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samedi 13 août 2011

Résultat du tag : 21 - Ella est....

Vittoria Colonna et Simonetta Vespucci (2 femmes !)


Vittoria et Simonetta

J'ai été taguée par Asphodèle sur le thème suivant : Si j'étais une femme de la Renaissance, qui serais-je?

Deux me sont venues en tête, l'une pour l'avoir joué dans une pièce de théâtre, et l'autre parce que son visage est à jamais gravé dans ma petite tête !:-)

1) Vittoria Colonna


Vittoria Colonna était une marquise endeuillée quand elle rencontra Michel Ange.
Il avait un demi-siècle d’âge quand il se mit à l’aimer d’un amour vain et tourmenté. Car elle resta fidèle à son mari défunt.
En son honneur, Michel Ange devint poète.
Peut-être, en elle, est-ce une image de la Mort qu’aima le transcendant génie ; peut-être le spectre de la Fidélité par delà la vie ; peut-être la même pensée dont il avait fait déjà cette immortelle Nuit de pierre, qui dort, qui rêve l’infini, et qui vit pourtant parmi les vivants.
Il se sentait terrassé par le temps, quand elle lui apparut, comme Béatrice à Dante. Il l’adora de se laisser aimer sans espoir. Un tel amour, une telle douleur, lui sembla un bienfait suprême. À coup sûr il l’aima pour les pensées hautes et sombres, pareilles à son génie même, qui lui venaient d’elle, dont elle marchait entourée, cette marquise voilée, à l’attitude hautaine, à l’âme grande, cette visiteuse du tombeau de l’amour unique.
À soixante-seize ans, il lui demandait la permission de peindre son portrait ou de sculpter sa statue.
Vittoria Colonna était une des plus illustres dames de l’Italie, de l’Europe, du monde.
Elle aimait les pauvres, et le Christ. Elle aima aussi le génie de Michel-Ange. Peut-être crut-elle servir ce génie, en n’aimant que lui et non pas l’homme ; il en souffrit avec ravissement, avec orgueil, avec reconnaissance.
Quand elle fut morte, il lui baisa la main.
Et après cela, selon le témoignage de Condivi, il demeura comme privé de raison.
Bénie soit cette Muse noire, grâce à qui nous avons de Michel-Ange quelques pensées écrites, ses propres paroles sur l’amour !

Les poèmes de Michel Ange à Vittoria :

Comme tes blonds cheveux, où la fleur s’enguirlande,
Semblent se réjouir, couronne d’or vivant !
Fiers cheveux ! Ce qui fait leur fierté la plus grande,
C’est de baiser ton front les premiers, et souvent !

Ton corsage est heureux d’avoir ton sein mouvant,
Le jour, aussi longtemps qu’il faut qu’il le défende ;
Et quand il s’ouvre, heureux cheveux, sur le cou blanc,
Libres que leur flot d’or, caressant, s’y répande !

Mais heureuse surtout, légère, s’enroulant
En replis gracieux, la bandelette fine
Qui touche, enlace, baise et soutient ta poitrine !

Et la chaste ceinture autour de ton beau flanc.
Murmure : « À tout jamais je la veux, je la presse...
À quoi bon d’autres bras pour une autre caresse ? »

L’artiste vrai jamais ne conçoit un dessein
Que le seul marbre en lui n’enferme et ne comporte ;
Mais jusqu’au plan caché seule atteint la main forte
Qui sait être soumise à l’esprit ferme et sain.

Ainsi se cache en toi, charmante, être divin,
Le mal que je veux fuir et le bien qui m’importe ;
Et pour ma peine et pour ma fin, tout va de sorte
Qu’à servir mes souhaits mon art s’épuise en vain.

L’amour ! Ce n’est donc pas l’amour, ce n’est pas même
Ta beauté, ni ta haine ou ton dédain suprême,
Qui me font ma douleur... c’est mon destin, mon sort,

Si la mort dans ton coeur, la pitié sont ensemble,
Et si ma faible main, qui désire et qui tremble,
Ne sait tirer de toi rien autre que la mort !

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2) Simonetta Vespucci


Simonetta Vespucci fut considérée comme la plus belle femme d'Italie de son époque. Elle fut la femme de Marco Vespucci et la maîtresse de Julien de Médicis. Elle décéda d'une pneumonie à l'âge de 22 ans en 1476 et resta donc une éternelle icône de beauté éternelle qui inspira à titre posthume tous les tableaux de Boticelli dont le fameux " la Naissance de Vénus"


Et cette peinture pour moi reste l'emblème de la Renaissance..

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Et comme dans les jeux de tags, il faut conclure en passant la main, je demande à Julia, Li (mes deux italiennes préférées) et LH de nous narrer leurs icônes de la Renaissance..

Résultat du tag : 19 - Syl est....

Lucretia Panciatichi

Une femme de Renaissance !


Asphodèle souhaiterait me reconnaître si un jour elle devait se balader dans le temps de la Renaissance... Sur une idée d'Euterpe, je dois vous révéler la personnalité qui m'inspirerait, ou simplement, une enveloppe charnelle qui abriterait mon âme.

A peine j'effleurai
Bronzino-_ritratto_di_Lucrezia_de-_Medici.JPG s cette pensée que je visualisais les tableaux de l'artiste Agnolo Bronzino. J'ai eu la chance d'a dmirer quelques unes de ses oeuvres à Florence. J'ai pu voir la transparence de la carnation, légèrement bleutée et veloutée de pêche... les poses altières, la magnificence des étoffes et des parures des femmes peintes. Dans une nuance toute contrastée, leurs époux apparaissent avec une austérité puritaine ou guerrière.

Alors, je me voyais en Lucrèce de Médicis, portrait que je n'ai jamais vu mais qui me dicte tout un roman... Je ne l'aurais pas fait mourir de la tuberculose, ou de langueur, à seize ans. Cette jeune femme était trop belle ! Elle aurait été une aventurière, aurait vendu ses bijoux, oublié son mari volage et serait partie goûter la vie ailleurs...
Cependant, cette identité avait déjà été choisie par Angèle ! Il fallait me transporter dans un autre corps...
anne-de-bretagne_31.jpg

Je songeais aussi à Anne de Bretagne.
J'ai un livre "Promenade dans des jardins disparus : Les plantes au Moye 9782737329401FS.gif n Age d'après les Grandes Heures d'Anne de Bretagne" qui me passionne. J'aime m'amuser à reproduire certaines enluminures et dessiner des bestioles... escargots, coccinelles, scarabées, libellules...

