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mercredi 15 juin 2011

Non inferiora secutus




J'en avais déjà parlé à propos de Thérèse d'Avila ici, au XVIe siècle, ce que l'on appelait Dieu ne se distinguait pas aussi radicalement qu'aujourd'hui de l'astre du jour et "Très-Haut" avait comme un air de synonymité avec "Soleil".
Dieu a pris la place du Soleil et la Science celle de Dieu. Depuis, le nucléaire est passé par là et la présomption (plus masculine que féminine) mortifère de se substituer à une force créatrice qui nous dépasse, cause bien du souci à l'humanité.

En attendant, donc, d'être tous irradiés par les effluves en provenance de Fukushima qui sont en train de se déposer partout dans les prés, je vais vous parler d'une fleur : le souci.

Claude Paradin, dans ses „Devises héroiques“ (1557) à propos du souci, qui, comme le tournesol, a la propriété de se tourner vers le soleil, rappelle les mots de Virgile „Non inferiora secutus“, Qui ne suit pas les choses inférieures (Énéide, VI, 170) et ajoute : „La feue Royne de Navarre, Marguerite de France, Princesse très illustre, portait la fleur du Souci en Devise qui est la fleur ayant plus d'affinité avec le Soleil que point d'autre, tant en similitude de ses rayons, ès feuilles de ladite fleur, que à raison de la compagnie qu'elle fait ordinairement, se tournant de toutes parts là où il va depuis l'Orient jusques en Occident, s'ouvrant ou se closant, selon sa hauteur ou sa basseur. Et elle avait telle Devise la tant vertueuse Princesse en signe qu'elle dirigeoit toutes ses actions, pensées, volonté et affections, au grand Soleil de la Justice, qui est Dieu tout-puissant contemplant les choses hautes célestes et spirituelles“.

Le nom de cette fleur "souci" ne fait pas référence à nos tracas quotidiens mais vient du latin solsequia = qui suit le soleil !

Les devises qui se veulent à la fois des attributs et des signes individuels de conduite sont très prisées à la Renaissance et l'on imprime de nombreux livres à leur sujet.
On pourrait un peu les comparer à des totems indiens par le fait que l'on se choisissait presque toujours un végétal ou un animal dont on s'attribuait les qualités.
On dirait aujourd'hui que l'on associait un slogan (devise) à un référent iconique (image). A propos d'iconologie et de Marguerite de Navarre, on sait rarement que c'est cette dernière qui est à l'origine du Collège de France où vient d'entrer Claudine Tiercelin, philosophe analytique spécialiste de l'image qui a prononcé sa lecon inaugurale dans l'amphithéâtre Marguerite de Navarre, justement. Entrée qui n'est pas du goût de nos machistes francais taclés ces derniers temps tout à fait légitimement par nos amis anglos-saxons (tiens la philosophie analytique est un courant philosophique anglo-saxon, la franchouillardise se sent-elle menacée?). Comme me le signale mad meg dans les commentaires du billet précédent, les insultes déguisées en humour journalistique volent très bas dans l'article inséré plus haut.
Et puis à propos de devise, Petit Bateau, au lieu de prendre un bébé pour une marchandise sur l'emballage duquel il faut que soit inscrit ce qu'il y a à l'intérieur à coup de valorisation négative des filles et de survalorisation des garcons (afin de trier dès le berceau qui sera le chef et qui sera son esclave), pourrait-elle, cette marque prisée à travers le monde pour la qualité de ses tissus, se montrer au moins aussi évoluée que nos ancêtres de la Renaissance et exprimer, s'il faut barbouiller des mots sur une grenouillère pour le sacro saint "fun" : un sentiment, un idéal et une vertu à l'instar de nos amateurs/trices d'emblèmes ?
A quoi sert donc que des Marguerite de Navarre et des Claudine Tiercelin oeuvrent pour la culture si des marques de vêtements et autres produits de consommation oeuvrent parallèlement à la barbarie, au sexisme et pourquoi pas, avec cette hyperbibeloïsation des petites filles, à la pédophilie ?

Alors ne suivons pas nous non plus les choses inférieures comme la mode qui s'empare des poncifs les plus rétrogrades pour vendre, suivons plutôt le soleil puisque nous nous approchons du solstice d'été où notre précieux astre brille dans notre ciel plus longtemps que jamais dans l'année.
Je ne vais plus poster beaucoup ces prochains jours parce que je prends la route pour suivre le soleil, moi aussi ! (Retour : au plus tard dans dix jours).