lundi 31 décembre 2012

Anniversaire naissance 2012

Comme tous les ans je commémore les femmes dont on n'a pas parlé cette année puisque l'on n'a célébré que des hommes pour pas changer.
J'avoue n'avoir pas eu le temps de faire une liste très exhaustive et il va malheureusement manquer beaucoup de monde.

Néanmoins bon réveillon de la Saint-Sylvestre à tou.te.s !


490 ans

Marguerite de Parme (1522-1586), gouvernante des Pays-Bas

480 ans

Sofonisba Anguissola (1532-1625), portraitiste à la cour d'Espagne

470 ans

Catherine Fradonnet dite Catherine des Roches (1542-1587), écrivaine féministe de la Renaissance


Marie Stuart (1542-1587), reine malheureuse d'Écosse inspiratrice involontaire de tragédies en tout genre

460 ans

Lavinia Fontana (1552-1614), peintresse italienne

Catherine de Montpensier, dite la boiteuse (1552-1596), politicienne francaise peut-être à l'origine de l'assassinat de Henri III

Anne de Clèves (1552-1632), reine d'Angleterre (six mois) en tant que 5e femme d'Henri VIII, a inspiré un portrait magistral à Holbein

450 ans

Isabella Andreini née Canali (1562-1604), poétesse et comédienne italienne

440 ans

Ellen Marsvin (1572-1649), économiste danoise

420 ans 

Sara Copia Sullam (1592-), poétesse italienne

410 ans

 Chiara Margarita Cozzolani (1602-1676/78), compositrice, chanteuse et religieuse bénédictine

Quadricentenaire

Anne Bradstreet (1612-1672), première écrivaine et poétesse américaine

390 ans

Hannah Woolley (1622-v. 1675), écrivaine anglaise (la première à gagner sa vie en écrivant)

380 ans

Feodosia Morozova (1632-1675), dit le Boyarine Morozova, partisane religieuse très connue en Russie

Marie- Catherine de Saint-Augustin (1632-1668), petite soeur des pauvres du Québec

370 ans

Marie-Anne de la Trémoille (1642-1722), politicienne francaise

Armande Béjart (v. 1642-1700), comédienne francaise, collaboratrice de Molière

360 ans

Élisabeth-Charlotte de Bavière 1652-1722), épistolière allemande

350 ans

Elisabetta Lazzarini (1662-1729), peintresse italienne

340 ans

Lucia Filippini (1672-1732), cofondatrice de l'école publique pour filles en Italie

Marthe-Marguerite Le Valois de Mursay (1672-1729), mémorialiste francaise

Marie Christine de Noailles (1672-1748), philanthrope francaise

 330 ans

Marguerite de Lussan (1682-1758), femme de lettres, romancière historique francaise

Claudine Guérin de Tencin (1682-1749), femme de lettres et salonnière francaise

320 ans

Elisabeth Farnese (1692-1766), femme de pouvoir en Espagne

Tricentenaire

Angélique du Coudray (1712-1792), première professeuse du métier de sage-femme (publia un traité d'obstétrique)

290 ans

Suzanne Bodin de Boismortier (1722-1799), femme de lettres francaise

270 ans

Salomé de Gélieu (1742-1820), pédagogue suisse

260 ans

Mary Dixon Kies (1752-1837), inventeuse américaine

250 ans

Théroigne de Méricourt (1762-1817), révolutionnaire francaise

240 ans

Marie Geneviève Bouliard (1772-1819), peintresse française

230 ans

Marie-Anne-Julie Forestier (1782-1843), peintresse francaise

220 ans

Virginie Ancelot (1792-1875), romancière, autrice dramatique, mémorialiste et peintresse francaise

Sarah Grimké (1792-1873), abolitionniste et féministe américaine

210 ans

Dorothea Dix (1802-1887), militante américaine à l'origine des asiles mentaux aux États-Unis

Bicentenaire

Laura Fredducci (1812-1885), peintresse francaise

Charlotte Guest (1812-1895), traductrice et femme d'affaires britannique

Marie-Reine Guindorf (1812-1837), féministe francaise fondatrice du premier journal féministe francais "La femme libre"

190 ans

Rosa Bonheur (1822-1899), peintresse française

180 ans

 Alcott, Louisa May (1832-1888), écrivaine américaine, abolitioniste et défenseuse des droits des femmes

170 ans 

Agnès Mary Clerke (1842-1907), astronome et écrivaine scientifique irlandaise

160 ans

Molly Cramer (1852-1936), peintresse allemande (fleurs, paysages et portraits)

150 ans

Jeanne Chauvin (1862-1926), première avocate francaise

140 ans

Alice Bailly (1872-1938), peintresse suisse

Jeanne Bardey (1872-1954), sculptrice francaise

Marguerite Burnat-Provins (1872-1952), écrivaine francaise

Helene Christaller (1872-1953), femme de lettres allemande

Emily Davison (1872-1913), suffragiste anglaise morte pour le droit de vote des femmes

Maria Dahl (1872-1972), zoologiste allemande

 130 ans

Caron Juliette (1882-?), charpentière française (métier exceptionnel pour une française)

Marcelle Ackein (1882-1952), peintre orientaliste française

Fadhma Aït Mansour Amrouche (1882-1957), écrivaine poétesse algérienne d'origine kabyle

Anne Bauchens (1882-1967), monteuse de cinéma américaine

Marie Bonaparte (1882-1962), écrivaine et pionnière française de la psychanalyse

Maria de Crisenoy (1882-1965), écrivaine française

Claire Croiza (1882-1946), cantatrice française

Elisa Léontine Deroche (1882-1919), première aviatrice brevetée au monde

Germaine Dulac (1882-1942),cinéaste, pionnière de l'avant-garde des années 1920 et féministe francaise

Alexandra Exter (1882-1949), artiste de l'avant-garde russe

Ida Faubert (1882-1969) écrivaine haïtienne et militante féministe

Suzanne Girault (1882-1973) femme politique française (communiste)

Rachel Hautot (1882-1935) sculptrice française (assassinée)

Ima Hogg (1882-1975) collectionneuse d'art et protectrice américaine des arts

Magdeleine Hue (1882-1944) peintresse française

Emma Jung (1882-1955) psychologue analytique suisse

Mélanie Klein (1882-1960), psychanalyste britannique d'origine autrichienne

120 ans

Elizabeth Adams (1892 -1962), zoologiste, embryologiste américaine

Harriet Adams (1892-1982), écrivaine américaine (pseudo Caroline Quine)


