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mercredi 24 avril 2013

Anaïs Ségalas, poétesse anticatholique

Très beau morceau choisi de la poésie d'Anaïs Ségalas "Les oiseaux de passage" et je comprends en la lisant qu'elle ne soit pas étudiée à l'école dans un pays où il est si mal vu de remettre en cause la religion :


J’étais, au cimetière, et j’y rêvais, un soir,
Regardant les tombeaux et les croix de bois noir,
Et tous les noms gravés, noms de cendres humaines
Je marchais au milieu, de deux files de morts

Songeant que je sentais seule, entre tous ces corps,
Un cœur dans la poitrine et du sang dans les veines.

Je me disais : « Chacun a sous ces tertres verts
Quelque front qu’il baisait et que rongent les vers,
Une perle, une fleur qui parait sa demeure.
Quels yeux n’ont à leur tour versé des pleurs d’adieu !
Nous ne savons pas tous comme on rit ; mais, grand Dieu !
Nous savons bien tous comme on pleure !

« C’est donc ici que vont les trésors des maisons :
Le père aux cheveux blancs l’enfant aux cheveux blonds,
La jeune femme folle et rose encor la veille !
Nous avons tous quelqu’un qui manque sous nos toits,

Un visage qui, manque à nos yeux, une voix
Qui nous vibrait au cœur, et manque à notre oreille,

« Que deviennent ces morts ? m’écriai-je beau ciel,
S’en vont-ils voir Jésus, Marie et Gabriel ?
Ont-ils l'habit de lin avec la palme verte ?
Sont-ils dans des cités de vapeurs et de feu ?
Montre-moi ces cités, Saint des Saints, Seigneur Dieu,
Laissez-en la porte entr’ouverte !»


Le ciel resta voilé. « Que deviennent les morts ? »
Dis-je aux tombeaux je vis dans les fosses, alors,
Des chairs où mille vers font des festins profanes,
De longs squelettes creux, des corps de marbre blanc,
De la poussière d’homme et je crus, en tremblant,
Lire le mot néant écrit sur tous les crânes.

 J’entendis une voix atroce dans mon cœur
La voix qui fait pâlir, la voix qui dit malheur :
C’était la voix du doute. Et les yeux vers la terre,
J’écoutais ; je sentais de longs frissons d’effroi,
J’étais épouvantée, et mon corps était froid,
Comme les corps du cimetière.

A propos de catholicisme, une satire très hilarante sur Frigide Barjot se trouve ici.
Observez l'affolement de Laurent Ruquier et autres après la parodie du Christ. Il est même question de dire que rien n'était "blasphématoire" dans le sketch. En est-on déjà à parler comme en Russie d'éventuel crime de "blasphème" ? C'est choquant vu d'Allemagne où une telle parodie ne mettrait pas les modérateurs/trices ainsi sur des charbons ardents. 
Grave.
Et à propos de la mort, autre lien intéressant, cette fois chez bab : une passionnante vidéo sur le nucléaire synonyme de "mort".
Tiens, je me demande s'il y a beaucoup de cathos antinucléaires étant donnée leur adoration pour un cadavre...

mardi 12 mars 2013

Les hommes ont toute l'autorité / Contre raison et contre l'équité

Extraits de vers féministes de "Mes Dames des Roches de Poitiers" (mère et fille), Paris, 1578.

Epître à ma fille (de Madeleine des Roches ; extrait) :

Les anciens amateurs de savoir,
Disaient qu'à Dieu faut rendre le devoir,
Puis au pays, et le tiers au lignage.
Les induisant a force de courage,
Soit quelques fois pour souffrir passion,
Soit pour dompter la force affection.
Au Seigneur Dieu je porte révérence,
Pour mon pays, je n'ai point de puissance,
Les hommes ont toute l'autorité
Contre raison et contre l'équité

(...)

Ode 1

(...)

Nos parents ont de louables coutumes,
Pour nous tollir l'usage de raison,
De nous tenir close dans la maison
Et nous donner le fuseau pour la plume.

Traçant nos pas selon la destinée
On nous promet liberté et plaisir :
Et nous payons l'obstiné déplaisir
Portant le dot sous les lois d'hyménée.

Bient tôt après survient une misère
Qui naît en nous d'un désir mutuel
Accompagné d'un soin continuel
Qui suit toujours l'entraille de la mère.

Il faut soudain que nous changions l'office
Qui nous pouvait quelque peu façonner
Où les maris ne nous feront sonner
Que l'obéir, le soin et l'avarice. 

(...)

Mon Dieu, mon Dieu, combien de tolérance,
Que je ne veux ici ramentevoir !
Il me suffit aux hommes faire voir
Combien leurs lois nous font violence,


(...)

Pour  supporter les maux de notre vie,
Dieu nous fit part de l'intellect puissant
Pour le réduire à l'intellect agent
Malgré la mort, la fortune et l'envie.


CHANSON DES AMAZONES (Catherine des Roches, Paris, 1579)

Nous faisons la guerre
Aux Rois de la terre
Bravant les plus glorieux,
Par notre prudence
Et notre vaillance,
Nous commandons en maints lieux,
Domptant les efforts
Des plus hardis et forts
D'un bras victorieux.

Nous chassons les vices
Par les exercices
Que la vertu nous apprend :
Fuyant comme peste
Le brandon moleste
Qui autour du coeur prend :
Car la pureté
De notre chasteté
Pour jamais le défend.

Nous tenons les hommes
Des lieux où nous sommes
Tous empêchés à filer  :
Leur lâche courage
D'un plus bel ouvrage
N'est digne de se mêler :
Si quelqu'un de vous
S'en fâche contre nous
Qu'il vienne quereller.

 Proteste gegen NPD-Saalveranstaltung

(Source : "Le Miroir des Femmes, roman, conte, théâtre, poésie au XVIe siècle", Luce Guillerm, Jean-Pierre Guillerm, Laurence Hordoir, Mare-Françoise Piéjus, presses universitaires de Lille, 1984.
Photo : manif contre le parti d'extrême-droite allemand NPD à Berlin-Neukölln le 16.2.2013. Autres photos ici).

dimanche 3 mars 2013

Tesselschade, "l'élite du sexe féminin"

Maria Tesselschade Roemers (1594-1649) fut la soeur aînée d'Anna Roemers Visscher, la graveuse sur verre.

Maria Roemersdochter Visscher, saluée par ses contemporains de sexe masculin comme l'« élite du sexe féminin » (« [...] puikjuweel der vrouwelijke sekse [...] »), avait été dotée par son père d'un prénom extraordinaire, Tesselschade, rappelant la débâcle financière à lui survenue en tant qu'assureur, suite à la catastrophe maritime qui s'était produite le 24 décembre 1593, trois mois avant sa naissance, près de Texel, et qui avait causé la perte de vingt navires marchands. (Tessel  = Texel / Schade = dommage).

Affublé d'un nom catastrophique + élue Wonderwoman par ces messieurs, encore une femme que n'a pas épargné le machisme ambiant.

On semble la (les, sa soeur également) compter parmi les poétesses féministes de langue néerlandaise et flamande comme on compte les soeurs des Roches parmi les poétesses féministes francophones.

