jeudi 30 décembre 2010

célébrités pas trop célébrées

Les femmes dites célèbres sont aussi peu célébrées que possible. Je publie donc ici, avant que 2011 ne démarre, la liste des anniversaires féminins de naissance, que l'on n'a quasiment pas vus passer cette année, avec un accent plus particulier sur les tri-bi- et monocentenaires :

1980e anniversaire

Boadicée (ou Boadicéa, Boudicca 30 apr. J.-C. - 61 apr. J.-C ), la "Vercingétorix" britannique

1620e anniversaire

Galla Placidia (390 - 450), impératrice romaine

890e anniversaire

Alienor d'Aquitaine (1120-1204), femme d'état et reine

550e anniversaire

Anne de Beaujeu (v. 1460-1522), princesse, régente et femme politique française

530e anniversaire

Marguerite d'Autriche (1480-1530), stadhouderesse des Pays-Bas

500e anniversaire

Levina Teerlinc (1510-1576), peintresse d'origine flamande

Helisenne de Crenne (1510-1560), écrivaine et traductrice française

Gracia Nassi ou Béatrice de Luna (1510-1568), défenseuse portugaise du peuple juif d'Europe persécuté par l'inquisition

460e anniversaire

Grâce O'Malley (1550-1600), princesse irlandaise pirate des mers

420e anniversaire

Martine de Bertereau (1590-1642), minéralogiste française

Caterina Assandra (v. 1590 - ap. 1618) compositrice italienne

400e anniversaire

Maria Cunitz (1610-1664), astronome allemande

Leonora Duarte (1610-1678), compositrice flamande

Madeleine Patin (1610-1682), moraliste française

Moillon Louise (1610-1696), peintresse française

390e anniversaire

Marguerite Bourgeoys (1620-1700), religieuse et sainte française

Isabella Leonarda (1620-1704), compositrice italienne

380e anniversaire

Josefa de Obidos (1630-1684), peintresse espagnole

370e anniversaire

Aphra Behn (1640-1689), dramaturge anglaise

350e anniversaire

Sarah Churchill (1660-1744), influente femme politique britannique

Marie-Louise-Charlotte de Pelard de Givry de Fontaines (1660-1730), femme de lettres française

Jeanne-Michelle de Pringy (1660-1709), romancière française

330 ans

Jeanne Dumée (active v. 1680/1685), astronome française

320 ans

Mary Read (v. 1690-1721), piratesse anglaise

Tricentenaire

Marie-Anne de Cupis Camargo (1710-1770), danseuse belge

Anne-Marie Du Boccage, écrivaine (1710-1802), poétesse et dramaturge française

Julie Pinel (1710-1737), compositrice française

260e anniversaire

Caroline Herschel (1750 –1848), astronome (découvre la comète périodique 35P/Herschel-Rigollet, qui porte son nom).

250e anniversaire

Marie-Amélie de Lalande (1760-1832), astronome française

Deborah Sampson Gannett (1760-1827), combattante américaine pour l'indépendance sous l'identité de Robert Shurtliff

230e anniversaire

Mary Sommerville (1780-1872), physicienne britannique

Esther Stanhope (1780-1839), aventurière britannique au Proche-Orient

220e anniversaire

Joséphine Baptiste Desmousseaux (1790-1857), compositrice francaise

Bicentenaire

Louise Rosalle Allain-Despréaux (1810-1856), actrice française

Léopoldine Blahetka (1810-1887), pianiste et compositrice autrichienne

Louise Colet (1810-1876), poétesse française

Fanny Elssler (1810-1884), danseuse autrichienne

Margaret Fuller (1810-1850), journaliste activiste féministe américaine

Elizabeth Gaskell (1810-1865), romancière britannique

Désirée Gay (1810-1891), socialiste et féministe française

Wilhelmine d'Orange-Nassau (1810-1883), grande excentrique néerlando-prussienne

190e anniversaire

Susan Brownell Anthony (1820-1906), militante américaine des droits civiques et suffragiste

Concepción Arenal (1820-1893), diplômée en droit, autrice, journaliste, poétesse, dramaturge, première femme à avoir étudié dans une université espagnole

Anne Bronte (1820-1849), femme de lettres britannique

Aurélie Ghika (1820-1904), femme de lettres française

Sidonie de la Houssaye (1820-1894), sous le nom de Louise Raymond, romancière créole francophone

Clarisse Midroy (1820-1870), actrice française

Florence Nightingale (1820-1910), pionnière des soins infirmiers modernes et statisticienne britannique

180e anniversaire

Emily Elizabeth Dickinson (1830-1886), poétesse américaine

Clémence Royer (1830-1902), philosophe française

Marie von Ebner-Eschenbach (1830-1916), écrivaine allemande

170e anniversaire

Marie-Louise Arconati-Visconti (1840-1923), collectionneuse et mécène française

Marie de Castellane (1840-1915), femme de lettres française

Célestine Galli-Marié (1840-1905), cantatrice française (mezzo-soprano)

Isabella Stewart Gardner (1840-1924), collectionneuse d'art, philanthrope et mécène américaine

Marie Bracquemond (1840-1916), peintresse française

160e anniversaire

Sofia Kovalevskaia (1850-1891), mathématicienne russe (contribue à la théorie des équations différentielles)

Hedwig Heyl (1850-1923), défenseuse allemande des droits des femmes et fondatrice d'institutions sociales

150e anniversaire

Charlotte Barnum (1860-1934), mathématicienne américaine

Jane Addams (1860-1935), réformatrice sociale américaine

Adine Gemberg (1860-1902), écrivaine allemande

Anna Croissant-Rust (1860-1943), écrivaine allemande

Isabelle Delage-Prat (1860- ap. 1933), compositrice française

140e anniversaire

Marie-Thérèse Dethan-Roullet (1870-1945), artiste peintre française

Mina Hubbard (1870-1956), exploratrice canadienne

Andrée Viollis (1870-1950), journaliste et écrivaine française

Esther Lekain (1870-1960), chanteuse française

Jeanne Rij-Rousseau (1870-1956), peintresse française

Marianne Weber (1870-1954), sociologue et féministe allemande

Juliette Folleville (1870-1946), compositrice française

Marcelle Tynaire (1870-1948), femme de lettres française

130e anniversaire

Helen Adams Keller (1880-1968), écrivaine, activiste et conférencière américaine (bien que sourde et aveugle, elle parvint à obtenir un diplôme universitaire).

Emma Perry Carr (1880-1972), chimiste américaine

Charlotte Berend-Corinth (1880-1967), peintresse allemande

120e anniversaire

Agatha Christie (1890-1976), écrivaine.

Florence Yoch (1890-1972), paysagiste américaine

Marguerite Canal (1890-1978), compositrice française

Elisabeth Chaplin (1890-1982), peintresse française

Cora Berliner (1890-1942), mathématicienne juive allemande morte en déportation

110e anniversaire

Helene Weigel (1900-1971), comédienne et directrice du Berliner Ensemble (travailla de concert aux pièces de Bertolt Brecht).

