jeudi 19 mai 2011

L'omerta en France





Oser parler ? Non, se taire

Tristane Banon, écrivaine. Elle craint qu'un certain Ramzy Khiroun lui refasse le portrait. Elle renonce à la carrière de journaliste à laquelle elle se destinait.

Oser se moquer ? Non, se taire

Stéphane Guillon,humoriste. Licencié par Philippe Val, directeur de Radio France, il voit sa carrière à France Inter brutalement interrompue.

Oser écrire ? Non, se taire

Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles. Article censuré par le journal + invité par Ramzy Khiroun à supprimer un billet sur son blog évoquant à mots couverts un "penchant" qui "pose problème" chez un homme politique influent.

Oser faire une déclaration publique ? Non, se taire

Anne Mansouret, candidate au primaire socialiste. Le restera t-elle ? Une certaine Michèle Sabban réclame sa tête à cor et à cri.

Oser publier un livre ? Non, se taire

Les éditions Plon publient un livre signé d'un(e) certain(e) Cassandre. Stephane Fouks et Ramzy Khiroun, entre autres, portent plainte. Olivier Orban, directeur des éditions Plon se retrouvent chez le juge d'instruction.



Non, il ne faut pas oser et le secret doit rester bien gardé. Pas touche à la "vie privée", on vous dit !

"Le Canard", dans son édition du 18 mai 2011, sous la rubrique "On vous l'avait bien (pas) dit" rappelle que selon son code de déontologie l'information s'arrête toujours à la porte de la chambre à coucher. Très bien, mais...

même si derrière cette porte quelqu'un.e est en train de hurler au viol ?

A ECOUTER ICI* CE QUE DISENT BRUNET ET JEAN QUATREMER SUR CE COMPORTEMENT SI MERITOIRE !

(*emprunté à Mauvaise Herbe)
Un article à lire ici

mercredi 18 mai 2011

Continence et incontinence

Les instituts de sondages financées par le contribuable y vont de leur intox sur ce que pensent le/la concitoyen.ne moyen.ne de ce que l'on peut bien appelé maintenant "l'affaire DSK". C'est le gouvernement par les sondages. Ils servent à induire une opinion majoritaire ; on l'a dit à 57%, chiffre avalable, pour ce qui est de la fameuse théorie du complot. Parce que premièrement :
Que faisait la femme de chambre dans une chambre occupée ? L'une des questions les plus posées par les partisans de la théorie. Or la porte était ouverte...mais...ont-ils pensé que cette porte ouverte aurait pu être le piège à souris mis au point par DSK lui-même et de longue date pour attirer les femmes de chambre en quête d'une chambre vide à nettoyer ? Combien alors de femmes de chambre auraient subi une agression qu'elles auraient préféré ne pas divulguer par peur des représailles avant qu'une obscure new-yorkaise, tellement obscure qu'elle ignorait l'hypercélébrité de son agresseur, porte plainte ? Ayant jobber 15 jours de ma vie dans ce palpitant domaine, ce que pense une femme de chambre qui traîne avec son seau et son aspirateur toute seule dans les couloirs, ne m'est pas complètement étranger. "Cette chambre est-elle vide ?" Si la porte est ouverte, alors oui. On glisse le nez, écoute s'il y a du bruit. "Non, non je ne suis pas encore parti !" crie l'occupant (beaucoup d'hommes seuls qui sont revenus vérifier qu'il n'oubliaient rien). "Oh pardon !". En fait, on a juste passé la tête, ce n'est donc pas difficile de ressortir. OK, il ne s'agissait pas de suites princières à 3000 dollars la nuit, donc, on ne passait que la tête. Mais qui fréquente beaucoup les hôtels sait pertinement qu'une porte ouverte est un excellent piège à femme de chambre.

On peut donc, si l'on veut, opposer la théorie du complot à une autre théorie, celle du piège à femmes de chambre. Avec de l'imagination tout est possible.