Mais là encore, le personnage avait été pris par Hypathie !


Je cherchais donc une personne proche des arts, belle, intelligente, esthète et je me souvins du château de Chenonceau, le château des Dames. Je n'ai aucun désir de ressembler à Catherine de Médicis, je serais alors Diane de Poitiers. Mais savez-vous qu'elle fut de vingt ans l'aînée de son amant le roi Henri II ? Ne me sentant pas le coeur cougar, je préférais m'orienter vers une autre...

DianedePoitiers.jpg
Je serais, euh... cherchons, je serais... celle-là...

Lucretia Panciatichi


bronzino61.1292760796.jpg


Revenons à un portrait d'Agnolo Bronzino !

Cette peinture représente Lucrèce Picci, épouse de Bartolomeo Panciatichi.

J'ai longtemps eu ce poster dans ma chambre de jeune fille. Je suis tombée amoureuse de Florence à l'âge de quatorze ans, lors de mon premier voyage. J'aurais pu être atteinte du syndrome de Stendhal ou m'évanouir comme Lucy Honeychurch dans "Chambre avec vue".
D
'après quelques sources glanées sur google, j'ai appris que cette famille était puissante et avait des relations amicales avec les Médicis. Sur un site, un blogueur raconte la fascination qu'il ressent... ici... et j'approuve ! Il parle de la froideur du regard et de la sensualité des mains. Imaginez cette femme, les cheveux dénoués, les lèvres esquissant un sourire et les yeux moins lointains...
Elle devait être sage, aimer la littérature, la poésie, la peinture... les arts. Son air n'est pas hautain, il est réfléchi, réservé. Quant à la cour, celle de Lyon ou de Florence, elle n'est pas dupe, elle se méfie. Les intrigues politiques hantent les couloirs, les coins et recoins...
Sur une page de wikipédia traduite, on lit de la famille Panciatichi :

"
Barthélemy Panciatichi (France, 1507 - Florence, 1582 ) était un humaniste et politique italien.
Il était le fils naturel d'un commerçant, originaire de Pistoia , Barthélemy l'Aîné, principal propriétaire de la société d'exploitation négoce florentin en France, dans Lyon...

Son père avait financé des exploits militaires de Louis XII, qui ont conduit à la conquête temporaire du duché de Milan. Le jeune Barthélémy fut accueilli comme page à la cour de François Ier.

Il était un ami de Jean de Vauzelles.

En 1534, il épouse Lucrèce Panciatichi Pucci et s'installe en 1539 à Florence. Il devient un membre de l'Académie. Cosme Ier de Médicis l'envoie en 1549 en France, pour renouer des liens avec la monarchie française gouvernée alors par Henri II et Catherine de Médicis .

Barthélemy s'intéresse à la réforme protestante et en parle dans les milieux intellectuels florentins.

Le 17 Octobre 1551, l'inquisiteur de Bologne fournit une longue liste de noms des Réformateurs, en indiquant, parmi les Florentins, "Maître Barthélemy Panzatico, luthérien, ayant des livres hérétiques". Bartélémy arrêté, sort de prison en payant une rançon et promet de ne plus traîter de questions religieuses.
Elu directeur de l'académie florentine, il retourne dans les bonnes grâces des Médicis et reprend sa carrière politique. En 1567, il devient sénateur, en 1568 commissaire à Pise et en 1578 à Pistoia."

Bartolomeo-Panciatichi.jpg


Quant aux Picci, la famille de Lucrèce, j'ai trouvé qu'elle était d'origine florentine. Elle comptait dans la généalogie de l'époque, des hommes politiques, des mécènes, des poètes et des écrivains. Alliée aux Médicis, ils avaient beaucoup d'influence. Leurs armoiries étaient :

Pucci.JPG
Cela me convient tout à fait !!!

Alors Asphodèle, me reconnaîtras-tu lors d'un séjour dans le temps ?


Vous trouverez d'autres billets ici...
Asphodèle, LiliGalipette, George, Delphine, Ella, Liliba, Sharon, Eiluned, Aymeline,

Avis ! Je tague à mon tour... Liliba, Sharon, Eiluned et Aymeline.

Publié par Syl le 11.8.2011 copié/collé par Euterpe

Mon commentaire : très beau portrait et très passionnante histoire que celle de ce Barthélémy
Panciatichi ! Dommage que l'on n'en sache pas plus sur sa femme. L'a t-elle suivi en France ?
On sait que le mari de Lucrèce de Médicis l'avait laissée seule en Italie. A t-elle été aussi influencée par la Réforme ?
J'ai cherché quel âge elle a sur le portrait. Certain.es disent 18 ans. Elle pose la main sur un livre de prières ouvert à la page d'une prière à la Vierge Marie. sur son collier est écrit "Amour dure sans fin". Ici dans The Gardian quelqu'un écrit que sa beauté est glacée voire maladive.
Elle aurait quelque chose d'une statue de cire. Et ici il est dit qu'ils furent tous deux accusés de sympathie pour la Réforme donc elle n'est pas restée en Italie.
Ici la personne décrit le portrait de Lucrèce Panciatichi comme celui de quelqu'un.e qui fuit de l'autre côté de son propre esprit. Sa présence dans le tableau est une absence à la réalité.
La condition de beaucoup de femmes.

Merci beaucoup. Ce portrait est une découverte pour moi. Je ne m'étais jamais penchée sur sa problématique comme l'on fait apparemment bien de ses admirateurs/trices.

Résultat du tag : 18 - Liliba est....

Lucrèce Borgia

Tag de la femme de la Renaissance

tag

Taggée par Daniel et par Syl, sur une idée d'Euterpe , qui veulent savoir quelle femme de la Renaissance je suis au fond de moi-même... Pas évident ! J'ai dû chercher quelques idées sur google, vérifier quelques dates... mais voilà mon choix !

