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vendredi 13 mai 2011

Mario Equicola, humaniste bien trop méconnu

Tandis que d'aucuns avaient la chance d'être épargné par les pannes d'hébergeur, les blogspoteuses et poteurs ont retenu leur souffle. Et voilà, ouf, ca y est, on peut recommencer à bloguer.
Malheureusement ce blog donne paraît-il, à certain.e.s la très fâcheuse impression que je veux "faire pencher la balance de l'autre côté" (lu à plusieurs reprises, en dernier parmi les commentaires chez ma copine lucia mel) : comprendre instaurer une gynocratie pleine de "bonnes femmes" (pouah !) là où il n'y a que des "bonshommes" ce qui est bien normal quand même, non ?

Nous y voilà : chaque fois que l'on énumère des "bonnes femmes" quelque part, c'est l'angoisse !

Du coup, je vais parler d'un homme. De toute manière les défenseurs des femmes subissent le même sort qu'elles. Pourquoi me demanderez-vous ? Parce que. Ca leur apprendra.

Il est, par exemple, impossible de trouver une biographie correctement documentée de Mario Equicola en langue francaise. Je vais de nouveau devoir traduire des bouts de sa vie récoltés à droite et à gauche.


Humaniste de la Renaissance, Mario Equicola né à Alvito en 1470 officiera comme courtisan à la cour d'Isabelle d'Este, à Mantoue. Il fit d'abord des études sous la houlette du grand néo-platonicien Marsile Ficin, puis entra au service de la marquise. Il se rendit un jour à la cour d'Alphonse, le frère d'Isabelle d'Este, pour rédiger six fables qui servirent de base aux fresques de Bellini et du Titien décorant la chambre d'albâtre du duc.
Mais sa grande passion fut de rassembler en langue vernaculaire, afin de les immortaliser, les chansons des troubadours du passé et de son présent.
Puis il écrivit un traité en l'honneur des femmes : son fameux "De mulieribus" que malheureusement personne ne connaît.
En 1517, il accompagna sa maîtresse (pas sa maîtresse au sens cochon mais sa maîtresse au sens de maître), Isabelle d'Este, en pèlerinage à Saint-Maximin-la Sainte-Beaume et en profita pour se rendre aux archives d'Aix-en Provence pour faire ses recherches sur les troubadours.
Dans son De Melieribus il explique que les troubadours du moyen-âge étaient en cela supérieur aux poètes latins qu'ils respectaient les femmes.
"il modo de descrivere loro amore fu novo diverso de quel de antichi Latini, questi senza respecto, senza reverentia, senza timore de infamare sua donna apertamente scrivevano" (je remercie d'avance la personne qui voudra bien traduire exactement cette phrase).
On publia en 1525 à Venise un autre de ses ouvrages écrit longtemps auparavant : "De la nature de l'amour tant humain que divin & toutes les différences d'ycelui" qui fut publié trois fois en francais au cours du XVIe siècle. Il y est question de l'importance du langage dans la relation amoureuse (l'importance du langage appartiendrait à la doctrine artistotélicienne), ce qui lui valut bien des critiques (on n'aimait pas les aristotéliciens à l'époque) mais n'empêcha pas la large diffusion de son livre.
D'après la philosophe Adeline Nesca Robb (1905-1976), il fut ensuite pillé de manière éhonté par les poètes du Parnasse dont l'histoire a bien voulu, contrairement au sien, retenir les noms.
Il fit d'autres travaux comparatifs sur les troubadours et trouvères, d'Italie, d'Espagne et de Provence.
Enfin il publia en 1505 un ouvrage analysant la devise préférée d'Isabelle d'Este "Nec spe nec metu" ( ni par l'espoir ni par la crainte).
Il mourut à Mantoue en 1525.

