vendredi 6 août 2010

Hippomène, Atalante et Stéphanie Mercier

Le mythe d'Hippomène et d'Atalante, complètement oublié aujourd'hui, est encore un de ces thèmes récurrents de la peinture flamande et italienne de la fin du XVIe / début du XVIIe siècle.

Je ne vais pas décrire le mythe dans son intégralité mais uniquement la scène qui en est traditionnellement tirée : une course entre un homme et une femme. L'homme, Hippomène, jette des pommes d'or derrière lui pour freiner la femme, Atalante, qui ne manque pas de les ramasser, et perd ainsi la course.




Est-ce une parabole sur le gaspillage opposé à la thésaurisation ? Une métaphore sur la compétition qui exige des sacrifices (stupides, souvent) que la femme ne serait pas prête à faire ?



Toujours est-il que Hippomène se déleste tandis qu'Atalante se leste. Hippomène a comme unique priorité de monter au sommet du podium. Il est prêt à tout (saccager ?), il veut payer le prix. Il paie en pommes d'or (en planètes bleues ?).



Il ne pense qu'à sa gloire, Atalante pense à la vie. Les pommes nourrissent, l'or est précieux, la gloire est éphémère. J'invite ceux/celles qui le souhaitent, à me faire part de leur interprétation.



Juxtaposée à la série de peintures (Rubens, Jordaens, Reni, entre autres) : une vidéo satirique sur la compétition homme/femme, de la dessinatrice Stéphanie Mercier du Bizelle blog avec son aimable autorisation.


13 commentaires:

  1. Vu le contexte (Mythologie grecque) et l'époque de réalisation des tableaux, je pense qu'il faut chercher le "message" du côté de la vénalité prêtée aux femmes. La cupidité d'Atalante la perd: il est rusé, elle est stupide et cupide.

    Les hommes tuent, magouillent, exploitent depuis des millénaires pour de l'or, de l'argent, des biens mais, au final, ce sont toujours aux femmes qu'ils feront porter les pires de leurs travers.

    Ceci dit, j'aime bien tes différentes suppositions. Rien ne nous empêche de trouver dans ces représentations d'un côté (Hippomène)l'obsession de dévalorisation des femmes, l'hyper-compétitivité masculine, le gas-pillage des ressources naturelles et de l'autre (Atalante) la non-compétitivité, l'abandon d'une victoire creuse ne servant que l'égo au profit d'une action pouvant servir la communauté, la connaissance et le respect des fruits et produits de la Terre.

    On peut y voir aussi une parabole de l'exploitation domestique qui permet aux hommes de réussir socialement/professionnellement.

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  2. En fait, dans le mythe, Atalante est une championne de course imbattable (ce qui prouve que si les femmes n'avaient pas le droit de participer aux JO, elles n'en pratiquaient pas moins les mêmes sports). Si un homme veut la vaincre et n'y parvient pas, il est obligé de mourir. C'est la déesse Cybèle qui donne les pommes à Hippomène. Mais déjà au cours de la course, Atalante comme le lièvre de la fable, lui laisse de l'avance à tout instant parce qu'elle est amoureuse de lui. Par contre, on ne sait pas pourquoi elle ramasse les pommes. C'est là qu'on peut tranquillement interpréter.
    Oui, tout à fait d'accord avec toi : on peut le voir comme la parabole du gaspillage et de l'égoisme, opposés au souci de conservation et de redistribution. Cela en fait un sujet très actuel !
    Ces mythes contiennent de toute facon des sens cachés que nous pouvons décrypter comme bon nous semble puisque les anciens grecs ne sont plus là pour le faire. Et peut-être qu'ils y ont mis ce sens ? Ce n'est pas exclu !
    D'accord aussi pour la parabole de l'exploitation domestique.

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  3. Il y a aussi les pommes d'or du Jardin des Hespérides, cadeau de Gaïa, la déesse terre-mère, symboles de fécondité et d'immortalité offertes pour les noces de Héra et Zeus. Lien : http://www.limmi.it/content/view/43/156/lang,fr/

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  4. A Hypathie : oui, Cybèle et Gaia représentent d'ailleurs la même déesse. Ce sont donc les mêmes pommes d'or. Les pommes du Paradis, les pommes de la connaissance comme l'évoque Héloise, les fruits que la Terre nous donne. Il y aurait un rapport avec les Hespérides et Atlante. Un internaute propose des pistes : Atlante = Atlantide / Hespérides = vespéral donc boréen / Nombre 3 (3 pommes d'or d'Hippomène) = nombre d'or, etc... Il a plein d'idées, fumeuses ou pas...C'est là : http://geminiesoterisme.wordpress.com/2008/09/05/atalante-les-hesperides-et-les-%E2%80%98%E2%80%99pommes-d%E2%80%99or%E2%80%99%E2%80%99/

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  5. Oui, bien d'accord, la beauté des mythes réside dans cette polysémie et cet aspect inépuisable des significations.
    Peut-être qu'Atalante passe son temps à ramasser le désordre que sème l'homme partout où il passe... chaussettes, pollution,dégueulasseries en tous genres, bref... une tâche d'avenir...
    Au fait, désolée, Euterpe, ton dernier commentaire sur mon blog ne s'est pas affiché quand je l'ai approuvé... c'est bien dommage et j'espère que tu excuseras ce pb indépendant de ma volonté... à moins que j'ai fait une fausse manoeuvre... merci en tout cas, c'était sympa et je vais aller voir ce site, mais je ne me rappelle pas exactement le nom: Caroline Touvet?
    Si tu peux me re-préciser, ce serait sympa.

