jeudi 15 mars 2012

La mère de la médecine féminine

Parler de la médecine du XVIe siècle aujourd'hui peut paraître ridicule si l'on ne met pas de côté l'idée reçue qu'elle serait essentiellement lacunaire et rien d'autre. Or il est nécessaire d'avoir constamment à l'esprit que certaines connaissances ont belle et bien été perdues du fait de la persécution des herboristes et "sorcières" et d'autre part même si l'on ne possédait pas l'attirail technique d'aujourd'hui on se doutait bien qu'il y avait des microbes qui transmettaient les maladies même si l'on n'était pas en mesure de les voir. On ne sait pas exactement qui a inventé le microscope mais sa capacité d'observation des "animalcules" comme on appelait à l'époque les microbes ne se développa que dans la seconde moitié du XVIIe siècle et cependant même les Grecs les avaient pressentis.
D'ailleurs la connaissance du phénomène de la contagion est tout à fait perceptible dans cette lettre de Marguerite de Navarre à Anne de Montmorency en automne 31, période où la peste ravage l'Ile-de-France :
"elle [Louise de Savoie, sa mère ainsi que celle de François Ier n.d.l.r.] a eu assez bonne nuit et dit que si elle se trouve demain ainsi, elle partira, ce de quoi sont d'opinion tous nos médecins et ceux de Paris, car le danger est ici si grand, que je n'ose écrire au Roi ni à la Reine, ni à vous, de peur que ma lettre se sente de l'air".

Fichier:Trotula of Salerno.jpg

La médecine est donc bien antérieure aux technologies contemporaines et soigner les gens a été possible sans elles. Pour ce qui est de la médecine au féminin, la mère de la médecine généraliste féminine et de la gynécologie féminine est sans conteste Trotula de Salerne qui la pratiqua de la fin du XIe s. au début du XIIe.

Le terme de "Trotula" désigne aujourd'hui les trois textes écrits par elle : Les Maladies des femmes, Traitements pour les femmes, et Soins cosmétiques pour les femmes.

Dans Les Maladies des femmes, elle prôna entre autres l'accouchement sans douleur grâce à l'opium (cf. Trotulae curandarum aegritudinum mulierorium ante et post partum (traitement des femmes malades avant et après l'accouchement)).
Au Moyen-âge, puis à la Renaissance, les scientifiques tentèrent de la faire passer pour un homme, refusant l'existence d'une femme médecin et l'église catholique refusa ses techniques dites « maudites » puisque la volonté de Dieu était celle de l'enfantement dans la douleur (« dans la peine tu enfanteras des fils », Genèse, 3.6).
Elle pratiquait la césarienne et fut la première personne à recoudre le périnée en cas de déchirure. Elle développa même un moyen pour prévenir ces déchirures.

Dans le Traitements pour les femmes, elle jeta les bases de la médecine féminine (De passionibus mulierum curandarum, Trotula Major, son ouvrage fondamental). Elle y dressa la liste des traitements pour les différentes affections dont pouvaient souffrir les femmes (ainsi d'ailleurs que quelques problèmes de santé masculins). On y trouve peu d'explications sur les causes du problème de santé et ce sont les soins à donner qui sont d'abord et avant tout décrits. Les problèmes abordés sont variés, allant du coup de soleil à la stérilité. Les remèdes font souvent appel à des mélanges d'herbes et d'épices. Les traitements recensés trouvent leur source dans la tradition orale des régions méditerranéennes.

Dans Soins cosmétiques pour les femmes (De Ornatu Mulierum, L'Ornement des dames), elle décrit des techniques pour blanchir les dents, purifier la peau, s'épiler, et colorer les lèvres. Ce texte est plus court que les deux autres. Beaucoup des soins qui y sont décrits sont d'origine musulmane.

Trotula de Salerne fut l'une des premières à considérer l'hygiène, une alimentation équilibrée, l'activité physique comme des éléments importants pour la santé et à prévenir les gens contre le stress.

