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jeudi 29 mars 2012

Symphorien Champier, pro-féministe du XVIe siècle

Dans la Nef des dames vertueuses (1503), Symphorien Champier (vers 1472 - vers 1540), humaniste et médecin lyonnais, propose de défendre les femmes contre quelques "mesdisans de rage forcennée qui ne savent fors mesdire des dames". Cette "apologie féministe" consiste en quatre livres : le premier est un recueil de biographies de femmes célèbres, semblable au De claris mulieribus de Boccace ; le second peut être comparé aux traités sur le mariage ou aux manuels de comportement destinés aux femmes ; le troisième juxtapose les prophéties des sibylles à celles de la Bible, et le quatrième, Le Livre de vraye amour, est tiré du commentaire de Ficin sur le Banquet de Platon. L’œuvre traite donc dans son ensemble des femmes célèbres, du mariage, des femmes prophètes et de l’amour et l’auteur y offre des conseils médicaux et moraux pour les femmes et les hommes.
Fichier:Symphorien Champier.jpg

Vous médisants de rage forcenée,
Qui ne savez fors [que] médire des dames
Lisez ici les faits [actions] de Penthésilée
Et ses gestes, sa renommée et fame [célébrité] !
Voyez les armes d'une si preue femme :
Marpesie [Marpaisa] nommé par droit nom ;
De Thamiris l'astucie et la game [l'adresse].
Et de Niobée le bruit [réputation], los [louange] et renom.



(Extrait trouvé dans le PDF d'Eliane Viennot sur les Amazones)

mercredi 7 mars 2012

Guillaume Postel et l'âme du monde (la femme)

Il y a d'une part les hommes per vers (= qui inversent, mettent le monde sur la tête) et qui donc se sentent persécutés par les femmes dès que l'une d'elle se plaint des mauvais traitements subis par les hommes ou/et dès qu'un homme se plaint du comportement des autres hommes envers les femmes ou/et dès qu'une femme revendique une place autre que celle de carpette de l'homme. Voir Site d'homme ayant dressé une liste de la "misandrie" universelle (la critique n'a aucune place dans leur monde). Voir aussi le commentaire sur ce billet où les féministes sont comparées à...Hitler (fallait y penser).
Et il y a d'autre part les pro-féministes masculins comme Guillaume Postel (1510-1581) qui figurent d'ailleurs dans la liste du chasseur de misandres.
Fichier:Guillaume Postel.jpg

Guillaume Postel, nommé professeur de langues orientales (grec, arabe, hébreu et syriaque) au Collège royal de Paris en 1538 par
François Ier, souhaitait réaliser la concorde universelle et écrivit pour ce faire un livre intitulé : De orbis terrae concordia, paru en 1544. Essayant sans succès de rallier le roi de France à son projet, il rejoint Ignace de Loyola qu'il tenta de convertir à ses idées. Ordonné prêtre au sein de la Compagnie de Jésus, il en est expulsé un an et demi plus tard. Trop original sans doute. Il décide alors de s'initier au Livre d'Hénoch et à la Kabbale auprès du syriologue Andreas Maes.
À Venise, il rencontre une religieuse âgée, Suor Zuana (Jeanne), en laquelle il voit la mère du monde et la nouvelle Ève. Cette rencontre est à l'origine d'un messianisme, d'essence sophianique : spirituellement proche du grand kabbaliste juif Isaac Louria,
(qui le matin du Shabbat organisait des processions pour aller recueillir l'espri éthéré de la reine de Sabbat (ou Chabbat)), Postel professait, en conformité avec le Zohar (qu'il avait traduit en 1547), qu'il y avait deux messies : l'esprit féminin de l'homme, qu'il nomme anima, compromise par le pêché d'Ève et n'ayant pas fait l'objet de la rédemption du Christ, et qui devait être sauvée par un messie femme, incarnation de l'âme du monde, (la Sophia identifiée à mère Jeanne). Convaincu, à la Noël 1553, que la religieuse entre temps décédée a pris possession de son « corps spirituel », Postel annonce le règne des femmes ou la fin du monde, puis rencontre les anabaptistes et, déçu par François 1er, se met au service de l'empereur d'Autriche. Il finit par se tourner vers les Turcs, ultime espoir pour l'unification du monde, et enfin vers les ismaéliens. L'Inquisition s'inquiète et examine ses thèses. Suspecté d'hérésie et déclaré fou, il est emprisonné pendant quatre ans. Libéré en 1559 grâce à l'intervention d'un ami et après une période d'errance, il est finalement interné en 1562 au cloître de Saint-Martin-des-Champs de Paris (aujourd'hui le Conservatoire national des arts et métiers), où il reçoit de nombreuses visites comme celles de Charles IX qui l'appelle "son philosophe".

Je ne sais pas si Guillaume Postel devint réellement fou ou se sentit contraint de simuler la folie pour ne pas finir torturé et brûlé. Néanmoins pour un homme qui n'aurait pas eu tout son bon sens, il rédigea tout de même pas moins de 21 livres dont un
Les Très Merveilleuses Victoires des femmes du Nouveau monde, paru en 1553.

