veulent éteindre.“

Ce à quoi Pistion répond :

“Belle Princesse, vous n'en mourrez pas, croyez-moi, et la douleur que vous appréhendez, vous serait une autrefois autant qu'à ce coup insupportable, ce sont de douces morts que celles du mariage, que quelque jour vous désirerez plus souvent que les courtoisies que vous me demandez ; quelle apparence y a-t-il qu'en la possession de vos beautés il me reste encore du désir, qui rendoit mon amour imparfaite?“


Traduction : qu'elle cesse de se lamenter, "il n'y a pas mort d'homme" et elle va s'habituer.

Comme quoi le viol peut se nicher dans la relation amoureuse elle-même, mais on dirait que c'est uniquement un ressenti féminin car pour l'homme de cette histoire, apparemment, il n'y a PAS viol. La souffrance exprimée de toutes les manières possibles ne veut rien dire pour lui.

A ce propos et à propos des événements qui agitent la France actuellement :

quelques bribes de l'interview de la québecquoise Denise Bombardier dans cette vidéo :

"on a oublié qu'il y avait une victime potentielle...on a tout de suite inversé"

"les grands ténors sont montés aux créneaux : "c'est notre amîîî, il n'est pas violêênt"..."

"Il n'y a que les femmes qui savent si les hommes sont violents dans leur sexualité parce que...ce sont les femmes qui sont avec les hommes !"

"non, il n'y a pas eu cette retenue...elle n'a été appliqué que par quelques personnes"

"quand j'arrive en France et que je vois cela..."

"chez vous...il n'y a pas de sympathie pour la femme violée"

"j'ai entendu l'un de ces hommes dire une f...ation même obligatoire, c'est quand même pas un viol !"

"vous vivez encore dans un machisme archaïque"


Peut-on lui donner tort ?

[Cette vidéo est également relayé ici avec un témoignage bouleversant qui assure]

14.13 h : Emelire me signale une pétition à signer ici pour enfin sortir du pléistocène ! Et sur les victimes présumées de viol un article de Mix-Cité Paris ici

samedi 14 mai 2011

Le prieur pervers de Saint-Germain a encore frappé !

Je rappelle que le 19 janvier j'avais fait un rapprochement entre le prieur de Saint-Germain qui abusa éhontément de son pouvoir dans son abbaye pour violer des nonnes, mais se trahit en tentant ses pratiques sur la courageuse soeur Marie Heroët (la reine de Navarre avertie, le confondra et consignera l'affaire dans son Heptaméron) avec l'affreux Dominique Strauss-Kahn qui aurait commis une tentative (présumée) de viol aux États-Unis.


Admirez la prémonition !!!!

Pervers pépère est peut-être démasqué. Ouf ! Si ses agissements sont avérés, il est grillé pour les élections, j'espère. Quoique : on ne sait jamais dans un pays où l'on absout d'une main aussi légère le moindre Polanski, un président violeur pourrait même être parfaitement représentatif de la mentalité dominante !

Ajout de 12.34 h : un article du 22.10.2008 ici ou voir la même vidéo directement ici
+ coms sur la vidéo ici. DSK a un tel passif qu'il est étonnant (ou pas) qu'il ait pu un jour avoir été vendu comme le sauveur de la France !

jeudi 14 avril 2011

GEO n'a pas trouvé de femme à la Renaissance


Ce matin, j'ai feuilleté à la maison de la presse, le "GEO epoche" (GEO histoire, édit. allemande) sur la Renaissance qui vient de sortir.


C'est une très beau numéro avec de splendides reproductions, une mise en page intelligente et hautement esthétique, des articles extrêmement intéressants. Seule ombre au tableau : on ne trouve pas parmi ces pages la moindre compositrice, peintresse, mécène, femme de lettres, graveuse, sculptrice, poétesse, reine, théologienne, bref, une femme qui aurait laissé son empreinte personnelle (en tant que sujet) sur l'époque.
A en croire ce magazine, les femmes se faisaient mettre en musique, peindre, décrire en vers, sculpter, couronner pour le decorum et puis c'est tout.
Hier comme aujourd'hui et demain, il faut se rappeler que les femmes ne FONT rien.
Elles SONT. Ce sont les hommes qui FONT.
Les seules femmes admises dans le cercle des élus de ce magazine sont des potiches, pardon des modèles, comme la Joconde.
Vous allez me dire : de quoi tu te plains ? Elle figure sur la couverture !


