vendredi 21 décembre 2012

Sophia Brahe, astronome, médecienne, chimiste, horticultrice, alchimiste, astrologue, généalogiste





Scientifique du 16/17e s. très connue en Scandinavie, Sophia Brahe (ou en fr. Sophie Brahé) naquit en 1556 à Knudsturp au Danemark, la dernière de 10 enfants. Elle eut pour père Otte Brahe rigsråd (conseiller) du roi du Danemark ; et pour mère Beate Bille Brahe, gouvernante de la chambre de la reine Sophie. Le célèbre astronome Tycho Brahe, de 10 ans son aîné fut son frère. Sophie l'assista dans ses observations astronomiques, en particulier en 1573 lors de l'éclipse lunaire qu'il y eut cette année, et l'aida dans le travail qui a posé les bases du calcul contemporain de l'orbite des planètes. Ceci se passait dans  l'observatoire d'Uranienborg, sur l'île danoise de Hveen. Tycho écrit qu'il initia sa soeur à l'horticulture et à la chimie mais qu'il ne lui enseigna pas l'astronomie. Il est fier de mentionner qu'elle apprit l'astronomie par elle-même, étudiant des livres en allemand, et en faisant traduire d'autres du latin avec son propre argent afin de pouvoir les comprendre. Le frère et la soeur n'était pas seulement unis par la science, mais par le fait que leur famille n'approuvait pas cette activité qu'elle considérait comme inappropriée à leur condition. Tycho parle avec admiration de l''animus invictus' (âme invaincue) de sa soeur. C'est elle qui le poussa à résister à la pression familiale.
Elle épousa Otto Thott en 1576, à l'âge de 19 ou 20 ans, il en avait 33, et eut un enfant avec lui avant qu'il ne meurt le 23 mars 1588. Son fils,  Tage Thott, naquit en 1580. Après la mort de son mari, Sophia géra leur propriété de Ericksholm, jusqu'à la majorité de leur fils. Durant cette période, elle se consacra à l'horticulture, en plus de ses études de chimie et de médecine. Les jardins qu'elle créa à Ericksholm furent d'une beauté exceptionnelle et unique dans cette partie du monde. Concernant la chimie et la médecine, Sophia s'intéressait plus particulièrement à l'enseignement de Paracelse, pour lequel de petites doses de poisons servent à la fabrication de puissants remèdes.
Elle effectua ce genre de préparations pour ses ami.e.s, les gens de sa classe mais aussi les pauvres sans contrepartie financière.
                                             

Elle aida parallèlement son frère (de 1588 à 1597) à établir des horoscopes.

Le 21 juillet 1587, le roi Frédérick II du Danemark signa un document octroyant à Sophia Brahe les titres de la ferme de Årup qui est actuellement en Suède (les Danois ont occupé longtemps le sud de la Suède), sans doute en récompense de ses nombreux talents.
Elle rencontra un certain Erik Lange, avec qui elle étudia l'alchimie. En 1590, elle se lia avec Lange. Malheureusement, il avait usé une grande partie de sa fortune pour ses expériences d'alchimie, si bien que leur mariage fut repoussé et pour éviter les créanciers, Lange partit pour l'Allemagne où il essaya de trouver des "sponsors". Tycho Brahe écrivit lors de cette séparation le poème Urania Titani, comme si c'était une lettre de Sophia à son fiancé. En 1599, Sophia rejoignit Lange à Hambourg, mais ils ne se marièrent pas avant 1602. Le mariage eut lieu à Eckenförde (une petite ville d'Allemagne du nord que je connais bien). Ils y vécurent longtemps dans une extrême pauvreté. Sophia écrira à sa soeur Margrethe Brahe qu'elle a été obligée de porter un justaucorps troué pour son mariage et Lange un costume de location. La lettre de Sophie exprime sa colère contre sa famille qui n'accepte pas ses études scientifiques, et la laisse intentionnellement sans argent. Vers 1608, Erik Lange s'installe à Prague, où il mourra en 1613.
Vers 1616, Sophia rentre au Danemark et s'installe à Helsingør. Elle passe les dernières années de sa vie à rédiger les généalogies des familles nobles danoises, publiant la première version en 1626. Son oeuvre est encore considérée aujourd'hui comme la plus importante source historique sur la noblesse danoise. Elle meurt à Helsingør en 1643 et est enterrée à Kristianstad.