Sa réputation de délirant provient exclusivement du fait qu'il ait vu un jour en une femme un(e) messie et ait essayé d'en convaincre ses contemporains. S'il avait réussi, il serait aujourd'hui le père d'une nouvelle église avec comme incarnation de la Force créatrice qui nous gouverne une femme au lieu des Dieux mâles habituels mais comme il a échoué...voilà qui ne pardonne pas.

Un livre de Guillaume Postel qui a traversé les siècles et se lit encore de nos jours
: Le Clavis Absconditorum (Clés des choses cachées).

Benoîte Groult parle ici de Guillaume Postel dans ses féministes au masculin

Un colloque lui a été consacré à Avranches du 5 au 9 septembre 1981.

Ajout du 8 mars : désolée pour les incessantes transformation de mon texte que j'avais publié incomplet ayant eu trop de fiance dans les informations de Wikipédia qui sont souvent incomplètes voire fausses et que j'ai remaniées ici dans la mesure du temps qui m'est imparti pour ce faire.

vendredi 2 mars 2012

On ne dit plus "la femme est inférieure" on dit "la femme est consentante"

Aujourd'hui on ne dit plus comme au XVIe siècle que la femme est inférieure à l'homme mais quand elle est harcelée voire violée on dit plutôt qu'elle est consentante. Il faut visionner à ce propos la vidéo où Jean Quatremer exprime à un moment donné son point de vue sur l'affaire Piroska Nagy, à quoi on lui répond qu'elle était consentante.
Fermez le ban.
On remarquera qu'à l'instar du Concile de Trente (1545-1563) qui décida du statut juridique de la femme dans la société francaise, aucune femme n'est invitée à prendre la parole dans ce débat qui traite quand même bien un peu de femmes pourtant.

Déjà au XVIe siècle, les Jean Quatremer de l'époque disaient des choses comme :

"Pour ce que la plus commune partie des hommes s'adonnent à blâmer les dames, tant de langue que de plume, et ont composé des livres, comme Bocacce, Théophraste et un tas d'autres, j'ai bien voulu chercher par les anciennes librairies à celle fin de trouver aucun acteur qui sagement, loyalement et véritablement parlât d'elles..."
N'en trouvant pas à son goût, il décida d'en écrire un lui-même. Il s'agissait d'Antoine Dufour en introduction à son Les vies des femmes célèbres, publié en 1504 et offert à Anne de Bretagne.
Au XVIe siècle, il y eut un grand débat national sur le genre et beaucoup d'hommes prirent parti pour les femmes. Cela leur promettait un changement favorable mais malheureusement le Concile de Trente a fait son gros travail de sape et enterré les "prétentions" féminines à l'égalité.

Aujourd'hui, la France est très en retard et plus que jamais en recul sur les questions de genre. L'élection présidentielle d'où la seule opposition officielle a habilement écarté toute candidature féminine (cf. la mascarade des "primaires") en est l'une des criantes preuves.
A propos du retard sur le traitement du genre en France, je préconise l'écoute de cette émission d'Rfi avec Elodie Soulard, chargée de mission auprès de France terre d'asile et auteur de l'étude « L'asile au féminin ». Elle met le doigt sur cette question sous-jacente aux barrières que met la France pour accueillir des femmes menacées de maltraitance due à leur sexe dans leur pays : le refus féminin a t-il une place quelque part. La réponse est non.
La femme est par nature + ou - consentante, autrement dit elle n'a pas cette volonté personnelle propre à l'homme lui permettant VRAIMENT de choisir de dire oui ou non. Parce que la volonté personnelle caractérise l'humain, la personne. Or seul l'homme est véritablement une personne.

vendredi 13 mai 2011

Mario Equicola, humaniste bien trop méconnu

Tandis que d'aucuns avaient la chance d'être épargné par les pannes d'hébergeur, les blogspoteuses et poteurs ont retenu leur souffle. Et voilà, ouf, ca y est, on peut recommencer à bloguer.
Malheureusement ce blog donne paraît-il, à certain.e.s la très fâcheuse impression que je veux "faire pencher la balance de l'autre côté" (lu à plusieurs reprises, en dernier parmi les commentaires chez ma copine lucia mel) : comprendre instaurer une gynocratie pleine de "bonnes femmes" (pouah !) là où il n'y a que des "bonshommes" ce qui est bien normal quand même, non ?

Nous y voilà : chaque fois que l'on énumère des "bonnes femmes" quelque part, c'est l'angoisse !

Du coup, je vais parler d'un homme. De toute manière les défenseurs des femmes subissent le même sort qu'elles. Pourquoi me demanderez-vous ? Parce que. Ca leur apprendra.

Il est, par exemple, impossible de trouver une biographie correctement documentée de Mario Equicola en langue francaise. Je vais de nouveau devoir traduire des bouts de sa vie récoltés à droite et à gauche.