Rose Adler (1892-1959), religieuse, relieuse et ébéniste

Hélène Antipoff (1892-1974), psychologue et pédagogue d'origine russe

Gertrud Bing (1892-1964), historienne de l'art allemande

Isabelle Blume (1892-1975), femme politique belge

Eva Bowring (1892-1985), 1re sénatrice américaine

Ola Cohn (1892-1964), artiste australienne

Bessie Coleman (1892-1926), 1re pilote d'origine afro-américaine

Catherine Colomb (1892-1965), écrivaine vaudoise

Jeanne Coroller-Danio (1892-1944), écrivaine bretonne

Suzanne Duchâtel-Bidault (1892-1979), écrivaine francaise

Yvonne Edmond-Foinant (1892-1990), 1re femme à avoir été élue à la Chambre de Commerce, fondatrice de la l'association des femmes chefs d'entreprise mondiale (FCEM)

Dorothy Annie Elizabeth Garrod (1892-1968), archéologue et préhistorienne britannique

Anne-Marie Feuchères (1892-1956), pastelliste francaise

Renée Dunan (1892-1936), écrivaine, critique et poétesse francaise

Jacqueline Duché (1892-1973), autrice et illustratrice de contes pour enfants

Juana de Ibarbourou (1892-1979), poétesse urugayenne

Gladys Lehman (1892-1993), scénariste américaine

Adrienne Monnier ((1892-1955), écrivaine et poétesse francaise

Mary Pickford (1892-1979), actrice, productrice et femme d'affaires canadienne

Vita Sackville-West (1892-1962), poétesse, essayiste, romancière, biographe, traductrice et jardinière anglaise

Grace Cossington Smith (1892-1984), peintresse australienne

Edith Södergran (1892-1923), poétesse finlandaise

Ruth Stonehouse (1892-1941), actrice, réalisatrice et scénariste américaine

Doris Stevens (1892-1963), féministe américaine

Edna St. Vincent Millay (1892-1950), poétesse et dramaturge américaine

Alfonsina Storni (1892-1938), poétesse argentine

Marina Tsvetaieva (1892-1941), poétesse russe

Paule Vézelay (1892-1984), sculptrice anglaise

Marie Vorobieff (1892-1984), peintresse russe

Rebecca West (1892-1983), femme de lettres et féministe anglo-irlandaise

Fanny Woods (1892-1974), compositrice américaine

Germaine Tailleferre (1892-1983), compositrice francaise

Geneviève Tabouis (1892-1985), journaliste francaise de renommée internationale

 Centenaire 

Agnès Martin (1912-2004), peintresse française

Eva Ahnert-Rohlfs (1912-1954), astronome allemande

Danielle Bonneau (1912-1992), papyrologue francaise

Georgette Clerc (1912-1986), résistante francaise

Marjorie Collins (1912-1985), photographe américaine

Lucille Fletcher (1912-2000), écrivaine de roman policier et scénariste américaine

 Dorothy Height (1912-2010), militante américaine, présidente du conseil national des femmes noires

Lotti Huber (1912-1998), actrice, chanteuse,danseuse, écrivaine et artiste d'avant garde allemande

Anne-Marie Kegels (1912-1994), poétesse belge

Aoua Keita (1912-1980), sage-femme, militante et femme politique malienne

Madeleine Laval (1912-2002), germaniste et traductrice francaise

Maria le Hardouin (1912-1967), écrivaine et femme de lettres suisse

Eugénie Lemoine-Luccioni (1912-1985), psychanalyste, femme de lettres et critique littéraire francaise

Mary Low (1912-2007), poétesse et écrivaine anglo-australienne, militante révolutionnaire

Vera Lutz (1912-1976), économiste anglaise

Agnès Martin ((1912-2004), peintresse canado-américaine

Mary McCarthy (1912-1989), romancière, critique littéraire, journaliste et militante politique américaine

Jeanine Moulin (1912-1998), écrivaine belge

Ellen Müller-Preis (1912-2007), escrimeuse autrichienne

Marcelle Rumeau (1912-1995), résistante francaise

Odette Sansom ((1912-1995), agente franco-britannique pendant la 2e G.M.

Marie-Antoinette Tonnelat (1912-1980), physicienne théoricienne francaise

Ursula Torday (1912-1997), romancière britannique

Chien-Shiung Wu (1912-1997), physicienne sino-américaine

Roberta Wohlstetter (1912-2007), histoirienne américaine

Marie-Claude Vaillant-Couturier (1912-1996), résistante francaise

Elizabeth Taylor (1912-1975), romancière et novelliste britannique

Marina Raskova (1912-1943), célèbre aviatrice soviétique

Verda Majo (1912-1947), espérantiste et pacifiste japonaise

Mary Lavin (1912-1996), écrivaine irlandaise

Violette Lecoq (1912-2003) résistance francaise

Simone Liénard (1912-1988), peintresse belge

Antoinette Feuerwerker (1912-), résistante, juriste et éducatrice francaise

Renée Brock (1912-1980), femme de lettres belge

Eve Arnold (1912-2012), photographe et photojournaliste américaine

samedi 29 décembre 2012

La banalité du mâle

Affiche du film L'honneur perdu de Katharina Blum
Je suis sur le point d'aller voir le nouveau film d'une femme qui a fait de nombreux films sur des femmes (en avant-dernier sur Hildegarde de Bingen) une réalisatrice d'origine berlinoise résidant à Paris, Margarethe von Trotta.

 Son oeuvre la plus connue est "L'honneur
perdu de Katharina Blum" d'après le livre
de Heinrich Böll sur la presse à sensation
allemande.



Son dernier film qui sera visible en janvier dans les salles de Berlin, traite de la célèbre Hannah Arendt, la femme qui a cerné le concept de banalité du mal. On voit dans ce film, comment la philosophe est confrontée à une résistance d'une grande violence face à ses idées. Cette résistance d'autres l'ont connue comme Freud et sa théorie de la séduction (voir le § sur Ferenczi dans wiki) mais il a eu la lâcheté d'y céder et de transformer sa théorie en envie de pénis. Oh honte...

Il faut dire qu'il se retrouvait en train de défendre les femmes contre les hommes, et pointait sans le vouloir la violence du mâle envers l'autre sexe, sa haine du sexe féminin...un bel exemple de banalité du mal ! La banalité du mâle plus exactement.