Elle a écrit un grand nombre de poèmes en néerlandais dont je n'ai pas trouvé de traduction mais qui, du moins, ont été conservés.

Exemple
Aen mijn Heer Hooft op het ooverlyden van MEVROUW VAN SULECOM.
Die als een Baeck in zee van droefheidt wort gehouwen 
Geknot van stam en tack, en echter leeven moet, 
Zeijnt uw dit swack behulp voor 't troosteloos gemoet, 
Gedompelt in een meer Van Baerelijcke rouwen 
5
Zeght Vastaert dat hij moght pampieren raet vertrouwen 
Zoo dinnerlycke smart zich schriftlyck uyten kon, 
Hij staroogh in liefs glans als Aedlaer in de Son, 
En stel sijn leed te boeck, zoo heeft hij 't niet t'onthouwen 
9
Pampier was 't waepentuijch waermee ick heb geweert
Te willen sterven, eer 't den Heemel had begeert, 
Daer ooverwon ick mee, en deed mijn Vijand wycken, 
12
Zijn eijgen lesse leer hem matijghen zyn pijn 
Want quelling op de maat en kan soo fel niet sijn 
Besweer hem dat hij sing op maetsangh droevelijcken 
September Ao1637
Tesselscha Roemer Vischers.
Des fois qu'un.e néerlandophone charitable voudrait bien le traduire.....


Il me semble que "droefheidt" veut dire "méchanceté", "troosteloos" : "tristesse",
"schriftlyck" : "par écrit" "sterven" : mourir, "Heemel" : ciel (en procédant par analogie avec l'allemand) mais je n'en sais pas plus.
J'ai cherché quelque mot dans un dictionnaire de néerlandais mais aucun des mots recherchés ne s'y trouvait. Est-ce bien du néerlandais ?

Ajout du 5.3. : sur l'excellent blog que je recommande à tous les amatrices/teurs de poésies, Colo qui, grâce à ses traductions merveilleusement choisies, nous offre l'occasion rare de connaître des poèmes espagnols inédits, publie en ce moment une traduction de la poétesse féministe portoricaine Julia de Burgos.
A lire absolument !

samedi 2 mars 2013

Anna Visscher, graveuse sur verre



Anna Visscher, (1584-1651), fut poétesse, traductrice, calligraphe et graveuse sur verre.



Anna Visscher était la fille aînée du négociant en grains et poète amateur Roemer Visscher et d'Aefgen Onderwater, la fille d'un brasseur. Elle suivit des études classiques à Amsterdam et apprit également la calligraphie, le dessin et la peinture, le français et l'italien et choisit de traduire Georgette de Montenay. Pour ce qui est de sa poésie, ses mises en rimes de psaumes selon le modèle usité dans l'Église réformée et le contenu de ses poèmes, indiquent fortement sa sympathie pour la religion reformée.File:Anna Roemers Visscher02.jpg

Une note faite par Ernest Brinck en 1612 lors de sa visite à la maison des Visscher, confirme qu'Anna et ses jeunes sœurs Geertrui et Tesselschade excellaient dans des disciplines telles que la musique, la peinture, la gravure sur verre, les refrains (une forme poétique proche de la ballade), l'invention d'emblèmes, la broderie et la natation, apprise dans le jardin de leur père où se trouvait un canal d'eau.
On n'a conservé aucun des refrains d'Anna. Il nous reste d'elle un exemplaire des Cent emblèmes chrestiens (1602), de la poétesse Georgette de Montenay, dans lequel Anna Visscher écrivit les traductions qu’elle avait faites des légendes rimées. L'intérêt qu'elle portait aux emblèmes se reflète aussi dans l'édition des Sinne-poppen de 1614 de son père, dont elle s'occupa en 1620 en complétant les explications en prose au-dessous des images par ses propres distiques. Parfois, elle ajouta un poème plus long de son cru.
 
Roemer
Même si Anna, tout au long de sa vie, fut admirée en tant que poétesse par, entre autres Vondel, Huygens et Cats, et que l'on l'appela une seconde Sappho, la dixième muse ou une quatrième Grâce, ses poèmes parurent uniquement dans des recueils d'autres auteurs, tels que son père, que Heinsius et que Cats, ainsi que dans un recueil d'intérêt local, le Zeeusche Nachtegael (Le rossignol zélandais). On ne  publia pas ses créations, bien qu'elles soient conservées dans de beaux manuscrits calligraphiés, dont un seul est encore existant. Un copiste, sans doute un certain David de Moor, prit la peine de les copier. Son fils Romanus van Wesel ayant sauvegardé les œuvres de sa mère ainsi que celles de sa tante Tesselschade, jugea leur qualité insuffisante pour les publier sans y apporter des modifications.
Un auteur anonyme du XVIIIe siècle se fâcha du fait que les autrices auraient gagné beaucoup d'admiration pour cette seule raison d'avoir été des femmes : « Nous ne voulons pas faire mention de mademoiselle Anna Roemers Visscher, de Tesselschade [...] ni de beaucoup d'autres, car leur vers ne doivent leur succès qu'à leur sexe » (cité de Boekzael der geleerde werelt, 1719).
Au XIXe siècle, elle fut redécouverte, comme d'ailleurs sa sœur Maria Tesselschade. Le sentiment patriotique fut flatté par l'existence de ces deux femmes aux esprits élevés : on se vantait d'avoir découvert que les Pays-Bas aussi comptaient, déjà très tôt, des poétesses importantes parmi leurs littérateurs. Anna était considérée comme l'amie de Cats, apparemment en raison des aspects didactiques de l'œuvre de ce dernier : on se souvenait surtout de ses poèmes à tendance pieuse et docte. À peine son esprit d'autodérision fut remarqué et ce fut en partie pour cette raison qu'elle est longtemps restée à l'ombre de sa sœur Tesselschade.


Roemer

Par contre on a conservé ses gravures sur verre.

lundi 19 mars 2012

Ce qui rend les femmes malades, d'après la poétesse Catherine des Roches

L'IGNORANCE BANNIE DE CHEZ LES FEMMES (par Catherine des Roches ; 1542-1587)

Il n'y a passion qui tourmente la vie
Avec plus de fureur que l'impiteuse envie :
De tous les autres maux on tire quelques biens ;
L'avare enchaîné d'or se plaît en son lien ;
Le superbe se fond d'une douce allégresse,
S'il voit un grand Seigneur qui l'honore et caresse ;
Le voleur, épiant sa proie par les champs,
Sourit à son espoir, attendant les marchands ;
Le gourmand prend plaisir au manger qu'il dévore,
Et semble, par les yeux, le dévorer encore ;
Le jeune homme, surpris de lascives amours,
Compose en son esprit mille plaisants discours ;
Le menteur se plaît fort, s'il se peut faire croire ;
Le jureur en bravant croit augmenter sa gloire.
Mais, ô cruelle Envie, on ne reçoit par toi
Sinon le déplaisir, la douleur & l'émoi !
A celui qui te loge, ingrate et fière hôtesse,
Tu laisses, pour paiement, le deuil et la tristesse.
C'est par toi que tombé sous le bras fraternel,
Le pauvre Abel mourut, invoquant l'Éternel.
Depuis, en te coulant aux autres part du monde,
Tu semas sur la terre une race féconde
En ires & forfaits, fureurs et cruautés,
Par qui les vertueux vivent persécutés.
Mais sur tous autres lieux, c'est la contrée attique
Qui témoigne le plus de ta puissance inique,
Non point pour Théséus de ses parents trahi,
Pour le juste Aristide, injustement haï ;
Ni pour ce Thémistocle, allant chercher la terre
D'un roi que tant de fois il poursuivit en guerre ;
Ni pour voir Miltiade à tort emprisonné ;
Pour Socrate non plus, qui meurt empoisonné :
Mais pour toi, Phocion, qui n'eus pas sépulture,
Au pays tant aimé, où tu pris nourriture.

