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samedi 4 juillet 2015

Claire Waldoff a t-elle inspiré Nina Hagen ?

Bon, je tente une entrée que je me promets de ne modifier en aucun cas pour ne pas courir le risque de la voir disparaître.
Donc à l'occasion de la radio des blogueurs saison IV organisée par l'épatant lolobobo (à ce propos, j'invite Nadezda et Urgonthe à participer) j'ai posté une vidéo de Nina Hagen que l'on peut revoir dans l'entrée précédente ou ici.
Je dis "revoir" parce que sa gestuelle est fort intéressante. Elle m'a fait terriblement pensé aux gesticulations de la célèbre cabarettiste berlinoise Claire Waldoff (1884-1957), qui, avec sa compagne Olga von Roeder (1886-1963) est une star du Berlin des années 20, danseuse, chanteuse, comédienne et également salonnière pour débats intellectuels lesbiens.

Les chansons de Claire Waldoff en jargon berlinois passent à la radio, son répertoire comprend plus de 300 morceaux et la vente de ses disques bat des records. Elle est drôle, caustique et sans complexe. Ses cibles préférées sont souvent masculines et ceux-ci semblent trouver cela mérité, ils en rigolent même les premiers, on dirait.  Mais avec l'arrivée des nazis, les ennuis commencent. En effet, le lesbianisme et les nazis ne sont pas compatibles, comme on sait. Waldoff va très vite être interdite comme aujourd'hui les Guignols de Canal + car on ne rigole pas avec une patriarchy qui se sent en danger.

ATTENTION, dans cette vidéo d'extraits de spectacles de cabaret des années 20, Claire Waldoff apparaît à 0.51. La danseuse comique du début est Valeska Gert !



  

dimanche 5 février 2012

Louise Labé, la femme d'armes

Apparemment Louise Labbé aurait manié les armes, son frère lui ayant enseigné l'escrime, et elle se serait illustrée lors de tournois ainsi qu'au siège de Perpignan sous le pseudonyme de "Capitaine Loys". Avant d'être amoureuse et d'écrire ses vers sur l'amour, les seuls que l'on ait voulu retenir, elle en écrivit d'autres de cette teneur :

"Qui m'eût vu lors en armes fière aller,
Porter la lance et bois faire voler
Le devoir faire en l'étour furieux,
Piquer, volter le cheval glorieux
Pour Bradamante* ou la haute Marphise*
Soeur de Roger, il m'eût, possible, prise"


(*"chevalières" du roman en vers "Le Roland furieux", oeuvre de l'Arioste)

Sur le sujet lire le document en PDF de Magalie Wagner "Quand la femme prend les armes".


Pourquoi je vous raconte cela ?
Il fait froid et j'ai envie de quitter le Nouveau Monde pour me replier sur notre vieux continent d'autant plus qu'il faut s'y battre plus que jamais pour la justice et l'égalité des droits. Et puis c'était l'anniversaire de l'évacuation du Liebig 14 dont j'ai parlé ici l'année dernière.
A l'occasion, une marche de zombies a été organisée avec dans le défilé des joueurs et joueuses de tambour ainsi qu'une extraordinaire machine roulante à tambouriner sur des casseroles.
Votre servitrice y était, la face zombiesque comme il se devait, et ayant essuyé une fouille policière si minutieuse que même le capuchon de mon manteau fut introspecté ! Tiens, j'avais oublié de mettre mon badge "terrorist" maintenant que j'y pense....



Sur cette vidéo, un petit peu de musique en attendant le départ, et là les "zombies" se réchauffent. La machine à taper sur des casseroles se trouve ici.
Ah, au fait : 1200 policier-e-s pour 1200 manifestant-e-s.... De quoi
s'agissait-il ? De protester contre l'évacuation systématique des lieux à caractère alternatif dans le but d'y installer une population uniquement composés de privilégiés du système néo-libéral et de chasser les autres à la périphérie.

jeudi 5 janvier 2012

Inès de Suarez, conquistadora


Inés Suárez (Plasencia (Extremadure, Espagne) 1507 - Chili 1580, a participé à la conquête du Chili et à la fondation de Santiago du Chili.

