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vendredi 27 juillet 2018

Comment ils ont assassiné le printemps (suite)

Extrait de "Pierre Nozière", 1885, Anatole France, éditions Calmann-Lévy, collection "Le Zodiaque", 250 Francs, page 209 à 213 :
  
"UNE ÉPAISSE FORÊT descendait alors jusque sur les grèves de la mer. Les lièvres l'habitaient. Elle recouvrait des marais peuplés de vanneaux, de bécasses, de canards et de sarcelles. Les mouettes déposaient leurs oeufs sur la roche nue des falaises. Le cri aigu du héron et la plainte du courlis s'élevaient des grèves pâles où le cygne, l'oie sauvage et le grèbe, chassés par les glaces, venaient passer l'hiver dans les sables marins. Des hommes en petit nombre habitaient ces contrées sauvages. C'étaient de pauvres bateliers qui pêchaient dans l'embouchure poissonneuse de la Somme. Ils étaient païens. ils adoraient des arbres et des fontaines. En vain les saints Quentin, Mellon, Firmin, Loup, Leu d'Amiens, étaient venus les évangéliser. Ils croyaient encore ce qu'avaient cru leurs pères. Ils croyaient aux génies de la terre et aux âmes des choses.
   Ces simples pêcheurs étaient saisis d'une horreur sacrée quand ils pénétraient dans les forêts profondes qui couvraient alors tout le rivage. Ils voyaient partout des dieux agrestes. Au bord des sources, où tremblaient les rayons de lune, ils apercevaient des nymphes, des fées, des dames merveilleuses ; ils les adoraient et leur apportaient en tremblant des guirlandes de fleurs. Ils croyaient bien faire en les aimant, puisqu'elles étaient belles.
   Sans doute, la source qui descendait le coteau feuillu où le pieux Valery s'arrêta était une des sources sacrées auxquelles ces hommes faisaient des offrandes. Elle coule encore au pied de la chapelle, du côté de la baie. Comme aux anciens jours, l'eau est fraîche et toute claire. Mais, maintenant, elle ne chante plus. Elle n'est plus libre comme au temps de sa rustique divinité. On l'a emprisonnée dans une cuve de pierre à laquelle on accède par plusieurs degrés. Du temps de saint Valery, c'était une nymphe. Nulle main n'avait osé la retenir, elle fuyait sous les saules. (...) C'est là, c'est dans ces fontaines des bois que se réfugièrent les dernières nymphes chassées par les évêques. Ces agrestes déesses étaient poursuivies sans pitié. Un article des ordonnances du roi Childebert porte que : "Celui qui sacrifie aux fontaines, aux arbres et aux pierres sera anathémisé".
   Valery jugea ce lieu convenable à ses desseins. (...) (voir page 4, 6 et 7 du pdf sur l'histoire de Valery)

   C'est contre les nymphes des bois et des fontaines que le saint homme tournait toute sa colère. Pourtant ces nymphes étaient des innocentes. (...) Ces nymphes, ces fées, ces dames étaient jolies et mettaient un peu de grâce au fond des coeurs rustiques. C'étaient des divinités toutes petites qui convenaient aux petites gens. Saint Valery les tenait pour des démons pernicieux, et il résolut de les détruire. (...).
   Un jour, passant dans un lieu proche de la ville d'Eu, il vit un arbre aux branches duquel des images d'argile étaient suspendues par des bandelettes de laine rouge. Ces images représentaient l'Amour, le dieu Hercule et les Mères. Ces Mères étaient très vénérées dans toute la Gaule occidentale. Les potiers de terre ne cessaient point de modeler les figures de ces dieux qui se trouvent encore en grand nombre dans la terre sur les rivages de l'Océan, de la Somme à la Loire. Elles sont parfois géminées, et deux mères sont assises côte à côte, tenant chacune un enfant. Parfois il n'y a qu'une Mère, et les paysans qui la découvrent en labourant leur champ la prennent pour la Vierge Marie. Mais c'est une idole de païens.
  Saint Valery fut irrité à cette vue et pensa en son coeur :
  "Des démons pendent comme des fruits pernicieux aux rameaux de cet arbre. "
  Puis il leva la cognée qu'il portait à sa ceinture et, avec l'aide du moine Valdolène, son compagnon, il renversa l'arbre avec les images saintes qu'il abritait sous son feuillage. Quand les gens du pays virent couché sur le sol l'arbre-dieu avec la multitude des offrandes et la sève saignant sur le tronc mutilé, ils furent saisis de douleur et d'effroi. Et lorsque saint Valery leur cria : "C'est moi qui ai renversé l'arbre que vous adoriez faussement ", ils se jetèrent sur lui et le menacèrent de l'abattre comme il avait abattu le dôme verdoyant" (fin de citation).



  Anatole France nous narre la vie de quelques saints qui, pour lui, son exemplaires. L'absurdité de leur prétendu "sainteté" quand ceux-ci abattent des arbres sous prétexte de "fausse" foi ne lui apparaît pas du tout. Bizarre. Pourtant l'arbre est absolument nécessaire à notre existence, L'ARBRE DE VIE (the tree of life) est central à toutes les cultures, même si l'on raconte maintenant qu'il s'agit d'un symbole au sens "figuré". Un dieu mâle, en revanche, n'a absolument AUCUN intérêt. Avec le recul on voit dans la description du missionnariat imbécile des chrétiens (mais c'est le cas pour tous les autres monothéismes à dieu mâle) un proto-écocide. Ils veulent par force remplacer la sacralité de l'arbre et de l'eau par la sacralité de la bite.
N'est-ce pas insensé à un point inimaginable ?
Cette violence inexplicable abasourdit les peuples dit païens qui, ayant perdu l'objet de leur culte, n'ont pas d'autre choix que de le pleurer sans espoir de le retrouver jamais. Puis, comme pour la jeune fille contrainte à la prostitution par le viol et la violence, ils sont obligés de se consoler auprès de leur persécuteur qui leur offre sa bénédiction/protection/religion.
Il a organisé leur détresse de sorte qu'il puisse leur faire croire qu'ils ne sont rien sans lui - pour déclencher un attachement traumatique à sa personne ; rapprochement de la victime par la mise en confiance et la séduction, pour renforcer chez elle le sentiment d'obligation et de redevabilité. 
  Les pères de l'Église appeleront la soumission des vaincu.e.s "miracle" et la donneront comme preuve irrréfutable que la vraie foi est apparue à ces "rustres" par la "grâce divine".
  Les prétendus "saints" abattent des arbres comme s'ils n'avaient pas plus de valeur que les images d'argile suspendues à leurs branches. Curieusement Anatole France les décrit comme des personnes assassinées et en même temps approuve cet assassinat. Le saccage qui aboutit aujourd'hui à des incendies de forêts boréales commence bien là, par cette approbation de l'écocide au nom de la "vraie" foi. Et se poursuit depuis des siècles sans répit. Malheur à celleux qui voudraient l'arrêter.
Tous les arbres doivent disparaître. Toutes les fontaines doivent être empoisonnées. Au nom de la bite suprême.

Les icônes jouent un rôle de premier plan dans l'histoire du massacre systématique des arbres.
Car ce n'est pas l'arbre qui agresse Valery ce sont les représentations qui y sont accrochées magnifiant des femmes. Des femmes seules avec des enfants. Ou plusieurs femmes avec des enfants, ensemble. Sans homme.
Mais cela ne lui suffit pas de détruire les images, il faut détruire la divinité à qui elles sont adressées.
Les images qui, aujourd'hui, auraient l'air de se vouer à un autre culte qu'à celui la bite peuvent entraîner la colère destructrice de quelque sectataire. La peintresse d'icônes Oksana Chatchko qui désacralisait la peinture religieuse phallocrate est morte. A t-elle été abattue directement ou indirectement par un saint Valery orthodoxe hors de lui ?
Oksana disait qu'elle était prête à tout pour ses idées, qu'elle n'avait pas peur : "Je suis prête à être tuée". Si on est prête à être tuée pourquoi se tuer ? Elle disait croire en l'humanité mais qu'il ne fallait pas avoir peur de s'opposer, par exemple, à la religion. De ce fait son prétendu suicide est suspect et également les derniers mots qu'elle aurait "écrit" mais pas dit de vive voix ni en public. Ici elle présente ses croix détournées en kalachnikovs. "Pour moi les religions sont des idéologies très très agressives" dit-elle en français. Le suicide aussi demande une terrible agressivité tournée contre soi-même. Hors du commun. Oksana n'était pas une personne agressive mais révoltée.
                 (icône féministe d'Oksana Chatchko. "Des icônes, personne n’en a jamais peintes de pareilles avant elle. Ses œuvres seraient assurément jugées plus dangereuses et scandaleuses en Ukraine ou en Russie, que les manifestations seins-nus des FEMEN, tant ici, Oksana touche au sacré de la chrétienté orthodoxe" Est-on encore en sécurité loin de la Russie alors que plus aucun  État ne reculent devant des infractions contre les droits humains lorsqu'il s'agit de faire des affaires avec un autre État ?)