Hannah Arendt, elle, n'a pas cédé. Elle a tenu bon jusqu'au bout. Elle a gagné.

jeudi 27 décembre 2012

Anne d’Étampes, la Méchante (actualisé)

Cette femme a régné sur la France dans les années 30 et 40 du 16e siècle. Et quand je dis "régné", c'est bien de commander que je parle. Elle est pourtant totalement inconnue du grand public. Elle n'était pas simplement influente comme Mme de Maintenon le fut sous le règne de Louis XIV, c'est elle qui prenait les décisions politiques les plus importantes.
Mais on n'aime guère reconnaître que "le grand François 1er" a laissé le pouvoir absolu à l'une de ses favorites. J'ai déjà parlé d'elle ici à propos de la querelle entre les pro-prostitution et les abolitionnistes du web en notant le fait que le très machiste Benvenuto Cellini qui ne supportait pas de devoir faire la cour à une "courtisane" l'a tout bonnement traitée de "putain" dans son autobiographie.

Des livres parlent d'elle mais sans jamais l'honorer pour ses qualités politiques. Et pourtant, très liée avec Marguerite de Navarre, elle a maintenu le statu quo entre catholiques et protestants en France, protégé des lettrés poursuivis pour leurs idées et modéré les velléités massacreuses du connétable de Montmorency, ce qui n'est déjà pas rien.
René Brantonne: Anne d'Etampes (illustration de couverture, vers 1955)
 Mais voilà, entre autres, ce que l'on a pu publier sur cette femme hissée près du trône par le lit puisqu'il n'y avait pas le moindre autre moyen (je cherche mais en vain, comment elle aurait pu avoir une quelconque influence sur les affaires publiques autrement, n'étant pas de la famille royale) se retrouve dans une série intitulée "La vie galante de" dans laquelle on trouve encore, je cite : "Éléonore de Guyenne, la reine impure" (= Aliénor d'Aquitaine), "Olympe Mancini et ses soeurs", "Pauline Borghese, vénus impériale" (=Pauline Bonaparte), "Isabeau de Bavière, souveraine perverse" (= épouse de Charles VI dit "Le Fol"), "La Montbazon, duchesse et courtisane", entre autres. On y mélange reines, courtisanes à scandale, grandes diplomates et simples coquettes sans cervelle sous la même bannière : "l'érotisme".

Résumé du livre sur Anne d'Étampes : "A travers les siècles la Duchesse d’Étampes, favorite de François Ier, est l’une de ces femmes dont le destin a suscité non seulement l’intérêt des historiens mais encore des rêveries en tous genres: récits, poèmes, réflexions philosophiques, historiques ou satiriques, illustrations, gravures, huiles romantiques, images publicitaires, cartes postales: et voici même une illustration de couverture donnée par René Brantonne à un roman historico-érotique des années 50, La vie galante d’Anne d’Étampes la Méchante" (source).

Si elle a, je cite : suscité non seulement l’intérêt des historiens c'est quand même pour avoir tenu le royaume en main pendant pas loin de 20 années ! Bien obligé de s'y intéresser un peu, non ? 

 
Mais qui était réellement Anne d'Étampes ? Fille de Guillaume de Pisseleu et d’Anne de Sanguin, Anne d’Heilly de Pisseleu née vers 1508, en Picardie d'une famille de vieille noblesse mais fort pauvre est l'une des trente enfants issus de trois mariages différents contractés par son père. Elle reçoit néanmoins une éducation soignée. En 1526, alors que la cour est à Bayonne, elle est présentée au roi par la reine-mère, Louise de Savoie, qui souhaite éloigner son fils de sa maîtresse du moment : Françoise de Foix, comtesse de Châteaubriant, trop influente à son goût. Anne de Pisseleu a 18 ans. Elle est aussi belle que cultivée. Le roi est tout de suite conquis par la jeune fille du fait de sa beauté alliée à sa grande culture, ainsi que la passion des arts, qu’ils ont en commun. Mais Anne résiste au roi, coureur de jupons réputé, afin qu’il soit vraiment épris d’elle. Bientôt la cohabitation devient impossible entre la jeune femme de 18 ans et la favorite en titre âgée de 31 ans. Françoise de Châteaubriant va lutter pour garder sa place de 1re favorite et la cour s’amuse de la querelle entre les deux femmes qui s'échangent tous les noms d'oiseaux possibles. Mais François 1er dégrade la comtesse de Châteaubriant comme 2e favorite. Celle-ci humiliée se retire de la cour. François Ier comble alors de cadeaux, présents, terres, châteaux sa nouvelle maîtresse et donne d’importantes charges aux membres de sa famille. En 1533, François Ier marie Anne d'Heilly à Jean de La Brosse, seigneur d’Étampes, de grande famille mais fort-ruiné. Il donne au mari de l’argent, l’ordre de rester sur ses terres et érige le comté d’Étampes en duché. Ainsi Anne de Pisseleu devient-elle duchesse d’Étampes, favorite en titre. Elle ne tarde pas à régner à la cour en pouvoir absolu. Il faut dire que François Ier s'est beaucoup appuyé sur les femmes en général, à commencer par sa mère, Louise de Savoie, sans laquelle il ne serait pas devenu roi. Sachant Anne d'Étampes fidèle à la maison d'Angoulême (la famille de François Ier) puisqu'elle doit sa position à Louise de Savoie, on comprend qu'il la regarde comme un prolongement de cette mère qui a beaucoup fait pour le royaume et a gouverné à plusieurs reprises (en 1515 et en 1525/1526). D'ailleurs, il lui confie la gouvernance des ses deux filles Madeleine et Marguerite.
Anne compte néanmoins une autre rivale : Diane de Poitiers, maîtresse du dauphin Henri qui a également une certaine influence sur la gouvernance du pays. Anne et Diane se combattent en secret. Elles ont chacune des appuis à la cour : Diane, catholique convaincue, est soutenue par les Guise et Anne par les protestants. 
Si François Ier ne lui restera pas fidèle, Anne le trompera aussi. On dit qu'elle fut traîtresse envers la France car elle aurait livré à l’empereur Charles Quint des secrets d’État pour s’assurer d’un avenir. Ce n'est pas impossible puisqu'elle avait encore bien des années devant elle et le roi était d'au moins 12 ans son aîné. Il lui fallait donc se poser la question de ce qui allait advenir d'elle à la mort du roi ou quand il la remplacerait par une plus jeune qu'elle. Mais elle n'eut pas de chance dans ses intrigues et ce qu'elle projetait ne réussit pas. Elle n'aurait d'ailleurs commis aucun dommage blâmable et la période où "régna" Anne d'Étampes resta plutôt une période de faste pour la France + relativement pacifique. Dans les faits, elle encouragea pas mal le roi à la tolérance religieuse, ce qui n'empêche pas certains  historiens de l'avoir rendue responsable des guerres de religion !
De plus, elle fit disgrâcier le connétable de Montmorency, une très bonne chose pour la France car c'était un piètre politicien pour ne pas dire pire.
Après la mort de François 1er, elle fut donc, comme elle le craignit, chassée par Diane de Poitiers, la favorite en titre du nouveau roi. Son duché d’Étampes lui fut confisqué mais elle le reprit plus tard après la mort d’Henri II et de Diane de Poitiers. Convertie au protestantisme, elle mènera une vie de plus en plus recluse. Oubliée de tou.te.s, elle mourra en 1580, à l’âge de 72 ans. Elle n'aura jamais d'enfant.



