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mercredi 8 février 2012

Bradamante en Ethiopie

Bradamante est un personnage fictif de l'oeuvre de l'Arioste, le célèbre "Roland Furieux".
http://www.teatropupimacri.it/best_images/cartellone302_pupi_siciliani_ruggiero_marfisa_bradamante.jpg
Roland est furieux parce que la belle Angélique dont il est amoureux lui préfère un obscur soldat du nom de Médor. Dans cette histoire est imbriquée d'autres histoires, comme celle de Fleurdépine, princesse amoureuse d'une femme guerrière, Bradamante. Cette sous-histoire est d'autant plus intéressante qu'il est rare de trouver des amours entre femmes dans des oeuvres aussi anciennes, plus rare encore que des amours entre hommes. Mais dans le Roland furieux on trouve les deux : Anselme, un juge réputé est amoureux d'un homme de basse extraction (un couple homosexuel, inter-classe sociale et inter-ethnique !) à qui l'Arioste ne se donne même pas la peine de prêter un nom (il se contente de l'appeler "l'Ethiopien") et dont il blâme fortement les relations.
L'amour de Fleurdépine et de Bradamante est décrite, elle, comme impossible et c'est finalement un certain Roger qui épousera Bradamante fondant avec elle la dynastie d'Este.
Les désirs homosexuels de Fleurdépine et de l'Ethiopien sont sanctionnés et niés. Une intéressante analyse de l'oeuvre de l'Arioste à ce sujet à lire ici. On y apprend par exemple qu'il existe un traité nommé De Sodomia Tractatus d'un certain Ludovico Sinistrari (1632-1701), dans lequel il est dit que les Éthiopiennes auraient un clitoris surdimensionné. Les accoucheurs le brûleraient au fer rouge à leur naissance pour en stopper la croissance.
On retrouve là le fantasme du pénis surdimensionné de l'Africain.
Mis à part que l'Africain lui-même a peur. Peur de l'Africaine !

(Apparemment l'épée de Bradamante n'effraie pas autant l'homme que le clitoris de l'Ethiopienne).

Pour l'occidental "africain-e" ou "noir-e" semble être synonyme d'"Éthiopien-n-e" aussi bien au XVI qu'au XVIIe siècle.

Mais pour ce qui est des fantasmes sur le corps, les moeurs et les "civilisations" du sud, ils semblent qu'ils restent tout aussi forts de nos jours lorsque l'on entend ce que les membres du gouvernement français se permettent de dire pour ratisser les voix de la plèbe et quand on est obligé de constater qu'ils y arrivent !
Le/la noir-e reste donc suspect-e au/à la blanc.he.
Tiens pour la circonstance, j'ai envie de relayer cette vidéo de "Du goudron et des plumes" sur le film "Ziemlich dicke Freunde" qui passe en ce moment à Berlin.

Goudron sur l'écran - Intouchables from Du goudron et des plumes on Vimeo.

Du coup je me demande : le "Noir de banlieue" ne serait-il pas un peu "Éthiopien" par hasard ?


Ajout du 09.02 : Dans la mythologie grecque, on appelle le plus souvent Éthiopiens les peuples noirs d'Afrique au sud de l'Égypte. Ce nom signifie « visage brûlé » (Αἰθιοπία / Aithiopía, de αἴθω / aíthô « brûler » et ὤψ / ốps, « visage ») et fait référence à la légende de Phaéton, né de l'union d'Hélios et de Clymène, épouse de Mérops, roi des Éthiopiens. Dans sa folle course à travers le ciel sur le char de son père, il s'approcha trop près du sol de la Terre. Les populations qui vivaient dans ces régions près du royaume d'Océan Ὠκεανός / Ôkeanós, furent alors brûlées et marquées ainsi que leur descendance, ce qui expliquait leur teint foncé, et la Libye transformée en désert (source : Wikipédia).