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Lucrezia Borgia (vers 1510-1519) par Bartolomeo Veneto (v1470-1531), Musée des Beaux-arts, Nîmes

Me voilà donc en Lucrèce Borgia, née le 18 avril 1480 et décédée le 24 juin 1519. Une femme qui a fait couler beaucoup d'encre, suscité pas mal de polémiques, et été à l'origine de nombreux romans ou films, une femme assez mystérieuse qui reste un peu mythique, ça me va tout à fait ! Lucrèce est un personnage ambigu, mais également le reflet de son époque et de la société dans laquelle elle est née : une époque raffinée, mais qui reste cruelle, parfois même barbare, et une caste de l'aristocratie italienne où les intérêts personnels sont de peu d'importance par rapport aux intérêts du pouvoir et de l'argent, de même qu'en France.

Lucrèce Borgia fascine ! Sont-ce sa beauté exceptionnelle, sa cruauté légendaire (on l'appelle l'empoisonneuse...), ou bien ses rapports libertins et très sulfureux (on dit qu'elle a fricoté avec son père et son frère...) ? Ou bien juste une femme au caractère bien trempé qui n'a pas voulu se laisser faire dans une société où il fallait se montrer la plus forte pour survivre ? Ou bien le fait qu'elle a tout d'abord une réputation de libertine pour devenir ensuite très pieuse et protectrice des arts, bien sage par rapport à son passé ?

Lucrèce est la fille naturelle de Rodrigo Borgia, le futur pape Alexandre VI, et la soeur du fameux César Borgia. Elle épouse Giovanni Sforza, une famille également illustre et on dit que la cérémonie fut une "débauche de luxe et de décadence", ce qui est très probablement vrai, mais était le cas de toutes les festivités de ces familles riches et puissantes (peu de différences avec notre temps...)

Mais le père de Lucrèce annule son mariage en invoquant la raison officielle qu'il est non consommé. Il semble que les vraies raisons soient plus politiques... C'est à cette date que Lucrèce récolte sa réputation sulfureuse de libertine invétérée. Elle se mariera ensuite deux fois (avec Alphone d'Aragon qui sera assassiné par son frère César) puis avec Alphonse 1er d'Este. Le poison circule au sein de la famille et un peu partout dans les grandes familles d'Italie, tout le monde tue tout le monde, et on peut presque dire que Lucrèce est chanceuse puisqu'elle meurt non pas assassinée, mais de septicémie...


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Lucrèce Borgia par Le Pinturicchio, 1492-1494

Il y a quelques autres femmes qui me tentaient pour ce tag amusant : La Princesse de Clèves, Catherine Sforza, Gabrielle d'Estrée, La Montespan, Louise Labbé... et certainement beaucoup d'autres si j'avais pris plus de temps pour faire des recherches ! Les femmes dont on se souvient sont celles qui avaient une forte personnalité et ont osé, à leur époque, braver les règles de conduite, la soumission supposée de la gent féminine et dire tout haut ce qu'elles pensaient, vivre comme elles l'entendaient... et ça, j'aime !

Je vous laisse choisir de continuer ce tag s'il vous plait... Il demande quelques recherches, mais ces femmes sont passionnantes et c'est très intéressant à faire !

Publié le 13.8.2011 par liliba copié/collé par Euterpe

Mon commentaire : ce choix correspond à mon 3e doublon car Lucrecia Bloggia avait déjà pris le personnage. Néanmoins sa présentation sous différents angles est bien intéressante. Vous semblez toutes penser qu'elle a été discréditée par ce que trop libre et ce regard sur elle me convient, bien sûr. C'est toujours d'actualité. Une femme libre (je ne parle pas d'une femme qui fait n'importe quoi pour se faire remarquer) est toujours très mal considérée.

"où les intérêts personnels sont de peu d'importance par rapport aux intérêts du pouvoir et de l'argent" : là aussi, j'ai envie de dire que cela n'a pas changé le moins du monde.

Juste une remarque : la Montespan n'est pas une femme de la Renaissance alors heureusement qu'elle n'a pas été choisie !

Merci Liliba !

Résultat du tag : 17 - liratouva est....

Laure (personnage du XIVe siècle dont l'existence reste contestée)

Tag de la Renaissance.

Quelle femme de la Renaissance êtes vous, au fond de vous-même?
Invitée par Margotte à participer au tag culturel de l'été créé par Euterpe et lancé par Daniel, mon choix est dû essentiellement à mon amour de la poésie.
Il s'agit de Laure, l'amour idéalisé de Pétrarque (1304/1374)
Les 366 poèmes qu'il composa pour elle dans son Canzoniere étaient alors connus de tous les humanistes de ce début de la Renaissance italienne
C'est ainsi qu' avec Tristan et Iseut, Roméo et Juliette, Dante et Béatrice, il y eut aussi Laure et Pétrarque.

Béni soit le jour, bénis le mois, l'année
Et la saison, et le moment et l'heure, et la minute
Béni soit le pays, et la place où j'ai fait rencontre
De ces deux yeux si beaux qu'ils m'ont ensorcelé.

Et béni soit le premier doux tourment
Que je sentis pour être captif d'Amour
Et bénis soient l'arc, le trait dont il me transperça
Et bénie soit la plaie que je porte en mon coeur

Bénies soient toutes les paroles semées
A proclamer le nom de celle qui est ma Dame
Bénis soient les soupirs, les pleurs et le désir.

Et bénis soient les poèmes
De quoi je sculpte sa gloire, et ma pensée
Tendue vers elle seule, étrangère à nulle autre.

Ce poème en italien est Ici.
Le plus dur reste à faire: je propose ce tag à qui n'est peut-être pas ou plus en vacances : Moka, Pascale, Voyelle et Consonne, edencoon, Lystig,

Publié par liratouva le 13.8.2011 copié/collé par Euterpe

Laure a t-elle existé ?