Par contre on ne sait pas quelles sont ses apports directs à la médecine généraliste parce que ce que l'on ne se serait jamais permis avec un Galien ou un Avicenne, on se l'est permis avec Trotula : modifier et compléter son encyclopédie au fil des ans. Ben oui, c'était rien qu'une femme, hein !

lundi 12 mars 2012

"Le Mallade" (qui réclame un médecin) et La Femme (qui veut le soigner avec des herbes)

Scène 1

LE MALADE

Ma femme, que je suis malade !
Je sens au côté grand’ douleur.
J’ai le goût amer, le cœur fade.

LA FEMME

On le voit à votre couleur :
Mais veuillez donc prendre bon cœur
Et vous efforcer de manger.

LE MALADE

Manger, qui n’a plus de saveur ?
Vous me faites vif enrager.
Manger ! Je vous promets, ma mie,
Que je n’ai goût ni appétit,
Et nul morceau ne saurais mie
Avaler, tant fût-il petit.

LA FEMME

Il vous faut donc mettre en un lit,
Vous y serez plus à votre aise.

LE MALADE

Puisqu’en rien je ne prends délit,
Mieux suis ainsi, ne vous déplaise.

LA FEMME

Où vous tient votre passion ?

LE MALADE

Au côté droit, sous la mamelle.
Et sens une altération,
Qu’il n’en fut jamais une telle !

LA FEMME

La dent de sanglier blanche et belle
Vous donnerai, c’est ma coutume ;
Et d’une herbe, je sais bien [la]quelle,
Je vous ferai un cataplume.

LE MALADE

Ma mie , ce n’est pas le point
Par où il me convient guérir.
Allez bientôt, ne tardez point,
Un bon médecin me quérir.

LA FEMME

Toujours à eux voulez courir :
Mais leur patte est trop dangereuse ;
Car l’autre jour firent mourir
La fille de la procureuse.
Entre nous, pauvres femmelettes,

Avons bien quelque expérience,
Et connaissons les herbelettes
Ainsi qu’eux, par ma conscience !
Pensez-vous que leur grand’ science
Puisse toutes choses savoir ?

("Le Mallade" de Marguerite de Navarre (farce, v. 1535) extrait de la scène 1)


(Je suis un peu déprimée depuis que j'ai découvert que dans les années 1980 une femme a déjà entrepris ce que j'entreprends aujourd'hui et que certainement d'obscures femmes comme moi entreprennent chacune à leur tour la même chose sans espoir que cela parvienne à toucher le plus grand nombre un jour parce que c'est toujours l'invisibilité qui gagne).

Ajout du 13.03 :
"Comme il est diversité de médecins qui par ignorance ne savent ni ordonner ni appliquer les herbes selon les maladies, ainsi en est-il des préconisateurs de la voie et de la parole divine, ils sont la cause des pestes, cécités et maladies spirituelles presque incurables que nous voyons régner et des innombrables âmes qui meurent et se ruinent sans discrétion. La ceinture dorée ne fait pas le médecin pas plus que le bonnet rond la théologie" (Marguerite de Navarre)
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(Ill. tirée du "Livre des simples médecines" de Platearius v. 1480)

(Mon prochain billet sera également consacré aux femmes et à la médecine au XVIe siècle)

