D'ailleurs la connaissance du phénomène de la contagion est tout à fait perceptible dans cette lettre de Marguerite de Navarre à Anne de Montmorency en automne 31, période où la peste ravage l'Ile-de-France :
"elle [Louise de Savoie, sa mère ainsi que celle de François Ier n.d.l.r.] a eu assez bonne nuit et dit que si elle se trouve demain ainsi, elle partira, ce de quoi sont d'opinion tous nos médecins et ceux de Paris, car le danger est ici si grand, que je n'ose écrire au Roi ni à la Reine, ni à vous, de peur que ma lettre se sente de l'air".
La médecine est donc bien antérieure aux technologies contemporaines et soigner les gens a été possible sans elles. Pour ce qui est de la médecine au féminin, la mère de la médecine généraliste féminine et de la gynécologie féminine est sans conteste Trotula de Salerne qui la pratiqua de la fin du XIe s. au début du XIIe.
Le terme de "Trotula" désigne aujourd'hui les trois textes écrits par elle : Les Maladies des femmes, Traitements pour les femmes, et Soins cosmétiques pour les femmes.
Dans Les Maladies des femmes, elle prôna entre autres l'accouchement sans douleur grâce à l'opium (cf. Trotulae curandarum aegritudinum mulierorium ante et post partum (traitement des femmes malades avant et après l'accouchement)).
Au Moyen-âge, puis à la Renaissance, les scientifiques tentèrent de la faire passer pour un homme, refusant l'existence d'une femme médecin et l'église catholique refusa ses techniques dites « maudites » puisque la volonté de Dieu était celle de l'enfantement dans la douleur (« dans la peine tu enfanteras des fils », Genèse, 3.6).
Elle pratiquait la césarienne et fut la première personne à recoudre le périnée en cas de déchirure. Elle développa même un moyen pour prévenir ces déchirures.
Dans le Traitements pour les femmes, elle jeta les bases de la médecine féminine (De passionibus mulierum curandarum, Trotula Major, son ouvrage fondamental). Elle y dressa la liste des traitements pour les différentes affections dont pouvaient souffrir les femmes (ainsi d'ailleurs que quelques problèmes de santé masculins). On y trouve peu d'explications sur les causes du problème de santé et ce sont les soins à donner qui sont d'abord et avant tout décrits. Les problèmes abordés sont variés, allant du coup de soleil à la stérilité. Les remèdes font souvent appel à des mélanges d'herbes et d'épices. Les traitements recensés trouvent leur source dans la tradition orale des régions méditerranéennes.
- Dans Soins cosmétiques pour les femmes (De Ornatu Mulierum, L'Ornement des dames), elle décrit des techniques pour blanchir les dents, purifier la peau, s'épiler, et colorer les lèvres. Ce texte est plus court que les deux autres. Beaucoup des soins qui y sont décrits sont d'origine musulmane.
- Trotula de Salerne fut l'une des premières à considérer l'hygiène, une alimentation équilibrée, l'activité physique comme des éléments importants pour la santé et à prévenir les gens contre le stress.
- Par contre on ne sait pas quelles sont ses apports directs à la médecine généraliste parce que ce que l'on ne se serait jamais permis avec un Galien ou un Avicenne, on se l'est permis avec Trotula : modifier et compléter son encyclopédie au fil des ans. Ben oui, c'était rien qu'une femme, hein !