Pétrarque écrit : « Laure, illustre par ses vertus et fort célébrée dans mes vers, m’apparut pour la première fois pendant ma jeunesse en 1327, le 6 avril dans l'église Sainte-Claire à Avignon, à la première heure du jour ; et dans la même cité dans le même mois, au même sixième jour et à la même première heure en l’an 1348, cette éclatante beauté fut soustraite à la lumière alors que j’étais à Vérone, bien portant, ignorant hélas de mon malheur ! Mais la malheureuse nouvelle me fut apportée à Parme par une lettre de mon ami Louis dans le dix-neuvième jour du mois suivant. Ce corps si beau et si chaste de Laure fut enseveli au couvent des frères mineurs, le jour même de sa mort à vêpres. »
sur Laure qui serait l'aïeule du marquis de Sade lire ici

Cela dit voilà encore un hors sujet mis à part que les vers de Pétrarque sont très lus au XVIe siècle, nous sommes deux siècles en arrière.
Merci quand même beaucoup Liratouva !

samedi 9 avril 2011

Anne d'Este, femme politique


Anne d'Este (1531-1607) était la fille du duc de Ferrare et de Renée de France (petite soeur de la reine Claude qui a donné son nom au fruit).
Si l'historien Hilarion de Coste en parle avec autant de chaleur (voir billet sur Olympe Fulvie Morat) c'est surtout parce que contrairement à sa mère, elle était d'un catholicisme assez fanatique et il n'est pas exclu que Coligny ait été assassiné pour la venger du meurtre de son mari Francois de Lorraine, duc de Guise.
Devenue duchesse de Guise après la mort de son beau-père en 1550, Anne d’Este joua le rôle d’intermédiaire entre la cour de Ferrare et celle de France.
Malgré sa répugnance pour le calvinisme, Anne d'Este aida sa mère Renée de France qui soutenait les protestants et les accueillait à Ferrare lorsqu'ils étaient inquiétés en France. François de Lorraine intercepta leurs correspondances et interdit à son épouse tout contact avec sa mère. Elle finit par pardonner à son mari le massacre de Wassy où elle s'était interposée pour arrêter l'exécution des protestants qui s'étaient tous réfugiés dans une grange. En février 1563, François de Lorraine fut assassiné.L’assassin Jean de Poltrot de Méré fut saisi et condamné à être écartelé. Anne d’Este essaya par tous les moyens de poursuivre juridiquement Gaspard de Coligny, chef des huguenots, qu’elle tenait pour responsable de l’attentat. Pendant trois ans, la veuve pressa le roi et ses juges de lui rendre justice, mais en janvier 1566 le conseil du roi déclara Coligny innocent du meurtre et ordonna „silence perpétuel“ en cette affaire. Nombreux furent ceux qui virent la vengeance de la veuve du duc de Guise dans le coup de feu qui ne rata la poitrine de Coligny que par miracle, au matin du 22 août 1572, et qui fut le signal du départ des massacres de la Saint-Barthélemy. Il est néanmoins difficile de savoir quel rôle exact joua Anna d’Este dans cette affaire, et plus largement dans les massacres de la Saint-Barthélemy.

Le 5 mai 1566, à Saint-Maur-des-Fossés, Anne d’Este se remariait avec Jacques de Savoie, duc de Nemours et de Genevois. Jacques de Savoie avait été épris d'elle il y a fort longtemps et l'avait soutenue lors de la mort de son époux. A partir de cette date, elle passa la plus grande partie de son temps à Annecy, ou en voyage entre le Genevois et la cour de France.

Avec la fondation de la Ligue catholique, dans laquelle les Guise, ses fils, jouèrent un rôle de premier plan, son importance politique augmenta considérablement. En décembre 1588, Henri III fit assassiner ses deux fils Henri le Balafré et le cardinal (Louis de Lorraine) au château de Blois ; Anne d’Este elle-même fut emprisonnée.

Après sa libération dès février 1589, elle regagna Paris où elle joua un rôle actif dans l'organisation de la Ligue. Quelques-uns de ses contemporains la tenaient pour la commanditaire de l’assassinat du roi. Nommée « reine-mère » par la Ligue, la princesse fut l’une des figures principales de la capitale alors assiégée par les troupes d’Henri IV. Après la conversion au catholicisme du Bourbon, elle le reconnut comme roi et tenta de convaincre ses fils rebelles d’en faire autant.

Anne d’Este passa les dernières années de sa vie en tant que « superintendante de la maison » de la reine, Marie de Médicis.
Son second mari, Jacques de Savoie, duc de Nemours est LE duc de Nemours du roman de Marie-Madeleine de Lafayette "La princesse de Clèves".

jeudi 7 avril 2011

Vittoria Colonna, poétesse

Vittoria Colonna vit le jour à Rome en 1490. Elle était la fille de Fabrizio Colonna, condottiere au service de Ferdinand II le Catholique. Les Colonna était une famille noble romaine remontant au XIe siècle. Vittoria, poétesse, écrivit : "Rime della Vittoria Colonna", s'inspirant du poète et humaniste italien Pétrarque, et de son poème élégiaque "les Rimes et les Triomphes". Comme lui, elle chercha à exprimer le déchirement éprouvé entre l'aspiration à l'ascétisme et l'attirance pour les séductions du monde. Les poèmes de Vittoria furent éditées 4 fois dans le siècle, ce qui est beaucoup pour l'époque. Vittoria, marquise de Pescara, était l'amie de tous les hommes célèbres de l'époque : le peintre Pietro Bembo, Baldassare Castiglione (auteur du "Courtisan"), le cardinal Reginald Pole en exil (fils de la pauvre Margaret Pole, décapitée par Henri VIII), et bien d'autres comme Michel-Ange qui l'aima passionnément. Elle entretint également de bonnes relations avec les protestants italiens comme Juan de Valdés. On suppose qu'elle se convertit au protestantisme mais ce n'est pas sûr. Elle mourut à Rome en 1547 à cinquante-sept ans, célébrée pour ses poèmes mais aussi pour l'amour qu'elle vouait à son époux, Fernando de Àvalos. Malheureusement pas moyen de trouver ses poèmes originaux ni de traduction francaise. J'ai trouvé ceci mais il est probable que ce soit une adaptation en italien moderne. Je ne comprends pas assez l'italien pour en juger ni traduire un poème du XVIe siècle. Néanmoins le voilà : Se con l'armi celesti avess'io vinto me stessa, i sensi e la ragione umana, andrei con altro spirto alta e lontana dal mondo e dal suo onor falso dipinto. Sull'ali della fede il pensier cinto di speme, ormai non più caduca e vana, sarebbe fuor di questa valle insana da verace virtute alzato e spinto. Ben ho già fermo l'occhio al miglior fine del nostro corso, ma non volo ancora per lo destro sentier salda e leggiera. Veggio i sogni del sol, scorgo l'aurora, ma per le sacri giri alle divine stanze non entro in quella luce vera.

