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samedi 15 janvier 2022

Marguerite de Navarre, le retour II


 Finalement, j'ai retrouvé mon post perdu. Voilà ce qu'il disait : "il y a très longtemps que je n'ai plus posté quoi que ce soit ici et pourtant j'ai fait un certain nombre d'esquisse de posts mais je ne sais pas pourquoi je n'avais pas la motivation d'aller jusqu'à les publier.

 Il est probable que ma nostalgie du XVIe siècle m'en a empêché. J'avais commencé ce blog en traitant de ce siècle-là et puis j'ai abordé petit à petit des époques plus contemporaines mais je ne m'y suis pas vraiment sentie dans mon élément.

Peut-être qu'un bout de mon âme en traversant le temps (si on croit à la persistance d'une âme qui traverserait le temps, idée à laquelle j'hésite à croire tout à fait) est resté obstinément attaché à cette période-là, va savoir. 

En flânant sur internet, les soirs de janvier étant particulièrement longs et maussades, je suis tombée sur la bande-annonce de l'adaption cinématographique francaise de 2013 du Michael Kohlhaas d'Heinrich von Kleist, un auteur allemand bien connu. J'étais en train de consulter la filmographie de l'actrice Roxane Duran dont le visage m'évoque le mien, plus jeune, ce qui me trouble toujours un peu, j'ai alors lu qu'elle avait interprété le personnage de Marguerite de Navarre. Comme le film dans lequel ce rôle intervenait, portait le nom d'une nouvelle qui, je le savais, était censée se passer en Allemagne et même à Berlin nommé alors Cölln ainsi qu'ailleurs dans la Saxe, par exemple à Wittenberg, la ville de Luther, je me suis demandée ce que venait faire Marguerite de Navarre là-dedans. Je suis allée sur la page Wikipédia du film de Arnaud des Pallières pour en lire le synopsis. J'ai été surprise d'y apprendre que Marguerite de Navarre qui, je le savais pour avoir lu tout ce qui est parvenu jusqu'à nous sur le personnage, était une femme extrêmement empathique, soucieuse du peuple et de ses souffrances, devenait subitement une princesse impitoyable et même violente, n'hésitant pas à renvoyer au personnage principal, un homme du peuple, sa femme sous forme de cadavre sanguinolant. Je me suis interrogée sur le pourquoi d'un portrait aussi faux qu'horrible. Il y était mentionné que la co-scénariste s'appelait Christelle Berthevas et se faisait interviewer sur youtube à propos de l'adaption du Michael Kohlhaas livresque.

L'affaire est simple : Christelle Berthevas souhaitait "ramener des personnages féminins" parce qu'il n'y en avait pas dans le roman de Kleist. Cela part donc d'un bon sentiment et je ne peux que m'en réjouir. Elle a fait l'impasse sur les enfants mâles de Kohlhaas qui en avait plusieurs et fait porter le rôle de sa descendance par une petite fille qui personnifie du coup l'avenir du héros dont la vie s'achève brutalement. Excellente idée.

Mais elle ne dit rien du tout sur son choix de la reine Marguerite de Navarre, néanmoins il est facile de deviner dans les blancs ce qui s'est passé. En situant l'action en France, elle s'est simplement servie du nom d'une princesse d'époque pour remplacer le prince allemand de l'oeuvre de Kleist qui est d'ailleurs basé sur un fait divers lui-même abondament dénaturé par son auteur. Ce que les deux scénaristes ont maintenu de l'histoire, est que nous sommes en 1540 et en 1540, il y a Marguerite de Navarre qui respire quelque part en France.

 Les bios de princesses n'étant pas enseignées, il nous reste les reines Catherine de Médicis et Marie-Antoinette, celles des grands troubles et bouleversements, guerres de religion pour l'une et Révolution pour l'autre, traînées dans la boue et diffamées à tout va et à qui on a un peu collé la responsabilité des bouleversements en question. Du coup, tout le monde a l'image plus ou moins inconsciente de femelles de haut rang: princesses, dauphines, reines ou duchesses super injustes et cruelles. Quoi de plus image d'Épinal franco-francaise que celle-là.

 On veut féminiser les vieilleries littéraires trop machistes sans se rendre compte que l'on perpétue la misogynie autrement, je veux dire non parce que les femmes de pouvoir ne seraient jamais méchantes mais parce que l'on ne soucie pas de la personne féminine dont on a emprunté le nom. Pas un instant. Parce qu'il faut divertir. Parce qu'il ne faut pas approfondir les choses et que de cette facon, on rend toujours HOMMage aux hommes mais jamais aux femmes.

Marguerite de Navarre mériterait que soit dédié un film à son extraordinaire courage, sa grande popularité et sa profonde bienveillance. J'ajouterais que dans le passé de la France, il y a bien des réhabilitations à faire au féminin.

Mais pour cela, il faudrait cesser d'utiliser les grandes femmes de l'HIStoire comme stéréotype, prête-nom voire comme simple cintre de robes à vertugadin". 

 

 


Marguerite de Navarre, le retour

 Bon ben voilà.


Je voulais publier un nouveau post et je l'ai effacé sans faire exprès en voulant mettre cette vidéo:

Il était question du film Michael Kohlhaas de 2013 avec Roxane Duran dans le rôle de Marguerite de Navarre, cette reine écrivaine dont j'ai beaucoup parlé sur ce blog.

Pour ne pas anéantir à nouveau mon travail, je vais essayer de ne pas effectuer trop de manipulations à base de liens et autres. Cela ne me réussit pas.

Je voulais exprimer ma stupéfaction de voir Marguerite de Navarre qui devrait être suffisamment célèbre pour que cela ne lui arrive pas, être utilisée pour "ramener des personnages féminins" dans le récit comme le dit la co-scénariste du film.

Il s'agit de l'adaptation ciné d'une oeuvre de Heinrich von Kleist, un écrivain très connu en Allemagne qui s'est servi en son temps d'une histoire réelle avec laquelle il a pris un certain nombre de libertés hormis sur l'époque et le lieu: le début du seizième siècle en Allemagne.

Les scénaristes du film en ont fait un "Schinken" comme on dit chez moi, c'est-à-dire un film à costumes avec épées, cavaliers et décapitations, à savoir un divertissement pour amateurs de brutalités de l'Ancien Régime. 