Une dame étrangère, ayant la larme à l'oeil,
Reçut ta chère cendre, & la mit en cerceuil :
Honorant tes vertus de louanges suprêmes,
Elle cacha tes os dedans son foyer même ;
Disant d'un triste coeur, humble et dévotieux :
Je vous appelle tous, ô domestiques Dieux,
Puisque de Phocion l'âme s'est retirée,
Pour aller prendre au ciel sa place préparée,
Et que ses citoyens auteurs de son trépas,
L'ayant empoisonné, ors ne veulent pas
Qu'il soit enseveli dedans sa terre aimée,
Se montrant envieux dessus sa renommée ;
Puisque mort il éprouve encore leur trahison,
Aimons ce qui nous reste, honorons sa prison.
L'Envie, regardant sa dame piteuse,
Dans soi-même sentie une ire vénimeuse,
Roulant ses deux grands yeux, pleins d'horreur & d'effroi :
Ah, je me vengerai, se dit-elle, de toi.
Hé ! tu veux donc aider, sotte, tu veux défendre
Phocion, dont je hais encore la morte cendre :
Saches qu'en peu de temps je te ferais sentir
De ton hâtif secours un tardif repentir ;
Car, en dépit de toi, j'animerai les âmes
Des maris qui seront les tyrans de leurs femmes
Et qui de s'illustrer leur ôtant le pouvoir,
Leur défendront toujours l'étude et le savoir.
Aussitôt qu'elle eut dit, aux hommes elle inspire
Le désir d'empêcher leurs femmes de s'instruire.
Ils veulent effacer de leur entendement
Les Lettres, des Beautés le plus digne ornement,
Et ne voulant laisser chose qui leur agrée,
Leur ôtent le plaisir où l'âme se recrée.
Que ce fut à l'Envie une grande cruauté,
De martyrer ainsi cette douce Beauté !
Les Dames aussitôt se trouveront suivies
De fièvres, de langueurs et d'autres maladies :
Mais surtout la douleur de leurs enfantements,
Leur faisait supporter d'incroyables tourments,
Aimant trop mieux mourir que d'être peu honteuses,
Contant aux médecins leurs peines langoureuses ;
Les femmes , ô pitié ! n'osaient plus se mêler
De s'aider l'une l'autre ; on les faisait filer.
En ce temps, il y eut une dame gentille,
Que le ciel avait fait belle, sage & subtile,
Qui piteuse de voir ces visages si beaux,
Promptement engloutis de ces avares tombeaux,
sous les habits d'un homme apprit la Médecine ;
Elle apprit la vertu des fleurs, feuilles et racines :
Mais les Dames pensant que ce fut un garçon,
Refusaient son secours d'une étrange façon,
L'on connaissait assez à leurs faces craintives,
Qu'elles craignaient ses mains comme des mains lascives.

Agnodice voyant leur grande chasteté.
Les estima beaucoup pour cette honnêteté :
Lors, découvrant du sein ses blanches pommes rondes,
Et de son chef doré les belles tresses blondes,
Montre qu'elle était fille et que son gentil coeur
Les voulait délivrer de leur triste langueur.
Les Dames admirant cette bonté naïve,
Et de son teint douillet la blanche couleur vive,
Et de son sein poupin le petit mont jumeau,
Et de son chef sacré l'or crépelu tant beau,
Et de ses yeux divins les flammes ravissantes,
Et de ses doux propos les grâces attirantes
Baisèrent mille fois et sa bouche et son sein,
Recevant le secours de son heureuse main.
On voit en peu de temps les femmes & pucelles,
Reprendre leur teint frais, & devenir plus belles :
Mais l'Envie en frémit ; un furieux serpent,
Qu'elle tient en sa main, son noir venin répand :
Son autre main portait une branche épineuse ;
Son corps était plombé, sa face dépiteuse,
Sa tête sans cheveux, où faisaient plusieurs tours
Des vipères hideux, qui la mordaient toujours.
Traînant autour de soi ces furieuses rages,
Elles s'en va troubler les chastes mariages ;
Car le repos d'autrui lui est propre malheur.
Elle dit qu'Agnodice ôte aux maris l'honneur.
Les maris furieux saisissent Agnodice,
Pour en faire à l'envie un piteux sacrifice.
Hélas, sans la trouver coupable d'aucun tort,
Ils l'ont injustement condamné à la mort !
La pauvrette, voyant le malheur qui s'apprête,
Découvrit promptement l'or de sa blonde tête ;
Et montrant son sein beau, agréable séjour
Des Muses, des Vertus, des Grâces, de l'Amour,
Elle baissa les yeux, plein d'honneur et de honte ;
Une vierge rougeur en la face lui monte,
Disant que le désir qui l'a fait déguiser,
N'est point pour les tromper, mais pour autoriser
Les Lettres, qu'elle apprit, voulant servir leurs Dames ,
Montrant à les guérir, non à les rendre infâmes.
Les hommes, tout ravis, sans parler, ni mouvoir,
Attentifs seulement à l'ouïr & la voir,
Comme l'on voit, parfois, après un long orage,
Rasséréner les vents, & calmer le rivage,
Se trouvant tout ainsi vaincus par la pitié,
Rapaisent la fureur de leur inimitié :
Faisant à la pucelle une humble révérence,
Ils lui vont demander pardon de leur offense.
Elle, qui ressentit un plaisir singulier,
Les supplia bien fort de faire étudier
Les Dames du pays et leur laisser la gloire
Que l'on trouve à servir les filles de Mémoire.
L'Envie connaissant ses efforts abattus
Par les faits d'Agnodice, & ses rares vertus,
A poursuivi depuis, d'une haine immortelle
Les Dames qui étaient vertueuses comme elle.

mardi 6 septembre 2011

Résultat du tag : 40 - Aliénor est....

Femme de La Renaissance: PERNETTE DU GUILLET

Couvent des Annonciades/ Bordeaux

***

Taguée par Lali, tout simplement, je joue le jeu de La Femme de La Renaissance.

Et là…me voilà bien embarrassée car je la voudrais un peu rebelle, éprise d’art et bien de son temps.

Non, je ne peux choisir Aliénor d’Aquitaine puisqu’elle est née bien avant. Je me languis de cette infidélité historique: que ne sont-ils nés quelques années plus tard elle deux fois reine et ses troubadours.Je suis plus familiarisée avec le Moyen-Âge pour tout vous dire.

Non je ne peux choisir la reine Margot et son château de Cazeneuve en Gironde, lieu où elle cachait ses amours au roi Henri IV dans les souterrains et au bord du ruisseau:née trop tard! Pourtant je vous assure que ce personnage aurait été digne de la Renaissance.