Si les païen.ne.s de l'embouchure de la Somme que décrit Anatole France n'ont pas tué "saint" Valery, ce n'est pas par fascination pour le saint mais, sans doute, parce que contrairement à lui, iels respectent la vie et ne sont pas des assassin.e.s.
La légende chrétienne/crétine y voit, elle, la confirmation du bien-fondé de ce massacre d'arbres qui sera désormais perpétré au nom de la sainte... bite.
Le non-respect de la vie par les adorateurs de la sainte bite est considéré depuis ce temps-là comme une qualité à entretenir par la répétition inimterrompue de toutes sortes de meurtres odieux sur les femmes, les animaux, les plantes.


                                  (Saint boniface abattant l'arbre de Thor).


(on détruit maintenant des arbres par centaines de millions à l'époque du solstice d'hiver pour y accrocher des "images votives" ou "boules". Absurdité et détournement bitocratique des offrandes païennes à l'arbre-dieu).
  
    Et puis on détruit aussi des animaux en quantités effarantes, au point que les maigres arbustes qui restent et qui n'ont pas le temps de vieillir, ne peuvent faire face aux émissions de gaz que produit cette industrie de la mort. On le fait comme au temps de l'Ancien Testament, pour le Dieu-bite qui aime le sang, mais on n'appelle plus cela "sacrifier à Dieu". On appelle cela "consommer de la viande" car il paraît que depuis l'apparition de Jésus -Christ, fils de Dieu qui se serait lui-même sacrifié, on n'a plus besoin de tuer des animaux... ah bon ?  

jeudi 12 septembre 2013

Marion Wallace Dunlop, la première gréviste de la faim

jailgals
Doctor: “What will you eat for dinner?”
Marion Wallace-Dunlop: “My determination.” July, 1909.

Marion Wallace-Dunlop (1864-1942) est la première gréviste de la faim de l'histoire du mouvement des suffragistes du WSPU d'Emmeline et Christabel Pankhurst.
Elle est arrêtée en juillet 1909 pour avoir jeter des pierres dans les fenêtres du 10 Downing Street. Elle décide de cette grève seule et contre l'avis des Pankhurst qui y sont opposées mais qui l'imiteront néanmoins plus tard. Christabel écrit :
"Miss Wallace Dunlop, taking counsel with no one and acting entirely on her own initiative, sent to the Home Secretary, Mr. Gladstone, as soon as she entered Holloway Prison, an application to be placed in the first division as befitted one charged with a political offence. She announced that she would eat no food until this right was conceded."
(Madame Wallace-Dunlop n'ayant pris conseil de personne et ayant entièrement agi de sa propre initiative, a envoyé au secrétaire de la chambre Mr. Gladstone, aussitôt qu'elle a été incarcérée à Holloway, une requête pour être placée dans la première division de la prison comme convenant à une femme de son rang poursuivie pour offense politique. Elle a annoncé qu'elle ne mangerait aucun aliment tant que ce droit ne lui serait pas concédé)    
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Elle tiendra 91 jours avant d'être libérée pour raisons de santé. 

 

mardi 3 septembre 2013

La baronne Emmeline Pethick Lawrence, suffragiste et femme d'un ami de Gandhi

 
La baronne Emmeline Pethick Lawrence (1867-1954) fut membre du WSPU de Emmeline Pankhurst et femme du secrétaire des Affaires Étrangères d'Inde et de Birmanie, Frederick Pethick Lawrence, grand ami du Mahatma Gandhi dont il fut un contemporain de la lutte pour l'indépendance de l'Inde. Les deux hommes s'entendaient à merveille, rapportent les historiens. Le baron Frederick Pethick Lawrence soutenait le WSPU et publia dès 1902 avec sa femme le fameux journal "Vote for Women".
Remarquons qu'en se mariant Frederick Lawrence a pris, en sus de son nom, celui de sa femme ! 
Emmeline Pethick Lawrence fit six fois de la prison en raison de ses activités avec le WSPU.
Dans son livre My Part in a Changing World (1938) elle écrit : "When the morning newspaper brought the unexpected news of my first arrest in the Suffrage Movement, my father reacted to it in precisely the same way as I should have reacted had our positions been reversed. He was proud that a child of his hand not hesitated to make a stand for the extension of democratic liberty."
"Lorsque le journal du matin a rapporté la nouvelle inattendue de ma première arrestation pour le mouvement des suffragistes, mon père a réagi exactement de la même manière que je l'aurais fait si j'avais été à sa place. Il fut fier qu'un enfant venant de lui n'ait pas hésité à prendre position pour l'extension de la liberté démocratique".

jeudi 22 août 2013

Emmeline Pankhurst, mère des suffragistes

Emmeline Pankhurst est pour ainsi dire considérée comme la mère des suffragistes. À l'âge de 14 ans déjà, elle milite pour le droit de vote des femmes depuis son école de filles de Neuilly sur Seine près de Paris avant de fonder une association pour le droit des votes des femmes à Londres en Angleterre.

En réalité de l'autre côté de l'Atlantique, Elizabeth Cady Stanton avait déjà fondé la "National Woman Suffrage Assocation". Malheureusement morte en 1902, elle n'aura pas vu l'aboutissement de son combat poursuivit par l'anglaise Emmeline Pankhurst et parallèlement l'américaine Alice Paul aux États-Unis.


"En 1999 le Time a nommé Emmeline Pankhurst comme étant l'une des 100 Personnalités les Plus importantes du XXe siècle ; « elle a donné un idéal aux femmes de notre temps ; elle a fait trembler la société vers un nouveau destin qui ne pourrait avoir aucun retournement. » Elle a été largement critiquée pour sa tactique militante et les HIStoRIENs sont en désaccord sur leur efficacité, mais son action est reconnue comme un élément crucial pour l'obtention du droit de vote pour les femmes en Grande-Bretagne" (tiré de Wikipédia).

En effet, elle organisait des actions offensives comme de s'enchaîner aux lampadaires, provoquer des incendies dans des immeubles, faire la grève de la faim ou bien encore couper les fils des télégraphes.
C'est elle qui fut derrière l'attentat à la bombe (posée par Emily Davison) dans la résidence du chancelier David Lloyd Georges. Elle prit 3 ans ferme. S'en suivit une avalanche d'actions similaires de la part des autres militantes. Elles jetèrent par exemple du poivre et un chat mort sur le premier ministre Herbert Asquith mais perpétrèrent aussi d'autres attentats à la bombe et d'autres incendies dans tout le pays. On parla de Reign of Terror (règne de la terreur)..
Emmeline fut libérée l'année de son emprisonnement pour des raisons de santé dues à sa grève de la faim.
Les actions se poursuivirent à coups de bombes, acide dans les boîtes aux lettres, incendie d'églises pendant lesquels les militantes entonnaient "God save Emmeline Pankhurst".
Le summum fut atteint avec la mort d'Emily Davison qui rentra en collision avec le cheval de George V au derby d'Epson le 4 juin 1913, ce qui fit dire à Emmeline Pankhurst qu'elles forceraient leurs adversaires dans la position de pouvoir leur dire "Donnez-nous notre entière liberté ou tuez-nous".  

S'en suivirent le ballet des grèves de la faim, des nourrissages forcés et des remises en liberté.

Puis Emmeline est arrêtée en voulant remettre une pétition au roi. Elle crie "“Arrested at the gates of the Palace. Tell the King!” (Arrêtée aux portes du palais. Dites-le au roi ". La photo fait la une de tous les journaux et devient l'un des documents les plus importants de l'histoire du féminisme (ou de l'herstoire).
File:Emmeline Pankhurst Arrested 1907-1914.jpg

lundi 29 juillet 2013

Arrêtées, molestées, battues, elles n'avaient pourtant pas les seins nus

AVERTISSEMENT : CE BILLET NE S'ADRESSE PAS AUX JEUNES FEMMES EN MAL DE VOCATIONS SACRIFICIELLES ET D'ACTIONS DIRECTES MAIS AUX FÉMINISTES ANTI-FÉMENISTES comme celle-ci et se veut un PETIT RAPPEL HISTORIQUE à base de photos de suffragettes anglaises prises entre 1903 et 1914. Parmi elles, Emmeline Pankhurst (2e photo en partant du haut) et Edith Bowermann (dernière photo (femme à terre, blessée par des coups de matraque)).



pankhurst.jpg
Photograph:Police officers arrest a “suffragette” who had been protesting for British women's right to vote, outside Buckingham Palace, in London, in 1914.
A Suffragette is Arrested and Escorted by Police in London, May 1906 (b/w photo)


 