  • On trouve également une Anne d'Étampes affreusement intrigante dans le roman d'Alexandre Dumas "Ascanio", oeuvre inspirée de l'autobiographie du grand machiste Benvenuto Cellini. Du moins, Dumas fait dénoncer par la bouche de la duchesse la manière dont on prostitue d'innocentes jeunes filles de la noblesse au roi pour obtenir des faveurs à la cour.


  • Ici, un relativement bon article que je trouve assez objectif décrit le caractère et le rôle d'Anne d'Étampes dans la France des années 1530/40. Elle n'y est pas estampillée "méchante" et sa fameuse "trahison" y est expliquée de manière à plutôt la réhabiliter.

     
  • Par contre dans cet article du Parisien.fr, elle est non seulement qualifiée de méchante mais comparée à la sorcière du conte de Blanche-Neige. François 1er est décrit par défaut comme sa victime. 

Ah et encore un détail : elle était blonde aux yeux bleus et n'avait donc pas grand chose à voir avec la Gina Lollobrigida de pacotille du haut de cette page....

Ajout du 27 décembre 2012 : que penser de François Ier Hollande qui nous a vendu le comportement de Valérie Trierweiler envers Ségolène Royal via la presse tantôt comme une paix des dames à l'envers,

 tantôt comme un combat de favorites à l'instar de Françoise de Foix vs Anne d'Étampes puis la même contre Diane de Poitiers ?
jalousie200
Est-on encore au temps ou l'accès à la politique se faisait par le mariage ou par le concubinage comme le prétend un certain Salviac ? Sommes-nous toujours au 16e siècle où les femmes n'étaient jamais que des courtisanes plus ou moins légitimes ? Il y a un excellent article d'antisexisme sur le statut de la femme de droite qui fait beaucoup réfléchir à ce passé qui ne l'est toujours pas. Encore une fois Andrea Dworkin a vu juste sur la situation caduque des femmes qui se perpétue avec la même constance de génération en génération.

Dans cet extrait du film ou l'actrice américaine Lana Turner est Diane de Poitiers, nous sommes déjà sous Henri II. Anne d'Étampes a été écartée de la cour, c'est désormais avec Catherine de Médicis, la femme légitime que la grande favorite du nouveau roi est tenue de "rivaliser". Cette scène très kitsch nous ramène à l'idée de dangerosité de la femme, d'empoisonneuse, de tentatrice à coups de pomme, d'Eve, de Blanche-Neige, de Proserpine, à l'idée que l'homme est le seul objet du désir d'une femme et que la solidarité féminine si elle est possible doit également servir l'homme. Toujours les mêmes symboles, les mêmes clichés, les mêmes messages, juste empaquetés différemment. Où est donc la sortie de cet oppressant tunnel ? Allons-nous la trouver un jour ?

lundi 24 décembre 2012

Noël avec Anna Amalia von Braunschweig-Wolfenbüttel, compositrice

"Erwin et Elmire" est un opéra en deux actes composé par Anna Amalia von Braunschweig-Wolfenbüttel dont le livret est de Johann Wolfgang von Goethe d'après un roman d'Oliver Goldsmith. À la différence de l'ensemble des opéras créés par des hommes, l'histoire ne se termine pas par la mort de l'héroïne mais par un amour partagé et heureux.
C'est donc en musique (féminine) que je vous souhaite un très joyeux Noël !

vendredi 21 décembre 2012

Sophia Brahe, astronome, médecienne, chimiste, horticultrice, alchimiste, astrologue, généalogiste



Scientifique du 16/17e s. très connue en Scandinavie, Sophia Brahe (ou en fr. Sophie Brahé) naquit en 1556 à Knudsturp au Danemark, la dernière de 10 enfants. Elle eut pour père Otte Brahe rigsråd (conseiller) du roi du Danemark ; et pour mère Beate Bille Brahe, gouvernante de la chambre de la reine Sophie. Le célèbre astronome Tycho Brahe, de 10 ans son aîné fut son frère. Sophie l'assista dans ses observations astronomiques, en particulier en 1573 lors de l'éclipse lunaire qu'il y eut cette année, et l'aida dans le travail qui a posé les bases du calcul contemporain de l'orbite des planètes. Ceci se passait dans  l'observatoire d'Uranienborg, sur l'île danoise de Hveen. Tycho écrit qu'il initia sa soeur à l'horticulture et à la chimie mais qu'il ne lui enseigna pas l'astronomie. Il est fier de mentionner qu'elle apprit l'astronomie par elle-même, étudiant des livres en allemand, et en faisant traduire d'autres du latin avec son propre argent afin de pouvoir les comprendre. Le frère et la soeur n'était pas seulement unis par la science, mais par le fait que leur famille n'approuvait pas cette activité qu'elle considérait comme inappropriée à leur condition. Tycho parle avec admiration de l''animus invictus' (âme invaincue) de sa soeur. C'est elle qui le poussa à résister à la pression familiale.
Elle épousa Otto Thott en 1576, à l'âge de 19 ou 20 ans, il en avait 33, et eut un enfant avec lui avant qu'il ne meurt le 23 mars 1588. Son fils,  Tage Thott, naquit en 1580. Après la mort de son mari, Sophia géra leur propriété de Ericksholm, jusqu'à la majorité de leur fils. Durant cette période, elle se consacra à l'horticulture, en plus de ses études de chimie et de médecine. Les jardins qu'elle créa à Ericksholm furent d'une beauté exceptionnelle et unique dans cette partie du monde. Concernant la chimie et la médecine, Sophia s'intéressait plus particulièrement à l'enseignement de Paracelse, pour lequel de petites doses de poisons servent à la fabrication de puissants remèdes.
Elle effectua ce genre de préparations pour ses ami.e.s, les gens de sa classe mais aussi les pauvres sans contrepartie financière.
                                             

Elle aida parallèlement son frère (de 1588 à 1597) à établir des horoscopes.

