Extrait de "Pierre Nozière", 1885, Anatole France, éditions Calmann-Lévy, collection "Le Zodiaque", 250 Francs, page 209 à 213 :
"UNE ÉPAISSE FORÊT descendait alors jusque sur les grèves de la mer. Les lièvres l'habitaient. Elle recouvrait des marais peuplés de vanneaux, de bécasses, de canards et de sarcelles. Les mouettes déposaient leurs oeufs sur la roche nue des falaises. Le cri aigu du héron et la plainte du courlis s'élevaient des grèves pâles où le cygne, l'oie sauvage et le grèbe, chassés par les glaces, venaient passer l'hiver dans les sables marins. Des hommes en petit nombre habitaient ces contrées sauvages. C'étaient de pauvres bateliers qui pêchaient dans l'embouchure poissonneuse de la Somme. Ils étaient païens. ils adoraient des arbres et des fontaines. En vain les saints Quentin, Mellon, Firmin, Loup, Leu d'Amiens, étaient venus les évangéliser. Ils croyaient encore ce qu'avaient cru leurs pères. Ils croyaient aux génies de la terre et aux âmes des choses.
Ces simples pêcheurs étaient saisis d'une horreur sacrée quand ils pénétraient dans les forêts profondes qui couvraient alors tout le rivage. Ils voyaient partout des dieux agrestes. Au bord des sources, où tremblaient les rayons de lune, ils apercevaient des nymphes, des fées, des dames merveilleuses ; ils les adoraient et leur apportaient en tremblant des guirlandes de fleurs. Ils croyaient bien faire en les aimant, puisqu'elles étaient belles.
Sans doute, la source qui descendait le coteau feuillu où le pieux Valery s'arrêta était une des sources sacrées auxquelles ces hommes faisaient des offrandes. Elle coule encore au pied de la chapelle, du côté de la baie. Comme aux anciens jours, l'eau est fraîche et toute claire. Mais, maintenant, elle ne chante plus. Elle n'est plus libre comme au temps de sa rustique divinité. On l'a emprisonnée dans une cuve de pierre à laquelle on accède par plusieurs degrés. Du temps de saint Valery, c'était une nymphe. Nulle main n'avait osé la retenir, elle fuyait sous les saules. (...) C'est là, c'est dans ces fontaines des bois que se réfugièrent les dernières nymphes chassées par les évêques. Ces agrestes déesses étaient poursuivies sans pitié. Un article des ordonnances du roi Childebert porte que : "Celui qui sacrifie aux fontaines, aux arbres et aux pierres sera anathémisé".
Valery jugea ce lieu convenable à ses desseins. (...) (voir page 4, 6 et 7 du pdf sur l'histoire de Valery)
C'est contre les nymphes des bois et des fontaines que le saint homme tournait toute sa colère. Pourtant ces nymphes étaient des innocentes. (...) Ces nymphes, ces fées, ces dames étaient jolies et mettaient un peu de grâce au fond des coeurs rustiques. C'étaient des divinités toutes petites qui convenaient aux petites gens. Saint Valery les tenait pour des démons pernicieux, et il résolut de les détruire. (...).
Un jour, passant dans un lieu proche de la ville d'Eu, il vit un arbre aux branches duquel des images d'argile étaient suspendues par des bandelettes de laine rouge. Ces images représentaient l'Amour, le dieu Hercule et les Mères. Ces Mères étaient très vénérées dans toute la Gaule occidentale. Les potiers de terre ne cessaient point de modeler les figures de ces dieux qui se trouvent encore en grand nombre dans la terre sur les rivages de l'Océan, de la Somme à la Loire. Elles sont parfois géminées, et deux mères sont assises côte à côte, tenant chacune un enfant. Parfois il n'y a qu'une Mère, et les paysans qui la découvrent en labourant leur champ la prennent pour la Vierge Marie. Mais c'est une idole de païens.
Saint Valery fut irrité à cette vue et pensa en son coeur :
"Des démons pendent comme des fruits pernicieux aux rameaux de cet arbre. "
Puis il leva la cognée qu'il portait à sa ceinture et, avec l'aide du moine Valdolène, son compagnon, il renversa l'arbre avec les images saintes qu'il abritait sous son feuillage. Quand les gens du pays virent couché sur le sol l'arbre-dieu avec la multitude des offrandes et la sève saignant sur le tronc mutilé, ils furent saisis de douleur et d'effroi. Et lorsque saint Valery leur cria : "C'est moi qui ai renversé l'arbre que vous adoriez faussement ", ils se jetèrent sur lui et le menacèrent de l'abattre comme il avait abattu le dôme verdoyant" (fin de citation).
Anatole France nous narre la vie de quelques saints qui, pour lui, son exemplaires. L'absurdité de leur prétendu "sainteté" quand ceux-ci abattent des arbres sous prétexte de "fausse" foi ne lui apparaît pas du tout. Bizarre. Pourtant l'arbre est absolument nécessaire à notre existence, L'ARBRE DE VIE (the tree of life) est central à toutes les cultures, même si l'on raconte maintenant qu'il s'agit d'un symbole au sens "figuré". Un dieu mâle, en revanche, n'a absolument AUCUN intérêt. Avec le recul on voit dans la description du missionnariat imbécile des chrétiens (mais c'est le cas pour tous les autres monothéismes à dieu mâle) un proto-écocide. Ils veulent par force remplacer la sacralité de l'arbre et de l'eau par la sacralité de la bite.
N'est-ce pas insensé à un point inimaginable ?
Cette violence inexplicable abasourdit les peuples dit païens qui, ayant perdu l'objet de leur culte, n'ont pas d'autre choix que de le pleurer sans espoir de le retrouver jamais. Puis, comme pour la jeune fille contrainte à la prostitution par le viol et la violence, ils sont obligés de se consoler auprès de leur persécuteur qui leur offre sa bénédiction/protection/religion.
Il a organisé leur détresse de sorte
qu'il puisse leur faire croire qu'ils ne sont rien sans lui - pour
déclencher un attachement traumatique à sa personne ; rapprochement de la victime
par la mise en confiance et la séduction, pour renforcer chez elle le
sentiment d'obligation et de redevabilité.
Les pères de l'Église appeleront la soumission des vaincu.e.s "miracle" et la donneront comme preuve irrréfutable que la vraie foi est apparue à ces "rustres" par la "grâce divine".
Les prétendus "saints" abattent des arbres comme s'ils n'avaient pas plus de valeur que les images d'argile suspendues à leurs branches. Curieusement Anatole France les décrit comme des personnes assassinées et en même temps approuve cet assassinat. Le saccage qui aboutit aujourd'hui à des incendies de forêts boréales commence bien là, par cette approbation de l'écocide au nom de la "vraie" foi. Et se poursuit depuis des siècles sans répit. Malheur à celleux qui voudraient l'arrêter.
Tous les arbres doivent disparaître. Toutes les fontaines doivent être empoisonnées. Au nom de la bite suprême.
Les icônes jouent un rôle de premier plan dans l'histoire du massacre systématique des arbres.
Car ce n'est pas l'arbre qui agresse Valery ce sont les représentations qui y sont accrochées magnifiant des femmes. Des femmes seules avec des enfants. Ou plusieurs femmes avec des enfants, ensemble. Sans homme.
Mais cela ne lui suffit pas de détruire les images, il faut détruire la divinité à qui elles sont adressées.
Les images qui, aujourd'hui, auraient l'air de se vouer à un autre culte qu'à celui la bite peuvent entraîner la colère destructrice de quelque sectataire. La peintresse d'icônes Oksana Chatchko qui désacralisait la peinture religieuse phallocrate est morte. A t-elle été abattue directement ou indirectement par un saint Valery orthodoxe hors de lui ?
Oksana disait qu'elle était prête à tout pour ses idées, qu'elle n'avait pas peur : "Je suis prête à être tuée". Si on est prête à être tuée pourquoi se tuer ? Elle disait croire en l'humanité mais qu'il ne fallait pas avoir peur de s'opposer, par exemple, à la religion. De ce fait son prétendu suicide est suspect et également les derniers mots qu'elle aurait "écrit" mais pas dit de vive voix ni en public. Ici elle présente ses croix détournées en kalachnikovs. "Pour moi les religions sont des idéologies très très agressives" dit-elle en français. Le suicide aussi demande une terrible agressivité tournée contre soi-même. Hors du commun. Oksana n'était pas une personne agressive mais révoltée.
(icône féministe d'Oksana Chatchko. "Des icônes, personne n’en a jamais peintes de pareilles avant elle. Ses œuvres seraient assurément jugées plus dangereuses et scandaleuses en Ukraine ou en Russie, que les manifestations seins-nus des FEMEN, tant ici, Oksana touche au sacré de la chrétienté orthodoxe" Est-on encore en sécurité loin de la Russie alors que plus aucun État ne reculent devant des infractions contre les droits humains lorsqu'il s'agit de faire des affaires avec un autre État ?)
Si les païen.ne.s de l'embouchure de la Somme que décrit Anatole France n'ont pas tué "saint" Valery, ce n'est pas par fascination pour le saint mais, sans doute, parce que contrairement à lui, iels respectent la vie et ne sont pas des assassin.e.s.
La légende chrétienne/crétine y voit, elle, la confirmation du bien-fondé de ce massacre d'arbres qui sera désormais perpétré au nom de la sainte... bite.