vendredi 9 mars 2012

De la guerre de l'or à la guerre de l'eau

Je viens de voir le film "Même la pluie" de l'actrice, réalisatrice et scénariste espagnole Iciàr Bollaìn. Elle et moi ont est sur la même longueur d'onde, pas de doute !
C'est l'histoire d'une équipe qui s'en vient en Bolivie tourner un film sur la conquête de l'Amérique du Sud au XVIe siècle par Christophe Colomb avec Antonio de Montesinos et Bartolomé de las Casas, les fameux deux prêtres dont l'un est bien connu (B. de las Casas) scandalisés par le traitement des indiens que les colons espagnols uniquement obsédés par l'acquisition de l'or leur font subir. Le jeune réalisateur semble un idéaliste plein de bons sentiments qui y croit. Et lorsqu'il craque à un moment donné du film, le co-réalisateur lui rappelle avec quel enthousiasme il lui a un jour parlé du discours de Bartolomé de las Casas, combien il lui était cher de présenter à la face du monde l'engagement de ce prêtre pour les indiens martyrisés et qu'il ne doit pas abandonner. Mais curieusement ce qui se passe de similaire au XXIe siècle parallèlement à ce XVIe siècle lointain que ces deux hommes cherchent à recréer au moyen d'un film, n'est pas percu par eux avec la même sensibilité. Or les figurants qui représentent ces fameux indiens réduits en esclavage par les espagnols sont totalement impliqués dans un combat incroyablement proche de l'histoire ancienne comme s'il y avait une parfaite continuité. On sent très fortement cette continuité d'ailleurs, la réalisatrice mêlant les scènes du XVIe siècle et du XXIe siècle avec beaucoup de brio. Ces figurants boliviens descendants des "indios" de Christophe Colomb doivent d'urgence lutter en dehors des heures de boulot sur le tournage des deux cinéastes contre la privatisation de l'eau que les autorités de la ville tentent de leur imposer(l'eau a été vendue à une multinationale américaine) car il y va de la survie de leur peuple.
On voir très bien dans ce film que c'est au XVIe siècle que le néo-libéralisme a pris son essor sacrifiant l'humain pour l'or. Aujourd'hui c'est l'obsession du pétrole et de l'uranium qui fait payer un lourd tribut aux populations, à la faune et à la flore mondiales. A l'aube du XXIe siècle naissant ce drame s'achève avec le pillage de tout ce qui est essentiel à la vie : la nourriture, l'air, l'eau. Après avoir tout pris les pilleurs/exploiteurs volent ce qui reste jusqu'à l'ultime des ultimes ressources dispensatrices de vie : l'eau.
Ainsi le tournage étant fortement compromis par cette lutte qui le place en second rang l'équipe de cinéastes et d'acteurs qui appartient elle au monde des exploitants se dépêchent de fuir devant cette réalité ô combien plus dérangeante que celle d'il y a 500 ans auparavant, enfin pas pour tous ou du moins pas complètement...
Excellent film.



Sur l'aspect de la guerre socio-économique strictement actuelle de ce film voir le billet d'Hypathie.

jeudi 8 mars 2012

Pour le 8 mars, une femme tenace bien que bancale : la duchesse de Montpensier

Je ne la considère pas comme un modèle féminin et elle ne s'est pas battue pour la cause féminine mais elle mérite d'être connue pour avoir été une femme que son sexe n'a en rien empêché de mener une véritable politique d'intrigues et de coups fourrés comme en mène habituellement soit les hommes de pouvoir, soit les femmes riches qui savent s'entourer de communiquants et d'ami.e.s dévoué.e.s eux-même riches et influents dévoué.e.s à leur cause (suivez mon regard).

Voilà donc qui est Catherine de Guise, duchesse de Montpensier, dite pour la moquer "La Boiteuse" :
Catherine-Marie de Lorraine (1552 - 1596), princesse de la maison de Guise est surtout connue sous le nom de duchesse de Montpensier.
Elle est la fille du duc François de Guise et d'une autre femme politique : Anne d'Este, elle-même fille de Renée d'Este et donc l'arrière-petite-fille de Louis XII et d'Anne de Bretagne. Elle grandit dans un contexte de guerre civile et n'a que 10 ans quand son père est assassiné par un protestant.

Elle est mariée à l'âge de 18 ans à un prince de sang de quarante ans son aîné Louis de Bourbon, duc de Montpensier dont elle n'aura pas de descendance, son mari ayant déjà plusieurs enfants d'un précédent mariage. Veuve dès l'âge de 30 ans, elle ne se remaria jamais.

Affligée d'un boitement du à une malformation congénitale, elle est en butte aux railleries des favoris du roi Henri III.
Sur le plan des rivalités nobiliaires, les Lorraine étant de plus ancien lignage que les Bourbons pourtant prince du sang, elle marque son opposition aux Bourbons.
Sans l'inéquité de la loi salique les Valois seraient restés sur le trône par les femmes et si l'on remonte à plus longtemps les Valois n'auraient pas régné mais les capétiens directs seraient restés sur le trône par les ducs ou duchesses de Lorraine. Ce qui fait du sang de Catherine de Montpensier un sang plus royal que celui des Bourbons.
Sans doute son action politique vouée au renversement des Valois et des Bourbons était-elle motivée par cette conscience de légitimité par la généalogie, très importante à l'époque.