mardi 8 mars 2011

Huit mars et marre de LUI

Alors en cette période de bilan wikio et de débat autour de la femme dans la blogosphère(et oui là aussi !) je vous présente le nuage de tags que wikio attribue à mon blog :

Alexandre Dumas Artistes Bavière Belgique Cinéma Culture Dramaturges Féminisme Femme Flandre France Gand George Sand Hongrie International Italie La Rochelle Léonard de Vinci Littérature Loisirs Metteurs en scène Molière Patrice Chéreau Patrice Chéreau Patrice Chéreau Réalisateurs Roland Emmerich Science Société Théâtre Venise William Shakespeare William Shakespeare

vous remarquez qu'il n'y a pas une seule femme. Si une. Qui a un pseudo d'homme.
Mais les algorithmes ne sont pas très cultivés et ils sélectionnent aveuglément les noms d'hommes. Point barre. Seulement voilà le détail George Sand tue (c-a-d qu'il est éminemment révélateur).
"Oh, la paranoiaque ! hurlent déjà les enfants du Paradis virtuel (car la toile, c'est le new world parfait, n'en doutons pas). La voilà qui nous ressert la théorie de la conspiration ! Car un algorithme c'est pur et innocent, mesdames et messieurs, et ne pourrait donc être sexiste. C'est ridiculus, ridicula, ridiculum de penser qu'il y aurait du sexisme là derrière. Allons. Les algorithmes se calculant tout seuls comme des grands...à moins que ce soient les poissons qui les créent, allez savoir.
Donc ils sont au-dessus de tout soupcon, et trois Patrick Chéreau, deux William Shakespeare, un Roland Emmerich, un Léonard de Vinci, un Molière, un Alexandre Dumas + un George Sand (qui ne saurait être une femme) c'est comment ? Normal. Bien, vous avez compris. Les lois des mathématiques divines le veulent et si le masculin l'emporte comme en grammaire, c'est que Dieu, la nature et l'univers sont d'accord là dessus. Pas la peine de se tuer à citer des femmes à chaque billet (155 dont 3 rassemblant une cinquantaine de noms de femmes chacun), jamais n'apparaîtra l'ombre d'un seul de ces noms (à moins que je cite des stars du porno ?)

A part cela, je vais céder à une tradition bloguesque (mais je ne le ferais pas à chaque fois, je vous préviens) en remerciant les personnes qui ont fait des liens vers moi le mois dernier, en particulier lucia mel (plusieurs fois) mais aussi journaldeclasse, Olympe et le plafond de verre, Hypathie et lolobobo, et j'atteins la parité en notant que JEA m'a mis dans sa blogroll. Comme quoi la parité c'est possible. Merci aux hommes philogynes. Tiens, je fais un lien vers Wakajawaka qui tient un blog un peu surréaliste, parce que, en ce 8 mars, honneur aux gentilshommes trop méconnus (Coup de Grisou et Paul, je pense à vous ausi mais vous n'avez pas de blog).

Si j'ai oublié quelqu'un, dites le moi parce que je suis un peu brouillon parfois.

Et pour en revenir à la blogo, monde idéal : 3 blogs classés Blog politique sont devenus Blog société, quand les "algues au rythme" se sont rendus compte qu'ils étaient tenus par des femmes. Les trois portent un titre sonnant plus ou moins masculin/neutre. Les tenants des Blogs politiques jubilent* d'apprendre que la sphère politique est womenfree (une zone débarrassée des encombrantes femelles) car la manifestation divino-scientifique à base de gènes des maths et de neurones de la politique répartis selon le fond de slip a encore été confirmée : pas de Blog politique féminin = la femme est étrangère à la politique ! Youhou !
L'ombre de Marine Le Pen s'étalant de plus en plus largement sur le paysage politique francais jusqu'à le recouvrir bientôt, ne les en dissuadera pas, n'ayez crainte !

* ici le top blogs politique (sic)

Edit 18.03 h : Le dinosaure sus-cité insinue maintenant que j'accuse wikio de tricher dans ces widgets pour faire croire que je ne parle jamais de femmes.C'est beau comme de la paranoïa, de la vraie.

mercredi 2 février 2011

Au commencement...

Pour donner un élément de réponse à la question : pourquoi ne sommes-nous, les femmes, plus représentées aujourd'hui par de grandes héroïnes antiques libératrices de leur peuple mais par des figurantes grimées et décolorées (ou hypercolorées comme Lady Gaga) ne se "libérant" plus qu'elles-mêmes, pour se faire, après leur mort, piteusement imprimées sur des sacs à main ?

