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mercredi 19 décembre 2012

Réécrire l'histoire sans les femmes ou l'éternel cas des Amazones

Extrait du livre "Des Amazones et des femmes" par Cécile Voisset-Veysseyre.

(Pour connaître ses sources et lire ce qui précède ou ce qui suit,cliquer .

L'auteur de l'Anabase d'Alexandre s'autorisait de deux propagandistes pour nier,entre autres, l'existence des Amazones : "Cependant il n'est fait mention de cela ni chez Aristobule ni chez Ptolémée, ni chez aucun de ceux dont le témoignage est digne de foi en ces matières. D'ailleurs je ne pense pas que la race des Amazones existait encore à cette époque et, même avant l'époque d'Alexandre [...]. Et même personnellement, il me semble invraisemblable qu'une telle race de de femmes ait tout simplement existé, bien qu'elles aient été si souvent célébrées, et par des auteurs si estimés". Comme Strabon, Arrien ne veut point entendre parler de ces femmes ; l'argument d'autorité couvre le refus entêté de croire à leur existence. Avec raison, Paul Goukowsky adressait à ces deux auteurs respectifs de salutaires critiques et reliait ce parti pris à l'histoire de la fameuse rencontre : "Comme un repoussoir, l'oeuvre de Clitarque permettait toutefois à Ptolémée de souligner sa propre objectivité. C'est ainsi qu'il qualifiait de légendaire les amours d'Alexandre et la reine des Amazones".
Avant lui Jean Thérasse montrait que la tendance moralisatrice des récits ultérieurs à ceux des deux historiographes permettait de mettre en doute l'impartialité de celui qui s'en autorisait : "Arrien a laissé de côté tout une série de faits plus ou moins légendaires défavorables à Alexandre, alors que Quinte-Curce, précisément s'y est complu. C'était enlever par le fait même toute base à des considérations et à des reproches  moralisateurs". La rencontre d'Alexandre et de Thalestris rend donc effectif le constat accordant du poids à son caractère anecdotique ; si Quinte-Curce en donne le récit le plus détaillé, Arrien en dit le moins. Jean Thérasse et Paul Goukowsky montraient justement que Diodore et Quinte-Curce se référaient eux-aussi à Aristobule et à Ptolémée. Ce n'est pas sans raison que Plutarque voulut clore le débat. "Du reste, que l'on ajoute foi ou non à ce récit, l'admiration pour Alexandre ne sera ni diminuée ni accrue". Peut-on le croire ? Une certaine historiographie ne ternissait-elle pas l'image du Héros ? Si la geste d'Alexandre ne comptait pas avec les Amazones comme le voulait Arrien, n'était-ce pas parce que sa rencontre avec Thalestris risquait de ternir la mémoire du grand homme ? Une guerre des images faisaient rage, engageant deux écritures qui s'opposaient selon qu'on devait ou non présenter un Alexandre défenseur des valeurs grecques : "Mais un état s'accommode mal d'avoir à sa tête un héros et, comme on le verra, l'historiographie officielle s'employa d'abord à dissimuler ce par quoi Alexandre entendait s'écarter de la norme". N'importe t-il pas que les récits de Diodore, de Quinte-Curce et de Justin imputent à l'amante amazonienne une double métamorphose d'Alexandre sous la double forme d'une orientalisation et d'une féminisation ?
L'association de l'orient et des Amazones ne surprend pas, non plus que la représentation de la femme-amazone qui domine l'homme au lieu d'être dominée par lui car toutes deux reproduisent le vieux motif de l'inversion ; ainsi lit-on qu'"au lieu d'arracher comme Hercule sa ceinture à l'Amazone, c'est-à-dire sa virginité, Alexandre s'est laissé violer par Thalestris !". Ce retournement de situation insupporte tant la grande histoire que l'aventure amazonienne du grand homme doit être jetée aux oubliettes, à moins qu'il faille lire cette fabuleuse union comme "une fable moralisatrice destinée à mettre en garde les Grecs contre les dangers de l'Orient".

