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dimanche 3 février 2013

Anne la très vieille prophétesse

Mère de Rembrandt, mère d’artiste


A l'occasion du 3 février (anniversaire d'une très vieille dame de ma connaissance), parlons d'un personnage du livre des machos, la Bible, qui est censée être fêtée ce jour-là : Anne la prophétesse. Elle est uniquement mentionnée dans l'Évangile selon saint Luc.

Il est dit qu'Anne était une prophétesse âgée qui prophétisa au sujet de Jésus dans le Temple de Jérusalem lors de l'épisode de la présentation de Jésus au Temple (à savoir sa circoncision mais on appelle cela pudiquement "La présentation au Temple"). Elle intervient au moment de la prophétie de Syméon (ou Simon). Luc 2:36-383:
« Il y avait aussi une prophétesse, Anne, fille de Phanouel, de la tribu d’Asher. Elle était fort avancée en âge. Après avoir, depuis sa virginité, vécue sept ans avec son mari, elle était une veuve de quatre-vingt-quatre ans, qui ne quittait pas le Temple, servant Dieu nuit et jour dans le jeûne et la prière. Survenant au moment de la cérémonie, elle loua Dieu et parla de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. ».


Il ne semble pas qu’elle soit citée dans un autre texte, qu’il soit canonique ou apocryphe.
Souvenir heureux Souvenir vivant



Dans le Wiki anglais, il est précisé que l'on ne sait pas si Anne la prophétesse avait 84 ans ou si elle était veuve depuis 84 ans. C'est-à dire en admettant qu'elle ait été mariée à 14 ans et ait vécu 7 ans avec son mari, 14 + 7 = 21 + 84, cela voulait dire qu'elle avait 105 ans au moment où Jésus fut circoncis.

Il existe dans plusieurs diocèses catholiques des communautés Anne la Prophétesse s’adressant aux veuves de plus de 50 ans.

La prophétesse Anne est représentée en statue avec Marie, Joseph et Syméon sur la façade de la cathédrale de Chartres (XIIIe siècle) et par Giotto sur une fresque de la chapelle Scrovegni à Padoue.

En 1631, Rembrandt peignit sa mère en prophétesse Anne (illustration du haut de la page).

Cette prophétesse est considérée avec saint Siméon comme la dernière de l'Ancien Testament.

Pour faire un lien avec mes entrées précédentes sur les bandites combinées à l'idée de grand âge, voici un film avec trois octogénaires qui cambriolent une banque.

Pour se faire une idée de cette comédie très drôle et très atypique avec happy end et tout qui s'appelle "Maintenant ou jamais, le temps c'est de l'argent" en voici le dialogue :

- Lui aussi ils l'ont eu ! Alors que c'est un spécialiste !
- C'est bizarre, j'ai l'impression de le connaître.
- Moi, je ne veux faire partie du coup. 
(La même floue avec un fusil)
- Ceci est un hold-up...ceci est un hold up...
(Ses deux copines avec des grimaces forcées : )
- J'ai rien compris...et toi, Lili ?
- Nan...
(Lili s'entraîne avec un chapeau péruvien).
- Tout le monde écoute ici : où est l'argent ?
(Meta avec une cagoule, cette fois ; voix off :)
- Meta, qu'est ce que tu as ?
(Meta retire sa cagoule).
- J'peux plus respirer.
(Lili pointe du doigt vers Meta).
- Et on a aussi besoin d'un chauffeur !
- On n'y va pas en vélo ?
- Et pis quoi encore ? Tu crois que la police va à pied ou quoi ?
(Les trois avec des lunettes noires dans la voiture ; les trois dans la banque où de vrais cambrioleurs professionnels cambriolent la banque : les trois en prison rendant visite à un spécialiste. Carla  : ).
- Comment cambriole t-on une banque ?
Krämer (le cambrioleur)
- Il faut être prêt à faire mal aux autres.
Meta :
- Je crois que je peux !
Krämer :
- Comment voulez-vous faire ?
(Scène fourchette, main, hurlement. Meta la cagoule relevée :).
- La ferme ! Ceci est un cambriolage. Si tu ne veux pas que je te descende, fais exactement ce que je te dis, salaud, sinon je te tire dessus ! Trouduc !
(Lili avec l'employé de banque :)
- Comment buvez-vous votre café ?
- Au lit!
(Au lit)
- Mince alors ! C'est pas vrai !
Bon, alors il se passe quelque chose ?
- Au moins, il n'y a pas précipitation.

