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samedi 15 janvier 2022

Marguerite de Navarre, le retour II


 Finalement, j'ai retrouvé mon post perdu. Voilà ce qu'il disait : "il y a très longtemps que je n'ai plus posté quoi que ce soit ici et pourtant j'ai fait un certain nombre d'esquisse de posts mais je ne sais pas pourquoi je n'avais pas la motivation d'aller jusqu'à les publier.

 Il est probable que ma nostalgie du XVIe siècle m'en a empêché. J'avais commencé ce blog en traitant de ce siècle-là et puis j'ai abordé petit à petit des époques plus contemporaines mais je ne m'y suis pas vraiment sentie dans mon élément.

Peut-être qu'un bout de mon âme en traversant le temps (si on croit à la persistance d'une âme qui traverserait le temps, idée à laquelle j'hésite à croire tout à fait) est resté obstinément attaché à cette période-là, va savoir. 

En flânant sur internet, les soirs de janvier étant particulièrement longs et maussades, je suis tombée sur la bande-annonce de l'adaption cinématographique francaise de 2013 du Michael Kohlhaas d'Heinrich von Kleist, un auteur allemand bien connu. J'étais en train de consulter la filmographie de l'actrice Roxane Duran dont le visage m'évoque le mien, plus jeune, ce qui me trouble toujours un peu, j'ai alors lu qu'elle avait interprété le personnage de Marguerite de Navarre. Comme le film dans lequel ce rôle intervenait, portait le nom d'une nouvelle qui, je le savais, était censée se passer en Allemagne et même à Berlin nommé alors Cölln ainsi qu'ailleurs dans la Saxe, par exemple à Wittenberg, la ville de Luther, je me suis demandée ce que venait faire Marguerite de Navarre là-dedans. Je suis allée sur la page Wikipédia du film de Arnaud des Pallières pour en lire le synopsis. J'ai été surprise d'y apprendre que Marguerite de Navarre qui, je le savais pour avoir lu tout ce qui est parvenu jusqu'à nous sur le personnage, était une femme extrêmement empathique, soucieuse du peuple et de ses souffrances, devenait subitement une princesse impitoyable et même violente, n'hésitant pas à renvoyer au personnage principal, un homme du peuple, sa femme sous forme de cadavre sanguinolant. Je me suis interrogée sur le pourquoi d'un portrait aussi faux qu'horrible. Il y était mentionné que la co-scénariste s'appelait Christelle Berthevas et se faisait interviewer sur youtube à propos de l'adaption du Michael Kohlhaas livresque.

L'affaire est simple : Christelle Berthevas souhaitait "ramener des personnages féminins" parce qu'il n'y en avait pas dans le roman de Kleist. Cela part donc d'un bon sentiment et je ne peux que m'en réjouir. Elle a fait l'impasse sur les enfants mâles de Kohlhaas qui en avait plusieurs et fait porter le rôle de sa descendance par une petite fille qui personnifie du coup l'avenir du héros dont la vie s'achève brutalement. Excellente idée.

Mais elle ne dit rien du tout sur son choix de la reine Marguerite de Navarre, néanmoins il est facile de deviner dans les blancs ce qui s'est passé. En situant l'action en France, elle s'est simplement servie du nom d'une princesse d'époque pour remplacer le prince allemand de l'oeuvre de Kleist qui est d'ailleurs basé sur un fait divers lui-même abondament dénaturé par son auteur. Ce que les deux scénaristes ont maintenu de l'histoire, est que nous sommes en 1540 et en 1540, il y a Marguerite de Navarre qui respire quelque part en France.

 Les bios de princesses n'étant pas enseignées, il nous reste les reines Catherine de Médicis et Marie-Antoinette, celles des grands troubles et bouleversements, guerres de religion pour l'une et Révolution pour l'autre, traînées dans la boue et diffamées à tout va et à qui on a un peu collé la responsabilité des bouleversements en question. Du coup, tout le monde a l'image plus ou moins inconsciente de femelles de haut rang: princesses, dauphines, reines ou duchesses super injustes et cruelles. Quoi de plus image d'Épinal franco-francaise que celle-là.

 On veut féminiser les vieilleries littéraires trop machistes sans se rendre compte que l'on perpétue la misogynie autrement, je veux dire non parce que les femmes de pouvoir ne seraient jamais méchantes mais parce que l'on ne soucie pas de la personne féminine dont on a emprunté le nom. Pas un instant. Parce qu'il faut divertir. Parce qu'il ne faut pas approfondir les choses et que de cette facon, on rend toujours HOMMage aux hommes mais jamais aux femmes.

Marguerite de Navarre mériterait que soit dédié un film à son extraordinaire courage, sa grande popularité et sa profonde bienveillance. J'ajouterais que dans le passé de la France, il y a bien des réhabilitations à faire au féminin.

Mais pour cela, il faudrait cesser d'utiliser les grandes femmes de l'HIStoire comme stéréotype, prête-nom voire comme simple cintre de robes à vertugadin". 

 

 


Marguerite de Navarre, le retour

 Bon ben voilà.


Je voulais publier un nouveau post et je l'ai effacé sans faire exprès en voulant mettre cette vidéo:

Il était question du film Michael Kohlhaas de 2013 avec Roxane Duran dans le rôle de Marguerite de Navarre, cette reine écrivaine dont j'ai beaucoup parlé sur ce blog.

Pour ne pas anéantir à nouveau mon travail, je vais essayer de ne pas effectuer trop de manipulations à base de liens et autres. Cela ne me réussit pas.

Je voulais exprimer ma stupéfaction de voir Marguerite de Navarre qui devrait être suffisamment célèbre pour que cela ne lui arrive pas, être utilisée pour "ramener des personnages féminins" dans le récit comme le dit la co-scénariste du film.

Il s'agit de l'adaptation ciné d'une oeuvre de Heinrich von Kleist, un écrivain très connu en Allemagne qui s'est servi en son temps d'une histoire réelle avec laquelle il a pris un certain nombre de libertés hormis sur l'époque et le lieu: le début du seizième siècle en Allemagne.

Les scénaristes du film en ont fait un "Schinken" comme on dit chez moi, c'est-à-dire un film à costumes avec épées, cavaliers et décapitations, à savoir un divertissement pour amateurs de brutalités de l'Ancien Régime. 

Que fait la reine de Navarre là-dedans ? C'est simple. Il n'y a pas de personnages féminins dans le roman original. C'est une histoire de mecs. Alors on met des femmes. Or l'action ne se déroule plus du tout en Allemagne ! Elle se déroule en France où le droit pourtant devait être catégoriquement différent, En effet, c'est le droit normalement allemand qui y joue le rôle principal puisqu'un homme du peuple allemand y cherche à faire valoir ses droits contre l'arbitraire criminel d'un baron allemand.

On aime bien les histoires de lutte des classes mais de préférence, celles du passé sans toutefois se préoccuper de détails aussi dérisoires que le pays où cela se passe même si cela change tout du point de vue de l'historicité. 

Donc il fallait des personnages féminins et puisqu'on s'en tient quand même aux personnages existants à la même époque en France, on prend la reine de Navarre au lieu du prince électeur de Saxe, je crois, qui était apparemment un personnage sans pitié pour le bas-peuple, TOUT LE CONTRAIRE de Marguerite de Navarre mais qu'importe. J'ajoute que la reine de Navarre est déjà âgée proche de la cinquantaire mais, là aussi qu'importe, une fille de vingt ans c'est plus vendeur.

Le cinéma ne cherche pas à informer mais à plaire au dépend de la vérité et à promulguer une forme de pensée "moderne". Dans le film, le personnage qui veut faire valoir ses droits, les obtient mais, en même temps, il est tué. Le message que l'on fait donc passer est le suivant : ne vous rebellez pas contre la classe des très puissants même si celle-ci "ramène des personnages féminins" . Vous aurez peut-être gain de cause mais vous serez en même temps assassiné.