On peut faire tourner la rencontre au désavantage de Thalestris et faire d'elle une seconde Penthésilée en regard d'un Achille venant de la poignarder, bien que le dommage de cette rencontre touche moins spectaculairement Alexandre : "On dit qu'ils découvrent alors leur amour mutuel, à moins qu'il ne s'agisse, selon une autre interprétation, de l'ultime tentative de séduction du héros par la guerrière aux abois". Ainsi lit-on : "C'est après treize jours passés dans les bras de l'Amazone (le chiffre est constant) que le Macédonien adopte les moeurs perses".
La petite histoire permettrait-elle alors de lier cette orientalisation fatale à un amour guerrier ? Telle est la lecon qui paraît se tirer du Secretum Secretorum, recueil d'écrits adressés au Héros et qui connut un grand succès au Moyen Âge : "Dans ce texte, Aristote avertit Alexandre qu'il est dangereux de confier son corps aux femmes et le met en garde contre les venins mortels qui avaient empoisonné tant de roi par le passé"
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Pour les hommes le célibat des Amazones se lit de la division plutôt que de l'union et fait lire leurs relations avec eux comme des unions destructrices plutôt que procréatrices. Dans le texte patriarcal, ce célibat est un célibat guerrier ; avant d'être coupables, les unions non conjugales sont condamnables parce qu'elles délient les femmes de ceux qui entendent bien, c'est-à-dire seuls, mener politique.

(Cécile Voisset-Veysseyre une autrice qui a beaucoup écrit sur les Amazones a publié trois ouvrages sur ce thème aux éditions L'Harmattan)

Sur le philosophe Hobbes, elle écrit : Thomas Hobbes est apparemment le seul philosophe qui ait jugé utile d’intégrer à la réflexion politique, fût-elle dominante, la question des Amazones. A l’encontre d’une tradition hostile à ces femmes, il les donne à lire moins comme des guerrières que comme des mères. C’est l’occasion pour lui d’exercer positivement la pensée critique vis-à-vis d’un long héritage que résume le terme "patriarcat".

mercredi 11 avril 2012

De Chand Bibi à Jasmine







Chand Bibi
(1547–1599), ou Chand Khatun ou Chand Sultana, fut une guerrière musulmane indienne dite la Jeanne d'Arc indienne.






Chand Bibi naquit en 1547 à Ahmednagar en tant que fille du sultan Husain Shah (1553-1565). Durant sa jeunesse, elle apprit l’équitation, la peinture et la musique. Outre le Persan, langue de rigueur à la cour, elle parlait couramment le turc ainsi que le Marathi, langue locale.
A cette époque, les querelles entre les cinq royaumes du Deccan étaient fréquentes. En 1564, afin d’éliminer le roi hindou de Vijayanagar, les cinq sultans décidèrent de s’unir. Cependant, auparavant, le sultan d’Ahmednagar offrit sa fille, Chand Bibi, en mariage au sultan Ali Adil Shah. La cérémonie se déroula à Ahmednagar et donna lieu à de grandes festivités qui durèrent plusieurs mois.

Après son mariage, Chand Bibi seconda souvent son époux dans les affaires de la cour et l’accompagna sur les champs de bataille. Elle apprit également la langue locale, le Kannada, afin de dialoguer plus facilement avec le peuple. Les habitants du royaume de Vijayanagar récemment conquis commencèrent à contester l’autorité d’Adil Shah. Chand Bibi visita cette région rebelle et mit ses habitants en confiance. Ali Adil Shah mourut en 1580 sans descendance. Son neveu, Ibrahim lui succéda sur le trône. Lorsqu’il accéda au trône, il n’avait que 9 ans et, de ce fait, Chand Bibi devint régente et continua l’oeuvre de son défunt époux en assistant à la cour presque quotidiennement. En 1582, le premier ministre Kishan Khan accusa Chand Bibi de fomenter un complot contre le royaume en invitant son frère Burham Nizam Shah, sultan d’Ahmednagar. En 1582, Chand Bibi fut arrêtée et envoyée en prison au fort de Satara. A cette occasion, les peuples de Bijapur manifestèrent leur colère.
En l’absence de Chand Bibi, le climat politique local se dégrada rapidement. Kishan Khan fut assassiné, et sur ordre de la reine mère, les nobles ramenèrent Chand Bibi à Bijapur. Un noble Hubshi (personne abyssinienne d’origine éthiopienne) participa activement à ce retour et obtint le poste de premier ministre....(suite ici)

(...)


Contemporaine de la reine Elizabeth I d’Angleterre, elle l’égalait tant par ses qualités d’habilité que par son talent politique. Son royaume était aussi vaste que celui d’Angleterre. Son courage, son audace et sa vaillance n’avait eu d’égal que sa modestie, sa générosité et sa beauté. Si les Moghols furent fiers de Nur Jahan ou de Mumtaz Mahal, le Nizamshahi tira sa fierté de Chand Sultana. Les paysans des "Western Ghats" (montagnes de Saihyadri sur la côte ouest de l’Inde) refusèrent de croire à sa mort et préfèrent croire qu’elle s’était échappée par un tunnel et se cachait dans la montagne de Saihyadri afin de revenir chasser les Moghols et de ramener l’age d’or au Nizamszhahi. (Texte complet à lire sur le lien plus haut).