Ma réflexion sur cette bande-annonce : oui c'est bien les trouducs de ce monde qui possèdent toutes les richesses et ce, depuis l'Ancien Testament. Comment le leur reprendre ?

Les trois actrices sont : Gudrun Okras (1920-2009), Elisabeth Scherer (née en 1914) et Christel Peters (1916-2009). Toutes les trois ont obtenu le prix Ernst Lubitsch 2001 pour ce film tourné en 2000. Il est à noter que la plus âgée (Lili) vit toujours.
D'après une interview celle-ci ne veut pas entendre parler d'un prêtre à son enterrement. "Si l'un de ces types en robe noire traîne sur ma tombe, je saute illico de mon urne et il va voir !".

dimanche 27 mars 2011

Madone21


Vue à la manif antinucléaire de samedi.

Merci à Lola qui m'a prêté son téléphone pour faire cette photo.

lundi 14 mars 2011

L'"unicité" de Madeleine

lucia mel qui aime revenir sur l'affaire des deux Eve (Lilith et Eve) m'a rappelé l'affaire des trois Madeleine qui aurait défrayé la chronique du XVIe siècle s'il y avait eu une chronique officielle en ce temps-là. Néanmoins elle a fait couler beaucoup d'encre et de salive.

Comme je l'ai lu dans le métro tout à l'heure (oui il y a des citations dans le métro chez moi) : La croyance aux préjugés passe dans le monde pour bon sens. (Helvétius) et parfois, comme dans le cas que je vais citer, il y a même tout à fait intérêt à croire aux préjugés sinon on vous assomme.

En 1516 Louise de Savoie (mère de Marguerite de Navarre et grand-mère de Jeanne d'Albret) demanda à Francois Desmoulins, aumônier du roi son fils, d'écrire une vie de sainte Madeleine.
Desmoulin se met au travail et ne tarde pas à s'apercevoir que le culte populaire a réuni en une seule 3 personnes différentes : Marie de Béthanie, soeur de Marthe et de Lazare, Marie de Magdala qui est la première à avoir vu Jésus après sa Résurrection et la femme pécheresse qui a répandu du parfum sur les pieds de Jésus chez le Pharisien.
Desmoulins consulte Lefèvre d'Étaples qui, pour rétablir la vérité rédige un traité expliquant que sainte Madeleine a été concu à partir de 3 personnes. Aussitôt un chanoine (Marc de Grandval) publie une réfutation.
Lefèvre d'Étaples ne se décourage pas et avec Joss Clichtove répond par deux nouveaux traités. Le débat s'amplifie. Noel Béda, syndic de la faculté de théologie, John Fisher, évêque de Rochester, Érasme et Symphorien Champier, tout le monde s'en mêle.
Mais Lefèvre d'Étaples et Clichtove ont consulté les Pères de l'Église : Origène, Ambroise, Jérôme et Jean Chrysostome. Or aucun d'entre eux ne confond Marie de Béthanie, Marie de Magdala et la pécheresse. La "tradition" est récente et remonte à 590-604 avec le pontifat de Grégoire le Grand.
En passant Clichtove dénonce la propension des théologiens de tout figer en dogme.
Il estime qu'un sujet comme les Madeleine doit pouvoir être discuté avec les doctes même ceux qui ne sont pas théologiens. Cette argumentation met aussitôt en jeu la Tradition dont l'Église est dépositaire.
Lefèvre et Clichtove arguent que sans concile oecuménique se prononcant par un décret, une telle tradition est réfutable.
Mais John Fisher réplique : "Notre mère l'Église qui pendant des siècles a enseigné qu'il n'y avait qu'une Madeleine ne va t-elle pas être soupconnée d'erreur?"
Lefèvre et Clichtove estiment que les Pères de l'Église et les conciles oecuméniques doivent avoir la primeur sur les papes. Ils déclarent la tradition liturgique muable et la coutume populaire contestable.
Certains prêtres sont impressionnés par ces arguments et le 25 juillet 1521, fête de la sainte Madeleine, Martial Mazurier prêche à Meaux l'existence de trois personnes différentes.
Aussitôt la faculté de théologie réagit en promulguant une "Determinatio" obligeant à prêcher qu'il n'y a qu'une seule Madeleine et Noel Béda se démène pour faire déclarer Lefèvre comme hérétique.
Francois Ier intervient et fait examiner les écrits sur les trois Madeleine par son confesseur qui n'y trouve rien à redire. On décide de ne pas donner suite mais si Lefèvre d'Étapes est sauvé, il est tout de même prié de ne pas insister.
La Tradition triomphe donc de la vérité.
Et la tradition c'est la misogynie.
En effet : a t-on besoin de trois Madeleine ? Une qui suit Jésus, lui lave les pieds et est là quand il ressucite pour aller faire la commission aux autres, c'est bien assez, non ? Sans compter qu'avec son passé indigne, elle est un peu grillée. Les trois Madeleine en une, cela vous concote le curriculum parfait pour prêter le flanc à la misogynie !