Le non-respect de la vie par les adorateurs de la sainte bite est considéré depuis ce temps-là comme une qualité à entretenir par la répétition inimterrompue de toutes sortes de meurtres odieux sur les femmes, les animaux, les plantes.
(Saint boniface abattant l'arbre de Thor).
(on détruit maintenant des arbres par centaines de millions à l'époque du solstice d'hiver pour y accrocher des "images votives" ou "boules". Absurdité et détournement bitocratique des offrandes païennes à l'arbre-dieu).
Et puis on détruit aussi des animaux en quantités effarantes, au point que les maigres arbustes qui restent et qui n'ont pas le temps de vieillir, ne peuvent faire face aux émissions de gaz que produit cette industrie de la mort. On le fait comme au temps de l'Ancien Testament, pour le Dieu-bite qui aime le sang, mais on n'appelle plus cela "sacrifier à Dieu". On appelle cela "consommer de la viande" car il paraît que depuis l'apparition de Jésus -Christ, fils de Dieu qui se serait lui-même sacrifié, on n'a plus besoin de tuer des animaux... ah bon ?
à la recherche des femmes perdues dans l'espace-temps et autres aventures...
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vendredi 27 juillet 2018
vendredi 18 mai 2018
68 en Allemagne : "striptease solidaire" au tribunal
Femen avant l'heure, neuf étudiantes membres du SDS manifestent seins nus, le 12 décembre 1968 au palais de justice de Hambourg. Le Spiegel qualifie l'action de "striptease solidaire". Le striptease consiste à se déshabiller lascivement pour exciter sexuellement la ou les personnes à qui il est adressé - le topless protestataire n'a pas ce caractère de soumission ou de jeu sexuel. C'est un symbole de rupture d'avec les codes sociaux masculins qui briment les femmes. Mais pour les hommes, surtout ceux de 1968, une femme qui se déshabille devant eux ne peut pas avoir d'autre intention que de s'adresser à leur sainte braguette. Les femmes de 1968 ne décryptent pas encore bien non plus, consciemment du moins, l'asexuité du topless à partir du moment où il est politisé. Elles sont encore très imprégnées du regard que les hommes portent sur ce genre d'action.
On le remarque aux paroles de la chanson qu'elles ont écrite pour les membres du tribunal. Elles semblent y comprendre leur action comme sexuelle ou sexuée s'opposant à la morale dominante. Néanmoins elles se percoivent comme des sujets et des non des objets sexuels.
Des sextrémistes ?
Le chant protestataire que les neuf amies entonnent en choeur est inspiré de Brecht et intitulé "Ballade pour un juge asexué" :Messieurs aujourd'hui vous nous voyez nues devant vous
Et nous montrons nos seins à tous
Vous suivez mais seulement le jour ce qui est écrit dans la Bible
Ce que vous caressez lascivement c'est tout au plus le code civil
Ça pue dans cet État
Nous mettre en tôle
Vous trouvez ça moral"
Elles demandent l'annulation du procès d'Ursula Seppel accusée d'infraction à l'ordre public pour avoir crié "justice de classe !" dans la salle lors du procès d'un autre étudiant. Pour ce simple cri elle est condamnée à verser une amende de 200 DM. Elle a fait appel.
Ursula Seppel quelques minutes avant l'opération topless dans une blouse transparente
Ursula Seppel sur l'action topless : "Nous avons dû énormément prendre sur noues pour surmonter la pudeur inculquée par notre éducation".
Le juge ordonne de les faire sortir de la salle. La police les traîne dehors exactement comme les Femen aujourd'hui et avec la même résistance de la part des jeunes femmes.
Finalement Ursula Seppel sera acquittée pour manque de preuves.
Dans le courrier des lecteurs du Spiegel de l'époque sous l'article relatant l'événement, des hommes se permettent de faire des réflexions et de donner des appréciations sur l'aspect des seins des jeunes femmes. La forme du sein, le bout de sein, l'aérole... un médecin va jusqu'à mettre en avant qu'il est spécialiste (des seins ?) afin d'y aller de ses critiques minables.
Cet article est en partie traduit de ce lien
mardi 15 mai 2018
68 en Allemagne : Sigrid Fronius brise une fenêtre avec ses talons aiguilles
Pendant qu'en France en 2018, une responsable de l'UNEF apparaît voilée pour ne pas perturber le repos de la bite ni en bougeant sa tête immobilisée dans un carcan ni en cassant quoi que ce soit avec ses talons, son homologue de 1968 était d'une autre trempe.
Entrée par effraction dans le rectorat de la Freie Universität (FU) de Berlin pour l'occuper avec d'autres étudiant.e.s à l'instar de ce que s'est passé à Tolbiac, au Mirail et ailleurs cette année en France, la responsable de l'AStA (comité général étudiant de l'Université Libre de Berlin, équivalent de l'UNEF) qui pour la première fois est une femme, Sigrid Fronius, est abondamment photographiée par la presse lors de l'évacuation du rectorat par la police. Fronius a brisé une fenêtre avec sa chaussure pour pouvoir actionner la poignée de l'intérieur et faire entrer tout le monde.
Fronius raconte (dans EMMA Mai/Juin 2008) qu'elle n'a pas été maltraitée par la police contrairement à d'autres protestataires. Elle a même agrippé un jour un flic par derrière en le tenant par son uniforme jusqu'à ce qu'il relâche un autre manifestant.
Sigrid Fronius entre au SDS en 1965, se porte candidate pour un siège au parlement étudiant de la FU de Berlin et en 1968 cofonde l'Université Critique.
"Actuellement les vieilles universités qui sont des tours d'ivoire se transforment en usines d'ivoire où des vieux professeurs très sots une fois sortis de leur domaine de compétence fabriquent des étudiants pareillement sots". Élue la même année directrice de l'AStA qui n'avait jamais eu alors à sa tête que des hommes, elle organise l'occupation du rectorat lequel ne veut pas attribuer de locaux à la KU (Kritische Universität).
Sa parole est écoutée lors des teach-in qui ont lieu pendant les occupations (on n'est pas à la conférence des délégués du SDS et on n'y traite pas de questions féministes). Il y est question de la guerre au Vietnam, de la manipulation du public par les médias, des anciens nazis replacés à des postes de fonctionnaires, de l'autorité sous toutes ses formes, raconte l'artiste Susanne Kleemann qui vivra en communauté avec Fronius et son futur mari (de Kleemann), entre autres.
Fronius démissionne de l'AStA six mois plus tard.
En 1975 elle participe à la création du magazine féministe Courage.
Plus tard elle s'installe en Bolivie où elle se trouve encore actuellement.
"Quand j'ai voulu partir en Bolivie on a dit elle y va à cause de Che Guevara pour faire la révolution mais ce n'est pas vrai. J'avais besoin de calme. Auparavant j'étais une révolutionnaire enthousiaste et le suis encore. Notre devise était "Démolis ce qui te démolit" mais les dominants sont les plus forts pour ce qui est de démolir".
Comme aujourd'hui avec les universités francaises occupées, la presse la plus lue manipulait furieusement l'opinion pour criminaliser le mouvement étudiant. La cinéaste Helke Sander dira que ce sont grâce à ces teach-in qu'elle prendra réellement conscience de la manipulation dont font l'objet les simples citoyen.ne.s. Et aussi après l'attentat contre Dutschke.
Sander réalise un film en 1968 qui s'intitule "BRISEZ LE POUVOIR DES MANIPULATEURS".
Image du film de Sander projeté à la cinémathèque du Centre Pompidou en mars 2018 comme on peut le voir sur ce lien.
À ce propos, Die SDS Linke d'Aix-la-chapelle (Aachen) et les antinucléaires ont organisé une manifestation contre la remise du prix Charlemagne à Macron. Les médias manipulateurs n'en ont pas parlé.
dimanche 13 mai 2018
68 en Allemagne : création du festival du film de femmes
L'étudiante à l'académie du cinéma et de la télévision allemandes (DFBB), Helke Sander (à droite sur la photo), dont le discours à la 23e conférence des délégués du SDS provoqua un lancer de tomates sur les hommes qui squattaient la tribune et déboucha sur la création du mouvement féministe "Weiberrat" (voir entrées précédentes) s'alliera plus tard à une autre cinéaste féministe,
Claudia von Alemann (à gauche), qui étudia le cinéma à Ulm puis participa en 1968 à Paris (comme seule femme avec Agnès Varda) aux états généraux du cinéma créés pour bloquer le festival de Cannes malheureusement pas pour des motifs féministes mais pour la défense de la classe ouvrière. Le discours qui est servi aux féministes à l'époque : "une fois qu'on aura fait la révolution on s'occupera du cas des femmes". Claudia von Alemann le croit d'abord et réalise en 68 le documentaire :
Ce n'est qu'un début continuons le combat (Das ist nur der Anfang - Der Kampf geht weiter)
Puis elle n'a plus envie d'attendre.
Parenthèse sur les femmes et le cinéma dans les années 60 : il n'y a qu'une petite douzaine de réalisatrices Citons : Věra Chytilová, Agnès Varda, Mai Zetterling,
Cristina Perincioli, Edna Politi, entre autres.
De la rencontre de Claudia von Alemann et Helke Sander naît en 73 le premier festival du film de femmes d'abord appelé "séminaire", seule appelation qui permettait d'obtenir des subventions.