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  6. Ce mythe que je ne connaissais pas est fort intéressant, vous avez raison (ou je peux dire tu?). Atalante, généreuse, veut-elle éviter la mort d'Hippomène? Et s'ils s'étaient mis d'accord avant la course, comme dans les matchs de foot "truqués"?
    Magnifique la vidéo satirique.

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  7. A bric à brac baroque : oui, à la lumière du présent, le mythe d'Hippomène et Atalante prend une signification toute nouvelle, grâce à la polysémie des mythes, dont tu parles, c'est pourquoi ils sont éternels.

    A colo : oui, nous pouvons nous dire tu, bien sûr !
    En fait, Atalante aime Hippomène et traîne à la course exprès pour l'aider à gagner. Mais la déesse de la Terre (Cybèle/Gaia) a donné à Hippomène 3 pommes d'or pour qu'il les sème devant Atalante afin de la ralentir encore plus. Car la déesse sait qu'Atalante ne pourra pas ne pas ramasser les pommes et elle les ramasse, en effet. C'est ce qui est intéressant. Oui, la vidéo m'a beaucoup plu à moi aussi et j'aime bien faire ce genre de parallèle parce que je crois à une certaine persistance des images internes au-delà des techniques utilisées pour les exprimer.

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  8. Ce qui est amusant, c'est le contexte. Fin XVIe-début XVIIe siècle. Bizarrement l'époque où de plus en plus de princesses accèdent au pouvoir, par le biais des régences mais pas seulement.

    Autre chose, plutôt que le gaspillage, je penserai à la libéralité qui caractérise la noblesse.

    Satire des différences entre hommes et femmes, notamment entre hommes et femmes de pouvoir?

    Ou bien les sentiments d'Atalante lui font perdre raison, à un moment où l'on exalte le stoïcisme, la maîtrise de soi et de ses passions ? Le message "Si vous ne maîtrisez pas vos passions (amour de tel ou tel, amour des biens matériels) vous perdrez tout"?

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  9. A la Souris des Archives : bienvenue sur mon blog ! Il y a justement une souris qui s'est enhardie jusqu'à se promener (je ne peux pas dire marcher) sur mes pieds aujourd'hui (dans un jardin). Ca ne m'arrive pas tous les jours !
    En fait, on insiste souvent sur la curiosité d'Atalante "elle est étonnée, elle admire", elle n'a jamais vu de pommes d'or, la pomme à la séduction irrésistible, comme au Paradis. Elle en oublie la course. Les femmes se laissent-elles facilement distraire de leur but ? En ce sens oui, "les sentiments qui font perdre raison", c'est juste, d'ailleurs dans le texte original il est dit "Lorsque Hippomène voulut épouser la belle jeune fille, il courut avec des pommes dans les mains : Atalante vit ces fruits précieux, elle devint comme folle, elle ressentit un profond amour". Traduit en vers d'ap. les Idylles de Théocrite : "Il décrit les fruits d'or, dont l'éclat enchanteur Sut soumettre Atalante à ce jeune vainqueur".
    Bref, c'est la stratégie du détournement d'attention. En fait, les femmes sont super faciles à manipuler avec un peu de bimbeloterie, quoi ! :-)

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  10. Votre interprétation est très bonne, aujourd'hui... mais hier, je pense qu'il en était tout autrement !!!
    La femme passe pour cupide, gourmande, incapable d'aller vers un but fixé....
    Vu l'époque, les honneurs sont obligatoirement pour les hommes... il ne peut pas en être autrement

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  11. Imagine-toi qu'emballée`par ce mythe, j'ai découvert que la fameuse statue Las Cibeles de Madrid (tu sais celle où les joueurs de foot célèbrent traditionnellement leurs victoires) ´représente Cibèle et les amants Atalante et Hippomènes transformés en lions pour avoir fait l'amour (à la sauvette dit une version) dans son temple.
    C'est une très belle statue, emblème de la ville. Si tu ne la connais pas:
    http://guiasobremadrid.com/2009/03/02/la-cibeles-estampa-emblematica-de-madrid/
    Bon weekend.

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  12. A Fille du Midi : oui mais il y a toujours une petite ambiguïté et puis, il est temps de les réinterpréter, ces mythes ! Ils peuvent toujours servir comme on voit !:-)

    A Colo : très intéressant ! Dire que je suis passée à Madrid (en 2005) et que je n'ai prêté aucune attention à cette fontaine. Il faut que j'y rerourne !
    La déesse Cybèle est quand même étrange. Elle fait tout pour que les deux protagonistes réalisent leur amour et la voilà furieuse comme tout parce qu'ils s'accouplent dans son temple ! En fait, elle cherchait juste une paire de lions pour tirer son chariot !:-)

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  13. La signification est donnée par Montaigne (Essais, Livre III, chap IV) : Atalante est "divertie" par Hyppomène; c'est le divertissement tel que Pascal l'entend aussi : le fait de "détourner" le regard de ce qui importe vraiment (ici, la victoire). Atalante représente la fragilité de notre condition: un rien nous "détourne". Il n'est pas jusqu'à la pensée de la mort qui se puisse éloigner par la diversion.

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