jeudi 20 janvier 2011

De Yaël à Marilyn




Artemisia Gentileschi : Yaël tuant le général Sisera

Petite réflexion sur le concept d'héroïne et de femme forte à travers les âges :
De l'Antiquité au XVIe siècle jusqu'à la Révolution, on célébrait communément des femmes qui s'étaient distinguées pour avoir débarrassé leur peuple d'un tyran. Elles s'appelaient Tomyris, Judith, Esther, Déborah et Yaël. J'ai déjà mentionné la popularité de Judith qui éclipsait à peine celle de Yaël, autre grande figure biblique. Selon la prophétie de Déborah, Yaël tue le chef d'armée canaanéen délivrant ainsi le peuple d'Israël de la domination canaanéenne.
On trouve peut-être autant de Yaël que de Judith dans la peinture. Ici quelques Yaël :
Yaël Yaël Yaël Yaël Yaël,,Yaël Yaël Yaël Yaël Yaël etc....
On commandait donc beaucoup de toiles, de fresques, de sculptures, d'enluminures, d'oeuves littéraires, lyriques et théâtrales ayant pour thèmes ces héroïnes-là, auxquelles les femmes souhaitaient secrètement ressembler (comme pour Judith, on ne voyait pas l'aspect "assasinat" dans leur acte de bravoure). Mais, petit à petit, à partir de l'époque baroque, on voit les goûts s'orienter lentement mais sûrement vers les grandes tragédies amoureuses sur fond de pouvoir avec, par exemple, Phèdre, Clélie, Bérénice et Athalie.
Au XIXe siècle, le registre change encore : femmes de pouvoir mais jouets des événements avec "Cléopâtre" et "Marie Stuart", mais aux moeurs dissolus avec "Lucrèce Borgia" ou simplement courtisane de roi : "Marion Delorme" ; puis moins encore, comme "La dame au camélia" : comédienne sans nom. Cependant on s'identifie mal à des perdantes tragiques qui vendent leurs faveurs tout en souffrant de la tuberculose. Si bien que l'admiration va glisser du sujet de la toile à celui/elle qui l'a peinte, du rôle interprété à celle qui l'interprète. Dès le XXe siècle les comédiennes deviennent des stars. D'abord, de théâtre, comme l'a été la grande Sarah Bernhardt. Elle n'a pas été la première grande comédienne internationale mais certainement la première comédienne héroïsée. Puis la première star de cinéma à être fabriquée pour emporter le coeur des foules sera l'actrice américaine Marilyn Monroe, alors même qu'elle ne joue pas de rôles plus flatteurs que ceux de filles complètement anonymes et particulièrement paumées. A partir de Marilyn Monroe, c'est l'avènement des femmes qui n'ont aucun pouvoir si ce n'est celui d'incarner d'autres personnes qu'elles-mêmes au cinéma. Elles sont vénérées comme des déesses et leur visage, leur corps sont reproduits à l'infini sur affiches, calendriers, tableaux, objets en tout genre, vêtements, meubles et enseignes au néon. L'art les porte aux nues, des parfums sont créés à leurs noms, elles sont imitées dans leur allure par toutes les adolescentes de la planète. Les femmes qui existent en tant qu'elles-mêmes, les femmes de pouvoir, les femmes qui prennent des risques pour les autres (sans pour autant assassiner des tyrans, je ne fais pas non plus l'apologie du meurtre) ne sont pas magnifiées autant que ces femmes dont l'identité consiste à perdre la leur dans des films à succès. Méditons ce phénomène qui a beaucoup à dire sur l'esprit de notre société.


Le contrepied s'appelerait, par exemple, l'activiste écologiste francaise Cécile Lecomte, qui conjugue activisme et escalade. (Pour les germanophones uniquement: Cécile sur youtube ) mais heureusement pour elle, on n'imprimera peut-être jamais son visage sur un sac !

samedi 23 octobre 2010

Attention écoutez on me nie !