Que fait la reine de Navarre là-dedans ? C'est simple. Il n'y a pas de personnages féminins dans le roman original. C'est une histoire de mecs. Alors on met des femmes. Or l'action ne se déroule plus du tout en Allemagne ! Elle se déroule en France où le droit pourtant devait être catégoriquement différent, En effet, c'est le droit normalement allemand qui y joue le rôle principal puisqu'un homme du peuple allemand y cherche à faire valoir ses droits contre l'arbitraire criminel d'un baron allemand.

On aime bien les histoires de lutte des classes mais de préférence, celles du passé sans toutefois se préoccuper de détails aussi dérisoires que le pays où cela se passe même si cela change tout du point de vue de l'historicité. 

Donc il fallait des personnages féminins et puisqu'on s'en tient quand même aux personnages existants à la même époque en France, on prend la reine de Navarre au lieu du prince électeur de Saxe, je crois, qui était apparemment un personnage sans pitié pour le bas-peuple, TOUT LE CONTRAIRE de Marguerite de Navarre mais qu'importe. J'ajoute que la reine de Navarre est déjà âgée proche de la cinquantaire mais, là aussi qu'importe, une fille de vingt ans c'est plus vendeur.

Le cinéma ne cherche pas à informer mais à plaire au dépend de la vérité et à promulguer une forme de pensée "moderne". Dans le film, le personnage qui veut faire valoir ses droits, les obtient mais, en même temps, il est tué. Le message que l'on fait donc passer est le suivant : ne vous rebellez pas contre la classe des très puissants même si celle-ci "ramène des personnages féminins" . Vous aurez peut-être gain de cause mais vous serez en même temps assassiné.

Juste petit clin d'oeil de fin quand la fille du héros qui remplace les garcons de l'histoire originale "pour-ramener-du -féminin" est assise par son père sur le cheval récupéré au prix de sa vie : vos enfants en profiterons, allez. Enfin peut-être. On ne sait jamais.

mardi 24 juillet 2018

Proserpine (actualisée)

Pour revenir à mes anciennes amours : les contes, les mythes et les rites pré-patriarcaux, je publie un extrait de "Pierre Nozière", 1885, d'Anatole France*, tiré d'un chapitre consacré à la ville de Vernon et à sainte Noflette morte au 1er siècle (en 638) :

"[En ce temps-là] ... des tableaux votifs étaient suspendus avec des images aux branches des chênes sacrés. Les humbles dieux des paysans ne s'étaient pas tous enfuis devant le signe de croix et l'eau bénite. (...).
Il fallut beaucoup d'exorcismes pour chasser ces menues divinités. Il subsiste encore aujourd'hui, aux environs de Vernon, quelques vestiges des cérémonies paiennes. La veille du dimanche des brandons, les habitants des campagnes se rendent le soir dans les champs et se promènent sous les arbres avec des falots en chantant quelque vieille invocation. Fidèles sans le savoir à Cérès, leur mère, ces bonnes gens reproduisent ainsi d'antiques mystères et figurent d'une manière encore reconnaissable la déesse qui cherchait sa fille Proserpine à la lueur des feux de l'Etna. Je rapporte les faits sur la foi de M. Adolphe Meyer, le savant historien de la ville de Vernon".

Dans la représentation du Blanche-Neige et les sept nains" de Walt Disney, Cérès est une affreuse belle-mère (la "véritable" mère étant morte... exécutée par la patriarchy ?), femme stérile (il ne faut pas stigmatiser la maternité, quand même !) transformée par elle-même et par magie en la plus hideuse des vieilles et qui cherche sa BELLE-fille Proserpine pour la supprimer (justement parce qu'elle est belle, la valeur humaine des femmes se réduisant désormais à leur beauté donc à leur jeunesse).
                                            (traduction : "prends une bite")

N'est-ce pas l'allégorie de la patriarchy cherchant à supprimer le printemps ?
La patriarchy  sous les traits d'une femme qui empoisonne les pommes et veut mettre fin aux cycles naturels parce qu'ils ne se soumettent pas à sa domination ?
La père-version du mythe de Cérès et Proserpine fait des femmes entre elles, des ennemies mortelles et des hommes, les gardes du corps féminin fécondable. Un chasseur, sept nains, un prince, neuf mecs pour soustraire une jeune fille à une domination féminine. Ok, la fille qui veut échapper au matriarcat doit faire la bonniche pour huit personnes et s'occuper de l'hygiène de mâles pourtant adultes mais n'est-ce pas là son rôle "naturel", poils aux aisselles ?
Et c'est la femme pas jeune que l'on fait passer pour la cannibale de service, mangeuse de coeur humain (alors que dans la mythologie grecque c'est le vieillard Saturne qui dévore son fils). De plus, telle l'industriel Monsanto, elle va jusqu'à empoisonner les pommes.
Le patriarcat invente la mère qui cherche sa fille non parce qu'elle veut la ramener de l'empire des morts où UN HOMME l'a emportée mais parce que c'est elle qui veut sa mort. Ainsi l'homme camoufle le meurtre que lui même a accompli.
Diffamation des femmes.
Le père-vers s'est fabriqué une fausse coupable.
L'enlèvement de Proserpine par Vulcain, divinité souterraine masculine, et représentation du Vieil Hiver, est rayé de la narration. Vulcain est éclaté en sept inoffensifs petits vieux réduits à de gentils hébergeurs d'une adolescente en fuite pour cause de problèmes familiaux générés par la seule mère illégitime "affreusement" dominatrice (une sorcière, quoi).


Mais l'empire industriel Disney est récent. On apprend par Anatole France, qu'avant les deux guerres mondiales qui ont décimé à 90% et intentionnellement la paysannerie pour consolider l'installation de la première industrialisation, il subsistait un culte à Cérès ! Le massacre de la paysannerie l'aura plus efficacement éradiqué que l'Église.
D'ailleurs d'Anatole France nous tenons cette citation : "on croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels" dont l'industriel Disney qui assurait la propagande guerrière.
Pendant toute la durée de la 2e GM, la fabrique Disney a produit plus de 68 heures de films.
Le père-vers qui domina le siècle des guerres mondiales adorait, tiens donc, le "Blanche-Neige" de Disney. Mais Blanche-Neige, , elle commence à en avoir vraiment par-dessus le ruban à noeud-noeud.
Actualisation du 25.7.18 : j'ai appris hier la mort d'Oksana Chatchko, co-fondatrice de Femen et pour moi la meilleure de ce mouvement hétéroclite.
Cela me rendait heureuse de savoir qu'elle existait et sa mort m'émeut terriblement. Cette disparition plus que soudaine représente une perte énorme pour le féminisme.