Au cinéma ARSENAL de Berlin-Ouest a donc lieu du 15 au 18 novembre le 1er Séminaire International du film de femmes organisé par Helke Sander et Claudia von Alemann. Titre : „Documentaires et films ciblés sur la condition des femmes“. Lors du séminaire de 4 jours il est question des „Femmes dans la la lutte ouvrière“, „La représentation des femmes dans les médias“, „ le §218 (sur l'avortement), la sexualité, la répartition des rôles“ et „le mouvement des femmes en Europe et aux USA“. Claudia von Alemann résume : „Ce fut une énorme réussite, en 4 jours nous avons présenté une quarantaine de films environ, presque uniquement des premières en RFA. 300 femmes et 5 hommes se sont déplacés.“
Un mois plus tard le forum international du cinéma d'avant-garde de Munich organisa un nouveau séminaire du cinéma de femmes sur le thème de La condition des femmes, où furent invitées Alemann, Sander et Erika Runge.
Claudia von Alemann a tourné plusieurs films documentaires sur des femmes comme Germaine Greer, Ariane Mnouchkine, la photographe Abisag Tüllmann, et en 78/80 sur Flora Tristan, un docu intitulé "Le voyage à Lyon" qui obtint le prix de la critique allemande.
Les initiatives des réalisatrices pour exister malgré le cinéma masculin qui ne veut pas entendre parler d'elles se poursuivent jusqu'à aujourd'hui. Le festival de Cannes est un bastion machiste qui devrait être bloqué par les femmes comme il l'a été en 68 au nom de la défense de la classe ouvrière. Les femmes ne sont-elles pas les ouvrières des ouvriers?
En 78
Cristina Perincioli sort un film sur les violences conjugales intitulé "LE POUVOIR MASCULIN SE FAÇONNE DANS LA PATIENCE FÉMININE" (die Macht der Männer ist die Geduld der Frauen) autrement dit : si les femmes cessaient de se montrer patientes, le pouvoir masculin s'effondrerait.
Claudia von Alemann (à gauche), qui étudia le cinéma à Ulm puis participa en 1968 à Paris (comme seule femme avec Agnès Varda) aux états généraux du cinéma créés pour bloquer le festival de Cannes malheureusement pas pour des motifs féministes mais pour la défense de la classe ouvrière. Le discours qui est servi aux féministes à l'époque : "une fois qu'on aura fait la révolution on s'occupera du cas des femmes". Claudia von Alemann le croit d'abord et réalise en 68 le documentaire :
Ce n'est qu'un début continuons le combat (Das ist nur der Anfang - Der Kampf geht weiter)
Puis elle n'a plus envie d'attendre.
Parenthèse sur les femmes et le cinéma dans les années 60 : il n'y a qu'une petite douzaine de réalisatrices Citons : Věra Chytilová, Agnès Varda, Mai Zetterling,
Cristina Perincioli, Edna Politi, entre autres.
De la rencontre de Claudia von Alemann et Helke Sander naît en 73 le premier festival du film de femmes d'abord appelé "séminaire", seule appelation qui permettait d'obtenir des subventions.
Au cinéma ARSENAL de Berlin-Ouest a donc lieu du 15 au 18 novembre le 1er Séminaire International du film de femmes organisé par Helke Sander et Claudia von Alemann. Titre : „Documentaires et films ciblés sur la condition des femmes“. Lors du séminaire de 4 jours il est question des „Femmes dans la la lutte ouvrière“, „La représentation des femmes dans les médias“, „ le §218 (sur l'avortement), la sexualité, la répartition des rôles“ et „le mouvement des femmes en Europe et aux USA“. Claudia von Alemann résume : „Ce fut une énorme réussite, en 4 jours nous avons présenté une quarantaine de films environ, presque uniquement des premières en RFA. 300 femmes et 5 hommes se sont déplacés.“
Un mois plus tard le forum international du cinéma d'avant-garde de Munich organisa un nouveau séminaire du cinéma de femmes sur le thème de La condition des femmes, où furent invitées Alemann, Sander et Erika Runge.
en 1974
paraît le premier magazine féministe du cinéma Frauen und Film dont l'éditrice n'est autre que la cinéaste Helke Sander. Sujet du journal : „Interroger l'influence de la culture patriarcale sur le médium cinématographique, reconnaître et définir les approches d'une culture féministe, en retenir et en développer les interrogations“Claudia von Alemann a tourné plusieurs films documentaires sur des femmes comme Germaine Greer, Ariane Mnouchkine, la photographe Abisag Tüllmann, et en 78/80 sur Flora Tristan, un docu intitulé "Le voyage à Lyon" qui obtint le prix de la critique allemande.
Les initiatives des réalisatrices pour exister malgré le cinéma masculin qui ne veut pas entendre parler d'elles se poursuivent jusqu'à aujourd'hui. Le festival de Cannes est un bastion machiste qui devrait être bloqué par les femmes comme il l'a été en 68 au nom de la défense de la classe ouvrière. Les femmes ne sont-elles pas les ouvrières des ouvriers?
En 78
Cristina Perincioli sort un film sur les violences conjugales intitulé "LE POUVOIR MASCULIN SE FAÇONNE DANS LA PATIENCE FÉMININE" (die Macht der Männer ist die Geduld der Frauen) autrement dit : si les femmes cessaient de se montrer patientes, le pouvoir masculin s'effondrerait.
Cette note est en partie traduite de ce lien
vendredi 11 mai 2018
68 en Allemagne : le tract du Weiberrat
COMPTE-RENDU DE RENDU DE COMPTE
bite-en-moins bite-en-moins bite-en-moins bite-en-moins bite-en-moins
Nous n'ouvrons pas notre gueule ! Et si nous le faisons, rien n'en sort ! Si on la laisse ouverte, on nous la bourre : avec des bites petites bourgeoises, des baises forcées socialistes, des enfants socialistes, de l'amûûr, de la déréliction socialiste, de la grandiloquence, de l'excitation sexuelle mâle, du pathos intellectuel socialiste, du conseil pratique socialiste, des attouchements socialistes, de l'argument sexuel révolutionnaire, de l'orgasme pansocial, du BARATIN socialo-émancipatoire ! Si on en a marre, voilà ce qui se passe : du tapotement d'épaule, du paternalisme exacerbé ; puis nous sommes soudain prises au sérieux, alors nous voilà : formidables, étonnantes, on nous félicite, nous avons le droit de partager la table des habitués, on est des égales, alors on tape les textes, on distribue les tracts, peint les infos murales, lèche les timbres : nous sommes super ! Quand on a la gerbe : on est pénissenvieuses, frustrées, hystériques, coincées, asexuées, lesbiennes, frigides, mal-baisées, irrationnelles, pénissenvieuses, ennemies du désir, dures, viriles, compliquées, des garces, on "compense", on "surcompense", on est pénissenvieuses, pénissenvieuses, pénissenvieuses, pénissenvieuses. Les femmes sont a u t r e s !
LIBÉREZ SES ÉMINENCES SOCIALISTES DE LEUR BITE BOURGEOISE !
Tract du comité des bonnes femmes 1968
(Les noms numérotés de 1 à 6 = 6 sommités du SDS. Schauer Gäng Kunzelmann Krahl Rabehl Reiche
Schauer deviendra par la suite syndicaliste à IG Metall
Gäng spécialiste du Bouddhisme
Kunzelmann activiste d'extrême-gauche
Krahl décède 2 ans + tard
Rabehl est aujourd'hui militant d'extrême-droite
Reiche sexologue (lol)
Le Weiberrat aimerait la leur couper.
La liste se poursuit au verso avec d'autres membres masculins du SDS. Ex.: 15 Dutschke 16 Cohn-Bendit 17 Gaston Salvatore... ainsi que leurs principaux gourous masculins: 10 Habermas 19 Freud 22 Adorno 36 Mao 44 Marx 47 Lénine)
Sabine Zurmühl une témoine de l'époque qui cofonda par la suite le journal féministe Courage à propos des hommes du SDS : [ils] étaient vraiment épouvantables à entendre. Leur langage était codé. Et ce code on devait le maîtriser à fond sinon on n'était rien. Et les femmes du SDS n'étaient de toute manière rien".
dimanche 6 mai 2018
68 en Allemagne / LA TOMATE / Sigrid Rüger
Sigrid Damm-Rüger figure marquante de 68 née et morte à Berlin (1939-1995) est tombée avec d'autres dans les oubliettes du château-fort culturel masculin.
Parenthèse : La société patriarcale se garde bien d'entretenir le souvenir d'actions féminines sauf exceptions "prouvant" au monde que TRÈS EXCEPTIONNELLEMENT la bestiole femelle rejoint l'humain-homme supérieur. Car d'après je ne sais plus quel machiste célébré par la mâlitude pour sa grande sagesse (hahaha) le chat (la chatte ?) parvient aussi de temps en temps à se mettre sur ses deux pattes de derrière !
Bref, donc Sigrid Damm-Rüger fut une activiste féministe allemande qui s'illustra pour avoir mitraillé un homme de tomates pendant la 23e conférence à Francfort-sur-le-Main des délégués du SDS dont elle était membre.
Cela se produisit le 13 septembre 68, deuxième jour de la conférence qui devait durer cinq jours.