Quand, dans les médias, on entend le viol confondu avec la gaudriole, confondu avec l'adultère, confondu avec une forme de drague un peu insistante, confondu avec une addiction, confondu avec une défaillance passagère sans conséquence, confondu avec de la virilité, confondu avec la vie privée (où est le privé là-dedans), confondu avec...etc, la liste est longue, je pense à ce thème typiquement masculin prisé de la peinture classique, thème qui n'aurait pu éclore dans l'esprit d'une femme ni être traité par une femme : "La continence de Scipion" aussi appelé "La chasteté de Scipion".
Scipion se fait offrir une belle esclave comme on se fait offrir une boîte de pralines et au lieu de se jeter dessus sauvagement comme il aurait été normal qu'il fasse, puique c'est lui le chef et que c'est un cadeau, que fait-il ? Il rend la jeune fille à son fiancé.
Ce tableau ne s'appelle pourtant pas "La magnanimité de Scipion".


C'est donc qu'à partir d'un certain degré de puissance, la question du consentement ne se pose plus pour les inférieurs. D'où le tollé en France autour de l'arrestation de DSK car Scipion prend s'il veut et s'il ne veut pas c'est qu'il est chaste, qu'il est continent et c'est cela qui est extraordinaire.
La continence de Scipion.
Tellement peu ordinaire que cela devient le sujet de nombreux tableaux au cours des siècles à partir de la Renaissance. Comme le détail de celui de Niccolo dell'Abbate ci-dessus ou celui de Michele Rocca ci-dessous :


Scipion restitue la belle vierge captive celtibère Panthée à son fiancé Allucius (détail : Scipion).
Ce thème est tiré de l'histoire romaine. Notre culture est romaine et opposée à la culture des troubadours dont parle Mario Equicola, et puis surtout surtout......opposée à la culture anglo-saxonne !









La vierge captive celtibère Panthée toute contrite attend de savoir à quelle sauce elle va être mangée....

Ajout de la soirée : un article sur un courtisan indigné de notre Scipion manqué...
Ajout du lendemain matin : qui est un tyran en France ? Cet humoriste a été licencié en juin 2010 après cette très prémonitoire émission-là parce que :
"L'humour ne doit pas être confisqué par de petits tyrans" (dixit le patron de FI).
Par contre le drame peut très bien être confisqué par de grands tyrans. Dans un pays anglo-saxon, c'est la personne visée par l'humoriste qui aurait été priée de démissionner ! Mais on est en France pays des droits intouchables de l'homo, hominis.

lundi 16 mai 2011

Violence et abus sexuels : qu'est-ce qui a changé en 460 ans ?

Oui, je sais, 460 ans c'est long. Mais justement, Nous sommes censés avoir fait des progrès faramineux depuis tout ce temps ! Nous sommes censé nous être développés, civilisés, humanisés, droidelomisés, libérés, solidarisés, égalisés.

Depuis qu'il est de nouveau question d'agression sexuelle à la une, j'ai relu l'Heptaméron de Marguerite de Navarre car se niche là la France profonde de l'attentat sexuel. Attentat sexuel qui n'a cessé d'être plus ou moins vu comme ÉLÉMENT de la vie amoureuse et privée. Si, si. En France l'agression sexuel reste assimilé dans l'esprit masculin à une sorte d'"avance" !

Exemple : dans la 41e nouvelle, M. de N. raconte que dans la nuit de Noel, un confesseur après avoir écouté les confessions d'une jeune fille qu'il dut trouver sans doute alléchante, lui donna une drôle de pénitence à exécuter pour la rémission de ces péchés. Elle devait ceindre la corde de la robe du moine confesseur en question sur sa peau nue et prier dans cette tenue étrange. La jeune fille répondit qu'à cela ne tienne, elle prendrait la corde avec elle et irait exécuter la pénitence tranquille dans sa chambre. Mais le moine expliqua qu'elle ne serait absoute que si elle se déshabillait sous ses yeux, ben voyons. La jeune fille, bien que du XVIe siècle et donc ne lisant aucun journal ni blog, comprit quand même qu'il y avait quelque chose de pas catholique là dessous et se plaignit de lui à qui de droit.
Je résume cette nouvelle parce que les réactions des auditeurs consignées à la fin m'intéressent plus que l'histoire elle-même. En effet, le principe de ce livre a une certaine parenté avec un blog puisqu'à la fin de chaque histoire, la même bande de commentateurs y va de sa réflexion sur ce qui vient d'être narré.
Pour souligner l'intéressant écart entre les réactions féminines légitimement scandalisées et masculines nettement plus solidaires du criminel, je désigne les intervenants sous le nom d'"homme" et de "femme" et je les numérote puis je traduis un peu les idées émises pour faciliter la compréhension.