Isabelle d'Este est une immense mécène de la Renaissance sans laquelle le peintre Mantegna ne serait rien. Mais au chapitre Mantegna ou au chapitre des grands mécènes de la Renaissance, on ne saurait trouvé cette espèce méprisable qu'est la femme. Donc inutile da la chercher par exemple ici où se trouvent justement les deux chapitres en question...on ne va pas mêler une vulgaire femme à de grands hommes, voyons. Ce n'est pas comparable.

(Dans ce billet se cache un nom de lieu qui est un clin d'oeil à quelqu'un qui se reconnaîtra je pense)

mardi 5 avril 2011

Fukushima au XVIe siècle


Dans "De l'incertitude, abus et vanité des sciences", Corneille Agrippa de Nettesheim dont j'ai déjà parlé ici remet en question toutes les sciences connus de l'époque, les trouvant dangereuses aux mains d'une humanité qui a d'après lui une forte propension à la sottise, un manque total d'humilité et une violente inclinaison à la cupidité.
Ce livre est un long plaidoyer contre la rage de progresser dans la connaissance des choses extérieures en laissant l'introspection et la connaissance de soi en chemin au lieu de les faire passer prioritairement à la recherche scientifique.
Dans le chapitre sur les métaux Corneille Agrippa fait l'inventaire des outils incroyables développés pour piller la nature, sans conscience ni mesure et dénonce ce qu'il en est fait. Extrait :

De cet art [la recherche des métaux] proviennent toutes les richesses de ce monde, la convoitise desquels a incité les hommes si étrangement, qu'ils ne craignent d'entrer tous vifs sous terre et pénétrer jusqu'aux enfers, où par un remuement ruineux des oeuvres de nature cherchent les trésors jusqu'aux manoirs des esprits immondes. dont Ovide chante ces vers :

Mais jusqu’au fond des entrailles allèrent

De Terre basse, où prirent et fouillèrent
Les grands trésors et richesse vaines
Qu’elle cachait en ses profondes veines :
Comme Métaux et pierres de valeur,
Incitements à tous maux et malheurs.
Jà hors de terre était le fer nuisant
Avec l'or trop plus que fer cuisant
Honnête honte et vérité certaine
Avec foi prirent fuite lointaine:
Au lieu desquels entrèrent flatterie,
déception, trahison, menterie
Et folle amour, désir de violence
D'acquérir gloire et mondaine opulence


Celuy doncques pourvurent la vie humaine de grandes occasions de crimes et méchancetés, qui premier trouva les mines d'or et des autres métaux et enseigna la manière de les fouiller, en quoi les hommes ont rendu la terre très périlleuse (...)

Ce n'est qu'un infime extrait mais on ne peut s'empêcher de penser à l'uranium, à l'uranium enrichi, au gaz de schiste, à Fukushima et à ses conséquences ...et dire que Corneille Agrippa répète en partie ce que Pline l'ancien, né en 23 ap. J.-C., disait déjà avant lui !

lundi 14 mars 2011

L'"unicité" de Madeleine

lucia mel qui aime revenir sur l'affaire des deux Eve (Lilith et Eve) m'a rappelé l'affaire des trois Madeleine qui aurait défrayé la chronique du XVIe siècle s'il y avait eu une chronique officielle en ce temps-là. Néanmoins elle a fait couler beaucoup d'encre et de salive.

Comme je l'ai lu dans le métro tout à l'heure (oui il y a des citations dans le métro chez moi) : La croyance aux préjugés passe dans le monde pour bon sens. (Helvétius) et parfois, comme dans le cas que je vais citer, il y a même tout à fait intérêt à croire aux préjugés sinon on vous assomme.