Juste petit clin d'oeil de fin quand la fille du héros qui remplace les garcons de l'histoire originale "pour-ramener-du -féminin" est assise par son père sur le cheval récupéré au prix de sa vie : vos enfants en profiterons, allez. Enfin peut-être. On ne sait jamais.

lundi 16 juillet 2012

Accouchement historique



 

Je n'ai évidemment pas manquer de visiter le célèbre château de Pau un peu trop abusivement appelé "château de Henri IV", étant donné qu'il fut aussi bien un peu celui de Gaston Phébus et d'Henri d'Albret, deux monarques à l'origine des plus importantes transformations d'icelui, ainsi que le château de Marguerite de Navarre et celui de sa fille la reine Jeanne III, mère d'Henri IV qui y abjura le catholicisme le jour de Noël 1560.
Il fut d'ailleurs bien un peu aussi le château de Catherine de Bourbon, dont je n'ai pas encore parlé mais ça viendra.
J'ai suivi la visite guidée afin de tester le guide sur plusieurs points. Devant une ancienne maquette du château, j'ai pu constater qu'il ignorait complètement que les jardins ont été créés par Marguerite de Navarre. Lorsque je le lui ai fait remarquer ce "détail", il m'a répondu "C'est possible" comme si cela avait une importance très mineure voire pas d'importance du tout.
Or on citait autrefois la "Plante de Pau" de Marguerite de Navarre comme on citait les Tuileries à Paris. Je ne l'invente pas, c'est écrit par exemple ici.
Il y avait la "Haute Plante" et la "Basse Plante". Une lithographie de 1834 montre le château vu de la Basse Plante ici.  Je ne sais pas si les arbres extraordinaires que l'on peut encore y voir descendent de ceux plantés au temps de Marguerite mais ils m'ont impressionnée.
Malheureusement, toute la présentation du château de Pau n'est rien d'autre qu'un hymne à la seule gloire d'un unique et exclusif personnage, à savoir Henri IV qui est certes né là mais qui n'y séjourna que rarement.

Je m'attendais au moins à y voir dans la pièce qui l'a vu naître, le tableau bien connu d'Eugène Devéria (v. 1827) représentant Henri d'Albret brandissant le célèbre nouveau-né avec (à gauche du tableau) la parturiente Jeanne d'Albret épuisée et heureuse. (Elle a accouché en public).
Tableau dont voici l'esquisse :
La naissance de Henri IV
Point du tout. Dans la salle qui a vu naître notre Henri IV national se trouve un tableau de sa.....mort !


Son assassinat par Ravaillac.
Celui qui lui donna la mort compte plus que celle qui lui donna la vie...dingue, non ?  Ci-dessus le seul tableau visible dans la salle qui a vu naître Henri IV.

A propos des oeuvres exposées dans l'ensemble du château, on peut en voir un certain nombre sur ce blog mais l'unique tableau représentant la mère de Henri IV n'y est pas. Je ne connaissais d'ailleurs pas cette peinture et si on peut la voir quelque part dans une petite salle du château, on ne peut l'acheter ni en carte postale ni en trouver la plus petite reproduction dans l'un des guides du château. Et pourtant si Jeanne n'avait pas fait de son fils un huguenot, jamais il n'y aurait eu d'Édit de Nantes ! Alors je me réserve de vous montrer une mauvaise version scannée du seul portrait en pied de cette grande femme, la voici (je l'ai déjà mise en haut, je la replace en bas) :


Je l'ai curieusement trouvé sur un Myspace consacré à Jeanne d'Albret !

On ne peut pas dire que l'hommage fait à la mère du héros historique français le plus adulé soit bien grand dans l'endroit où elle en a accouché et dont les représentations et le nom s'étalent partout !

Edit : pour celleux qui croiraient encore que le XXIe siècle est moins sexiste que le XVIe siècle, cet article sur certains cadeaux de naissance principalement pour nouvelles-nées me confirme encore une fois de plus qu'il ne fait que se nicher ailleurs désormais, et dans les endroits les plus inattendus !

lundi 12 mars 2012

"Le Mallade" (qui réclame un médecin) et La Femme (qui veut le soigner avec des herbes)

Scène 1

LE MALADE

Ma femme, que je suis malade !
Je sens au côté grand’ douleur.
J’ai le goût amer, le cœur fade.

LA FEMME

On le voit à votre couleur :
Mais veuillez donc prendre bon cœur
Et vous efforcer de manger.

LE MALADE

Manger, qui n’a plus de saveur ?
Vous me faites vif enrager.
Manger ! Je vous promets, ma mie,
Que je n’ai goût ni appétit,
Et nul morceau ne saurais mie
Avaler, tant fût-il petit.

LA FEMME

Il vous faut donc mettre en un lit,
Vous y serez plus à votre aise.

LE MALADE

Puisqu’en rien je ne prends délit,
Mieux suis ainsi, ne vous déplaise.

LA FEMME

Où vous tient votre passion ?

LE MALADE

Au côté droit, sous la mamelle.
Et sens une altération,
Qu’il n’en fut jamais une telle !

LA FEMME

La dent de sanglier blanche et belle
Vous donnerai, c’est ma coutume ;
Et d’une herbe, je sais bien [la]quelle,
Je vous ferai un cataplume.

LE MALADE

Ma mie , ce n’est pas le point
Par où il me convient guérir.
Allez bientôt, ne tardez point,
Un bon médecin me quérir.

LA FEMME

Toujours à eux voulez courir :
Mais leur patte est trop dangereuse ;
Car l’autre jour firent mourir
La fille de la procureuse.
Entre nous, pauvres femmelettes,

Avons bien quelque expérience,
Et connaissons les herbelettes
Ainsi qu’eux, par ma conscience !
Pensez-vous que leur grand’ science
Puisse toutes choses savoir ?

("Le Mallade" de Marguerite de Navarre (farce, v. 1535) extrait de la scène 1)


(Je suis un peu déprimée depuis que j'ai découvert que dans les années 1980 une femme a déjà entrepris ce que j'entreprends aujourd'hui et que certainement d'obscures femmes comme moi entreprennent chacune à leur tour la même chose sans espoir que cela parvienne à toucher le plus grand nombre un jour parce que c'est toujours l'invisibilité qui gagne).

Ajout du 13.03 :
"Comme il est diversité de médecins qui par ignorance ne savent ni ordonner ni appliquer les herbes selon les maladies, ainsi en est-il des préconisateurs de la voie et de la parole divine, ils sont la cause des pestes, cécités et maladies spirituelles presque incurables que nous voyons régner et des innombrables âmes qui meurent et se ruinent sans discrétion. La ceinture dorée ne fait pas le médecin pas plus que le bonnet rond la théologie" (Marguerite de Navarre)
JPEG - 36.8 ko

(Ill. tirée du "Livre des simples médecines" de Platearius v. 1480)