Homme 1 (le conteur de la nouvelle) : Regardez, mesdames, si en une maison si honorable ils n'ont point peur de déclarer leurs folies, qu'ils peuvent faire aux pauvres lieux où ordinairement ils vont faire leurs quêtes, où les occasions leur sont présentées si faciles que c'est miracle quand ils échappent sans scandale. Qui me fait vous prier, mesdames, de tourner votre mauvaise estime en compassion. Et pensez que celui qui aveugle les Cordeliers n'épargne pas les dames quand il le trouve à propos.
Homme 1 veut dire que puisque les moines ont de très grosses facilités à abuser des jeunes femmes pauvres et le font si massivement que c'est miracle qu'ils ne se fassent pas prendre, il faut donc mesdames être compatissante en voyant que les moines s'en prennent aussi bien à de grandes dames (la jeune fille appartient à la célèbre maison d'Egmont) et que "celui qui les aveugle" (le diable?) ne fait pas de différence sociale = l'agression sexuel serait moins grave si elle est socialement égalitaire !!!

Femme 1 : Vraiment, voilà un bien méchant Cordelier ! Être religieux, prêtre et prédicateur, et user de telle vilenie au jour de Noel, en l'église et sous le manteau de confession, qui sont toutes circonstances qui aggravent le péché !
Femme 1 pour sa part, ne voit que des circonstances aggravantes et aucune circonstance atténuante.

Homme 2 : Il semble à vous ouir parler que les Cordeliers doivent être des anges, ou plus sages que les autres. Mais vous en avez tant oui d'exemples que vous les devez penser beaucoup pires. Et il me semble que cette nuit est bien à excuser, se trouvant tout seul, de nuit, enfermé avec une belle fille.
Homme 2 plaide la sacro-sainte erreur humaine, la quantité des cas qui banalise celui-ci, la solitude qui manque de gaieté sans parler de la beauté de la fille, c'est de sa faute.

Femme 1 : Voire, mais c'était la nuit de Noel !
Pour Femme 1 ce moine ne respecte rien.

Homme 3 : Et voilà qui augmente son excuse, il voulait essayer à faire un petit enfant, pour jouer au vif le mystère de la Nativité !
Homme 3 trouve là l'occasion de faire une fine plaisanterie à l'époque où se donnait encore des "mystères", ces interprétations bibliques sous forme de scénettes.

Femme 2 : Vraiment ,s'il eût pensé à Joseph et à la Vierge Marie, il n'eût pas eu la volonté si méchante. Toutefois c'était un homme de mauvais vouloir, vu que pour si peu d'occasion il faisait une si méchante entreprise.
Femme 2 rappelle que Joseph et la vierge Marie étaient chastes entre eux et qu'utiliser une occasion comme Noel afin d'attenter à la pudeur de quelqu'une est en dessous de tout.

Femme 3 : Mais à savoir mon, si elle fit bien de scandaliser ainsi son prochain, et s'il eût pas mieux valu qu'elle lui eût remonté ses fautes doucement que de les divulguer ainsi.
Alors là, personnellement je reconnais bien Femme 3, la missionnaire qui croit qu'il faut rééduquer GENTIMENT le petit garcon et ne pas le blâmer. C'est trop méchant. La pauvre victime c'est lui, tout compte fait.

Homme 4 : Je crois que c'eût été bien fait, car il est commandé de corriger notre prochain entre nous et lui, avant que le dire à personne ni à l'Église. Aussi, depuis qu'un homme est éhonté, jamais se peut-il amender, parce que la honte retire autant de gens du péché que la conscience.
Homme 4 s'engouffre dans la brèche. Ben oui, enfin, est-ce qu'on dénonce comme ca un pauv' moine sans prévenir ? C'est lui faire honte et une fois montrer du doigt comment voulez-vous qu'il regrette son péché qui d'ailleurs du coup n'en est plus un ?

Femme 2 : Je crois qu'envers chacun se doit user le conseil de l'Évangile, sinon envers ceux qui la prêchent et font le contraire, car il ne faut point craindre à scandaliser ceux qui scandalisent tout le monde. Et il me semble que c'est grand mérite de les faire connaître tels qu'ils sont, afin que nous ne prenons pas un doublet pour un rubis.
C'est Femme 2 qui a le mot de la fin : il ne faut pas craindre du tout de faire honte à ceux qui se comportent de manière scandaleuse, au contraire. Ainsi on dévoile au grand jour qui ils sont vraiment et on ne peut plus se méprendre sur eux et sur leur valeur.