Oksana était comme le retour du printemps. La divine, divinité, déesse Oksana Chatchko a été comme Proserpine enlevée par le machisme et conduite dans le royaume des mortes d'où elle ne reviendra jamais, comme disparaît le printemps tué par l'industrie et les industriels.

Rest in Power.

*À propos d'Anatole France, je précise que je ne le considère pas du tout comme un auteur pro-féministe, bien au contraire. Il est misogyne, infatué et bigot. Mais les plus grands phallocrates peuvent laisser entrevoir sans le faire exprès dans leurs écrits ce monde qu'ils ont détruit, la manière dont ils l'ont détruit et à quoi il ressemblait AVANT. 
Comme par nostalgie.
 


mercredi 14 mai 2014

Alice Guy, le premier réalisateur qui ait jamais existé






Bien que je vienne de passer une demi-heure à tenter de mettre cette photo sur mon blog tellement il rame, je ne voulais pas laisser passer son presque anniversaire (bientôt quatre ans !) sans parler du festival de Cannes puisque
c'est à cette occasion que je l'ai commencé en 2010.
Pourquoi ai-je écrit "réalisateur" ? Réponse : pour signifier qu'Alice Guy n'est pas la première femme à réaliser un film (sinon j'aurais écrit "réalisatrice") mais la première personne au monde à avoir réalisé (et produit) un film. Comme pour les premiers dessins dans les grottes, comme pour les premières partitions de musique, peut-être même comme pour la roue, le feu et la majorité des inventions humaines, on dirait que ce sont les femmes qui inventent après quoi les hommes dominateurs, envieux et vexés dans leur orgueil, les poussent dans un ravin pour prendre leur place. Puis ils leur interdisent soit par décret soit par des moyens indirects, en les ignorant par exemple, comme on peut le voir au festival de Cannes depuis soixante ans, d'avoir une place créatrice dans la société, d'être célébrée et de voir ses oeuvres diffusées.
Jamais nous n'avons droit à une retrospective d'oeuvres féminines cinématographiques, et
certainement pas des films d'Alice Guy. Pendant que Fritz
Lang en fait l'objet régulièrement.

(J'ai découvert l'existence d'Alice Guy par l'intermédiaire de RFI : émission du 14.5.2014 "Autour de la question" (je crois) "Les femmes (sic) réalisatrices").

vendredi 16 août 2013

Molly Brown, suffragette et rescapée du Titanic

 
(...) Embarquée dans le canot de sauvetage numéro 6, qui pouvait accueillir 65 personnes, aux côtés de seulement 24 femmes et 2 hommes, Molly Brown, vêtue d'un deux-pièces en velours noir, a tenu tête au maître de manoeuvre Robert Hichens. Celui-ci, craignant que les survivants en détresse, pris de panique, ne fassent chavirer le canot, refusait de retourner sur les lieux du naufrage. (...). Et quand Hichens a pris pour une étoile filante une fusée lumineuse lancée par un bateau qui venait à la rescousse des naufragés, elle l'a menacé de le jeter par-dessus bord (sans toutefois employer de pistolet, comme dans le film de 1964 qui porte son nom). Après avoir pris le commandement de l'embarcation, elle a ordonné aux femmes de ramer et a conduit tout le monde en lieu sûr. Molly Brown a ainsi fait preuve d'un courage extraordinaire.
Née Margaret Tobin à Hannibal, au Missouri, en 1867, elle a un jour quitté son village pour se rendre à Leadville, une municipalité du Colorado en plein essor. (...) Elle y a fait la rencontre de James Brown, un prospecteur de 13 ans son aîné, à la faveur d'un pique-nique paroissial. Elle l'a épousé en 1886, sept ans avant qu'il trouve de l'or dans la Little Jonny Mine et commence à édifier sa fortune, qui allait atteindre 5$ millions.
Molly a beaucoup voyagé en Europe, souvent en compagnie de son fils, Lawrence, de sorte qu'elle maîtrisait plusieurs langues. Après le naufrage du Titanic, (...) Molly Brown a amassé des fonds pour les survivants non fortunés. Elle a également lutté aux cotés d'Alva Belmont pour que le droit de vote soit accordé aux femmes  Elle est décédée d'une crise cardiaque en 1932.

(Source). Lire aussi l'entrée de Wikipédia très complète et très documentée (et faite avec plus de finesse que ce résumé). Cliquer sur le nom "Molly Brown" en haut de page.  

Edith Bowermann dont je parle ici, fut aussi une suffragette rescapée du Titanic et se trouva également dans le canot de sauvetage n°6 dont Molly Brown prit le commandement.

Une comédie stupide a été créée d'après cette histoire du Titanic. Elle s'appelle "L'insubmersible Molly Brown" en anglais et "La reine du Colorado" (?) en français dont le synopsis débute comme suit sur cinefil.com : Une jeune orpheline élevée par un trappeur, est un véritable garcon manqué. Mais la petite sauvageonne a beaucoup de volonté, et décide de devenir une dame distinguée. Elle trouve un travail de serveuse dans un bar, ou elle fait la connaissance d'un garçon qu va bouleverser sa vie.... (La bande-annonce est ici).


The Unsinkable Molly Brown.jpg
(Une femme courageuse est un sujet de moquerie perpétuel pour la mâlitude).

jeudi 7 février 2013

Des nouvelles du Festival de Cannes

Des nouvelles du Festival de Cannes 2013 : Jane Campion (première et seule femme à ce jour à avoir reçu magnanimement la palme d'or du grand concours de machos du cinéma au cours de 65 ans de festivals) présidera le Jury des...

COURTS  MÉTRAGES !


Décidément, ces messieurs sont trop bons !


Merci bawna !



(A l'heure actuelle Gilles Jacob et Thierry Frémaux, les impartiaux décideurs qui ne choisiront jamais des femmes parce qu'elles sont femmes, hein, car ils se fichent du sexe c'est le talent qui compte et, oh hasard malheureux pour ces dames, ils n'en ont trouvé aucune de talent, mais c'est pas exprès hein... pas du tout, il faut vraiment être mesquin.e pour le penser......sont toujours au commande).