Cette Marie Madeleine dite de Burgos qui se trouve donc dans la cathédrale de Burgos en Espagne, est attribuée à un certain Giovan Pietro Rizzoli dit Gianpietrino, élève de Léonard de Vinci, le peintre spécialisée dans les représentations picturales codées, ainsi que les écrits. Mais Léonard ne fut pas le seul à s'entourer de précautions pour exprimer des idées indisposant l'Église. Il y avait, à la même époque, l'astrologue Nostradamus, dont toute l'oeuvre est codée, parce qu'il s'intéressait comme beaucoup mais un peu plus peut-être, aux hiéroglyphes égyptiens, soit aux religions antérieures au christianisme. Quant à ceux comme le médecin et astrologue pro-féministe Corneille Agrippa, le médecin Vésale, et autres "intellectuels" qui n'avaient pas envie de coder leur travail et en avaient les moyens, s'installaient à Strasbourg ou à Bâle, par exemple, où la liberté d'expression était relativement grande. Ailleurs, on risquait de se retrouver en prison comme Renée d'Este, Bonaventure des Périers et Clément Marot, pendu comme Antoine Augureau ou tout bonnement brûlé vif comme Louis de Berquin, Étienne Dolet et Michel Servet.

Ce tableau est assez étrange. Marie-Madeleine semble cacher ses seins mais pourrait aussi bien tenir un enfant dont on verrait le sommet du crâne.
Ce tableau date du début du XVIe siècle. Antérieurement à lui, on trouve des représentations de Marie Madeleine enceinte de Rogier van der Weyden et de Lucas Cranach, qui, pour ce dernier, représente Jésus tenant Marie Madeleine enceinte, par la main, les doigts entrecroisés. Possible que ce genre de scène ne convenait plus à l'Église au temps de la Réforme, après que Luther ait fustigé le célibat des prêtres et prôné le mariage de tous les ecclésiastiques sans exception.

Quant à l'inscription qui orne le cadre, il contient en haut à gauche où les lettres sont inversées, le message caché suivant :

ATS EA OID NEGA MI ATS


Entre les ATS, on peut lire ceci : "ea oid nega mi" ce qui signifie "attention écoutez on me nie". Comprendre : on nie la femme.
C'est aussi le message caché dans la fameuse Cène de Léonard de Vinci que le roman policier de Dan Brown "Da Vinci Code" a célébré. Marie-Madeleine est menacé d'un couteau tandis qu'une main sous sa gorge fait le geste de la lui trancher.
Ce portrait ressemble assez à la Marie Madeleine du Titien qui, elle-même, évoque Agnès (de "agnos" = chaste), sainte qui selon la légende, aurait été jetée nue dans un lupanar mais dont les cheveux auraient aussitôt miraculeusement poussé pour dissimuler son corps. Là encore : est-ce un encore un message subliminal pour dire que Marie-Madeleine ne fut pas plus une prostituée qu'Agnès, la martyre chrétienne ? Mystère, mystère...la femme innombrable incarne t-elle ce trouble dissociatif de l'identité propre aux femmes parce que sans image, parce que anonymes, parce que niées ?

D'autres Marie-Madeleine de Gianpietrino (autre nom de Gian Pietro Rizzoli) ici, du Titien ici, de Veronese ici, de Guido Reni ici et dans un style officiel.

Son cas empire avec le temps de van der Weyden en 1435 ici à Daumier en 1848

vendredi 22 octobre 2010

L'Évangile selon Marie

Vos réactions sur l'article "Ne me touche pas" m'ont beaucoup surprise et je me suis mise à explorer la toile à la recherche de ce qu'elle dit de Marie Madeleine. J'ai lu en particulier plusieurs passages d'un ouvrage dont je vous donne un extrait qui me paraît intéressant :



Lors de la restauration d´une église italienne, Sant'Andrea di Montiglio Monferrato on a retrouvé des fresques dans lesquelles quelqu'un(e) a représenté ce baiser de Marie-Madeleine à Jésus, ci-dessus.

"(...) Il apparaît donc que l'image facile d'une pécheresse repentie ou d'une prostituée au grand coeur dissimule la présence puissante et encore vive de la Dame initiatrice ou de la Grande Déesse, combattue par les tenants d'un monothéisme très masculin. Tel est „le grand débat dont furent faites grosses guerres“ et qui hélas persiste de nos jours, mettant aux prises de facon inégale le corps de la femme et les hommes de Dieu.