(Mon prochain billet sera également consacré aux femmes et à la médecine au XVIe siècle)

mardi 4 octobre 2011

Les femmes ne sont pas le point fort du Magazine Littéraire


Toute à mon exploration du XVIe siècle, que ne tombé-je sur le dernier numéro du "Magazine Littéraire" entièrement consacré à Rabelais ? Bien que ce journal soit à l'évidence un support pour concours de binettes masculines (environ 60 dans ce numéro contre 15 féminines, et encore, en cherchant bien et en comptant les portraits timbres de poste qui ont cours chez les lilliputiens), force me fut de l'acheter.
Arrivée à la page 68, oh surprise ! J'y trouve le portrait de Marguerite de Valois ce dont je m'étonne grandement étant donné que Rabelais et elle ne sont pas contemporains.
Et c'est là que je découvre avec une stupéfaction légèrement teintée de mépris qu'il faut y voir Marguerite de Navarre dont Madame Mireille Huchon, autrice de l'article et vieille connaissance de ce blog, fait mention comme protectrice dudit Rabelais mais ne semble pas en connaître l'apparence.
Madame Mireille Huchon a t-elle jeté un oeil sur l'article avant publication ? Le contraire m'étonnerait plutôt mais accordons-lui le bénéfice du doute.
En tout cas, je ne félicite pas ce journal qui non seulement n'est pas gêné de laisser une part aussi énorme aux portraits masculins mais ne peut pas même publier le portrait féminin approprié quand il s'agit d'évoquer la rarissime femme alibi !
Et n'allons pas croire que l'article consacrerait ne serait-ce qu'un paragraphe à celle qui n'est pas représentée là (mais sa petite nièce), deux lignes suffisent. Deux lignes pas vraiment flatteuses non plus. Restons humbles, voyons.
C'est si peu d'elle qu'il s'agit dans ces "mécènes mis en scène" que je me demande si c'était bien la peine de la mentionner.

Ah au fait : Mireille Huchon a commis un livre sur Rabelais dans lequel elle n'explique PAS qu'il serait en réalité de l'autre sexe (comme elle avait fait pour Louise Labé).
Ah.
On est déçu.

vendredi 9 septembre 2011

Résultat du tag : 43 - Delphine est...

Quelle femme de la Renaissance aurais-je aimé être ?

Asphodèle me pose cette question ici.

Question piège s’il en est, je connais mal cette période et j’ai du mal à m’imaginer femme à cette époque (les robes à froufrou, la cours, les intrigues, très peu pour moi), je m’imagine davantage comme une suffragette, voire une amazone.

Après quelques recherches, je découvre cette femme-là, « La Marguerite des marguerites », ou bien Marguerite d’Angoulême ou Marguerite de Navarre (1492-1549), sœur du roi François Ier.

Et pourquoi elle ?

Parce qu’elle a joué un rôle capital au cours de la première partie du XVIe siècle, en effet : elle manifeste un certain intérêt pour les idées nouvelles, encourageant les artistes à la Cour de France. Elle est ainsi connue pour être l’une des premières femmes de lettres françaises, surnommée la dixième des muses.

Elle a écrit différents textes, dont le plus connu est un recueil de nouvelles, L’Héptaméron

A découvrir ici (grâce à Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF)

Merci Wikipédia pour les références. Si vous voulez en savoir plus sur cette illustre femme, c’est par là.

Merci à Asphodèle pour ce tag, finalement, c’était sympa de se replonger dans l’histoire et de découvrir cette femme-là.

Que celle qui se voit dans une femme de la renaissance s’empare de ce tag-là !

Publié par Delphine copié/collé par Euterpe

Merci Delphine pour ta participation ! Tu es ma 3e Marguerite de Navarre de ce tag ! Mais je n'ai rien contre car j'ai une affection toute particulière pour elle aussi. J'ai déjà consacré pas mal de billets à son sujet. Pour les connaître, il suffit de cliquer sur le libellé "Marguerite de Navarre".

vendredi 12 août 2011

Résultat du tag : 12 - Isabelle B. est....

Marguerite de Navarre

la femme renaissance que j'aurai pu être

Euterpe m'a taguée sur une question originale à laquelle je n'avais pas eu le temps de répondre vu que j'étais à l'autre bout de la France harassée par la chaleur, anéantie par le bruit de ces idiotes de cigales, mais me revoici dans la fraicheur revigorante de la côte bretonne, d'attaque pour répondre donc à " quelle femme de la renaissance êtes vous ? "
J'ai choisi Marguerite de Navarre, parce qu'elle était écrivain, auteure de nouvelles qui plus est, genre que j'affectionne particulièrement. Son ouvrage le plus célèbre " l'Heptaméron " sans doute qu'à cette époque j'aurai écrit aussi entre deux fausses couches, et quelques mariages forcés.
J'avoue avoir hésité avec catherine de médicis qui mit au gout du jour les caleçons pour les femmes...alors qu'à notre époque des femmes râlent pour porter la mini-jupe ?!
Voilà Euterpe ma modeste contribution à ta chaine :-) et merci pour le tag !!

Euterpe a tagué d'autres potes blogueurs, dont certains ont répondu, prière de fouiller pour trouver leur réponse :-)

Euterpe a tagué d'autres potes blogueurs, dont certains ont répondu, prière de fouiller pour trouver leur réponse :-)
lolobobo, 100 000 V, Ce Que Je Pense …, Bloguer ou ne pas bloguer, Le grumeau, A toi l’honneur !, la suite…, Les divagations NRV de cui cui fit l’oiseau., Détours à Tours, Unhuman, Entre Musique et Politique, Fattorius, le blog d’une femme de sportif, Fucking disgrace, Impromptu, Je n’ai rien à dire ! et alors ??, Le blog de Laurent Grandsimon, Chez Homer, Le Parisien Libéral, Les Peuples du Soleil, Les privilégiés parlent aux Français…, Les trucs de Myrtille, Ecume de mes jours, Margaud cuisine mais préfère diner en ville, Du trASh et DeS bAiSerS!!!, Ménilmontant, mais oui madame…, MINIJUPE, Le blog du modérateur, Mon avis t’intéresse, Mon Mulhouse le blog 100 % BIO, mtislav, A perdre la raison, Philippe Méoule, Du petit monde de Gildan, le blog de polluxe, Princesse101, Reservus’blog…, Cocktail de Web News, Répertoire de la Science Fiction, Le blog de Rébus, Sarkofrance, Sète’ici, Une Autre Vie, Moi, je, Alter Oueb, Asclepieia, Autour du Web, Chez dedalus, Bah !, Choblab, Chroniques d’une Chocoladdict, Chroniques d’un breton, DenisHirst.fr, Le Blog de Gabale, Intox2007.info, LMO, Le blog de Luciamel, Maman@Home, Météo Mulhouse, Lyonnitude(s), blog de David Burlot, Traqueur Stellaire, Le Mag TypePad, [Unhuman]geek, Valunivers, Xapur’s Blog.

Publié par Isabelle B. le 11.8.2011 copié/collé par Euterpe

Mon commentaire : Marguerite de Navarre a fait une fausse couche et a eu droit à deux mariages forcés mais elle a accouché quatre fois pour un(e) seul(e) enfant qui a survécu (Jeanne d'Albret). Elle est donc relativement épargnée dans le domaine en comparaison avec ces consoeurs, ce qui n'enlève rien à ses mérites.
Pour Catherine de Médicis, je me rends compte avec un certain plaisir que beaucoup de femmes savent ce qu'elle a apporté aux femmes.
Ce que l'on sait peu : les femmes de la cour ont été admises aux repas avec les hommes à partir du moment où Catherine est devenue dauphine de France. Avant elle, les deux sexes mangeaient séparément (en France mais pas en Italie).

Sinon, tu es mon deuxième doublon puisque M. de N. a déjà été choisie par lolobobo !

mercredi 3 août 2011

Résultat du tag : 1 - lolobobo est.....

Marguerite de Navarre, une

Femme des années 90
Des années 1490 s'entend...
Le drame du tagueur est de se faire taguer en retour. Euterpe qui a gentiment joué le jeu de la chanson des blogueurs me propose de répondre à la délicate question :

QUELLE FEMME DE LA RENAISSANCE ÊTES-VOUS ?