Mais j’irai donc du côté de Lyon et je choisirai…une poétesse, jeune qui s’est consumée d’amour et dont la chandelle des ans s’est bien vite éteinte. Je veux citer PERNETTE DU GUILLET(1520 ?-1545) .

Dames, s’il est permis

***

Dames, s’il est permis
Que l’amour appetisse
Entre deux coeurs promis,
Faisons pareil office :
Lors la légèreté
Prendra sa fermeté.

***

S’ils nous disent volages
Pour nous en divertir :
Assurons nos courages
De ne nous repentir,
Puis que leur amitié
Est moins, que de moitié.

***

Se voulant excuser,
Que leur moitié perdue
Peut ainsi abuser
Tant qu’elle soit rendue :
La loi pour nous fut faite
Empruntant leur défaite.

***

Si j’eusse été apprise
Comme il fallait aimer,
je n’eusse été reprise
Du feu trop allumer
Qu’éteindre j’ai bien su,
Quand je l’ai aperçu.

***

Ne nous ébahissons
Si le vouloir nous change :
Car d’eux nous connaissons
La vie tant étrange,
Qu’elle nous a permis
Infinité d’amis.

***

Mais puis qu’occasion
Nous a été donnée,
Que notre passion
Soit à eux adonnée :
Amour nous vengera,
Quand foi les rangera.

(Chanson V)

***

Elle rencontre MAURICE SCEVE au printemps 1536 ; il a trente-cinq ans et elle seize. Elle devient son élève. Leur amour impossible devient la source d’inspiration de ses poèmes, publiés post-mortem par son mari en1545 sous le titre Rymes de gentille et vertueuse dame, Pernette du Guillet. La plupart de ses vers ont été écrits pour être mis en musique et chantés. Quant à MAURICE SCEVE il publie Délie, un recueil de poèmes qu’il lui dédie sans la nommer.

PERNETTE DU GUILLET est morte à 25 ans, de la peste; hélas.

***

MAURICE SCEVE a écrit ceci: quel sublime aveu qui me va droit au coeur:

Plutôt serons Rhône et Saône déjoints

Que d’avec toi mon cœur se désassemble;

Plutôt seront l’un et l’autre Monts joints,

Qu’avecques nous aucun discord s’assemble;

Plutôt verrons et toi et moi ensemble

Le Rhône aller contremont lentement,

Saône monter très violentement,

Que ce mien feu, tant soit peu, diminue,

Ni que ma foi décroisse aucunement.

car ferme amour sans eux est plus que nue.

********

Romantique moi? Peut-être…Peut-être…

Mais contente de trouver une belle romance, une poétesse dans ces ans où elles ne fleurissaient guère en nombre et puis

Je passe le flambeau du tag de la Femme de la Renaissance à Lautreje et à Maria-D ainsi qu’à Cerise-Marithé.


Publié par Aliénor copié/collé par Euterpe

Ah ! Quelle joie de retrouver des vers de Pernette du Guillet (et puis aussi de l'excellent Maurice Scève) ! Merci beaucoup Aliénor !
Et j'aime aussi l'illustration avec la figure sculptée du couvent de l'Annonciade, ordre créé par la malheureuse Jeanne de France qui fut, elle aussi, une femme, une reine même, tout à fait hors du commun.

Ici mon propre billet sur Pernette du Guillet, l'année dernière.

dimanche 21 août 2011

Résultat du tag : 23 - Cécile est....

Louise Labé

Femme de la renaissance (tag d'Euterpe)

Bonjour aux femmes des années 80
Bonjour à celles de la renaissance française ou à celles du Trecento, quatrocento et cinquecento
Bonjour aux zotres

Daniel
m'a taguée sur le thème femme de la renaissance sur une idée de Miss Euterpe. J'avais déjà vu la question posée sur quelques blogs et l'idée me laissait dubitative avant qu'une incitation suisse me pousse à y réfléchir avec tout le sérieux que la question mérite.

Le souci majeur est que je connais bien peu de femmes de la renaissance et ma recherche s'est tout d'abord tournée vers la peinture. Ne me voyant ni madone ni déesse (vraaaiiiment pas !), j'ai d'emblée écarté les oeuvres à caractère religieux et j'ai aussi écarté la Joconde pour cause de galvaudage mais j'ai tout naturellement poursuivi la piste Leonardo da Vinci.

J'aurais donc pu opter pour La Dame à l'hermine pour au moins deux raisons :
a - J'adore l'élégance de cette toile, l'élégance et le détachement du modèle.
b - La dame porte un très joli prénom puisqu'elle se nomme en réalité Cecilia Gallerani, très jeune maîtresse du sponsor... heu, je veux dire du mécène du peintre.


Seulement voilà, j'ai renoncé à cette idée pour deux autres raisons :
c -même si je m'appelle Cécile de Qd9 je ne possède pas la noblesse évidente de la dame ni la pureté de la blanche hermine (je préfère les petits cochons roses voire tachetés de noir et/ou le grouin boueux)
d - La douce enfant doit avoir 18 ans à tout casser sur ce tableau... autant dire que ce choix aurait constitué un anachronisme un peu trop flagrant et aussi ridicule que ces vieilles actrices un peu trop coquettes s'entêtant à jouer les jeunes premières alors qu'elles auraient l'âge d'interpréter leur mère voire leur grand-maman.

Et puis soudain, bingo, jackpot, flash, évidence à base de "bon sang mais c'est bien sûr" !

Si j'étais une femme de la renaissance, je serais bien évidemment Louise Labé que j'ai découverte dans un volume de la Pleiade consacré aux poètes du XVIe siècle reçu à l'occasion de la communion solemnelle (quel drôle de cadeau à une gamine de 11 ans quand on y pense !) et dont quelques poèmes figurent dans mon anthologie poétique personnelle et qui déclairait "Le plus grand plaisir après amour, c'est d'en parler" point sur lequel je suis assez d'accord.

Il y a dans certains de ses poèmes une intensité érotique et une tension charnelle évidentes en même temps qu'une langueur mélancolique et une lascivité qui le sont tout autant. J'aime chez elle, le paradoxe de cette force et de cette fragilité mélées et toutes deux assumée et je trouve que ses vers traduisent magnifiquement et avec une grande sincérité, les tourments de la passion et les espoirs de l'amour. Ses mots me parlent, sa sensibilité me touche. Voici un de ses sonnets les plus connus dont j'aime particulièrement le 9e vers.

Je vis, je meurs : je me brûle et me noie,
J’ai chaud extrême en endurant froidure ;
La vie m’est et trop molle et trop dure,
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout en un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j’endure,
Mon bien s’en va, et à jamais il dure,
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être en haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

Quelques liens

Wikipedia LL
Wikipedia CG
Précisions sur le tableau chez Kenza Thé au jasmin
Bio de Louise Labé

Je tague Kenza Mazel Escargolio !!!


Publié par Cécile le 11.8.2011 copié/collé par Euterpe

Mon commentaire : bon, je vais me décider à faire un libellé "Louise Labé" moi ! Car elle est très plébiscitée !
Merci Cécile pour la façon humoristique que tu as d'amener ton choix ! Je me suis bien amusée.
C'est vrai qu'elle a une sensibilité toute féminine quoi qu'en dise cert'une !
(Moi j'ai reçu, entre autres, une montre à gousset pour ma communion (c'est ce que je voulais, je me demande encore aujourd'hui pourquoi. À cause du lapin d'Alice au pays des merveilles ou quoi?).

samedi 13 août 2011

Résultat du tag : 21 - Ella est....