Humaniste de la Renaissance, Mario Equicola né à Alvito en 1470 officiera comme courtisan à la cour d'Isabelle d'Este, à Mantoue. Il fit d'abord des études sous la houlette du grand néo-platonicien Marsile Ficin, puis entra au service de la marquise. Il se rendit un jour à la cour d'Alphonse, le frère d'Isabelle d'Este, pour rédiger six fables qui servirent de base aux fresques de Bellini et du Titien décorant la chambre d'albâtre du duc.
Mais sa grande passion fut de rassembler en langue vernaculaire, afin de les immortaliser, les chansons des troubadours du passé et de son présent.
Puis il écrivit un traité en l'honneur des femmes : son fameux "De mulieribus" que malheureusement personne ne connaît.
En 1517, il accompagna sa maîtresse (pas sa maîtresse au sens cochon mais sa maîtresse au sens de maître), Isabelle d'Este, en pèlerinage à Saint-Maximin-la Sainte-Beaume et en profita pour se rendre aux archives d'Aix-en Provence pour faire ses recherches sur les troubadours.
Dans son De Melieribus il explique que les troubadours du moyen-âge étaient en cela supérieur aux poètes latins qu'ils respectaient les femmes.
"il modo de descrivere loro amore fu novo diverso de quel de antichi Latini, questi senza respecto, senza reverentia, senza timore de infamare sua donna apertamente scrivevano" (je remercie d'avance la personne qui voudra bien traduire exactement cette phrase).
On publia en 1525 à Venise un autre de ses ouvrages écrit longtemps auparavant : "De la nature de l'amour tant humain que divin & toutes les différences d'ycelui" qui fut publié trois fois en francais au cours du XVIe siècle. Il y est question de l'importance du langage dans la relation amoureuse (l'importance du langage appartiendrait à la doctrine artistotélicienne), ce qui lui valut bien des critiques (on n'aimait pas les aristotéliciens à l'époque) mais n'empêcha pas la large diffusion de son livre.
D'après la philosophe Adeline Nesca Robb (1905-1976), il fut ensuite pillé de manière éhonté par les poètes du Parnasse dont l'histoire a bien voulu, contrairement au sien, retenir les noms.
Il fit d'autres travaux comparatifs sur les troubadours et trouvères, d'Italie, d'Espagne et de Provence.
Enfin il publia en 1505 un ouvrage analysant la devise préférée d'Isabelle d'Este "Nec spe nec metu" ( ni par l'espoir ni par la crainte).
Il mourut à Mantoue en 1525.

Isabelle d'Este est une immense mécène de la Renaissance sans laquelle le peintre Mantegna ne serait rien. Mais au chapitre Mantegna ou au chapitre des grands mécènes de la Renaissance, on ne saurait trouvé cette espèce méprisable qu'est la femme. Donc inutile da la chercher par exemple ici où se trouvent justement les deux chapitres en question...on ne va pas mêler une vulgaire femme à de grands hommes, voyons. Ce n'est pas comparable.

(Dans ce billet se cache un nom de lieu qui est un clin d'oeil à quelqu'un qui se reconnaîtra je pense)

mardi 5 avril 2011

Fukushima au XVIe siècle


Dans "De l'incertitude, abus et vanité des sciences", Corneille Agrippa de Nettesheim dont j'ai déjà parlé ici remet en question toutes les sciences connus de l'époque, les trouvant dangereuses aux mains d'une humanité qui a d'après lui une forte propension à la sottise, un manque total d'humilité et une violente inclinaison à la cupidité.
Ce livre est un long plaidoyer contre la rage de progresser dans la connaissance des choses extérieures en laissant l'introspection et la connaissance de soi en chemin au lieu de les faire passer prioritairement à la recherche scientifique.
Dans le chapitre sur les métaux Corneille Agrippa fait l'inventaire des outils incroyables développés pour piller la nature, sans conscience ni mesure et dénonce ce qu'il en est fait. Extrait :

De cet art [la recherche des métaux] proviennent toutes les richesses de ce monde, la convoitise desquels a incité les hommes si étrangement, qu'ils ne craignent d'entrer tous vifs sous terre et pénétrer jusqu'aux enfers, où par un remuement ruineux des oeuvres de nature cherchent les trésors jusqu'aux manoirs des esprits immondes. dont Ovide chante ces vers :

Mais jusqu’au fond des entrailles allèrent

De Terre basse, où prirent et fouillèrent
Les grands trésors et richesse vaines
Qu’elle cachait en ses profondes veines :
Comme Métaux et pierres de valeur,
Incitements à tous maux et malheurs.
Jà hors de terre était le fer nuisant
Avec l'or trop plus que fer cuisant
Honnête honte et vérité certaine
Avec foi prirent fuite lointaine:
Au lieu desquels entrèrent flatterie,
déception, trahison, menterie
Et folle amour, désir de violence
D'acquérir gloire et mondaine opulence


Celuy doncques pourvurent la vie humaine de grandes occasions de crimes et méchancetés, qui premier trouva les mines d'or et des autres métaux et enseigna la manière de les fouiller, en quoi les hommes ont rendu la terre très périlleuse (...)