Suzy Solidor (1900-1983), chanteuse française, actrice et romancière

Mary Cartwright (1900-1998), mathématicienne britannique

Maria Telkes, (1900-1995) biophysicienne hongro-américaine

Centenaire

Jenny Alpha (1910-2010), actrice, artiste et chanteuse française

Dorothea Tanning (née en 1910), peintresse, éditrice, sculptrice et écrivaine américaine d'origine suédoise

Else Alfelt (1910-1974) peintre surréaliste danoise

Lola Rodriguez Aragon (1910-1984), grande soprano espagnole

Ingeborg de Beausacq (1910-2003), exploratrice américaine d'orgine allemande

Ernestine Chasseboeuf (1910-2005), épistolière française

Elsa Barraine (1910-1999), compositrice française

Hélène de Beauvoir (1910-2001), peintresse française

Florence Bell (1910-1998), championne américaine d'athlétisme

Joan Bennett (1910-1990), actrice et productrice américaine

Marie-Laure Berthiaume (1910-1971), artiste-peintre et écrivaine canadienne

María-Luisa Bombal (1910-1980), écrivaine chilienne

Kätte Bosse-Griffith (1910-1998), égyptologue et écrivaine galloise d'origine allemande

Gilberte Dumont (1910-1989), peintresse belge

Madeleine Guilbert (1910-2006) sociologue, militante et syndicaliste française

Edith Gérin (1910-1998), photographe française

Jeanne Hersch (1910-2000), philosophe suisse

Dorothy Crowfoot Hodgkin (1910-1994), chimiste britannique

Andrée Hyvernaud (1910-2005), écrivaine française

Mary Lou Williams (1910-1981), pianiste et compositrice américaine de jazz

90e anniversaire

Anne Tyng (née en 1920), architecte américaine

Martine Carol (1920-1967), actrice française

Benoîte Groult (née en 1920) écrivaine française

Françoise d'Eaubonne (née en 1920), femme de lettres française

Diana Armfield (née en 1920), peintresse anglaise

Jany Saint-Marcoux (née en 1920) écrivaine française de livre pour enfants


80e anniversaire

Luce Irigaray (née en 1930), linguiste et psychanalyste française

Barbara (1930-1997 ) compositrice-interprète de chansons françaises

Niki de Saint-Phalle (1930-2002), peintresse et sculptrice française

70e anniversaire

Astrud Gilberto (née en 1940), chanteuse brésilienne de samba et de bossa-nova

Pina Bausch (1940-2009), danseuse et chorégraphe allemande

Claire Brétécher (née en 1940), dessinatrice française de bandes dessinées

Annie Leclerc (1940-2006), professeuse, philosophe et militante féministe française

Wangari Muta Maathai (née en 1940), militante écologiste, 1re femme africaine prix Nobel de la paix (en 2004)

Fatima Mernissi (née en 1940), sociologue, écrivaine et féministe marocaine

Hélène Alarie (née en 1940), agronome, professeuse et femme politique québécoise

60e anniversaire

Zaha Adid (née en 1950), architecte anglo-irakienne

Martine Aubry (née en 1950), femme politique

Edith Canat de Chizy (née en 1950), compositrice

Cinquantenaire

Sólveig Anspach, réalisatrice islandaise

Annenarie Ohler, herpétologiste autrichienne

Elizabeth Avellan, productrice américaine

Caroline Attia, championne française de ski alpin

Sophie Berger, karatéka française

Marie-Rose Armesto (1960-2007), grande reporteresse belge

Hélène Bezencon, écrivaine suisse

Susanne Bickel, égyptologue suisse

Susanne bier, réalisatrice danoise

Anna Maria Bligh, femme politique australienne

Lucie Bergeron, romancière canadienne

Claire Barbillon, historienne française de l'art

Catherine Anne, actrice, metteuse en scène et dramaturge française

Nicoletta Braschi, actrice et productrice italienne

Sylvie Brunel, géographe, économiste et écrivaine française

Elisabeth Campos, avocate et criminologue américaine

Maria de Alvear, compositrice hispano-allemande

40e anniversaire

Régine Cavagnoud (1970-2001), championne de ski alpin française


J'aimerais que cette liste soit la plus complète possible, je remercie donc d'avance toutes celles et tous ceux qui souhaitent y apporter leur contribution.

lundi 27 décembre 2010

Un chat en hiver


Avant de finir comme figurants de contes de fées, les personnages fabuleux ont tous plus ou moins appartenu à de grands mythes cosmogoniques. Ainsi du personnage de dame Hiver (dame Holle) qui nous vient d'une Cérès scandinave, Freyja, la déesse de la Terre et de la Fertilité qui était en même temps une Aphrodite, la déesse de l’Amour et de la Beauté. Elle portait un collier magique nommé Brisingamen et une peau d’épervier. Elle voyageait dans un chariot tiré par des chats.

Freyja a été la déesse la plus populaire et celle que l’on vénéra le plus longtemps dans les pays nordiques. En amour, c’était Freyja qu’il fallait prier car elle était clémente et bonne. En tant que déesse Vane, Freyja a enseigné le ‘Seid’ (la magie) aux Géants et elle apprit l'art astral à Odin.

Elle était accompagnée des âmes des enfants morts-nés que l'on représente habituellement sous la forme d'angelots.

Elle était célébrée le vendredi. "Friday" en anglais, viendrait de cette célébration et signifierait "Freya's day" ("Wednesday" = "Wotan's day"). En allemand "Freien" veut aussi dire "se marier" (à part qu'aujourd'hui un "Freier" est un client de prostituée car notre société actuelle a une grande tendance à célébrer la prostitution).

Mais aux Xe et XIe siècles, les pays du nord sont progressivement convertis au christianisme. On se met alors à propager l'idée que Freyja est en réalité une sorcière et qu'elle a été bannie au sommet d'une montagne. Pour se venger, elle inviterait, tous les vendredis, le diable et 11 autres sorcières pour maudire les hommes et leur jeter de mauvais sorts.

J'ai trouvé cette représentation que je ne connaissais pas de la déesse scandinave Freyja (prénom qui tend à être redonné aux petites filles nordiques) sur des sites parlant de chats et de leur diabolisation au cours des années sombres des persécutions de sorcières qui démarrent autour du XVIe siècle.

En effet, n'oublions pas que le sort du chat est associé sans qu'il le sache au sort de la femme. Ce billet m'est sans doute inspiré par le fait que depuis quelques jours je parcoure de grandes étendues englouties par la neige pour aller m'occuper d'un chat dont la maîtresse est en vacances...


Freyja dans son char tiré par ses chats, par Nils Blommer (1852)

vendredi 24 décembre 2010

Elle est née la divine infante




Cette petite-fille n'est peut-être pas nouvelle-née mais elle peut tout-à-fait représenter l'être venu sauver le monde de l'obscurité comme la nouvelle clarté qui s'annonce après le solstice. Ses cheveux sont comme des rayons et elle regarde le monde avec étonnement. Elle semble avoir conscience de l'étendue du travail qui l'attend...




Comme ci-dessus dans le tableau de Honthorst : un mini-soleil vient d'apparaître. Il éclaire ces langes par transparence, ces rayons atteignent jusqu'à la face des anges. C'est la seule source lumineuse de ce tableau. Un véritable astre à forme humaine !



c'est avec ces deux images que je vous souhaite un très JOYEUX Noël !

Neue Helle (No ël)


En résumé du message précédent, les créatures aériennes censées servir au temps reculé du paganisme, d'émissaires du Soleil ou du Ciel (annoncant le retour du Soleil) = méchantes filles, mais si c'est un garcon qui prend la relève, alors OK.


Quant à "Dame hiver" qui conduit son char dans le ciel lors du solstice d'hiver = très louche ; mais si c'est un bon gros bonhomme à barbe, d'accord.

En tout cas "Noël" vient de "Neue Helle" ou "Neo Helios" qui veut dire "Nouveau Soleil" ou "Nouvelle Soleille" (pour les cultures du nord) et les créatures, qui ont annoncé le retour de la clarté en un temps où l'on craignait de ne plus la voir revenir étaient, à l'origine, principalement féminines.

Flûte alors ! Encore bernées !