mercredi 19 décembre 2012

Réécrire l'histoire sans les femmes ou l'éternel cas des Amazones

Extrait du livre "Des Amazones et des femmes" par Cécile Voisset-Veysseyre.

(Pour connaître ses sources et lire ce qui précède ou ce qui suit,cliquer .

L'auteur de l'Anabase d'Alexandre s'autorisait de deux propagandistes pour nier,entre autres, l'existence des Amazones : "Cependant il n'est fait mention de cela ni chez Aristobule ni chez Ptolémée, ni chez aucun de ceux dont le témoignage est digne de foi en ces matières. D'ailleurs je ne pense pas que la race des Amazones existait encore à cette époque et, même avant l'époque d'Alexandre [...]. Et même personnellement, il me semble invraisemblable qu'une telle race de de femmes ait tout simplement existé, bien qu'elles aient été si souvent célébrées, et par des auteurs si estimés". Comme Strabon, Arrien ne veut point entendre parler de ces femmes ; l'argument d'autorité couvre le refus entêté de croire à leur existence. Avec raison, Paul Goukowsky adressait à ces deux auteurs respectifs de salutaires critiques et reliait ce parti pris à l'histoire de la fameuse rencontre : "Comme un repoussoir, l'oeuvre de Clitarque permettait toutefois à Ptolémée de souligner sa propre objectivité. C'est ainsi qu'il qualifiait de légendaire les amours d'Alexandre et la reine des Amazones".
Avant lui Jean Thérasse montrait que la tendance moralisatrice des récits ultérieurs à ceux des deux historiographes permettait de mettre en doute l'impartialité de celui qui s'en autorisait : "Arrien a laissé de côté tout une série de faits plus ou moins légendaires défavorables à Alexandre, alors que Quinte-Curce, précisément s'y est complu. C'était enlever par le fait même toute base à des considérations et à des reproches  moralisateurs". La rencontre d'Alexandre et de Thalestris rend donc effectif le constat accordant du poids à son caractère anecdotique ; si Quinte-Curce en donne le récit le plus détaillé, Arrien en dit le moins. Jean Thérasse et Paul Goukowsky montraient justement que Diodore et Quinte-Curce se référaient eux-aussi à Aristobule et à Ptolémée. Ce n'est pas sans raison que Plutarque voulut clore le débat. "Du reste, que l'on ajoute foi ou non à ce récit, l'admiration pour Alexandre ne sera ni diminuée ni accrue". Peut-on le croire ? Une certaine historiographie ne ternissait-elle pas l'image du Héros ? Si la geste d'Alexandre ne comptait pas avec les Amazones comme le voulait Arrien, n'était-ce pas parce que sa rencontre avec Thalestris risquait de ternir la mémoire du grand homme ? Une guerre des images faisaient rage, engageant deux écritures qui s'opposaient selon qu'on devait ou non présenter un Alexandre défenseur des valeurs grecques : "Mais un état s'accommode mal d'avoir à sa tête un héros et, comme on le verra, l'historiographie officielle s'employa d'abord à dissimuler ce par quoi Alexandre entendait s'écarter de la norme". N'importe t-il pas que les récits de Diodore, de Quinte-Curce et de Justin imputent à l'amante amazonienne une double métamorphose d'Alexandre sous la double forme d'une orientalisation et d'une féminisation ?
L'association de l'orient et des Amazones ne surprend pas, non plus que la représentation de la femme-amazone qui domine l'homme au lieu d'être dominée par lui car toutes deux reproduisent le vieux motif de l'inversion ; ainsi lit-on qu'"au lieu d'arracher comme Hercule sa ceinture à l'Amazone, c'est-à-dire sa virginité, Alexandre s'est laissé violer par Thalestris !". Ce retournement de situation insupporte tant la grande histoire que l'aventure amazonienne du grand homme doit être jetée aux oubliettes, à moins qu'il faille lire cette fabuleuse union comme "une fable moralisatrice destinée à mettre en garde les Grecs contre les dangers de l'Orient".