Hieronymus Bosch >> stylo >> Deux chefs Caricaturé

                                    ("Deux chefs" : Hieronymus Bosch)

mercredi 30 janvier 2013

Lady Katherine Ferrers, la "dépravée"

Les conditions économiques dans l'Angleterre du XVIIe et du XVIIIe siècle devaient être bien dures pour les femmes car il semble qu'une pléthore d'entre elles eut recours à la délinquance pour leur survie du moins beaucoup sont passées à la postérité comme hors-la-loi. 
En ce qui concerne celle dont j'ai parlé précédemment, il apparaît que ce sont deux femmes bien distinctes l'une de l'autre. Mary Frith qui se costumait en homme et fumait (il existe un article très intéressant sur elle et digne d'avoir été écrit par Genre ! mais malheureusement pas en français) et Moll Flanders qui volait exceptionnellement déguisé en homme et qui ne fumait pas.
L'une qui connaissait ses parents, l'autre qui ne fit la connaissance de sa mère qu'après l'un de ses mariages.

File:Katherine Ferrers.jpg

L'une de ces hors-la-loi anglaises laissa son nom dans les annales comme bandite de grand chemin sous le nom de lady Katherine Ferrers, parfois lady Caroline Ferrers. 
Seule héritière à 14 ans des biens de sa famille dont les membres décédèrent brutalement, mariée par un parent à un homme qui mourra à la guerre ou prisonnier, lady Katherine Ferrers (v. 1634-1660), restée seule sans protection ni soutien, devint, dit-on, une bandite de grands chemins et décéda de ses blessures suite à un échange de coups de pistolets.Elle était alors âgée de 36 ans.
Entre temps, elle aura commis pas mal de larcins, brûlé des maisons et même tué un représentant de la loi. Ceci d'après la légende. Sur le wikipédia anglais (il n'y a rien en français sur elle), le bien-fondé de son surnom de "dépravée" qui lui a été attribué après sa mort est largement remis en question.
Il y est constaté que la romancisation, l'exagération et l'interprétation ultérieures de l'histoire de certaines célèbres hors-la-loi féminines anglaises empêche complètement de démêler à postériori le vrai du faux.
Il dit même que la période de sa vie se situant lors de la grande guerre civile britannique, il n'y aurait rien eu d'extraordinaire à ce que cette dame se soit travesti en homme et ait hanté la nuit à cheval et masquée l'étendue de ses propres propriétés pour tomber à l'improviste sur des pillards. 
 
CELA N'EMPÊCHE PAS QUE LA POSTÉRITÉ AIT ACCOLLÉ À SON NOM LE QUALIFICATIF DE DÉPRAVÉE.
Si bien que depuis des films intitulés "The wicked lady" (La dépravée) ont été tournés à plusieurs reprises inspirés soi-disant de sa vie.


En 1945, "The Wicked Lady", rebaptisé en francais "Le masque aux yeux verts" fut tourné par Leslie Arliss (non ce n'est pas une femme). On y suit l'héroine principale tout au long de l'intrigue avec le désir croissant de la voir enfin punie pour ses crimes que l'on ressent comme d'autant plus abjects que l'on a l'impression de voir au fond d'une âme vraiment dépravée se servant d'une apparence toute autre. C'est bizarre que l'on ne voie pas plus souvent ce genre de traitement fait à des héros masculins...En voit-on au juste ? Le deuxième film est un remake du premier (imagination masculine oblige), tourné en 1982 et s'appelle "The Wicked Lady" ("La Dépravée" est le titre francais (ou "La Canaille")). Le rôle est interprété par Faye Dunaway.

On attend toujours les films qui s'intituleraient "Le Dépravé", "L'amoral", "L'avili", "Le corrompu", "Le crapuleux", "Le débauché", "Le dénaturé", "Le dévergondé", "Le dissolu", "L'égaré", "L'immoral", "Le luxurieux", "L'orgiaque", "Le pervers", "Le perverti", "Le vénal", "Le vicieux", "Le vil".
Vainement, sans doute.
En tout cas en ce qui nous concerne, nous, les femmes, ne vous gênez pas les gars, hein !

lundi 28 janvier 2013

De Marie Coupe-bourse à Marie Lèche-bourse (en quelque sorte)

Grâce à Tania et ces précieuses indications sur l'oeuvre de Daniel Defoe, voici des nouvelles fraîches de la manière dont Marie Coupe-bourse a été digérée avec succès par la culture machiste.
Tout juste publiées à peu près cent ans après sa mort, les Mémoires de Marie Coupe-bourse sont revues et corrigées par le romancier britannique Daniel Defoe sous le nom de The Fortunes and Misfortunes of the Famous Moll Flanders (Heurs et malheurs de la fameuse Moll Flanders).
Deux siècles plus tard, son roman est adapté au cinéma. En 1965, Marie Coupe-bourse devient une sorte de Fifi Brindacier adulte habillée en satin vert avec des collants rouges. Extrait du film "The Amorous Adventures of Moll Flanders" avec Kim Novak dans le rôle principal, à voir ici : Moll Flanders en héroïne de slapstick.
Car avec Daniel Defoe et ses admirateurs, exit la femme qui défie les enquêtes de police  !
Dans la bande-annonce de l'un des films sortis en 1996 (l'autre est ici mais je ne sais pas s'il est mieux (je ne crois pas)) "Moll Flanders ou les mémoires d'une courtisane" de Pen Densham, Moll Cut Purse, la voleuse, la comédienne, la truculente est devenue une quoi ? Une courtisane.

Cela nous rappelle les poétesses de la fin du XVe siècle et du début/milieu du XVIe comme, entre autres, Louise Labé, qui se sont vues vite fait ravaler au rang de courtisanes sans autre valeur que d'avoir eu "l'honneur" d'avoir peut-être bien prêter/vendu leur jeune postérieur à la lubricité de vrais "hommes de talents", what else ? En 2007, Ken Russel a tourné une nouvelle version de Moll Flanders avec Lucinda Rhodes-Flaherty dans le rôle de Moll Flanders. Mais surtout pas d'après les Mémoires de Moll Flanders,elle-même. Qui cela étonne?
Alors à quand une réimpression des véritables mémoires de Moll Flanders, mesdames les éditrices (s'il y en a) ?
Parce que d'après la prose de notre héroïne, on dirait qu'elle s'est plutôt bien amusée à pratiquer des activités hors-la-loi et son ton respire une complète liberté. Un film sur elle devrait alors mettre en scène un personnage à la manière de Thelma et Louise, le film dont j'ai visionné la DVD ce weekend (clouée au lit que je suis par le même virus qu'il y a un mois. Saperlotte !), et pas à la derviche tourneuse que l'on voit dans cette affligeante bande-annonce qui sent son drame dramatique à plein nez. (Ici la bande-annonce en français encore plus inaudible qu'en anglais quand on sait que cette femme (la "création" de Defoe) n'a rien à voir avec le vrai personnage de Moll Flanders qui n'a jamais été une courtisane).