Ce n'est qu'un infime extrait mais on ne peut s'empêcher de penser à l'uranium, à l'uranium enrichi, au gaz de schiste, à Fukushima et à ses conséquences ...et dire que Corneille Agrippa répète en partie ce que Pline l'ancien, né en 23 ap. J.-C., disait déjà avant lui !

samedi 20 novembre 2010

omnes omnia omnino

A la recherche des femmes dans le monde médical à travers les siècles et, parallèlement, bien que cela n'ait aucun rapport, intriguée par les nombreuses représentations dans l'art de sainte Dorothée, j'ai découvert un lien entre les deux et que la première femme à obtenir le titre de docteur dans le monde, fut une allemande du XVIIIe siècle du nom de Dorothea Erxleben. De fil en aiguille, toujours dans les méandres les plus illogiques (mes préférés), j'ai également découvert l'existence d'un certain Comenius, un tchèque qui militait au XVIe siècle pour la scolarisation des filles.
Après ces intéressantes trouvailles, je rentre chez moi toute guillerette et trouve l'appel suivant sur mon répondeur : allo Euterpe, si ca te dit il y a un "baby bazar" demain matin à 11.00 h à l'école Comenius...! Quoi ? Je n'avais jamais entendu parler ni de ce personnage, ni de cette école auparavant. Quelle coincidence ! J'avais envie de rappeler immédiatement ma copine pour lui dire que je savais qui était Comenius ! Mais comme elle aurait pensé que je n'avais pas tout mon bon sens, j'ai donc plutôt choisi d'en parler ici.

Philosophe, grammairien et pédagogue, Jan Amos Komesky, dit, en latin, Comenius, est né en 1592 en Moravie. Son père était un adepte de Jan Hus qui fut brûler comme hérétique.
Orphelin a douze ans, il entre dans une école latine où il inspire de l'affection à ses maîtres qui le pousseront et le protègeront dans ses études.
Devenu pasteur puis un philosophe très en vue, il passera sa vie à tenter de faire appliquer les préceptes pédagogiques qu'il a concus.

Comenius plaide pour une démocratisation de l’éducation. Selon lui : puisque chaque être humain est une image de Dieu, chaque être humain mérite d’être éduqué.

Ainsi, « tout doit être enseigné à tout le monde, sans distinction de richesse, de religion ou de sexe ». C'est le concept de pansophia, ou sagesse universelle. À une époque où l’infériorité des femmes est communément admise, Comenius affirme que les filles ont les mêmes capacités intellectuelles que les garcons.

Pour Comenius, le système éducatif devrait non seulement s’attacher aux activités de la pensée et de la raison (ratio), mais aussi au travail manuel (operatio). Il considère que les écoles devraient montrer moins d’intérêt pour l’enseignement du latin, et bien plus d’intérêt pour des matières comme la géographie, l’histoire ou la biologie. Il insiste beaucoup sur l’importance de l’éducation artistique ; l’art doit être accessible à tous. En musicologue avisé, il plaide pour la généralisation de l’enseignement de la musique à tous les niveaux scolaires.

Pour concrétiser la « sagesse universelle », Comenius conçoit un système d’éducation unique pour les deux sexes, et composé de quatre degrés : l’école maternelle pour les plus petits, l’école publique pour les enfants, l’école secondaire pour les adolescents et les académies pour les plus âgés. Cependant, il considère que l’éducation est un processus qui doit durer toute la vie et que le monde entier est une école.

Pour enseigner, il préconise l’utilisation d’images. Son manuel Orbis sensualium Pictus a pour ambition d’enseigner le latin aux enfants par association d’un mot à une image. Il défend aussi le rôle des jeux individuels ou de groupe ; rien de tel qu’apprendre en s’amusant. L’enseignant doit aussi encourager la participation des élèves. La pratique de la punition corporelle est, par contre, vigoureusement déconseillée.

"Omnia sponte fluant, absit violentia rebus" : tout coule spontanément, on n'obtient rien par la violence.

et surtout : "omnes omnia omnino" : il faut tout enseigner dans son entier à tou.te.s.




Relief sur une école à Dolany (République tchèque).

lundi 2 août 2010

Claude de Taillemont, promoteur de la littérature féminine



Après quelques publications féminines ponctuelles antérieures émanant de princesses, un livre de femme du peuple paraît à Lyon au début des années 1540 : „Les comptes amoureux par Madame Jeanne Flore“.

Sur le modèle du „Décaméron“ de Boccace, des histoires „sentimentales“ sont commentées par une réunion de conteuses fictives. Les commentaires sont ponctués de „cheres compaignes“, „cheres et amoureuses compaignes“, „cheres et amoureuses compaignes“, cheres mes dames“. Ce livre féminin s'adresse à un public féminin.