Vittoria Colonna et Simonetta Vespucci (2 femmes !)


Vittoria et Simonetta

J'ai été taguée par Asphodèle sur le thème suivant : Si j'étais une femme de la Renaissance, qui serais-je?

Deux me sont venues en tête, l'une pour l'avoir joué dans une pièce de théâtre, et l'autre parce que son visage est à jamais gravé dans ma petite tête !:-)

1) Vittoria Colonna


Vittoria Colonna était une marquise endeuillée quand elle rencontra Michel Ange.
Il avait un demi-siècle d’âge quand il se mit à l’aimer d’un amour vain et tourmenté. Car elle resta fidèle à son mari défunt.
En son honneur, Michel Ange devint poète.
Peut-être, en elle, est-ce une image de la Mort qu’aima le transcendant génie ; peut-être le spectre de la Fidélité par delà la vie ; peut-être la même pensée dont il avait fait déjà cette immortelle Nuit de pierre, qui dort, qui rêve l’infini, et qui vit pourtant parmi les vivants.
Il se sentait terrassé par le temps, quand elle lui apparut, comme Béatrice à Dante. Il l’adora de se laisser aimer sans espoir. Un tel amour, une telle douleur, lui sembla un bienfait suprême. À coup sûr il l’aima pour les pensées hautes et sombres, pareilles à son génie même, qui lui venaient d’elle, dont elle marchait entourée, cette marquise voilée, à l’attitude hautaine, à l’âme grande, cette visiteuse du tombeau de l’amour unique.
À soixante-seize ans, il lui demandait la permission de peindre son portrait ou de sculpter sa statue.
Vittoria Colonna était une des plus illustres dames de l’Italie, de l’Europe, du monde.
Elle aimait les pauvres, et le Christ. Elle aima aussi le génie de Michel-Ange. Peut-être crut-elle servir ce génie, en n’aimant que lui et non pas l’homme ; il en souffrit avec ravissement, avec orgueil, avec reconnaissance.
Quand elle fut morte, il lui baisa la main.
Et après cela, selon le témoignage de Condivi, il demeura comme privé de raison.
Bénie soit cette Muse noire, grâce à qui nous avons de Michel-Ange quelques pensées écrites, ses propres paroles sur l’amour !

Les poèmes de Michel Ange à Vittoria :

Comme tes blonds cheveux, où la fleur s’enguirlande,
Semblent se réjouir, couronne d’or vivant !
Fiers cheveux ! Ce qui fait leur fierté la plus grande,
C’est de baiser ton front les premiers, et souvent !

Ton corsage est heureux d’avoir ton sein mouvant,
Le jour, aussi longtemps qu’il faut qu’il le défende ;
Et quand il s’ouvre, heureux cheveux, sur le cou blanc,
Libres que leur flot d’or, caressant, s’y répande !

Mais heureuse surtout, légère, s’enroulant
En replis gracieux, la bandelette fine
Qui touche, enlace, baise et soutient ta poitrine !

Et la chaste ceinture autour de ton beau flanc.
Murmure : « À tout jamais je la veux, je la presse...
À quoi bon d’autres bras pour une autre caresse ? »

L’artiste vrai jamais ne conçoit un dessein
Que le seul marbre en lui n’enferme et ne comporte ;
Mais jusqu’au plan caché seule atteint la main forte
Qui sait être soumise à l’esprit ferme et sain.

Ainsi se cache en toi, charmante, être divin,
Le mal que je veux fuir et le bien qui m’importe ;
Et pour ma peine et pour ma fin, tout va de sorte
Qu’à servir mes souhaits mon art s’épuise en vain.

L’amour ! Ce n’est donc pas l’amour, ce n’est pas même
Ta beauté, ni ta haine ou ton dédain suprême,
Qui me font ma douleur... c’est mon destin, mon sort,

Si la mort dans ton coeur, la pitié sont ensemble,
Et si ma faible main, qui désire et qui tremble,
Ne sait tirer de toi rien autre que la mort !

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2) Simonetta Vespucci


Simonetta Vespucci fut considérée comme la plus belle femme d'Italie de son époque. Elle fut la femme de Marco Vespucci et la maîtresse de Julien de Médicis. Elle décéda d'une pneumonie à l'âge de 22 ans en 1476 et resta donc une éternelle icône de beauté éternelle qui inspira à titre posthume tous les tableaux de Boticelli dont le fameux " la Naissance de Vénus"


Et cette peinture pour moi reste l'emblème de la Renaissance..

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Et comme dans les jeux de tags, il faut conclure en passant la main, je demande à Julia, Li (mes deux italiennes préférées) et LH de nous narrer leurs icônes de la Renaissance..

vendredi 12 août 2011

Résultat du tag : 11 - Lili Galipette est....

Louise Labé


Tag : Femme de la Renaissance

Taguée par Daniel, lui-même tagué par Euterpe. Toutes les règles sont sur le blog de la seconde.

Une question simple : quelle femme de la Renaissance aurais-je été ?

D'aucuns diront que je manque cruellement d'imagination, mais pour moi la femme absolue de la Renaissance, c'est la Belle Cordière, la talentueuse Louise Labé qui prouva qu'après Sappho la poésie au féminin avait de l'avenir et du répondant.

Tag_Renaissance_LouiseLabe

Et je ne résiste pas au plaisir de vous livrer un de ses sonnets les plus fameux, en langue d'époque bien entendu ! Le premier vers est déjà tout un poème...

Baise m’encor, rebaise moy et baise :
Donne m’en un de tes plus savoureus,
Donne m’en un de tes plus amoureus :
Je t’en rendray quatre plus chaus que braise.

Las, te pleins tu ? ça que ce mal j’apaise,
En t’en donnant dix autres doucereus.
Ainsi meslans nos baisers tant heureus
Jouissons nous l’un de l’autre à notre aise.

Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soy et son ami vivra.
Permets m’Amour penser quelque folie :

Tousjours suis mal, vivant discrettement,
Et ne me puis donner contentement,
Si hors de moy ne fay quelque saillie.


Tag_Renaissance_LouiseLabe2

Pour la suite, je tague George et Asphodèle. Mesdames, qui sont vos grandes dames de la Renaissance ?

Posté par Lili Galipette le 9.8.2011 copié/collé par Euterpe

Mon commentaire : bon, je me doutais qu'il y aurait des doublons surtout quand deux personnes différentes ont la même idée le même jour, ce qui est le cas de CC et toi. Mais vous avez retenu deux poèmes différents de la poétesse, ce qui vous singularise de nouveau. Et on peut voir de cette façon que les diffamations quant à son existence réelle en laisse plus d'une indifférente et ça c'est une bonne nouvelle.
Merci !

Résultat du tag : 9 - CC est....

Louise Labé + Catherine de Médicis (2 femmes !)

Femmes de la Renaissance ?

Euterpe me demande, dans une chaîne bien sympathique, à quelle femme de la Renaissance j'aimerais faire référence ou à quelle femme je m'identifie dans cette période intéressante de l'Histoire.