On peut faire tourner la rencontre au désavantage de Thalestris et faire d'elle une seconde Penthésilée en regard d'un Achille venant de la poignarder, bien que le dommage de cette rencontre touche moins spectaculairement Alexandre : "On dit qu'ils découvrent alors leur amour mutuel, à moins qu'il ne s'agisse, selon une autre interprétation, de l'ultime tentative de séduction du héros par la guerrière aux abois". Ainsi lit-on : "C'est après treize jours passés dans les bras de l'Amazone (le chiffre est constant) que le Macédonien adopte les moeurs perses".
La petite histoire permettrait-elle alors de lier cette orientalisation fatale à un amour guerrier ? Telle est la lecon qui paraît se tirer du Secretum Secretorum, recueil d'écrits adressés au Héros et qui connut un grand succès au Moyen Âge : "Dans ce texte, Aristote avertit Alexandre qu'il est dangereux de confier son corps aux femmes et le met en garde contre les venins mortels qui avaient empoisonné tant de roi par le passé"
 (...)
(...)
(...)
Pour les hommes le célibat des Amazones se lit de la division plutôt que de l'union et fait lire leurs relations avec eux comme des unions destructrices plutôt que procréatrices. Dans le texte patriarcal, ce célibat est un célibat guerrier ; avant d'être coupables, les unions non conjugales sont condamnables parce qu'elles délient les femmes de ceux qui entendent bien, c'est-à-dire seuls, mener politique.

(Cécile Voisset-Veysseyre une autrice qui a beaucoup écrit sur les Amazones a publié trois ouvrages sur ce thème aux éditions L'Harmattan)

Sur le philosophe Hobbes, elle écrit : Thomas Hobbes est apparemment le seul philosophe qui ait jugé utile d’intégrer à la réflexion politique, fût-elle dominante, la question des Amazones. A l’encontre d’une tradition hostile à ces femmes, il les donne à lire moins comme des guerrières que comme des mères. C’est l’occasion pour lui d’exercer positivement la pensée critique vis-à-vis d’un long héritage que résume le terme "patriarcat".

samedi 15 décembre 2012

Mirhimah et le sultanat des femmes

Fichier:Tizian 121.jpg

(Mirhimah peinte par Le Titien)

L'exemple de Roxelane fit des émules. Elle eut d'ailleurs une fille avec Soliman et celle-ci, du nom de Mirhimah, mariée au grand-vizir de son père, accompagna ce dernier dans ses voyages (c'est peut-être là qu'elle a été peinte par le Titien), s'intéressa beaucoup à l'art et à l'architecture et semble avoir eu un pouvoir important sous Sélim II ainsi qu'après son court règne. Fort de son apport féminin, l'empire ottoman, actuelle Turquie moins quelques possessions en Europe et au Moyen-Orient, aménagea un peu plus de pouvoir aux femmes pendant une période longue de 130 ans, période appelée "Sultanat des femmes". Des mères, voire des grandes-mères de sultan comme Kosem Sultan (1589 – 1651) qui fut l'une des rares femmes de l'histoire à diriger officiellement et seule un Empire musulman, gouvernèrent au nom de leurs enfants ou petits-enfants.

Comme d'habitude, on a là des femmes qui ont gouverné par défaut. Elles n'ont pas été véritablement reconnues comme cheffes, ce qui leur aurait permis d'avoir une autorité égale aux sultans et de brider par là même l'apparition de factions masculines rivales occupées à d'incessantes intrigues, ce qui est toujours le corollaire d'un pouvoir dit "faible" c'est à dire soit pas vraiment légitimé soit exercé par une personne incompétente.
Non, il faut que l'on puisse prouver qu'elles ne sont pas à la hauteur et leur autorité un pis-aller. Il faut aussi empêcher qu'il y ait impossibilité à l'une de ces factions masculines de reprendre le pouvoir.