Le traîneau volant du Père Noel est tiré par huit rennes, quatre mâles et quatre femelles, qui répondent aux noms (entre autres) de Tornade, Tonnerre et Eclair : cela signifie que le P.N. est bien cette créature intermédiaire volant dans les airs capable de faire la pluie et le beau temps. comme mon billet précédent en fait mention. Dame Holle (Dame Hiver) possèdait avant lui ce pouvoir. Elle est associée à l'image de la jeune fille qui secoue un édredon par la fenêtre (ou dans les nues) produisant de la neige. Mais qui connaît encore Dame Holle ? Et pour la parité, il faut donc chercher désormais chez les rennes (quatre mâles, quatre femelles).

Je vous souhaite néanmoins un joyeux réveillon de Noël à toutes et à tous !

mercredi 22 décembre 2010

La Mère Noël et les O.V.N.I.




J'ai découvert un intéressant texte sur le personnage appelé en France "Dame Hiver" et qui servait de Mère Noël distribuant cadeaux et punitions, dans le monde germanique du moins, jusqu'à l'avènement du Père Noël Coca-Cola :

"Dans l’Antiquité, Plutarque (40 – 120) croit à l’existence d’êtres, quoique supérieurs à l’homme, de nature non divine. Son développement prend base sur un simple constat : pourquoi la nature n’aurait-elle rien prévu pour remplir le vide qui existe entre les mortels et les divins immortels ? L’animisme scandinave répond à la question en reconnaissant l’existence des âlfr, dont la racine donnera plus tard le mot : elfe. Les alfar, issus des vers grouillant dans le cadavre d’Ymir dépecé par Odin, occupèrent bientôt les espaces aériens, tandis que les nains se voyaient octroyer le monde souterrain. Esprits capricieux, les alfar son tantôt bienfaisants, tantôt malfaisants.
Chez les germains, la tempête était souvent rattachée à l’armée de Wotan (Odin), le dieu du tonnerre. Son armée se compose d’esprits qui chevauchent chevaux et boucs. En Alsace, ce n’est pas toujours Wotan qui dirige cette troupe maudite. Parfois, une femme guide avec lui, ou seule : Frau Perchte ou Frau Holle (en fr. "Dame Hiver"). Afin d’apaiser la Chasse sauvage, il était courant, dans les régions alpines, de répandre pendant la tempête de la farine et des miettes de pains (dans le conte de Grimm, Dame hiver secoue un édredon qui répand son duvet).

La Chasse d'Odin

Si l’on pouvait apaiser la tempête, une croyance très répandue admettait aussi la possibilité d’appeler et de provoquer les orages. On peut ainsi découvrir dans le droit germanique du VIIIe siècle qu’il était prévu de verser une indemnité aux personnes dont la récolte a été endommagée à cause de tels maléfices. Les sorciers capables d’inciter la tempête étaient appelés tempestarii, ou tempestaires. Il semblerait que les Wisigoth usaient de tempestarii pour rançonner les campagnes et intimider les paysans en les menaçant de déclencher les orages. Ceux-ci les payaient pour épargner leur champ et frapper à la place ceux du voisin.

Tempête provoquée par un sortilège des sorcières du vent gravure (1555, Historia de Olaus Magnus)

Dans son Livre contre les stupides préjugés du peuple, Agobard, archevêque de Lyon durant la première moitié du IXe siècle, raconte comment une foule en colère est venue lui apporter deux hommes et une femme suspectés d’être des voyageurs aériens. Les paysans croyaient que des phénomènes naturels, comme l’orage ou la grêle, résultent de l’action de ces tempestarii en relation avec des êtres originaires d’un pays mystérieux situé entre terre et ciel et appelé « Magonie ». Ils passeraient avec eux des pactes qui conduiraient les « Magonians », voyageant sur des navires aériens, à déclencher des intempéries désastreuses pour les cultures. Les deux parties se partageraient alors les fruits touchés et les animaux foudroyés ou noyés. Agobard finira par démontrer aux Lyonnais leur erreur et sauver la vie des prisonniers.Ainsi, l’armée de Wotan laisse sa place aux « meneurs de nuées » et aux flottes aériennes de Magonie. Ce pays céleste était supposé être un port franc que les tempestarii, monté sur un balai, rejoignaient pour s’approvisionner avec les fruits tombés durant la tempête. Par la suite, il semble que l’association populaire des tempestaires avec les navires volants se soit brisée. Cette dernière croyance subsistera surtout en Normandie avec, par exemple, la légende du Hollandais volants.
Flotte dans le ciel - vision de l'an 114
En 906, nous retrouverons ce même substrat actualisé en d’autres termes dans un extrait de capitulaire carolingien : le Canon Episcopi. Réginon de Prüm y mentionne des croyances selon lesquelles des femmes volaient la nuit à la suite d’une divinité, Vénus ou Diane. Malgré la frappante ressemblance de ces propos avec la Chasse de Wotan ou de Frau Perchte, ces femmes n’étaient pas nuisibles, elles protégeaient les cultures et les récoltes.
Sorciere_chevauchant_un_bouc
Jusqu’au XIIIe siècle, l’Eglise considéra ces croyances comme de vulgaires superstitions, puis commença à croire à leur réalité. Le sort des tempestaires et des Magonians en est jeté quand, en 1485, paraît le Malleus Maleficarum. Ce manuel de lutte contre les démons, qui devient rapidement le bréviaire de tous les inquisiteurs, dénoncent les sorcières coupables de voler dans les airs en chevauchant des balais après avoir passé un pacte avec les démons. La correspondance entre les croyances apparaîtra au lecteur avisé. Les tempestarii sont ici remplacés par des sorcières dont le pacte ne se fait plus avec les Magonians, mais avec les démons. L’entreprise d’éradication, visant majoritairement des femmes âgées, esseulées et marginales, a un arrière goût de nettoyage phallocratique.
L’histoire pourrait s’arrêter là. Mais, en 1679, par exemple, on accuse encore Péronne Goguillon de Bouvignies près d’Orchies d’avoir gâté les fruits de la vigne et de la terre par l’intermédiaire d’orages provoqués. Mieux ! Le 26 avril 1897, à Merkel, au Texas, l’ancre d’un vaisseau aérien serait accidentellement tombée et restée engagée dans le sol. Un plongeur serait alors descendu pour libérer le vaisseau…
Curieusement, plusieurs textes du haut Moyen Age, tels que le Speculum regale, le Miroir des rois irlandais, le Konungs Skuggsia norvégien, l’Historia brittonum gallois ou le Mirabilia irlandais, content un incident très proche de celui d’Agobard et de Merkel. Un jour de fête, une ancre attachée à un vaisseau des nuées tombe du ciel et se coince en rencontrant un obstacle. Un des êtres aériens descend alors en nageant dans les airs et tente en vain de décrocher l’ancre. Il échappe de peu à la population accourue et s’envole vers le vaisseau. La corde est coupée et celui-ci s’éloigne.
Mais ce dernier cas est extrêmement rare après le siècle des Lumières, où la raison est devenue une forme de révolution sociale. On aurait pu croire à une annihilation totale des croyances populaires face au cartésianisme. Il n’en est rien ! Elles se sont tout simplement adaptées".