Comme ma culture générale est en vacances, évidemment, j'ai recours à wikipédia, qui me dit cela :

La renaissance du droit romain en Occident fait reculer les droits des femmes dans tous les domaines. « Progressivement, mais inéluctablement, les femmes se sont vu exclure de la sphère politique et publique. Même à la Renaissance, lorsque certaines d'entre elles exercent encore un pouvoir réel, quoique de plus en plus contesté, l'échec final est pour ainsi dire la clef de compréhension de tout pouvoir féminin » écrit Thierry Wanegffelen9. Aussi peut-on reprendre le titre de l'épilogue de son ouvrage de 2008: « De la Renaissance à l'âge classique : la défaite des souveraines »10.

Pas terrible, donc. Mais il y a eu quand même de belles figures de femmes à cette époque et ce serait bête de les oublier.

Le premier nom qui me vient est celui de Louise Labé. Culture classique d'une fille qui a fait des lettres. Rien d'original. En plus, il se pourrait que la poétesse ne soit qu'une créature de papier. Une imposture. Il est vrai qu'avec quelqu'un d'aussi soupe au lait, on n'est pas fixé. Mais si, souvenez-vous, vous avez probablement appris au collège ou au lycée son fameux sonnet :

"Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J'ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ai grands ennuis entremêlés de joie."

Mais peut-être qu'être une femme poète, cela semble suspect...Alors on a inventé qu'il s'agissait d'une imposture...Moui...

La seconde femme à laquelle je pense est Catherine de Médicis. Reine de France, amie des arts, femme forte à laquelle des tas de légendes sont attachées, elle fascine. Elle a peut-être joué un rôle dans le massacre de la Saint-Barthélemy. Malgré cela, venant de Florence, en Italie, où la Renaissance avait déjà commencé, elle a été une mécène soutenant notamment Ronsard ou Montaigne. Elle a toujours été au service de la paix et en quelque sorte, elle était une sorte de baba cool, croyant au slogan "Peace and Love". Elle s'entourait de jolies filles pour faire oublier les idées belliqueuses des hommes de la cour. Elle pensait que la beauté pouvait faire oublier la guerre. Innovant, non ?

Cependant, peut-être est-ce une marque du machisme crasse qui agit en tout temps et en tout lieu, mais les historiens ont toujours fait fi des traits optimistes de cette personnalité amoureuse des arts, grande bâtisseuse, cultivée, visionnaire, pour peindre le portrait d'une femme despotique, machiavélique, cruelle. C'est peut-être une marque de chauvinisme, aussi : elle était reine de France (régente, du moins), mais elle était Italienne.

Bref, de tout temps, pour faire sa place en France, il vaut mieux être un homme Français...

Elle aura eu bien du courage, quand même la Catherine...

Publié par Bah !? by CC le 9.8.2011 copié/collé par Euterpe

Mon commentaire : "Mais peut-être qu'être une femme poète, cela semble suspect...Alors on a inventé qu'il s'agissait d'une imposture...Moui..." très bonne remarque. C'est fou le nombre de femmes qui deviennent des légendes avec le temps pendant que les hommes restent de grandes figures indiscutables !

Pour Catherine de Médicis "(...). C'est peut-être une marque de chauvinisme, aussi : elle était reine de France (régente, du moins), mais elle était Italienne" : et bien le pire c'est qu'elle ne l'était qu'à moitié puisque sa mère s'appelait Madeleine de la Tour d'Auvergne !
Merci beaucoup pour ce choix !

dimanche 31 juillet 2011

Va réveiller la grâcieuse aurore

En attendant de collecter chez les taggés le résultat de mon tag et d'en faire un billet, je transcris un poème d'une poétesse dont j'ai déjà parlé ici mais dont je n'ai jamais présenté de poème intégral. Il me restait donc à pallier ce manque :

Obscure nuit, laisse ton noir manteau

Obscure nuit, laisse ton noir manteau,

Va réveiller la gracieuse aurore,

Chasse bien loin le soin qui me dévore,

Et le discours qui trouble mon cerveau.

Voici le jour gracieux, clair et beau,

Et le soleil qui la terre décore,

Et je n'ai point fermé les yeux encore,

Qui font nager ma couche tout en eau.

Ombreuse nuit, paisible et sommeillante,

Qui sais les pleurs de l'âme travaillante,

J'ai ma douleur cachée dans ton sein,

Ne voulant point que le monde le sache,

Mais toutefois, je te prie sans relâche,

De l'apporter aux pieds du Souverain.

Gabrielle de COIGNARD

lundi 25 juillet 2011

Baise m'encor'

Pour en revenir à mes brebis et mes baisers du XVIe siècle, voilà une sympathique version du sonnet de Louise Labé, "Baise m'encor"en musique.



Mireille Huchon qui ne croit pas à l'existence de Louise Labé trouve que la strophe :

Baise m'encor, rebaise moy et baise
Donne m'en un de tes plus savoureus,
Donne m'en un de tes plus amoureus :
Je t'en rendray quatre plus chaus que braise

ressemble (ou "correspond" d'après son terme qui n'est pas très éclairant sur ce qu'elle veut dire) à la strophe de Catulle (poète latin, v. 87 av. J.-C.) :

Da mi basia mille, deinde centum,
dein mille altera, dein secunda centum,
deinde usque altera mille, deinde centum

(ce qui veut dire : Donne-moi mille baisers, et puis cent, et puis mille autres, puis une seconde fois cent, puis encore mille autres, puis cent)

J'ai beau faire, je ne trouve pas de correspondance très criante. Et vous ?

samedi 11 juin 2011

Poèmes de femmes adressés à des femmes

On pense que ce Sonnet à Mademoiselle de Thorigny est de Marguerite de Valois s'adressant à sa demoiselle d'honneur :

Soit que ton bon esprit m'attire à son amour

Ou les vertus qui font près de toi résidence


Je t'aime, Torigny, et sans toi je ne pense


Que mon coeur ennuyé puisse vivre un seul jour...


(il me manque ici une strophe que je ne possède qu'en allemand)


Nous entr'aymons si fort que si l'une est absente

L'autre n'a rien qu'ennui et quand elle est présente,


Ce ne sont que sourir', que liesse et bonheur




aussi c'est bien raison vu la grandeur extrême


De ton gentil esprit qu'extrêmement je t'aime


Et que ton amitié soit de pareille ardeur


Ces vers sont adressés à Jeanne d'Albret par sa dame d'honneur Catherine d'Aster d'Aure dont on l'a séparée :

Je le requiers que me veuille permettre,

Que mon adieu ici je puisse mettre.

A Dieu je dis celle, dont la présence

J’ai désiré depuis la mienne enfance ;

Et maintenant que j’ai reçu ce bien !

Te perds de vue et ne sais pour combien.

Car un mary ou toi, ou moi prendre,

Dont éloigner ta vue me faudra.

Mais j‘ai espoir que ceux que nous prendrons,

En liberté plus grande nous rendrons

De nous revoir ; et quoi qu’il advienne,

Je te requiers que de moi te souvienne.

Car quelque part que tu ailles, ira,

Et vive ou morte à jamais t’aimera

Ta Catherine, étant d’Aste nommée,

Qui de regret est quasi assommée !