Le 21 juillet 1587, le roi Frédérick II du Danemark signa un document octroyant à Sophia Brahe les titres de la ferme de Årup qui est actuellement en Suède (les Danois ont occupé longtemps le sud de la Suède), sans doute en récompense de ses nombreux talents.
Elle rencontra un certain Erik Lange, avec qui elle étudia l'alchimie. En 1590, elle se lia avec Lange. Malheureusement, il avait usé une grande partie de sa fortune pour ses expériences d'alchimie, si bien que leur mariage fut repoussé et pour éviter les créanciers, Lange partit pour l'Allemagne où il essaya de trouver des "sponsors". Tycho Brahe écrivit lors de cette séparation le poème Urania Titani, comme si c'était une lettre de Sophia à son fiancé. En 1599, Sophia rejoignit Lange à Hambourg, mais ils ne se marièrent pas avant 1602. Le mariage eut lieu à Eckenförde (une petite ville d'Allemagne du nord que je connais bien). Ils y vécurent longtemps dans une extrême pauvreté. Sophia écrira à sa soeur Margrethe Brahe qu'elle a été obligée de porter un justaucorps troué pour son mariage et Lange un costume de location. La lettre de Sophie exprime sa colère contre sa famille qui n'accepte pas ses études scientifiques, et la laisse intentionnellement sans argent. Vers 1608, Erik Lange s'installe à Prague, où il mourra en 1613.
Vers 1616, Sophia rentre au Danemark et s'installe à Helsingør. Elle passe les dernières années de sa vie à rédiger les généalogies des familles nobles danoises, publiant la première version en 1626. Son oeuvre est encore considérée aujourd'hui comme la plus importante source historique sur la noblesse danoise. Elle meurt à Helsingør en 1643 et est enterrée à Kristianstad.

mercredi 19 décembre 2012

Réécrire l'histoire sans les femmes ou l'éternel cas des Amazones

Extrait du livre "Des Amazones et des femmes" par Cécile Voisset-Veysseyre.

(Pour connaître ses sources et lire ce qui précède ou ce qui suit,cliquer .

L'auteur de l'Anabase d'Alexandre s'autorisait de deux propagandistes pour nier,entre autres, l'existence des Amazones : "Cependant il n'est fait mention de cela ni chez Aristobule ni chez Ptolémée, ni chez aucun de ceux dont le témoignage est digne de foi en ces matières. D'ailleurs je ne pense pas que la race des Amazones existait encore à cette époque et, même avant l'époque d'Alexandre [...]. Et même personnellement, il me semble invraisemblable qu'une telle race de de femmes ait tout simplement existé, bien qu'elles aient été si souvent célébrées, et par des auteurs si estimés". Comme Strabon, Arrien ne veut point entendre parler de ces femmes ; l'argument d'autorité couvre le refus entêté de croire à leur existence. Avec raison, Paul Goukowsky adressait à ces deux auteurs respectifs de salutaires critiques et reliait ce parti pris à l'histoire de la fameuse rencontre : "Comme un repoussoir, l'oeuvre de Clitarque permettait toutefois à Ptolémée de souligner sa propre objectivité. C'est ainsi qu'il qualifiait de légendaire les amours d'Alexandre et la reine des Amazones".
Avant lui Jean Thérasse montrait que la tendance moralisatrice des récits ultérieurs à ceux des deux historiographes permettait de mettre en doute l'impartialité de celui qui s'en autorisait : "Arrien a laissé de côté tout une série de faits plus ou moins légendaires défavorables à Alexandre, alors que Quinte-Curce, précisément s'y est complu. C'était enlever par le fait même toute base à des considérations et à des reproches  moralisateurs". La rencontre d'Alexandre et de Thalestris rend donc effectif le constat accordant du poids à son caractère anecdotique ; si Quinte-Curce en donne le récit le plus détaillé, Arrien en dit le moins. Jean Thérasse et Paul Goukowsky montraient justement que Diodore et Quinte-Curce se référaient eux-aussi à Aristobule et à Ptolémée. Ce n'est pas sans raison que Plutarque voulut clore le débat. "Du reste, que l'on ajoute foi ou non à ce récit, l'admiration pour Alexandre ne sera ni diminuée ni accrue". Peut-on le croire ? Une certaine historiographie ne ternissait-elle pas l'image du Héros ? Si la geste d'Alexandre ne comptait pas avec les Amazones comme le voulait Arrien, n'était-ce pas parce que sa rencontre avec Thalestris risquait de ternir la mémoire du grand homme ? Une guerre des images faisaient rage, engageant deux écritures qui s'opposaient selon qu'on devait ou non présenter un Alexandre défenseur des valeurs grecques : "Mais un état s'accommode mal d'avoir à sa tête un héros et, comme on le verra, l'historiographie officielle s'employa d'abord à dissimuler ce par quoi Alexandre entendait s'écarter de la norme". N'importe t-il pas que les récits de Diodore, de Quinte-Curce et de Justin imputent à l'amante amazonienne une double métamorphose d'Alexandre sous la double forme d'une orientalisation et d'une féminisation ?
L'association de l'orient et des Amazones ne surprend pas, non plus que la représentation de la femme-amazone qui domine l'homme au lieu d'être dominée par lui car toutes deux reproduisent le vieux motif de l'inversion ; ainsi lit-on qu'"au lieu d'arracher comme Hercule sa ceinture à l'Amazone, c'est-à-dire sa virginité, Alexandre s'est laissé violer par Thalestris !". Ce retournement de situation insupporte tant la grande histoire que l'aventure amazonienne du grand homme doit être jetée aux oubliettes, à moins qu'il faille lire cette fabuleuse union comme "une fable moralisatrice destinée à mettre en garde les Grecs contre les dangers de l'Orient".