Au commencement... étaient les déesses mères

"Les recherches archéologiques et anthropologiques mettent en évidence l’existence d’un pouvoir religieux féminin et la première hiérarchie : le sacré et le profane. Peu à peu, au cours des millénaires, un semblable divin de sexe opposé s’est imposé, ces déesses mères se retrouvent entourées d'hommes, époux, amant ou fils élu.

Cette revanche des dieux mâles implique un meurtre de la mère, et la destruction d’une religion et d’une symbolique propre aux femmes a eu lieu lors de la révolution néolithique (8000/2000 av. J-C). Avec la découverte des métaux commence une longue période de guerres, de conquêtes.

Les hommes imposent leur domination et pour ce faire, s'approprient le sacré, fondement originel du pouvoir. Cette appropriation du sacré par les hommes s’accompagne d’une régression progressive du rôle et de la place des femmes dans la société.

En orient, au moyen orient une question émerge : " Qui détient la supériorité ? La terre qui reçoit la semence, ou la semence qui fertilise la terre ? " La semence prend le pas, la femme devient une outre vide, n’est plus qu’un réceptacle. (...)"

(Nelly Trumel)

d'où le sac à main...



(Tableau : P.-P. Rubens : Mars et Rhea Silvia ; détail, ici en entier)

lundi 13 décembre 2010

Art conceptuel


Je vais faire de l'art conceptuel, une fois n'est pas coutume et voici l'entrevue du drap d'or (entre François Ier et Henri VIII), retourné.

Cet oeuvre d'art signée "Euterpe" a été réalisée en vue de symboliser la toile qui n'a jamais été peinte, à savoir :

L'entrevue en France entre Fran
çois Ier et Marie de Hongrie.

Au centre de la toile il devrait y avoir Marie de Hongrie et un peu en retrait sur sa droite François Ier qui s'humilie légèrement devant son hôte comme le veut l'étiquette, en lui laissant la place de choix et les honneurs de prendre la tête du cortège.

Une toile officielle reflétant ce qui aurait du se passer.

Ou alors une toile avec la même scène mais telle qu'elle s'est vraiment passée :

François Ier, au lieu de se tenir à distance, collant au plus près son invitée afin de l'obliger à passer à sa droite et à prendre le côté "inférieur", et Marie de Hongrie, acculée au bord d'un fossé dans lequel elle est menacée de chuter avec son cheval si elle n'exécute pas le souhait sus-cité, qui franchit le fossé d'un bond, d'un seul, sans le moindre élan et au grand effarement de son goujat d'hôte !



(croquis d'époque d'une femme à cheval par Dürer)


Cette scène s'est produite réellement mais aucun peintre n'a daigné l'immortaliser ! Pourquoi cela ? C'est vraiment étonnant, non ?


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Ajout du 14.12 : Ci-dessus le détail de la peinture (retournée) témoignant du protocole d'une entrevue au sommet sous le règne de François 1er : le personnage au cheval blanc placé à la droite de Henri VIII (au manteau jaune) et qui le suit, est François 1er. La bande noire visible entre les Suisses à pied pourrait bien être un fossé.

mardi 7 décembre 2010

Regards de couples


Voilà longtemps que je n'ai pas réabordé le thème des regards féminins et masculins dans le portrait du XVIe siècle.
Ainsi ces deux tableaux flamands qui représentent les couples Hans Burgkmair et Anna Allerlai (XVIe siècle), de Lukas Furtnagel, ainsi que Jan de Wael et Gertrude de Jode (XVIIe siècle), d'Antoine van Dyck, sont représentatifs de ce jeu de regards.

La femme ne regarde pas le peintre (cliquer pour agrandir et vérifier).

Pour celles et ceux qui n'ont pas suivi mon blog depuis le début, ces portraits me servent à prouver que les moeurs de ce temps interdisant aux femmes de regarder une personne de l'autre sexe en train de la peindre, on peut légitimement en déduire que les tableaux qui font exception à cette règle, peuvent avoir été réalisés par ces femmes si difficiles à identifier aujourd'hui et qui ont travaillé pour un maître (la plupart du temps, leur père) apposant leur signature sur les tableaux de leurs élèves féminines. Pour plus d'informations lire ici, là ou encore là, entre autres.

Le tableau de Furtnagel a ceci d'intéressant qu'il contient une "Vanité", soit une composition où sont présents des objets relatifs à la mort. Ici la femme tient un miroir où les visages des deux époux apparaissent sous forme de têtes de mort.