(Au XVIe siècle, Les princesses étaient très attachées à leurs suivantes ainsi que les suivantes à leur princesse. Des amitiés très fortes se nouaient entre elles et les séparations forcées souvent dues aux mariages étaient très douloureuses. Souvent les suivantes étaient placées depuis la petite enfance auprès de leur maîtresse et grandissaient avec elle. Mais elles n'avaient pas le droit de les suivre si leur maîtresse épousait par exemple un prince étranger.)

jeudi 7 avril 2011

Vittoria Colonna, poétesse

Vittoria Colonna vit le jour à Rome en 1490. Elle était la fille de Fabrizio Colonna, condottiere au service de Ferdinand II le Catholique. Les Colonna était une famille noble romaine remontant au XIe siècle. Vittoria, poétesse, écrivit : "Rime della Vittoria Colonna", s'inspirant du poète et humaniste italien Pétrarque, et de son poème élégiaque "les Rimes et les Triomphes". Comme lui, elle chercha à exprimer le déchirement éprouvé entre l'aspiration à l'ascétisme et l'attirance pour les séductions du monde. Les poèmes de Vittoria furent éditées 4 fois dans le siècle, ce qui est beaucoup pour l'époque. Vittoria, marquise de Pescara, était l'amie de tous les hommes célèbres de l'époque : le peintre Pietro Bembo, Baldassare Castiglione (auteur du "Courtisan"), le cardinal Reginald Pole en exil (fils de la pauvre Margaret Pole, décapitée par Henri VIII), et bien d'autres comme Michel-Ange qui l'aima passionnément. Elle entretint également de bonnes relations avec les protestants italiens comme Juan de Valdés. On suppose qu'elle se convertit au protestantisme mais ce n'est pas sûr. Elle mourut à Rome en 1547 à cinquante-sept ans, célébrée pour ses poèmes mais aussi pour l'amour qu'elle vouait à son époux, Fernando de Àvalos. Malheureusement pas moyen de trouver ses poèmes originaux ni de traduction francaise. J'ai trouvé ceci mais il est probable que ce soit une adaptation en italien moderne. Je ne comprends pas assez l'italien pour en juger ni traduire un poème du XVIe siècle. Néanmoins le voilà : Se con l'armi celesti avess'io vinto me stessa, i sensi e la ragione umana, andrei con altro spirto alta e lontana dal mondo e dal suo onor falso dipinto. Sull'ali della fede il pensier cinto di speme, ormai non più caduca e vana, sarebbe fuor di questa valle insana da verace virtute alzato e spinto. Ben ho già fermo l'occhio al miglior fine del nostro corso, ma non volo ancora per lo destro sentier salda e leggiera. Veggio i sogni del sol, scorgo l'aurora, ma per le sacri giri alle divine stanze non entro in quella luce vera.

Finalement voici une traduction par Dominique historienne (voir commentaires) : «  Si avec les armes célestes j’avais vaincu les sens et la raison humaine, j’irais d’un autre esprit plus haut et loin du monde et de ses faux honneurs
Sur les ailes de la foi, la pensée ceinte d’espoir, désormais ni déchue ni vaine, serait poussée et élevée, par la vraie vertu, en dehors de cette folle vallée.
Eh bien, j’ai déjà arrêté mon œil au meilleur objectif de notre parcours, mais je ne vole pas encore, ferme et légère par le droit chemin.
Je vois les rêves du soleil, je vois l’aube, mais pour [ce qui est de] la visite des divines chambres, je n’entre pas dans cette vraie lumière."
Du fait qu'elle ait inspiré un grand amour à Michel-Ange, il existe beaucoup de représentations de Vittoria Colonna. Celle d'en haut est d'une certaine Maria Longhi et gravée par une certaine Ernesta Bisi. Celle du bas est de Sebastiano del Piombo.

samedi 30 octobre 2010

La belle dame sans mercy

Anne de Graville a donc adapté sous forme de rondeaux le poème d'Alain Chartier qui a été repris au XIXe siècle par le poète anglais John Keats "La belle dame sans merci" ce qui veut dire la dame sans pitié (pour le pauvre amoureux).

En voici un extrait dont j'ai adapté l'orthographe au nôtre.


Cette oraison de coeur dite à merveilles

Vint a Venus jusque au fond des oreilles

Et tout à coup vit le temple éclairci

Qui signe était d'avoir don de sa merci

Et qu'elle avait bien sa prière ouie

Dont Pallamon en pensée en jouie

La [re]mercia puis se leva joyeux

Se promenant par ce lieu somptueux

Et apercoit que peinte y est jeunesse

Plaisir désir secret espoir liesse

Que d'un accord de toute leur puissance

Faisaient honneur à dame jouissance

Cupidon fut dessus une fontaine

Les yeux bandés qui de main incertaine

Flèches tirait à plusieurs dommageuses

En faisant plaie à chacun dangereuses

Deux flèches eut aigües par les pointes

Et deux aussi par grandes douceurs ointes

Quatre en avait fort bien enferrées d'or

Qui tira hors de son riche trésor

Dont il tirait et rendait ses sujets

Trop mieux tenus que nul oiseau par geai

Près de ses pieds y avait fait de bois

Un bel étui qu'on appelle un carquois

Bien peu usé car on n'y touchait guère

Flèches y eut d'une étrangère manière

Longues seraient et fâcheuses à décrire

Dont n'est besoin de plus autant dire

Hors qu'ils étaient à la turque envenimées

Par quoi faisaient leurs plaies ennimées

Et n'en peut on le frappe secourir

Qu'il n'ait le mal toujours jusqu'au mourir

Mais Cupidon eut de sa mère un don

Pour les brûler toutes de son brandon

Ce qui fut fait se montrait la peinture

Hors une flèche oubliée d'aventure

Mais connaissant l'heure très opportune

Tout doucement la dérobait Fortune

Qui la vendit depuis à Cupidon

Puis l'essayer sur la reine Didon*

Si la trouva de si semblable vertu

Et tel effet que au premier avait eu

Bien l'approuva Sapho* Iseult* Phyllis*

Sigismonde Felice Amordelis

La dame aussi qu'on nommait d'Escallot*

Qui trop aima messire Lancelot

Et cette la née en Northumberland

Pour qui Phébus fit mainte chose grande

Oenone* Aulde Laodamie*

Et Sollomine de gloriant amie

Ixiphile Sorbine et Thessala

Qui en mourant Absalon acolla

De telle mort fut prise et succombée

La vertueuse dame et très belle Thisbé*

Semblablement en fut par trop friande

La belle dame et sage Clariande

Aussi mourut pour Lion trop amer

Celle qui fut comtesse de Gomer

Et si puis bien avec elle mettre

De Jéromine outrée pour Silvestre

Puis la nièce au bon duc de Bourgogne

Que son ami fit mourir sans vergogne

Autres assez dont laisse le propos

Car leur esprit sont au port de repos

Depuis ce temps antique et de long âge

Nous aurons eu en France l'avantage

Que cette flèche a peu exécuté

Car maint amant d'aimer s'est rebuté

Comme on m'a dit avant le sein trépas

S'ils ont bien fait je ne le mécrois pas


En fait si la dame est sans pitié, c'est quand même un peu parce qu'elle a en tête une longue liste d'héroines amoureuses dont l'épopée sentimentale s'est très mal terminée.