Après la signature du traité de Nemours (1585), le roi envisage pour réconcilier son parti avec celui des Guise de la marier à son favori le duc d'Épernon, mais les différentes tentatives du roi échouent face au refus catégorique de Catherine.

Elle anime dès lors la propagande de la Ligue contre Henri III qu'elle a en détestation et qu'elle diffame dans toute la capitale via les prédications des prêcheurs parisiens avec qui elle est en étroite relation. Elle soutient les ambitions de son frère le duc de Guise et contribue à sa victoire lors de la journée des barricades au cours desquelles la capitale se soulève contre le roi (12 et 13 mai 1588). Elle se dit et est désormais considéré par la Ligue comme la reine de Paris. Elle porte à sa ceinture la paire de ciseaux avec laquelle elle est impatiente de tonsurer le roi (surnommé le roi-moine pour sa bigoterie) qu'elle veut enfermer dans un couvent.

L'assassinat du duc de Guise, huit mois plus tard, attise encore la haine des Guise dont celle de la duchesse à l'encontre du roi. Catherine joue alors un rôle de premier plan dans la révolte en poussant à l'action les membres de sa famille. Elle persuade son frère le duc de Mayenne de venir à Paris prendre la tête de la Ligue.

Quand Henri III est assassiné, le 1er août 1589, Catherine dira en être à l'origine, ce qui n'est pas impossible. Débarrassée "du Valois", elle veut ensuite empêcher l'accession de Henri de Navarre au trône de France. Durant les terribles guerres et sièges de ce dernier contre la ville de Paris de 1589 à 1594, c'est avec les deux autres princesses de Lorraine, sa mère la duchesse de Nemours et sa belle-sœur la duchesse de Guise, que Catherine de Montpensier poursuit la lutte. Toutes trois occupent l'hôtel de la reine. Pendant les états généraux de 1593, elle soutient la candidature de son frère au trône de France.

Mais Henri IV abjure la foi réformée et entre triomphalement à Paris en 1594. Malgré les supplications de la veuve d'Henri III, Louise de Lorraine, sa cousine, le roi n'exerça pas de représailles à l'encontre de la duchesse de Montpensier qui mourut deux ans plus tard à l'âge de 44 ans.

Le personnage de la duchesse de Montpensier a inspiré des œuvres comme :

Les Quarante-Cinq, d'Alexandre Dumas où elle est représentée de façon plutôt sympathique et les tomes IV et V de la série Fortune de France de Robert Merle où elle est représentée de façon plutôt odieuse.

Le mieux est sans doute de lire ce qu'en dit Eliane Viennot dans : « Des « femmes d’État » au XVIe siècle : les princesses de la Ligue et l’écriture de l’Histoire », in D. Haase-Dubosc & É. Viennot (dir.), Femmes et Pouvoirs sous l’Ancien Régime, Actes du colloque de Paris, déc. 1989, Paris, Rivages, 1991, p. 77-97.

mercredi 7 mars 2012

Guillaume Postel et l'âme du monde (la femme)

Il y a d'une part les hommes per vers (= qui inversent, mettent le monde sur la tête) et qui donc se sentent persécutés par les femmes dès que l'une d'elle se plaint des mauvais traitements subis par les hommes ou/et dès qu'un homme se plaint du comportement des autres hommes envers les femmes ou/et dès qu'une femme revendique une place autre que celle de carpette de l'homme. Voir Site d'homme ayant dressé une liste de la "misandrie" universelle (la critique n'a aucune place dans leur monde). Voir aussi le commentaire sur ce billet où les féministes sont comparées à...Hitler (fallait y penser).
Et il y a d'autre part les pro-féministes masculins comme Guillaume Postel (1510-1581) qui figurent d'ailleurs dans la liste du chasseur de misandres.
Fichier:Guillaume Postel.jpg