Néanmoins avant le sultanat des femmes de l'empire ottoman, il y avait déjà eu de grandes sultanes.

La première sultane qui gouverna en son propre nom dans le monde (avant elle des sultanes régentes gouvernèrent pour leurs fils en bas âge) est probablement Sultanat Razya (1236 – 1240) du sultanat de Delhi. Elle fit établir écoles, académies, centres de recherches et bibliothèques publiques.
Plus tard, il y eut Chand Sultanat, plus connue sous le nom de Chand Bibi dont j'ai déjà parlé ici, qui fut régente du pays de son mari, le Bijapur de 1580 à 1590 puis régente de son pays natal, l’Ahmednagar entre 1596 et 1599.

Certaines femmes voulurent se faire appeler "Sultan" comme un homme c'est le cas de Kösem et de Razya mais l'histoire les appelle quand même pour certaine "Sultanat" (et pas "Sultane", bizarrement) c'est à dire concubine de sultan.

Pour en revenir à la polygamie abordée sur le billet précédent, je voulais aussi faire remarquer que la polygamie "sultanesque", disons, n'est rien d'autre qu'une monogamie aménagée, en fait puis qu'il y a hiérarchie entre les épouses : femme n°1, n°2, etc..., et que la favorite est la seule à être autorisée à garder ses fils (eh oui peut être Soliman a t-il eu plus de 14 enfants mais ces derniers n'étaient pas autorisés à vivre n'étant pas de la favorite) et, donc, il y a monogamie cachée, tout compte fait.
Conclusion : le débat sur la polygamie n'a aucune raison d'être associé au débat du mariage pour tous. 

jeudi 13 décembre 2012

Le "magnifique" et la "harpie frustrée"

Merci encore pour vos voeux et conseils concernant mon "refroidissement" (en France ce terme est obsolète mais en Allemagne il continue à servir de diagnostic).
Comme je suis enmaisonner toute la journée, je me promène sur le web et fait d'intéressantes découvertes.

Exemple : en traînant ici, j'ai atterri et pu enfin comprendre pourquoi mon billet sur Roxelane fait l'objet de visites assidues autant que journalières (à ce jour 2752), ce qui n'est peut-être pas absolument phénoménal mais quand même surprenant pour un texte sur une femme ayant vécu au XVIe siècle.

En fait, comme pour mon billet sur Henri VIII qui fait toujours l'objet de nombreuses visites c'est une série télévisée internationale qui a déclenché ce "phénomène". Pour Henri VIII, c'était "Les Tudors", pour Roxelane c'est une oeuvre intitulée "Le siècle magnifique" (= le 16e siècle).
Regardez bien cette vidéo. On ne comprend pas les paroles, c'est très bien. On y voit une femme maltraitée et des hommes qui paradent. Cela résume tellement bien la société telle qu'elle est toujours, l'autre ne pouvont exister sans l'un (la parade des hommes sans la maltraitance des femmes) ! On ne pouvait pas faire allégorie plus significative !

L'homme luxueusement vêtu qui est à la tête d'un groupe masculin presque aussi gorgieusement attifé est le célèbre Soliman le Magnifique, en turc : Muhteşem Süleyman.

À l'instar de Cyrus le Grand, d'Alexandre le Grand, d'Attila le Grand, d'Othon le Grand, de Charlemagne (en allemand : Charles le Grand), de Charles Quint "le Grand", de Napoléon "le Grand" (?), de Hitler "le Grand" et de tant d'autres qui se sont fait appeler "le Grand" par leurs courtisans, son but dans la vie était de fonder un immense empire et de mettre sous sa botte le plus de pays possibles.