(Article numérique d'Ufologie intitulé "Le susbstrat légendaire de la menace céleste" extrait du Livre des Prodiges de Wolffhart)

A mon grand étonnant, j'apprends donc que la Mère Noël subsiste aujourd'hui plus ou moins sous la forme d'O.V.N.I. tandis que le Père Noël, cet usurpateur, a pris sa place comme voyageur aérien avec sa luge attelée de rennes qui vole dans les airs la nuit (ainsi qu'Harry Potter dans son sillage chevauchant un balai) ! Intéressant, non ? (Fa# je vous entend pouffer d'ici!)




lundi 20 décembre 2010

Bel et bon

Merci à Idéfix qui m'a signalé en relation avec mes poules du 15.12 un chant polyphonique du XVIe siècle ayant pour thème deux femmes se vantant d'avoir un mari qui ne serait pas violent, s'occuperait un peu de l'intendance et même de leur plaisir. Et si elles entendent par hasard l'autre crier, c'est pour rire (du moins c'est ce que je comprends des paroles de ce chant) ! Et oui le mensonge c'est tout ce qui reste quand l'honneur est perdu !


  • Il est bel et bon, commère, mon mari.

  • Il estoit deux femmes toutes d'ung pays.

  • Disanst l'une à l'aultre - "Avez bon mary?"

  • Il ne me courrousse, ne me bat aussy.

  • Il faict le mesnaige,

  • Il donne aux poulailles,

  • Et je prens mes plaisirs.

  • Commère, c'est pour rire

  • Quand les poulailles crient:

  • Petite coquette (co co co co dae)e, qu'esse-cy?


  • (Il est bel est bon, bon, bon, commère, mon mari

  • Il était deux femmes toutes d'un pays,

  • Disant l'une à l'autre avez bon mari?

  • Il ne me courrouce ne me bat aussi.

  • Il fait le ménage, il donne aux poulailles,

  • Et je prends mes plaisirs.

  • Commère c'est pour rire

  • Quand les poulailles crient:

  • Petite coquette, co, co, co, codette, qu'est ceci?).




dimanche 19 décembre 2010

Hommage à Jacqueline de Romilly



« Je suis la première femme partout, certes, mais en fait j’ai eu de la chance, voilà tout ; je suis arrivée au moment précis où les choses s’ouvraient aux femmes »
Jacqueline de Romilly

L'ambassadrice de l'hellénisme dans le monde, lauréate du concours général de latin en 1930, agrégée de lettres en 1936, docteure ès Lettres en 1947, première femme au Collège de France en 1973, première femme élue membre de l’Académie des Inscriptions et belles lettres en 1975, académicienne francaise en 1988, fondatrice de l'association de Sauvegarde des Enseignements littéraires en 1992, honorée de nombreuses grandes distinctions (médailles, prix et grands prix) et distinctions universitaires (docteur honoris causa de nombreuses universités), elle était la doyenne de l'Académie francaise avant de mourir hier à l'âge de 97 ans.

Elle présidait également l'association Guillaume Budé (grand helléniste du XVIe siècle), association qui, entre autres, s'occupe de la diffusion d'ouvrages bilingues latin-français ou grec-français.

Elle avait une haute idée du rôle de l'enseignant.e et j'aurais rêvé de l'avoir pour professeure. Chance qui ne m'a malheureusement jamais été donnée.



mercredi 15 décembre 2010

La poule du XVIe siècle à nos jours

Bon comme je vois que les sthadouderesses ne déchaînent pas trop les passions, je vais plutôt parler des "poules" en écho au billet d' Olympe et le plafond de verre * sur une certaine conception de la liberté.
Au XVIe siècle, la prostitution (du point de vue de la prostituée) était essentiellement liée à la pauvreté et à la marginalisation de certains individus féminins pour toutes les raisons que l'on peut encore énoncer aujourd'hui pour la même "activité". Pour se distinguer de leurs consoeurs, les prostituées s'habillaient de manière voyante et excitante selon les critères de l'époque : décolletés très profonds renforcés par des corsets très serrés, hanches et fesses artificiellement surdimensionnées, cheveux en cascade non-dissimulées sous une coiffe.
Ci-dessous, des exemples de tenues de figurantes représentant des prostituées, croquées sur le tournage d'Anonymous.






On ne peut pas dire que la femme est valorisée en tant qu'être humain dans ces accoutrements.
Or, au XIXe siècle, il paraît qu'une bande de femmes qui ne souffrent à priori d'aucune discrimination sociale les poussant à le faire, s'adonnent à un spectacle de strip BURLESQUE qu'il faut comprendre comme une dérision, à moins qu'il ne s'agisse du plaisir de se traîner dans la boue toute seule. Donc, elles s'amusent, dit-on. Quoique personnellement, je me sens plutôt humiliée en regardant cette photo :



Cambrures qui fait ressortir le croupion, pattes semi-repliées nues et roses sur talons-ergots, crête et bec rouge en avant, yeux en escarboucles, plumes à la gorge et dentelles au c.l, bras repliés qui s'écartent et se resserrent (cot ! cot !) tels les ailes de ces gallinacées domestiques que Henri IV mit au pot tous les dimanches dans les années 1590. Je cherche vainement ce qu'elles présentent D'AUTRE que le look "poule de basse-cour" ?

Pourtant détrompez-vous, elles ne cherchent pas du tout à imiter des poules. Leur démarche s'appelle, je cite : "du féminisme pro-femmes". Conclusion : la femme est une espèce hominienne issue de la poule. CQFD.


(* que je salue ! Et j'espère que ce billet sera pris en compte dans ton indicateur de backlinks cette fois-ci !)

lundi 13 décembre 2010

Art conceptuel


Je vais faire de l'art conceptuel, une fois n'est pas coutume et voici l'entrevue du drap d'or (entre François Ier et Henri VIII), retourné.

Cet oeuvre d'art signée "Euterpe" a été réalisée en vue de symboliser la toile qui n'a jamais été peinte, à savoir :

L'entrevue en France entre Fran
çois Ier et Marie de Hongrie.

Au centre de la toile il devrait y avoir Marie de Hongrie et un peu en retrait sur sa droite François Ier qui s'humilie légèrement devant son hôte comme le veut l'étiquette, en lui laissant la place de choix et les honneurs de prendre la tête du cortège.

Une toile officielle reflétant ce qui aurait du se passer.

Ou alors une toile avec la même scène mais telle qu'elle s'est vraiment passée :

François Ier, au lieu de se tenir à distance, collant au plus près son invitée afin de l'obliger à passer à sa droite et à prendre le côté "inférieur", et Marie de Hongrie, acculée au bord d'un fossé dans lequel elle est menacée de chuter avec son cheval si elle n'exécute pas le souhait sus-cité, qui franchit le fossé d'un bond, d'un seul, sans le moindre élan et au grand effarement de son goujat d'hôte !



(croquis d'époque d'une femme à cheval par Dürer)


Cette scène s'est produite réellement mais aucun peintre n'a daigné l'immortaliser ! Pourquoi cela ? C'est vraiment étonnant, non ?


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Ajout du 14.12 : Ci-dessus le détail de la peinture (retournée) témoignant du protocole d'une entrevue au sommet sous le règne de François 1er : le personnage au cheval blanc placé à la droite de Henri VIII (au manteau jaune) et qui le suit, est François 1er. La bande noire visible entre les Suisses à pied pourrait bien être un fossé.

dimanche 12 décembre 2010

Le chapelain de Marie de Hongrie




Pierre Alexandre, fils de Jean, naquit à Arras au début du 16e siècle. Il se fit carme (moine carmélite) dans sa ville natale. En 1534, il fut promu docteur en théologie par la Sorbonne. Excellent prédicateur, il fut appeler par Marie de Hongrie pour lui servir de "concionateur" (chapelain). Son nom figure parmi les théologiens qui se sont occupés de la correction de la traduction des "Psaumes de David" par Clément Marot.
Le 10 novembre 1539, Charles Quint quittait Madrid pour les Pays-Bas, afin de châtier le ville de Gand en révolte. Il traversa la France et séjourna à Paris du 1er au 7 janvier. Arrivé à Bruxelles le 29 du même mois, il profita de son séjour dans cette ville pour promulguer le jour même un nouveau placard contre l'hérésie. In Belgico editum est edictum atrocissimum (en Belgique a été édité le plus atroce des édits) écriront les théologiens protestants réunis au colloque de Worms. Car il déclencha une vague de persécutions qui se prolongea jusqu'en 1549.