Jasmine : ce prénom tire son origine du persan " yasemin " (la plante qui parfume). En Europe cette fleur officinal originaire d'Inde et connue depuis l'Antiquité était consacré à la Vierge Marie. Elle évoque la grâce, la pureté et l'amour. On la retrouve en couronne sur la tête des anges et des saints.

Je n'ai pas grand chose à dire du personnage de Disney qui se veut certes féministisé parce que présentée comme indocile et dominatrice envers son père, rebelle face à son "promis", mais elle ne se sort de ses difficultées que par l'entremise d'un garçon exceptionnel aux pouvoirs surhumains ce qui par comparaison amoindrit jusqu'à la banalité ses moindres tentatives d'émancipation.

A part ça, j'ai trouvé un texte de la féministe algérienne Yasmina Nawal qui dit sensiblement la même chose que ce que j'ai écrit dans le billet "De Blanche-Neige à Proserpine".

Extraits (le rouge de certains passages sont de mon fait) :

"il n'y a pas de domination, de pouvoir, d'un groupe sur l'autre, d'une classe sur l'autre, de l'homme sur la femme sans qu'il ait enjeux, et l'enjeux pour l'homme, serait la transmission de sa richesse, de son patrimoine à sa descendance, d'où la nécessité de " contrôler " et de gérer la famille.

Cette nécessité de " contrôler " intervient au moment où l'on passe d'une société de cueillette et de chasse, d'une économie de survie, à une économie marchande d'accumulation des richesses.
Dès lors, la matrilinéarité, que l'on pourrait analyser comme la conséquence de la maternité, en raison du " mystère de la conception " qui engendre le rattachement de l'enfant à sa mère par le pouvoir de vie qu'elle détient et dont est exclu l'homme par ignorance de son rôle joué dans le processus de la naissance, se transforma en système patrilinéaire lorsque deux éléments, au moins, convergèrent : La prise de conscience du rôle joué par le père dans la conception de l'enfant, et la transformation progressive de l'économie de survie en une économie marchande, nécessitant la connaissance de sa descendance pour l'homme afin de permettre la transmission des richesses accumulées dont lui seul s'en est trouvé, à un moment ou à un autre, chargé.


Texte complet à lire ici

Tout ça pour dire que l'idéologie d'accumulation des richesses qui perdure aujourd'hui ne fait que bétonner la domination masculine. Il faut avoir conscience de cette dimension politique. Le néo-libéralisme est un système économique à 100% oppresseur des femmes. Il est impossible d'y développer la moindre égalité hommes/femmes à l'intérieur.

dimanche 5 février 2012

Louise Labé, la femme d'armes

Apparemment Louise Labbé aurait manié les armes, son frère lui ayant enseigné l'escrime, et elle se serait illustrée lors de tournois ainsi qu'au siège de Perpignan sous le pseudonyme de "Capitaine Loys". Avant d'être amoureuse et d'écrire ses vers sur l'amour, les seuls que l'on ait voulu retenir, elle en écrivit d'autres de cette teneur :

"Qui m'eût vu lors en armes fière aller,
Porter la lance et bois faire voler
Le devoir faire en l'étour furieux,
Piquer, volter le cheval glorieux
Pour Bradamante* ou la haute Marphise*
Soeur de Roger, il m'eût, possible, prise"


(*"chevalières" du roman en vers "Le Roland furieux", oeuvre de l'Arioste)

Sur le sujet lire le document en PDF de Magalie Wagner "Quand la femme prend les armes".


Pourquoi je vous raconte cela ?
Il fait froid et j'ai envie de quitter le Nouveau Monde pour me replier sur notre vieux continent d'autant plus qu'il faut s'y battre plus que jamais pour la justice et l'égalité des droits. Et puis c'était l'anniversaire de l'évacuation du Liebig 14 dont j'ai parlé ici l'année dernière.
A l'occasion, une marche de zombies a été organisée avec dans le défilé des joueurs et joueuses de tambour ainsi qu'une extraordinaire machine roulante à tambouriner sur des casseroles.
Votre servitrice y était, la face zombiesque comme il se devait, et ayant essuyé une fouille policière si minutieuse que même le capuchon de mon manteau fut introspecté ! Tiens, j'avais oublié de mettre mon badge "terrorist" maintenant que j'y pense....