Les femmes, quant à elles, étaient des marchandises acheminées dans son palais par des livreurs spécialement rémunérés à cet effet. Parmi elles, Roxelane jura de se venger du meurtre de sa famille par les Turcs et du traitement d'esclave qu'on lui fit subir.
Une vraie "harpie frustrée" (terme bien connu des féministes) donc, qui le cacha habilement afin de séduire le sultan et prendre le pouvoir.

Cette série est actuellement diffusée sur un espace géographique qui doit bien faire 15 % de la planète (la France et l'Allemagne réunies ne font que 0,67%) avec d'immenses espaces comme la Russie, la Turquie et les pays arabes, entre autres. Cela vaut donc la peine d'en parler.
Mais il paraît que le président conservateur turc Recep Erdogan (tiens c'est marrant la caissière du supermarché bio de chez moi s'appelle aussi Erdogan de nom de famille) n'est pas content du tout. Soliman  d'après lui aurait passé trente ans de sa vie à cheval alors que dans ce film TV on ne le voit presque que dans son palais ou harem. Personnellement vexé, il a déjà réussi à faire interdire par ci par là la diffusion de cette série. 

Dans cet article, on peut lire :  "Après les discours historiques d’Erdogan, la polémique a éclaté. Si le Sultan Soliman a passé trente ans de sa vie à dos de cheval, qui a fait les 14 enfants et qui a couché avec ses trente-cinq femmes ? Soliman le Magnifique était-il cocu ?"
 Pertinent ? Peut-être, mis à part qu'en ce qui me concerne, j'aurais inversé les questions puisque généralement on commence par coucher pour enfanter ensuite.
Quoique 14 enfants avec 35 femmes n'est pas un exploit extraordinaire et mon arrière-grand-mère maternelle en a eu 11 à elle toute seule (enfin avec mon arrière grand-père maternel).

Les trente cinq esclaves n'avaient apparemment pas l'autorisation de suivre leur "mari" à cheval. Cela nous aurait étonné aussi !

A propos de harem et de polygamie la polémique a fait rage à propos du mariage pour tous sur le blog d'Elooooody parce que certains petits malins estiment valable de faire un parallèle entre le mariage homosexuel et la polygamie, arguant qu'au nom de la cohérence, si on autorise l'un, il faut autoriser l'autre. Ce à quoi j'ai répondu : La polygamie est rétrograde et généralement basée sur l'asservissement des femmes, le mariage homosexuel est progressiste et élargit le concept de famille au lieu de le réduire.
La preuve : les pays qui autorisent la polygamie interdisent le mariage homosexuel. Car là comme ailleurs la question est à nouveau celle du consentement Mais apparemment cette notion dépasse l'entendement de beaucoup.

lundi 10 décembre 2012

La Mère Noël est de retour

Frau Holle

Je suis enrhumée, j'ai la tête vide et Berlin est sous la neige. À ce propos, on joue "Frau Holle" au cinéma Babylon avec Marianne Sägebrecht dans le rôle principal.
Sur la photo, Frau Holle produit de la neige en secouant son édredon de plumes.


Marianne Sägebrecht c'est l'actrice munichoise qui nous a enchanté dans ce film des années 80 qui s'appelle toujours "Bagdad Café". Un film qui passe haut la main le test de Bechdel !