Dans ces sept personnages on reconnaît parfaitement les types de réactions que l'on observe aujourd'hui encore, dès qu'il est question de ce genre d'affaire. Il y a ceux qui font semblant de s'indigner tout en trouvant dans le crime lui-même un élément qui le transformerait en héroisme, celleux qui s'indignent (normal), ceux qui généralisent à l'humanité entière (pas des anges) et qui ne trouvent que des circonstances atténuantes, ceux qui trouvent cela drôle et banal, celleux qui blâment la victime, celleux qui en rajoutent quand on blâme la victime et celleux qui dénoncent normalement un acte répréhensible.

Franchement, qu'est ce qui a changé ? Les hommes de la France d'aujourd'hui ont-ils compris entre temps que l'attentat sexuel est un crime, ou ne l'ont-ils toujours pas plus compris que ces hommes de l'Ancien Régime à peine sortis du moyen âge ?

ajout de 11.31 h. : envie de relayer le billet de Juan qui donne l'impression qu'il pourrait être la voix manquante au septuor de l'Heptaméron.
Et puis des textes que je place là pour rappeler que rien n'a été jugé (suite au commentaire de JEA) : ici + ici

samedi 14 mai 2011

Le prieur pervers de Saint-Germain a encore frappé !

Je rappelle que le 19 janvier j'avais fait un rapprochement entre le prieur de Saint-Germain qui abusa éhontément de son pouvoir dans son abbaye pour violer des nonnes, mais se trahit en tentant ses pratiques sur la courageuse soeur Marie Heroët (la reine de Navarre avertie, le confondra et consignera l'affaire dans son Heptaméron) avec l'affreux Dominique Strauss-Kahn qui aurait commis une tentative (présumée) de viol aux États-Unis.


Admirez la prémonition !!!!

Pervers pépère est peut-être démasqué. Ouf ! Si ses agissements sont avérés, il est grillé pour les élections, j'espère. Quoique : on ne sait jamais dans un pays où l'on absout d'une main aussi légère le moindre Polanski, un président violeur pourrait même être parfaitement représentatif de la mentalité dominante !

Ajout de 12.34 h : un article du 22.10.2008 ici ou voir la même vidéo directement ici
+ coms sur la vidéo ici. DSK a un tel passif qu'il est étonnant (ou pas) qu'il ait pu un jour avoir été vendu comme le sauveur de la France !

vendredi 13 mai 2011

Mario Equicola, humaniste bien trop méconnu

Tandis que d'aucuns avaient la chance d'être épargné par les pannes d'hébergeur, les blogspoteuses et poteurs ont retenu leur souffle. Et voilà, ouf, ca y est, on peut recommencer à bloguer.
Malheureusement ce blog donne paraît-il, à certain.e.s la très fâcheuse impression que je veux "faire pencher la balance de l'autre côté" (lu à plusieurs reprises, en dernier parmi les commentaires chez ma copine lucia mel) : comprendre instaurer une gynocratie pleine de "bonnes femmes" (pouah !) là où il n'y a que des "bonshommes" ce qui est bien normal quand même, non ?

Nous y voilà : chaque fois que l'on énumère des "bonnes femmes" quelque part, c'est l'angoisse !

Du coup, je vais parler d'un homme. De toute manière les défenseurs des femmes subissent le même sort qu'elles. Pourquoi me demanderez-vous ? Parce que. Ca leur apprendra.

Il est, par exemple, impossible de trouver une biographie correctement documentée de Mario Equicola en langue francaise. Je vais de nouveau devoir traduire des bouts de sa vie récoltés à droite et à gauche.