Michèle Clément parle d'une „émergence littéraire des femmes à Lyon à la Renaissance“ due à „une volonté de redéploiement du champs littéraire“ car „Aux comptes amoureux“ succèdent les „Rymes“ de Pernette du Guillet, les „Oeuvres“ de Louise Labé, et un texte destiné „aux nobles dames lyonnaises“ qui est attribué à Jean Scève ainsi que la „Louenge du bal“ d'un certain Jean de Tournes (qui signe J.D.T.) et qui est adressé lui aussi „Aux dames“.

Un redéploiement du champs littéraire vers un public féminin, donc, mais aussi vers une production au féminin.

Ainsi des imprimeurs/libraires/éditeurs publient des oeuvres feminines selon cette chronologie :

Le „Caresme prenant du coeur bienheureux“ de Marguerite de Navarre (par Pierre de Sainte-Lucie qui reprend une publication d'Augureau).

„À la resqueste de treshaulte et puissante princesse“ d'Anne de France (par Pierre de Sainte-Lucie, 1534).

Les „Angoysses douloureuses qui procèdent d'amours“ d'Hélisenne de Crenne (par Denis de Harsy, v. 1539).

Les „Comptes amoureux“ de Jeanne Flore (par Francois Juste sous le titre de „La Pugnition de l'amour comtempté“, 1540 ; et Denis de Harsy sous le nom des „Comptes amoureux“, 1542).

Les „Rymes“ de Pernette du Guillet (par Jean de Tournes, 1545).

„La Fable du faux cuyder“ de Marguerite de Navarre (par Jean de Tournes, 1547).

„Les Marguerites de la Marguerite des princesses“ de Marguerite de Navarre (par Jean de Tournes, 1547, réédité par Guillaume Roville, 1549).

„Le Triomphe de l'Agneau avec la complainte d'un prisonnier“ de Marguerite de Navarre (par Pierre de Tours, 1549).

Les „Oeuvres“ de Louise Labé (par Jean de Tournes, entre 1555 et 1556).

Cette production débute par un „Épître aux dames lyonnaises“ d'Antoine du Moulin demandant solennellement aux dames d'écrire et de publier. Plusieurs hommes le soutiennent dans cette démarche : Maurice Scève, Jean de Vauzelles, Jean de Tournes et le mari de Pernette du Guillet.

Claude de Taillemont (v. 1504 ? - 1548 ?) s'ajoute à cette liste en relayant cette demande en 1553 dans le „Discours des champs faez à l'honneur et exaltation de l'amour et des Dames“. Comme dans „Les Comptes amoureux“, ces discours sont agencés sur le modèle du Décaméron de Boccace. Claude de Taillemont y loue les dames et en appelle explicitement à la création féminine. Cela se passe juste avant l'épître de Louise Labé à Clémence de Bourges (voir Louise Labé, les preuses et les peureuses).

C'est la raison pour laquelle les spécialistes doutent que Jeanne Flore soit l'autrice de ses „Comptes amoureux“ et même qu'elle est réellement exister. Ils pensent que ce livre est une construction destinée à encourager la production féminine. Mireille Huchon a préféré douter de Louise Labé qui est plus médiatique, personne ne connaissant les „Comptes amoureux de Madame Jeanne Flore“.

Les "Comptes Amoureux" proviendrait de la collaboration de plusieurs personnes, femmes comprises.

Mais le doute subsiste et il n'existe pas moins de 17 études actuelles, uniquement consacrées à l'oeuvre de Jeanne Flore !

En attendant de citer des passages des "Comptes Amoureux", je prête la parole à Claude de Taillemont qui en serait l'un des co-auteurs, pense t-on, du fait de ses "Discours", sans contexte très pro-féministes :

N'a esté jusques aujourd'hui le vouloir et consentement de nos prédecesseurs, tant misérables et pervers, que mus des erreurs d'autrui ou de leur propre ignorance, ils n'ont permis aus esprits féminins gouter ce doux fruit de science et doctrine (…) Mais que signifie qu'il y a encore de tels fols au monde, lesquels sans aucune considération, diesent et maintiennes la femme ne pouvoir ni devoir savoir aucune chose ? (…) Si elles estoient instruites es lettres, comme les hommes, je m'ose bien pour elle promettre l'avantage...

vendredi 25 juin 2010

Marguerite de Valois et la loi salique





Pour confirmer ma théorie précédente, voilà deux portraits de Marguerite de Valois dite la reine Margot. Celui du haut est de Francois Clouet, celui du bas et de...."Anonymous".