vendredi 7 décembre 2012

Religion(s) mode d'emploi


Peu de personnes en France savent que Luther placait le mariage au dessus de la virginité, et que les catholiques ont toujours placé la virginité au dessus du mariage. Je l'ai expliqué dans les commentaires du billet précédent mais à l'heure où l'on parle de mariage pour tous je vais revenir un peu sur le sujet. La version officielle de ce parti pris est que Luther voyait dans le mariage une règle divine, un don divin et une injonction divine.
Je dis "version officielle" parce qu'il faut savoir qu'il n'y a pas de frontières étanches entre catholicisme et protestantisme. Ce sont deux religions qui sont en contact et ont en quelque sorte passé un pacte de non-agression. Si on remonte aux nombreuses diètes réunies par Charles Quint au XVIe siècle dans l'intention d'obtenir une entente entre catholiques et luthériens, on comprend que le dialogue, parallèlement aux guerres de religion et aux massacres interchrétiens, n'a cessé d'exister entre eux.
Que ce sont-ils dit lors de toutes ces réunions à laquelle jamais femme n'a assisté avant le XXe siècle ? Ils n'ont certainement pas fait que se quereller sur des dogmes comme la présence du Christ dans l'Eucharistie et la sainteté des saints. Ils ont certainement du aussi se mettre d'accord sur la place des femmes dans le monde chrétien et décider d'un statut quo.
Quand on bavasse exclusivement entre hommes c'est toujours pour se mettre d'accord contre les femmes sans le dire ouvertement mais en agissant de concert dans ce sens.
Personnellement je suis persuadée que Luther a découvert un tas de choses intéressantes en traduisant la Bible du grec. Elle avait encore conservé une certaine authenticité puisque les catholiques ne se préoccupaient pas de ce qu'il y avait dedans et seuls les Pères de l'Église la trituraient dans le sens qui les intéressait. Les fidèles n'étaient pas censés devoir y comprendre quelque chose et devait avoir une confiance sans faille en leurs prêtres + croire aveuglement à toutes leurs salades.
Pour que le moine Martin Luther se soit marié avec Katharina von Bora il a fallu au moins qu'il découvre que contrairement aux fausses vérités de saint Paul, Jésus était marié et qu'il défendait le mariage. Car Luther était un homme extrêmement pointilleux sur la vérité.
Il venait d'un milieu modeste et ne supportait pas les combines et tous les petits arrangements entre initiés qui avaient lieu chez les prêtres enrichis sur le dos de leurs fidèles.
Sans quoi il n'aurait pas jeté l'anathème sur l'Église catholique.
Mais comme son prêche était très révolutionnaire, à tel point que la caste aristocratique allemande de l'époque a failli être renversée, il a bien du, un beau jour, faire marche arrière s'il voulait continuer à bénéficier de quelques protecteurs hauts placés et ne pas finir sur le bûcher. En effet, la paysannerie s'était soulevée et l'Allemagne s'était transformé en champ de bataille.

Si Luther est revenu sur ces prêches contre les inégalités sociales, il a pu aussi bien revenir sur l'affirmation comme quoi Jésus était marié et prônait le mariage, non la chasteté à vie et le célibat.

La chasteté à vie et le célibat séparent définitivement les hommes des femmes.

Qu'est-ce donc qu'une religion qui veut cela ?

 

mardi 4 décembre 2012

La Vierge, cette empotée

Sur ce lien consacré de manière exhaustive au concept d'Immaculée Conception (site de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X, cette société ultra-catholique en rupture avec le Vatican qu'elle trouve trop mollasson) on peut lire ceci :

La Vierge est exempt du péché originel et représente l'antithèse d'Eve. Eve a écouté le serpent, Marie a écrasé le serpent.
En effet : depuis le livre de la Genèse jusqu'à celui de l'Apocalypse, ladite sainte Écriture raconte le combat entre ladite Vierge et Satan, en annonce l'issue finale : « Elle t'écrasera la tête. » (Gn 3, 15)
womanserpent.jpg

Cette représentation est celle de la Vierge de Guadalupe. "Guadalupe" en langue aztèque veut dire "celle qui écrase le serpent". 
(Le 9 décembre 1531, sur une colline de Tepeyac (Nord de Mexico), une jeune dame « éblouissante de lumière » apparaît à un Amérindien Juan Diego Cuauhtlatoatzin, baptisé depuis peu. La Vierge Marie le charge de demander à l'évêque de faire construire une église sur le lieu même de l'apparition. Ainsi fut construite l'église Notre-Dame de Guadalupe).



JPG - 40.3 ko

(Au pied des représentations de Marie, on trouve parfois une Lune parfois un serpent).