Humaniste de la Renaissance, Mario Equicola né à Alvito en 1470 officiera comme courtisan à la cour d'Isabelle d'Este, à Mantoue. Il fit d'abord des études sous la houlette du grand néo-platonicien Marsile Ficin, puis entra au service de la marquise. Il se rendit un jour à la cour d'Alphonse, le frère d'Isabelle d'Este, pour rédiger six fables qui servirent de base aux fresques de Bellini et du Titien décorant la chambre d'albâtre du duc.
Mais sa grande passion fut de rassembler en langue vernaculaire, afin de les immortaliser, les chansons des troubadours du passé et de son présent.
Puis il écrivit un traité en l'honneur des femmes : son fameux "De mulieribus" que malheureusement personne ne connaît.
En 1517, il accompagna sa maîtresse (pas sa maîtresse au sens cochon mais sa maîtresse au sens de maître), Isabelle d'Este, en pèlerinage à Saint-Maximin-la Sainte-Beaume et en profita pour se rendre aux archives d'Aix-en Provence pour faire ses recherches sur les troubadours.
Dans son De Melieribus il explique que les troubadours du moyen-âge étaient en cela supérieur aux poètes latins qu'ils respectaient les femmes.
"il modo de descrivere loro amore fu novo diverso de quel de antichi Latini, questi senza respecto, senza reverentia, senza timore de infamare sua donna apertamente scrivevano" (je remercie d'avance la personne qui voudra bien traduire exactement cette phrase).
On publia en 1525 à Venise un autre de ses ouvrages écrit longtemps auparavant : "De la nature de l'amour tant humain que divin & toutes les différences d'ycelui" qui fut publié trois fois en francais au cours du XVIe siècle. Il y est question de l'importance du langage dans la relation amoureuse (l'importance du langage appartiendrait à la doctrine artistotélicienne), ce qui lui valut bien des critiques (on n'aimait pas les aristotéliciens à l'époque) mais n'empêcha pas la large diffusion de son livre.
D'après la philosophe Adeline Nesca Robb (1905-1976), il fut ensuite pillé de manière éhonté par les poètes du Parnasse dont l'histoire a bien voulu, contrairement au sien, retenir les noms.
Il fit d'autres travaux comparatifs sur les troubadours et trouvères, d'Italie, d'Espagne et de Provence.
Enfin il publia en 1505 un ouvrage analysant la devise préférée d'Isabelle d'Este "Nec spe nec metu" ( ni par l'espoir ni par la crainte).
Il mourut à Mantoue en 1525.

Isabelle d'Este est une immense mécène de la Renaissance sans laquelle le peintre Mantegna ne serait rien. Mais au chapitre Mantegna ou au chapitre des grands mécènes de la Renaissance, on ne saurait trouvé cette espèce méprisable qu'est la femme. Donc inutile da la chercher par exemple ici où se trouvent justement les deux chapitres en question...on ne va pas mêler une vulgaire femme à de grands hommes, voyons. Ce n'est pas comparable.

(Dans ce billet se cache un nom de lieu qui est un clin d'oeil à quelqu'un qui se reconnaîtra je pense)

Les malheurs de Cathy revus et corrigés

Désolée pour cet incident indépendant de ma volonté comme on dit, en particulier pour Paul d'une part et pour Anonymous de la librairie d'Histoire d'en lire d'autre part, qui ont chacun laissé un commentaire ici auquel j'ai répondu avant que le tout disparaisse.

Cela dit j'en ai profité pour bosser un peu plus (quoique). Mais ce qui me chiffonne c'est que je voulais un peu modifier mon billet précédent après avoir demandé son avis à une historienne qui me semble plus versée dans la période saintbarthélémiesque que moi.
Voilà donc l'appréciation de Marie, en attendant de remanier mon précédent billet :

la présentation des événements que vous donnez est datée. Elle correspond à des thèses qui étaient soutenues il y a une vingtaine d'années par des historiens renommés comme Cloulas, mais qui sont aujourd'hui largement contestées par les spécialistes de la période.
On n'a pas de preuves que Catherine de Médicis et Charles IX aient commandité la St-Barthélémy*. Et on n'a pas non plus de preuves que Catherine de Médicis y soit pour quelque chose dans la tentative d'assassinat contre Coligny.
D'autres hypothèses ont depuis été avancées : on parle des Guise, des espagnols. Arlette Jouanna a même supposé possible que l'assassinat de Coligny ait été perpétré à l'initiative d'un inconnu!
Bref, on ne sait pas qui est coupable, ni si le roi et la reine mère ont une part de responsabilité dans l'affaire.
Si vous voulez creuser les faits, je vous suggère de laisser tomber Simone Bertière et de vous plonger plutôt dans les ouvrages récents de Garisson (qui a viré de bord ces dernières années et ne croit plus à la culpabilité de Catherine de Médicis), Crouzet, Solnon
ou Jouanna, par exemple.