N'ayant pas sa connaissance encyclopédique des femmes de la renaissance (mais à la lire je progresse doucement) je crains que ma proposition ne soit guère originale.

si j'avais à choisir parmi les figures féminines du XVIème siècle je choisirais Marguerite de Navarre (la sœur de François premier).

Et pour plusieurs raisons.

Comme elle je m'obstine a admirer les philosophes, a écrire sans me prendre au sérieux
J'aime bien vous faire découvrir des blogueurs et des créatifs du web talentueux, comme en sont temps elle découvrait des artistes et des auteurs.
Sans aimer être au premier plan elle a su jouer un rôle politique, en représentant son frère ou son épouse en jouant un rôle de négociatrice de l'état.
Elle a aussi un questionnement spirituel et une vision très tolérante des opinion culturelles, politiques et religieuse, ce qui n'est pas pour me déplaire.

Enfin Clément Marot fait d'elle ce portrait «Corps féminin, cœur d'homme et tête d'ange».

Tant qu'à être une femme j'aurais bien aimé qu'on dise de moi de si jolies choses ;o)

Publié par lolobobo le mercredi, juillet 27 2011, 19:26

Copié/collé par Euterpe. Mon commentaire : excellent choix qui te va très bien ! Merci !

mercredi 15 juin 2011

Non inferiora secutus




J'en avais déjà parlé à propos de Thérèse d'Avila ici, au XVIe siècle, ce que l'on appelait Dieu ne se distinguait pas aussi radicalement qu'aujourd'hui de l'astre du jour et "Très-Haut" avait comme un air de synonymité avec "Soleil".
Dieu a pris la place du Soleil et la Science celle de Dieu. Depuis, le nucléaire est passé par là et la présomption (plus masculine que féminine) mortifère de se substituer à une force créatrice qui nous dépasse, cause bien du souci à l'humanité.

En attendant, donc, d'être tous irradiés par les effluves en provenance de Fukushima qui sont en train de se déposer partout dans les prés, je vais vous parler d'une fleur : le souci.

Claude Paradin, dans ses „Devises héroiques“ (1557) à propos du souci, qui, comme le tournesol, a la propriété de se tourner vers le soleil, rappelle les mots de Virgile „Non inferiora secutus“, Qui ne suit pas les choses inférieures (Énéide, VI, 170) et ajoute : „La feue Royne de Navarre, Marguerite de France, Princesse très illustre, portait la fleur du Souci en Devise qui est la fleur ayant plus d'affinité avec le Soleil que point d'autre, tant en similitude de ses rayons, ès feuilles de ladite fleur, que à raison de la compagnie qu'elle fait ordinairement, se tournant de toutes parts là où il va depuis l'Orient jusques en Occident, s'ouvrant ou se closant, selon sa hauteur ou sa basseur. Et elle avait telle Devise la tant vertueuse Princesse en signe qu'elle dirigeoit toutes ses actions, pensées, volonté et affections, au grand Soleil de la Justice, qui est Dieu tout-puissant contemplant les choses hautes célestes et spirituelles“.

Le nom de cette fleur "souci" ne fait pas référence à nos tracas quotidiens mais vient du latin solsequia = qui suit le soleil !

Les devises qui se veulent à la fois des attributs et des signes individuels de conduite sont très prisées à la Renaissance et l'on imprime de nombreux livres à leur sujet.
On pourrait un peu les comparer à des totems indiens par le fait que l'on se choisissait presque toujours un végétal ou un animal dont on s'attribuait les qualités.
On dirait aujourd'hui que l'on associait un slogan (devise) à un référent iconique (image). A propos d'iconologie et de Marguerite de Navarre, on sait rarement que c'est cette dernière qui est à l'origine du Collège de France où vient d'entrer Claudine Tiercelin, philosophe analytique spécialiste de l'image qui a prononcé sa lecon inaugurale dans l'amphithéâtre Marguerite de Navarre, justement. Entrée qui n'est pas du goût de nos machistes francais taclés ces derniers temps tout à fait légitimement par nos amis anglos-saxons (tiens la philosophie analytique est un courant philosophique anglo-saxon, la franchouillardise se sent-elle menacée?). Comme me le signale mad meg dans les commentaires du billet précédent, les insultes déguisées en humour journalistique volent très bas dans l'article inséré plus haut.
Et puis à propos de devise, Petit Bateau, au lieu de prendre un bébé pour une marchandise sur l'emballage duquel il faut que soit inscrit ce qu'il y a à l'intérieur à coup de valorisation négative des filles et de survalorisation des garcons (afin de trier dès le berceau qui sera le chef et qui sera son esclave), pourrait-elle, cette marque prisée à travers le monde pour la qualité de ses tissus, se montrer au moins aussi évoluée que nos ancêtres de la Renaissance et exprimer, s'il faut barbouiller des mots sur une grenouillère pour le sacro saint "fun" : un sentiment, un idéal et une vertu à l'instar de nos amateurs/trices d'emblèmes ?
A quoi sert donc que des Marguerite de Navarre et des Claudine Tiercelin oeuvrent pour la culture si des marques de vêtements et autres produits de consommation oeuvrent parallèlement à la barbarie, au sexisme et pourquoi pas, avec cette hyperbibeloïsation des petites filles, à la pédophilie ?

Alors ne suivons pas nous non plus les choses inférieures comme la mode qui s'empare des poncifs les plus rétrogrades pour vendre, suivons plutôt le soleil puisque nous nous approchons du solstice d'été où notre précieux astre brille dans notre ciel plus longtemps que jamais dans l'année.
Je ne vais plus poster beaucoup ces prochains jours parce que je prends la route pour suivre le soleil, moi aussi ! (Retour : au plus tard dans dix jours).

mercredi 19 janvier 2011

Page de publicité

Pour celles et ceux qui ont aimé la nouvelle de l'Heptaméron que j'ai publiée sur mon blog, il y a de cela quelques mois, il en existe une adaption théâtrale créée par une certaine Nathalie Hamel en 2009 et jouée plusieurs fois à Paris depuis.
Disons que la pièce regroupe plusieurs nouvelles mais comme je ne l'ai pas vu, voici sur le blog de la comédienne Clémentine Stepanoff de plus amples explications.

Photo : Soeur Marie Heroët et le Prieur de Saint Martin

on dirait pas un peu DSK de dos ?

jeudi 6 janvier 2011

Miroir et Miroir


Retour sur le Miroir de l'âme pécheresse de Marguerite de Navarre, ce long poème mystique dont j'ai déjà parlé ici et ici et qui continue à m'intriguer. Je viens de découvrir que Marguerite s'est inspirée directement du Miroir des simples âmes anéanties de Marguerite Porète, brûlée comme hérétique à Paris en 1310.

Pas étonnant que l'ouvrage fit scandale ! Marguerite Porète fut brûlée sur la place de Grève à Paris la même semaine que les premiers Templiers. Comme d'autres mouvements chrétiens persécutés (cathares, vaudois,...) elle appartenait plus ou moins à une mouvance pré-communiste prônant la pauvreté matérielle et la communauté des biens.

Curieusement, son livre lui survécut et, au XVIe siècle, on le traduisit en plusieurs langues. Beaucoup d'encre coule à son sujet aujourd'hui. Elle a inspiré Aragon, Philippe Sollers parle d'elle et on la compare à Sainte Thérèse d'Avila.

Mais Marguerite Porète, contrairement à Marguerite de Navarre ne consigna pas ses expériences extatiques.

Néanmoins le Miroir de l'âme pécheresse est imprégné de l'influence de la « devotio moderna », et est à compter parmi les première phases mystiques de Marguerite de Navarre. La devotio moderna et les tendances évangélistes du Miroir l'ont rendu très populaire en dehors de France ; Elisabeth Ière d'Angleterre le traduisit en anglais lorsqu'elle avait treize ans.