Guillaume Postel, nommé professeur de langues orientales (grec, arabe, hébreu et syriaque) au Collège royal de Paris en 1538 par
François Ier, souhaitait réaliser la concorde universelle et écrivit pour ce faire un livre intitulé : De orbis terrae concordia, paru en 1544. Essayant sans succès de rallier le roi de France à son projet, il rejoint Ignace de Loyola qu'il tenta de convertir à ses idées. Ordonné prêtre au sein de la Compagnie de Jésus, il en est expulsé un an et demi plus tard. Trop original sans doute. Il décide alors de s'initier au Livre d'Hénoch et à la Kabbale auprès du syriologue Andreas Maes.
À Venise, il rencontre une religieuse âgée, Suor Zuana (Jeanne), en laquelle il voit la mère du monde et la nouvelle Ève. Cette rencontre est à l'origine d'un messianisme, d'essence sophianique : spirituellement proche du grand kabbaliste juif Isaac Louria,
(qui le matin du Shabbat organisait des processions pour aller recueillir l'espri éthéré de la reine de Sabbat (ou Chabbat)), Postel professait, en conformité avec le Zohar (qu'il avait traduit en 1547), qu'il y avait deux messies : l'esprit féminin de l'homme, qu'il nomme anima, compromise par le pêché d'Ève et n'ayant pas fait l'objet de la rédemption du Christ, et qui devait être sauvée par un messie femme, incarnation de l'âme du monde, (la Sophia identifiée à mère Jeanne). Convaincu, à la Noël 1553, que la religieuse entre temps décédée a pris possession de son « corps spirituel », Postel annonce le règne des femmes ou la fin du monde, puis rencontre les anabaptistes et, déçu par François 1er, se met au service de l'empereur d'Autriche. Il finit par se tourner vers les Turcs, ultime espoir pour l'unification du monde, et enfin vers les ismaéliens. L'Inquisition s'inquiète et examine ses thèses. Suspecté d'hérésie et déclaré fou, il est emprisonné pendant quatre ans. Libéré en 1559 grâce à l'intervention d'un ami et après une période d'errance, il est finalement interné en 1562 au cloître de Saint-Martin-des-Champs de Paris (aujourd'hui le Conservatoire national des arts et métiers), où il reçoit de nombreuses visites comme celles de Charles IX qui l'appelle "son philosophe".

Je ne sais pas si Guillaume Postel devint réellement fou ou se sentit contraint de simuler la folie pour ne pas finir torturé et brûlé. Néanmoins pour un homme qui n'aurait pas eu tout son bon sens, il rédigea tout de même pas moins de 21 livres dont un
Les Très Merveilleuses Victoires des femmes du Nouveau monde, paru en 1553.

Sa réputation de délirant provient exclusivement du fait qu'il ait vu un jour en une femme un(e) messie et ait essayé d'en convaincre ses contemporains. S'il avait réussi, il serait aujourd'hui le père d'une nouvelle église avec comme incarnation de la Force créatrice qui nous gouverne une femme au lieu des Dieux mâles habituels mais comme il a échoué...voilà qui ne pardonne pas.

Un livre de Guillaume Postel qui a traversé les siècles et se lit encore de nos jours
: Le Clavis Absconditorum (Clés des choses cachées).

Benoîte Groult parle ici de Guillaume Postel dans ses féministes au masculin

Un colloque lui a été consacré à Avranches du 5 au 9 septembre 1981.

Ajout du 8 mars : désolée pour les incessantes transformation de mon texte que j'avais publié incomplet ayant eu trop de fiance dans les informations de Wikipédia qui sont souvent incomplètes voire fausses et que j'ai remaniées ici dans la mesure du temps qui m'est imparti pour ce faire.

vendredi 2 mars 2012

On ne dit plus "la femme est inférieure" on dit "la femme est consentante"

Aujourd'hui on ne dit plus comme au XVIe siècle que la femme est inférieure à l'homme mais quand elle est harcelée voire violée on dit plutôt qu'elle est consentante. Il faut visionner à ce propos la vidéo où Jean Quatremer exprime à un moment donné son point de vue sur l'affaire Piroska Nagy, à quoi on lui répond qu'elle était consentante.
Fermez le ban.
On remarquera qu'à l'instar du Concile de Trente (1545-1563) qui décida du statut juridique de la femme dans la société francaise, aucune femme n'est invitée à prendre la parole dans ce débat qui traite quand même bien un peu de femmes pourtant.