On peut faire tourner la rencontre au désavantage de Thalestris et faire d'elle une seconde Penthésilée en regard d'un Achille venant de la poignarder, bien que le dommage de cette rencontre touche moins spectaculairement Alexandre : "On dit qu'ils découvrent alors leur amour mutuel, à moins qu'il ne s'agisse, selon une autre interprétation, de l'ultime tentative de séduction du héros par la guerrière aux abois". Ainsi lit-on : "C'est après treize jours passés dans les bras de l'Amazone (le chiffre est constant) que le Macédonien adopte les moeurs perses".
La petite histoire permettrait-elle alors de lier cette orientalisation fatale à un amour guerrier ? Telle est la lecon qui paraît se tirer du Secretum Secretorum, recueil d'écrits adressés au Héros et qui connut un grand succès au Moyen Âge : "Dans ce texte, Aristote avertit Alexandre qu'il est dangereux de confier son corps aux femmes et le met en garde contre les venins mortels qui avaient empoisonné tant de roi par le passé"
 (...)
(...)
(...)
Pour les hommes le célibat des Amazones se lit de la division plutôt que de l'union et fait lire leurs relations avec eux comme des unions destructrices plutôt que procréatrices. Dans le texte patriarcal, ce célibat est un célibat guerrier ; avant d'être coupables, les unions non conjugales sont condamnables parce qu'elles délient les femmes de ceux qui entendent bien, c'est-à-dire seuls, mener politique.

(Cécile Voisset-Veysseyre une autrice qui a beaucoup écrit sur les Amazones a publié trois ouvrages sur ce thème aux éditions L'Harmattan)

Sur le philosophe Hobbes, elle écrit : Thomas Hobbes est apparemment le seul philosophe qui ait jugé utile d’intégrer à la réflexion politique, fût-elle dominante, la question des Amazones. A l’encontre d’une tradition hostile à ces femmes, il les donne à lire moins comme des guerrières que comme des mères. C’est l’occasion pour lui d’exercer positivement la pensée critique vis-à-vis d’un long héritage que résume le terme "patriarcat".

samedi 15 décembre 2012

Mirhimah et le sultanat des femmes

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(Mirhimah peinte par Le Titien)

L'exemple de Roxelane fit des émules. Elle eut d'ailleurs une fille avec Soliman et celle-ci, du nom de Mirhimah, mariée au grand-vizir de son père, accompagna ce dernier dans ses voyages (c'est peut-être là qu'elle a été peinte par le Titien), s'intéressa beaucoup à l'art et à l'architecture et semble avoir eu un pouvoir important sous Sélim II ainsi qu'après son court règne. Fort de son apport féminin, l'empire ottoman, actuelle Turquie moins quelques possessions en Europe et au Moyen-Orient, aménagea un peu plus de pouvoir aux femmes pendant une période longue de 130 ans, période appelée "Sultanat des femmes". Des mères, voire des grandes-mères de sultan comme Kosem Sultan (1589 – 1651) qui fut l'une des rares femmes de l'histoire à diriger officiellement et seule un Empire musulman, gouvernèrent au nom de leurs enfants ou petits-enfants.

Comme d'habitude, on a là des femmes qui ont gouverné par défaut. Elles n'ont pas été véritablement reconnues comme cheffes, ce qui leur aurait permis d'avoir une autorité égale aux sultans et de brider par là même l'apparition de factions masculines rivales occupées à d'incessantes intrigues, ce qui est toujours le corollaire d'un pouvoir dit "faible" c'est à dire soit pas vraiment légitimé soit exercé par une personne incompétente.
Non, il faut que l'on puisse prouver qu'elles ne sont pas à la hauteur et leur autorité un pis-aller. Il faut aussi empêcher qu'il y ait impossibilité à l'une de ces factions masculines de reprendre le pouvoir.

Néanmoins avant le sultanat des femmes de l'empire ottoman, il y avait déjà eu de grandes sultanes.

La première sultane qui gouverna en son propre nom dans le monde (avant elle des sultanes régentes gouvernèrent pour leurs fils en bas âge) est probablement Sultanat Razya (1236 – 1240) du sultanat de Delhi. Elle fit établir écoles, académies, centres de recherches et bibliothèques publiques.
Plus tard, il y eut Chand Sultanat, plus connue sous le nom de Chand Bibi dont j'ai déjà parlé ici, qui fut régente du pays de son mari, le Bijapur de 1580 à 1590 puis régente de son pays natal, l’Ahmednagar entre 1596 et 1599.

Certaines femmes voulurent se faire appeler "Sultan" comme un homme c'est le cas de Kösem et de Razya mais l'histoire les appelle quand même pour certaine "Sultanat" (et pas "Sultane", bizarrement) c'est à dire concubine de sultan.

Pour en revenir à la polygamie abordée sur le billet précédent, je voulais aussi faire remarquer que la polygamie "sultanesque", disons, n'est rien d'autre qu'une monogamie aménagée, en fait puis qu'il y a hiérarchie entre les épouses : femme n°1, n°2, etc..., et que la favorite est la seule à être autorisée à garder ses fils (eh oui peut être Soliman a t-il eu plus de 14 enfants mais ces derniers n'étaient pas autorisés à vivre n'étant pas de la favorite) et, donc, il y a monogamie cachée, tout compte fait.
Conclusion : le débat sur la polygamie n'a aucune raison d'être associé au débat du mariage pour tous. 

jeudi 13 décembre 2012

Le "magnifique" et la "harpie frustrée"

Merci encore pour vos voeux et conseils concernant mon "refroidissement" (en France ce terme est obsolète mais en Allemagne il continue à servir de diagnostic).
Comme je suis enmaisonner toute la journée, je me promène sur le web et fait d'intéressantes découvertes.

Exemple : en traînant ici, j'ai atterri et pu enfin comprendre pourquoi mon billet sur Roxelane fait l'objet de visites assidues autant que journalières (à ce jour 2752), ce qui n'est peut-être pas absolument phénoménal mais quand même surprenant pour un texte sur une femme ayant vécu au XVIe siècle.