Les hommes des religion, prêtres ou dévots, se sentent toujours gênés (gehennés) par la présence féminine, par un corps aussi séduisant que trouble et incontrôlable, et ils n'ont de cesse de statuer sur lui, contre lui : ils réglementent la coiffure et la tenue vestimentaire, ils décrètent des tabous liés au sang ou à la maternité, et bien sûr ils interdisent toute prêtrise à une engeance de démones. Mais il y a toujours, dans ces rigides assemblées, une Madeleine échevelée, splendide, qui survient pour faire chavirer la raison, pour donner soif de beauté et d'Amour, il y a toujours, passante anonyme, une femme pour murmurer que sans le corps et sans le désir rien n'existerait et que l'éveil spirituel peut passer aussi par l'étreinte amoureuse...

Le dernier avatar de ce „grand débat“ consiste à qualifier avec mépris de „féministes“ des propos qui ne visent aucune revendication particulière mais cherchent à rappeler les faveurs de la vie, la beauté de l'amour et la joie des sens, des propos qui plutôt qu'agressifs se voudraient ruisselants, parfumés, mélodieux comme une Madeleine s'approchant de Jésus.

Les sources agnostiques

Heureusement, on a retrouvé d'autres textes qui parlent de Marie de Magdala et qui ont miraculeusement survécu aux autodafés et condamnations des Pères de l'Église. Ces évangiles déclarés apocryphes, gnostiques, donnent de Myriam une tout autre image. Il n'est plus question ici d'une femme de mauvaise vie, d'une possédée, mais au contraire d'une figure lumineuse et salvatrice. Écrit sur Papyrus, et acheté au Caire par un savant à la fin du XIXe siècle, le Codex de Berlin contient quatre écrits de longueur inégale, datant du IIe siècle de l'ère chrétienne, dont l'Évangile selon Marie. (...)"


Extrait du chap. "La passante considérable" de Jacqueline Kelen, in
"Marie-Madeleine: figure mythique dans la littérature et les arts", par Alain Montandon. Un livre passionnant d'après les pages accessibles sur le web.

dimanche 17 octobre 2010

Ne me touche pas

On compte parmi les sujets bibliques volontiers traités par les femmes en matière de peinture, la scène où le Christ apparaît à Marie-Madeleine après sa résurrection et lui dit "Noli me tangere" (ne me touche pas).



"Noli me tangere" de Lavinia Fontana




"Noli me tangere" de Fede Galizia


Contrairement à son apparence, c'est une image qui glorifie en quelque sorte la femme parce qu'elle témoigne de l'importance qui lui est accordée par Jésus. En effet, il choisit l'une d'entre elle, et non pas l'un de ses apôtres masculins, pour aller porter la Bonne Nouvelle de son retour dans le monde des vivants.
Marie-Madeleine se prosterne d'autant plus bas qu'elle est honorée de la tâche insigne qui lui est confiée. Cependant Jésus refuse qu'elle le touche pour vérifier que sa chair est palpable. Elle doit le croire sur parole.
Maintenant si on émet l'hypothèse murmurée de plus en plus fort, qu'en fait, Marie-Madeleine était la femme de Jésus, d'aucun affirmant qu'il n'aurait su être célibataire, en ce temps-là personne ne l'ayant été, la scène du "Noli me tangere" prend alors un tout autre sens. On ne s'étonne plus qu'il apparaisse en premier lieu à son épouse, et s'il ne veut pas qu'elle le touche, c'est parce que les privautés sont à remettre à plus tard (:)), la mission de prévenir les apôtres passant en premier. A moins que ce ne soit un message machiste du style : "ne me touche pas avec ton humanité profonde, femme, je veux rester un monstre froid et ne voir en toi qu'un objet", ce qui expliquerait peut-être bien des dérives actuelles...

Donc Lavinia Fontana et Fede Galizia se sont plues toutes deux à représenter cette scène pour rappeler que Jésus himself a confié une mission importante à une femme : annoncer rien moins que la Résurrection du Christ.



De nombreux hommes (Le Titien, Le Corrège, etc) ont aussi représenté la scène intitulée traditionnellement "Noli me tangere".
Je retiens cet étrange tableau de Pontormo où Jésus, censé dire "Ne me touche pas" à Marie-Madeleine, lui touche lui-même les seins !
Cette représentation masculine de la scène a peut-être pour message : "Ne me touche pas, c'est moi qui prend l'initiative" ou "qu'est ce que c'est que ces protubérances sur le devant de ton corps ?"