C'est un rappel de notre destin : "Memento mori" (souviens-toi que tu mourras) car la vie humaine est transitoire.
Ce tableau en est rendu plus éternel, plus présent, plus moderne que le simple portrait de couple de van Dyck. C'est le paradoxe de la "Vanité" (dans le sens de "chose éphémère").

vendredi 26 novembre 2010

On ne naît pas sorcière, on le devient


Ce qui faisait que l'on devenait sorcière (ou sorcier) au XVIe siècle :

Géographiquement, la sorcellerie se rencontrait surtout au Nord, en Lorraine, à l'Est, dans le Languedoc et le Sud-Ouest. Selon R. Muchembled, le contrôle royal s'appliquait très bien au centre de la France mais mal dans la périphérie du royaume. Les persécutions servirent donc à faire comprendre aux populations qui est ce qui dirigeait le pays. Devant les résistances rencontrées, la procédure démonologique aida les administrateurs à fabriquer des coupables ; la sorcière devint un bouc émissaire dont le supplice devait empêcher les adversaires du pouvoir central à persévérer dans leur indiscipline. La chasse aux sorcières permit de cristalliser sur les sectateurs du démon la notion de déviance par rapport aux normes sociales nouvelles que l'on voulait instaurer. Les élites culturelles imposèrent, par le biais des bûchers, le respect de ces normes. Les paysans se savaient coupables de pratiquer parfois des rites de guérison et de protection défendus, ainsi, pour ne pas être accusés de sorcellerie, ils s'efforcaient de se différencier des sorciers et une atmosphère de suspicion permanente pesait sur les villages.

Les persécutions concernèrent surtout les femmes : 82% des accusés dans le Nord. En tant que filles d'Eve, elles représentaient celles à cause de qui la mort était entrée au monde. Les élites de l'époque craignaient les femmes et notamment leur activité sexuelle supposée ; de ce fait les procès de sorcellerie avaient une dimension sexuelle très importante, les juges tentaient toujours de faire avouer aux suspects la copulation satanique dans ses moindres détails : le " sexe du démon était froid et faisait froid à l'intérieur".
Sur 155 cas étudiés, 105 sont des femmes dont 32 ont plus de 50 ans alors que 7 suspectes seulement ont moins de 20 ans, une enfant de 8 ans et 2 adolescentes de 13 ou 14 ans.
Les magistrats étaient hantés par l'idée de la sexualité, de la mort et de la décrépitude. La sorcellerie réunit donc les thèmes du diable, de la vieillesse féminine et du meurtre. Les vieilles femmes étaient les dépositaires privilégiés des croyances populaires, elles transmettaient les connaissances et recettes anciennes lors des veillées villageoises, ou directement aux enfants des deux sexes qui leur étaient confiés durant les premières années de leur vie. Ainsi, les chasseurs de sorcières voulaient surtout exterminer ces vieilles femmes qui pouvaient nuire au développement du christianisme épuré. Les sorcières étaient considérées par les élites culturelles et sociales comme des reliques anachroniques d'un temps païen ainsi que des freins à la diffusion de l'orthodoxie et de la morale nouvelle, et pour finir comme des concurrentes de tous ceux qui cherchaient à modifier la culture populaire traditionnelle. Le mouvement de la chasse aux sorcières venait du "haut", était entretenu par la théorie démonologique mais diffusé grâce à une partie des ruraux qui adhérait à la persécution.

Ceci est un extrait résumé de la thèse de Karine Mrugala portant sur le livre de Robert Muchembled "La sorcière au village XVe-XVIIIe siècle" (Gallimard/Juillard 1991).

Photo : statue de sorcière, peut-être dame Franchetta, à Triora en Italie. Qui est dame Franchetta ? Pour avoir plus de détail sur un cas donné (à la frontière de la Savoie), je recommande assez la lecture du travail de Floreal sur l'Inquisition à Triora sous ce lien.

mardi 26 octobre 2010

Les balbutiements de la pornographie

Du début du XVIe siècle au Concile de Trente, on va peindre beaucoup de Marie Madeleine nue. En fait, tous les prétextes seront bons pour peindre des femmes nues dont les cheveux défaits ajouteront à l'érotisme.

Voici un texte extrait de "La nudité et la gloire" de Pascal Bonafoux sur le site de Clio, à propos du nu dans l'art à la Renaissance.