Déjà au XVIe siècle, les Jean Quatremer de l'époque disaient des choses comme :

"Pour ce que la plus commune partie des hommes s'adonnent à blâmer les dames, tant de langue que de plume, et ont composé des livres, comme Bocacce, Théophraste et un tas d'autres, j'ai bien voulu chercher par les anciennes librairies à celle fin de trouver aucun acteur qui sagement, loyalement et véritablement parlât d'elles..."
N'en trouvant pas à son goût, il décida d'en écrire un lui-même. Il s'agissait d'Antoine Dufour en introduction à son Les vies des femmes célèbres, publié en 1504 et offert à Anne de Bretagne.
Au XVIe siècle, il y eut un grand débat national sur le genre et beaucoup d'hommes prirent parti pour les femmes. Cela leur promettait un changement favorable mais malheureusement le Concile de Trente a fait son gros travail de sape et enterré les "prétentions" féminines à l'égalité.

Aujourd'hui, la France est très en retard et plus que jamais en recul sur les questions de genre. L'élection présidentielle d'où la seule opposition officielle a habilement écarté toute candidature féminine (cf. la mascarade des "primaires") en est l'une des criantes preuves.
A propos du retard sur le traitement du genre en France, je préconise l'écoute de cette émission d'Rfi avec Elodie Soulard, chargée de mission auprès de France terre d'asile et auteur de l'étude « L'asile au féminin ». Elle met le doigt sur cette question sous-jacente aux barrières que met la France pour accueillir des femmes menacées de maltraitance due à leur sexe dans leur pays : le refus féminin a t-il une place quelque part. La réponse est non.
La femme est par nature + ou - consentante, autrement dit elle n'a pas cette volonté personnelle propre à l'homme lui permettant VRAIMENT de choisir de dire oui ou non. Parce que la volonté personnelle caractérise l'humain, la personne. Or seul l'homme est véritablement une personne.

jeudi 1 mars 2012

La "loi" qui n'en a jamais été une

Comme je n'ai pas encore rempli mon quotat de pro-féministes masculins pour ma 2e année de bloging, je suis en train de rassembler des infos sur certains d'entre eux comme Guillaume Postel, un érudit qui a eu très mauvaise réputation comme la plupart de ses collègues pro-féministes du XVIe siècle (il faut être fou pour défendre les femmes) mais a tout de même échappé au bûcher. Je découvre que parmi ses nombreux écrits, il a publié un livre sur la loi salique mais je ne sais pas encore ce qu'il y a dedans. Par contre un encyclopédiste du XVIIe siècle a écrit tout ce qu'il sait de cette "loi" dans un dico paru en 1732 après sa mort.

Eliane Viennot en parlait à sa conférence du 9 mai 2009, la loi Salique fut une grosse arnaque pour spolier les femmes de leur héritage quand il s'agissait du trône et depuis l'abolition de la monarchie, cette "loi" qui n'en est pas une se maintient apparemment sous une autre forme car l'accès en France des femmes au pouvoir reste impossible.

Comme cette année nous pourrons fêter le cinquième anniversaire d'un événement sans précédent depuis l'avènement de la République française : la présence d'une femme au second tour de l'élection présidentielle, un petit iatus sur l'origine de cette prétendue loi salique s'impose même si elle n'a plus cours officiellement.

On verra qu'elle est si fumeuse que l'auteur du dictionnaire finit par renvoyer le/la lecteur/trice au terme "coutume" en désespoir de cause et après avoir fait le tour de la question.

C'est ce qu'on peut appeler un aveu !

Alors voilà p. 1750 sous SAL. la définition du „DICTIONNAIRE UNIVERSEL FRANCOIS ET LATIN; VULGAIREMENT APPELÉ DICTIONNAIRE DE TREVOUX TOME QUATRIÈME", sur la loi dite sadique, euh...salique.

SALIQUE. Adj. Est une épithète qu'on donne à une Loi ancienne & fondamentale du Royaume de France, qu'on prétend avoir été faite par Pharamond, ou du moins par Clovis. Lex Salica.