Je ne peux m'empêcher de rendre ici un hommage à Pierre Bourdeille, seigneur de Brantôme qui vanta dans sa "Vie des dames illustres" les mérites de cette princesse et rédiga à l'occasion un long pamphlet (qu'on devrait bien faire figurer dans les livres d'histoire) contre la loi salique considéré par lui comme absolument inique :

De plus, si elle (Marguerite de Valois) sçait bien parler, elle sçait autant bien escrire. Ses belles lettres, que l’on peut voir d’elle, le manifestent assez ; car ce sont les plus belles, les mieux couchées, soient pour estre graves que pour estre familières, qu’il faut que tous les grands escrivains du passé et de nostre temps se cachent, et ne produisent les leurs quand les siennes comparoistront, qui ne sont que chansons auprès des siennes. Il n’y a nul qui, les voyant, ne se mocque du pauvre Ciceron avecques les siennes familières. Et, qui en pourroit faire un recueil, et d’elles et de ses discours, ce seroit autant d’escole et d’apprentissage pour tout le monde: dont ne s’en faut esbayr; car, de soy, elle a l’esprit bon et prompt, un grand entendement, sage et solide. Bref, elle est vraye reyne en tout, qui meriteroit de regir un grand royaume, voire un empire: sur quoy je feray ceste clisgression. d’autant qu’elle fait à nostre subject.
(…)
Et puisqu’il est juste qu’en Espaigne, Navarre, Angleterre, Escosse, Hongrie, Naples et Sicille, les filles regnent, pourquoy ne l’est-il juste tout de mesmes en France? Car ce qui est juste, il est juste partout et en tous lieux, et le lieu ne fait point que la loy soit juste.


Tant de fiefs que nous avons en France, duchés, comtés, baronnies et autres honorables seigneuries, qui sont quasy, mais beaucoup, royales en leurs droicts et privileges, viennent bien aux femmes et filles, comme nous avons Bourbon, Vandosme, Montpensier, Nevers, Rhetel, Eu, Flandres, Bourgogne, Artois, Zellande, Bretaigne; et mesmes comme Mathilde, qui fut duchesse de Normandie; Eléonor, duchesse de Guyenne, qui enrichirent Henry II roy d’Angleterre; Béatrix, comtesse de Provence, qui l’apporta au roy Louis son mary; la fille unique de Raimond, comtesse de Thoulouse, qui l’apporta à Alfonse, frere de sainct Louis; puis Anne, duchesse de Bretaigne, de frais, et autres: pourquoy le royaume le France n’appelle à soy aussy bien les filles de France?

La belle Galatée, lors qu’Hercule l’espousa après sa conquesle d’Espaigne, ne dominoit-elle pas en la Gaule? du mariage desquels deux sont issus nos braves, vaillans et genereux Gaulois, qui d’autresfois se sont tant faict vanter.

Et pourquoy sont les filles des ducs en ce royaume plus capables de gouverner une duché ou une comté, et y faire justice, qui approchent de l’authorité du roy, plustot que les filles des roys de gouverner le royaume de France? et comme si les filles de France ne fussent aussy capables et propres à commander et regner, comme aux autres royaumes et grandes seigneuries que j’ay nommées!

Pour plus grande preuve de l’abus de la loy salique, il n’en faut d’autre que celle de tant de chroniqueurs, escrivains et bavards, qui en ont escrit, qui ne se peuvent accorder entre eux de son etymologie ny deffinition.

Les uns, comme Postel, estiment qu’elle prit son ancien nom et origine des Gaules, et qu’elle fut appellée salique, au lieu de gallique, pour la proximité et voisinage que la lettre G en vieil moule avoit avecques la lettre S; mais c’est un reveur en cela (comme je tiens d’un grand personnage), ainsy qu’en autres choses.

Jean Ceval, evesque d’Avranches, grand rechercheur des antiquités de la Gaule et France, l’a voulu rapporter à ce mot salle parce que ceste loy estoit seulement ordonnée pour salles et palais royaux.

Claude Seissel, assez mal à propos, a pensé qu’elle vient du mot sal en latin, comme une loy pleine de sel, c’est-à-dire de sapience, par une metaphore tirée du sel.

Un docteur ès droicts, nommé Ferrarius Montanus, a voulu dire que Pharamond fut autrement appelé Salicq.

Les autres la tirent de Sallogast, l’un des principaux conseillers de Pharamond.

Les autres, pensant subtiliser davantage, disent que, par la frequence des articles qui se trouvent dans icelle loy, commençans par ces mots, si aliquis, si aliqua, elle prit sa derivaison; d’autres, qu’elle est venue des François Saliens, comme est faict mention dans Marcellin.

Enfin voylà de grands rebus et reveries; et ne se faut esbayr si M. l’evesque d’Arras en faisoit la guerre à M. le cardinal de Lorraine: ainsy que ceux de sa nation, en leurs farces et jongleries, croyans que ceste loy fust de nouvelle impression, appelloient Philippe de Valois le roy trouvé, comme si, par un nouveau droict et non jamais recognu par la France, il se fust faict roy. (...) Et ne faut doubter que les filles, venans à la couronne, mesmes quand elles sont belles, honnestes et vertueuses comme ceste-cy, n’attirassent plus le cœur de leurs subjects par leurs beautés et douceurs, que toutes les forces des hommes.

(...)