Inés de Suárez

A 19 ans elle épouse un certain Juan de Malaga qui part se joindre à la conquête de l'Amérique du Sud. Elle l'attend jusqu'à l'âge de 30 ans, où elle décide d'aller le chercher. Elle embarque avec l'expédition des frères Pizzaro. Sur place, elle apprend que son mari est mort en mer dans un bateau naviguant pour le Pérou. Elle fait la connaissance du conquistador Pedro de Valdivia, ils se plaisent, une liaison démarrent entre eux. (Ils ne se marient pas car lui est déjà marié en Espagne). Malgré l'opposition des prêtres mais encouragés par quelques capitaines, il lui confie le commandement d'une troupe espagnole.

Du Pérou, ils partent pour le Chili. Inès de Suarez s'occupe de trouver de l'eau dans le désert, de soigner les malades et sauve Valdivia lorsque l'un de ses rivaux tente de l'éliminer.

Arrivés au bord du Mapocho, un endroit irrigué et fertile Valdivia décide de s'y implanter. Il offre des cadeaux aux autochtones pour leur manifester ses intentions pacifiques. Ceux-ci prennent les cadeaux mais attaquent les espagnols. Ils sont sur le point de vaincre lorsqu'ils jettent leurs armes et s'enfuient ayant vu un cavalier monté sur un cheval blanc et l'épée nue à la main descendre du ciel. Les espagnols pensent qu'il s'agit de saint Jacques le Majeur et nomment l'endroit "Santiago". La ville de Santiago du Chili est officiellement crée le 12.02.1541.

Mais bientôt les autochtones songent à reconquérir l'endroit et se regroupant atteignent bientôt le nombre de 20 000 combattants. Les espagnols assaillis par une aussi grande armée croient que le jour du Jugement Dernier est arrivé et commence à perdre ce qu'il leur reste de courage quand Inès de Suraez qui s'occupait jusque là essentiellement d'apporter nourriture et boisson ainsi que du secours aux blessés, a une idée qui paraît bien cruelle aujourd'hui mais qui sauva la situation des espagnols.

Elle propose de décapiter sept otages et d'exposer leur tête sur des piques pour les brandir devant les indiens afin de les effrayer. Quand l'un des capitaines lui demande "Qui va tuer ses hommes, madame ?" elle prend l'épée et tue elle-même les otages, revêt une armure, monte sur un cheval et se rend elle-même face aux indiens encourager les espagnols de la voix et du geste à montrer qu'ils ne se laisseront pas massacrer.

D'après des témoins de l'époque, les indiens auraient dit que sans la femme sur le cheval blanc, les espagnols n'auraient pas été les vainqueurs de cette bataille.

Bien entendu, on ne sait pas exactement la vérité mais on est cependant sûr que la ville de Santiago n'aurait pas été sauvée sans Inès de Suarez.

Valdivia fut bientôt contraint d'abandonner sa liaison avec Inès sur ordre du gouverneur royal.

Inès alors âgée de 42 ans épouse Rodriga de Quiroga de 4 ans son cadet. Elle termine sa vie tranquillement à Santiago, honorée de tous comme une femme vaillante et une grande capitaine, reprenant les activités de charité auxquelles elle se livrait auparavant. Valdivia devient lui-même gouverneur royal. Tous deux meurent à Santiago en 1580 à quelques mois d'intervalle.

Ajout du 7.12.2012 : A la suite d'une remarque judicieuse de JEA sur les personnages de conquistadores dans l'histoire du monde, gens qui ont détruit des peuples entiers pour leur dérober leurs biens avec des conséquences que l'on peut encore observer aujourd'hui (combien de natifs d'Amérique du Sud viennent en Espagne faire les sales travaux dans des conditions d'esclaves ?) je précise que je ne suis pas non plus très enthousiaste à leur sujet. Si j'ai citée cette femme dans la galerie des femmes d'exception du XVIe siècle c'est principalement pour réviser la préjugé selon lequel au XVIe siècle, les femmes se contentaient de filer la laine du matin au soir en attendant le XXe siècle et Simone de Beauvoir (en caricaturant, bien sûr).

mardi 26 avril 2011

Margarete Renner, révolutionnaire



(Albrech Dürer : La paysanne en pleurs, 1515)