Parenthèse sur le SDS : le SDS ou Union socialiste allemande des étudiants est une formation issue du mouvement étudiant allemand créé d'abord comme syndicat indépendant proche du parti socialiste, puis indépendant du SPD et représentant la nouvelle gauche ouest-allemande (opposée au nucléaire et au réarmement).
Le SDS joue un rôle important dans les événements de 68 en Allemagne. Rudi Dutschke en fit une organisation anti-autoritaire proche des idées anarchistes et sans affinité aucune avec le socialisme d'Allemagne de l'Est. Très offensif contre la ligne néo-capitaliste suivie par la RFA, le SDS fut longtemps une épine dans le pied du gouvernement qui l'interdit en 1970.
Membre féminine très célèbre du SDS : Ulrike Meinhof et moins célèbres mais un peu quand même : Susanne Kleemann, Karin Struck, Helke Sander cette dernière ayant joué un rôle de premier plan dans l'affaire "tomate".
On voulait ENFIN METTRE L'ÉMANCIPATION DES FEMMES À L'ORDRE DU JOUR, dira Sigrid Rüger quelques décennies plus tard pour expliquer son geste.
Jamais le problème de l'oppression des femmes n'était abordé en conférence. Helke Sander qui n'était pas encore une cinéaste renommée venait ce jour-là de faire un discours ne figurant certes pas au programme mais qui aurait tout de même pu soulever un débat puisqu'il traitait du cas particulier des femmes dans la lutte des classes. Pendant le discours il y eu des rires et quelques applaudissements mais par la suite le fil du programme fut repris comme s'il ne s'était rien passé. Ce fut insupportable à certaines femmes dont Sigrid Rüger.
Pendant le pause de midi, elle alla acheter un kilo de tomates à 70 pfennigs la livre et le montra à Helke Sander.
Hans-Jürgen Krahl la grande vedette du SDS, un ancien élève de Theodor Adorno traité par ce dernier comme son égal, parce que doué, très cultivé, orateur hors pair avec une mémoire d'éléphant, ce qui ne l'empêchera pas de mourir en 1970 dans un accident de voiture à l'âge de 27 ans, reprend le micro sans la moindre allusion au discours de sa prédécésseuse. Rüger l'interrompt et dit : "Est-ce qu'il t'est déjà arrivé de t'interroger sur le rôle des femmes ?" Krahl rit et répond : "Je vais y réfléchir". Puis il poursuit son discours entamé sans plus s'occuper de l'intervention de Rüger. Rüger l'interpelle à nouveau:
"Vois-tu, camarade Krahl, tu n'es rien d'autre qu'un contre-révolutionnaire et pire encore : un agent de l'ennemi de classe !". Sander ajoute : "Si le SDS n'est pas prêt à discuter du sujet du rôle des femmes il a mérité d'être traité comme il traite l'establishment". Là-dessus Rüger jette trois tomates (d'après le magazine Stern) une livre complète (d'après Sander) sur Krahl. Une le touche (d'après Spiegel, deux d'après Stern). Une femme s'interpose. Ines Lehmann. Dans un article paru en 2008 elle explique que le SDS avait plus d'importance pour elle que les revendications de Rüger et Sander. D'ailleurs l'affaire du lancer de tomates a signé le fin du SDS, d'après elle. Le patriarcat a malheureusement ses affidéEs.
Le silence se fait. Puis un énorme tumulte s'en suit. Les délégués hurlent.
Krahl essaie de poursuivre son discours. Ines Lehmann, alors activiste du SDS à l'affût de la moindre critique contre l'organisation, après s'être interposé entre Krahl et les tomates, prend le micro et accuse Rüger et Sander d'être des sécessionnistes.
La journaliste et écrivaine Hazel Rosenstrauch prend le micro à son tour pour défendre Rüger et Sander et critiquer Lehmann.
Dans l'après-midi, Rüger forme un groupe féminin effectivement sécessioniste : le "Weiberrat" (littéralement "le conseil des bonnes femmes"). Il s'y joint très vite trop de femmes. Les discussions personnelles sont rendues impossibles par le nombre et les nouvelles venues se sentent mises de côté. Il est donc dissout peu de temps après (hiver 68/69). Mais il s'en reformera un autre par la suite.
C'est ainsi que le lancer de tomate de Sigrid Rüger marqua le début de ce que l'herstoire appelle en Allemagne (de l'ouest)la 2e vague féministe.
Helke Sander pendant son discours féministe du 13.9.68 devant le SDS
Depuis ce jour, la tomate est devenue l'arme par excellence du féminisme allemand qui permet à la fois aux femmes de se faire entendre et de faire taire le bavardage masculin incessant qui ne nous concerne pratiquement jamais.
Parenthèse : La société patriarcale se garde bien d'entretenir le souvenir d'actions féminines sauf exceptions "prouvant" au monde que TRÈS EXCEPTIONNELLEMENT la bestiole femelle rejoint l'humain-homme supérieur. Car d'après je ne sais plus quel machiste célébré par la mâlitude pour sa grande sagesse (hahaha) le chat (la chatte ?) parvient aussi de temps en temps à se mettre sur ses deux pattes de derrière !
Bref, donc Sigrid Damm-Rüger fut une activiste féministe allemande qui s'illustra pour avoir mitraillé un homme de tomates pendant la 23e conférence à Francfort-sur-le-Main des délégués du SDS dont elle était membre.
Cela se produisit le 13 septembre 68, deuxième jour de la conférence qui devait durer cinq jours.
Parenthèse sur le SDS : le SDS ou Union socialiste allemande des étudiants est une formation issue du mouvement étudiant allemand créé d'abord comme syndicat indépendant proche du parti socialiste, puis indépendant du SPD et représentant la nouvelle gauche ouest-allemande (opposée au nucléaire et au réarmement).
Le SDS joue un rôle important dans les événements de 68 en Allemagne. Rudi Dutschke en fit une organisation anti-autoritaire proche des idées anarchistes et sans affinité aucune avec le socialisme d'Allemagne de l'Est. Très offensif contre la ligne néo-capitaliste suivie par la RFA, le SDS fut longtemps une épine dans le pied du gouvernement qui l'interdit en 1970.
Membre féminine très célèbre du SDS : Ulrike Meinhof et moins célèbres mais un peu quand même : Susanne Kleemann, Karin Struck, Helke Sander cette dernière ayant joué un rôle de premier plan dans l'affaire "tomate".
H.-J. Krahl, 3e en partant de la gauche (celui qui rit à gorge déployé)
On voulait ENFIN METTRE L'ÉMANCIPATION DES FEMMES À L'ORDRE DU JOUR, dira Sigrid Rüger quelques décennies plus tard pour expliquer son geste.
Jamais le problème de l'oppression des femmes n'était abordé en conférence. Helke Sander qui n'était pas encore une cinéaste renommée venait ce jour-là de faire un discours ne figurant certes pas au programme mais qui aurait tout de même pu soulever un débat puisqu'il traitait du cas particulier des femmes dans la lutte des classes. Pendant le discours il y eu des rires et quelques applaudissements mais par la suite le fil du programme fut repris comme s'il ne s'était rien passé. Ce fut insupportable à certaines femmes dont Sigrid Rüger.
Pendant le pause de midi, elle alla acheter un kilo de tomates à 70 pfennigs la livre et le montra à Helke Sander.
Hans-Jürgen Krahl la grande vedette du SDS, un ancien élève de Theodor Adorno traité par ce dernier comme son égal, parce que doué, très cultivé, orateur hors pair avec une mémoire d'éléphant, ce qui ne l'empêchera pas de mourir en 1970 dans un accident de voiture à l'âge de 27 ans, reprend le micro sans la moindre allusion au discours de sa prédécésseuse. Rüger l'interrompt et dit : "Est-ce qu'il t'est déjà arrivé de t'interroger sur le rôle des femmes ?" Krahl rit et répond : "Je vais y réfléchir". Puis il poursuit son discours entamé sans plus s'occuper de l'intervention de Rüger. Rüger l'interpelle à nouveau:
"Vois-tu, camarade Krahl, tu n'es rien d'autre qu'un contre-révolutionnaire et pire encore : un agent de l'ennemi de classe !". Sander ajoute : "Si le SDS n'est pas prêt à discuter du sujet du rôle des femmes il a mérité d'être traité comme il traite l'establishment". Là-dessus Rüger jette trois tomates (d'après le magazine Stern) une livre complète (d'après Sander) sur Krahl. Une le touche (d'après Spiegel, deux d'après Stern). Une femme s'interpose. Ines Lehmann. Dans un article paru en 2008 elle explique que le SDS avait plus d'importance pour elle que les revendications de Rüger et Sander. D'ailleurs l'affaire du lancer de tomates a signé le fin du SDS, d'après elle. Le patriarcat a malheureusement ses affidéEs.
Le silence se fait. Puis un énorme tumulte s'en suit. Les délégués hurlent.
Krahl essaie de poursuivre son discours. Ines Lehmann, alors activiste du SDS à l'affût de la moindre critique contre l'organisation, après s'être interposé entre Krahl et les tomates, prend le micro et accuse Rüger et Sander d'être des sécessionnistes.
La journaliste et écrivaine Hazel Rosenstrauch prend le micro à son tour pour défendre Rüger et Sander et critiquer Lehmann.