C'est au cours de cette période que le confesseur de l'empereur, le dominicain Pierre de Soto s'en prit au prédicateur de la reine, en présence du chancelier Nicolas Perrenot de Granvelle et de son fils l'évêque d'Arras. Ils l'accusèrent de tenir des propos hérétiques dans ses sermons et l'attaquait dans des discussions privées mais Pierre Alexandre se défendait par la parole de Dieu. Comme l'un et l'autre restaient sur leurs positions, des commissaires inquisiteurs furent désignés.

Ils commencèrent le 21 février 1544 à instruire le procès du prédicateur de la reine en effectuant des enquêtes sur les faits et gestes de celui-ci à Bruxelles, Arras et Gand. Ensuite ils firent appel à des témoins, mais "pour le pécheur déposèrent presque tous les principaux de la cour de Bourgogne". On piétinait lorsque l'empereur revint à Bruxelles le 1er octobre et, influencé par son confesseur, ordonna l'emprisonnement de Pierre Alexandre. Prévenu par un fidèle ami, peut-être envoyé par la reine, il put s'enfuir (…)

(Extrait de „Histoire, humanisme et hymnologie (…)“ par Edith Weber)

Il s'enfuit en Angleterre et ses écrits sont condamnés au feu.

Wikipédia : Elle [Marie de Hongrie] est tout de même suspectée à plusieurs reprises de protéger les réformistes. En effet son chapelain, étant accusé, réussit à s’enfuir avant son arrestation et se réfugier auprès de la nièce de Marie.


Le moine dominicain Pierre de Soto, confesseur de Charles Quint fut par la suite lui-même mis en jugement par les inquisiteurs de Valladolid en 1560 durant le Concile de Trente.

Autre chose : le jeune Guillaume d'Orange-Nassau, le fondateur de l'indépendance des Pays-Bas, instruit dans les langues étrangères par Marie de Hongrie, réclamera plus de modération dans l'application des lois religieuses et refusera lui-même toute inquisition lorsqu'il sera nommé stadhouder en 1559, peu après la mort de sa prédécesseuse.

(L'illustration représente un autre portrait de Marie de Hongrie avec la coiffe blanche peu seyante qu'elle se mit à porter un jour et qu'elle quitta de moins en moins avec l'âge).

vendredi 10 décembre 2010

Marie de Hongrie, stadhouderesse*

Comme son nom de l'indique pas, Marie de Hongrie (1505-1558) gouverna la Flandre(correspondant à peu près au Benelux actuel amputé (en gros) de la Gueldre). De son "nom de jeune fille" Marie de Habsbourg, la soeur de Charles Quint fut mariée à 16 ans au roi de Hongrie Louis II, mort quatre ans après leur mariage, lors de l'invasion de la Hongrie par le Turc Soliman. Veuve à 20 ans, elle conserva le nom de Marie de Hongrie. Désirant préserver sa liberté, elle ne se remaria jamais.

La Flandre sous Marie de Hongrie fut sans contexte le pays sinon le plus "démocratique" du moins le plus libéral et le moins autoritaire d'Europe. L'indépendance des États, la liberté d'opinion, la justice y régnaient plus que partout ailleurs. Si Marie de Hongrie n'avait pas eu sans cesse des problèmes d'argent, ses biens ayant été confisqués par son frère Ferdinand après l'occupation de la Hongrie, elle aurait pu éviter les répressions de sinistre mémoire infligées par Charles Quint sur les sujets de sa soeur en 1540, suite à une levée d'impôts auprès des seigneurs qui se solda par un soulèvement qu'elle ne put réprimer sans le secours de son frère.
Charles Quint ne confia, en effet, ce gouvernement à sa soeur qu'à titre représentatif, même s'il lui laissa les pleins pouvoirs.
Elle protégea remarquablement le pays des guerres étrangères et déjoua plans et alliances de ces voisins : Danemark, Allemagne, France, Angleterre qui, croyant le pays affaibli par la gouvernance d'une femme, ne cessaient leurs attaques. Son influence fut, par contre, maintenu fortement en échec dans le domaine religieux. Le clergé catholique protégés par l'Empereur tentait d'éradiquer l'"hérésie" luthérienne qui se propageait via l'Allemagne voisine et les interventions de Marie ne suffisaient pas à épargner protestants et libres penseurs. Ainsi d'Erasme qui dut s'exiler à Bâle. Néanmoins, son estime pour Marie de Hongrie était si grand qu'il lui manifesta incessamment son soutien moral et financier. Il correspondit jusqu'à la fin de sa vie avec elle et lui envoya tout ce qu'il possédait.




en hommage à Marie de Hongrie qui fit composer ce morceau, voici sa célèbre "Hungarescha" sur une épinette des Vosges.

* stadhouderesse = gouverneuse des Pays-Bas.

mardi 7 décembre 2010

Regards de couples


Voilà longtemps que je n'ai pas réabordé le thème des regards féminins et masculins dans le portrait du XVIe siècle.
Ainsi ces deux tableaux flamands qui représentent les couples Hans Burgkmair et Anna Allerlai (XVIe siècle), de Lukas Furtnagel, ainsi que Jan de Wael et Gertrude de Jode (XVIIe siècle), d'Antoine van Dyck, sont représentatifs de ce jeu de regards.

La femme ne regarde pas le peintre (cliquer pour agrandir et vérifier).

Pour celles et ceux qui n'ont pas suivi mon blog depuis le début, ces portraits me servent à prouver que les moeurs de ce temps interdisant aux femmes de regarder une personne de l'autre sexe en train de la peindre, on peut légitimement en déduire que les tableaux qui font exception à cette règle, peuvent avoir été réalisés par ces femmes si difficiles à identifier aujourd'hui et qui ont travaillé pour un maître (la plupart du temps, leur père) apposant leur signature sur les tableaux de leurs élèves féminines. Pour plus d'informations lire ici, ou encore , entre autres.

Le tableau de Furtnagel a ceci d'intéressant qu'il contient une "Vanité", soit une composition où sont présents des objets relatifs à la mort. Ici la femme tient un miroir où les visages des deux époux apparaissent sous forme de têtes de mort.

C'est un rappel de notre destin : "Memento mori" (souviens-toi que tu mourras) car la vie humaine est transitoire.
Ce tableau en est rendu plus éternel, plus présent, plus moderne que le simple portrait de couple de van Dyck. C'est le paradoxe de la "Vanité" (dans le sens de "chose éphémère").

lundi 6 décembre 2010

Cadeau de Noël

Toutes mes excuses pour les scans qui laissent à désirer. Mais si on clique dessus, il est possible de les zoomer pleine page.



Cette bande dessinée intitulée "Le fantôme espagnol" de Willy Vandersteen décédé il y a dix ans maintenant, démarre par la visite dans un musée d'art, de Bob, Bobette et du docteur Lambique.
Ils sont arrêtés devant "Les noces paysannes" de Brueghel, et là, le tableau s'anime...L'enfant qui tient une assiette de pape au riz la lance dans la pièce...Très impressionnée par cette aventures où tous les personnages en entrant dans ce tableau hanté par un fantôme, vont se retrouver au XVIe siècle dans la Flandre occupée par les Espagnols, à la recherche d'un document perdu, je n'ai pu m'empêcher, petite fille, de lire et de relire les pages de cet album une centaine de fois peut-être, au cours de mon enfance, sans m'en lasser, tremblant toujours aux mêmes passages, riant toujours autant des mêmes gags.