Ajout du 29 : la culture machiste consiste à ne jamais présenter l'oppression des femmes par les hommes comme une réelle injustice humaine et sociale mais à la présenter comme fatale, romantique, érotique et un excellent sujet de drame, de comédie ou de tragi-comédie.
Dans ce contexte, une figure de femme affranchie ne doit jamais être présenter comme telle. Présenter une femme affranchie comme affranchie, c'est reconnaître qu'il y a oppression. La femme libre doit donc être présenter comme essentiellement victime/bénéficiaire de sa beauté. Ce doit être une femme que les circonstances ont desservi mais qui, ayant un corps jeune et beau, a toujours un moyen de s'en sortir. Vous voyez lequel. Ce n'est pas une femme libre, donc, mais une femme immorale par nécessité. On sous-entend que la femme étant plus ou moins débridée sexuellement de nature, elle ne répugne pas à se servir de ce corps pour s'en sortir et y trouve même quelques plaisirs "coquins".
Fantasme d'homme.
Tout autre moyen plus "masculin" que cette figure aurait employé à sa survie est traité de manière anecdotique et réductrice.
En réalité, la vraie Moll Flanders a une énergie de vie fantastique et aucune peur des risques et pourtant le risque essentiel pour elle est la pendaison à laquelle elle échappe quasi par miracle.
Elle a un nombre impressionnant de vol et larcins à son actif et s'est constitué par ce biais une véritable petite fortune. 
Moll Flanders est une vraie rebelle, avec des côtés sombres et des côtés brillants. Voleuse, manipulatrice et comédienne hors pair, si elle cherche à plusieurs reprise une sécurité matérielle par le biais du mariage, elle finit toujours par épouser des hommes qui lui plaisent même s'ils ne sont finalement pas forcément aussi riche qu'elle l'aurait souhaité. Le plus gros choc de sa vie fut de découvrir (pour l'un de ses maris) qu'elle avait épousé son propre frère ! À propos du mariage, elle explique aussi très bien avec exemples à l'appui comment le système de son époque piège les femmes. De ce point de vue, ses Mémoires sont un excellent témoignage sur les moeurs machistes du XVIIe siècle.

jeudi 19 avril 2012

De Kriemhilde à Maléfique






Kriemhild ou Krimhild, dans la mythologie nordique, est l'un des principaux personnages féminins de la Chanson des Nibelungen et de l’Edda poétique‎.

Dans l'Anneau des Nibelungen d'où est tirée l'histoire de la Belle au Bois dormant, Kriemhilde (ou Grímhildr)représente une femme puissante aux pouvoirs maléfiques modérés. Elle est l'ennemi de Brunehilde (la Belle au Bois dormant) et fait boire un philtre d'oubli à Sigurd de sorte qu'il ne se souvient plus de son serment d'épouser Brunehilde et en épouse une autre (Gudrun).

L'histoire est très complexe mais on retiendra que Kriemhilde commence sa vie en disant à sa mère qu'elle ne veut pas épouser d'homme car elle estime que se lier à un homme n'apporte que du malheur. Néanmoins elle épouse Attila, roi des Huns et devient par cette union la toute puissante reine des Huns. Elle meurt assassiné lors d'une vengeance organisée par elle contre un certain Hagen à la cour des Huns.
Kriemhilde est, tout compte fait, une autre femme guerrière, une valkyrie différente de Brunehilde mais pas tant que cela.

La Maléfique de Walt Disney est l'antithèse d'Aurore. Elle n'est aucunement proche d'une figure qui pourrait être historique. Elle est de nouveau, comme pour la sorcière de Blanche-Neige, l'incarnation du Mal (absolu?). La forme seule est différente. Celui qui fut en charge de la créer, l'a conçue, je cite « comme un vampire géant pour créer un sentiment de menace» Sean Griffin qui travaille pour Disney la décrit comme « une femme asexuée avec des vêtements couvrant l'intégralité de son corps, un visage aux traits forcés et acérés en opposition avec la rondeur et la douceur de ceux d'Aurore, soulignés par du maquillage et des ombres autour des yeux, » proche de ce qui a été fait pour Reine dans Blanche-Neige et les Sept Nains (1937). L'une des fées-marraines décrit Maléfique « comme une personne ne connaissant rien à l'amour, à la gentillesse ou au fait d'aider les autres».
Par ailleurs,Maléfique a des pouvoirs extraordinaires : elle est capable de se transformer en une petite boule de lumière verte (visible dans la scène où elle hypnotise Aurore pour qu'elle se pique le doigt).

Bref, elle est un peu tout sauf humaine.



CETTE OPPOSITION ENTRE LES PERSONNAGES FÉMININS "POSITIFS" ET "NÉGATIFS" EST NON SEULEMENT PLUS QU'OUTRANCIÈRE MAIS NE PERMET À AUCUNE FILLE NI FEMME DE SE RETROUVER NI D'Y VOIR UN MODÈLE NI UN CONTRE-MODÈLE POUR SE CONSTRUIRE EN TANT QU'HUMAIN. ELLE IMPOSE UNE DICHOTOMIE INSURMONTABLE.



Ici un extrait trouvé sur le blog d'Hypathie à propos de cette dichotomie qui s'inscrit, en fait, dans le rejet des femmes et leur utilisation par les hommes comme bouc émissaire (Maléfique porte d'ailleurs des cornes de bouc) un article passionnant de Mary Daly auquel j'ai ajouté des annotations entre crochets et des caractères gras :

"La société telle que nous la connaissons a un besoin pervers de créer « l'Autre » comme objet de condamnation, ainsi ceux qui condamnent peuvent selon leur jugement se trouver bons. [...] Eve en est une production. Elle représente la catégorie dans laquelle la tradition chrétienne a placé toutes les femmes qui n'ont pas réussi à imiter l'étonnant modèle de la vierge qui est aussi mère.