On aura compris que je m'amuse. Néanmoins le talent pour la peinture ne signifie pas que le peintre plane loin au-dessus de ces obsessions ou terreurs refoulées, de ces rêves ou de ces désirs. Même en peignant le Christ et Marie-Madeleine, on peu parler de soi !

lundi 19 juillet 2010

Gabrielle de Coignard et Judith

La femme du XVIe siècle comme la femme du XXIe siècle a besoin d'un modèle de femme forte pour exister ; un modèle de Powerwoman, de Superwoman, de femme d'action, de femme qui incarne la "puissance féminine", l'agir féminin, le courage au service de l'humanité, la grandeur d'âme, la force de l'esprit et du caractère et s'identifie mal au naturel à ce modèle de femme esclave que l'on cherche en permanence à lui imposer. Voir dans cette note d'Emelire * du blog "Le féminin l'emporte", l'illustration de ce modèle d'esclave féminin qui sert l'homme jusqu'à la fin des temps, "ad vitam eternam" donc, sous forme de squelettes souriant encore à un invisible, immuable et mécanique photographe de pub imaginaire.
Ce genre de modèle, aucune femme ne souhaite s'y conformer ni n'en afficherait la représentation sur son mur.

Dans un siècle où les femmes étaient réduites à l'impuissance et bien plus évincée de la vie publique qu'aujourd'hui, elles rêvaient de la puissance de Judith, imaginaient qu'un jour, peut-être, elles auraient l'occasion elles aussi, de montrer à la face du monde de quoi elle étaient capables, mais ce genre d'occasion ne se présentait pour ainsi dire jamais.

Si en Italie, le monde de la peinture s'était largement emparé de ce thème, ce n'était pas le cas en France où l'on privilégiait les lettres.
Plusieurs auteurs écrivirent des poèmes épiques en hommage à Judith, dont une femme : la toulousaine Gabrielle de Coignard (1550-1586).
Malheureusement, je ne peux obtenir des extraits de son poème : "Imitation de la victoire de Judich (sic)" que d'un ouvrage comparant le traitement de Guillaume Salluste Du Bartas à celui de Gabrielle de Coignard. Du moins c'est une comparaison rédigée par une spécialiste féminine de la Renaissance: Colette H. Winn. Elle cite par exemple la présentation des deux auteurs :

Je chante les vertus d'une vaillante veuve,

Qui pour sauver Jacob trempa le juste glaive

Dans l'infidèle sang du prince assirien

Qui tenoit assiegé le mur betulien.

Toy qui, pour garantir ton Isaac de la rage

Du peuple incirconcis, aceras le courage

De la foible Judit d'une masle vigueur...

Introduction de „La Judit“ (1574) de Guillaume Salluste du Bartas qui : „commémore le „courage viril“ de la femme d'armes fortifiée par la grâce de Dieu“ dit Colette H. Winn. Gabrielle de Coignard, elle, ne parle pas de "mâle", bien sûr, mais de "belle guerrière" :

Soubs ta saincte faveur je veux prendre carriere,

Voulant chanter le los d'une belle guerriere,

Estoille de son temps qui encore reluit

D'un esclat flamboyant sur nostre obscure nuict.

(Vv. 1-4)

Colette H. Winn écrit à ce sujet :

„A la Renaissance, la figure de la „femme forte“ prête à bien des équivoques. On peut comprendre la réticence des moralistes à donner comme modèle de vertu exemplaire celle qui transgresse le rôle passif qui lui est assigné pour accomplir un acte ordinairement réservé aux hommes. Judith est une femme du passé, dit Vivès dans le Livre de l'institution de la femme chrestienne (1542). Le passé „idéalisé“ ne semble être évoqué que pour dénoncer les faiblesses des femmes contemporaines et rappeler la nécessité de surveiller une féminité dangereuse pour l'homme:

Judith & Delbora vainquirent par armes de l'Eglise & spiritueles leurs ennemis, qui sont jeusnes, oraisons, abstinences & saincteté. L'une trencha la teste du capitaine Holofernes, c'est du diable; & l'autre comme roine, jugea le peuple d'Israel: mais telles sont de presents esvanouies.

"de présent évanouies" = il n'y en a plus. C'est fini les femmes fortes ou de pouvoir.

C'est du passé. Elles n'ont existé que dans la Bible, il veut dire.

Comme quoi revisiter le passé à la sauce sexiste a déjà énormément de bouteille !