Dans le Miroir Marguerite se réfère en premier lieu à Paul, en particulier à une expérience extatique citée dans la seconde lettre aux Corinthiens (12, 1-4). (où il est question du Dieu qui console de toutes afflictions car Marguerite a beaucoup souffert en particulier de ses deux mariages forcés et de la perte de sa petite nièce et de trois de ses enfants).

Il es dit dans le sous-titre que le but du Miroir, est la "Connaissance de soi-même" et je ne peux m'empêcher de penser au processus de découverte de soi par la psychothérapie : car sous la forme d'un dialogue de l'âme avec soi-même ou d'un entretien avec Dieu (sorte de psychologue) par l'intermédiaire de la Bible (sorte de traité de psychologie), l'âme s'efforce de s'assurer la grâce de Dieu. Chaque état de conscience de la Grâce est suivie d'une chute dans laquelle l'âme prend conscience de son état de pécheresse, puis fait l'expérience d'une nouvelle élévation par (le biais de) la Grâce. Marguerite de Navarre trouve dans sa découverte des correspondances avec le discours des femmes mystiques du Moyen-Âge, en cela que le mouvement d'élévation/abaissement caractérise la mystique féminine à l'inverse des représentations ascensionnelles masculines de la théologie mystique influencée par le néoplatonisme.

(dessin : Sinibaldi d'ap. Michel-Ange : La Prudence assise se regardant dans un miroir, XVIe siècle).

jeudi 14 octobre 2010

Les aventures extraodinaires de Marie Héroët, épisode 7


"Cet acte ici, et plusieurs autres, fit ce bon religieux, durant trois ans qu'il fut amoureux de la religieuse. Laquelle, comme j'ai dit, bailla par la grille à son frère tout le discours de sa piteuse histoire. Ce que le frère porta à sa mère, laquelle, toute désespérée, vint à Paris où elle trouva la Reine de Navarre, soeur unique du roi, à qui elle montra ce piteux discours en lui disant : « Madame, fiez-vous une autre fois en vos hypocrites ! Je pensais avoir mis ma fille aux faubourgs et chemins de paradis, et je l'ai mise en celui d'enfer, entre les mains des pires diables qui y puissent être. Car les diables ne nous tentent, s'il ne nous plaît, et ceux-ci nous veulent avoir par force où l'amour défaut ! » La Reine de Navarre fut en grande peine, car entièrement elle se confiait en ce prieur de Saint-Martin, à qui elle avait baillé la charge des abbesses de Montivilliers et de Caen, ses belles-soeurs. D'un côté le crime si grand lui donna telle horreur et envie de venger l'innocence de cette pauvre fille qu'elle communiqua au chancelier du roi, pour lors légat en France, de l'affaire. Et fut envoyé quérir le prieur de Saint-Martin, lequel ne trouva nulle excuse, sinon qu'il avait soixante-dix ans. Et parlant à la Reine de Navarre, la pria sur tous les plaisirs qu'elle lui voudrait jamais faire, et pour récompense de tous ses services et de tous ceux qu'il avait désir de lui faire, qu'il lui plût de faire cesser le procès, et qu'il confesserait que soeur Marie Héroët était une perle d'honneur et de virginité. La Reine de Navarre, oyant cela, fut tant émerveillée, qu'elle ne sut que lui répondre, mais le laissa là, et le pauvre homme tout confus se retira en son monastère, où il ne voulut plus être vu de personne, et ne vécut qu'un an après. Et soeur Marie Héroët, estimée comme elle devait par les vertus que Dieu avait mises en elle, fut ôtée de l'abbaye de Gif où elle avait eu tant de mal, et faire abbesse, par le don du Roi, de l'abbaye de Gy près de Montargis, laquelle elle réforma. Et vécut comme celle qui était pleine de l'esprit de Dieu, le louant toute sa vie de ce qu'il lui avait plu lui redonner son honneur et repos".

Fin

Le portrait est une oeuvre du photographe néerlandais Hendrik Kerstens né en 1956.

mercredi 13 octobre 2010

Les aventures extraodinaires de Marie Héroët, épisode 6


"Ainsi s'en alla ce malheureux homme sans plus y revenir, et fut cette pauvre fille longtemps en la tribulation que vous avez ouïe. Mais sa mère, qui sur tous ses enfants l'aimait, voyant qu'elle n'avait plus de nouvelle d'elle, s'en émerveilla fort et dit à un sien fils, sage et honnête gentilhomme, qu'elle pensait que sa fille était morte, ainsi que les religieuses, pour avoir la pension annuelle, lui dissimulaient ; le priant, en quelque façon que ce fût, de trouver moyen de voir sadite soeur. Incontinent il s'en alla à la religion, en laquelle on lui fit des excuses accoutumées ; c'est qu'il y avait trois ans que sa soeur ne bougeait du lit. Dont il ne se tint pas content, et leur jura que s'il ne la voyait, il passerait par dessus les murailles et forcerait le monastère. De quoi elles eurent si grande peur qu'elle lui amenèrent sa soeur à la grille, laquelle l'abbesse tenait de si près qu'elle ne pouvait dire à son frère chose qu'elle n'entendit. Mais elle, qui était sage, avait mis par écrit tout ce qui est écrit dessus, avec mille autres inventions que ledit prieur avait trouvées pour la décevoir, que je laisse à conter pour la longueur. Si ne veux-je oublier à dire que, durant que sa tante était abbesse, pensant qu'il fut refusé par sa laideur, fit tenter soeur Marie par un beau et jeune religieux, espérant que, si par amour elle obéissait à ce religieux, après il la pourrait avoir par crainte. Mais dans un jardin où le jeune religieux lui tint propos avec gestes si déshonnêtes que j'aurais honte de les remémorer, la pauvre fille courut à l'abbesse qui parlait au prieur, criant : « Ma mère, ce sont diables en lieu de religieux, ceux qui vous viennent visiter ! » Et à l'heure le prieur, qui eut la grande peur d'être découvert, commença à dire en riant : sans faute, ma mère, soeur Marie a raison ! » et en prenant soeur Marie par la main, lui dit devant l'abbesse : « J'avais entendu que soeur Marie parlait fort bien et avait le langage si a la main que l'on l'estimait mondaine. Et pour cette occasion je me suis contraint, contre mon naturel, lui tenir tous les propos que les hommes mondains tiennent aux femmes, ainsi que j'ai trouvé par écrit – car d'expérience j'en suis ignorant comme le jour que je fus né – ; et en pensant que ma vieillesse et laideur lui faisaient tenir propos si vertueux, j'ai commandé à mon jeune religieux de lui en tenir de semblables, à quoi vous voyez qu'elle a vertueusement résisté. Dont je l'estime si sage et vertueuse que je veux que, dorénavant, elle soit la première après vous et maîtresse des novices, afin que son bon vouloir croisse toujours de plus en plus en vertu. »

(à suivre)

Le portrait est une oeuvre du photographe néerlandais Hendrik Kerstens né en 1956.