Police and Pankhurst Family



Suffragettes vs. police

À force de répression et d'insuccès, le mouvement d'Emmeline Pankhurst se radicalisera et optera pour le vandalisme. E.P. dira : "L'argument de la vitre brisée est le meilleure argument en regard de la politique moderne". Elle exportera le modèle de la combattante pour le suffrage aux États-Unis auprès d'Alice Paul et de Lucy Burns qui crééront l'antenne américaine du mouvement.
Emily Davison posera, entre autres, des fumigènes à la paraffine dans trois boîtes aux lettres, mettra le feu à une corbeille de sciure dans une poste et posera une bombe dans la maison du premier ministre David Lloyd Georges.
De l'autre côté de l'Atlantique, les Américaines ne seront pas en reste.
Si bien qu'après cinq longues années d'assauts suffragistes du mouvement américain pour les droits civiques des femmes, le président des États-Unis,Woodrow Wilson, finira enfin par être favorable à un amendement qui accorderait aux Américaines le droit de vote et prononcera cet étonnant discours féministe devant le sénat :

"Devons-nous seulement demander à nos femmes, et prendre tout ce qu'elles peuvent donner en service et en sacrifice, tout en continuant à affirmer que nous ne voyons pas quel droit cela leur confère pour se joindre à nous et veiller aux affaires de la nation ainsi qu'aux nôtres ? Dans cette guerre [la première guerre mondiale où les femmes ont remplacé les hommes dans les usines entre autres "services rendus à la nation"], nous avons fait de nos femmes nos partenaires ; devons nous les accepter seulement dans un partage de la souffrance, du sacrifice et du labeur et leur refuser le partage du privilège et du droit ?"

Mais le sénat restera insensible à ces paroles et attendra encore un an avant de voter l'amendement (à une majorité d'une seule voix) le 4 juin 1919. On se rappelle que le 4 juin fut également le jour où Emily Davison fut tuée par une collision avec le cheval du roi Georges V).

Les femmes qui menèrent le combat pour le droit de vote des femmes ne manifestaient pas les seins nus car il n'en était encore nul besoin pour être visible aux yeux de la presse et pourtant elles n'ont pas été mieux traitées que leurs arrière-arrière-petites-filles, les Femen. D'ailleurs, il me semble que pour la visibilité/audibilité, ce soit les seins nus ou la vitre brisée, pas les deux*.
Et en attendant que nous ayons à mettre nos slogans sur nos fesses pour ne pas être maintenues dans l'ombre du foot, du pape, de la guerre (israélo-palestinienne, syro-syrienne, égypto-égyptienne, etc, au choix), du bébé des Windsor, et autres glorifications virilo-virilistes habituelles (pendant que la banquise du pôle Nord fond, la centrale de Fukushima fuit, un défenseur des tortues est assassiné, infos quand même nettement plus urgentes à communiquer) soutenons les femmes en lutte contre le patriarcat mortifère : Sacha, Oksana et Alexandra, les Pussy Riot, Amina et leurs ami.e.s emprisonné.e.s, tabassé.e.s ou simplement intimidé.e.s.

L'argument du maintien de LEUR ordre est leur seul argument.

Le droit de vote fut cédé par eux à force d'usure et à la condition (cachée) que nous ne leur laissions le pouvoir. Maintenant, nous ne voulons plus de leur autorité appuyée par les "hauts dignitaires" de leurs religions phallocentrées. Il faudra qu'ils le comprennent également.


Concernant le combat pour le suffrage et le cinéma, je suis tombée par hasard sur ce film de 1949 "Adventure in Baltimore" traduit voluptueusement en frenchy par "Un délicieux scandale", film qui bien sûr, se sert des suffragettes pour alimenter les fantasmes sexuels masculins. Car de la sorcière à la suffragette, tout est bon pour alimenter les fantasmes sexuels de ces messieurs. Les Femen n'y sont pas pour grand chose et se mettre nue ou non n'y change(ra) rien. La preuve :
A propos du personnage qu'est censée jouer Shirley Temple ici, il y a bien eu une suffragette peintre : Louise Jopling (1843-1933), mais, bien entendu, cette grande artiste fut sans rapport avec la petite fille gâtée mettant en danger la gloire de la mâlitude de cette stupide comédie américaine.


 *Aujourd'hui le vandalisme a des fins politiques est tout bonnement assimilé à du terrorisme et est beaucoup plus réprimé que dans les années 1900/1910. Il n'est pas étonnant alors que les seins nus le remplacent.

vendredi 26 juillet 2013

Habillées ou nues, le combat continue !

Femmes du mouvement Femen, Ottawa juillet 2013, manifestant pour que Nathalie Morin retenue en Arabie Saoudite contre son gré puisse rentrer chez elle.


Photograph of Mary Winsor, standing outside, holding a banner that reads: "To Ask Freedom for Women is Not a Crime. Suffrage Prisoners Should Not be Treated as Criminals."
Mary Winsor, of Haverford devant la prison d'Occoquan en Virginie, septembre 1917, manifestant pour la libération des suffragistes Alice Paul et Lucy Burns, entre autres, ou du moins pour un traitement humain des mêmes.

dimanche 21 juillet 2013

D'Alice Paul à Amina, cent ans déjà...

À l'heure où Amina Tyler, emprisonnée pour avoir revendiqué son appartenance au mouvement féministe international Femen, doit se plier au Ramadan qu'elle le veuille ou non, souvenons-nous des peines infligées dans les années 1910 aux suffragistes anglaises et américaines qui pourtant NE réclamaient RIEN QU' un droit citoyen de base : celui de voter !
Il faut d'abord savoir que le droit de vote des femmes existait déjà dans certains états d'Amérique avant 1786, date à laquelle il fut aboli !

L'une des grandes figures de l'époque où ce droit revint à l'ordre du jour dans les revendications des femmes, fut, aux côtés de son amie Lucy Burns, Alice Paul.


Alice Paul, (1885-1977), a consacré sa vie à la cause des femmes, à faire reconnaitre leurs droits. Elle est née de parents quakers, or l'un des principes fondateurs des quakers est l'égalité des deux sexes. Aussi Alice considéra-t-elle toujours cette égalité comme allant de soi et lutta toute sa vie pour la faire passer dans les faits.
Elle suivit des études de droit et de biologie, et obtint un doctorat en droit civil en 1928. Mais auparavant, elle s'était rendue en Angleterre, avait travaillé avec les suffragettes britanniques Emmeline Pankhurst et ses filles, qui avaient choisi d'attirer l'attention des médias par des actions d'éclats afin de faire entendre leur voix sur l'injustice que représente le fait de ne pas avoir le droit de vote simplement parce qu'on est une femme. Alice participa à leurs actions et fut emprisonnée à plusieurs reprises. Elle rapporta ce même esprit militant aux Etats-Unis quand elle y revint en 1910. A cette époque, la Nouvelle Zélande, l'Australe, la Finlande avaient déjà accordé le droit de vote aux femmes.
En 1913, Alice Paul organisa une parade des suffragettes dans Pennsylvania Avenue à Washington ; les femmes qui défilaient pacifiquement furent agressée par une foule masculine tandis que la police laissait faire. Après des piquets de protestation devant la Maison Blanche pendant des mois, des arrestations, une grève de la faim, un nourrissage de force, le président Wilson finit par céder sous la pression de l'opinion publique et demanda au Sénat en 1918 d'accorder le droit de vote aux femmes par le 19 ème amendement à la constitution, ce droit fut entériné de justesse (à une voix près) par l'Assemblée le 26 aout 1919, jour qui est célébré aux Etats-unis comme le jour de l'égalité des femmes.
Après cette victoire, Alice Paul poursuivit son combat pour le vote d'un amendement intitulé l'amendement pour les droits égaux (The equal rights amendement) qui, à ce jour, n'a toujours pas été adopté au niveau national, mais a été adopté au niveau de nombreux états.
Après avoir décroché ses diplômes universitaires, Alice Paul poursuivit son combat et créa en 1938 le World Woman's Party (WWP) pour travailler avec la société des Nations sur l'égalité des droits des femmes dans le monde. Après la guerre, elle demanda la création aux Nations Unis d'une commission sur les droits des femmes.
Elle montra un courage, une détermination et une abnégation à son combat qui forcent l'admiration.
Arrêtée en 1917, Alice Paul restera 7 mois en prison
Elle est la figure principale du film "Volonté de fer" (quelle traduction de titre ! Et pourquoi pas "Dames de fer" tant qu'on y est ?). À VOIR TOUT PARTICULIÈREMENT LA SCÈNE OÙ ELLE SUBIT LE GAVAGE FORCÉ AFIN DE SE DONNER UNE IDÉE DE CE QU'ILS SONT CAPABLES DE FAIRE PLUTÔT QUE DE NOUS ACCORDER LES MÊMES DROITS QU'ILS SE SONT OCTROYÉS GRATUITEMENT À EUX-MÊMES. Et ayons une pensée pour Amina en visionnant cette scène. (Comme je ne suis pas sûre que la scène soit visible sur ce billet, je donne le lien).
Une bonne vidéo en anglais sur Alice Paul ici.

vendredi 19 juillet 2013

Debout

Lucy Burns addresses a crowd La suffragiste Lucy Burns, debout.
 