Dans l'après-midi, Rüger forme un groupe féminin effectivement sécessioniste : le "Weiberrat" (littéralement "le conseil des bonnes femmes"). Il s'y joint très vite trop de femmes. Les discussions personnelles sont rendues impossibles par le nombre et les nouvelles venues se sentent mises de côté. Il est donc dissout peu de temps après (hiver 68/69). Mais il s'en reformera un autre par la suite.
C'est ainsi que le lancer de tomate de Sigrid Rüger marqua le début de ce que l'herstoire appelle en Allemagne (de l'ouest)la 2e vague féministe.
Depuis ce jour, la tomate est devenue l'arme par excellence du féminisme allemand qui permet à la fois aux femmes de se faire entendre et de faire taire le bavardage masculin incessant qui ne nous concerne pratiquement jamais.
Les féministes allemandes demandent de continuer à lancer des tomates.
"Continuez à lancer la tomate !"
Traduction de l'affiche : "du lancer de tomate au quota de femmes"
mercredi 9 octobre 2013
Edith Margaret Garrud, la suffragette bodyguard qui faisait du jiu-jitsu
Edith Margaret Garrud (1872-1971), née Williams, a été la première formatrice d’autodéfense féministe en Europe, et probablement dans le monde.
Après son enfance à Bath puis en Pays de Galles, Edith Garrud suit une formation de professeure d’éducation physique pour filles. À 21 ans, elle se marie avec William Garrud, un autre prof de sport avec qui elle emménage à Londres. En 1899, les Garrud découvrent le Bartitsu, un mélange de divers arts martiaux asiatiques – qui étaient à ce moment-là peu connus en Europe – créé par Edward William Barton Wright. Sherlock Holmes le pratiquera dans les livres de Sir Arthur Conan Doyle.
La formation par Barton Wright est complétée par des leçons chez Sadakazu Uyenishi. En 1907, Edith Garrud jouera le rôle principal dans le film Ju-jutsu Downs the Footpads. Quand Uyenishi retourne au Japon un an plus tard, les Garrud reprennent son école d’arts martiaux, et Edith prend en charge les classes pour femmes et pour enfants. Elle organise également des cours d’autodéfense pour les suffragettes de la Women’s Social and Political Union (W.S.P.U.) et de la Women’s Freedom League. Pour rendre l’autodéfense pour les femmes plus connue, elle crée en 1911 la pièce de théâtre What Every Woman Ought to Know (« Ce que chaque femme devrait savoir » ; la pièce comique met en scène le moyen de se défendre contre la violence conjugale) et publie des articles dans des journaux :
Quand les suffragettes anglaises, entrent vers 1910 dans la confrontation avec les forces de l’ordre (bris des vitres, incendies, bombes...) en veillant toujours à ce que personne ne soit blessé et que des ouvriers/ères ne perdent pas leur travail. S'en suivent les arrestations brutales et l’alimentation forcée par tubes des prisonnières en grève de la faim. A partir de 1913, la loi « du chat et de la souris » donne à la police le droit de relâcher une suffragette emprisonnée si elle est trop affaiblie par la grève de la faim pour qu’elle ne meure pas en prison, et au cas où elle s’en remet, de la ré-emprisonner aussitôt. Des meneuses comme les trois Pankhurst risquaient non seulement des conséquences graves pour leur santé, mais n’avaient plus le droit de militer.
Mais la police n’avait pas compté avec Edith Garrud. La W.S.P.U. monte le Bodyguard, un groupe de 39 femmes formées par Edith Garrud et menées par Gertrude Harding. Leur mission : protéger les leaders des suffragettes de l’arrestation, si nécessaire par la force physique. Dans des lieux secrets, elles apprennent le jiu-jitsu, mais aussi la défense avec des massues de gymnastique, techniques qu’elles mettent en pratique dans de nombreux combats corps-à-corps avec la police. Une des bodyguards découvre par exemple qu’on peut faire tomber un policier à cheval si on frappe l’arrière du genou de l’animal avec une massue. Cette technique ne fait pas mal au cheval, mais le force à « s’asseoir », au grand dam du cavalier surpris. Une autre technique de combat préférée est de tirer sur les bretelles élastiques d’un policer pour arracher les boutons de son pantalon – les mains occupées à tenir son pantalon en place, il peut difficilement courir après les suffragettes... Les médias, déjà très critiques envers les suffragettes en général, essaient de les ridiculiser par des caricatures.
La confrontation physique n’est pas la seule à porter ses fruits : la ruse est également utilisée avec succès. Le Bodyguard sécurise les bâtiments où vont avoir lieu des manifestations suffragistes pour planifier des routes de fuite. Elles forment souvent des barrières humaines pour empêcher les policiers d’arriver jusqu’à la suffragette qu’ils veulent arrêter. A plusieurs reprises, les stratégies inventives du Bodyguard surprennent la police. Par exemple le 10 février 1914, Emmeline Pankhurst doit s’adresser à la foule sur Campden Hill Square. A l’heure prévue, la place est remplie de gens – et de policiers. E. Pankhurst apparaît sur le balcon d’une maison privée, hors de portée des policiers ! Evidemment, quand elle sort de la maison, la police se jette sur elle, le Bodyguard la protégea au mieux et dans la mêlée, les policiers ne se rendent compte qu’à la prison qu’ils ont attrapé une autre femme, vêtue et voilée tout comme Madame Pankhurst. La vraie Emmeline Pankhurst a eu le temps de disparaître.
Cette ruse fut employée plusieurs fois dans les semaines qui suivirent, et quand la police eut finalement compris le truc, elle eut droit à une nouvelle surprise. Une suffragette connue s’étant réfugiée dans une maison privée, toutes les sorties étaient bloquées. La police s’apprêta alors à arrêter la femme dès qu’elle sortirait – mais quand la porte s’ouvrit, une douzaine de femmes en vêtements identiques couraient dans tous les sens et la police ne sut pas qui poursuivre. Emmeline Pankhurst écrivit en remerciement à ses gardiennes : « En ce qui concerne nos femmes combattantes, elles sont en pleine forme et très fières de leurs exploits, comme vous pouvez vous imaginer. La fille avec la déchirure à la tête n’a pas voulu de sutures car elle voulait garder une cicatrice la plus grande possible. Le vrai esprit de guerrière ! »
Edith Garrud n’était évidemment pas non plus à l’abri du harcèlement policier. Pourtant, en tant que formatrice des Bodyguards, elle ne pouvait pas prendre trop de risques, car elles avaient besoin d’elle en liberté, pas en prison. Pour soutenir la cause, elle escalada plusieurs fois le mur de la prison de Holloway où de nombreuses suffragettes étaient enfermées. Sur le mur, elle chanta des chansons et agita le drapeau mauve-blanc-vert des suffragettes. Dans une des nombreuses manifestations, elle plaque un policier par terre qui veut l’arrêter, avant de disparaître dans la foule. Et dans son dojo, elle aménage des cachettes sous les tatamis pour faire disparaître des objets incriminants lors de fouilles. Tant qu’il y avait des élèves qui faisaient leur entraînement sur les tatamis, la police n’y voyait que du feu...
Au début de la Première Guerre mondiale, la W.S.P.U. dissolva le Bodyguard, car les suffragettes voulaient soutenir les efforts de guerre pour montrer qu’elles méritaient le droit de vote. Mais Edith Garrud continua à enseigner l’autodéfense et le jiu jitsu jusqu’en 1925, quand elle et son mari vendirent l’école d’arts martiaux et se retirèrent de la vie publique. Nous revoyons Edith Garrud en 1965, quand un magazine féminin national l’interviewe à l’occasion de son 94e anniversaire. C’est une gentille petite dame qui répond aux questions un peu infantilisantes du journaliste – pour après le prendre dans une clé dont il se souviendra un bon moment...
(Aveu : prise d'une grosse crise de fainéantise, j'ai presque tout copié/collé de ce blog).
samedi 14 septembre 2013
Sylvia Pankhurst, la mère du communisme britannique
Au sein du WSPU, elle organisait la partie "visuelle" des marches et des manifestations, en dessinait les drapeaux, les pancartes, les bannières et les objets à vendre. Jusqu'à ce que sa soeur Christabel appelât le mouvement à la violence. À la suite de quoi, elle quitta le parti et en fondit un autre : la Fédération des Suffragettes de l'Est Londonien (ELFS), parti mixte et surtout regroupant les citoyens les plus pauvres, car Sylvia se montra plus intéressée à la cause proprement prolétarienne, puis internationale prolétarienne, qu'à la cause purement féministe. Cependant elle ne cautionna pas longtemps le mouvement bolchevik de Russie et critiqua ouvertement Lénine. Depuis, on considère qu'elle joua un rôle de premier plan dans la création d'un parti communiste en Grande-Bretagne.
Après 1924, elle créa des comités pour secourir les victimes du fascisme et de l'antisémitisme, et leur assurer du travail. Elle se réengagea dans des activités féministes, mais loin de la cause ouvrière. Devenue la trésorière du Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme, fondé à Paris en 1934, elle soutint l'empereur Hailé Sélassié à l'occasion de la guerre italo-éthiopienne, au nom de l'antifascisme et de la lutte des peuples de couleur. Elle lança en 1936 un hebdomadaire, New Times and Ethiopia News pour la défense du panafricanisme.