En fait, comme pour mon billet sur Henri VIII qui fait toujours l'objet de nombreuses visites c'est une série télévisée internationale qui a déclenché ce "phénomène". Pour Henri VIII, c'était "Les Tudors", pour Roxelane c'est une oeuvre intitulée "Le siècle magnifique" (= le 16e siècle).
Regardez bien cette vidéo. On ne comprend pas les paroles, c'est très bien. On y voit une femme maltraitée et des hommes qui paradent. Cela résume tellement bien la société telle qu'elle est toujours, l'autre ne pouvont exister sans l'un (la parade des hommes sans la maltraitance des femmes) ! On ne pouvait pas faire allégorie plus significative !

L'homme luxueusement vêtu qui est à la tête d'un groupe masculin presque aussi gorgieusement attifé est le célèbre Soliman le Magnifique, en turc : Muhteşem Süleyman.

À l'instar de Cyrus le Grand, d'Alexandre le Grand, d'Attila le Grand, d'Othon le Grand, de Charlemagne (en allemand : Charles le Grand), de Charles Quint "le Grand", de Napoléon "le Grand" (?), de Hitler "le Grand" et de tant d'autres qui se sont fait appeler "le Grand" par leurs courtisans, son but dans la vie était de fonder un immense empire et de mettre sous sa botte le plus de pays possibles.

Les femmes, quant à elles, étaient des marchandises acheminées dans son palais par des livreurs spécialement rémunérés à cet effet. Parmi elles, Roxelane jura de se venger du meurtre de sa famille par les Turcs et du traitement d'esclave qu'on lui fit subir.
Une vraie "harpie frustrée" (terme bien connu des féministes) donc, qui le cacha habilement afin de séduire le sultan et prendre le pouvoir.

Cette série est actuellement diffusée sur un espace géographique qui doit bien faire 15 % de la planète (la France et l'Allemagne réunies ne font que 0,67%) avec d'immenses espaces comme la Russie, la Turquie et les pays arabes, entre autres. Cela vaut donc la peine d'en parler.
Mais il paraît que le président conservateur turc Recep Erdogan (tiens c'est marrant la caissière du supermarché bio de chez moi s'appelle aussi Erdogan de nom de famille) n'est pas content du tout. Soliman  d'après lui aurait passé trente ans de sa vie à cheval alors que dans ce film TV on ne le voit presque que dans son palais ou harem. Personnellement vexé, il a déjà réussi à faire interdire par ci par là la diffusion de cette série. 

Dans cet article, on peut lire :  "Après les discours historiques d’Erdogan, la polémique a éclaté. Si le Sultan Soliman a passé trente ans de sa vie à dos de cheval, qui a fait les 14 enfants et qui a couché avec ses trente-cinq femmes ? Soliman le Magnifique était-il cocu ?"
 Pertinent ? Peut-être, mis à part qu'en ce qui me concerne, j'aurais inversé les questions puisque généralement on commence par coucher pour enfanter ensuite.
Quoique 14 enfants avec 35 femmes n'est pas un exploit extraordinaire et mon arrière-grand-mère maternelle en a eu 11 à elle toute seule (enfin avec mon arrière grand-père maternel).

Les trente cinq esclaves n'avaient apparemment pas l'autorisation de suivre leur "mari" à cheval. Cela nous aurait étonné aussi !

A propos de harem et de polygamie la polémique a fait rage à propos du mariage pour tous sur le blog d'Elooooody parce que certains petits malins estiment valable de faire un parallèle entre le mariage homosexuel et la polygamie, arguant qu'au nom de la cohérence, si on autorise l'un, il faut autoriser l'autre. Ce à quoi j'ai répondu : La polygamie est rétrograde et généralement basée sur l'asservissement des femmes, le mariage homosexuel est progressiste et élargit le concept de famille au lieu de le réduire.
La preuve : les pays qui autorisent la polygamie interdisent le mariage homosexuel. Car là comme ailleurs la question est à nouveau celle du consentement Mais apparemment cette notion dépasse l'entendement de beaucoup.

lundi 10 décembre 2012

La Mère Noël est de retour

Frau Holle

Je suis enrhumée, j'ai la tête vide et Berlin est sous la neige. À ce propos, on joue "Frau Holle" au cinéma Babylon avec Marianne Sägebrecht dans le rôle principal.
Sur la photo, Frau Holle produit de la neige en secouant son édredon de plumes.


Marianne Sägebrecht c'est l'actrice munichoise qui nous a enchanté dans ce film des années 80 qui s'appelle toujours "Bagdad Café". Un film qui passe haut la main le test de Bechdel !


vendredi 7 décembre 2012

Religion(s) mode d'emploi


Peu de personnes en France savent que Luther placait le mariage au dessus de la virginité, et que les catholiques ont toujours placé la virginité au dessus du mariage. Je l'ai expliqué dans les commentaires du billet précédent mais à l'heure où l'on parle de mariage pour tous je vais revenir un peu sur le sujet. La version officielle de ce parti pris est que Luther voyait dans le mariage une règle divine, un don divin et une injonction divine.
Je dis "version officielle" parce qu'il faut savoir qu'il n'y a pas de frontières étanches entre catholicisme et protestantisme. Ce sont deux religions qui sont en contact et ont en quelque sorte passé un pacte de non-agression. Si on remonte aux nombreuses diètes réunies par Charles Quint au XVIe siècle dans l'intention d'obtenir une entente entre catholiques et luthériens, on comprend que le dialogue, parallèlement aux guerres de religion et aux massacres interchrétiens, n'a cessé d'exister entre eux.
Que ce sont-ils dit lors de toutes ces réunions à laquelle jamais femme n'a assisté avant le XXe siècle ? Ils n'ont certainement pas fait que se quereller sur des dogmes comme la présence du Christ dans l'Eucharistie et la sainteté des saints. Ils ont certainement du aussi se mettre d'accord sur la place des femmes dans le monde chrétien et décider d'un statut quo.
Quand on bavasse exclusivement entre hommes c'est toujours pour se mettre d'accord contre les femmes sans le dire ouvertement mais en agissant de concert dans ce sens.
Personnellement je suis persuadée que Luther a découvert un tas de choses intéressantes en traduisant la Bible du grec. Elle avait encore conservé une certaine authenticité puisque les catholiques ne se préoccupaient pas de ce qu'il y avait dedans et seuls les Pères de l'Église la trituraient dans le sens qui les intéressait. Les fidèles n'étaient pas censés devoir y comprendre quelque chose et devait avoir une confiance sans faille en leurs prêtres + croire aveuglement à toutes leurs salades.
Pour que le moine Martin Luther se soit marié avec Katharina von Bora il a fallu au moins qu'il découvre que contrairement aux fausses vérités de saint Paul, Jésus était marié et qu'il défendait le mariage. Car Luther était un homme extrêmement pointilleux sur la vérité.
Il venait d'un milieu modeste et ne supportait pas les combines et tous les petits arrangements entre initiés qui avaient lieu chez les prêtres enrichis sur le dos de leurs fidèles.
Sans quoi il n'aurait pas jeté l'anathème sur l'Église catholique.
Mais comme son prêche était très révolutionnaire, à tel point que la caste aristocratique allemande de l'époque a failli être renversée, il a bien du, un beau jour, faire marche arrière s'il voulait continuer à bénéficier de quelques protecteurs hauts placés et ne pas finir sur le bûcher. En effet, la paysannerie s'était soulevée et l'Allemagne s'était transformé en champ de bataille.