La suffragiste Lucy Burns, à bord d'un aéroplane, s'apprêtant à déverser des tracts en faveur du vote des femmes sur la ville de Seattle. Pour l'anecdote : la bannière de l'Union Congressionnel pour le suffrage des femmes qu'elle porte en bandoulière va s'envoler et atterrir sur le toit d'une maison. 
File:Lucy Burns in Occoquan Workhouse.jpg
La suffragiste Lucy Burns en prison.

Après l'avoir arrêtée trois fois pour être restée debout à protester (avoir fait le piquet) devant la Maison Blanche (occupée à l'époque par Woodrow Wilson) afin d'obtenir le droit de vote pour les femmes, on
tenta de la dissuader de recommencer en la torturant. Elle fut laissée sans soin, battue et ses mains enchainées au-dessus d’elle aux barreaux de sa cellule. Elle passa toute une nuit pendue ainsi, en sang, et au bord de l’étouffement.
Après quoi elle refusa pendant trois jours de manger. Les gardiens essayèrent de lui faire ingurgiter du poulet frit. Elle déclara aux autres femmes : "“I think this riotous feast which has just passed our doors is the last effort of the institution to dislodge all of us who can be dislodged. They think there is nothing in our souls above fried chicken.”(...) Je crois qu'il n'y a rien d'autre dans leur âme que du poulet frit".
On la sépara des autres femmes et pratiqua sur elle, sur ordre de Woodrow Wilson qui ne voulait pas que la cause des femmes fasse des mortes, le nourrissage forcé. Cinq personnes durent s'y mettre pour contraindre Lucy Burns à manger, raconte l'historienne Eleanor Cliff, et comme elle n'ouvrait pas la bouche, on lui administra la nourriture par le nez.

Lucy Burns détint le record des suffragettes emprisonnées. Aucune d'entre elles ne fut aussi longtemps incarcérée.

Dans l'hymne du MLF, il est dit aux femmes de se mettre debout. Mais ce n'est pas sans danger comme nous l'apprends l'herstoire.
Iron Jawed Angels dont voici la B.A. est un film de Katja von Garnier sur cet épisode (la lutte pour le 19e amendement de la constitution américaine) autour de la personnalité d'Alice Paul, une amie de Lucy Burns emprisonnée en même temps qu'elle. L'actrice Frances O'Connor joue le rôle de Lucy Burns.
Il existe une version allemande de ce film archi primé (dont la réalisatrice est allemande) intitulée : Alice Paul – Der Weg ins Licht (Alice Paul - Le chemin vers la lumière). En France, on n'a pas daigné le montrer....heu, ah si, mais sous le titre "Volonté de fer". On peut le voir en streaming. Il n'y a pas de B.A. en v.o.s.t. sur youtube, par contre.

samedi 13 juillet 2013

Notre 14 juillet devrait être le 4 juin


Je viens de lire une très belle bio de Emily Davison dans le magazine féministe allemand Emma mais je n'ai pas le temps de la traduire. Heureusement, à l'occasion du centenaire de sa mort, le 4 juin 1913, un journaliste de Mediapart a fait un article sur elle. J'ai juste remplacé un paragraphe (et quelques bouts de phrases par ci par là), après avoir copier/coller l'article, afin qu'il ressemble un peu plus à celui d'Emma que je trouve bien meilleur. Néanmoins, merci à Jean-Louis Legalery pour ses efforts pro-féministes.
D'ailleurs, au sujet des hommes qui veulent être nos alliés, un excellent article de Hypathie est à lire ici.

Emily Davison, martyre de la cause féministe (le vrai titre était Emily Davison, pionnière de l'égalité mais je l'ai changé).

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Photo Hulton Archive/Getty images.
Le 4 juin 1913, il y a cent ans, lors du célèbre Derby d’Epsom, traditionnelle et annuelle course hippique de plat, dans le Surrey, dans laquelle la famille royale engageait toujours un cheval, reconnaissable au fait qu’il n’arborait pas de couleurs attachées à la selle, une femme sortit de la foule, dans la courbe de Tattenham Corner, et fut heurtée violemment par Anmer, le royal équidé. Jusqu’à un passé récent l’histoire britannique a fait passer cet événement tantôt pour le geste d’une déséquilibrée, tantôt pour le suicide d’une désespérée. Il est désormais avéré que ce n’est ni l’un ni l’autre. La jeune femme s’appelait Emily Wilding Davison. Elle avait quarante ans et était militante du WSPU, Women’s Social and Political Union et elle voulait accrocher à la selle d’Anmer un ruban aux couleurs du WSPU pour promouvoir le droit de vote des femmes, mais préjugea tragiquement de la vitesse du cheval lancé au galop.

La suite est connue. Elle fut conduite inconsciente à l’hôpital d’Epsom où elle mourut de ses blessures quatre jours plus tard, aux confins d’un anonymat que l’establishment tenta de créer à travers la mise en scène d’un fait divers. Mais, lorsque sa dépouille fut ramenée en train jusqu’à sa ville natale de Morpeth, dans le Northumberland, au nord-est du Royaume-Uni, comme l’a raconté Val McDermid dans le Guardian du 31 mai, des milliers de gens attendaient à la gare pour lui rendre hommage, preuve d’une popularité extraordinaire. Emily Davison, issue d’un milieu modeste et d'une famille nombreuse, avait obtenu une bourse pour aller étudier la littérature et les langues, dites modernes à l’époque, en 1891 au Royal Holloway College, à l’âge de 19 ans. Mais le décès de son père la contraignit à abandonner, en raison des frais d’inscription trop élevés que sa mère ne pouvait assumer. Elle devint gouvernante, pour subvenir à ses besoins, puis enseignante et économisa suffisamment d’argent pour reprendre ses études supérieures au St Hugh’s College d’Oxford. Cependant les femmes n’étaient pas autorisées à obtenir les mêmes diplômes que les hommes, elle obtint néanmoins les plus hautes distinctions dans chacune des matières préparées.

[Elle] adhér[a] au WSPU, créé par Emeline Pankhurst. Les nombreuses demandes de cet organisme envoyées au gouvernement pour obtenir le droit de vote des femmes obtinrent systématiquement une fin de non recevoir. Les femmes devaient garder le même statut que les enfants, les handicapés mentaux et les fous. Alors Emily Davison décréta qu'il fallait passer aux actes et se radicalisa à chacune de ses actions consistant, par exemple, en jets de pierres et incendies contre les élus qui faisaient obstruction au droit de vote pour les femmes. Elle fut emprisonnée à plusieurs reprises car, à chaque incarcération, elle commençait une grève de la faim qui la faisait libérer, et, une fois qu’elle avait repris des forces, elle était à nouveau incarcérée. L’exploit qui scella sa notoriété eut lieu au soir du recensement national, le 2 avril 1911. Elle s’enferma dans un placard à balais de la chambre des communes, y passa la nuit et indiqua comme adresse, sur la feuille de recensement, the House of Commons. En 1999, le ministre travailliste Tony Benn, qui devint le plus jeune élu, en 1950, en remportant la circonscription de South Gloucestershire, rendit hommage  à Emily Davison et aux suffragettes. en posant une plaque commémorative à leur noms.
(...)
 Le droit de vote fut octroyé [par la suite] aux femmes, victoire posthume d’Emily Davison, dont la devise était deeds not words, des actes pas des mots.
A voir ici les trois vidéos rétrospectives de British Pathé :
http://www.youtube.com/watch?v=fJBdPFfnZHU
http://www.youtube.com/watch?v=siZ1rcIECdk
http://www.youtube.com/watch?v=-G4fJ9I_wQg

Le féminisme a sa martyre. Nous devrions commémorer chaque année la mort d'Emily Davison.
Ce serait notre 14 juillet à nous car celui des hommes ne compte pas. Pour LEUR révolution, ils se sont juste servis de nous. Et quand nous avons réclamé le droit de vote, ils nous ont décapité en la personne d'Olympe de Gouges ainsi que d'autres peut-être dont nous ne savons plus rien puisqu'ils effacent notre mémoire.

Et à propos des actes (pas des mots) : voir la vidéo ici (chez Emelire) des féministes solidaires d'Amina Tyler, devant la préfecture de Toulouse, venues demander sa libération et qui n'ont pas hésité à faire un sitting torse nu pour faire relâcher la Femen toulousaine embarquée par la police pour exhibition sexuelle (sic). Oui, Deeds not words, telle devrait être aussi notre devise !

mardi 12 mars 2013

Les hommes ont toute l'autorité / Contre raison et contre l'équité

Extraits de vers féministes de "Mes Dames des Roches de Poitiers" (mère et fille), Paris, 1578.

Epître à ma fille (de Madeleine des Roches ; extrait) :

Les anciens amateurs de savoir,
Disaient qu'à Dieu faut rendre le devoir,
Puis au pays, et le tiers au lignage.
Les induisant a force de courage,
Soit quelques fois pour souffrir passion,
Soit pour dompter la force affection.
Au Seigneur Dieu je porte révérence,
Pour mon pays, je n'ai point de puissance,
Les hommes ont toute l'autorité
Contre raison et contre l'équité

(...)