(* sans laquelle ce blog n'existerait pas car elle m'a encouragée à en créer un et je l'en remercie énormément !)

dimanche 18 juillet 2010

Judith et sa servante










Encore une ultime note sur le traitement pictural de Judith qui m'a été inspirée par un commentaire sur la note précédente concernant la servante de Judith, celle à qui échoit la tâche de transporter la tête d'Holopherne. Sur la peinture de Fede Galizia, on remarque, en effet, que même si les deux femmes ne se regardent pas et sont censées appartenir à des conditions différentes, un lien humain, féminin, une complicité, une solidarité totalement indépendante et extérieure au monde masculin semble exister entre elles.
J'ai alors eu envie de comparer deux autres tableaux : ceux d'Artémisia Gentileschi (les deux premiers du haut) qui représentent la scène des deux femmes restées seules avec la tête coupée, à trois autres tableaux masculins cette fois-ci : de h. en b., ceux du Corrège, de Cranach et d'Orazio Gentileschi, père d'Artémisia.
Dans les deux premiers tableaux, on remarque que les deux femmes regardent dans la même direction. Elles épient les bruits, ont peur d'être surprises. Elles poursuivent un seul et même but, elles forment une unité et la tête Holopherne n'est plus qu'un objet à acheminer à bon port qu'il faut bien chercher pour retrouver dans l'image.
Dans les tableaux masculins, on a une représentation exactement inverse : les deux femmes se perdent dans la contemplation de la tête coupée placée au premier plan, ou regardent dans des directions différentes, faisant converger les lignes de la composition vers la tête qui est toujours plus grosse que celle des deux femmes et particulièrement dans le cas du tableau d'Orazio Gentileschi, est placée au centre de l'image, tenue quasiment comme un nourrisson dans ses langes. Bien que le thème soit en principe un hommage à la force de caractère d'une femme qui n'a pas eu peur de risquer sa vie pour abattre un danger public, le personnage principal ne semble pas se trouver spécialement magnifié par ce traitement et la relation entre les deux femmes liées par le danger n'est pas du tout soulignée comme chez Artemisia. En fait ces trois tableaux ont tout faux et sont quasiment hors sujet si on se donne la peine de les analyser vraiment. Ils ont un peu réduit le propos à un sordide fait divers !

vendredi 16 juillet 2010

Fede Galizia et Judith


Fede Galizia (1578-1630), la fille du miniaturiste Nunzio Galizia, surtout connue pour ses remarquables natures mortes, n'a pu se dérober à la mode de son temps et a peint à son tour une "Judith et la tête d'Holopherne". Du moins, une toile de sa main sur ce thème est exposée dans un musée de Floride. Ce qui ne veut pas dire qu'elle n'en a peint qu'une. Celle-ci est problament due à la commande d'une noble dame étant donné l'accent mis sur les riches habits, les bijoux et le maintien de son modèle. Même la tête morte d'Holopherne semble admirer la belle jeune femme.
Fede est la cinquième peintresse que je présente ici ayant traité le sujet "Judith" sur une période d'un siècle.
Et même les historiens de l'art masculins qui font la pluie et le beau temps dans ce domaine, s'accordent à dire que concernant Judith et Holopherne, Artemisia Gentileschi surpasse ses confrères. Il me paraît évident que pour peindre les hauts-faits d'une femme, un homme est moins bien requis.
Vous allez me dire "haut-fait" ? Mais c'est d'un meurtre assez dégoûtant qu'il s'agit !

Il ne faut pas oublier que même aujourd'hui certains assassinats restent considérés comme des actes héroiques. Si Claus von Stauffenberg et ses copains n'avaient pas raté leur opération Walkirie, ils auraient été portés aux nues et célébrés comme des héros. D'ailleurs ils le sont, célébrés, mais comme des martyrs. Et pourtant ils ont belle et bien essayé d'assassiner quelqu'un. Poser une bombe au QG d'Hitler dans l'espoir de l'éliminer est bien une tentative de meurtre, que je sache.
Bien sûr une bombe, ce n'est pas une épée. Réduire un corps en charpie ce n'est pas séparer la tête du corps. Mais sur ce point le monde a changé. On ne disposait pas des mêmes moyens ni d'explosifs dans l'antiquité et ne pouvait donc considérer que c'était LA méthode pour se débarrasser de l'ennemi. Si l'explosif remplace le glaive aujourd'hui, on considère encore et toujours qu'un ennemi mort ne peut l'être que démantelé . Un ennemi mort ne saurait conserver un corps intact. Cette idée est encore parfaitement actuelle.

