Non, mon titre n'est pas à interpréter comme une insulte mais doit être pris au premier degré. Je parle vraiment d'une espèce de vache.
(Oui comme avec les femmes ("espèce de fille", "femmelette",...) on peut dégrader quelqu'un avec simplement le nom d'un animal qui pourtant n'en peut mais.
D'ailleurs je peux bien parler de vaches, puisque femmes et animaux ont un peu le même destin en ce monde.
Les animaux sont néanmoins un peu plus traités comme un tas indistinct que les femmes. Cependant, ne vous y fiez pas, la différence reste plus petite que vous ne croyez (voir mon billet intitulé Sibylle de Valois).
J'ai aussi envie de faire un clin d'oeil à lucrecia bloggia qui a publié plusieurs séries de ce genre, sympathiques et drôles sur les vaches de ses contrées, ainsi qu'à insolente veggie et sa présentation d'un livre très intéressant sur la propagande mensongère concernant les vertus du lait de vache (vidéo ici) et à Hypathie qui nous détaille un peu ce que veut dire être une usine à lait pour la ruminante la plus exploitée de notre planète.
Celle dont je souhaite vous parler est béarnaise. Comme j'ai fait un petit tour en Béarn, j'ai cherché à la voir en vrai mais sans succès et pourtant elle existe.
Elle est présente depuis longtemps sur les armoiries de la région : « D'or aux deux vaches de gueules, accornées, colletées et clarinées d'azur, passant l'une sur l'autre », ce qui signifie « sur fond jaune doré, deux vaches rouges aux cornes, au collier et à la cloche bleue ».
Elle évoquerait l'animal sacré des Vaccéens* dont les Béarnais seraient les descendants.
Présente depuis des temps immémoriaux en Béarn dans les vallées d’Aspe et du Lourdios, elle fut représentée à partir du XIIIe siècle sur la monnaie du Béarn, « la baquette », frappée à son effigie… Ce serait une vache laitière très rustique, issue de l’ancienne race « Blonde des Pyrénées ». Ses belles cornes vrillées, très longues, ont la forme d'une lyre. Elle aurait un tempérament vif et un pied sûr de montagnarde. Elle bénéficie aujourd'hui d'un programme de conservation car n'étant pas assez rentable pour une industrie agro-alimentaire mortifère, la voilà, comme beaucoup d'autres vaches d'Europe, en voie de disparition.
Dans cet encadré pêché sur un site consacré au Béarn , on trouve d'autres informations sur elle :
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Maintenant la béarnaise n'est plus présente que dans une petite dizaine de troupeaux, mais son nombre est en augmentation . La plupart des rescapées se trouvent dans des élevages du Haut-Béarn , comme ceux de Patrick Prétou à Lourdios, Bernard Cimora à Précilhon, Roger Betbeder à Escot, Bernard Mora à Arros(Asasp) , Germain Laulhive etc.... Il ne reste plus que 150 vaches béarnaises et 18 taureaux à semence. La politique agricole des années 60 a fait presque disparaître la race béarnaise au profit de l'appellation "Blonde d'Aquitaine" qui est une race hybride créée par l'homme. (voir plus haut) La nouste baquette est facilement identifiable par sa belle robe rousse aux reflets dorés, la finesse de ses traits et ses cornes dont tout le monde associe la forme, à la lyre. On n'hésite pas à dire qu'elle est élégante. Elle est agile, et très adaptée au milieu montagnard . C'est un animal rustique , très résistant, quelque peu nerveux, comme toutes les bêtes de race. C'est une excellente mère, qui se sacrifie pour sa progéniture, quitte à dépérir et à en devenir squelettique. Son intelligence est surprenante: elle connaît son monde et réagit spécifiquement aux personnes, et aux circonstances: c'est ainsi que nos "béarnaises" savent faire front face à l'ours. Elles forment tout simplement un cercle (comme les pionniers américains face aux indiens) et présentent leurs cornes acérées au plantigrade qui fuit sans demander son reste. Son intelligence n'empêche pas notre baquette de garder un côté sauvage, empreint d'une certaine fierté . Une fierté qui fait que dans les estives, elle ne peut supporter la présence d'autres vaches au-dessus d'elles, quitte à leur abandonner de meilleurs herbages. La viande de la béarnaise est très savoureuse, mais elle a été sacrifié sur l'autel de rendement, car elle a été trouvée insuffisamment charnue et laitière . On sait bien que la quantité prime, depuis belle lurette, sur la qualité. Les béarnais sont très fiers d'avoir la vache pour emblème: d'ailleurs au moyen-âge, elle figurait sur les monnaies béarnaises. Les béarnais s'identifient à son côté généreux, à son dévouement, à son sens du groupe et à sa capacité d'abnégation sans borne.... Elle a donné aux béarnais leur cri de guerre "BIBA LA BACA" , qui leur permet de se sublimer |
*Les Vaccéens : peuple celtibère (hispano-celtique) qui vivait vers les sources du Duro au Portugal. Repoussé vers le nord par les Wisigoths, il choisit les territoires au pied des Pyrénées que sont aujourd'hui la Navarre, le Nord-Aragon, le Béarn et la Bigorre. Les Vaccéens pratiquaient le culte de la vache sacrée.
Comme quoi, la vache n'a pas toujours été cette machine à produire du lait à laquelle nous l'avons réduite.
Voici ce qu'au XVIe siècle, François Ier disait de nous autres femmes et animaux : "un gentilhomme, tant superbe soit-il, ne saurait mieux recevoir un seigneur, tant grand soit-il, en sa maison ou château, [sans] qu'il y opposat à sa vue et première rencontre une belle femme sienne, un beau cheval et un beau lévrier : car, en jetant son oeil tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre, et tantôt sur le tiers, il ne saurait jamais fâcher [personne] en cette maison ; mettant ces trois choses belles pour très plaisantes à voir et admirer, et en faisant [faire] cet exercice très agréable".
..."ces trois choses"....
Et pour finir à propos de vaches : J'ai eu autrefois une élève sud-africaine qui lors d'un de mes workshops a fait un magnifique livre sur les vaches Nguni avec la signification cosmique de leurs taches dans la tradition ancestrale zoulou. Mais, bien sûr, elle n'a guère trouvé d'éditeur.
La vache Nguni est exploitée pour sa peau qui doit essentiellement restée décorative, sans la moindre signification.
Ajout du 06.07.2012 : pour un traitement humain des vaches, une pétition à signer ici
Ajout du 28.07.2012 : encore un lien qui explique très bien pourquoi le lait de vache c'est pour les veaux.
