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mercredi 20 avril 2011

Quoi ? Proxénète n'est pas une activité hautement féministe?

L'immense majorité des véhicules qui roulent ver le centre de la capitale allemande emprunte l'axe autoroutier Potsdam-Messe Nord et ne peuvent manquer d'apercevoir sur le trajet, l'énorme enseigne au néon rouge "Artemis" qui se détache merveilleusement la nuit sur le ciel avec sa silhouette stylisée de tête de femme qui se pâme au bout des immenses lettres composant le nom de la déesse grecque autrefois virginale.
J'ai voulu me rendre à pied sur place, hier, afin de faire mes propres photos* en extérieur du temple de la consommation de chair féminine que Virginie Despentes envie tant aux allemands, mais l'accès est tellement sécurisée qu'une petite souris ne pourrait s'y glisser. Un oiseau peut-être ?
Il est impossible d'approcher l'endroit même de quelques centaines de mètres sans voiture.
Tiens? Pourquoi tant de précautions ? N'est-ce pas pourtant une "industrie comme une autre" ?
Si se prostituer c'est faire l'amour quand on veut avec qui on veut, le nombre de gens qu'on veut et comme on veut, l'industrie de "l'amour" ne devrait pas tant se montrer pudique et devrait même arborer sans se gêner l'insigne chère aux années de libération sexuelle : "Peace,Love and Freedom" !
Les prostituées d'Artemis devraient se déplacer dans les écoles pour expliquer aux enfants dans quel univers de liberté idyllique elles ba(e)ignent à longueur de journées et bien leur faire comprendre à ces petits qu'il ne faut pas stigmatiser bêtement une profession si honorable, enfin quoi !
D'ailleurs "proxénète" dont d'aucune s'offusque d'être "traiter de", dans ce contexte de joie et de liberté décrite par l'offusquée elle-même pour des femmes qui, je cite "n'ont pas la chance de gagner leur vie en faisant un métier épanouissant" n'est-ce pas une activité hautement féministe? Mettre amoureusement les économies de côté de femmes tellement éprises d'amour qu'elle n'arrête plus de le faire du matin au soir avec tout le monde, n'est ce pas hautement altruiste? Elles font l'amour tout le temps, ces nymphes éprises d'étreintes ininterrompues, alors, qui va s'occuper des basses contingences, paperasses et gestion de l'argent, hein?
Il faut bien que quelqu'UN le fasse !
Bref, dans ce paradis terrestre, le proxénète et le client sont des parfaits serviteurs de ces reines de l'amour que sont les prostituées et de quoi se plaint-on?

Je reviens donc bredouille de photos et vous reparle plutôt de la Diane de Jean Goujon qui a craqué pour le voyeur Actéon. Elle ne lui en veut plus de l'avoir surprise au bain, au contraire. Elle l'a transformé en cerf, certes, mais elle ne l'a plus fait dévorer par ses chiens. Elle lui témoigne maintenant sa tendresse, passe son bras autour de son cou. Car l'homme transformé en bête, c'est tellement érotique. Et les toutous dociles remuent bravement la queue. C'est le règne de la sensualité animale et femelle.
Tiens, il paraît que ce groupe est le premier grand nu de la sculpture francaise. On commence comme ça...

D'ailleurs des reproductions de ce groupe n'ornent-elles pas traditionnellement quelques hôtels de passe par ci par là ?

* j'ai demandé au compagnon habituel de mes safaris photos s'il voulait m'accompagner, mais quand je lui ai indiqué le lieu qui m'intéressait, il a curieusement répondu d'un ton qui n'admettait pas de réplique : "sans moi". J'ai trouvé étrange que la noblesse de ce lieu l'attirât si peu ! Qu'est ce qui peut bien le rebuter tant ? C'est incompréhensible ! Il n'a pas lu Elisabeth Badinter et Virginie Despentes, ça doit être pour ça !

mardi 26 octobre 2010

Les balbutiements de la pornographie

Du début du XVIe siècle au Concile de Trente, on va peindre beaucoup de Marie Madeleine nue. En fait, tous les prétextes seront bons pour peindre des femmes nues dont les cheveux défaits ajouteront à l'érotisme.

Voici un texte extrait de "La nudité et la gloire" de Pascal Bonafoux sur le site de Clio, à propos du nu dans l'art à la Renaissance.

(...) dans les années 1480, Botticelli [peut] concevoir pour Laurent le Magnifique le premier nu de l'histoire de l'Europe chrétienne qui ne soit pas associé au péché [et j'ajouterais : le premier nu teinté d'érotisme], La Naissance de Vénus, œuvre imprégnée autant par la philosophie néoplatonicienne que par les Métamorphoses et les Fastes d'Ovide. Qui plus est, ce symbolisme nuptial tient alors lieu de justification aux princes qui commandent d'autres Vénus. Dans ce siècle qui n'est pas chaste – il est le siècle des « folastries » de Ronsard, de l'éclat de rire d'un Rabelais qui assure que les « vases spermatiques » sont « comme un gâteau feuilleté » et qu'il ne faut « point mourir les couilles pleines » – les princes de l'Église se passent d'une telle justification pour les nus qu'ils commandent… Et qu'importe que l'on ait à faire à des sculptures ou des peintures. En 1527, l'Arétin, auteur de sonnets pornographiques, écrit à Federigo Gonzague de Mantoue pour le rassurer : « Jacopo Sansovino, avec son rare talent, ornera votre chambre d'une Vénus si vraie et si vivante qu'elle emplira de concupiscence l'âme de tout spectateur ». Presque vingt ans plus tard, en septembre 1544, l'Arétin prévient encore le cardinal Alessandro Farnese que « Titien a presque terminé, sur commande de Monseigneur, un nu qui risquerait d'éveiller le démon même chez le cardinal San Silvestro. Le nu que Monseigneur a vu à Pesaro dans les appartements du duc d'Urbino est une religieuse à côté d'elle. » Et dix ans plus tard, à propos d'une autre Vénus, un autre visiteur de l'atelier du Titien qui vient de voir une toile prête à partir pour Madrid, écrit : « Je vous jure, Monseigneur, qu'il n'existe pas d'homme perspicace qui ne la prenne pour une femme en chair et en os. Il n'existe pas d'homme assez usé par les ans, ni d'homme aux sens assez endormis, pour ne pas se sentir réchauffé, attendri et ému dans tout son être. »

Comme conclusion à cet extrait, je rappelle que si les femmes étaient "autorisées" à poser nues, il leur était absolument interdit d'étudier l'anatomie et de peindre elle-même des personnes dévêtues, sous peine de mort.