Il y a eu des Juges appelés Rhatimbourgs dès l'origine des François, expressément destinés pour décider les difficultés que se présentaient sur la Loi Salique, Du Haillan, après avoir examiné la Loi Salique en Critique, a décidé, que c'était une invention de Philippe Le Long en 1316, pour exclure la fille de Louis le Hutin de la Couronne. Le P.Daniel soutient qu'elle est citée par des Auteurs plus anciens que Philippe le Long, & que Clovis en est l'Auteur. Le style qui n'est presque pas intelligible, & qui est un langage latinisé, est une marque d'antiquité. Cette Loi Salique ne regarde point la Couronne de France spécialement. Elle porte seulement en général : En la terre Salique aucune portion d'héritage ne vient à la femelle, ainsi que le sexe viril acquiert la possession. Ainsi c'est une erreur de croire que la loi Salique fût établie spécialement pour la succession royale ; car elle était faite également pour les particuliers. On appelait autrefois terres, ou héritages saliques, toutes les terres, tant fiefs, que rotures, de la succession desquelles les femmes étaient exclues par la Loi Salique, en sorte qu'elles n'héritaient que des meubles et acquets, quand il y avait des mâles. Un Allemand nommé Eccart a recouvré, dit-on, un Manuscrit de la Loi Salique plus ample que tous ceux que nous connaissons, & qui contient la troisième partie de cette loi fameuse, avec une chronologie de la même loi fort curieuse, & inconnue jusqu'ici. Il croit que ce manuscrit est du temps de Charlemagne. Il y avait d'abord chez nous des terres saliques distinguées des autres terres, & destinées au Militaires de la nation. Fénelon.

Quelques-uns, comme Guillaume Postel, tiennent que cette Loi a été appelée Salique comme qui dirait Gallique, à cause qu'elle est particulière aux Gaulois. Jean Cénal croit que c'est à cause que cette Loi était seulement ordonnée pour les Sales & les Palais Royaux. Claude Seiffel dit qu'est ainsi nommée, à cause du sel et de la prudence dont elle est pleine. Ferrarius Montanus dit que c'est à cause que Pharamond était appelé autrefois Salique ; d'autre, comme l'Abbé d'Usperg, de Salogast son principal Conseiller. D'autres croient que c'est à cause de la fréquence des articles de cette Loi, qui commencent par Si aliquis, & Si aliqua. Génébrard dit qu'on l'a appelée Salique, pour Salomanique, à cause que Salomon le premier en a montré l'exemple. Davisson le dérive des Allemands Salis & Lik, qui signifient semblable au sel. La plus probable opinion est celle qui dérive ce mot des anciens François nommés Sali, Salici, & Salingi, à cause de la rivière de Sala, qui est un fleuve de l'ancienne Germanie, comme dit Rhénanus Historien Allemand, Paul Émile & plusieurs autres qui l'ont suivi, & après eux Ménage, Pasquier, Borel & Chrétien Juncker. Bouterouë en donne une autre origine assez probable, disant que ce mot vient du mot salieb, qui en vieux langage Teuton signifiait salutaire, parce que les François firent cette Loi en voulant imiter la police des Romains, qui avaient fait des Loix salutaires, que le Magistrat devait avoir devant lui en rendant la justice. Il le prouve par une figure curieuse tirée du livre intitulé Notitia Imperii, où sont dépeints l'armoire & le livre couverts d'or, qui ont pour inscription Leges Salutares. Elle a aussi été dite lex salega, d'un Salego François, selon un Acte ancien cité par M.Galland, au Franc-Alleu, p.317 Eod Anno 25. Imp. Hlud, Salego, ex natione Francorum, etc. et. vendidimus secundum meam Salegam legem per sestucam et andelaginem, et per guasionem, et per culaggo, et per cultellum et per ramos arborum irradidi, etc. curtem meam. Et à la signature : Ego Saligo in hat chartula à me facta, &c. Borel. Les Lois Saliques ont été données au public par M.Pithou, & depuis par M.Bignon Avocat Général, qui y a fait de savants Commentaires. Voyez le mot C o u t u m e, Chiflet a fait aussi un Commentaire sur les Loix Saliques qu'il intitule Natale solum Legum Salicarum, & un Lexique salique des mots Aruatiques. Il prétend que les Loix Saliques ont été faites dans les Pays-Bas, parce que ç'a dû être dans un pays pécunieux, tel qu'était alors le Belgium, ou Pays-bas.