Sur cette vidéo, un petit peu de musique en attendant le départ, et là les "zombies" se réchauffent. La machine à taper sur des casseroles se trouve ici.
Ah, au fait : 1200 policier-e-s pour 1200 manifestant-e-s.... De quoi
s'agissait-il ? De protester contre l'évacuation systématique des lieux à caractère alternatif dans le but d'y installer une population uniquement composés de privilégiés du système néo-libéral et de chasser les autres à la périphérie.

lundi 23 janvier 2012

Pourquoi l'Amazonie s'appelle Amazonie

Fichier:Amazones Thevet.jpg
Attention ceci n'est pas la description d'une réalité mais une image propagandiste d'origine masculine ayant servi au XVIe siècle à diaboliser les femmes non-assujeties au pouvoir mâle.

Le 26 août 1542 Alors que Francisco de Orellana participait à l’expédition menée aux confins de l’Équateur (Amérique du Sud) en compagnie de Pizarro, il fut chargé d’aller chercher des vivres, accompagné de quelques hommes. Il atteignit le fleuve Amazone (qui ne s'appelait pas encore comme cela) et en entreprit la périlleuse descente. Commença alors une aventure de plusieurs mois au cours de laquelle il se heurta à de "terribles" femmes guerrières qui tiraient habilement à l'arc. D'après certains autochtones, il se serait agi d'un peuple de femmes vivant seules, à la source du fleuve ; selon d'autres sources, ce n'est que le 24 juin 1541 qu'Orellana lutta contre des indiens et des indiennes de la tribu des Tapuyas dans laquelle les femmes n'étaient apparemment pas réduites aux corvées domestiques mais étaient mêlées aux hommes dans la bagarre. Orellana croit alors voir là des Amazones comme dans la mythologie grecque et c’est ainsi qu'il nomma le fleuve.

Après quoi il rentre en Espagne où il reçoit des lettres patentes de Charles Quint pour établir des colonies à l'embouchure du fleuve le 18 février 1544. Il épouse une jeune fille pauvre, Ana de Ayala, et repart le 11 mai 1545 avec trois vaisseaux. Il en perd un au cours de la traversée, et abandonne l'autre en arrivant. Il meurt d'une flèche empoisonnée lors d'un combat avec les Indiens Caraïbes. Les rares survivants, dont sa femme, furent secourus par l'équipage du troisième navire, arrivé en retard.
Ana de Ayala se lia alors à un autre survivant, Juan de Penalosa, avec lequel elle vécut le reste de ses jours à Panama où elle mourut quelque part après 1572.

A propos de la gravure : En 1557, au retour d’un voyage au Brésil, André Thevet dont j'ai déjà parlé à propos de Marguerite de la Roque, reprend dans son ouvrage Singularités de la France antarctique, le thème des femmes guerrières trouvées par les Espagnols sur le fleuve Amazone. Il accompagne sa description de deux gravures effrayantes qui connaîtront un grand succès. Il nous dit « Elles font guerre ordinairement contre quelques autres nations, et traitent fort inhumainement ceux qu’elles peuvent prendre en guerre. Pour les faire mourir, elles les pendent par une jambe à quelque haute branche d’un arbre ; pour l’avoir ainsi laissé quelque espace de temps, quand elles y retournent, si le cas forcé n’est trépassé, elles tireront dix milles coups de flèches ; et ne le mangent comme les autres sauvages, ains le passent par le feu, tant qu’il est réduit en cendre » (Singularités p 243). Thevet d'abord se réjouit qu'aux trois sortes d'Amazones décrites dans l'antiquité, celles de Scythie, d'Asie, et de Libye, viennent s'ajouter les Amazomes d'Amérique. Ainsi chaque continent a ses Amazones. Aux dires de Lestringant, les Amazones d’Amérique représentent pour les conquistadores de la très catholique Espagne, l’antimodèle attirant et redouté de guerrières libres, chastes et conquérantes. Plus tard, dans la Cosmographie universelle, Thevet se dira « bien marry que je sois tombé en la faute de l’avoir creu ».

jeudi 5 janvier 2012

Inès de Suarez, conquistadora


Inés Suárez (Plasencia (Extremadure, Espagne) 1507 - Chili 1580, a participé à la conquête du Chili et à la fondation de Santiago du Chili.