Finalement voici une traduction par Dominique historienne (voir commentaires) : «  Si avec les armes célestes j’avais vaincu les sens et la raison humaine, j’irais d’un autre esprit plus haut et loin du monde et de ses faux honneurs
Sur les ailes de la foi, la pensée ceinte d’espoir, désormais ni déchue ni vaine, serait poussée et élevée, par la vraie vertu, en dehors de cette folle vallée.
Eh bien, j’ai déjà arrêté mon œil au meilleur objectif de notre parcours, mais je ne vole pas encore, ferme et légère par le droit chemin.
Je vois les rêves du soleil, je vois l’aube, mais pour [ce qui est de] la visite des divines chambres, je n’entre pas dans cette vraie lumière."
Du fait qu'elle ait inspiré un grand amour à Michel-Ange, il existe beaucoup de représentations de Vittoria Colonna. Celle d'en haut est d'une certaine Maria Longhi et gravée par une certaine Ernesta Bisi. Celle du bas est de Sebastiano del Piombo.

mardi 25 janvier 2011

Jeanne III d'Albret, reine des huguenots


Sur le billet précédent, Kalista (d'abord et luciamel ensuite) l'ont dit : il s'agissait bien de Jeanne d'Albret.
Pourquoi la nommé-je la "Marie Stuart de Catherine de Médicis" ? Parce que si Jeanne d'Albret n'était pas opportunément morte tout juste après avoir signé le contrat de mariage de son fils Henri de Navarre avec Marguerite de Valois, la France serait peut-être protestante à l'heure qu'il est.
Peut-être a t-elle été empoisonnée par Catherine de Médicis. Nous n'en savons rien. Mais probablement que si elle n'était pas morte, il n'y aurait pas non plus eu de Saint-Barthélémy.

Sans elle, le parti déjà amputé du prince de Condé était presque tout à fait décapité. Il ne restait que Coligny dont on connaît la fin spectaculaire.
Car Jeanne d'Albret était un chef protestant de premier plan étant donné qu'elle avait tout un royaume à son actif.
Seule, et également dernière, héritière de ce royaume avant qu'il ne passe à la France, elle régnait sur la Navarre (où ne s'appliquait pas la loi salique) sous le nom de Jeanne III. S'étant convertie au calvinisme et après avoir simplement autorisée la pratique de ce culte dans son royaume, elle finit par l'imposer comme religion officielle en raison de la farouche opposition des catholiques pour la tolérance de ce culte. Elle était donc bien plus qu'un chef (parmi d'autres) du parti protestant lors des guerres de religions, elle contribuait à coincer le territoire francais catholique entre la Genève et la Navarre calvinistes. Ainsi la France voyait l'étau se resserrer. Elle morte, Coligny assassiné, son fils prisonnier au Louvre, la Navarre devenait innofensive.

Pourquoi cette reine guerrière qui soutint La Rochelle pendant deux ans contre les catholiques, cette femme ferme et décidée sans laquelle Henri IV, son fils, n'aurait jamais été ce qu'il fut, ne figure t-elle pas dans les manuels scolaires ? Lorsqu'il s'agit des guerres de religion à l'époque de la régence, on ne mentionne pas d'autres noms que ceux de Condé et Coligny. Est-ce trop d'honneur que de rendre hommage à cette parente pauvre ? Car Jeanne d'Albret a beau être la mère de toute la lignée des Bourbon jusqu'à Louis XVIII, elle n'aura jamais la considération accordée aux Montmorency (dont fait partie Coligny) qui n'étaient pourtant pas des tendres et ont beaucoup de sang innocents sur les mains. Mais la France reste toujours aussi et d'abord attachée au rang nobiliaire lié à l'argent, tandem qui n'a rien perdu de son importance. Les Montmorency sont gratifiés de monuments dont la pompe est aussi recherchée que leurs mérites sont discutables.
On n'en a pas fini avec le culte des Montmorency qui se sont surtout appliqués à s'enrichir personnellement tels des Bettencourt de la première heure, tandis que les d'Albret se contentaient d'essayer d'être des princes bénéfiques pour leur royaume et envers leurs sujets. Quels loosers !



lundi 24 janvier 2011

La "Marie Stuart" de Catherine de Médicis

Dans "La reine Margot" d'Alexandre Dumas, on peut lire ce dialogue entre le parfumeur de Catherine de Médicis et la reine-mère (commentant la prophétie de Nostradamus à propos de la "Marie Stuart" francaise) :

"- Vives honorata, dit René, morieris reformidata, regina amplificabere.

- Ce qui veut dire, je crois :
Tu vivras honorée, et elle manquait du nécessaire, la pauvre femme ! Tu mourras redoutée et nous nous sommes moqués d'elle. Tu seras plus grande que tu n'as été comme reine, et voilà qu'elle est morte et que sa grandeur repose dans un tombeau où nous avons oublié de mettre même son nom.

- Madame, Votre Majesté traduit mal le
vives honorata. La reine de Navarre a vécu honorée, en effet, car elle a joui, tant qu'elle a vécu, de l'amour de ses enfants et du respect de ses partisans, amour et respect d'autant plus sincère qu'elle était plus pauvre.

- Oui, dit Catherine, je vous passe le
tu vivras honorée mais morieris reformidata, voyons, comment l'expliqueriez-vous?

- Comment je l'expliquerai ! Rien de plus facile :
Tu mourras redoutée.

- Eh bien, est-elle morte redoutée ?


- Si bien redoutée, madame, qu'elle ne fut pas morte si Votre Majesté n'en avait pas eu peur. (...)"