mardi 12 octobre 2010

Les aventures extraodinaires de Marie Héroët, épisode 5


"Quand le prieur estima avoir une telle prise sur soeur Marie, s'en alla en la religion, où l'abbesse faite à sa poste ne le contredisait en rien. Et là commença de vouloir user de son autorité de visiteur, et fit venir toutes les religieuses l'une après l'autre en une chambre, pour les ouïr en forme de visitation. Et quand ce fut au rang de soeur Marie qui avait perdu sa bonne tante, il commença à lui dire : « Soeur Marie, vous savez de quel crime vous êtes accusée, et que la dissimulation que vous faites d'être tant chaste ne vous a de rien servi, car on connaît bien que vous êtes assez le contraire. » Soeur Marie lui répondit d'un visage assuré : « Faites-moi venir celui qui m'accuse, et vous verrez si devant moi il demeurera en mauvaise opinion. » Il lui dit : « Il ne nous faut autre preuve, puisque le confesseur a été convaincu. » Soeur Marie lui dit : « Je le pense si homme de bien qu'il n'aura point confessé une telle mensonge. Mais quand ainsi serait, faites-le venir devant moi et je prouverai le contraire de son dire. » Le prieur, voyant qu'en nulle sorte ne la pouvait étonner, lui dit : « Je suis votre père qui désire sauver votre honneur ; pour cette cause, je remets cette vérité à votre conscience, à laquelle j'ajouterai foi. Je vous demande et conjure, sur peine de péché mortel, de me dire en vérité, assavoir mon si vous étiez vierge quand vous fûtes remises céans. » Elle lui répondit : « Mon père, l'âge de cinq ans que j'avais doit être seul témoin de ma virginité. » - « Or bien donc, ma fille, dit le prieur, depuis ce temps là avez-vous point perdu cette fleur ? » Elle lui jura que non, et que jamais n'y avait trouvé empêchement que de lui. A quoi il dit qu'il ne le pouvait croire, et que la chose gisait en preuve : « Quelle preuve, dit-elle, vous en plaît-il faire ? » - « Comme je fais aux autres, dit le prieur, car ainsi suis-je visiteur des âmes, aussi suis-je visiteur des corps. Vos abbesses et prieures ont passé par mes mains : vous ne devez craindre que je visite votre virginité. Parquoi jetez-vous sur le lit, et mettez le devant de votre habillement sur votre visage. » Soeur Marie lui répondit par colère : « Vous m'avez tant tenu de propos de la folle amour que vous me portez, que j'estime plutôt que vous me voulez ôter ma virginité que la visiter. Parquoi entendez que jamais je n'y consentirai ! » Alors il lui dit qu'elle était excommuniée de refuser l'obédience de Sainte religion, et que si elle ne s'y consentait il la déshonorerait en plein chapitre et dirait le mal qu'il savait d'entre elle et le confesseur. Mais elle, d'un visage sans peur, lui répondit : « Celui qui connaît le coeur de ses serviteurs m'en rendra autant d'honneur devant lui que vous ne sauriez faire de honte devant les hommes ; parquoi, puisque votre malice en est juste là, j'aime mieux qu'elle parachève sa cruauté envers moi que le désir de son mauvais vouloir, car je sais que Dieu est juste juge. » A l'heure il s'en alla assembler tout le chapitre et fit venir devant lui à genoux soeur Marie, à laquelle il dit par un merveilleux dépit : « Soeur Marie, il me déplaît que les bonnes admonitions que je vous ai données ont été inutiles en votre endroit, et que vous êtes tombée en tel inconvénient que je suis contraint de vous imposer pénitence contre ma coutume : c'est que, ayant examiné votre confesseur sur aucun crime à lui imposé, m'a confessé avoir abusé de votre personne au lieu où les témoins disent l'avoir vu. Parquoi, ainsi que je vous ai élevé en état honorable et maîtresse des novices, j'ordonne que vous soyez mise non seulement la dernière de toutes, mais mangeant à terre devant toutes les soeurs pain et eau, jusqu'à ce que l'on connaisse votre contrition suffisante d'avoir grâce. » Soeur Marie, étant avertie par une de ses compagnes qui entendait toute son affaire que, si elle répondait chose qui déplût à son prieur, il la mettrait in pace, c'est à dire en chartre perpétuelle, endura cette sentence, levant les yeux au ciel, priant Celui qui a été sa résistance contre le péché vouloir être sa patience contre sa tribulation. Encore défendit le prieur de Saint-Martin que, quand sa mère ou ses parents viendraient, l'on ne la souffrit de trois ans parler à eux, ni écrire, sinon lettres faites en communauté".

(à suivre)

Le portrait est une oeuvre du photographe néerlandais Hendrik Kerstens né en 1956.

lundi 11 octobre 2010

Les aventures extraodinaires de Marie Héroët, épisode 4


"Ainsi s'en alla cet hypocrite à Saint-Martin, auquel lieu ce méchant feu qu'il avait en son coeur ne cessa de brûler jour et nuit, et de chercher toutes les inventions possibles pour venir à ses fins. Et pour ce que sur toutes choses il craignait l'abbesse, qui était femme vertueuse, il pensa le moyen de l'ôter de ce monastère. S'en alla vers Madame de Vendôme, pour l'heure demeurant à La Fère où elle avait édifié un couvent de saint Benoît nommé le Mont d'Olivet. Et comme celui qui était le souverain réformateur, lui donna à entendre que l'abbesse du Mont d'Olivet n'était pas assez suffisante pour gouverner une communauté, la bonne dame le pria de lui en donner une autre qui fut digne de cet office. Et lui, qui ne demandait autre chose, lui conseilla de prendre l'abbesse de Gif pour la plus suffisante qui fût en France. Madame de Vendôme incontinent l'envoya quérir, et lui donna la charge de son monastère du Mont d'Olivet. Le prieur de Saint-Martin, qui avait en sa main les voix de toute la religion, fit élire à Gif une abbesse à sa dévotion. Et après cette élection, il s'en alla audit lieu de Gif essayer encore une autre fois si, par prière ou par douceur, il pourrait gagner soeur Marie Héroët. Et voyant qu'il n'y avait nul ordre, retourné désespéré à son prieuré de Saint-Martin, auquel lieu, pour venir à sa fin et pour se venger de celle qui lui était trop cruelle, de peur que son affaire fût éventée, fit dérobée secrètement les reliques dudit prieuré de Gif, de nuit. Et mit à sus au confesseur de léans, fort vieil et homme de bien, que c'était lui qui les avaient dérobées ; et pour cette cause, le mit en prison à Saint-Martin. Et durant qu'il le tenait prisonnier, suscita deux témoins, lesquels ignoramment signèrent ce que Monsieur de Saint-Martin leur commanda : c'était qu'ils avaient vu dedans un jardin ledit confesseur avec soeur Marie en acte vilain et déshonnête. Ce qu'il voulut faire avouer au vieux religieux. Toutefois lui, qui savait toutes les fautes de son prieur, le supplia l'envoyer en chapitre, et que là, devant tous les religieux, il dirait la vérité de tout ce qu'il en savait. Le prieur, craignant que la justification du confesseur fût sa condamnation, ne voulut point entériner cette requête. Mais, le trouvant ferme en son propos, le traita si mal en prison que les uns disent qu'il y mourut, et les autres qu'il le contraignit de laisser son habit et de s'en aller hors du royaume de France. Quoi qu'il en soit, jamais depuis on ne le vit".