Dans l'après-guerre elle se mit totalement au service de la cause éthiopienne. Invitée en 1956 par Hailé Sélassié à vivre en Ethiopie, elle s'installa à Addis-Abeba où elle mourut en 1960. Ses loyaux services lui valurent d'être enterrée dans la cathédrale et son nom fut donné à l'une des rues de la ville.
jeudi 12 septembre 2013
Marion Wallace Dunlop, la première gréviste de la faim
Doctor: “What will you eat for dinner?”
Marion Wallace-Dunlop: “My determination.” July, 1909.
Marion Wallace-Dunlop
(1864-1942) est la première gréviste de la faim de l'histoire du
mouvement des suffragistes du WSPU d'Emmeline et Christabel Pankhurst.
Elle
est arrêtée en juillet 1909 pour avoir jeter des pierres dans les
fenêtres du 10 Downing Street. Elle décide de cette grève seule et
contre l'avis des Pankhurst qui y sont opposées mais qui l'imiteront
néanmoins plus tard. Christabel écrit :
"Miss Wallace Dunlop, taking counsel with no one and acting entirely
on her own initiative, sent to the Home Secretary, Mr. Gladstone, as
soon as she entered Holloway Prison, an application to be placed in the
first division as befitted one charged with a political offence. She
announced that she would eat no food until this right was conceded."
(Madame
Wallace-Dunlop n'ayant pris conseil de personne et ayant entièrement
agi de sa propre initiative, a envoyé au secrétaire de la chambre Mr.
Gladstone, aussitôt qu'elle a été incarcérée à Holloway, une requête
pour être placée dans la première division de la prison comme convenant à
une femme de son rang poursuivie pour offense politique. Elle a annoncé
qu'elle ne mangerait aucun aliment tant que ce droit ne lui serait pas
concédé)
Elle tiendra 91 jours avant d'être libérée pour raisons de santé.
lundi 9 septembre 2013
Quand les suffragistes inventaient la visibilité
à l'occasion du couronnement de la reine d'Angleterre (17.6.1911), une militante du WSPU défila à cheval et habillée de blanc : Marjorie Annan Bryce costumée en Jeanne d'Arc.
Cette photo a un certain intérêt à l'heure où l'on reparle de la visibilité des féministes depuis que l'incursion des Femen sur la scène internationale provoque la controverse. Et pour inciter à la réflexion sur le sujet, voici des extraits d'un article intitulé "vision et visibilité : la réthorique visuel des suffragistes..." qui donne la troublante impression que l'on parle en fait des Femen... :
"Comment le mouvement suffragiste dans son ensemble s’est-il mis en scène dans l’espace public et notamment dans la rue ? Toutes les militantes sont convaincues que la visibilité est la donnée fondamentale de la campagne pour le suffrage ; les légalistes se limitent à la légalité ; les suffragettes, surnommées ainsi depuis janvier 1906, développent des tactiques de plus en plus spectaculaires au service exclusif de la visibilité. L’autocratique Christabel Pankhurst, publicitaire de génie, mène avec vigueur et imagination l’invasion de la rue et la perturbation de la vie politique.
(...)
La visibilité de la suffragette est essentielle ; elle se décline avant tout en une bénévole mais aussi en victime, en femme respectable, en combattante, en travailleuse, en femme molestée aux vêtements en lambeaux, en incendiaire de bâtiments publics, de maisons privées ou de boîtes à lettres, en destructrice de tableaux (lacération), en briseuse de vitrine, en femme-sandwich, en sportive qui escalade des monuments pour les occuper ou contourner les services d’ordre des réunions politiques, en femme enchaînée à des grilles (surtout celles du Parlement), en perturbatrice de réunions publiques (surtout celles du parti Libéral), en rebelle recourant à la désobéissance civile comme le refus de payer l’impôt ou de répondre aux questions du recensement de 1911. C’est une stratégie menée avec l’assentiment de chacune intégrée dans un groupe d’intervention rapide et, après 1912, dans des opérations de commando. Une visibilité de la personne ou/et de ses actions, une visibilité qui relègue le verbe à la seconde place, sont à défendre à tous prix. Arme exclusive des légalistes, le verbe sous toutes ses formes légales, n’a pas apporté le suffrage féminin malgré une campagne d’un demi-siècle.
(...)
Une autre tactique des suffragettes est de se déplacer temporairement dans une ville et d’installer en quelques heures un petit groupe de militantes dans une boutique très bien située, c’est-à-dire visible.
(...)
Dans une veine moins délinquante, il y a une utilisation systématique du costume régional/national [on pense à la couronne de fleurs ukrainienne] tout comme d’ailleurs du costume professionnel ou du vêtement ouvrier. L’uniforme réapproprié par la cause devient alors un grand classique de la propagande visuelle. Il est utilisé à des fins publicitaires : une photographie prise en mai 1909 montre, par exemple, une fanfare, martiale et colorée, avec pour annonce la Women’s exhibition ou encore les tabliers portés par de jeunes femmes invitent les passants à un meeting suffragiste à Manchester (juillet 1908). L’uniforme présente également une vision des femmes au travail, au service de la Cause et de la société.
(...)
Sylvia Pankhurst écrivit à propos de la Procession du couronnement :
It was a triumph of organisation, a pageant of science, art, nursing, education, poverty, factorydom, slumdom, youth, age, labour, motherhood, a beautiful and imposing spectacle.
Le message est clair : aucun lieu, ni aucune classe, n’échappe à la revendication du suffrage. D’autre part, la représentation ainsi construite présente des femmes génériques, des femmes qui ne sont pas seulement des individus convaincus mais une catégorie à laquelle il devient difficile de ne pas s’identifier, soit par la classe, le lieu, l’âge et donc la revendication. Enfin, cette ambition généralisante permet d’anéantir un argument anti-suffragiste, celui qui affirme que les femmes dans leur grande majorité ne veulent pas le droit de vote, à part quelques excitées, héritières de la « hyène en jupons », Mary Wollstonecraft.
A lire tout l'article ici.http://lisa.revues.org/3116?lang=fr
Cette photo a un certain intérêt à l'heure où l'on reparle de la visibilité des féministes depuis que l'incursion des Femen sur la scène internationale provoque la controverse. Et pour inciter à la réflexion sur le sujet, voici des extraits d'un article intitulé "vision et visibilité : la réthorique visuel des suffragistes..." qui donne la troublante impression que l'on parle en fait des Femen... :
"Comment le mouvement suffragiste dans son ensemble s’est-il mis en scène dans l’espace public et notamment dans la rue ? Toutes les militantes sont convaincues que la visibilité est la donnée fondamentale de la campagne pour le suffrage ; les légalistes se limitent à la légalité ; les suffragettes, surnommées ainsi depuis janvier 1906, développent des tactiques de plus en plus spectaculaires au service exclusif de la visibilité. L’autocratique Christabel Pankhurst, publicitaire de génie, mène avec vigueur et imagination l’invasion de la rue et la perturbation de la vie politique.
(...)
La visibilité de la suffragette est essentielle ; elle se décline avant tout en une bénévole mais aussi en victime, en femme respectable, en combattante, en travailleuse, en femme molestée aux vêtements en lambeaux, en incendiaire de bâtiments publics, de maisons privées ou de boîtes à lettres, en destructrice de tableaux (lacération), en briseuse de vitrine, en femme-sandwich, en sportive qui escalade des monuments pour les occuper ou contourner les services d’ordre des réunions politiques, en femme enchaînée à des grilles (surtout celles du Parlement), en perturbatrice de réunions publiques (surtout celles du parti Libéral), en rebelle recourant à la désobéissance civile comme le refus de payer l’impôt ou de répondre aux questions du recensement de 1911. C’est une stratégie menée avec l’assentiment de chacune intégrée dans un groupe d’intervention rapide et, après 1912, dans des opérations de commando. Une visibilité de la personne ou/et de ses actions, une visibilité qui relègue le verbe à la seconde place, sont à défendre à tous prix. Arme exclusive des légalistes, le verbe sous toutes ses formes légales, n’a pas apporté le suffrage féminin malgré une campagne d’un demi-siècle.
(...)
Une autre tactique des suffragettes est de se déplacer temporairement dans une ville et d’installer en quelques heures un petit groupe de militantes dans une boutique très bien située, c’est-à-dire visible.
(...)
Dans une veine moins délinquante, il y a une utilisation systématique du costume régional/national [on pense à la couronne de fleurs ukrainienne] tout comme d’ailleurs du costume professionnel ou du vêtement ouvrier. L’uniforme réapproprié par la cause devient alors un grand classique de la propagande visuelle. Il est utilisé à des fins publicitaires : une photographie prise en mai 1909 montre, par exemple, une fanfare, martiale et colorée, avec pour annonce la Women’s exhibition ou encore les tabliers portés par de jeunes femmes invitent les passants à un meeting suffragiste à Manchester (juillet 1908). L’uniforme présente également une vision des femmes au travail, au service de la Cause et de la société.
(...)
Sylvia Pankhurst écrivit à propos de la Procession du couronnement :
It was a triumph of organisation, a pageant of science, art, nursing, education, poverty, factorydom, slumdom, youth, age, labour, motherhood, a beautiful and imposing spectacle.
Le message est clair : aucun lieu, ni aucune classe, n’échappe à la revendication du suffrage. D’autre part, la représentation ainsi construite présente des femmes génériques, des femmes qui ne sont pas seulement des individus convaincus mais une catégorie à laquelle il devient difficile de ne pas s’identifier, soit par la classe, le lieu, l’âge et donc la revendication. Enfin, cette ambition généralisante permet d’anéantir un argument anti-suffragiste, celui qui affirme que les femmes dans leur grande majorité ne veulent pas le droit de vote, à part quelques excitées, héritières de la « hyène en jupons », Mary Wollstonecraft.