Inés de Suárez

A 19 ans elle épouse un certain Juan de Malaga qui part se joindre à la conquête de l'Amérique du Sud. Elle l'attend jusqu'à l'âge de 30 ans, où elle décide d'aller le chercher. Elle embarque avec l'expédition des frères Pizzaro. Sur place, elle apprend que son mari est mort en mer dans un bateau naviguant pour le Pérou. Elle fait la connaissance du conquistador Pedro de Valdivia, ils se plaisent, une liaison démarrent entre eux. (Ils ne se marient pas car lui est déjà marié en Espagne). Malgré l'opposition des prêtres mais encouragés par quelques capitaines, il lui confie le commandement d'une troupe espagnole.

Du Pérou, ils partent pour le Chili. Inès de Suarez s'occupe de trouver de l'eau dans le désert, de soigner les malades et sauve Valdivia lorsque l'un de ses rivaux tente de l'éliminer.

Arrivés au bord du Mapocho, un endroit irrigué et fertile Valdivia décide de s'y implanter. Il offre des cadeaux aux autochtones pour leur manifester ses intentions pacifiques. Ceux-ci prennent les cadeaux mais attaquent les espagnols. Ils sont sur le point de vaincre lorsqu'ils jettent leurs armes et s'enfuient ayant vu un cavalier monté sur un cheval blanc et l'épée nue à la main descendre du ciel. Les espagnols pensent qu'il s'agit de saint Jacques le Majeur et nomment l'endroit "Santiago". La ville de Santiago du Chili est officiellement crée le 12.02.1541.

Mais bientôt les autochtones songent à reconquérir l'endroit et se regroupant atteignent bientôt le nombre de 20 000 combattants. Les espagnols assaillis par une aussi grande armée croient que le jour du Jugement Dernier est arrivé et commence à perdre ce qu'il leur reste de courage quand Inès de Suraez qui s'occupait jusque là essentiellement d'apporter nourriture et boisson ainsi que du secours aux blessés, a une idée qui paraît bien cruelle aujourd'hui mais qui sauva la situation des espagnols.

Elle propose de décapiter sept otages et d'exposer leur tête sur des piques pour les brandir devant les indiens afin de les effrayer. Quand l'un des capitaines lui demande "Qui va tuer ses hommes, madame ?" elle prend l'épée et tue elle-même les otages, revêt une armure, monte sur un cheval et se rend elle-même face aux indiens encourager les espagnols de la voix et du geste à montrer qu'ils ne se laisseront pas massacrer.

D'après des témoins de l'époque, les indiens auraient dit que sans la femme sur le cheval blanc, les espagnols n'auraient pas été les vainqueurs de cette bataille.

Bien entendu, on ne sait pas exactement la vérité mais on est cependant sûr que la ville de Santiago n'aurait pas été sauvée sans Inès de Suarez.

Valdivia fut bientôt contraint d'abandonner sa liaison avec Inès sur ordre du gouverneur royal.

Inès alors âgée de 42 ans épouse Rodriga de Quiroga de 4 ans son cadet. Elle termine sa vie tranquillement à Santiago, honorée de tous comme une femme vaillante et une grande capitaine, reprenant les activités de charité auxquelles elle se livrait auparavant. Valdivia devient lui-même gouverneur royal. Tous deux meurent à Santiago en 1580 à quelques mois d'intervalle.

Ajout du 7.12.2012 : A la suite d'une remarque judicieuse de JEA sur les personnages de conquistadores dans l'histoire du monde, gens qui ont détruit des peuples entiers pour leur dérober leurs biens avec des conséquences que l'on peut encore observer aujourd'hui (combien de natifs d'Amérique du Sud viennent en Espagne faire les sales travaux dans des conditions d'esclaves ?) je précise que je ne suis pas non plus très enthousiaste à leur sujet. Si j'ai citée cette femme dans la galerie des femmes d'exception du XVIe siècle c'est principalement pour réviser la préjugé selon lequel au XVIe siècle, les femmes se contentaient de filer la laine du matin au soir en attendant le XXe siècle et Simone de Beauvoir (en caricaturant, bien sûr).

lundi 7 février 2011

Un peu de brutalité dans ce monde de douceur !

La brutalité n'est pas l'apanage des hommes et les femmes sont tout à fait capable de se battre arme à la main pour la bonne cause, à commencer par l'excellente cause de la préservation de sa propre personne.