Voyez que dit encor M. du Tillet: «Par la loi salique, escrite pour les seuls subjects, quand il n’y avoit fils, les filles heritoient en l’ancien patrimoine. Qui voudroit regler la couronne, mesdames, filles de France, au deffaut des fils, la prendroient; et néanmoins elles en sont perpetuellemeut excluses par coustume et loy particulière de la maison de France, fondée sur la magnanimité des François, qui ne peuvent souffrir d’estre dominés par les femmes.» Et ailleurs dit: «Il se faut esbahir de la longue ignorance qui a attribué ceste coustume à la loi salique, qui est contraire.»

(...)
Certes, si les femmes savoient manier les armes aussy bien que les hommes, elles s’en feroient accroire, mais, en recompense, elles ont leur beau visage, qu’on ne recognoit pas comme on debvroit; car, certes, il vaut mieux d’estre commandé de belles, gentilles et honnestes Femmes, que des hommes fascheux, fats, laids et maussades, comme jadis il y en a eu en ceste France.

Je voudrois bien sçavoir si ce royaume s’est mieux trouvé d’une infinité de roys fats, sots, tirans, simples, faict-néans, idiots, fols, qui ont esté (ne voulant pourtant taxer nos braves Pharamonds, nos Clodions, nos Clovis, nos Pepins, nos Martels, nos Charles, nos Louis, nos Philippes, nos Jehans, nos Francois, nos Henrys, car ils ont esté trop braves et magnanimes ceux-là: et bien heureux estoit le peuple qui estoit soubs eux), qu’il n’eust faict d’une infinité de filles de France qui ont esté très-habiles, fort prudentes et bien dignes de commander. Je m’en rapporte aux regences des meres des roys comment on s’en est bien trouvé.

Fredegonde, comment administra-elle les affaires de France pendant le soubs-age du roy Clotaire son fils, les administrant si sagement et dextrement, qu’il se vit, avant que mourir, monarque de la Gaule et de beaucoup de l’Allemaigne.

Le semblable fit Mathilde, femme de Dagobert, à l’endroict du roy Clovis deuxiesme, son fils; et, long-temps après, Blanche, mere de sainct Louis, laquelle s’y comporta si sagement, ainsy que je l’ay leu, que, tout ainsy que les empereurs romains se faisoient appeler Augustes, en commemoration de l’heur et prosperité qui s’estoit trouvée au grand empereur Àuguste, aussy toutes les reynes meres anciennement, après le decez des roys leurs marys, vouloient estre nommées reynes Blanches, par une honorable memoire tirée du gouvernement de ceste sage princesse. Encor que M. du Tillet contredit un peu en cela, toutefois je le tiens d’un grand senateur.

Et, pour passer plus bas, Ysabeau de Bavière eut la regence de son mary Charles VI, estant alteré de son bon sens, par l’advis de son conseil; comme aussy fut madame de Bourbon du petit roy Charles VIII son frere, en son bas age; madame Louise de Savoye du roy Francois premier et la reyne mere du roy Charles IX son fils.

Si donc les dames etrangeres (fors madame de Bourbon, car elle estoit fille de France) ont esté si capables de gouverner si bien la France, pourquoy ne le seroient les nostres telles, et ne la gouverneroient aussy bien, et d’aussy bon zele et affection, puisqu’ elles y sont nées et y ont pris leur laict, et que le faict leur touche?

Je voudrois bien sçavoir en quoy nos derniers roys ont surpassé nos trois filles de France dernières, Elizabeth, Claude et Marguerite; que si elles fussent venues à estre reynes de France, qu’elles ne l’eussent aussi bien gouvernée (sans que je veuille pourtant taxer leur suffisance et regence, car elle a esté très-grande et très-sage) aussy bien que leurs freres. J’ay ouy dire à beaucoup de grands personnages bien entendus et bien prevoyans que possible n’eussions-nous eu les malheurs que nous avons eus, que nous avons et que nous aurons encor; et en alleguoient des raisons qui seroient trop longues à mettre ici. Mais voylà, ce dit le commun et sot vulgaire: «Il faut observer la loy salique.» Pauvre fat qu’il est! Ne sçait-il pas bien encor que les Germains, de l’estoc desquels nous sommes sortis, avoient accoustumé d’appeler les femmes à leurs affaires d’Estat, tout aussi bien que les hommes, comme nous apprenons de Tacite? Par là nous apprenons que ceste loy salique a esté despuis corrompue, puisqu’ils les ont senties dignes de commander; mais ce n’est qu’une vraye coustume, et que les pauvres filles, qui estoient foibles pour debattre leurs droicts par la pointe de l’espèe, comme il se debattoit anciennement, les hommes les en excluoient et chassoient du tout. Ah! que ne vivent maintenant nos braves et vaillans paladins de France, un Roland, un Renaud, un Ogier, un Olivier, un Deudon, un Graffon, un Yvon, et une infinité d’autres braves, desquels la profession estoit, et la gloire, de secourir les dames et les maintenir en leurs afflictions et traverses de leurs vies, de l’honneur et biens, pour maintenant combattre le droict de nostre reyne Marguerite! laquelle, tant s’en faut qu’elle jouisse d’un seul poulce de terre du royaume de France, duquel elle est si noblement sortie, et qui possible luy appartient de tout droict divin et humain, (...)