Contrairement à chez Hergé, W. V. n'est pas sexiste et Bobette n'est jamais en marge de l'action. Ceci explique pourquoi j'ai plus lu cette unique histoire-là que la collection entière des aventures de Tintin présente aussi dans la bibliothèque familiale.
Ici Bobette ne se montre pas inférieure aux hommes à l'escrime !




Sur cette page, Bobette aborde le peintre Brueghel et lui demande s'il est vrai que dans ses tableaux se trouve des attaques à peine déguisées contre les Espagnols. Puis les "tuniques écarlates" attaquent et Brueghel l'entraîne dans sa fuite car il connaît une cachette sûre.

Bobette et son frère sont aussi intrépides et plein de ressources l'un que l'autre. Bobette a toutes sortes de bonnes idées et le docteur Lambique est l'adulte qui les accompagne. Il se prend des beignes mais ne manque pas d'humour.

Si vous voulez offrir une bande dessinée à une petite fille pour les fêtes de fin d'année, je vous recommande ce titre.

dimanche 5 décembre 2010

Marguerite l'Enragée 3





Découvert : un musée "Dulle Griet", Kloosterstraat 37 à Peer (3990) en Belgique et un livre : celui de Dominique ROLIN, écrivaine belge née en 1913 et vivant à Paris, qui a écrit un roman intitulé "Dulle griet", publié chez Denoël en 1977. Le roman commence par la reproduction du tableau de BRUEGEL, traduit dans le texte par "Margot l'enragée", qui serait une sorte de sainte et de folle.


Personnage repris dans la B.D. belge. On dirait, ici, le fameux docteur Lambique (pour ceux qui connaissent "Les aventures de Bob et Bobette" de Willy Vandersteen) écrasé par Margot la Folle surgissant avec sa cassette et son épée !

jeudi 2 décembre 2010

Marguerite l'Enragée 2



Tout d'abord je voudrais attirer l'attention sur le blog de Tania qui a retrouvé en déménageant une revue intitulée "Sorcière", et qui me "linke" pour la 2e fois (voir billet Textes et prétextes" du 11.11.) Backlinks qui n'apparaissent malheureusement pas dans mon indicateur (voir en bas à droite) fraîchement et génialement installé par lolobobo (que je m'empresse de placer dans mon blogroll étant désormais fan) pour des raisons obscures difficiles à clarifier mais tant pis.

Merci beaucoup à tous deux !

Maintenant voilà mon sujet inspiré par les remarques de Floréal sur le billet précédent :
En Bourgogne, des récits racontés de bouche à oreille, ayant trait à une certaine Vivre" ou "Vouivre" ont fait l'objet de nombreux recherches historiques régionales. On trouve plusieurs vouivres dans ce pays :
La Vouivre du Mont Saint-Jean (Côte d'0r), la Vouivre de Culles (les Roches - Saône et Loire), la Vivre de Gemeaux (Côte d'0r), la Vivre de Lournand (vers Cluny - Saône et Loire) et enfin... la Vivre de Couches (Saône-et-Loire) : "une bête apocalyptique, ayant des caractères de serpent" et qui dévorerait les enfants.

Entre Châlon et Autun, Couches passe pour avoir été fondé par des voyageurs grecs qui l'auraient baptisé "Colchas'' en souvenir de la Colchide où Jason conquit la Toison d'or. Le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, y fonda au XVe s. le fameux ordre de la Toison d'Or.
Mais bien avant cela, à l'ère secondaire, le pays couchois est recouvert par les eaux. Seuls les plateaux émergent de ce milieu aqueux. Dans les marnes peu à peu s'enlisent les animaux marins. On y trouve en quantité impressionnante des fossiles d'ammonites, d'huîtres, de bélemnites, etc. De nombreux reptiles, certains d'une taille impressionnante, ont laissées ici et là leurs empreintes et leur carcasse sur les terrains calcaires.
On peut s'interroger sur la réaction de nos ancêtres, qui, il y a quelques siècles, mettaient à jour, par hasard, les restes d'animaux inconnus sans que la science y apporte d'explications.

Fille du duc Robert II et petite-fille de Saint-Louis par sa mère, Marguerite de Bourgogne épouse en 1305 Louis le Hutin, roi de Navarre.
La jeune reine est infidèle. Bientôt le scandale éclate et la reine est emprisonnée à la forteresse de Château-Gaillard. Lorsque Louis le Hutin succède à son père, il veut faire annuler son mariage par le pape. Mais ce dernier s'éteint en l'année 1315.
Voulant coûte que coûte en finir avec sa femme adultère : il la fait assassiner dans sa cellule et épouse Clémence de Hongrie.

Telle est la thèse retenue par l'Histoire.

Mais les Couchois eux, ont retenu une version moins cruelle. Si pour certaines commodités la reine ne devait plus exister, rien n'empêchait qu'elle fût éloignée, qu'elle retrouvât sa propre famille et vécût prisonnière "libre" au Château de Couches. Elle y serait morte auprès de sa cousine Marie de Beaufremont en l'année 1333 à l'âge de 43 ans.

Les Couchois, imprégnés de religion mais aussi de paganisme, mêlent l'histoire du martyre de sainte Marguerite avec les légendes de dragon mythologique et de vouivre favorisées par la présence dans leur pays d'étranges fossiles.

La reine défunte revit donc dans l'histoire de Sainte-Marguerite, chassée par son père après sa conversion au christianisme, arrêtée comme chrétienne, après avoir repousser les offres du préfet Olybrius, soumise à de cruels supplices, elle voit dans sa prison un démon sous la forme d'un dragon terrible mais elle le met en fuite en faisant le signe de la croix.

Ainsi peut-on concevoir que la Vivre, qui vécut, selon certains conteurs vers l'an 1300, soit l'incarnation des malheurs de cette Couchoise regrettée.

Un siècle après la mort de Marguerite de Bourgogne, Claude de Montaigu, seigneur de Couches, fait édifier la chapelle actuelle du château.

(Texte d'après ce site)



D'accord. Mais alors pourquoi Brueghel représente t-il Marguerite l'Enragée sous la forme d'une vieille femme cuirassée et armée d'une épée, une cassette sous le bras et un panier de victuailles à la main au milieu d'un paysage apocalyptique ? (A lire le texte de François Jeannet, il semble qu'il y ait encore une Marguerite là-derrière !).



lundi 29 novembre 2010

Marguerite l'Enragée






On dit que Marguerite de Bourgogne (1292-1315) fit édifier un couvent à Saint Pardoux la Rivière, pour se racheter de tous ses péchés. Mais qui est donc Marguerite de Bourgogne ?

Elle n'est pas une femme du XVIe siècle cependant elle était encore célèbre à cette époque-là pour avoir été condamnée à la prison à vie sur l'accusation d'adultère. Elle n'aurait peut-être pas subit un sort si cruel si elle n'avait pas eu des droits sur le royaume de Navarre comme ce fut le cas par la suite de sa fille Jeanne II de Navarre, spoliée elle aussi en partie de ses droits en raison d'un arrangement de son mari avec le roi de France.
Plus tard, Jeanne la Folle, mère de Charles Quint, fut accusée de folie pour être dépossédée du pouvoir qui lui revenait de droit. Jeanne comme Marguerite, comme d'autres héritières de royaume, ont payé le prix fort de l'avidité masculine pour le pouvoir.