Mais cet acte trop guerrier, trop brave et trop glorieux pour une femme selon nos machistes cathos a été il y a peu attribué à la mâlitude suprême.

(Car il ne faut pas croire que le révisionnisme anti-femme ne s'exerce que dans le domaine de l'historicité séculière).

Monsieur Jean-Paul II, précédent pape et grand saint désormais, a, dans une encyclique par lui-même pondu, reprécisé l'événement comme suit :

"Nous avons déjà eu l’occasion de rappeler précédemment que cette version ne correspond pas au texte hébreu, dans lequel ce n’est pas la femme, mais sa lignée, son descendant, qui écrase la tête du serpent, le texte n’attribue donc pas à Marie, mais à son Fils, la victoire sur Satan.

Toutefois, comme la conception biblique instaure une solidarité profonde entre un parent et sa descendance, la représentation de l’Immaculée qui écrase le serpent, non par sa propre vertu, mais par la grâce du Fils, est cohérente avec le sens original du passage.
(...)
L’hostilité absolue établie par Dieu entre l’homme et le démon présuppose donc en Marie l’Immaculée conception, c’est-à-dire une absence totale de péché, dès le début de sa vie. le Fils de Marie a remporté la victoire définitive sur Satan et il en a fait bénéficier sa mère de façon anticipée, en la préservant du péché."


Ben voyons !


Il ne faudrait pas que la "Vierge" ait fait autre chose dans sa vie que de pondre un petit génie mâle unique en son genre et supérieur à l'espèce humaine toute entière (comme le pense souvent les mères de garcons). Mais que dis-je "un petit génie mâle" ? Un Dieu, oui !
 

Notre-Dame des Victoires

À propos de la fameuse Immaculée Conception, Je voudrais aussi ajouté que la notion de la virginité de la "Vierge" dispensée aux toutes petites filles comme un dogme religieux est très troublante. Parler de vierge = femme qui n'a pas été touchée par un homme, et cela à l'âge où l'on ne peut encore appréhender ni la sexualité ni son sens précis revient à insinuer dans l'esprit de si jeunes personnes qu'aux autres femmes, celles qui ne sont pas restées vierges en donnant la vie, on a fait des trucs louches pour qu'elles aient des enfants.
Heum....quels trucs louches ?
De plus ces trucs sont apparemment sales voire dégueulasses puisque celle qui ne les a pas subi, la "Vierge" est Immaculée . Je rappelle qu'"Immaculée" est apparenté à "maculature" qui veut dire "tache".
Toutes les femmes sont donc affreusement tachées (ou des taches mais cela on le savait déjà) par la "Conception". Leur conception n'est pas immaculée. Elle est sale.

Cette notion de pureté sans tache n'est mis en lien avec aucun personnage masculin de la Bible ou de l'Évangile.


Pour moi, la notion de virginité féminine imposée à l'esprit des croyant.e.s par l'enseignement catholique est juste toxique envers les enfants en général et une atteinte directe à la pudeur des filles impubères.


De plus, à propos de la "Vierge" qui aurait terrassé le "Serpent", depuis l'origine du christianisme jusqu'à aujourd'hui combien d'actes de révisionnisme anti-femme (sous forme d'encycliques, entre autres) ont été perpétré pour altérer cette religion dans un sens ultra-machiste ? Et que dirait aujourd'hui le personnage principal de cette comédie sur laquelle l'Église catholique base tous ses dogmes ?
Je laisse le dessinateur Tignous de Charlie-Hebdo répondre :
(En rapport avec la survalorisation des garcons au détriment (euphémisme) des filles, deux videos sur ce site pour celleux qui veulent encore en savoir un peu plus sur le féminicide en Inde, monde où l'on applique le principe d'utérus sur pattes à la lettre).

Ajout de 20.10 h. : pour rire des opposants au mariage pour tous, je recommande d'aller voir la vidéo avec Sophie Aram sur le blog d'Emelire. Elle y parle de la Vierge, justement.