Ode 1

(...)

Nos parents ont de louables coutumes,
Pour nous tollir l'usage de raison,
De nous tenir close dans la maison
Et nous donner le fuseau pour la plume.

Traçant nos pas selon la destinée
On nous promet liberté et plaisir :
Et nous payons l'obstiné déplaisir
Portant le dot sous les lois d'hyménée.

Bient tôt après survient une misère
Qui naît en nous d'un désir mutuel
Accompagné d'un soin continuel
Qui suit toujours l'entraille de la mère.

Il faut soudain que nous changions l'office
Qui nous pouvait quelque peu façonner
Où les maris ne nous feront sonner
Que l'obéir, le soin et l'avarice. 

(...)

Mon Dieu, mon Dieu, combien de tolérance,
Que je ne veux ici ramentevoir !
Il me suffit aux hommes faire voir
Combien leurs lois nous font violence,


(...)

Pour  supporter les maux de notre vie,
Dieu nous fit part de l'intellect puissant
Pour le réduire à l'intellect agent
Malgré la mort, la fortune et l'envie.


CHANSON DES AMAZONES (Catherine des Roches, Paris, 1579)

Nous faisons la guerre
Aux Rois de la terre
Bravant les plus glorieux,
Par notre prudence
Et notre vaillance,
Nous commandons en maints lieux,
Domptant les efforts
Des plus hardis et forts
D'un bras victorieux.

Nous chassons les vices
Par les exercices
Que la vertu nous apprend :
Fuyant comme peste
Le brandon moleste
Qui autour du coeur prend :
Car la pureté
De notre chasteté
Pour jamais le défend.

Nous tenons les hommes
Des lieux où nous sommes
Tous empêchés à filer  :
Leur lâche courage
D'un plus bel ouvrage
N'est digne de se mêler :
Si quelqu'un de vous
S'en fâche contre nous
Qu'il vienne quereller.

 Proteste gegen NPD-Saalveranstaltung

(Source : "Le Miroir des Femmes, roman, conte, théâtre, poésie au XVIe siècle", Luce Guillerm, Jean-Pierre Guillerm, Laurence Hordoir, Mare-Françoise Piéjus, presses universitaires de Lille, 1984.
Photo : manif contre le parti d'extrême-droite allemand NPD à Berlin-Neukölln le 16.2.2013. Autres photos ici).

mercredi 16 janvier 2013

Les "sorcières" sont recyclables ou comment agrémenter ses loisirs avec d'anciennes martyres


 Ce que nous dit Wikipédia (fr.) de la "sorcière" Anne de Chantraine :

1.Anne de Chantraine (1605 - 17 octobre 1622) est l'une des nombreuses femmes à avoir été accusée de sorcellerie et brûlée pendant la grande chasse aux sorcières du XVIIe siècle. À l'âge de 17 ans, elle est brûlée soit à Waret-la-Chaussée, à Liège, ou en France.

2.Anne de Chantraine est un personnage "jouable" dans Atmosfear, une série de jeux de société interactifs. Elle apparaît comme une sorcière dans presque toutes les versions du jeu, sauf deux, et préside la troisième version du jeu.

Wikipédia (en.) nous donne quelques précisions :

Son père, semi-vagabond, buvait, voulait la mettre au couvent à l'adolescence, elle s'est battue...

Quant au jeu, dans lequel Anne de Chantraine est "playable", il s'appelle cette fois Nightmare/Atmosfear


Voilà le jeu (on peut aussi voir le film du jeu sur youtube) :





Anne de Chatraine apparaît au début dans toute sa beauté d'adolescente de 17 ans puis devient de plus en plus laide et inquiétante puis finit par grogner comme un cochon. À la fin, elle ressemble à la sorcière de Blanche-Neige version Disney mais plus adulte et en relief avec la peau verte.
L'intitulé du jeu est "La Sorcière".
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Sur ce blog on en apprend vaguement plus sur la jeune fille recyclée si sinistrement, il paraît que son seul crime fut d'être rousse.

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On la trouve encore sur le web dans un Quizz intitulé "20 questions de culture générale" (sic)

Question :

Q9. Qui était la 'Comtesse sanglante', qui prenait des bains de sang pour rester éternellement jeune ?
 
   
   
   












LE MARTYRE D'INNOCENTES FEMMES PAR SON GROUPE SOCIAL À UNE ÉPOQUE DONNÉE PROFITE À LA DISTRACTION DES DÉSOEUVRÉS D'AUJOURD'HUI.

Abject....non ?

mercredi 7 novembre 2012

La justice et les femmes, historiquement parlant 2 (actualisé)

On sait que le médecin allemand Jean Wier fut un opposant farouche aux chasses aux sorcières. Le juriste francais Jean Bodin en était un partisan acharné et après avoir lu le livre de Wier écrivit ceci :

Wier calomiant cet article de la loi de Dieu (que la Sorcière meure soudain, Exode 22) n'a pas pris garde pourquoi la loi n'a pas dit le sorcier : car ce n'est pas épargner les sorciers ni les médecins et apothicaires, s'ils empoisonnent, et qui s'entendent beaucoup mieux aux poisons, que non pas les femmes : mais la loi de Dieu a voulu montrer que les hommes sont moins infectés de cette maladie et que pour un homme, il y a cinquante femmes, comme il est dit au proverbe hébreu : plus de femmes, plus de sorciers, c'est à dire merob naschim : merod Ih eschapim. C'est pourquoi Pline dit que les femmes sont excellentes en sorcelleries, c'est à dire, Feminarum scientam in veneficio praevalere : ce qu'il n'entend pas par poison, car il met pour exemple Circé, qui changeait les hommes en bête, ce que tous les poisons du monde ne sauraient faire. Aussi Quintilien (in Declamatio) dit, que la présomption est plus grande que la femme soit sorcière que l'homme, plutôt voleur que la femme : Latrocinium in viro facilius, veneficium in foemina credam. Qu'on lise les livres de tous ceux qui ont écrit des sorciers, il se trouvera cinquante femmes sorcières, ou bien démoniaques, pour un homme, comme j'ai remarqué ci-devant. Ce qui advient, non pas pour pour la fragilité du sexe à mon avis : car nous voyons une opiniâtreté indoutable en la plus part, et qu'elles sont bien souvent plus constantes à souffir la question que les hommes, comme il fut éprouvé en la conjuration de Néron (Tacitus, lib. 14), et après la mort d'Hippias tyran d'Athènes, que les femmes se tranchaient la langue pour ôter toute espérance de tirer la vérité. Et de plusieurs femmes martyres, il y aurait plus d'apparence de dire, que c'est la force de la cupidité bestiale, qui a réduit la femme à l'extrémité pour jouir de ses appétits, ou pour se venger. Et semble que pour cette cause Platon met la femme entre l'homme et la bête brute. Car on voit les parties viscérales plus grandes aux femmes qu'aux hommes, qui n'ont pas les cupidités si violentes : et au contraire les têtes des hommes sont plus grosses de beaucoup, et par conséquent ils ont plus de cerveau et de prudence que les femmes. Ce que les poètes ont figuré, quand ils ont dit que Pallas déesse de sagesse était née du cerveau de Jupiter, et qu'elle n'avait point de mère : pour montrer que la sagesse ne vint jamais des femmes, qui approchent plus de la nature des bêtes brutes. Joint aussi que Satan s'adresse premièrement à la femme, par laquelle l'homme fut séduit. D'avantage je tiens que Dieu a voulu ranger et affaiblir Satan, lui donnant puissance ordinairement et premièrement sur les créatures moins dignes, comme sur les serpents, sur les mouches, et autres bêtes brutes plutôt que sur le genre humain : et sur les femmes plutôt que sur les hommes, et sur les hommes qui vivent en bête plutôt que sur les autres. Joint aussi que Satan par le moyen des femmes attire les maris et les enfants à sa cordelle. Et par ainsi la résolution de la loi de Dieu demeurera, que la sorcière soudain doit être mise à mort, et la calomnie de Wier contre la loi de Dieu et des Magistrats exécutant son mandement sera rejetée. Car Wier est d'accord (lib.2, c.4 et lib.4, c.14 et lib.5, c..9 De praestigiis et saepe alibi) que les sorcières ont communication et paction avec les diables, et qu'elles font beaucoup de méchancetés à l'aide du diable, et néanmoins au livre De Lamiis, il dit tantôt qu'il n'y faut pas croire la confession des sorcières, et qu'elles s'abusent de penser faire ce qu'elles disent, et que c'est la maladie mélancolique qui les tient. Voilà la couverture que les ignorants ou les Sorciers ont prise, por faire évader leurs semblables, et accroître le règne de Satan. Par ci devant ceux qui ont dit que c'était la mélancolie, ne pensaient pas qu'il y eut des Démons, ni peut être qu'il y  eut des Anges, ni Dieu quelconque. Mais tremblent sous sa puissance, ainsi que nous lisons en l'Écriture, (Epistolae Jacobi 2) il confesse aussi par tous ses écrits qu'il y a de bons et malins esprits, qui ont intelligence et paction avec les hommes. Il ne fallait donc pas attribuer les transports des sorciers, leurs maléfices, et actions étranges à la mélancolie et beaucoup moins faire les femmes mélancoliques vu que l'antiquité a remarqué pour chose étrange que jamais femme ne mourut de mélancolie, ni l'homme de joie, ainsi au contraire plusieurs femmes meurent de joie extrême (Pline, Lib.7, Valere Max., Solin.) et puis Wier est médecin, il ne peut ignorer que l'humeur de la femme ne soit directement contraire à la mélancolie aduste(?), dont la fureur procède, soit qu'elle vienne à bile flava adusta, aut a succo melancholico, comme les médecins demeurent d'accord. Car l'un et l'autre procède d'une chaleur et sécheresse excessive, comme dit Galien au livre De atra bile. Or les femmes naturellement sont froides et humides, comme dit le même auteur, et tous les Grecs, Latins et Arabes s'accordent sur ce point ici. Et pour cette cause Galien (In libro de atra bile) dit aussi que l'homme étant d'un tempérament chaud et sec, en région chaude et sèche, et en été tombe en la maladie mélancolique, et néanmoins Olaus le grand, Gaspar Peucerus, Saxo grammaticus, et Wier même est d'accord avec tous les inquisiteurs d'Allemagne, que sous la région arctique, où la mer glace, et en Allemagne, Alpes et de Savoie tout est plein de sorcières. Or, il est certain que les peuples de septentrion, tiennent aussi peu de la mélancolie que les peuples d'Afrique de la pituite (...) 