(...)
Il semble dans le même temps que le rejet primordial des femmes dans le rôle de « l'Autre » ait produit une seconde dichotomie entre vertueuses [Aurore, Blanche-Neige, Arielle, etc...] et mauvaises femmes [Reine, Maléfique, Mim, Ursula, etc..]. Cela paraît étonnant du fait que les autres groupes opprimés ne sont pas « dichotomisés » de façon aussi drastique. Aux Etats-Unis les noirs considérés comme « Oncles Toms »* sont appréciés et bien traités, mais pas placés sur un piédestal. Cette dichotomie frappante entre femmes, si on y réfléchit, peut être comprise par le fait qu'elles sont le seul groupe opprimé dispersé parmi le groupe de rang supérieur et intimement attachées au « maître » par des liens biologiques, émotionnels, sociaux, et économiques. A cause de l'identification des hommes avec « leurs » femmes en tant qu'autre, il serait contre-productif de proclamer toutes les femmes mauvaises.
Dans le même temps, le rejet des femmes dans une altérité de caste supplante l'identification que les hommes ressentent pour quelques femmes en tant que possessions proclamant leurs accomplissements et servant leurs intérêts. Avec pour conséquence que la « vertu » attribuée à quelques-unes n'est pas l'excellence d'une personne accomplie, mais celle d'une créature impuissante, manquant de connaissances et d'expérience [Aurore; Blanche-Neige, Cendrillon, etc...]. [....] Dans le cas de l'idéal de vertu imposé aux femmes, il y a une aura spéciale de glorification d'un idéal symbolisé par Marie [du mot "Marie" dont dérive ceux de "mari", "mariage" et "marier" = propriété d'un mâle]. Cet idéal impossible à une fonction punitive, parce que bien sûr aucune femme ne peut l'atteindre (Considérez l'impossibilité d'être à la fois vierge et mère). Il rejette et renvoie donc toutes les femmes au statut d'Eve [dont le gros péché est d'être "mariée" au serpent de la connaissance et à la pomme ou globe symbolisant...l'expérience ?] et renforce essentiellement le statut universel des femmes en tant que basse caste.

mercredi 11 avril 2012

De Chand Bibi à Jasmine







Chand Bibi
(1547–1599), ou Chand Khatun ou Chand Sultana, fut une guerrière musulmane indienne dite la Jeanne d'Arc indienne.






Chand Bibi naquit en 1547 à Ahmednagar en tant que fille du sultan Husain Shah (1553-1565). Durant sa jeunesse, elle apprit l’équitation, la peinture et la musique. Outre le Persan, langue de rigueur à la cour, elle parlait couramment le turc ainsi que le Marathi, langue locale.
A cette époque, les querelles entre les cinq royaumes du Deccan étaient fréquentes. En 1564, afin d’éliminer le roi hindou de Vijayanagar, les cinq sultans décidèrent de s’unir. Cependant, auparavant, le sultan d’Ahmednagar offrit sa fille, Chand Bibi, en mariage au sultan Ali Adil Shah. La cérémonie se déroula à Ahmednagar et donna lieu à de grandes festivités qui durèrent plusieurs mois.

Après son mariage, Chand Bibi seconda souvent son époux dans les affaires de la cour et l’accompagna sur les champs de bataille. Elle apprit également la langue locale, le Kannada, afin de dialoguer plus facilement avec le peuple. Les habitants du royaume de Vijayanagar récemment conquis commencèrent à contester l’autorité d’Adil Shah. Chand Bibi visita cette région rebelle et mit ses habitants en confiance. Ali Adil Shah mourut en 1580 sans descendance. Son neveu, Ibrahim lui succéda sur le trône. Lorsqu’il accéda au trône, il n’avait que 9 ans et, de ce fait, Chand Bibi devint régente et continua l’oeuvre de son défunt époux en assistant à la cour presque quotidiennement. En 1582, le premier ministre Kishan Khan accusa Chand Bibi de fomenter un complot contre le royaume en invitant son frère Burham Nizam Shah, sultan d’Ahmednagar. En 1582, Chand Bibi fut arrêtée et envoyée en prison au fort de Satara. A cette occasion, les peuples de Bijapur manifestèrent leur colère.
En l’absence de Chand Bibi, le climat politique local se dégrada rapidement. Kishan Khan fut assassiné, et sur ordre de la reine mère, les nobles ramenèrent Chand Bibi à Bijapur. Un noble Hubshi (personne abyssinienne d’origine éthiopienne) participa activement à ce retour et obtint le poste de premier ministre....(suite ici)

(...)


Contemporaine de la reine Elizabeth I d’Angleterre, elle l’égalait tant par ses qualités d’habilité que par son talent politique. Son royaume était aussi vaste que celui d’Angleterre. Son courage, son audace et sa vaillance n’avait eu d’égal que sa modestie, sa générosité et sa beauté. Si les Moghols furent fiers de Nur Jahan ou de Mumtaz Mahal, le Nizamshahi tira sa fierté de Chand Sultana. Les paysans des "Western Ghats" (montagnes de Saihyadri sur la côte ouest de l’Inde) refusèrent de croire à sa mort et préfèrent croire qu’elle s’était échappée par un tunnel et se cachait dans la montagne de Saihyadri afin de revenir chasser les Moghols et de ramener l’age d’or au Nizamszhahi. (Texte complet à lire sur le lien plus haut).



Jasmine : ce prénom tire son origine du persan " yasemin " (la plante qui parfume). En Europe cette fleur officinal originaire d'Inde et connue depuis l'Antiquité était consacré à la Vierge Marie. Elle évoque la grâce, la pureté et l'amour. On la retrouve en couronne sur la tête des anges et des saints.

Je n'ai pas grand chose à dire du personnage de Disney qui se veut certes féministisé parce que présentée comme indocile et dominatrice envers son père, rebelle face à son "promis", mais elle ne se sort de ses difficultées que par l'entremise d'un garçon exceptionnel aux pouvoirs surhumains ce qui par comparaison amoindrit jusqu'à la banalité ses moindres tentatives d'émancipation.

A part ça, j'ai trouvé un texte de la féministe algérienne Yasmina Nawal qui dit sensiblement la même chose que ce que j'ai écrit dans le billet "De Blanche-Neige à Proserpine".

Extraits (le rouge de certains passages sont de mon fait) :

"il n'y a pas de domination, de pouvoir, d'un groupe sur l'autre, d'une classe sur l'autre, de l'homme sur la femme sans qu'il ait enjeux, et l'enjeux pour l'homme, serait la transmission de sa richesse, de son patrimoine à sa descendance, d'où la nécessité de " contrôler " et de gérer la famille.