Et puis pendant que les rois de France s'appellent le Bon, le Hutin, le Hardi, le Téméraire, le Débonnaire, le Pieux, le Bel et le Grand, Marguerite est passée à la postérité sous le nom de "l'Enragée".
Un canon exposé à Gand en Belgique, a été baptisé de ce nom ainsi que de son correspondant flamand : "Dulle Griet".
Un canon ? C'est sans doute ce dont la pauvre princesse aurait eu besoin pour sortir de sa prison !


Au XVIe siècle, les peintres Ruyckert, Brueghel et Teniers ont fait de cette Marie l'Enragée une étonnante figure de vieille femme armée chassant les démons. Mais quel rapport avec la vicomtesse de Bourgogne ? En tout cas, cette figure laide à l'air fou m'est personnellement sympathique. Tous les démons stupides inventés par les religieux semblent être terrorisés par cette unique vieille femme armée d'un simple bâton ! Une sorte d'anti-Harry Potter, non ?



(De haut en bas : la "Dulle Griet" de Ruickert et celle de Teniers).

vendredi 26 novembre 2010

On ne naît pas sorcière, on le devient


Ce qui faisait que l'on devenait sorcière (ou sorcier) au XVIe siècle :

Géographiquement, la sorcellerie se rencontrait surtout au Nord, en Lorraine, à l'Est, dans le Languedoc et le Sud-Ouest. Selon R. Muchembled, le contrôle royal s'appliquait très bien au centre de la France mais mal dans la périphérie du royaume. Les persécutions servirent donc à faire comprendre aux populations qui est ce qui dirigeait le pays. Devant les résistances rencontrées, la procédure démonologique aida les administrateurs à fabriquer des coupables ; la sorcière devint un bouc émissaire dont le supplice devait empêcher les adversaires du pouvoir central à persévérer dans leur indiscipline. La chasse aux sorcières permit de cristalliser sur les sectateurs du démon la notion de déviance par rapport aux normes sociales nouvelles que l'on voulait instaurer. Les élites culturelles imposèrent, par le biais des bûchers, le respect de ces normes. Les paysans se savaient coupables de pratiquer parfois des rites de guérison et de protection défendus, ainsi, pour ne pas être accusés de sorcellerie, ils s'efforcaient de se différencier des sorciers et une atmosphère de suspicion permanente pesait sur les villages.

Les persécutions concernèrent surtout les femmes : 82% des accusés dans le Nord. En tant que filles d'Eve, elles représentaient celles à cause de qui la mort était entrée au monde. Les élites de l'époque craignaient les femmes et notamment leur activité sexuelle supposée ; de ce fait les procès de sorcellerie avaient une dimension sexuelle très importante, les juges tentaient toujours de faire avouer aux suspects la copulation satanique dans ses moindres détails : le " sexe du démon était froid et faisait froid à l'intérieur".
Sur 155 cas étudiés, 105 sont des femmes dont 32 ont plus de 50 ans alors que 7 suspectes seulement ont moins de 20 ans, une enfant de 8 ans et 2 adolescentes de 13 ou 14 ans.
Les magistrats étaient hantés par l'idée de la sexualité, de la mort et de la décrépitude. La sorcellerie réunit donc les thèmes du diable, de la vieillesse féminine et du meurtre. Les vieilles femmes étaient les dépositaires privilégiés des croyances populaires, elles transmettaient les connaissances et recettes anciennes lors des veillées villageoises, ou directement aux enfants des deux sexes qui leur étaient confiés durant les premières années de leur vie. Ainsi, les chasseurs de sorcières voulaient surtout exterminer ces vieilles femmes qui pouvaient nuire au développement du christianisme épuré. Les sorcières étaient considérées par les élites culturelles et sociales comme des reliques anachroniques d'un temps païen ainsi que des freins à la diffusion de l'orthodoxie et de la morale nouvelle, et pour finir comme des concurrentes de tous ceux qui cherchaient à modifier la culture populaire traditionnelle. Le mouvement de la chasse aux sorcières venait du "haut", était entretenu par la théorie démonologique mais diffusé grâce à une partie des ruraux qui adhérait à la persécution.

Ceci est un extrait résumé de la thèse de Karine Mrugala portant sur le livre de Robert Muchembled "La sorcière au village XVe-XVIIIe siècle" (Gallimard/Juillard 1991).

Photo : statue de sorcière, peut-être dame Franchetta, à Triora en Italie. Qui est dame Franchetta ? Pour avoir plus de détail sur un cas donné (à la frontière de la Savoie), je recommande assez la lecture du travail de Floreal sur l'Inquisition à Triora sous ce lien.

mercredi 24 novembre 2010

La Grande P.


« (...) Et je vis cette femme ivre du sang des saints et du sang des témoins de Jésus. Et, en la voyant, je fus saisi d'un grand étonnement. Et l'ange me dit: Pourquoi t'étonnes-tu? Je te dirai le mystère de la femme et de la bête qui la porte, qui a les sept têtes et les dix cornes. »

Cette enluminure est de l'écrivaine et illustratrice du 12e siècle Herrade de Landsberg, abbesse du couvent qui se trouvait en ce temps sur le mont Sainte-Odile dans les Vosges, et autrice de l'Hortus Deliciarum ou "Jardin des Délices".

J'aimerais faire ici une petite mise au point : je ne présente pas dans ce blog des femmes "puissantes" ou "victimes". Une compositrice rentre t-elle d'ailleurs dans cette catégorie binaire ? Je rend compte dans la mesure où ce médium me le permet, de l'existence des femmes, de leurs créations, de leur parcours, de l'image que l'on a propagé d'elles, que l'on propage encore, de ce qu'elles furent et vécurent, de ce que sont devenue les femmes dans la mentalité contemporaine à force que l'on n'en montre qu'une facette, toujours la même, à force des les renvoyer toujours et encore à l'anonymat. Je cherche ici à désanonymer les femmes. Je réexhume des personnalités qui n'ont jamais droit à aucune commémoration parce que les femmes n'ont plus droit aux commémorations au-delà du cinquentenaire. Jamais on ne commémore les 500, 450, 300, 350, 250, 200 ans de la naissance d'une femme dans un médium grand public. Et on ne portera pas George Sand au Panthéon. On ne parle pas de Herrade de Landsberg, non plus, dont on continue à imprimer les images. On ne nomme nulle part là où la majorité des gens se rassemblent pour lire, voir et écouter, des femmes qui ont apporté leur contribution à la culture et à l'humanité, sauf une ou deux toujours les mêmes, comme alibi. Soit elles ne figurent pas dans les livres d'Histoire soit elles en disparaissent. Alors je leur redonne leur nom et un peu d'existence. Maintenant si cela en met mal à l'aise, je suis désolée pour ces personnes mais qu'elles réfléchissent à ce que je viens d'écrire.

Et si l'on ne comprend pas ce qu'est la femme occidentale dans l'imaginaire collectif, pourquoi il faut la ligoter et la dénuder sur les affiches de pub aujourd'hui, et cela non pas de moins en moins mais de plus en plus : regardons et imprégnons nous de ces images bibliques qui ont construit cette civilisation : la grande prostituée de Babylone jetée au feu par des anges, par exemple. Pour les un.e.s c'est une allégorie et (les femmes servent un peu beaucoup (trop) d'allégorie), pour les autres ceci est tout bonnement à prendre au pied de la lettre.

dimanche 21 novembre 2010

Comment on continue à jeter virtuellement au feu les sorcières

Une figurante de cinéma que j'ai rencontré sur le tournage d'Anonymous vient de m'envoyer ce clip auquel elle a participé.