On remarquera qu'il s'agit là d'une véritable caricature de tout ce que l'on peut lire aujourd'hui comme stupidités appuyés d'arguments scientifiques et de citations de grands hommes.
Ici il s'agit d'argumenter en faveur du meurtre de femmes. D'ailleurs il ne distingue à aucun moment les femmes des sorcières.
De plus on voit que Bodin insinue perfidement que Wier serait lui-même un sorcier pour défendre ainsi les sorcières !
 

Il y en a des pages de cet acabit.

Jean Bodin fait partie des "grands hommes" cités dans l'histoire du droit français et qui ont participé activement à son élaboration. Cela ne dérange point ces messieurs les juristes d'aujourd'hui d'honorer la mémoire d'un tel partisan de la persécution d'on ne sait combien de femmes dans son siècle ainsi que dans les siècles suivants. Que l'on ne s'étonne donc guère d'avoir une justice peu zélée sur la question de poursuivre ou non des crimes de type féminicide comme celui des viols en réunion de Fontenay-sous-Bois.

mardi 6 novembre 2012

La justice et les femmes, historiquement parlant

Tandis que la polémique se poursuit à propos du verdict de Cŕeteil (voir ici), je me permets de rappeler que la justice ne s'est jamais montrée particulièrement amie avec les femmes comme on a pu le constater avec les lois iniques édictées contre elles (voir celle de la nouvelle de Boccace racontée ici), et que par le passé, elle a condamné sans état d'âme quantité d'innocentes à la torture et à la mort. On ne s'étonne donc guère qu'elle ait tant de mal à rendre justice aux femmes aujourd'hui.






En cette période où l'on se déguise, entre autres, en sorcières pour fêter (du moins à l'origine) la fin des récoltes dans les champs, il me faut présenter cet intéressant ouvrage daté de 1655 sur la persécution des sorcières en relation avec le commerce du charbon en Angleterre.
Je n'ai pas bien compris pourquoi il fallait massacrer des femmes pour favoriser le trafic du charbon sur la rivière Tine à Newcastle mais toujours est-il que parallèlement à l'essor


Witches being hanged, from Ralph Gardiner, 'England's Grievance Discovered in Relation to the Coal Trade', 1655


de Newcastle-sur-Tine en matière de négoce du charbon, le magistrat de la ville engagea un chasseur de sorcières écossais nommé Hobson qui dénonça comme étant à coup sûr des sorcières 30 femmes parmi lesquelles furent exécutées les personnes suivantes (dont les noms originaux sont sur cette page-ci) : Matthew Bulmer, Elizabeth Anderson, Jane Hutter, Mary Pots, Alice Hume, Elianor Rogerson, Margaret Muffet, Margaret Maddison, Elizabeth Brown, Margaret Brown, Jane Copeland, Ann Watson, Elianor Henderson, Elizabeth Dobson et Katherine Coultor. Elles n'ont rien confessé et ont toujours clamé leur innocence mais ces pauvres femmes qui n'avaient rien fait, ont été pendues après des épreuves épouvantables censées les confondre comme sorcières, juste sur la dénonciation de ce criminel qui fut ensuite exécuté en Écosse pour avoir touché de l'argent dans toute l'Angleterre et envoyé ainsi 220 femmes en tout à la potence. Mais les vrais coupables, ce sont d'une part ces fonctionnaires publiques qui ont embauché ce genre de personne pour faire un commerce de la persécution des femmes et la justice masculine qui n'a de juste que le nom. Aujourd'hui comme hier.

Le chasseur de sorcières a touché 20 shillings par femme à Newcastle et 3 livres dans le Northumberland. 

Pour celleux qui veulent en savoir plus, tout le texte en anglais est ici.

Ajout : je viens de lire le dernier commentaire de coup de grisou sur mon billet concernant le verdict de Créteil et je trouve que ce post-ci illustre bien l'idée que l'actualité (la justice aussi d'après moi) obéit à la fantasmagorie du moment.

jeudi 23 août 2012

Catherine Boyraionne, Barbe Dorée, Marie Chorropique, Jeanne Harvilliers, Alexine Drigée, Françoise Secrétain, Anthoina Tornier et les autres.

sont des sorcières autrefois brûlées.

Géographie de la "sorcellerie" dans l'ancien temps : surtout le Nord, La Lorraine, l'Est, le Languedoc et le Sud-Ouest. Selon R. Muchembled, le centre de la France était bien tenu en main par la royauté, ainsi le pouvoir devait être étendu où il ne se trouvait pas encore : dans la périphérie du royaume. Les persécutions devaient servir à faire comprendre aux populations QUI dirigeait le pays. Devant les résistances rencontrées, la procédure démonologique aidait les administrateurs à fabriquer des coupables ; en ce sens, la sorcière était devenue un bouc émissaire dont le supplice devait empêcher les adversaires du pouvoir central à persévérer dans leur indiscipline. La chasse aux sorcières a permis de cristalliser sur les sectateurs du démon la notion de déviance par rapport aux normes sociales nouvelles que l'on voulait instaurer. Les élites culturelles imposaient, par le biais des bûchers, le respect de ces normes. Les paysans se savaient coupables de pratiquer parfois des rites de guérison et de protection défendus, ainsi, pour ne pas être accusés de sorcellerie, ils s'efforcaient de se différencier des sorciers et une atmosphère d'inquiétude permanente pesait sur les villages.

Les persécutions concernaient surtout les femmes : 82% des accusés dans le Nord. En tant que filles d'Eve, elles représentaient celles à cause de qui la mort était entrée au monde. Les élites de l'époque craignaient les femmes et notamment leur activité sexuelle supposée ; de ce fait les procès de sorcellerie avaient une dimension sexuelle très importante, les juges tentaient toujours de faire avouer aux suspects la copulation satanique dans ses moindres détails : le " sexe du démon était froid et faisait froid à l'intérieur".
Sur 155 cas étudiés, 105 se sont avérés être des femmes dont 32 de plus de 50 ans alors que 7 suspectes seulement avaient moins de 20 ans, une enfant de 8 ans et 2 adolescentes de 13 ou 14 ans.
Les magistrats étaient hantés par l'idée de la sexualité, de la mort et de la décrépitude, c'est pourquoi, la sorcellerie unissait, ici, les thèmes du diable, de la vieillesse féminine et du meurtre. Or les vieilles femmes étaient les dépositaires privilégiés des croyances populaires, elles transmettaient les connaissances et recettes anciennes lors des veillées villageoises, ou directement aux enfants des deux sexes qui leur étaient confiés durant les premières années de leur vie. Les chasseurs de sorcières voulaient surtout exterminer ces vieilles femmes qui pouvaient nuire au développement du christianisme épuré. Les sorcières étaient considérées par les élites culturelles et sociales comme des reliques anachroniques d'un temps païen ainsi que des freins à la diffusion de l'orthodoxie et de la morale nouvelle, et pour finir comme des concurrentes de tous ceux qui cherchaient à modifier la culture populaire traditionnelle. Le mouvement de la chasse aux sorcières venait du "haut", et était entretenu par la théorie démonologique mais diffusé grâce à une partie des ruraux qui adhérait à la persécution.