Janine Garisson a écrit :
Catherine de Médicis : l'impossible harmonie. Payot, 2002


Présentation : Catherine de Médicis (1519-1589) mérite mieux que le méchant portrait qu'en a laissé Alexandre Dumas dans La Reine Margot. Avec Janine Garrisson, nous découvrons une princesse de la Renaissance imprégnée de philosophie néo-platonicienne et animée d'un esprit universel. Dans une France qu'elle gouverne pendant trente ans au nom de ses trois fils, François II, Charles IX et Henri III, elle aspire, en pleines guerres de religion, à établir une harmonie semblable à celle du cosmos. La postérité l'a voulue sanguinaire parce que son nom est tragiquement associé au massacre de la Saint-Barthélemy (1572), alors qu'elle incline au fond d'elle-même à la tolérance et au compromis avec les protestants. La reine Médicis laisse une oeuvre immense et durable, tant dans le domaine de la représentation royale que dans ceux de la gastronomie ou des arts.


Arlette Jouanna a écrit :
La Saint-Barthélémy, le mystère d'un crime d'État, Gallimard 2007
Extrait de la présentation :
Le 18 août 1572, Paris célèbre avec faste le mariage de Marguerite de Valois et d'Henri de Navarre, événement (lui doit sceller la réconciliation entre catholiques et protestants.
Six jours plus tard, les chefs huguenots sont exécutés sur ordre du Conseil royal. Puis des bandes catholiques massacrent par milliers " ceux de la religion " - hommes, femmes, vieillards, nourrissons... Comment est-on passé de la concorde retrouvée à une telle explosion de violence ? Comment une " exécution préventive " de quelques capitaines a-t-elle pu dégénérer en carnage généralisé ? Quel rôle ont joué le roi, la reine mère, les Guises, le très catholique roi d'Espagne ? De ces vieilles énigmes, Arlette Jouanna propose une nouvelle lecture.
La Saint-Barthélemy n'est l'oeuvre ni des supposées machinations de Catherine de Médicis, ni d'un complot espagnol et encore moins d'une volonté royale d'éradiquer la religion réformée. Charles IX, estimant sa souveraineté en péril, répond à une situation d'exception par une justice d'exception. Mais en se résignant à ce remède extrême, il installe, sans en faire la théorie, une logique de raison d'Etat.

Denis Crouzet a écrit :
Le haut cœur de Catherine de Médicis. Une raison politique aux temps de la Saint-Barthélemy, Albin Michel, coll. « Histoire », 2005

Extrait de la présentation :
Le XVIe siècle français est marqué par la figure de Catherine de Médicis (1519-1589) qui, exerçant le pouvoir avec une étonnante ténacité, fut soupçonnée de recourir aux moyens les plus sinistres, mensonges, complots, poison, magie noire, assassinats, culminant dans l'extrême violence du massacre de la Saint-Barthélemy. C'est avec une énergie intense qu'elle se consacra à la défense de l'État monarchique, incarné successivement par ses fils François II, Charles IX et Henri III.
L'humaniste Étienne Pasquier disait qu'elle « était armée d'un haut coeur », un coeur supérieur, plein de force, de foi et d'intelligence qui la poussa à se dresser contre les passions qui ensanglantaient le royaume. Dans sa magistrale étude, Denis Crouzet fait vivre cette Catherine de Médicis plurielle, oscillant entre le bien et le mal, adepte de la parole et de la négociation, figure humaniste persuadée de sa mission de pacification du royaume, mais aussi fine stratège, forgeant les instruments idéologiques de son intrusion active dans la sphère de la décision politique, allant jusqu'à légitimer l'usage de la violence vue comme une nécessité pour l'avenir de la paix. Dans le contexte tragique des guerres de Religion, autour d'une souveraine hors du commun, s'invente la raison politique moderne.