A l'heure où l'on tente vainement d'obtenir la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim comme on tenta vainement il y a trente ans d'empêcher son ouverture, on peut saluer l'exemplaire solidarité des alsacien.ne.s/badois.es/suisses.ses allemand.e.s (le triangle rhénan dit "Dreyeckland") dans la lutte contre cette monstruosité technoscientiste, la plus mortifère que le capitalisme ait jamais produite.
Cette solidarité suprafrontalière n'est pas neuve. Elle a une très longue histoire, toujours la même, celle de s'unir contre les oppresseurs qui prétendent vous soumettre à des impôts, un fonctionnement et des lois iniques dont l'unique finalité est de s'engraisser à vos dépends et sans égard pour la vie même. La politique nucléaire comme instrument d'oppression ne déroge pas à la règle.
Du XVe siècle à 1525/26, les populations alémaniques de part et d'autre du Rhin se liguèrent en conjurations appelées "Bundschuh" ou "Soulier à lanières" par opposition à la botte que portaient les seigneurs. Les disettes et les épidémies favorisaient beaucoup les soulèvements chroniques, car disette ou pas, le paysan était comme on dit toujours : "taillable et corvéable à merci". Cette guerilla ne fit que s'amplifier en vingt ans et déboucha sur une insurrection féroce qui embrasa l'Empire depuis la Saxe jusqu'en Lorraine, suite au coup d'éclat de Luther et ses 95 thèses dénoncant le commerce des allégeances. En effet, en dénoncant la sélection par l'argent au sein du catholicisme, Luther, sans s'en douter, déclenchait rien moins qu'une véritable lutte des classes avant l'heure, mais qui s'achèva malheureusement par un terrifiant bain de sang orchestré par le duc de Lorraine où 100 à 130 000 paysans laissèrent leur peau.

Margarete Renner (1475-1535) dite "la jardinière noire" (schwarze Hofmännin), d'après l'écrivain Klemens Ludwig une herboriste qui possédait un grand sens de la justice, est la seule femme connue par son nom que l'on ait retenu parmi les protagonistes de la grande guerre des paysans de 1525.
Habitante de Böckingen (auj. un quartier de Heilbronn), elle se plaignit aux seigneurs von Hirschhorn, à qui appartenaient les terres dont le couple Renner était les "serfs passifs", c'est-à-dire obligés de s'acquitter de l'impôt public en cours dans le St-Empire (le Bede et la Schatzung)) des corvées exorbitantes exigées par le conseil de Heilbronn, et tenta d'obtenir leur protection. Le conseil leur interdisait le pré, l'eau, le bois, etc..tant que les Renner ne s'acquittaient pas des fameux impôts et charges.
Les Hirschhorn refusant d'intervenir, Margarete s'engagea dans la révolte des paysans auprès du "Che" souabe du XVIe siècle, Jäcklein Rohrbach. Lors du massacre de Weinsberg où les paysans tuèrent nombre de gens de la noblesse, Margarete Renner aurait suggéré de se servir de la graisse du ventre du comte de Helfenstein pour nettoyer la rouille des piques et des fourches et d'en cirer les chaussures à lanières des insurgés.


(Hans Holbein : Bataille de lansquenets)

Elle harangua et encouragea les paysans au siège de Heilbronn. Elle est représentée sur un tableau (que je n'ai pas trouvé) en train de bénir les troupes armées de piques et de fourches, tout en leur demandant de ne laisser aucune pierre l'une sur l'autre, dans la ville de Heilbronn.
Elle proposa que l'on exécute le procurateur de Heilbronn car il ne faisait rien que, je cite, d'"entuber et d'escroquer" (beschissen und betrügen) tout le monde.

Elle est considérée en Allemagne comme la première révolutionnaire allemande.

Au contraire de Jäcklein Rohbach qui fut brûlé vif, elle fut emprisonnée mais, bien défendue par la seigneuresse locale, elle fut acquittée.
Margarete Renner mourut de mort naturelle en 1535.




Un monument commémoratif (assez moche) d'un certain Dieter Klumpp en hommage à la jardinière noire a été érigé à Heilbronn en 1986.