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dimanche 6 juin 2010

Amour d'homme / Hommes d'exception


L'homme féministe est en danger de mort. Nous le savons depuis l'assassinat de Theo Van Gogh qui a payé de sa vie la défense de la cause féministe.
D'autres avant lui ont lutté pour rester en vie après avoir publié des écrits pro-féministes.

Au XVIe siècle, plusieurs hommes ont été dans ce cas, Corneille Agrippa de Nettesheim a été jeté en prison pour s'être opposé à ce qu'on brûle une femme accusée de sorcellerie et a échappé de peu au bûcher par l'exil après avoir dénoncé dans un livre le traitement réservé aux femmes En voici un extrait :

(...) Chez les Cantabres, aujourd’hui les Biscaïens, c’était le mari qui apportait la dot, la sœur avait soin d’établir le frère et de le marier et il n’y avait que les filles qui héritassent du bien. Chez les Scythes, les Thraces et les Gaulois, généralement tous les offices étaient communs aux sexes et lors qu’il s’agissait de délibérer sur la guerre, ou sur la paix, on consultait les femmes. Et elles tenaient rang dans les assemblées.

Pourquoi donc, direz-vous, les femmes sont-elles réduites à la quenouille et au simple soin du ménage ? Le voici : la tyrannie des hommes, qui prévaut sur tout, agissant contre le droit divin, violant impunément l’équité naturelle, a privé notre femelle de la liberté qu’elle reçoit en naissant : oui, par des lois iniques, on lui a interdit la jouissance, on l’abolit, par l’usage et par la coutume ; enfin on l’éteint absolument par l’éducation. Car dès qu’une femme est entré sur la terre, du moins dans les premières années et lors qu’elle est sortie de l’enfance, on la tient comme prisonnière au logis et comme si elle était entièrement incapable d’une occupation plus solide et plus élevée, on ne lui fait apprendre qu’à manier l’aiguille. Ensuite, est-elle propre au joug, a-t-elle atteint l’âge mûr et compétent pour la multiplication de l’espèce ? On vous la livre en esclavage à un mari, qui trop souvent, par la fureur de la jalousie, ou par cent autres travers d’humeur, la met dans une condition déplorable, ou bien on l’enferme pour toute la vie, comme dans une vraie prison, en une retraite de soi disant Vierges et Vestales, ou elle essuie mille chagrins et surtout un repentir rongeant, qui ne finit que par la mort. Les lois excluent la femme des emplois publics ((longue liste)). Mais ce qu’il y a de plus scandaleux et de plus criant, c’est qu’il soit défendu au beau sexe de monter en chaire et de prêcher la parole de Dieu. (…) Cependant cette défense-là est directement opposée à l’Ecriture : car le saint Esprit y promet chez son prophète Joël, d’entrer dans la tête de la femme, lors qu’il dit : « Et vos filles prophétiserons ». Effectivement du temps des apôtres les femmes enseignaient publiquement, ce qui se voit par les exemples d’Anne la Prophétesse, des filles de Philippe, et par Priscille, cette savante théologienne qui donna des leçons à l’apôtre, ou apostolique Apollo.(…)Mais pour ces législateurs modernes qui pour établir la tradition ont détruit et anéanti le commandement de Dieu sont si méchants qu’encore que notre femelle l’emporte infiniment sur nous, par l’excellence de sa nature, et par la très grande noblesse de sa dignité, ils n’ont pas laissé de déclarer directement et indirectement de parole et d’effet, que ce sexe est d’une condition plus vile, plus basse que le notre, si bien que selon ces sacrilèges et ces blasphémateurs, le dernier des hommes vaut mieux en nature, que la femme la plus parfaite et la plus accomplie".



Il n'aurait pas osé publier une critique aussi virulante si, en 1360, Boccace n'avait réalisé son "De claris mulieribus ("Des dames de renom"), premier ouvrage manuscrit enluminé uniquement consacré à des femmes. Ce qui n'enlève rien au courage de ses propos.
En 1563, un autre défenseur des femmes : Johannes Weyer, écrivit un ouvrage protestaire contre la persécution des sorcières qui fit l'effet d'une bombe, et d'hommes courageux en aiguille, on finit par abandonner, deux siècles et demi plus tard (quand même), torture et assassinat de femmes innocentes sous couvert de "sorcellerie".
Johannes Weyer a été, bien entendu, violement attaqué, son livre brûlé et mis à l'index.

Le croquis ci au dessus représente un amour d'homme qui vit dans une roulotte dans le Brandebourg avec une vieille femelle crapaud, un hérisson, une couleuvre et des écureuils. Il se sent un peu sorcier et m'a demandé pendant que j'exécutais son portrait que je lui raconte la forêt de Brocéliande. Je ne sais malheureusement que très peu de chose sur cette forêt. Dommage !