(à suivre)

Le portrait est une oeuvre du photographe néerlandais Hendrik Kerstens né en 1956.

dimanche 10 octobre 2010

Les aventures extraodinaires de Marie Héroët, épisode 3


"Et quand il vit que ses propos ne la pouvaient gagner, lui en va bailler d'un autre, disant : « Hélas, ma fille, il faut que je vous déclare mon extrême nécessité : c'est que j'ai une maladie que tous les médecins trouvent incurable, sinon que je me réjouisse et me joue avec quelque femme que j'aime bien fort. De moi, je ne voudrais pour mourir faire un péché mortel ; mais quand l'on viendrait jusque là, je sais que simple fornication n'est nullement à comparer à pécher d'homicide. Parquoi, si vous aimez ma vie, en sauvant votre conscience de crudélité, vous me la sauverez. » Elle lui demanda quelle façon de jeu il entendait faire. Il lui dit qu'elle pouvait bien reposer sa conscience sur la sienne, et qu'il ne ferait chose dont l'une ni l'autre fût chargée. Et pour lui demander le commencement du passe-temps qu'il demandait, la vint embrasser et essayer de la jeter sur un lit. Elle connaissant sa méchante intention, se défendit si bien de paroles et de bras, qu'il n'eut pouvoir de toucher qu'à ses habillements. A l'heure, quand il vit toutes ses inventions et efforts être tourné en rien, comme un homme furieux, et non seulement hors de conscience, mais de raison naturelle, lui mit la main sous la robe, et tout ce qu'il put toucher des ongles égratigna en telle fureur que la pauvre fille, en criant bien fort, de tout son haut tomba à terre, tout évanouie. Et à ce cri entra l'abbesse dans le dortoir où elle était, laquelle, étant à vêpres, se souvint avoir laissé cette religieuse avec le beau-père, qui était fille de sa nièce. Dont elle eut un scrupule en sa conscience, qui lui fit laisser vêpres et aller à la porte du dortoir écouter ce que l'on faisait. Mais, oyant la voix de sa nièce, poussa la porte que le jeune moine tenait. Et quand le prieur vit venir l'abbesse, en lui montrant sa nièce évanouie lui dit : « Sans faute notre mère, vous avez grand tort que vous ne m'avez dit les conditions de soeur Marie ! Car, ignorant sa débilité, je l'ai fait tenir debout devant moi et, en la chapitrant, s'est évanouie comme vous voyez. » Il la firent revenir avec du vinaigre et autres choses propices, et trouvèrent que de sa chute elle était blessée à la tête. Et quand elle fut revenue, le prieur, craignant qu'elle contât à sa tante l'occasion de son mal, lui dit à part : « Ma fille, je vous commande sur peine d'inobédience et d'être damnée, ce que vous n'ayez jamais à parler de ce que je vous ai fait ici, car entendez que l'extrémité d'amour m'y a contraint. Et puisque je vois que vous ne voulez aimer, je ne vous en parlerai jamais que cette fois, vous assurant que, si vous me voulez aimer, je vous ferai élire abbesse de l'une des trois meilleures abbayes de ce royaume. » Mais elle lui répondit qu'elle aimait mieux mourir en chartre perpétuelle que d'avoir jamais autre ami que Celui qui était mort pour elle en la croix, avec lequel elle aimait mieux souffrir tous les maux que le monde pourrait donner que contre lui avoir tous les biens ; et qu'il n'eût plus à lui parler de ces propos, ou elle le dirait à la mère abbesse, mais qu'en se taisant elle se tairait. Ainsi s'en alla ce mauvais pasteur lequel, pour se montrer tout autre qu'il n'était et pour encore avoir le plaisir de regarder celle qu'il aimait, se retourna vers l'abbesse, lui disant : « Ma mère, je vous prie, faites chanter à toutes vos filles un Salve Regina en l'honneur de cette Vierge ou j'ai mon espérance. » Ce qui fut fait, durant lequel ce renard ne fit que pleurer, non d'autre dévotion que de regret, qu'il n'avait de n'être venu au dessus de la sienne. Et toutes les religieuses, pensant que ce fût d'amour à la Vierge Marie, l'estimaient un saint homme. Soeur Marie, qui connaissait sa malice, priait en son coeur de confondre celui qui déprisait tant la virginité".

(à suivre)

Le portrait est une oeuvre du photographe néerlandais Hendrik Kerstens né en 1956.

samedi 9 octobre 2010

Les aventures extraodinaires de Marie Héroët, épisode 2


"Un jour, allant visiter un couvent près de Paris qui se nomme Gif, advint qu'en confessant toutes les religieuses en trouva une nommée Marie Héroët, dont la parole était si douce et agréable qu'elle promettait le visage et le coeur être de même. Par quoi seulement pour l'ouïr fut ému d'une passion d'amour qui passait toutes celles qu'ils avait eu aux autres religieuses. Et en parlant à elles, se baissa fort pour la regarder, et aperçut la bouche si rouge et si plaisante qu'il ne se put tenir de lui hausser le voile pour voir si les yeux accompagnaient le demeurant ; ce qu'il trouva, dont son coeur fut rempli d'une ardeur si véhémente, qu'il perdit le boire et le manger, et toute contenance, combien qu'il la dissimulait. Et quand il fut retourné en son prieuré, il ne pouvait trouver repos, parquoi en grande inquiétude passait les jours et les nuits, en cherchant les moyens comme il pourrait parvenir à son désir et faire d'elle comme il avait fait de plusieurs autres. Ce qu'il craignait d'être difficile, parce qu'il la trouvait sage en paroles et d'un esprit si subtil qu'il ne pouvait avoir grande espérance. Et d'autre part se voyait si laid et si vieux qu'il délibéra de ne lui en parler point, mais de chercher à la gagner par crainte. Parquoi, bientôt après, s'en retourna audit monastère de Gif, auquel lieu se montra plus austère qu'il n'avait jamais fait, se courrouçant à toutes les religieuses, reprenant l'une que son voile n'était pas assez bas, l'autre qu'elle haussait trop la tête, et l'autre qu'elle ne faisait pas bien la révérence en religieuse. En tous ces petits cas se montrait si austère que l'on le craignait comme un Dieu peint en jugement. Et lui, qui avait les gouttes, se travailla tant de visiter les lieux réguliers que, environ l'heure de vêpres, heure par lui apostée, se trouva au dortoir. L'abbesse lui dit : « Père révérend, il est temps de dire vêpres. » A quoi il répondit : « Allez, mère, allez ! Faites-les dire, car je suis si las que je demeurerai ici, non pour reposer, mais pour parler à soeur Marie, de laquelle j'ai ouï très mauvais rapport : car l'on m'a dit qu'elle caquette comme si c'était une mondaine. » L'abbesse, qui était tante de sa mère, le pria de la vouloir chapitrer et la lui laissa toute seule, sinon un jeune religieux qui était avec lui. Quand il se trouva seul avec soeur Marie, commença à lui lever le voile et lui commander qu'elle le regardât. Elle lui répondit que sa règle lui défendait de regarder les hommes. « C'est bien, ma fille, lui dit-il, mais il ne faut pas que vous estimiez qu'entre nous religieux soyons hommes. » Parquoi soeur Marie, craignant faillir par désobéissance, le regarda au visage : elle le trouva si laid qu'elle pensa faire plus de pénitence que de péché à le regarder. Le beau père, après lui avoir dit de plusieurs propos de la grande amitié qu'il lui portait, lui voulut mettre la main au tétin, qui fut par elle repoussé comme elle devait. Et fut si courroucé qu'il lui dit : « Faut-il qu'une religieuse sache qu'elle ait des tétins ? » Elle lui dit : « Je sais que j'en ai, et certainement que vous ni autre n'y toucherez point, car je ne suis pas si jeune et ignorante que je n'entende bien ce qui est péché et ce qui ne l'est pas !"