A lire tout l'article ici.http://lisa.revues.org/3116?lang=fr
mardi 3 septembre 2013
La baronne Emmeline Pethick Lawrence, suffragiste et femme d'un ami de Gandhi
La baronne Emmeline Pethick Lawrence (1867-1954) fut membre du WSPU de Emmeline Pankhurst et femme du secrétaire des Affaires Étrangères d'Inde et de Birmanie, Frederick Pethick Lawrence, grand ami du Mahatma Gandhi dont il fut un contemporain de la lutte pour l'indépendance de l'Inde. Les deux hommes s'entendaient à merveille, rapportent les historiens. Le baron Frederick Pethick Lawrence soutenait le WSPU et publia dès 1902 avec sa femme le fameux journal "Vote for Women".
Remarquons qu'en se mariant Frederick Lawrence a pris, en sus de son nom, celui de sa femme !
Remarquons qu'en se mariant Frederick Lawrence a pris, en sus de son nom, celui de sa femme !
Emmeline Pethick Lawrence fit six fois de la prison en raison de ses activités avec le WSPU.
Dans son livre My Part in a Changing World (1938) elle écrit : "When the morning newspaper brought the unexpected news of my first arrest in the Suffrage Movement, my father reacted to it in precisely the same way as I should have reacted had our positions been reversed. He was proud that a child of his hand not hesitated to make a stand for the extension of democratic liberty."
"Lorsque le journal du matin a rapporté la nouvelle inattendue de ma première arrestation pour le mouvement des suffragistes, mon père a réagi exactement de la même manière que je l'aurais fait si j'avais été à sa place. Il fut fier qu'un enfant venant de lui n'ait pas hésité à prendre position pour l'extension de la liberté démocratique".
Dans son livre My Part in a Changing World (1938) elle écrit : "When the morning newspaper brought the unexpected news of my first arrest in the Suffrage Movement, my father reacted to it in precisely the same way as I should have reacted had our positions been reversed. He was proud that a child of his hand not hesitated to make a stand for the extension of democratic liberty."
"Lorsque le journal du matin a rapporté la nouvelle inattendue de ma première arrestation pour le mouvement des suffragistes, mon père a réagi exactement de la même manière que je l'aurais fait si j'avais été à sa place. Il fut fier qu'un enfant venant de lui n'ait pas hésité à prendre position pour l'extension de la liberté démocratique".
vendredi 30 août 2013
Millicent Fawcett et son sac à main
C'est toujours lorsqu'on a un peu la notion de sa propre valeur et que l'on se retrouve confrontée à l'une ou l'autre injustice flagrante que l'on décide en tant que femme de se révolter et de s'engager dans la cause féministe. Ainsi Millicent Fawcett se fait voler son sac à main. Elle se rend au poste de police, veut y faire une déclaration de vol, et là, qu'apprend-elle ? Que c'est impossible. Pourquoi ? Car "son" sac à main n'est pas à elle. Il est la propriété de son mari.
Millicent est atterrée. Elle dira plus tard qu'en entendant cela, elle a eu l'impression de s'être faite encore une fois voler son sac à main. Ainsi, aucune des choses qu'elle avait cru lui appartenir n'auraient été à elle ? Aurait-elle été corps et biens la propriété de quelqu'un d'autre comme une esclave ?
Millicent Fawcett fut une très grande féministe pacifique qui a énormement oeuvré pour l'amélioration de la condition des femmes, notamment des femmes dans la prostitution. Pour la question du droit de vote, elle n'approuvait pas l'activisme violent et spectaculaire mais elle n'a jamais critiqué celles qui s'y adonnaient car elle savait qu'elles se battaient pour les mêmes droits. Elle ne s'en est jamais prise aux activistes en guerre avec l'État même si elle pensait que la violence était contre-productive et même quand le public s'est mis à faire l'amalgame entre son mouvement et celui d'Emmeline Pankhurst.
Une privilégiée qui ne stigmatise pas les militantes non-privilégiées est selon moi un exemple à méditer. Même si elle ne comprenait absolument pas qu'elles aient choisi des procédés guerriers, Millicent Fawcett ne blâmait pas en public ces "casseuses", issues de divers horizons, comme font aujourd'hui certaines féministes "établies" avec des féministes émergeantes et qui ont pourtant le même but : se réapproprier ce corps qui ne semble jamais appartenir aux femmes à l'instar du sac à main de MF.
Le respect inconditionnel pour les autres dont MF a fait preuve dans cette lutte est l'un de ses plus grands mérites.
La bataille séparée mais mentalement conjointe au-delà des dissensions, des militantes pacifiques de Millicent Fawcett et des activistes d'Emmeline Pankhurst a été nécessaire pour faire plier la mâlitude britannique et entamer un peu de son extrême arrogance. Que les féministes d'aujourd'hui en retirent l'enseignement qui s'impose.
Si l'union n'est pas possible, rien n'oblige à être dans la désunion exhibitionniste.
Millicent est atterrée. Elle dira plus tard qu'en entendant cela, elle a eu l'impression de s'être faite encore une fois voler son sac à main. Ainsi, aucune des choses qu'elle avait cru lui appartenir n'auraient été à elle ? Aurait-elle été corps et biens la propriété de quelqu'un d'autre comme une esclave ?
Millicent
Fawcett n'est pas Emmeline Pankhurst avec sa rage et son envie de tout casser chevillées au corps parce que seule, pauvre, avec de nombreux enfants et aucun droit. M.F. est d'une famille aisée, libérale et progressiste. Ses parents sont intelligents et généreux. Les enfants étudient. Sa soeur sera la première femme médecin du Royaume-Uni. De plus Millicent épouse l'ami d'un militant pour les droits des femmes. C'est avec l'appui de son mari qu'elle luttera pour
le droit de vote des femmes.
le droit de vote des femmes.
Millicent Fawcett fut une très grande féministe pacifique qui a énormement oeuvré pour l'amélioration de la condition des femmes, notamment des femmes dans la prostitution. Pour la question du droit de vote, elle n'approuvait pas l'activisme violent et spectaculaire mais elle n'a jamais critiqué celles qui s'y adonnaient car elle savait qu'elles se battaient pour les mêmes droits. Elle ne s'en est jamais prise aux activistes en guerre avec l'État même si elle pensait que la violence était contre-productive et même quand le public s'est mis à faire l'amalgame entre son mouvement et celui d'Emmeline Pankhurst.
Une privilégiée qui ne stigmatise pas les militantes non-privilégiées est selon moi un exemple à méditer. Même si elle ne comprenait absolument pas qu'elles aient choisi des procédés guerriers, Millicent Fawcett ne blâmait pas en public ces "casseuses", issues de divers horizons, comme font aujourd'hui certaines féministes "établies" avec des féministes émergeantes et qui ont pourtant le même but : se réapproprier ce corps qui ne semble jamais appartenir aux femmes à l'instar du sac à main de MF.
Le respect inconditionnel pour les autres dont MF a fait preuve dans cette lutte est l'un de ses plus grands mérites.
La bataille séparée mais mentalement conjointe au-delà des dissensions, des militantes pacifiques de Millicent Fawcett et des activistes d'Emmeline Pankhurst a été nécessaire pour faire plier la mâlitude britannique et entamer un peu de son extrême arrogance. Que les féministes d'aujourd'hui en retirent l'enseignement qui s'impose.
Si l'union n'est pas possible, rien n'oblige à être dans la désunion exhibitionniste.
dimanche 25 août 2013
Christabel Pankhurst, la première cracheuse sur policeman de l'histoire...
...pour des raison politiques.
Christabel Pankhurst est l'une des trois filles d'Emmeline Pankhurst. C'est la raison pour laquelle je vois en Emmeline Pankhurst, la mère des suffragistes. Ses filles Adela, Sylvia et Christabel luttèrent aussi pour les droits civiques des femmes. Une lutte qui dura cinquante ans ! Largement le temps de trouver deux générations de femmes à la suite dans ce combat.
Christabel étudia le droit mais ne put exercer aucune profession dans ce domaine puisqu'elles étaient toutes interdites aux femmes.
Au cours d'une assemblée d'hommes politiques (meeting du Parti libéral en 1905 à Manchester avec Winston Churchill, entre autres), Christabel et son amie Annie Kenney vinrent lancer à haute voix la question du vote des femmes. Trouvant que son beau meeting était perturbé par des importunes, Churchill et ses amis demandèrent à la police de les faire sortir manu militari. Christabel cracha à la figure du policeman qui la tenait et fut mise en prison pour trouble à l'ordre public ainsi que "technical assault" (crachat). Elle choisit de faire de la prison plutôt que de payer l'amende.
Ce crachat fut la première violence de la lutte des Pankhurst. Elles décidèrent très vite que puisqu'elles n'avaient pas voix au chapitre dans l'élaboration des lois, elles n'avaient aucune raison de les respecter. C'est à partir de ce moment-là qu'elles commirent toutes sortes d'actions "hors-la-loi".
Les Pankhurst furent les plus grandes agitatrices de la lutte pour les droits civiques.
