La version sein dénudé d'origine nous vient des sculptures et des bas-reliefs grecs représentant les Amazones, qui se drapaient le corps ainsi, peut-être par commodité. Ci-dessus Hercule et Hippolytè (entre v. 500 et v. 300 av. J.-C.).
L'amazone incarne la femme libre de toute domination masculine. Cependant comme on le voit sur ce relief, elle est sur le point d'être vaincue et tuée.
La version sein dénudé du XVIIe siècle : Clélie, héroine de l'époque romaine, à peu près contemporaine d'Hippolytè (507 av. J.-C.) dévoile, sur cette peinture inspirée de la plastique grecque, un sein, mais "involontairement". Son vêtement n'est pas celui d'une amazone. Cependant Clélie incarne la femme qui reprend sa liberté. De plus, elle est montée sur un cheval. Le peintre veut donc officiellement faire une allusion à Hippolytè, officieusement imprégner le tableau d'érotisme, le meublant essentiellement de jeunes filles vêtues comme dans une chambre à coucher.

Version seins dénudés du XIXe siècle : dans "La Liberté guidant le peuple, Théroigne de Méricourt, le modèle ayant servi à la réalisation de cette allégorie, a perdu son identité. Il est même devenu difficile de trouver un document qui fasse encore le rapprochement entre la femme qui marchait devant, sur les barricades, telle que Delacroix l'aurait "imaginée", et celle qui croyait que la Révolution voulait dire Libération. Il y a pourtant dix ans seulement, c'était encore le cas. Mais le révisionnisme ne s'arrête jamais. Théroigne laisse donc la place à une allégorie sans nom et montre deux seins, cette fois. Pourtant elle n'est même pas à cheval !

Seins dénudés version XXIe siècle : sur cette couverture de magazine, la "Liberté" est un corps de femme faisant allusion à un homme : Cohn-Bendit. Un joli corps complètement anonyme. Ce n'est ni Hippolytè, ni Clélie, ni Théroigne. La seule différence qui existe entre cette parfaite inconnue censée représentée la liberté féminine (n'y avait-il donc aucune féministe en 1968 ?), et Cohn-Bendit sont les seins nus. Plus de figure allégorique. C'est encore trop. Les seins nus comme symbole de liberté, c'est bien suffisant pour les filles. Et puis surtout : c'est tout ce qu'on leur demande !