Lady defending castle from Smithfield Decretals England about 1340

Depuis les temps les plus reculés jusqu'à aujourd'hui, les femmes, peu reconnues comme des guerrières pourtant, ont pris les armes quand il le fallait absolument, et parfois même telle l'homme de leur époque, pour vider une simple querelle personnelle.

Duel entre Isabella de Carazzi et Diambra de Pettinella (1552) par Ribera Jusepe dit Spagnoletto (1591-1652)


La plupart des capitaines qui prirent la plume rapportent des exemples d'exploits féminins au combat. Brantôme raconte qu'au siège de La Rochelle (1573), les armées royales virent apparaître sur les fortifications de la ville une centaine de femmes en habits blancs (faciles à mettre à la lessive, explique le mémorialiste sexiste - mais la volonté de choc psychologique voulue par ces femmes paraît plus évident) occupées « fût à porter la hotte ou à remuer la terre » tandis que « les plus viriles et robustes [portaient] les armes ". Le fait est confirmé par l'Histoire des deux derniers sièges de la Rochelle, qui souligne « l'enragée hardiesse des femmes et chambrières rochelaises, lesquelles, armées et embastonnées, firent acte de soldats ou de nouvelles Amazones. Aussi appelle-t-on encore cet endroit le boulevard des Dames. » Brantôme ajoute qu'il a entendu dire que l'une d'elles conservait l'arme avec laquelle elle avait repoussé les assaillants « si soigneusement comme une sacrée relique, qu'elle ne la donnerait ni ne voudrait pour beaucoup d'argent la [céder], tant elle la tient chère chez soi. »

Aubigné rapporte quant à lui plusieurs cas individualisés. Entre autres, celui de Marie de Barbançon, veuve de Jean des Barres, seigneur de Neuvy, qui en octobre 1569, assiégée en sa maison par «Montaré, lieutenant de roi en Bourbonnais [...] prit sa place sur la brèche la plus dangereuse, une demi-pique en la main ; et les soldats, faisant de honte courage se défendirent à sa vue si opiniâtrement que la force ne leur fit rien, [mais] bien la nécessité, par laquelle ils se rendirent à la mi-novembre. » Ou encore celui de Madeleine de Miraumont, dame de Senneterre (ou de Saint-Nectaire), qui en 1575 fit échec à Montal, lieutenant de Basse-Auvergne qui voulait assaillir son château avec ses troupes : elle «chargea à sa coutume, vingt pas devant les siens, connue par amis et ennemis à ses cheveux, qui dessous [le casque] lui couvraient l'échine.» Certaines femmes se taillèrent même une solide réputation de grand capitaine en s'illustrant dans plusieurs sièges, telle Claude de la Tour, dame de Tournon, dont les exploits furent consignés par un biographe dès 1569. Ce ne sont là que quelques-uns des exemples qu'évoquent les textes du temps.

Aujourd'hui les femmes sont aussi de la lutte. Elles combattent héroiquement la fatale gentrification et tiennent tête aux troupes du gouvernement qui font impitoyablement le siège des si nécessaires lieux alternatifs :


La veille de la Nouvelle Lune, le 2.2.2011, les copines attendaient aux créneaux l'assaut des reîtres armés et casqués :


Le combat fut tout à fait inégal et le bélier, la masse, la hache et la scie électrique ont eu raison de la forteresse ! (Cinq heures quand même pour démanteler les défenses du bastion). Les assiégées n'ont pas dit leur dernier mot et l'armée de robocops ne perd rien pour attendre...
(Mes lecteurs/trices d'Allemagne auront compris qu'il s'agit de l'évacuation du Liebig 14 qui provoque encore des remous dans la presse aujourd'hui. Photos extraites du Tagesspiegel online).

dimanche 5 décembre 2010

Marguerite l'Enragée 3





Découvert : un musée "Dulle Griet", Kloosterstraat 37 à Peer (3990) en Belgique et un livre : celui de Dominique ROLIN, écrivaine belge née en 1913 et vivant à Paris, qui a écrit un roman intitulé "Dulle griet", publié chez Denoël en 1977. Le roman commence par la reproduction du tableau de BRUEGEL, traduit dans le texte par "Margot l'enragée", qui serait une sorte de sainte et de folle.


Personnage repris dans la B.D. belge. On dirait, ici, le fameux docteur Lambique (pour ceux qui connaissent "Les aventures de Bob et Bobette" de Willy Vandersteen) écrasé par Margot la Folle surgissant avec sa cassette et son épée !