Dans la vidéo ci-dessous, on voit Christabel et Annie tenir un grand panneau "Vote for Women". Christabel est celle de droite.
Christabel Pankhurst est l'une des trois filles d'Emmeline Pankhurst. C'est la raison pour laquelle je vois en Emmeline Pankhurst, la mère des suffragistes. Ses filles Adela, Sylvia et Christabel luttèrent aussi pour les droits civiques des femmes. Une lutte qui dura cinquante ans ! Largement le temps de trouver deux générations de femmes à la suite dans ce combat.
Christabel étudia le droit mais ne put exercer aucune profession dans ce domaine puisqu'elles étaient toutes interdites aux femmes.
Au cours d'une assemblée d'hommes politiques (meeting du Parti libéral en 1905 à Manchester avec Winston Churchill, entre autres), Christabel et son amie Annie Kenney vinrent lancer à haute voix la question du vote des femmes. Trouvant que son beau meeting était perturbé par des importunes, Churchill et ses amis demandèrent à la police de les faire sortir manu militari. Christabel cracha à la figure du policeman qui la tenait et fut mise en prison pour trouble à l'ordre public ainsi que "technical assault" (crachat). Elle choisit de faire de la prison plutôt que de payer l'amende.
Ce crachat fut la première violence de la lutte des Pankhurst. Elles décidèrent très vite que puisqu'elles n'avaient pas voix au chapitre dans l'élaboration des lois, elles n'avaient aucune raison de les respecter. C'est à partir de ce moment-là qu'elles commirent toutes sortes d'actions "hors-la-loi".
Les Pankhurst furent les plus grandes agitatrices de la lutte pour les droits civiques.
Dans la vidéo ci-dessous, on voit Christabel et Annie tenir un grand panneau "Vote for Women". Christabel est celle de droite.
jeudi 22 août 2013
Emmeline Pankhurst, mère des suffragistes
Emmeline Pankhurst est pour ainsi dire considérée comme la mère des suffragistes. À l'âge de 14 ans déjà, elle milite pour le droit de vote des femmes
depuis son école de filles de Neuilly sur Seine près de Paris avant de fonder une association pour le droit des votes des femmes à Londres en Angleterre.
En réalité de l'autre côté de l'Atlantique, Elizabeth Cady Stanton avait déjà fondé la "National Woman Suffrage Assocation". Malheureusement morte en 1902, elle n'aura pas vu l'aboutissement de son combat poursuivit par l'anglaise Emmeline Pankhurst et parallèlement l'américaine Alice Paul aux États-Unis.
"En 1999 le Time a nommé Emmeline Pankhurst comme étant l'une des 100 Personnalités les Plus importantes du XXe siècle ; « elle a donné un idéal aux femmes de notre temps ; elle a fait trembler la société vers un nouveau destin qui ne pourrait avoir aucun retournement. » Elle a été largement critiquée pour sa tactique militante et les HIStoRIENs sont en désaccord sur leur efficacité, mais son action est reconnue comme un élément crucial pour l'obtention du droit de vote pour les femmes en Grande-Bretagne" (tiré de Wikipédia).
En effet, elle organisait des actions offensives comme de s'enchaîner aux lampadaires, provoquer des incendies dans des immeubles, faire la grève de la faim ou bien encore couper les fils des télégraphes.
C'est elle qui fut derrière l'attentat à la bombe (posée par Emily Davison) dans la résidence du chancelier David Lloyd Georges. Elle prit 3 ans ferme. S'en suivit une avalanche d'actions similaires de la part des autres militantes. Elles jetèrent par exemple du poivre et un chat mort sur le premier ministre Herbert Asquith mais perpétrèrent aussi d'autres attentats à la bombe et d'autres incendies dans tout le pays. On parla de Reign of Terror (règne de la terreur)..
Emmeline fut libérée l'année de son emprisonnement pour des raisons de santé dues à sa grève de la faim.
Les actions se poursuivirent à coups de bombes, acide dans les boîtes aux lettres, incendie d'églises pendant lesquels les militantes entonnaient "God save Emmeline Pankhurst".
Le summum fut atteint avec la mort d'Emily Davison qui rentra en collision avec le cheval de George V au derby d'Epson le 4 juin 1913, ce qui fit dire à Emmeline Pankhurst qu'elles forceraient leurs adversaires dans la position de pouvoir leur dire "Donnez-nous notre entière liberté ou tuez-nous".
S'en suivirent le ballet des grèves de la faim, des nourrissages forcés et des remises en liberté.
Puis Emmeline est arrêtée en voulant remettre une pétition au roi. Elle crie "“Arrested at the gates of the Palace. Tell the King!” (Arrêtée aux portes du palais. Dites-le au roi ". La photo fait la une de tous les journaux et devient l'un des documents les plus importants de l'histoire du féminisme (ou de l'herstoire).
En réalité de l'autre côté de l'Atlantique, Elizabeth Cady Stanton avait déjà fondé la "National Woman Suffrage Assocation". Malheureusement morte en 1902, elle n'aura pas vu l'aboutissement de son combat poursuivit par l'anglaise Emmeline Pankhurst et parallèlement l'américaine Alice Paul aux États-Unis.
"En 1999 le Time a nommé Emmeline Pankhurst comme étant l'une des 100 Personnalités les Plus importantes du XXe siècle ; « elle a donné un idéal aux femmes de notre temps ; elle a fait trembler la société vers un nouveau destin qui ne pourrait avoir aucun retournement. » Elle a été largement critiquée pour sa tactique militante et les HIStoRIENs sont en désaccord sur leur efficacité, mais son action est reconnue comme un élément crucial pour l'obtention du droit de vote pour les femmes en Grande-Bretagne" (tiré de Wikipédia).
En effet, elle organisait des actions offensives comme de s'enchaîner aux lampadaires, provoquer des incendies dans des immeubles, faire la grève de la faim ou bien encore couper les fils des télégraphes.
C'est elle qui fut derrière l'attentat à la bombe (posée par Emily Davison) dans la résidence du chancelier David Lloyd Georges. Elle prit 3 ans ferme. S'en suivit une avalanche d'actions similaires de la part des autres militantes. Elles jetèrent par exemple du poivre et un chat mort sur le premier ministre Herbert Asquith mais perpétrèrent aussi d'autres attentats à la bombe et d'autres incendies dans tout le pays. On parla de Reign of Terror (règne de la terreur)..
Emmeline fut libérée l'année de son emprisonnement pour des raisons de santé dues à sa grève de la faim.
Les actions se poursuivirent à coups de bombes, acide dans les boîtes aux lettres, incendie d'églises pendant lesquels les militantes entonnaient "God save Emmeline Pankhurst".
Le summum fut atteint avec la mort d'Emily Davison qui rentra en collision avec le cheval de George V au derby d'Epson le 4 juin 1913, ce qui fit dire à Emmeline Pankhurst qu'elles forceraient leurs adversaires dans la position de pouvoir leur dire "Donnez-nous notre entière liberté ou tuez-nous".
S'en suivirent le ballet des grèves de la faim, des nourrissages forcés et des remises en liberté.
Puis Emmeline est arrêtée en voulant remettre une pétition au roi. Elle crie "“Arrested at the gates of the Palace. Tell the King!” (Arrêtée aux portes du palais. Dites-le au roi ". La photo fait la une de tous les journaux et devient l'un des documents les plus importants de l'histoire du féminisme (ou de l'herstoire).
vendredi 16 août 2013
Molly Brown, suffragette et rescapée du Titanic
Née Margaret Tobin à Hannibal, au Missouri, en 1867, elle a un jour quitté son village pour se rendre à Leadville, une municipalité du Colorado en plein essor. (...) Elle y a fait la rencontre de James Brown, un prospecteur de 13 ans son aîné, à la faveur d'un pique-nique paroissial. Elle l'a épousé en 1886, sept ans avant qu'il trouve de l'or dans la Little Jonny Mine et commence à édifier sa fortune, qui allait atteindre 5$ millions.
Molly a beaucoup voyagé en Europe, souvent en compagnie de son fils, Lawrence, de sorte qu'elle maîtrisait plusieurs langues. Après le naufrage du Titanic, (...) Molly Brown a amassé des fonds pour les survivants non fortunés. Elle a également lutté aux cotés d'Alva Belmont pour que le droit de vote soit accordé aux femmes Elle est décédée d'une crise cardiaque en 1932.
(Source). Lire aussi l'entrée de Wikipédia très complète et très documentée (et faite avec plus de finesse que ce résumé). Cliquer sur le nom "Molly Brown" en haut de page.
Edith Bowermann dont je parle ici, fut aussi une suffragette rescapée du Titanic et se trouva également dans le canot de sauvetage n°6 dont Molly Brown prit le commandement.
Une comédie stupide a été créée d'après cette histoire du Titanic. Elle s'appelle "L'insubmersible Molly Brown" en anglais et "La reine du Colorado" (?) en français dont le synopsis débute comme suit sur cinefil.com : Une jeune orpheline élevée par un trappeur, est un véritable garcon manqué. Mais la petite sauvageonne a beaucoup de volonté, et décide de devenir une dame distinguée. Elle trouve un travail de serveuse dans un bar, ou elle fait la connaissance d'un garçon qu va bouleverser sa vie.... (La bande-annonce est ici).
(Une femme courageuse est un sujet de moquerie perpétuel pour la mâlitude).
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