Ce personnage qui joua un rôle de premier plan dans la France du XVIe siècle et qui ne figure pas dans les manuels scolaires parce que c'est une femme, mourut dans des circonstances mystérieuses quelques semaines avant la Saint-Barthélémy.
Selon les protestants, elle aurait été empoisonnée par Catherine de Médicis, ce que contestent de toutes leurs forces les catholiques. Actuellement, nous ne pouvons plus le vérifier attendu que son corps a disparu tout de suite après sa mort.
De qui s'agit-il ?

mercredi 29 septembre 2010

Catherine de Bore, évadée


Un personnage et non des moindres va s'opposer fermement à l'idée de la virginité comme étant la plus haute sur l'échelle des vertus et, à l'opposé des catholiques, y placer le mariage.
C'est Martin Luther.
Son opinion sur la question, transcrite dans ses ouvrages qui s'imprimaient à la vitesse de l'éclair et passaient de main en main dans toute l'Europe, fut vite connue de tout le monde, religieuses des couvents compris.
Les femmes y ont alors vu là le signal d'un changement de leur condition et ont cru que le bout du tunnel se rapprochait.

Certaines jeunes ou moins jeunes femmes placées de force dans ces abbayes et ces cloîtres qui les condamnaient à la virginité éternelle, étant, pour la plupart d'entre elles, celles dont on s'était débarrassé pour ne pas avoir à payer de dot pour leur mariage, organisèrent leur fuite et prétextèrent de la "nouvelle opinion" pour rompre leurs voeux.
Ce fut le cas de Catherine de Bore, nom francisé de Katharina von Bora, qui s'enfuit de son couvent avec ses compagnes, cachées dans des tonneaux à poissons.
C'est à Pâques de l'année 1523, qu'un voiturier venant livrer du poisson à l’abbaye cistercienne de Nimbschen cache sans le savoir ou en le sachant, Katharina et onze de ses consœurs dans des caques de poisson et les fait franchir les portes de l’abbaye. Des complices extérieurs attendent les évadées et leur permettent de trouver des refuges. À Wittenberg, Katharina est hébergée par Barbara Brengebier, épouse du peintre Lucas Cranach. C'est là que Catherine va rencontrer son futur époux : le moine excommunié Martin Luther en personne !
Au dire d'Erasme, beaucoup de religieuses firent de même aux Pays-Bas. En France, l'abbesse de Tournay Marie d'Entière fut aussi du nombre. Il y en eut bien d'autres dont le nom n'est pas parvenu jusqu'à nous.
À l'instar de la Révolution francaise et de la Commune, le temps de la Réforme a représenté un moment charnière de l'histoire capable de communiquer aux femmes l'espoir d'un changement notable de leur condition.
L'espoir fut de courte durée puisque catholiques et réformés s'entendirent au Concile de Trente pour frapper la femme d'incapacité juridique et réaffirmer par un décret qu'étant physiologiquement et psychologiquement inférieure, elle devait être tenue à l'écart des affaires publiques. Du moins Catherine de Bore n'aura pas connu ce Concile qui eut lieu bien après la mort du couple.

samedi 14 août 2010

Les regards au XVIe siècle selon que vous êtes une femme ou un homme : la famille De Mucheron



Dans ce portrait de la famille De Mucheron du peintre flamand Cornelis de Zieeuw, la règle des regards est encore plus flagrante. Hormis le fait que les membres de la famille sont strictement divisés dans l'image selon le sexe : les hommes à droite dans la configuration spatiale réelle (à g. sur le tableau) et les femmes à gauche, la position dans l'espace réelle comptant plus que celle obtenue en la restituant sur une toile (à la différence d'aujourd'hui où ce serait la position dans l'image qui compterait), tous les membres masculins à part le plus petit tout en bas du tableau, regardent le peintre bien en face en commencant par le père de famille, tandis que les filles jusqu'à la plus petite en bas du tableau à gauche, baissent complètement ou sensiblement les yeux, effleurent à la grande rigueur le visage du peintre sans le regarder vraiment, avec, pour commencer, la mère de famille qui NE REGARDE PAS du tout le peintre.
Afin de pouvoir mieux distinguer le phénomène, je vous invite à cliquer (2 fois = zoom) sur le tableau et à vous promener dans l'image, ou encore à cliquer ici où l'on peut obtenir un agrandissement à 200% et étudier chaque visage l'un après l'autre.

La femme du peintre de la cour d'Angleterre


Et du côté des non-reines ?
Elles baissent les yeux ainsi que la la tête.
Ce portrait est celui de l'épouse de l'admirable, certes, en tant que peintre même indubitablement, Hans Holbein le Jeune, le même qui peignit trois des six épouses d'Henri VIII. Néanmoins, au vu de ce portrait, il est légitime de se demander quel rapport il pouvait bien entretenir avec sa femme. A l'instar du roi, un rapport de maître à sujet, dirais-je.
Je rappelle que ceci n'est pas une photo, prise par hasard au mauvais moment avec un modèle contrarié parce que débordé, mais d'une peinture qui a nécessité une ou plusieurs esquisses, le report de l'esquisse définitive sur une toile, et encore de longues heures d'applications de couleurs difficiles à préparer et qui sèchent lentement, demandant ainsi à y revenir des jours durant et à y travailler sans relâche.
Cette Mater Dolorosa n'a pas trop l'air de respirer le bonheur conjugal et son mari s'applique à restituer cette souffrance avec un soin parfait doublé d'une extraordinaire conscience professionnelle !
Beau tableau, il n'y a pas à dire, mais....

mercredi 11 août 2010

Yeux baissés, regard dans le vide : les six femmes d'Henri VIII



Yeux (humblement) baissés : Catherine d'Aragon par Michel Sittow




Regard fixe dans le lointain : Anne Boleyn par Lucas Horenbout





Regarde ailleurs : Jeanne Seymour par Hans Holbein le Jeune




Yeux (chastement) baissés : Anne de Clève par Hans Holbein le Jeune



Catherine Howard (qui réussit la prouesse de baisser les yeux avec un regard hautain !) par Hans Holbein le Jeune




Regard perçant le vide : Catherine Parr par Guillaume Scrots


Je n'ai pas placé ici de portraits parfois plus connus, notamment d'Anne Boleyn, mais dont on ne serait pas sûr de l'auteur, car mon propos est de montrer que ces six reines-là, contrairement aux trois autres présentées précédemment, ont toutes été peintes par un homme et, donc : ne lèvent pas les yeux sur lui.

Qui regardent-elles ?