Jean-Francois Solnon a écrit :
Catherine de Médicis, Perrin, 2003

Dans notre mémoire collective, Catherine de Médicis (1519-1589) a mauvaise réputation. La ruse, la duplicité, le machiavélisme auraient inspiré la politique de cette Florentine qui n'aurait répugné ni au poison ni à l'assassinat. Femme et étrangère, elle était toute désignée à la vindicte. La veuve vêtue de noir, dominant et manipulant ses fils, responsable de la Saint-Barthélemy (1572), aurait été la plus maléfique des reines de France. Le livre de Jean-François Solnon balaie la légende et brosse un portrait attachant d'une femme courageuse que les malheurs de la vie n'ont pas épargnée. Sa grande passion fut le pouvoir: elle l'exerça trente années durant, au milieu des guerres civiles, toujours soucieuse de préserver l'unité du royaume et l'autorité de l'Etat, comme de rétablir l'harmonie entre les Français malgré les rivalités religieuses. En un temps d'intolérance et de fanatisme, elle fut - on l'oublie trop- farouchement attachée à la paix civile, cherchant inlassablement à réconcilier catholiques et protestants. Le pragmatisme fut son guide, la négociation sa méthode. Sans méconnaître les faiblesses et les erreurs de son héroïne, Jean-François Solnon propose l'image d'une femme de la Renaissance, ardente et volontaire, jamais abattue par les échecs, tout à la fois reine, régente, mécène et bâtisseuse. Un portrait fouillé, équilibré, vivant et neuf d'un être d'exception en un siècle d'or et de sang.

Néanmoins à l'instar de ces trois historien.nes, il me semble avoir quand même bien insisté sur la volonté de Cathy de conserver la paix coûte que coûte. Ce pourquoi j'ai mis les passages qui en parlent en caractère gras.

*Je n'ai pas non plus écrit que Charles IX et Catherine de Médicis avaient commandité la S.-B.

mardi 10 mai 2011

Les malheurs de Cathy




Il n'est guère possible d'expliquer en quelques lignes le massacre de la Saint-Barthélémy mais j'aimerais en présenter une autre version simplifiée par mes soins d'après les plus récentes biographies de Charles IX et de Catherine de Médicis que je connaisse.

Charles IX ne rêvait que d'exploits guerriers. Comme tous ces contemporains masculins il avait été formé à la virilité par les exemples tirés de "La vie des hommes illustres" de Plutarque, tous de grands militaires. On le comprend bien : il aurait voulu en être un. Manque de bol, il était roi. Ce qui ressemble plus à un boulot de fonctionnaire si on y regarde de près.

Catherine de Médicis, comme toutes les femmes mêlées au pouvoir, ne rêvait que de paix. Eléonore de Habsbourg la précédente reine, Louise de Savoie sa belle grand-mère, Marguerite de Navarre, sa belle-tante, toutes ces prédécesseresses avaient oeuvré comme elle, et comme elles pouvaient, pour la paix. Catherine faisait de son mieux pour réconcilier catholiques et protestants mais la tâche était d'autant plus ardue que son autorité parce qu'elle était femme, était en permanence contestée par toutes les factions.

En premier lieu, par les huguenots, l'amiral de Coligny en tête, qui, comme Charles IX, rêvait de guerre et aussi de calviniser toute l'Europe. L'occasion était bonne. Les "Gueux" des Pays-Bas, une conjuration de nobles qui voulaient renverser le joug espagnol avaient, selon lui, besoin d'aide. On s'y rendrait et en chassant les espagnols, on calviniserait les Pays-Bas qui n'attendaient que cela, d'après lui.
Les Valois, cette famille trop tiédasse pour la cause protestante qui fâchait également le pape parce qu'elle ne prenait pas non plus fermement parti pour les catholiques, allait devoir suivre bon gré mal gré le mouvement, on trouverait le levier, il n'y avait qu'à chercher.

En effet, la famille royale était quelque peu malmenée par tous les partis et on songea un temps à déposer le roi. On l'enleva même ainsi que sa mère, ce fut toute une histoire, puis on les relâcha ; bref, la couronne de Charles IX vacillait quelque peu.

Dans la tourmente générale et même sans elle, Charles IX ne savait à qui se raccrocher. Coligny se présenta alors à lui en grand chef de guerre digne des héros de Plutarque. Charles IX avait enfin trouvé un père. Coligny son levier.

Mais Catherine s'empressa d'expliquer à Charles que ce n'était pas le moment de se chercher un père en la personne d'un individu qui s'apprêtait à mettre non seulement la France mais probablement l'Europe entière à feu et à sang. En effet, l'Espagne n'allait certainement pas observer le manège de Coligny les bras croisés.