Cette nécessité de " contrôler " intervient au moment où l'on passe d'une société de cueillette et de chasse, d'une économie de survie, à une économie marchande d'accumulation des richesses.
Dès lors, la matrilinéarité, que l'on pourrait analyser comme la conséquence de la maternité, en raison du " mystère de la conception " qui engendre le rattachement de l'enfant à sa mère par le pouvoir de vie qu'elle détient et dont est exclu l'homme par ignorance de son rôle joué dans le processus de la naissance, se transforma en système patrilinéaire lorsque deux éléments, au moins, convergèrent : La prise de conscience du rôle joué par le père dans la conception de l'enfant, et la transformation progressive de l'économie de survie en une économie marchande, nécessitant la connaissance de sa descendance pour l'homme afin de permettre la transmission des richesses accumulées dont lui seul s'en est trouvé, à un moment ou à un autre, chargé.


Texte complet à lire ici

Tout ça pour dire que l'idéologie d'accumulation des richesses qui perdure aujourd'hui ne fait que bétonner la domination masculine. Il faut avoir conscience de cette dimension politique. Le néo-libéralisme est un système économique à 100% oppresseur des femmes. Il est impossible d'y développer la moindre égalité hommes/femmes à l'intérieur.

samedi 12 février 2011

La Marie salope de Patrice Chéreau

Pour Richelieu et Mme de Lafayette, pour Voltaire, pour Stendhal encore, Marguerite de Valois n'était pas la «reine Margot», sobriquet inventé par Alexandre Dumas. Elle n'était pas non plus la princesse dépravée que la modernité associe à ce titre de fantaisie. Elle était la reine Marguerite, dernière représentante des Valois-Médicis et autrice de "Mémoires" fameux, édités tout au long de l'Ancien Régime - en France comme en Angleterre et en Italie, de la "Déclaration du roi de Navarre", qu'elle écrivit en 1574 pour le compte de son époux, le futur Henri IV, coupable d'une tentative de coup d'État, et le "Discours sur l'excellence des femmes", qu'elle rédigea au crépuscule de sa vie, s'inscrivant ainsi dans la «querelle des femmes» qui faisait rage en France depuis près de deux siècles - mais qui l'avait jusqu'alors bien peu intéressée.

(Éliane Viennot, professeure de littérature de la Renaissance à l'Université Jean Monnet de Saint-Étienne et membre de l'Institut universitaire de France a publié un ouvrage sur Marguerite de Valois regroupant ces trois écrits, première livre d'une collection intitulée «la cité des dames» consacrée aux classiques féminins de l'Ancien Régime).



Cet extrait de film est tiré de "La reine Margot" adapté très "librement" du roman de Dumas par Patrice Chéreau. Désolée pour tous celles et ceux qui l'ont malencontreusement "adoré" (j'ai lu cela quelque part) mais je dois exprimer ici mon indignation devant tant de bêtise et de mauvais goût de la part du réalisateur qui a défiguré et saccagé sans état d'âme un chef-d'oeuvre du roman classique. Sans doute cette oeuvre le dépasse t-il complètement. Dumas qui a lu les Mémoires de Marguerite de Valois bouscule un peu la chronologie des événements historiques et ajoute quelques romances et intrigues de son invention mais il ne fait qu'accentuer par là les traits marquants de l'histoire dans l'Histoire, les placer sous un éclairage intéressant et ressusciter une société disparue assez plausible, qu'il parvient à rendre attachante malgré ses excès. Il traduit bien et sans tomber dans la vulgarité ce grand écart typique du XVIe siècle entre sensibilité extrême et choquante barbarie. Chez Chéreau, il ne s'agit même plus d'un arrangement avec l'Histoire qui aurait la politesse de respecter un minimum la langue, un minimum le caractère des protagonistes, un minimum la vérité historique, non : tel un graffiti barbouillé sur la Joconde, on est en pleine déprédation.
Portraits de Marguerite de Valois
Dumas qui a un sens inné du théâtre démarre le roman sur deux scènes simultanées assez burlesques : l'une où, le jour du mariage, Margot échange avec son amant le duc de Guise trois mots en latin (car elle est érudite et Dumas le souligne tout au long du livre) pour lui donner rendez-vous le plus discrètement possible pendant la nuit de noce, et l'autre où, au même moment, Henri de Navarre taquine puis rassure sa maîtresse jalouse et lui promet pour lui prouver son amour de passer sa nuit de noce avec elle. Moliéresque dans la construction, c'est une entorse faite à la réalité historique puisque les nuits de noce de princes étaient rarement une affaire privée.
La scène du mariage représentée dans la vidéo avec le coup que donne Charles IX à sa soeur pour lui faire dire "oui" correspond à ce qu'on a plus tard prétendu au sujet de la cérémonie afin d'obtenir une annulation du mariage sous le motif qu'il avait été forcé alors que ce n'était pas le cas. Dans ses Mémoires, Marguerite de Valois décrit une cérémonie normale si on excepte l'estrade devant l'église catholique et tout ce qui a trait à un mariage oecuménique. Passons sur le geste brutal qui n'est ni dans le roman ni dans l'Histoire et admettons qu'il ait un intérêt cinématographique (un coup à une femme c'est bon ça coco), la suite n'en est pas moins pitoyable de grossièreté.
Portraits de Henri III encore duc d'Anjou dans le film
On voit le futur Henri III, cheveux longs et gras, visage au teint bistre et au regard libidineux souhaiter à Henri de Navarre la "bienvenue dans la famille" en ajoutant : "une famille un peu particulière...pas si mal..tu verras "(genre : hinhinhin...tu ne sais pas sur quels dingues tu es tombé mais tu vas t'en apercevoir : tout le monde couche avec tout le monde chez nous) : vulgaire. Le frère du roi (duc d'Anjou en 1572) est le futur Henri III, donc, qui ne porta pas autrement les cheveux que courts, frisés et dressés comme c'était la mode à l'époque. D'une nature délicate et raffinée, Henri III était un homme particulièrement soigneux de sa personne et adorait composer des vers. Il possédait une grâce naturelle qu'il tâchait de mettre en valeur. La vulgarité lui était assez étrangère.
Portraits de Charles IX
Charles IX n'arbora jamais non plus cette tignasse aussi longue que grasse portée tout au long du film par Jean-Hugues Anglade (très grand acteur MALGRÉ les dialogues nullissimes de Chéreau, et qui réussit malgré eux et cette coiffure débile à ressembler au vrai Charles IX! Chapeau!).
Pour en revenir au stupide "bienvenue dans la famille" il aurait été bien ridicule de la part du duc d'Anjou de parler à son petit-cousin Henri de Navarre comme à un parfait étranger !
Henri épousait sa propre petite-cousine
, soit la petite-fille du frère de sa grand-mère. Le couple et toute la fratrie dont les parents étaient cousins germains avaient des arrières-grands-parents communs. De plus, fils de France et princes du sang se connaissaient tous comme les doigts de la main depuis le berceau, étant déjà une famille avant même de se marier, chacun sait (du moins je le croyais) quels problèmes de consanguinités traînaient avec elles ces anciennes familles royales qui ne se mariaient guère au-delà du cousin au 2e degré.
Ce dialogue niais et gratuit témoigne donc d'une absolue méconnaissance des coutumes monarchiques* (*je ne suis pas monarchiste) de quelqu'un qui prétend faire un film sur la monarchie.
Je passe sur l'air de psychozombie déterré et possédé de Catherine de Médicis dont j'ai déjà parlé ailleurs, et je voudrais qu'on m'explique l'intérêt de faire passer la maison des Valois pour un lupanar, Marguerite de Valois pour une Marie Salope, Henri de Valois pour un pauvre pervers et Henri de Navarre pour ce personnage tourmenté et sur le qui-vive incarné par Daniel Auteuil, excellent acteur du reste pour incarner les personnages de Michael Hanecke, mais qui ne cadre pas du tout avec le renard, fin, facétieux, campagnard et très sûr de lui que fut Henri de Navarre non seulement tel que le présente Dumas dans son roman mais tel qu'il a du être réellement. Henri de Navarre
Dans le film ce futur grand roi mendie sans la moindre dignité l'amitié de sa femme en se plaignant d'être détesté de tous (si dans le roman il exprime un moment donné la même plainte ce n'est pas du tout mais alors pas du tout dans cette position de mendiant), le couple se balance leurs parents morts à la figure comme le feraient des saoûlographes ou des imbéciles, du coup on parle de "mariage blanc" (ce qui nous ramène brutalement au XXe siècle et à la controverse des mariages "mixtes") et Marguerite "just married" prend des allures de super chipie pour dire à son désormais époux "personne ne m'oblige à coucher avec vous". Hormis la platitude et encore une fois, la vulgarité d'une telle phrase, elle est de plus d'une absurdité inégalable puisque historiquement c'est exactement le contraire : on l'obligeait à consommer le mariage et cela dès la nuit de noce. Si Dumas fait faire chambre à part aux protagonistes, ce n'est pas du tout pour que Marguerite puisse faire bisquer Henri (tu ne m'auras pas nananèreuh!) mais pour les besoins de son intrigue qui est la suivante : tous deux amoureux de leur côté d'une autre personne, les deux enfants de France sont surpris par ce mariage politique qui leur tombe dessus sans crier gare et ils se voient obligés de ménager la susceptibilité de leurs amant.e.s afin de les conserver, tout en se protégeant mutuellement des manipulations royales sans éveiller les soupçons quand à leur séparation de corps convenue AMICALEMENT. Quand Catherine s'en aperçoit ils changent de tactique...Un vrai tour de force qui non seulement ne fait pas peur à Dumas mais ce dernier parvient à mêler en permanence de l'humour au drame sans jamais tomber dans la vulgarité ce que Chéreau ne souhaite ni rendre ni comprendre.