Ceci est un extrait résumé de la thèse de Karine Mrugala portant sur le livre de Robert Muchembled "La sorcière au village XVe-XVIIIe siècle" (Gallimard/Juillard 1991).




Aujourd'hui, les vieilles femmes ne peuvent plus transmettre de connaissances anciennes dans un monde où l'industrie technoscientifique impose sans relâche de nouvelles normes de société. D'autre part, elles sont, incessamment sollicitées par les médias pour se prêter à la course à la jeunesse éternelle et sont sommées de faire l'effort de ne jamais paraître vieille ou le moins possible. Si elles se retrouvent parquées dans un asile pour vieillards, c'est qu'elles auront échoué.

Là où, dans l'Ancien Régime on eut recours à un prétendu "commerce avec Satan" pour arracher aux peuples "coupables" leurs traditions ancestrales, pour satisfaire à l'économie de marché mondialisée, le XXe siècle a pu éradiquer au moyen de la télé, du cinéma, de la pub et des médias ce qu'il restait de savoirs, de coutumes populaires et de patois régionaux de ces temps-là . 

 
Et en 2010 comme en 2012, les "nouveaux" boucs émissaires de la résistance qui durcit contre cette économie mondiale chaque jour plus catastrophique pour la planète entière, sont, quel hasard !, les tsiganes (ou Rroms) réfractaires à la sacro-sainte "intégration". Ne songez donc pas à vivre dans une roulotte en vous passant du fratas technoscientifique obligatoire sans quoi on brûlera...vos affaires. On a compris entre temps que démunir entièrement les gens était plus sournois donc plus efficace que de les tuer. 

C'est Victor Hugo qui nous salue.
Retour à la case de l'innocente Esmeralda qui n'a rien fait que d'être libre ce pourquoi elle doit finir pendue comme sorcière dans le roman "Notre-Dame de Paris".

(Quant aux Pussy Riots accusées de pousser des cris "contre nature" dans une église, elles ont bien entendu le grand tort de ne pas s'appeller les "Dick Riots", on l'avait compris).


jeudi 31 mai 2012

Encore un film que vous ne verrez pas à Cannes

Bon, finalement, après le festival le plus nul du monde, mon film préféré que je réalise moi-même, c'est moi en train de sortir du métro pris par la caméra de surveillance du quai de ma station. Je le visionne tous les jours sur l'écran de contrôle et je dois dire que je ne m'en lasse pas.
Il a quelque chose de Haneke mais l'héroïne est une femme autonome sans qui que se soit en train de lui servir de béquille car elle n'est ni accompagnée de bobon (masculin de bobonne) ni de maman et pourtant elle ne va pas se faire égorger au prochain coin de rue puisqu'on la revoit chaque jour.
C'est du Haneke version féministe.
Mais montrer les femmes de cette facon dans notre société c'est impensable au cinéma, voyons !
C'est pour cela que Frémaux conseillera désormais aux militantes de la Barbe de faire comme moi si elles tiennent absolument à voir un film réalisé par une femme avec sa vision du monde.
Il ne va pas accueillir des femmes autonomes dans un lieu comme Cannes, tout de même ! Ca le salirait.
Non mais vous avez vu une réalisatrice se pavaner avec une belle actrice sur des escalier faisant face à une avenue ensoleillée en bord de mer ombrée de palmiers ? C'est grossier ! Ou pire : une réalisatrice avec un jeune acteur au visage d'ange ? C'est immonde ! C'est pour cela qu'au festival il ne peut y avoir que des réalisatEURS. Seul un homme est fait pour se balader avec une beauté à son bras.
C'est physiologique.
Comme uriner debout.

Pour le cabinet ministériel des Droits des Femmes, pareil. Vous vous imaginez ce qui se passerait si la ministre des Droits des Femmes était entourée de femmes pour s'occuper de femmes ? Comment les hommes sauraient-ils si elles s'occupent bien d'elles-mêmes ?
Seul un homme sait réellement ce qu'est une femme !
C'est une science innée chez lui.
Tandis qu'une femme...mais que peut-elle bien savoir des femmes ?

Bon finalement nous aussi nous avons notre milice saoudienne pour empêcher que les femmes ne deviennent trop autonomes : sauf que chez nous elle se cache dans les cabinets ministériels...



 Et hop ! Encore un film que vous ne verrez pas à Cannes !

Ajout 1er juin - Monologue de l'héroïne :

- Que je sorte de ce centre commercial ?!
- Je vous montrerai qui va sortir du centre commercial !
- Ce ne sont pas vos affaires.
- Pourquoi vous me suivez ?
- Qu'est ce que vous me voulez ?
- Le gouvernement ne vous a pas envoyé pour me suivre.
- Le gouvernement a dit qu'il n'y aurait pas de persécution (de femmes).
- Votre travail est d'informer la population et ensuite de circuler.
- Vous n'avez pas le droit de harceler les gens.
- Assez. Sortez de ce centre commercial. Allez-vous en. Qui va s'en aller ?
- Ce ne sont pas vos affaires.
- Vous ne voyez pas les autres femmes ici qui montrent leurs cheveux - Ce n'est pas votre affaire.
- Je suis libre de mettre du vernis à ongles, si je veux.
- S'il vous plaît, partez. Moi je ne partirai pas. Qu'est ce que vous allez me faire?
- Je ne partirai pas.
. Je ne bougerai pas d'ici. Je ne bougerai pas d'ici.
- Pour votre information, je suis en train de filmer tout ça. Ici. Souriez à la caméra.
- (Aux policiers) vous êtes en mission n'est-ce-pas ? et bien vous avez ici une plainte d'une citoyenne pour harcèlement et peu importe si cela vient du gouvernement officiel ou non.
- Pour votre information, la vidéo est en route pour twitter et facebook pendant que nous parlons.
- Encore un mot de vous et je l'envoie à Abd-Al-Latif Aal Al-Sheik et il vous demandera des comptes.
- Vous n'êtes pas mon chef et vous n'avez pas à me dire de ne pas porter de vernis à ongles.
- Du rouge à lèvres sur ma bouche ? Viens, regarde ma bouche. Honte à toi !
Et il prétend craindre Dieu...
Ne le laisse pas me suivre. J'ai le droit de me balader dans ce centre commercial si je veux.    

(Explication : apparemment le grand mufti d'Arabie Saoudite a demandé que l'on arrête de persécuter les femmes sur des "détails" mais comme partout, on ne perd pas si facilement les "bonnes" habitudes. Cette femme est aujourd'hui activement recherchée par la police, non pas pour s'être défendue mais "pour avoir filmer des gens en public", ce qui serait formellement interdit par la loi islamique).

A propos de l'Arabie saoudite qui (à mon avis) menace chez nous ce qui reste de nos libertés féminines de par l'influence économique de ce pays ultrarichissime en Europe et dans le monde (principe des vases communiquants), cet article de Serge Halimi du Diplo sur l'impunité saoudienne.
Et ici : les conditions de vie des saoudiennes (elles sont soumises à une tutelle masculine permanente).

lundi 23 avril 2012

De Méduse à Ursula la sorcière des mers

Les studios de Walt Disney se sont ingéniés à créer un personnage terrifiant dans le dessin animée Arielle inspiré d'Andersen et pour représenter leur sorcière des mers, ils ont été chercher dans la mythologie grecque la Gorgone Méduse en remplaçant les serpents par des tentacules. Mais savent-ils seulement qui était Méduse et quelles furent ses pouvoirs ?

A l'époque archaïque, on représentait Athéna assise sur un trône, coiffée du polos ayant sur la poitrine l'égide et la tête de Méduse. En 1771, David, comme tous les peintres classiques, représente Athena avec la poitrine ornée de la tête de Méduse.

Homère décrit l'égide ainsi :


« [Athéna] jeta sur ses épaules l'effrayante égide
Aux poils mouvants, où s'étalaient, en un grand rond, Déroute,
Et Discorde et Vaillance et Poursuite glaçant les cœurs,
Elle porte en son centre la tête de Gorgo, ce monstre épouvantable,
Terrible, grimaçant, signe de Zeus le Porte-Égide. »

Selon Euripide l'égide est une cuirasse revêtue de la peau de la Gorgone tuée par Athéna pendant la Gigantomachie.

Fichier:Hope-Farnese Athena Louvre Ma331 n2.jpg
Ici : Athéna portant le gorgonéion : peau de chèvre fermée par un bijou en forme de tête de Méduse.

L'égide est restée, dans l’Antiquité, le symbole de l’invulnérabilité garantie par la protection des dieux. Les empereurs romains sont ainsi souvent représentés avec une amulette placée sur la poitrine, miniature du bouclier orné de la tête de Méduse.





La tête de Méduse servit longtemps d'emblème protecteur et pour ainsi dire de "porte-bonheur".

Méduse, Μέδουσα / Médousa, vient de μέδω / médô qui veut dire « commander, régner ».

Plusieurs légendes nous sont livrées concernant Méduse.