Exemple : Didon, Sapho, Phyllis, Thisbé, Laodamie, Oenone qui se suicident, Iseult qui meurt de chagrin, la dame d'Escallot qui "meurt d’amour" pour Lancelot indifférent à sa personne (et je ne connais pas les autres héroines du poème mais "Clariandre aussi mourut pour Lion" et "la dame de Bourgogne" est assassinée, etc...).

Et si Benoîte Groult a écrit "La touche étoile" un roman ou l'amoureuse n'aurait pas un "destin tragique" c'est bien parce que voilà une chose tout à fait exceptionnelle dans la littérature !

jeudi 28 octobre 2010

Anne de Graville, poétesse et traductrice

Réécriture de la première traduction (Le livre de Thezeo) de la Teseida de Giovanni Boccaccio.
C'est le beau rommant des deulx amans Palamon et Arcita et de la belle et saige Emylia translaté de viel langaige et prose en nouveau et rime par ma damoiselle Anne de Graville La Malet dame du Boys Maslesherbes du commandement de la royne.
A la royne
Si j'ay empris ma souveraine dame
comme ignorante et peu sçavante femme
ozer a vous la ou gist tout sçavoir
faire present de ce que ay peu avoir...

Ainsi commence une adaptation de la Thésaide de Boccace traduit de l'italien par Anne Malet de Graville (1490? - 1540?).

Anne de Graville est née vers 1490, au château de Marcoussis. Son père, Louis Malet de Graville est amiral de France, sous Anne et Pierre de Beaujeu, et sous Louis XII. Anne de Graville a accès à l'importante collection de manuscrits et d'imprimés de son père, une des librairies les plus riches à cette époque, et devient elle-même collectionneuse, notamment de quatre manuscrits de Christine de Pizan, auxquels elle a apporté quelques corrections et ajouts. On retrouve ses devises sur plusieurs de ses manuscrits: musas natura, lacrymas fortuna [la nature m'a donné les muses, la fortune les larmes], "J'en garde un leal" et "Garni d'un leal", ces deux dernières étant des anagrammes de son nom.
Entre les années 1506-1510, elle épouse clandestinement son cousin maternel, Pierre de Balsac d'Entraigues. Son père la déshérite et les biens et revenus de Pierre de Balsac sont saisis à la requête de l'amiral. Les époux tombent dans la misère. Anne de Graville donne naissance à onze enfants. Une de ses filles, Jeanne, épousera Claude d'Urfé (héritier de la riche librairie), qui sera ambassadeur de France au Concile de Trente et grand-père d'Honoré d'Urfé, l'auteur célèbre de L'Astrée.
Anne de Graville rentre comme dame d'honneur au service de la reine Claude, première épouse du roi François Ier. C'est cette reine qui, entre 1515 et 1524, commande les deux oeuvres connues d'Anne de Graville. Plus tard, vers 1530, Anne de Graville se lie d'amitié avec Marguerite de Navarre et, à l'instar de celle-ci, s'intéresse non seulement aux questions religieuses mais héberge plusieurs exilés réformés.
La première oeuvre que compose Anne de Graville est un ensemble de soixante et onze rondeaux inspirés de La belle dame sans mercy d'Alain Chartier (1424). C'est le biographe Carl Wahlund qui a découvert ces rondeaux et les a identifiés comme étant l'oeuvre d'Anne, qui n'avait pas signé ce travail de son nom, mais de sa devise maintenant bien connue: "Ien garde un leal". Ces rondeaux sont le résultat d'un remaniement visant à rendre plus explicite et moins ambiguë la position d'Alain Chartier, dans le débat pro et contra au sujet de la femme. En effet, celui-ci avait causé une controverse avec son poème, interprété aussi bien comme une défense que comme une condamnation de la dame vertueuse.
Le succès de cette première oeuvre pourrait avoir valu à la poétesse une commande de "translation" du roman épique de Boccace, intitulé Teseida delle nozze d'Emilia et composé vers 1340.
L'adaptation d'Anne de Graville s'intitule Le beau romant des deux amans Palamon et Arcita et de la belle et saige Emilia et date des environs de 1521. Il en existe aujourd'hui six copies manuscrites différentes. Cette épopée-roman raconte comment deux amis valeureux, Palamon et Arcita, en viennent à se battre pour l'amour d'une dame vertueuse, Emylia.
Anne a connu une certaine popularité de son vivant, principalement à la cour. Mais elle est rapidement tombée dans l'oubli, et ce jusqu'à la fin du XIXe siècle. Au tournant du siècle, le philologue suédois Carl Wahlund (1846-1913) a suscité plusieurs travaux sur l'importance historique de l'écrivaine; au XXe siècle, les études traductologiques et féministes ont permis à de nouveaux lecteurs de découvrir son oeuvre.
(source)

(Heureusement qu'un suédois s'est intéressé à elle....)

jeudi 5 août 2010

Pernette du Guillet, pimpante poétesse


Lyon est donc au début du XVIe siècle, un important centre intellectuel. L’école poétique lyonnaise, regroupant notamment Maurice Scève et Louise Labé, constitue un moment essentiel de l'histoire littéraire entre Marot et la Pléiade.
Née à Lyon en 1520, Pernette du Guillet reçoit une éducation soignée, parlant l’italien et l’espagnol. A seize ans, elle est l’élève de Maurice Scève et l’inspiratrice de son recueil "Délie", objet de plus haute vertu. Mais l’amour entre eux se révèle impossible, Pernette étant promise à M. du Guillet qu’elle épouse en 1538.
Elle meurt à 25 ans, le 7 juillet 1545, emportée par une épidémie de peste. A la demande de son mari, l’érudit Antoine du Moulin examine les feuillets où elle consignait ses poésies et les fait éditer dans leur confusion originelle, sous le titre de :

Rymes de gentille et vertueuse dame Pernette du Guillet, lyonnaise, Lyon, Jean de Tournes, 1545.

Comme je ne sais laquelle choisir de ses rimes car elles sont toutes pimpantes et sautillantes comme dut l'être Pernette, j'ai copié la plus rigolote, bourrée de jeux de mots, que voici :

A un sot rimeur, qui trop l'importunait d'aimer

Tu te plains que plus ne rimasse,
Bien qu'un temps fut que plus aimasse
À étendre vers rimassés,
Que d'avoir biens sans rime assez :
Mais je vois que qui trop rimoye
Sus ses vieux jours enfin larmoye.

Car qui s'amuse à rimacher
À la fin n'a rien à mâcher.

Et pource, donc, rime, rimache,
Rimone tant et rime hache,
Qu'avecques toute ta rimaille
N'aies, dont tu sois marri, maille :
Et tu verras qu'à ta rimasse
Comme moi feras la grimace,
Maudissant et blâmant la rime,
Et le rimasseur qui la rime,
Et le premier qui rimona
Pour le grand bien qu'en rime on a.
Et tu veux qu'à rimaillerie
Celui qui n'aura maille rie ?

Je te quitte, maître rimeur,
Et qui plus a en sa rime heur,
En rime lauds, en rime honneurs,
Ensemble tous tels rimoneurs.