Je ne crois pas que j'en aurais fait de même à sa place car il s'y agit une fois de plus d'un exemple d'érotisation d'un crime dirigé contre la partie de l'humanité à laquelle j'appartiens. Comme dans le cas de la série télévisée "The Tudors", on est dans l'esthétisation de l'abject. Soit on fait du bourreau qui tue avec la plus grande cruauté un bel héros sexy dans un univers de luxe surranné alléchant, soit on érotise la victime sur le point de mourir injustement dans d'atroces souffrances, à l'aide d'une chansonnette sadico-lascive et d'un décor gothico-baroque teintés de morbidité.

On imagine difficilement la déportée de camp de concentration dans sa chambre à gaz rendant sa chair désirable en prenant des pauses, sous la fausse douche au Zyclon B. Et aucun petit malin avide de faire de l'argent avec de la souffrance, se ruer sur ce thème la bouche en coeur. Le feu, les chaînes, la robe décolletée et l'air libre, c'est plus "hot" que le carrelage éclairé au néon avec un corps dépouillé de tout, cheveux et fausses dents comprises.

Et puis on érotise mieux des victimes sur lesquelles pèsent cinq cents ans de silence.


Ci-dessous : un extrait (tronqué) de „Charles Quint et la monarchie universelle“ par Annie Molinié-Bertrand et Jean-Paul Duviols (!) :

"Les traités de démonologie parus au cours des XVe et XVIe siècle mettent la femme à l'index en répandant le stéréotype de la sorcière. (...) Le „Malleus maleficarum“ écrit par deux dominicains est, parmi d'autres, un ouvrage qui aura une grande influence sur les Inquisiteurs.

Selon le Malleus, la femme est inférieure par sa faiblesse d'intelligence. Perverse, elle l'est par nature, par une inclination excessive au vice de la chair qu'Eve lui aurait transmise. Dans cet ouvrage, le féminin domine, terrasse le masculin ; les auteurs parlent de l'hérésie des sorcières, les sorciers étant pratiquement absents de la scène. (...)

"Mais si la femme est si souvent impliquée par le regard d'un groupe, n'est-ce pas parce qu'elle est souvent mise à l'écart par son sexe, son âge, ses occupations ; parce qu'elle est la conservatrice des cultures archaiques, parce qu'elle est le noyau de résistance à des cultures sexuelles oppressives ?" (Pierre Chaunu, 1969 (cité à l'intérieur du texte)).

Au XVIe siècle, la plupart des sorcières du diocèse de Cuenca (où eut lieu un célèbre procès de sorcières) sont des sages-femmes : sur trente-cinq femmes accusées de pratiquer la sorcellerie, vingt-cinq pratiquent régulièrement des accouchements. Rien de surprenant si dans la 2e partie du "Malleus maleficarum", les auteurs se demandent comment les sages femmes sorcières infligent de plus grands maux aux enfants. Il s'agit de la sorcière tueuse d'enfants que nous retrouvons à Cuenca dans les procès du XVIe siècle. Accoucheuses, guérisseuses, veilleuses de morts, les femmes détiennent un pouvoir qui échappe aux hommes.(...)La femme est reléguée au second plan dans une société où l'homme est le détenteur du pouvoir, mais cela ne signifie pas pour autant que ses occupations sont sans importance. (...) Les procès inquisitoriaux montrent que bon nombre de femmes ont un statut spécifique au sein de leur communauté; leurs voisins quel que soit leur niveau socio-économique, acceptent leur autorité et la réalité de leurs pouvoirs "surnaturels". Ils les craignent mais ils les fréquentent, leur donnent ce qu'elles leur demandent "pour ne pas qu'elles leur fassent du mal". Les sorcières dans le diocèse de Cuenca, semblent toutes avoir un profil similaire : exclusivement des femmes, d'âge avancé, pauvres, veuves, de niveau socio-économique bas, dans la plupart des cas, échappant au pouvoir patriarcal. (...)".

samedi 20 novembre 2010

omnes omnia omnino

A la recherche des femmes dans le monde médical à travers les siècles et, parallèlement, bien que cela n'ait aucun rapport, intriguée par les nombreuses représentations dans l'art de sainte Dorothée, j'ai découvert un lien entre les deux et que la première femme à obtenir le titre de docteur dans le monde, fut une allemande du XVIIIe siècle du nom de Dorothea Erxleben. De fil en aiguille, toujours dans les méandres les plus illogiques (mes préférés), j'ai également découvert l'existence d'un certain Comenius, un tchèque qui militait au XVIe siècle pour la scolarisation des filles.
Après ces intéressantes trouvailles, je rentre chez moi toute guillerette et trouve l'appel suivant sur mon répondeur : allo Euterpe, si ca te dit il y a un "baby bazar" demain matin à 11.00 h à l'école Comenius...! Quoi ? Je n'avais jamais entendu parler ni de ce personnage, ni de cette école auparavant. Quelle coincidence ! J'avais envie de rappeler immédiatement ma copine pour lui dire que je savais qui était Comenius ! Mais comme elle aurait pensé que je n'avais pas tout mon bon sens, j'ai donc plutôt choisi d'en parler ici.

Philosophe, grammairien et pédagogue, Jan Amos Komesky, dit, en latin, Comenius, est né en 1592 en Moravie. Son père était un adepte de Jan Hus qui fut brûler comme hérétique.
Orphelin a douze ans, il entre dans une école latine où il inspire de l'affection à ses maîtres qui le pousseront et le protègeront dans ses études.
Devenu pasteur puis un philosophe très en vue, il passera sa vie à tenter de faire appliquer les préceptes pédagogiques qu'il a concus.

Comenius plaide pour une démocratisation de l’éducation. Selon lui : puisque chaque être humain est une image de Dieu, chaque être humain mérite d’être éduqué.

Ainsi, « tout doit être enseigné à tout le monde, sans distinction de richesse, de religion ou de sexe ». C'est le concept de pansophia, ou sagesse universelle. À une époque où l’infériorité des femmes est communément admise, Comenius affirme que les filles ont les mêmes capacités intellectuelles que les garcons.

Pour Comenius, le système éducatif devrait non seulement s’attacher aux activités de la pensée et de la raison (ratio), mais aussi au travail manuel (operatio). Il considère que les écoles devraient montrer moins d’intérêt pour l’enseignement du latin, et bien plus d’intérêt pour des matières comme la géographie, l’histoire ou la biologie. Il insiste beaucoup sur l’importance de l’éducation artistique ; l’art doit être accessible à tous. En musicologue avisé, il plaide pour la généralisation de l’enseignement de la musique à tous les niveaux scolaires.

Pour concrétiser la « sagesse universelle », Comenius conçoit un système d’éducation unique pour les deux sexes, et composé de quatre degrés : l’école maternelle pour les plus petits, l’école publique pour les enfants, l’école secondaire pour les adolescents et les académies pour les plus âgés. Cependant, il considère que l’éducation est un processus qui doit durer toute la vie et que le monde entier est une école.

Pour enseigner, il préconise l’utilisation d’images. Son manuel Orbis sensualium Pictus a pour ambition d’enseigner le latin aux enfants par association d’un mot à une image. Il défend aussi le rôle des jeux individuels ou de groupe ; rien de tel qu’apprendre en s’amusant. L’enseignant doit aussi encourager la participation des élèves. La pratique de la punition corporelle est, par contre, vigoureusement déconseillée.

"Omnia sponte fluant, absit violentia rebus" : tout coule spontanément, on n'obtient rien par la violence.

et surtout : "omnes omnia omnino" : il faut tout enseigner dans son entier à tou.te.s.




Relief sur une école à Dolany (République tchèque).