Si les deux premiers portraits doivent rester pour toujours affublés des mentions "attributed" et "unknown painter", leurs modèles ont, sans le moindre doute, regardé la personne qui les a peintes. Comme Elisabeth Ire avec Levina Teerlinc.
Ce n'est pas le cas des autres reines britanniques avec leurs portraitistes avérés masculins pour la même période (entre 1500 et 1550). À suivre...

lundi 9 août 2010

Le tableau mystère

Je suis très intriguée par ce tableau qui ressemble beaucoup à celui de Levina Teerlinc et qui est attribué à un certain Maître John (on ne peut pas faire plus anonyme comme nom de maître anglais !)
Non seulement, on ne sait pas de qui il est mais on ne sait pas qui c'est ! Jusqu'ici on a prétendu qu'il représentait Jane Grey mais en même temps on le date de 1540, époque à laquelle Jane Grey aurait été âgée de 3 ou 4 ans. Parfois on le date de 1544. Là elle aurait eu 8 ans. Depuis peu on se demande s'il ne s'agit pas plutôt de Catherine Parr, la dernière femme de Henri VIII, une reine qui, contrairement à Jane Grey a échappé au billot.
MAIS moi, ce que je me demande, c'est pourquoi on ne l'attribue pas à Levina Teerlinc ! Elle était toujours et encore portraitiste à la cour d'Angleterre aussi bien sous Catherine Paar que sous Jane Grey, sans parler du criant air de famille de ces deux tableaux !
Mais cela semble bien difficile, dans le doute, d'attribuer une oeuvre à une femme car un portrait en médaillon représentant Catherine Parr est tantôt attribué à Levina Teerlinc (que j'ai trouvé orthographiée Lievine Teerlink), tantôt à quelqu'un d'autre. Pourquoi ne peut-on, s'il ne s'agit que "d'attribuer", le faire une fois pour toute à la peintresse officielle de la cour correspondant à l'époque ?
J'aimerais qu'un historien de l'art de sexe masculin se donne la peine ici de venir éclaircir cet épais et douteux mystère, pour l'édification de tous.
Merci d'avance.





Premier portrait : portrait supposé de Jane Grey par un certain "Master John" (attribué).
Deuxième portrait : Elisabeth Ire âgée de 13 ans par Levina Teerlinc.

jeudi 5 août 2010

Pernette du Guillet, pimpante poétesse


Lyon est donc au début du XVIe siècle, un important centre intellectuel. L’école poétique lyonnaise, regroupant notamment Maurice Scève et Louise Labé, constitue un moment essentiel de l'histoire littéraire entre Marot et la Pléiade.
Née à Lyon en 1520, Pernette du Guillet reçoit une éducation soignée, parlant l’italien et l’espagnol. A seize ans, elle est l’élève de Maurice Scève et l’inspiratrice de son recueil "Délie", objet de plus haute vertu. Mais l’amour entre eux se révèle impossible, Pernette étant promise à M. du Guillet qu’elle épouse en 1538.
Elle meurt à 25 ans, le 7 juillet 1545, emportée par une épidémie de peste. A la demande de son mari, l’érudit Antoine du Moulin examine les feuillets où elle consignait ses poésies et les fait éditer dans leur confusion originelle, sous le titre de :

Rymes de gentille et vertueuse dame Pernette du Guillet, lyonnaise, Lyon, Jean de Tournes, 1545.

Comme je ne sais laquelle choisir de ses rimes car elles sont toutes pimpantes et sautillantes comme dut l'être Pernette, j'ai copié la plus rigolote, bourrée de jeux de mots, que voici :

A un sot rimeur, qui trop l'importunait d'aimer

Tu te plains que plus ne rimasse,
Bien qu'un temps fut que plus aimasse
À étendre vers rimassés,
Que d'avoir biens sans rime assez :
Mais je vois que qui trop rimoye
Sus ses vieux jours enfin larmoye.

Car qui s'amuse à rimacher
À la fin n'a rien à mâcher.

Et pource, donc, rime, rimache,
Rimone tant et rime hache,
Qu'avecques toute ta rimaille
N'aies, dont tu sois marri, maille :
Et tu verras qu'à ta rimasse
Comme moi feras la grimace,
Maudissant et blâmant la rime,
Et le rimasseur qui la rime,
Et le premier qui rimona
Pour le grand bien qu'en rime on a.
Et tu veux qu'à rimaillerie
Celui qui n'aura maille rie ?

Je te quitte, maître rimeur,
Et qui plus a en sa rime heur,
En rime lauds, en rime honneurs,
Ensemble tous tels rimoneurs.

jeudi 24 juin 2010

Marie de Guise et Marie de Lorraine




Après avoir été frappée par la ressemblance de ses deux tableaux et entrepris quelques recherches rapides, je me suis interrogée une fois de plus sur le traitement de l'histoire au plan du féminin. Il est impossible de ne pas penser que les historiens et les historiens de l'art témoignent d'un désintérêt infini pour les femmes du passé qu'elles aient pu être peintres ou modèles. Les personnages féminins retenus par ces "spécialistes" se sont généralement distinguées pour leurs déboires ou réussites dans la course à l'amour (Diane de Poitiers, Marie Stuart, Marguerite de Valois dite la reine Margot, par exemple) ou pour leur implication dans des événements dont on ne tient pas à se glorifier, afin de leur en faire porter un maximum la responsabilité comme dans le cas de Catherine de Médicis et de la Saint-Barthélémy. Non seulement aucune démarche de trie des oeuvres de Corneille de Lyon comme je l'ai fait précédemment en isolant les portraits féminins dont le regard est tourné vers "le" peintre, alors que l'on connaît parfaitement les conventions liées à cette pratique (il suffit de comparer avec l'oeuvre de Clouet qui n'avait pas de fille, donc aucun portrait féminin à son actif qui LE REGARDE (avant 1560, date à laquelle l'art du portrait change quelque peu)), mais aucune peine non plus n'a été prise pour déterminer les modèles peints afin de réaliser que ces deux tableaux intitulés l'un "Maire de Guise" et l'autre "Marie de Lorraine" représentent en fait une seule et même personne à savoir : Marie de Guise, duchesse de Lorraine (1515-1560), épouse après Madeleine de France (voir le 1er portrait de la liste précédente) de Jacques V d'Écosse et qui n'est quand même/autre que/rien moins que la mère de Marie Stuart.

mardi 22 juin 2010

Comment détecter la fille derrière le père ?









