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dimanche 12 septembre 2010

Madeleine Boursette (suite)


Sur le site de l'Atelier du centre de recherches historiques
j'ai trouvé un inventaire des éditions qui se sont attelées à la tâche d'imprimer la Bible dite historiale, la "Vulgate", c'est-à-dire les premières versions en langue vernaculaire de la Bible.

Voici l'introduction de cette liste et les deux paragraphes qui citent Madeleine Boursette. Je les reproduis ici pour montrer que si ses initiales figuraient bien sur son enseigne, elle s'est gardée en tant que femme de signer de son nom la fabrication en papier imprimé du livre "sacré".

"
Les éditeurs de la Bible historiale sont connus par la présence de leur nom, de leur marque ou de leur adresse inscrits dans les ouvrages. C’est un tout petit monde parisien et lyonnais. Contrairement à ce qui a été fait pour les peintres des manuscrits, nous donnerons dans les pages suivantes les éléments biographiques de ces éditeurs - que nous ne reprendrons pas dans le Catalogue des imprimés de la Bible historiale.

(...)

[§ 50]

Madeleine Boursette

Madeleine Boursette est la veuve de François Regnault ; libraire éditeur, elle exerce à Paris entre 1541 et 1556 à la même adresse que son défunt époux, avec la même devise. Dans cette édition, son nom n’est pas mentionné mais, son époux étant mort en 1540-1541, l’adresse figurée à la page de titre renvoie implicitement à elle : « On les vend a paris en la rue Sainct Jacques a lenseigne de Lelephant devant les Mathurins » ; seul le premier volume de son édition est connu.

(...)

[§ 54]

Madeleine Boursette et Pierre Regnault

En 1543, Madeleine Boursette et son fils, Pierre Regnault, créent la première édition in-8°, plus petite et plus épaisse que toutes les autres. Seul son nom à lui est mentionné, avec une nouvelle adresse sur la page de titre, donnant également le nom de Jean Bignon : « Nouvellement imprimee a Paris, par Jehan Bignon pour Pierre Regnault ; On les vend a Paris en la rue sainct Jaques a lenseigne des trois Couronnes de Cologne, par Pierre Regnault ». Pierre exerce également dans la capitale, de 1531 ( ?) à 1552 seulement, et toujours rue Saint-Jacques. En revanche, on lui connaît plusieurs noms d’enseignes : « A l’Image Sainte Barbe », « Au soleil d’or », « A l’enseigne des Trois Couronnes de Cologne », « A l’écu de Cologne ». Sa devise diffère de celle de ses parents : « Concordia parvae res crescunt, discordia magnae dilabuntur ». Apparenté à Pierre I Regnault, libraire à Rouen et à Caen, il apparaît parfois sous le nom de Pierre II Regnault.

mercredi 8 septembre 2010

Madeleine Boursette : libraireresse, imprimeresse, éditrice*


L'emblème avec la devise "Sicut elephas sto" (Comme l'éléphant, je m'impose) fut celui de la librairie (imprimerie, édition) L'Éléphant dirigée par Madeleine Boursette, initiales M B, également lisibles sur l'enseigne, à Paris, rue St-Jacques.

Dans la même rue se remarquaient d'autres enseignes de librairesses : Le Soleil d'Or de Charlotte Guillard (v. 1480-1557) qui publia 160 titres (livres de droit romain, écrits de pères de l'Église), La Licorne de Yolande Bonhomme (morte en 1556) qui a permis à son fils, Jacques Kerver, de devenir célèbre alors que les ouvrages publiés lui ayant valu cette célébrité l'ont été en collaboration avec celle qui n'est plus, désormais, pour la postérité, que la mère de son fils.


Madeleine Boursette, veuve du célèbre Francois Regnault mort en 1541, reprend la librairie fondée par son mari et s'oriente vers la publication de poèmes dont ceux de Clément Marot et de Marguerite de Navarre. Sa fille Barbe Regnault puis sa petite-fille Madeleine Berthelin lui succèdent, permettant à l'activité de se maintenir après 1545 jusqu'en 1665 au-delà de la mort de leur mère et grand-mère.
La dynastie fondée par la librairesse Francoise Louvain perdurera plus longtemps encore. Lui succèderont sa fille Marie Langelier et sa petite-fille Francoise Patelé. Les livres sont vendus dans la cour intérieure du palais de Justice de Paris: "premier pillier de la grand'salle" (c'est l'adresse officielle). Parmi eux : les oeuvres des dames des Roches (voir Catherine des Roches), de Madesleine de Laubépine, de Marie Le Gendre et de Marie de Gournay.
A la base de cette librairie/imprimerie/édition il y a le célèbre Abel L'Angelier, philogyne notoire, qui publia un anonyme "Discours en la faveur des Dames contre les mesdisans".
La dynastie s'éteindra avec la mort de Francoise Patelé (1602-1684).
D'autres noms de librairesses nous sont parvenus : Barbe de Mascon, Jeanne Trepperel (qui publiait entre autres Christine de Pizan), Marie Atteignant, Denise de Marnef suivie de sa fille Denise Girault.
La vision des femmes de l'Ancien Régime cantonnées aux tâches domestiques dans le cadre du foyer est donc tout à fait démentie par leur présence incontestable dans la sphère commerciale.
Elles étaient fort nombreuses dans l'édition mais aussi dans le petit commerce et dans des secteurs tels que le vêtement et l'alimentation.
Mais si leurs activités dans les strates inférieures du petit commerce paraissaient tout à fait acceptées et reposaient largement sur leur initiative personnelle, leur place dans le grand commerce leur était échue avant tout pour des raisons familiales.
Yolande Bonhomme était fille d'imprimeur avant de passer le flambeau à son fils. Il en va donc de l'imprimerie presque comme de la peinture. Je dis bien presque. Car le nom de ces artisanes est du moins parvenu jusqu'à nous. Ce n'est pas le cas de ces légions de peintresses qui non seulement sont restées désespérément anonymes mais dont les oeuvres vont jusqu'à porter la signature d'un homme. Leur père, peut-être leur mari, et, pourquoi pas? leur fils. Il faut dire que le prestige de peintre se vole avec moins de scrupule que celui de libraire !
(*éditrice dans le sens de directrice de maison d'édition, c'est à dire directeure puisqu'il paraît qu'éditeur et éditrice d'aujourd'hui n'ont pas la même fonction. Je vous laisse deviner laquelle est assujettie à l'autre...).