En 1516 Louise de Savoie (mère de Marguerite de Navarre et grand-mère de Jeanne d'Albret) demanda à Francois Desmoulins, aumônier du roi son fils, d'écrire une vie de sainte Madeleine.
Desmoulin se met au travail et ne tarde pas à s'apercevoir que le culte populaire a réuni en une seule 3 personnes différentes : Marie de Béthanie, soeur de Marthe et de Lazare, Marie de Magdala qui est la première à avoir vu Jésus après sa Résurrection et la femme pécheresse qui a répandu du parfum sur les pieds de Jésus chez le Pharisien.
Desmoulins consulte Lefèvre d'Étaples qui, pour rétablir la vérité rédige un traité expliquant que sainte Madeleine a été concu à partir de 3 personnes. Aussitôt un chanoine (Marc de Grandval) publie une réfutation.
Lefèvre d'Étaples ne se décourage pas et avec Joss Clichtove répond par deux nouveaux traités. Le débat s'amplifie. Noel Béda, syndic de la faculté de théologie, John Fisher, évêque de Rochester, Érasme et Symphorien Champier, tout le monde s'en mêle.
Mais Lefèvre d'Étaples et Clichtove ont consulté les Pères de l'Église : Origène, Ambroise, Jérôme et Jean Chrysostome. Or aucun d'entre eux ne confond Marie de Béthanie, Marie de Magdala et la pécheresse. La "tradition" est récente et remonte à 590-604 avec le pontifat de Grégoire le Grand.
En passant Clichtove dénonce la propension des théologiens de tout figer en dogme.
Il estime qu'un sujet comme les Madeleine doit pouvoir être discuté avec les doctes même ceux qui ne sont pas théologiens. Cette argumentation met aussitôt en jeu la Tradition dont l'Église est dépositaire.
Lefèvre et Clichtove arguent que sans concile oecuménique se prononcant par un décret, une telle tradition est réfutable.
Mais John Fisher réplique : "Notre mère l'Église qui pendant des siècles a enseigné qu'il n'y avait qu'une Madeleine ne va t-elle pas être soupconnée d'erreur?"
Lefèvre et Clichtove estiment que les Pères de l'Église et les conciles oecuméniques doivent avoir la primeur sur les papes. Ils déclarent la tradition liturgique muable et la coutume populaire contestable.
Certains prêtres sont impressionnés par ces arguments et le 25 juillet 1521, fête de la sainte Madeleine, Martial Mazurier prêche à Meaux l'existence de trois personnes différentes.
Aussitôt la faculté de théologie réagit en promulguant une "Determinatio" obligeant à prêcher qu'il n'y a qu'une seule Madeleine et Noel Béda se démène pour faire déclarer Lefèvre comme hérétique.
Francois Ier intervient et fait examiner les écrits sur les trois Madeleine par son confesseur qui n'y trouve rien à redire. On décide de ne pas donner suite mais si Lefèvre d'Étapes est sauvé, il est tout de même prié de ne pas insister.
La Tradition triomphe donc de la vérité.
Et la tradition c'est la misogynie.
En effet : a t-on besoin de trois Madeleine ? Une qui suit Jésus, lui lave les pieds et est là quand il ressucite pour aller faire la commission aux autres, c'est bien assez, non ? Sans compter qu'avec son passé indigne, elle est un peu grillée. Les trois Madeleine en une, cela vous concote le curriculum parfait pour prêter le flanc à la misogynie !

mercredi 7 juillet 2010

Pourquoi a t-on pendu Antoine Augureau ?


Antoine Augureau était imprimeur/éditeur/libraire (ces métiers n'en formaient qu'un au XVIe siècle) à Paris. Le créateur Claude Garamond du caractère typographique éponyme encore utilisé aujourd'hui, apprit ce métier auprès de lui. Après avoir publié Francois Villon et Clément Marot, il fut pendu sur la place Maubert le 24 décembre 1534 pour avoir imprimer le premier livre de Marguerite de Navarre : "Le miroir de l'âme pécheresse" qui ne plaisait ni aux ecclésiastiques ni à la Sorbonne.
Après la pendaison, son corps et ses livres furent brûlés. Comme nous n'avons pas vraiment de portrait de lui, je lui prête le visage de l'archéologue contemporain Bjoern en costume du XVIe siècle.

(Cette histoire est relaté sous forme de roman dans l'excellent livre d'Anne Cunéo "Le Maître de Garamond" aux édit. Stock, 2003).