Lavinia Fontana et Judith




D'Artemisia Gentileschi, cinq tableaux sur le thème de Judith et Holopherne sont parvenus jusqu'à nous, deux représentant Judith et sa servante à la tâche, les trois autres illustrant d'autres passages du récit.

De la peintresse Lavinia Fontana (1552-1614) en voici trois représentations.

Lavinia a préféré contourner la scène d'horreur et représenter Judith, son geste héroïque une fois accompli. Elle s'est plutôt attachée à faire ressortir le mysticisme du modèle biblique en train de lever les yeux vers le ciel et qui semble dire " Le Seigneur tout-puissant les [les ennemis] a contrés par la main d'une femme". (Extrait du livre de Judith)
La tête d'Holopherne gise en bas à droite du tableau, plate comme un dessin sur une surface noire.
La seconde Judith est empressée et se débarrasse négligement de la tête détachée du corps sur lequel elle tourne une dernière fois un visage satisfait d'être parvenu à son but.
Pour le troisième, Lavinia a prêté au personnage le visage d'une aristocrate élégante, probablement une commanditaire qui souhaitait être représentée en Judith.

mercredi 14 juillet 2010

Judith, la coupeuse de tête





Au XXIe siècle, l'Olympe (le domaine des dieux) pour nous qui représentons la masse indistincte de la foule plus ou moins bêlante ou rebelle selon les cas, ce sont les acteurs/chanteurs que nous désignent les médias et aussi quelques intellectuel-le-s acquis-es à la cause médiatique. Chacun de puiser ses héros, ses héroines et ses stars là-dedans, de comparer, d'échanger, d'imiter, d'adorer, de détester en commun ces idoles, bref de ressentir une appartenance commune à travers elles.
Au XVIe siècle, il se passe la même chose. Mis à part que que la référence universelle faisant office de télévision et plus si affinités, c'est la Bible. Retenez bien ce nom. Mais je crois que vous l'avez déjà fait. Quelques dieux grecs, le polythéisme ayant été mal éradiqué, l'astrologie et la cabale, en marge du livre sacré comptent également quelques figures fascinantes certes, mais leur impact reste mineur et c'est la Bible qui remporte le pompon en matière de figures de projection. La femme du XVIe siècle y puisent ses stars préférées dont la première au hit parade est sans conteste Judith du Livre de Judith.
En me promenant sur les blogs, j'ai trouvé un billet sur Lucas Cranach d'une blogoniste qui se posait des questions sur la série de "Judith et Holopherne" réalisée par ce peintre.
Comme je connais Cranach qui avait peut-être plus le sens du commerce que de la peinture d'après moi, il a du en faire faire à la chaîne par son atelier pour toutes les groupies qui en souhaitaient un poster.
Judith délivre son peuple du tyran Holopherne en lui coupant la tête. Ce courage d'une faible femme qui s'attaque au plus puissant d'entre les puissants et qui l'égorge comme un vulgaire poulet, a fasciné les foules. La plus célèbre scène de décapitation d'Holopherne est d'Artemisia Gentileschi, peinture dans laquelle elle semble exprimer une formidable rage misandre mais c'est peut-être une interprétation. D'autres paintresses italiennes du XVIIe siècle ont traité ce thème : Virginia Vezzi (1597-1638) (portrait de Judith ci-dessus, avec l'arme du crime) et Elisabeth Sirani (1638-1665). Au XVIe siècle les éternels peintres de renom : Le Caravage, Véronèse, Mantegna, Botticelli, Le Tintoret, Michel-Ange ont peint cette scène d'une autre manière. Le Caravage a l'air de se mettre dans la peau d'Holopherne et Judith fait figure d'une chochotte un peu dégoûtée, qui ne sait pas manier le tranche-lard.
Quant à la poétesse francaise Gabrielle de Coignard, elle a dédié à cette héroine biblique des sonnets homériens.

En réalité, les femmes de l'Antiquité qui semblent avoir été de célèbres coupeuses de tête, sont au nombre de trois : Judith, Salomé et Thomyris. Et il y a toujours un tyran à la clé.
Judith coupe la tête d'un tyran, Tomyris fait couper la tête à un tyran et un tyran fait couper la tête d'un saint afin d'obtenir le corps de Salomé.
Conclusion : là où il y a un tyran il y a au moins une mort brutale et horrifiante quelque part.
Et parfois là où on s'y attend le moins.
Alors attention les tyrans.