Mais Coligny profita du mariage de Marguerite de Valois avec Henri de Navarre pour se rapprocher un peu plus du roi et contrer ainsi l'influence de sa mère, des Guise et des nonces du pape.

Catherine s'affola. On commencait à donner des ordres pour déplacer des troupes aux frontières des Pays-Bas.
Impuissante à convaincre le roi, elle résolut (ou ils résolurent à plusieurs) de faire assassiner Coligny en douce, peut-être avec la complicité d'Anne d'Este, ou du moins de Henri de Guise. D'après Dumas avec la complicité du roi lui-même qui n'osa pas faire arrêter celui qu'il appelait "mon père".

Malheureusement l'attentat échoua. S'il avait réussi, il n'y aurait jamais eu le massacre qui s'en suivit.
Le blessé et surtout ses compagnons firent un terrible scandale, clamèrent que les Valois avaient signé leur arrêt de mort. On menacait ni plus ni moins de les assassiner à leur tour.
Puis après avoir crié au meurtre et à la vengeance, les chefs protestants suggérèrent à l'amiral de quitter Paris sur le champ de peur d'être assassinés eux-même. Bref, l'air sentait déjà le sang. Mais Coligny qui aurait perdu en s'éloignant de Paris son ascendant sur le roi alors qu'il était si proche d'obtenir ce qu'il briguait, refusa.
Catherine et Charles en entendant les menaces contre eux qui couraient par les rue, prirent peur. Charles n'ayant pas d'idée, Catherine et d'autres peut-être suggèrent d'éliminer les chefs protestants qui se trouvaient au Louvre. Il fallait selon elle (et eux) couper les têtes de l'hydre. On établit une liste et Charles IX donna son accord, bien qu'à contre coeur, il s'agissait quand même de grands militaires. C'est là qu'il aurait dit (puisque c'est comme ça) "Tuer les tous". Il était question des chefs de la liste et non de tous les protestants du royaume.
Avec cette exécution secrète, qui, il faut le dire, n'était pas totalement inhabituelle pour l'époque, l'assassinat passant pour un acte politique de dernière extrémité, Catherine eut certes sérieusement du sang sur les mains mais elle ne fut pas la seule et ses (leurs) motivations n'ont rien à voir avec celles qu'on lui (leur) prête. Quand à la catastrophe qui s'en suivit, nul ne l'avait prévu. Que la foule fut prise d'une folie de carnage, on ne peut en imputer la responsabilité directe ni à Catherine ni à Charles IX. La tension avait atteint le point culminant. Ce fut la ruée contre les huguenots.
Catherine et Charles furent dépassés par ce qui se passa alors, et la légende racontant que Charles aurait tiré sur ses sujets depuis les fenêtres du Louvre est fausse.
Le pape qui ne mesura pas tout de suite l'ampleur des dégâts avait déjà envoyé un émissaire avec une lettre de félicitations au roi pour avoir éliminer les principaux chefs protestants mais il rappela en catastrophe son émissaire quand il en apprit les "dommages collatéraux".
Voilà grosso modo comment en cherchant à tout prix à sauver la paix du royaume et aussi quelque peu son trône, un.e puissant.e peut provoquer une bavure de très grande envergure.
Seulement voilà : les femmes sont souvent sollicitées et écoutées quand il est déjà trop tard, que le mal est fait et que plus rien ne peut arrêter le cours des choses, à moins d'une solution catastrophique.
Voilà de quelle manière certains hommes de pouvoir inconséquents se retrouvent acculer à d'épouvantables extrémités et comment ils conservent leur candeur aux yeux du monde en reportant le discrédit sur autrui. Une femme de préférence.

Catherine a belle et bien évité une guerre autrement plus sanglante entre la France et l'Espagne prolongée des Pays-Bas à laquelle se seraient peut-être joints d'autres pays comme l'Anglelerre et les principautés allemandes, guerre aux conséquences incalculables. Elle a évité la guerre peut-être mais par la violence alors qu'elle voulait la paix et au prix de sa réputation dont, il est vrai, Catherine se souciait comme d'une guigne.

Ajout de 20.04 : une bio hurluberlue de Cathy trouvée en farfouillant sur google.