(...) dans les années 1480, Botticelli [peut] concevoir pour Laurent le Magnifique le premier nu de l'histoire de l'Europe chrétienne qui ne soit pas associé au péché [et j'ajouterais : le premier nu teinté d'érotisme], La Naissance de Vénus, œuvre imprégnée autant par la philosophie néoplatonicienne que par les Métamorphoses et les Fastes d'Ovide. Qui plus est, ce symbolisme nuptial tient alors lieu de justification aux princes qui commandent d'autres Vénus. Dans ce siècle qui n'est pas chaste – il est le siècle des « folastries » de Ronsard, de l'éclat de rire d'un Rabelais qui assure que les « vases spermatiques » sont « comme un gâteau feuilleté » et qu'il ne faut « point mourir les couilles pleines » – les princes de l'Église se passent d'une telle justification pour les nus qu'ils commandent… Et qu'importe que l'on ait à faire à des sculptures ou des peintures. En 1527, l'Arétin, auteur de sonnets pornographiques, écrit à Federigo Gonzague de Mantoue pour le rassurer : « Jacopo Sansovino, avec son rare talent, ornera votre chambre d'une Vénus si vraie et si vivante qu'elle emplira de concupiscence l'âme de tout spectateur ». Presque vingt ans plus tard, en septembre 1544, l'Arétin prévient encore le cardinal Alessandro Farnese que « Titien a presque terminé, sur commande de Monseigneur, un nu qui risquerait d'éveiller le démon même chez le cardinal San Silvestro. Le nu que Monseigneur a vu à Pesaro dans les appartements du duc d'Urbino est une religieuse à côté d'elle. » Et dix ans plus tard, à propos d'une autre Vénus, un autre visiteur de l'atelier du Titien qui vient de voir une toile prête à partir pour Madrid, écrit : « Je vous jure, Monseigneur, qu'il n'existe pas d'homme perspicace qui ne la prenne pour une femme en chair et en os. Il n'existe pas d'homme assez usé par les ans, ni d'homme aux sens assez endormis, pour ne pas se sentir réchauffé, attendri et ému dans tout son être. »

Comme conclusion à cet extrait, je rappelle que si les femmes étaient "autorisées" à poser nues, il leur était absolument interdit d'étudier l'anatomie et de peindre elle-même des personnes dévêtues, sous peine de mort.

vendredi 20 août 2010

Marie Cailler et Gélonis Salmon-Macrin, élèves-épouses

Inspirée par le billet d'Alice qui dénonce la néopédophilie ambiante de ce début de siècle, j'ai mis un peu le nez dans le vie privée de ces écrivains et juristes qui légifèrent si bien sur les relations hommes-femmes, et recherché pourquoi ils tiennent tant à subordonner ces dernières. En fait, ils ne veulent pas seulement les subordonner mais les prendre à la fleur de l'âge et les éduquer à leur convenance. Fi des femmes- femmes et bienvenue aux fillettes-épouses !
Ce n'est pas pour rien que Molière écrivit un siècle plus tard "L'école des femmes". Il y avait de la matière à et depuis longtemps.
Aymeri Bouchard auteur de "De la nature des femmes" qu'il rédigea parce que les femmes l'auraient pris pour avocat, afin de le charger de les défendre contre
André Tiraqueau, auteur du De legibus connubialibus », écrit :

« Le juge Tiraqueau, qui venait d'épouser en 1512, à vingt-quatre ans, demoiselle Marie Caillé, âgée de onze ans, recherchait les meilleurs moyens d'instruire, éduquer, former sa jeune épouse. A cet effet, il consulta les anciens, et, après avoir considéré une multitude de textes, il composa hâtivement un traité De legibus connubialibus, auquel il fit travailler, à ce qu'on suppose, les jeunes et savants cordeliers de Fontenay et qui fut imprimé en 1513. »

Par ailleurs, Rabelais note que Cette culture qu'acquirent les femmes au XVIe siècle, à commencer par la sœur et la fille du roi, Marguerite de Navarre et Marguerite de Savoie, faisait l'admiration de Salmon-Macrin et de beaucoup d'autres». C'est à dire : de Tiraqueau également. Mis à part que la culture de ces deux Marguerite leur venait d'une femme sans homme : Louise de Savoie, veuve à 18 ans et qui le resta jusqu'à lafin de sa vie afin de jouir de toute son autonomie !
Ainsi le poète de langue latine Salmon-Macrin, demanda à Gélonis (ou Guillone), sa future épouse (15 ans, lui 35), d'apprendre des rudiments du latin avec son frère, et continua par la suite lui-même de parfaire cet enseignement, il s'adresse ainsi à sa fiancée :

…je t’en prie, ose étudier les rudiments et l’exercer, en prenant ton frère pour professeur sur les petits livres que je viens de t’envoyer. Une fois acquis ces premiers éléments, grâce aux efforts de ton frère et aux tiens, je remplirai à mon tour son office, je t’apprendrai, à toi qui dois devenir mon épouse des choses qui nous seront à tous les deux fort agréables, et je te perfectionnerai avec de très douces Camènes*, étendu sur le sein brûlant de ton mari, échangeant avec lui baisers et folâtreries.

