mardi 27 juillet 2010

Clélie, la championne de l'évasion, vue sous un certain angle...

Gravure médiévale sur bois : Clélie traverse le Tibre à cheval, une compagne en croupe. Quelques compagnes sont déjà en lieu sûr, d'autres attendent leur tour (inscription en onciale : "Cloelia").

Fresque allégorique de Filippo Lippi : Clélie et ses compagnes traversent le Tibre à la nage. D'un côté, un campement avec les envahisseurs qui ont pris Rome, de l'autre côté un palais rouge et or avec une entrée bordée de sphinges féminines attendant les fugitives.

Clélie prend la poudre d'escampette. Les gardiens ont-ils absorbé un somnifère ? L'une des femmes à la suite du cheval jette un coup d'oeil sur des hommes affalés sur le bord du chemin. Clélie est un peu embarrassée par une femme qui ne sait pas monter sur un cheval, on dirait.

Clélie version mythologique : des divinités fluviales aident les jeunes filles à traverser le Tibre, notamment en leur faisant la courte échelle pour monter à cheval. A croire que se hisser sur un cheval toute seule est au dessus de leur force...Au loin, les gardiens accourent depuis le campement, pour empêcher les femmes de fuir.

Clélie version harem à ciel ouvert : femmes semi-nues comparant leur épilation de jambes (à droite) ? se recoiffant vite fait pendant que Clélie drapée de rouge (couleur discrète pour une fuyarde) montre le chemin à ses compagnes vélléitaires et quelque peu frivoles. On se demande comment elles parviennent finalement à exécuter leur plan.

Jolie scène bien qu'un peu érotisée et statique pour une fuite. L'une des jeunes filles semblent goûter si l'eau est bonne.

Encore une scène qui fait douter de l'efficacité de la fuite et qui ressemble plus à un étalage de chair qu'à autre chose. La blonde à droite a même droit à une main masculine bien placée au niveau du popotin de la part d'une "divinité" fluviale, sous prétexte de l'aider à enfourcher le canasson. C'est la version de Rubens.

Toutes ces représentations (hormis la gravure pour laquelle on peut émettre un doute) sont l'oeuvre d'hommes. Il est, bien entendu, inutile de le préciser. Une version de cet exploit féminin, mal connu, de l'histoire romaine, selon une optique autre que masculine, reste encore à réaliser.
Mesdames à vos pinceaux !

11 commentaires:

  1. Bonjour Euterpe,

    je n'ai aucun talent artistique donc je m'abstiens ! merci pour cet exposé sur la représentation de Clélie.

    Cela dit, Clélie vue par Madeleine de Scudéry dans son Histoire Romaine, c'est quand même d'un ennui monumental - j'ai eu à travailler dessus il y a peu, j'ai cru tomber de ma chaise... :)

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  2. "Excellent" le coup de la comparaison de jambes épilées. Heureusement qu'on est supposé-e savoir qu'il s'agit d'une fuite parce que si on ne le sait pas, difficile de l'imaginer en effet.

    Pour ce qui est de réaliser une peinture vue par une femme, ce ne sera malheureusement pas mon point de vue. Je n'ai guère progréssé en dessin depuis mes 2 ans et mes "coups de feutres à l'eau" très...inspirés si je puis dire :-)

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  3. Difficile en effet de penser à une fuite en examinant ces peintures, en lisant vos commentaires!
    Utile juxtaposition de différentes représentations, merci. (Et j'ai bien ri aussi).
    Aussi inutile pour le dessin que pour monter sur un cheval(surtout mi-nue avec une longue robe flottante!), je passe mon tour....bonne journée.

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  4. A Artémise : il faut dire que l'on se demande ce qui, dans le roman de Madeleine de Scudéry, a encore un rapport avec la Clélie d'origine puisqu'en principe, une femme qui s'évade, c'est plutôt une femme d'action ! Mais d'un autre côté, je ne peux pas trop en parler, je ne l'ai pas lu.

    A Alice : oui, elles n'ont pas l'air pressé, ni traqué. Elles se regardent surtout le nombril. C'est consternant.
    Bon ben, tant pis pour la version féminine, je crois que je vais m'y mettre moi-même ;-)

    A colo : et voilà ! Tout le monde s'esquive ! A moi de faire tout le boulot :-)
    En tout cas, je suis contente de vous avoir fait rire.
    Pour l'anecdote : j'ai eu envie d'écrire cette note après avoir fait un petit tour à cheval dimanche.
    Il faut dire que cela ne m'était plus arrivé depuis très longtemps !

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  5. C'est vrai qu'elles n'ont pas l'air franchement affolées, les demoiselles...

    Cela dit, on voit un peu partout des tableaux du XVIIe siècle, avec genre des affreuses scènes de meurtres, de pillages, ou juste d'action un peu forte (bataille) et puis dans un coin deux types - ou deux femmes - qui discutent le bout de gras comme si de rien n'était, genre "oh pardon allez-y, continuez, faites comme si je n'étais pas là".
    C'est le lieu commun de l'idéal de l'honnête homme - et de l'honnête femme, d'ailleurs - , mis à toutes les sauces. Sauf que parfois, à nos yeux, c'est quelque peu bizarre.

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  6. j'adore la remarque sur la main au popotin, je n'avais pas l'habitude de regarder les détails des tableaux, quelle erreur ! ça tue, vraiment !

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  7. A Artémise : oui, ainsi que les femmes à moitié ou complètement nues à côté d'hommes habillés, etc...c'est le principe de la figuration masculine à partir de la redécouverte du modèle antique qui, en fait, s'appliquait moins à la peinture qu'à la sculpture. Et correspondait à des sociétés polythéistes, alors que dans une société chrétienne qui prône la pudeur, cela ne prend pas le même sens. C'est justement mon propos de dire que la figuration féminine nous fait cruellement défaut. La figuration masculine était déjà du déshabillage de femmes. Il ne faut pas se leurrer.

    A Emelire : mis à part qu'à l'époque la "pub" se faisait à la main, il ne faut pas oublier que la peinture servait aussi à former la pensée.
    Présenter les femmes comme des godiches qui ne savent pas se débrouiller toutes seules a démarré en grande partie au XVIe (voir les deux représentations du haut qui sont antérieures : les femmes n'y sont pas déshabillées et n'ont pas l'air de godiches) pour s'affirmer de plus en plus au XVIIe parallèlement avec une restriction de plus en plus grande des droits des femmes. J'en reparlerai.

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  8. Effectivement, on reconnait bien la "patte masculine" dans toutes ces oeuvres mais il faut reconnaitre qu'elles sont très belles même si pas très réalistes... il est vrai !!!

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  9. A Fille du Midi : leur manque de réalisme ne serait pas grave si les femmes avaient eu un peu plus accès à la peinture, elles aussi, et avait eu la possibilité de présenter leur manière de voir. La peinture est, à mon sens,trop "phallocentrée", sans elles.

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