Elle serait la fille de Phorcys et de Céto, violée par Poséidon dans un temple dédié à Athéna. Elle est punie par la déesse qui la transforme en Gorgone. Ses cheveux deviennent des serpents et désormais son regard pétrifie tous ceux qui le croisent.
À la demande de Polydecte, Persée la décapite, aidé selon des sources plus tardives par Hermès et Athéna. De son sang jaillissent ses deux fils, Chrysaor, père de Géryon, et le cheval ailé Pégase, sur lequel Persée s'enfuit, poursuivi par les autres Gorgones. Après l'avoir utilisée pour pétrifier le monstre marin envoyé par Poséidon, délivrer Andromède et tuer Polydecte qui retenait sa mère prisonnière, Persée offre à Athéna la tête de Méduse, que la déesse fixe sur son bouclier, l'égide.

Pausanias livre une version historicisante du mythe. Pour lui, Méduse est une reine qui, après la mort de son père, a repris elle-même le sceptre, gouvernant ses sujets, près du lac Tritonide, en Libye. Elle a été tuée pendant la nuit au cours d'une campagne contre Persée, un prince péloponnésien.
Cette version expliquerait assez l'étymologie du nom.

mercredi 4 avril 2012

La princesse comme modèle de la féminité au profit de l'homme

Trouvée sur le blog " Je putréfie le patriarcat" sous la rubrique "Disney, l'apprentissage du sexisme", cette image sur les bêêêlles princesses des films de Disney qui ont alimenté notre imaginaire de petite fille (oh la belle robe rose ! Oh la belle robe bleue !) m'a donné envie d'en faire un billet.

1. Blanche-Neige : sa sexualité naissante représentante une menace pour une autre femme, elle est donc tuée. Son unique atout, sa beauté physique, est ce qui la sauve à la fin.

2. La Belle au Bois dormant : fiancée dès la naissance pour consolider une position politique, elle est tout de même tuée par une autre femme. Son propriétaire..hem...fiancé la sauve avec un baiser. Le sexe est donc son unique recours.

3. Jasmine (Aladin) : cette princesse doit être mariée parce que la loi le requiert. Sa répugnance pour le mariage cause à son puissant père toutes sortes de problèmes. Elle est réduite en esclavage par un autre homme puissant et ne doit son salut qu'à la ruse d'un vagabond.

4. Arielle (La petite Sirène) : Celle-ci change radicalement son apparence afin d'être plus attirante pour un homme. Le prix à payer : ne plus pouvoir parler. Pas de problème, elle n'a rien à dire de valable de toute façon. Elle est sauvée par un prince.

5. Belle (La Belle et la Bête) : Elle sauve la vie d'un prince avec son seul atout : sa sexualité.

6. Cendrillon : Elle est sauvée de terribles conditions de vie par un prince. Il ne le fait pas parce que ces qualités de travailleuse acharnée le séduit mais parce qu'elle est belle.


Conclusion : Mesdames soyez belles et taisez-vous, c'est tout ce que l'on attend de vous.


Ces contes sont anciens et d'inspirations diverses :

1. Blanche-Neige est une déformation de la légende de Proserpine. Elle ne doit manger aucun fruit en Enfer où elle est recluse, enlevée par Pluton, le Dieu des Enfers. Mais comme elle a mangé une grenade et donc de la nourriture des morts, elle doit rester en Enfers. Sur cette trame de base s'est greffé des histoires de second mariage et de jalousie de belle-mère à belle-fille, apparemment un problème récurent au XVIIIe siècle quand les frères Grimm ont écrit leurs contes.

2. La Belle au Bois dormant a pour origine un conte du XIVe siècle "Perceforest"
: Le vent Zéphyr, se présentant sous la forme d’un oiseau, propose à Troïlus de le transporter dans la tour où la belle Zellandine, victime d’un enchantement a été condamnée à se piquer d’une écharde la première fois qu’elle filerait, par Thémis qui n’avait pas trouvé comme ses consœurs fées de couteau sur la table du repas de naissance et se venge. Troïlus s’éprend de la jeune endormie et couche avec elle sans la réveiller.Toujours endormie, elle accouche neuf mois plus tard d’un nouveau-né, qui cherchant le sein de sa mère, tète son doigt. L’écharde sort et Zellandine revient à la vie.
L'histoire selon Disney et les frères Grimm pioche également dans celle de Brunehilde, personnage mythologique allemand :
(extrait) pour la punir de lui avoir désobéi, Odin maudit Brunehilde d'un sommeil magique et l'enferme dans un mur de flammes que seul un homme qui ne connaît pas la peur pourra traverser. Après avoir tué le dragon Fáfnir, le héros Sigurd goutte son sang et comprend alors par magie le langage des oiseaux, et il est conseillé par des mésanges de libérer la valkyrie Brunehilde. Il se rend au lieu de repos de celle ci et traverse le mur de flamme avant de réveiller la valkyrie. La valkyrie enseigne sagesses au héros, secrets et conseils, puis ceux-ci se quittent en se faisant serment de mariage.

3. Aladin et Jasmine : tiré des Mille et une Nuits, la version disneyenne est très éloigné du conte d'origine : Aladin qui parvient à maîtriser les pouvoirs d'une lampe magique devient assez riche et puissant pour obtenir la main de la fille du roi. Mais son méchant maître tente alors de récupérer la lampe, notamment en exploitant l'ignorance de la femme d'Aladin, qui cède la lampe pour des babioles. Aladin doit alors de nouveau faire preuve de ses capacités à récupérer ou conserver la lampe, et finalement triompher. Sa femme dont on ne connaît pas le nom joue un rôle négligeable dans l'histoire.

4. Arielle : Andersen a entièrement crée la conte de la Petite Sirène mais à l'origine
les sirènes étaient des femmes normales, elles auraient été les compagnes de Proserpine (en grec Perséphone ; ce qui nous ramène à Blanche-Neige), et auraient laissé Pluton (en grec Hadès) l'enlever. Comme punition pour ce crime elles furent transformées en sirènes et chantaient par la suite des prophéties ou des chansons relatives aux Enfers, le royaume d'Hadès. Euripide évoque le caractère funéraire des sirènes ce que confirment les représentations de sirènes sur des stèles funéraires.

5. La Belle et la Bête : Apulée en a fait un conte appelé l'Âne d'or mais en fait il s'agit du mythe d'Amour et Psyché. Extrait de l'Âne d'Or : Un roi et une reine ont trois filles très belles mais la plus jeune est d’une telle beauté qu’elle éclipse celle de Vénus, au grand dépit de celle-ci.
Vénus appelle son fils Amour. « Venge ta mère. Rends Psyché amoureuse de l’homme le plus vil. »Psyché est admirée comme une belle statue, personne ne demande sa main, elle pleure sa solitude. Ses deux sœurs ont épousé des grands rois. Le père consulte les oracles: « Expose ta fille pour un hymen funèbre, un monstre l’emportera. » Désolation. Psyché est abandonnée sur un rocher. Zéphyr l’emporte dans un lieu paradisiaque, près d’un merveilleux palais. Psyché y entre. Elle entend des voix mais ne voit personne. Bain, repas, concert, elle est somptueusement servie. Elle va se coucher. Dans l’obscurité, un mari inconnu fait d’elle sa femme et part avant le jour. Et ainsi jour après jour. L'histoire complète est très longue. Voir ici.

6. Cendrillon qui n'a pas de nom dans le conte que nous connaissons, s'appellerait
d'après le géographe grec Strabon, Rhodopis (Yeux de rose), du moins en ce qui concerne l'affaire de la pantoufle de vair : « Un jour, comme elle était au bain, un aigle enleva une de ses chaussures des mains de sa suivante, et s'envola vers Memphis où, s'étant arrêté juste au-dessus du roi qui rendait alors la justice en plein air dans une des cours de son palais, il laissa tomber la sandale dans les replis de sa robe. Les proportions mignonnes de la sandale et le merveilleux de l'aventure émurent le roi; il envoya aussitôt par tout le pays des agents à la recherche de la femme dont le pied pouvait chausser une chaussure pareille; ceux-ci finirent par la trouver dans la ville de Naucratis; et l'amenèrent au roi qui l'épousa et qui, après sa mort, lui fit élever ce magnifique tombeau. » (à savoir la pyramide de Mykerinos à Gizeh). Là-dessus c'est greffé au fil du temps l'histoire de la fille d'un premier mariage persécutée par la nouvelle épouse pour que l'héritage aille aux enfants du second lit.
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AH ! L'univers des contes ! Il n'est pas aussi féérique que cette image voudrait bien le fait croire !

J'ai l'impression que ce billet fait un peu écho à celui de Sandrine qui parle des représentations de femmes sans tête en train de se multiplier dans notre paysage iconographique. La tête c'est la parole. Les princesses de Disney sont priées de se taire. Celles qui ont des voix tombent dans un profond sommeil (donc ne peuvent parler) ou doivent cacher leur véritable identité (Cendrillon, par exemple (mais qui n'a, en fait, pas d'identité)).