Dreux Du Radier compte Gélonis dans sa "Bibliothèque historique et critique du Poitou" (édit Ganeau, 17..) au nombre des “ savantes poitevines". Il en adresse des éloges à Macrin afin de le soulager du chagrin de sa mort, et, dans la foulée, nous informe qu’elle savait composer des vers (mais où sont-ils ?).

Ainsi Salmon-Macrin jouait avec délectation au professeur. Il est tout à son honneur d'avoir souhaité pour sa femme (de 11 ans !) un peu d'érudition plutôt que de vouloir la maintenir dans l'ignorance mais je crains que cela n'ait du surtout servir à son agrément personnel.
Car l'enseignement de Salmon Macrin permit principalement à Gélonis de comprendre les poèmes en latin que lui adressait son époux. D'après ces poèmes, il semble la couver jalousement comme une mari un brin possessif :

Pourquoi teindre en roux les mèches de ta chevelure et les rassembler avec un nœud d’or, toi dont flamboient le sandyx et la robe de pourpre, ô mon épouse, si tu souhaites me plaire ?

Mon Dieu, quelle torture, ce chatoiement soyeux sur le bord des tempes, qui se fond graduellement dans l'or brun des cheveux ("Lolita" Nabokov)

Tu es assez élégante si tu peux plaire à ton fiancé ; méprise ce que répète à ton sujet la renommée bavarde : une dame vertueuse, je te l’assure, ne recherche pas les regards du grand nombre.

Don’t talk to strangers ("Lolita" Nabokov)

Ne va pas sans raison, lumière de ma vie, te consumer, abîmer par des pleurs immodérées ton éblouissant visage : je reviendrai, je te désirerai, les jours d’hiver me ramèneront. Alors te sera fidèlement rendu le capital lui-même, sans oublier, objet de tes longs désirs, le produit des intérêts annuels : tu reconnaîtras n’avoir rien perdu à attendre…

Elle n’avait, voyez-vous, absolument nulle part où aller. ("Lolita" Nabokov).

… dès qu’à nouveau je dus regagner cette odieuse Cour, voici qu’à nouveau l’amour m’assaille et réveille les agitations effrénées de mon esprit délirant, encore plus cruellement, plus démesurément, si bien que je paie cher notre douce intimité et notre pratique amoureuse.

the key was in my fist, my fist was in my pocket . ("Lolita" Nabokov).

A quoi bon en effet des fourrures de pourpre sidonienne, à quoi bon des appartements lambrissés et la pierre phrygienne, s’il faut, au comble du chagrin, coucher dans un lit vide,
Sans plus tarder, voici que je reviens, ne t’afflige pas ! Alors, autour de ton cou, je jetterai mes bras de cire, aussi étroitement que le lierre rampant étreint l’orme.

I really did not mind where to dwell provided I could lock my Lolita up somewhere ("Lolita" Nabokov).

Cesse, je t’en prie, ton odieuse plainte, ô ma fiancée qui m’est plus chère que moi-même, je resterai inébranlable et rien, sauf la mort seulement, ne mettra fin à ma flamme.

A l’hôtel, nous prîmes des chambres séparées mais, au milieu de la nuit, elle entra chez moi en sanglotant et nous nous réconciliâmes très gentiment. Voyez-vous, elle était absolument seule au monde… » ("Lolita" Nabokov)

Le 14 juin 1550, Gelonis décède. Probablement épuisée par les grossesses successives, elle toussait depuis plusieurs années et crachait le sang. Elle n'avait que quarante ans.

On ne sait pas quand est morte Marie Cailler née en 1501, mais André Tiraqueau de 12 ans son aîné mourut bien après elle, à l'âge de 67 ans environ.
Jean Salmon-Macrin est lui aussi décédé après son épouse de 20 ans sa cadette à l'âge de 78 ans.

*Camènes : nymphes chez les Romains que les poètes latins identifient aux Muses.