(à suivre)

Le portrait est une oeuvre du photographe néerlandais Hendrik Kerstens né en 1956.

lundi 4 octobre 2010

Françoise de Bourdeille, emmonastérisée

Dans son livre "Les noces salées" sous-titré "La révolte de la Grande Gabelle dans l'Ouest", l'auteur Robert Ducluzeau, raconte ceci à propos de Françoise de Bourdeille : "le sort de F. de B. ne s'était pas amélioré (...) puisqu'on venait de la placer au couvent de Sainte-Croix de Poitiers où elle devait prononcer ses voeux définitifs quelques mois plus tard malgré ses pleurs et ses protestations violentes. On ne sait même pas si ses parents prirent le temps d'aller visiter la petite moniale de treize ans dans son couvent Sainte-Croix lors de leur passage à Poitiers. Il lui faudra 25 ans de lutte et de protestations incessantes pour qu'elle arrive è rompre ses voeux, à recouvrer sa liberté et à pouvoir enfin se marier !".
On ne sait pas si Françoise de Bourdeille, l'une des soeurs de Brantôme que je cite ici, s'est convertie au protestantisme pour se sortir de ce guêpier dans lequel elle n'avait en rien choisi de se fourrer. Ce qui ressort en tout cas de cette période, c'est que l'espoir suscité par la Réforme auprès des femmes de la Renaissance est assez identique à celui soulevé par le Christianisme au temps des Romains. Tant de jeunes filles d'alors furent jetées aux lions pour avoir adhéré à une doctrine qui les délivraient enfin du droit de vie et de mort que possédait sur elles le Pater Familias du système patriarcal à la sauce romaine !
Les saintes Blandine, Agnès, Félicité, Cécile, Christine, Nadège, Sabine, Emerita, Digna, Philomène, Victoire, Bibiane, Parascève, Agrippine, Zoé, Suzanne, Justine, Rufine, Seconde, Eugénie, Praxède, Béatrice, Anastasie, Irène, Lucie, Perpétue etc, dites "vierges et martyres" (à Rome), cannonisées par les papes successifs sont à ajouter sur la liste du gynécide dénoncé ici, au même titre que toutes leurs consoeurs qui ont payé le prix fort pour avoir voulu s'affranchir d'une façon ou d'une autre du joug masculin.

Au temps de le Réforme, on a vu que les hommes et les femmes se sont massacrés à part plus ou moins égales mais quand il s'est agit d'honorer les morts, tout le mérite s'en est allé aux hommes.
Marie d'Ennetières (que je soupçonne d'avoir été rebaptisée Marie Dentière par ses ennemis pour lui donner des allures carnassières) ne figure pas parmi les grands réformateurs statufiés à Genève. Alors qu'elle a effectué un vrai travail de missionnaire en se rendant de couvent en couvent pour persuader les nonnes de se rallier à la nouvelle religion. Quelle ingratitude !
En comparaison, l'église catholique s'est tout de même montrée moins avare de reconnaissance !

Certain.e.s me diront : mais pourquoi toutes ces considérations sur la religion ? N'est-elle pas un instrument d'asservissement comme un autre, voire pire ? Je leur répondrais : mais qu'est ce donc que la religion sinon une idéologie ?
A ce titre, l'apparition d'une idéologie nouvelle qui révise le statut des femmes un tant soit peu à leur avantage est bonne à prendre sur le moment et a, d'ailleurs, tôt fait de faire des adeptes !
Ainsi il ne faut pas appréhender ici la religion d'une façon moderne mais pour ce qu'elle a impliqué comme modifications dans la vie des femmes a un moment donné de l'histoire. Il faut penser la religion comme mouvement et laisser de côté rites, dogmes, pratiques et croyances. Il faut voir la religion comme un instrument, en effet : de libération un jour, d'asservissement le lendemain, et un beau matin : d'aliénation. Avant que la ronde ne recommence...

vendredi 17 septembre 2010

Les femmes dans l'espace (suite)


Voilà griffonnée vite fait en passant à cause du camion de la voierie et des saoûlographes occupant la place qui ne me permettaient pas de trouver la tranquillité nécessaire pour me poser vraiment, la statue de Marguerite d'Angoulême (Marguerite de Navarre) à Angoulême sur la place John F. Kennedy (comme c'est logique d'avoir baptisée cette place ainsi !).



La même en photo.


Si l'on ne s'est pas, comme moi, vaguement intéressé à ce personnage historique particulièrement influant en Europe pendant la première moitié du XVIe siècle, on ignore absolument que la statue du jardin du Luxembourg (publiée précédemment) et celle-ci représente une seule et même personne. Rien ne l'indique. Je n'ai trouvé aucune de ces plaques si exhaustives quand il s'agit d'un "grand homme", replaçant le modèle de cette statue dans son contexte historique.
Déjà qu'elle porte des noms différents, il me semble que cela n'aurait pas été du luxe ! Mais rien. Donc je fais le boulot moi-même en vous livrant ici l'info.

Une autre photo ici

lundi 13 septembre 2010

Les femmes dans l'espace (topographie)


J'ai parlé jusqu'à présent des femmes perdues dans le temps mais je n'ai pas encore parlé des femmes perdues dans l'espace.
En France, on trouve une dizaine de millier de fois ou peut-être beaucoup plus, sous forme de places, de rues, de plaques commémoratives, de parcs, d'hôtels, de collèges, de lycées, de statues, de cafés, que sais-je, de panneaux informatifs des références concernant ces trois seuls personnages historiques, visibles toujours et partout :
Henri IV, Descartes et Napoléon Ier.
Ils se démultiplient dans l'espace telle une armée de clones, l'occupent de l'Atlantique aux Alpes, des Pyrénées aux Ardennes et de la Méditerranée au Finistère sans lasser le/la passant(e) tandis que les références à leurs collègues féminines se comptent sur les doigts de la main et nécéssitent une enquête ciblée pour être repérées dans ce même paysage.
Donc, à propos de la rue Saint-Jacques, à Paris, que j'ai arpenté de haut en bas à pied et avec un sac à dos (si vous y avez apercu une touriste se refroidissant les pieds dans une fontaine la semaine dernière, c'était moi) cette rue, la plus ancienne de Paris, où imprimeurs et imprimeresses fourmillaient au temps de Marguerite de Navarre qui elle-même y logeait avec Clément Marot, Bonaventure Des Périers et autres poètes maudits de l'époque, ainsi qu'avec sa nièce et autres princesses dont elle faisait l'éducation, rien mais strictement rien n'y commémore cette phase extraordinaire de l'histoire où la Vulgate mais aussi l'oeuvre de Marguerite de Navarre y fut imprimée et pour l'une d'entre elle (Le Miroir) mise à l'index et brûlée par la Sorbonne. Pas une plaque, pas une de ses pancartes historiques plantées partout dans la ville, pas un signe, pas une ligne, pas une trace, rien du tout. Et pourtant la Sorbonne, l'église Saint-Séverin et encore bon nombre de maisons qui ont vu Marguerite arriver en litière depuis Blois, Fontainebleau, Saint-Germain-en -Laye ou bien Pau, Cauterets, Nérac ou Mont-de-Marsan à moins qu'elles l'y aient vue repartir, s'y dressent toujours.

J'ai dénombré trois places Marguerite de Navarre en France : à Paris près des Halles (mais je ne sais pas, dans ce cas, s'il s'agit de la Marguerite dont je parle ou sa petite-nièce, la reine Margot, dite aussi Marguerite de Navarre), à Mont-de-Marsan où elle passait souvent, dormant dans ce château dont il ne reste à peu près que le donjon reconverti en musée, et à Odos-en-Bigorre où elle est morte.
On trouve sa statue au jardin du Luxembourg parmi les statues de reines et devant l'hôtel de ville d'Angoulême sous le nom de Marguerite d'Angoulême parce qu'elle y est née (mais la place s'appelle "place J.-F. Kennedy").
Il existe également un "collège Marguerite de Navarre" à Pau, capitale de ce qu'il restait du royaume de Navarre en son temps, et un "lycée Marguerite de Navarre" à Alencon dont elle fut la duchesse lors de son premier mariage.
Car les femmes ont aussi la particularité d'avoir une identité changeante :
Née Marguerite d’Angoulême, elle devint Marguerite d'Alençon par son premier mariage et Marguerite de Navarre par son second.

(Sur la photo : la statue de Marguerite de Navarre au jardin du Luxembourg).