Toutes les scènes de ce film sont calquées sur l'extrait publié ci-dessus où les phrases bêtasses et mesquines alliées aux apparences négligées des hommes et très déshabillées des femmes n'ont strictement rien à voir ni avec le roman pillé ni avec le siècle représenté. Les dialogues ont le niveau affligeant d'écoliers dans la cour de récréation d'une école primaire, les personnages présentent des comportements d'enfants attardés extériorisant à tout va les manifestations d'une libido désordonnée d'adolescents qu'aucun tabou n'arrêteraient. Cette surexcitation sexuelle la plupart du temps incongrue sur fond de tueries apparement érotisantes sert de suspens à un propos réduit à deux questions omniprésentes : qui va coucher avec qui et qui va tuer (ou a tué) qui.
C'est la Saint-Barthélémy des cinéastes qui veulent à tout prix assassiner la littérature.

mercredi 30 juin 2010

Méchante Catherine de Médicis !

Catherine de Médicis, personnage complexe, et, bien entendu, non épargnée par les difficultés que les femmes rencontrent aujourd'hui pour se faire respecter, dut gouverner la France à plusieurs reprises sur fond de dissensions religieuses qui avaient démarré bien avant son accession au pouvoir. Les grands chefs de guerre et autres intriguants de cour se moquaient bien de ses ordres, régente ou pas, et elle eut plusieurs fois à craindre les coups d'état, la prison, le bannissement ou pire. Elle fit assassiner Coligny comme Henri III fit, peu de temps plus tard, assassiner le duc de Guise, ces deux personnages, dont les qualités, certes, sont indéniables, menacaient tout de même de mettre le royaume à feu et à sang par fanatisme religieux. Bien sûr, la méthode est condamnable et Catherine ne fut pas une sainte mais elle ne fut, au minimum, ni pire ni meilleure que les puissants de sexe masculin, ce qui ne l'empêche pas de rester violement caricaturée. On lui attribue volontiers la maternité de la Saint-Barthélémy, alors que son fils Charles IX régnait depuis douze ans. N'est-elle pas un peu le bouc émissaire ? Alexandre Dumas qui aimait créer des personnages de femmes diaboliques comme la célèbre Milady des Trois mousquetaires, a trouvé en Catherine matière à cette diabolisation et s'est surpassé concernant cette reine, d'où la difficulté de la réhabiliter aujourd'hui. Patrice Chéreau avec son adaptation du roman de Dumas au cinéma, se lâche carrément en lui prêtant la tête inquiétante d'un personnage du XVe siècle (associé à un col élisabéthain noir surdimensionné alors que Catherine portait une fraise), période où la mode était au front rasé très haut, trop haut pour nous, mode que, bien entendu, Catherine n'a jamais suivie, puisqu'au contraire, c'est elle qui introduisait les courants nouveaux venus d'Italie à la cour de France. Elle n'aurait certainement pas porté une coiffure vieille d'un siècle ! Ces outrances vestimentaires et "cosmétiques", disons, sont clairement utilisées à des fins caricaturales. En 1989, Alice Sapricht incarnera le personnage à la télévision avec, du moins, vêture et coiffure fidèles historiquement. Néanmoins Alice Sapricht est surtout connue pour avoir endossé tout le long de sa carrière des rôles de femmes essentiellement patibulaires. Méchante Catherine ! (Le premier tableau représente Catherine de Médicis en tenue de veuve, peint par Francois Clouet à la fin du XVIe siècle, le deuxième tableau signé "Petrus Christus" et daté du XVe siècle, représente une inconnue).