"La fille de" Corneille de Lyon, dont nous ne connaissons pas plus le prénom que celui de la fille d'Ange Vergèce peignait "divinement bien", mais quoi ?
Encore plus difficile à trouver que les enluminures d'Ange Vergèce fille, les tableaux de "Cornelia" de Lyon, fille de Corneille.
Selon moi, il y a de fortes probabilités que les trois derniers tableaux (de h. en b., Madeleine de France, Francoise de Longwy, la duchesse d'Estampes, Marie de Guise, la duchesse de Châtillon et Marie de Lorraine) soient d'elle. Qu'est-ce qui me fait penser qu'ils sont de la fille alors qu'on les attribue officiellement au père ?
Il faut savoir que jusqu'au XXe siècle, il y avait des conventions très strictes à observer dans l'élaboration d'un tableau lorsqu'un peintre de sexe masculin avait à exécuter le portrait d'un modèle féminin ou, comme le rapporte la grande portraitiste francaise du XIXe siècle, Elisabeth Vigée-Lebrun dans ses mémoires, entre une peintresse et un ecclésiastique. En effet, cette dernière rapporte que le regret de sa vie aura été de ne pas pouvoir peindre le pape. Mais avoir à porter, dans ses circonstances, un voile intégral ne découvrant que les yeux, l'avait contrainte à décliner l'offre.
On peut donc s'imaginer que trois-cents ans plus tôt, la règle pour un modèle féminin fut-elle l'épouse du peintre (voir les portraits d'épouses de peintres de l'époque) qui le contraignait à NE PAS REGARDER l'homme en train d'exécuter son portrait, était très stricte également et implique, de ce fait, que ces trois tableaux n'aient pu être peint par un homme mais par une femme. Et quelle femme peignait sous la houlette de Corneille de Lyon ? Sa fille.
Ces trois tableaux, même signés de lui, ne peuvent donc être de Corneille de Lyon mais peuvent très bien l'être de sa fille.

samedi 12 juin 2010



Quand on voit ce portrait d'Alexandre Farnèse, le condottiere de Philippe II d'Espagne chargé de recatholiser les Pays-bas et qui devait envahir l'Angleterre au nom du roi espagnol en même temps que l'invincible Armada, on se dit que s'il était d'un homme, on n'ignorerait certainement pas son nom.
C'est une oeuvre magistrale. L'expression du visage est d'un vivant extraordinaire. On croit quasiment avoir déjà rencontré cet adolescent. La texture du tissu semble palpable, on ressent le poids des vêtements. Les couleurs sont veloutées et chaudes. Les brillances traduites avec soin. Le choix du fond résolument noir est subtilement travaillé de sorte que le personnage ne s'y profile pas comme une image découpée. Il enfile son gant et jette un rapide coup d'oeil au spectateur comme sur une photo instantanée. Le côté gauche de la veste fourrée d'hermine indique déjà la sortie. Il passe....Admirable.
Mais il n'est pas d'un homme. Il est d'une femme.
C'est un des innombrables portraits de Sofonisba Anguissola qui a peint pour les plus grands et tout le long de sa vie (voir ci-dessous).

Cette chère Sofonisba !


Tous ces portraits et autoportraits sont de la peintresse (en anglais : paintress) Sofonisba Anguissola très connue en histoire de l'art mais, étonnant non? pas du tout du grand public ! Elle fut la première artiste italienne de toute l'histoire de la peinture qui fit une carrière véritablement internationale. Elle peignit plus d'autoportraits qu'aucun peintre en plus d'un siècle, de Dürer à Rembrandt. Ce sont d'ailleurs ses autoportraits dont émanent quelque chose d'éminement moderne qui lui conférèrent sa notoriété d'alors. Michel-Ange lui-même lui exprima son admiration.
Philippe II d'Espagne l'invita à faire les portraits des membres de la famille royale et elle y travailla pendant dix ans. Elle peignit également des scènes religieuses mais elle reste avant tout une grande portraitiste. Van Dyck la rencontra à Palerme en 1624 et fit plusieurs portraits d'elle, âgée, mais je ne les trouve guère avantageux pour ne pas dire laids..
Il écrit dans son "Livre d'esquisses d'Italie" : Lorsque je fis son portrait elle me donna des conseils concernant la lumière : elle ne devait pas tomber trop à la verticale, car les ombres des rides en seraient ainsi exagérément accentuées. Puis elle me raconta sa vie dont il ressortit qu'elle était une peintre d'après nature, exceptionnelle".
Il écrivit en dessous de l'un de ses portraits : Portrait de signora Sophonisba, dessiné d'après nature à Palerme le 12 juillet 1624, alors qu'elle était âgée de 96 ans, encore en possession d'une excellente mémoire, d'un esprit vif et amicale dans ses manières".
Elle mourut l'année suivante.

Question : pourquoi les deux portraitistes de cour, Clouet et Holbein, nous sont-ils si connus (et je ne parle que de ceux auxquels on accroche la mention "le Jeune") alors que les deux portraitistes de cour Levina Teerlinc et Sofonisba Anguissola nous sont à ce point inconnues ?

mercredi 26 mai 2010

Catharina van Hemessen

En dehors de Levina Teerlinc, on pouvait trouver aux Pays-Bas, de nombreuses femmes peintres au XVIe siècle. Surtout à Anvers. Albrecht Dürer raconte dans son "Journal de voyage aux Pays-Bas" comment il achète une enluminure à une certaine Susanna Gerhard, fille de l'enlumineur Gerhard, tant il est frappé (lui, le grand maître!) par le talent de cette jeune fille. Il ne nous reste rien de cette Susanna Gerhard, pas même l'enluminure achetée par Albrecht Dürer. On ne sait pas non plus ce que sont devenues les oeuvres de toutes ces flamandes qui ne signaient souvent pas leurs peintures. On suppose que bon nombre d'oeuvres signées par les pères ayant eu des filles pour leur succéder proviendraient d'elles. En tant que disciples, elles cédaient au maître cet honneur, sauf Catharina van Hemessen qui non seulement signait en toutes lettres mais écrivait "Caterina de Hemessen pingebat (peignit en) 1548", en surtitre de ses toiles plus un commentaire en latin. Ici : son autoportrait avec sa signature en toutes lettres et l'inscription "Beatis sua es?".