lundi 26 juillet 2010

Clélie, le courage de prendre des risques et la solidarité féminine


Cette peinture atticiste (coloris clairs et lumineux, sujets empruntés à l'antiquité) est postérieure au XVIe siècle puisque son auteur y est né tout à fait à la fin, en 1596.

Il s'agit du détail d'un tableau intitulé "Clélie passe le Tibre".

Si j'ai choisi de le placer ici même si historiquement j'empiète sur le XVIIe siècle, c'est pour présenter une autre de ces femmes ressenties comme exemplaires et appartenant au paysage féminin mental de la période qui s'étend de la chute de l'empire romain à la Révolution : la romaine Cloelia francisée Clélie. Clélie a servi parfois d'allégorie de la Force : "Fortitudo", comme dans une tapisserie qui orne une salle du château de Chenonceau.
Clélie a donc nourrit l'imaginaire des femmes éprises d'acte de bravoure pendant plusieurs siècles, et a souvent été un sujet de prédilection chez les peintres, depuis Filippo Lippi jusqu'à Rubens.
Quand il s'agit de se choisir un modèle non pas dans la Bible, cette fois, mais dans l'antiquité romaine, c'est Clélie qui remporte les suffrages féminins, loin devant Lucrèce puisque cette dernière se suicide après avoir été violée, ce qui ne peut franchement pas correspondre à un idéal !
Parquée avec ses compagnes pour être livrée comme esclave à Porsenna après la défaite de Rome, Clélie profite d'un instant d'inattention de ses gardiens pour s'enfuir en encourageant les autres femmes à la suivre. Grâce à l'intrépidité de Clélie, toutes traverseront le Tibre à la nage ou à cheval et recouvreront ainsi leur liberté échappant ainsi au traitement humiliant et aux sévices qui les attendaient.

Sur le détail de cette peinture de Jacques Stella, Clélie aide l'une de ses compagnes à monter avec elle sur son cheval. Le sein dénudé est, bien entendu, destiné à érotiser la scène. Une habitude masculine dont je reparlerai. Malheureusement, je n'ai pas trouvé de représentation féminine de Clélie. "Clélie" a été peinte par de nombreux italiens et flamands, aucun francais. Mais un énorme roman de 10 volumes a été écrit par notre célèbre Madeleine de Scudéry nationale qui n'a pas tant voulu par cette oeuvre rendre un hommage direct à la capacité féminine de refuser l'esclavage, de prendre en main son destin, de lutter pour sa propre liberté et d'entraîner ses soeurs d'infortune à suivre son exemple, que de proposer des modèles de conduite dans l'amour. Mais comme pour cette grande femme de lettres, il faut s'y prendre par la douceur pour faire évoluer les mentalités, un message d'émancipation est sans doute à lire entre les lignes. Ici et ici deux notes différentes sur le personnage de la Clélie de Madeleine dont le nom du moins est en rapport avec l' héroïne dont elle s'inspire.

4 commentaires:

  1. Sympa ce billet sur la solidarité entre femmes ! On a tellement l'habitude de s'entendre dire le contraire. Diviser pour mieux régner, la recette infaillible...

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  2. A Hypathie : oui, il y a l'effort de nous diviser qui est à l'oeuvre et tue pas mal la solidarité, en commencant par mettre à mal le sentiment de notre propre valeur. Peu de femmes y résistent et beaucoup en deviennent incapables de se reconnaître dans celles de leur sexe, se glissant, par peur du rejet, dans le moule imposé par les masculinistes, tout en fustigeant celles qui ne suivent pas leur exemple. C'est le principe de l'esclave qui (pensant ne pouvoir rien changer à sa condition) se fait complice de l'esclavagiste pour ne pas être du mauvais côté du fouet. Et de ces gens dit "de gauche" qui entrent dans un gouvernement de droite en choisissant de renier leurs idées juste pour être du côté du pouvoir. Mais un jour cela se retourne contre eux. Car la solidarité est inséparable de l'intégrité, finalement.

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  3. Bonjour, savez vous le nom de l'auteur stp !? :)

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  4. A Anonyme : si vous aviez attentivement lu le billet vous l'auriez trouvé au début du 2e paragraphe ;)

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