Si Luther est revenu sur ces prêches contre les inégalités sociales, il a pu aussi bien revenir sur l'affirmation comme quoi Jésus était marié et prônait le mariage, non la chasteté à vie et le célibat.

La chasteté à vie et le célibat séparent définitivement les hommes des femmes.

Qu'est-ce donc qu'une religion qui veut cela ?

 

mardi 4 décembre 2012

La Vierge, cette empotée

Sur ce lien consacré de manière exhaustive au concept d'Immaculée Conception (site de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X, cette société ultra-catholique en rupture avec le Vatican qu'elle trouve trop mollasson) on peut lire ceci :

La Vierge est exempt du péché originel et représente l'antithèse d'Eve. Eve a écouté le serpent, Marie a écrasé le serpent.
En effet : depuis le livre de la Genèse jusqu'à celui de l'Apocalypse, ladite sainte Écriture raconte le combat entre ladite Vierge et Satan, en annonce l'issue finale : « Elle t'écrasera la tête. » (Gn 3, 15)
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Cette représentation est celle de la Vierge de Guadalupe. "Guadalupe" en langue aztèque veut dire "celle qui écrase le serpent". 
(Le 9 décembre 1531, sur une colline de Tepeyac (Nord de Mexico), une jeune dame « éblouissante de lumière » apparaît à un Amérindien Juan Diego Cuauhtlatoatzin, baptisé depuis peu. La Vierge Marie le charge de demander à l'évêque de faire construire une église sur le lieu même de l'apparition. Ainsi fut construite l'église Notre-Dame de Guadalupe).



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(Au pied des représentations de Marie, on trouve parfois une Lune parfois un serpent).

Mais cet acte trop guerrier, trop brave et trop glorieux pour une femme selon nos machistes cathos a été il y a peu attribué à la mâlitude suprême.

(Car il ne faut pas croire que le révisionnisme anti-femme ne s'exerce que dans le domaine de l'historicité séculière).

Monsieur Jean-Paul II, précédent pape et grand saint désormais, a, dans une encyclique par lui-même pondu, reprécisé l'événement comme suit :

"Nous avons déjà eu l’occasion de rappeler précédemment que cette version ne correspond pas au texte hébreu, dans lequel ce n’est pas la femme, mais sa lignée, son descendant, qui écrase la tête du serpent, le texte n’attribue donc pas à Marie, mais à son Fils, la victoire sur Satan.

Toutefois, comme la conception biblique instaure une solidarité profonde entre un parent et sa descendance, la représentation de l’Immaculée qui écrase le serpent, non par sa propre vertu, mais par la grâce du Fils, est cohérente avec le sens original du passage.
(...)
L’hostilité absolue établie par Dieu entre l’homme et le démon présuppose donc en Marie l’Immaculée conception, c’est-à-dire une absence totale de péché, dès le début de sa vie. le Fils de Marie a remporté la victoire définitive sur Satan et il en a fait bénéficier sa mère de façon anticipée, en la préservant du péché."


Ben voyons !


Il ne faudrait pas que la "Vierge" ait fait autre chose dans sa vie que de pondre un petit génie mâle unique en son genre et supérieur à l'espèce humaine toute entière (comme le pense souvent les mères de garcons). Mais que dis-je "un petit génie mâle" ? Un Dieu, oui !
 

Notre-Dame des Victoires

À propos de la fameuse Immaculée Conception, Je voudrais aussi ajouté que la notion de la virginité de la "Vierge" dispensée aux toutes petites filles comme un dogme religieux est très troublante. Parler de vierge = femme qui n'a pas été touchée par un homme, et cela à l'âge où l'on ne peut encore appréhender ni la sexualité ni son sens précis revient à insinuer dans l'esprit de si jeunes personnes qu'aux autres femmes, celles qui ne sont pas restées vierges en donnant la vie, on a fait des trucs louches pour qu'elles aient des enfants.
Heum....quels trucs louches ?
De plus ces trucs sont apparemment sales voire dégueulasses puisque celle qui ne les a pas subi, la "Vierge" est Immaculée . Je rappelle qu'"Immaculée" est apparenté à "maculature" qui veut dire "tache".
Toutes les femmes sont donc affreusement tachées (ou des taches mais cela on le savait déjà) par la "Conception". Leur conception n'est pas immaculée. Elle est sale.

Cette notion de pureté sans tache n'est mis en lien avec aucun personnage masculin de la Bible ou de l'Évangile.


Pour moi, la notion de virginité féminine imposée à l'esprit des croyant.e.s par l'enseignement catholique est juste toxique envers les enfants en général et une atteinte directe à la pudeur des filles impubères.


De plus, à propos de la "Vierge" qui aurait terrassé le "Serpent", depuis l'origine du christianisme jusqu'à aujourd'hui combien d'actes de révisionnisme anti-femme (sous forme d'encycliques, entre autres) ont été perpétré pour altérer cette religion dans un sens ultra-machiste ? Et que dirait aujourd'hui le personnage principal de cette comédie sur laquelle l'Église catholique base tous ses dogmes ?
Je laisse le dessinateur Tignous de Charlie-Hebdo répondre :
(En rapport avec la survalorisation des garcons au détriment (euphémisme) des filles, deux videos sur ce site pour celleux qui veulent encore en savoir un peu plus sur le féminicide en Inde, monde où l'on applique le principe d'utérus sur pattes à la lettre).

Ajout de 20.10 h. : pour rire des opposants au mariage pour tous, je recommande d'aller voir la vidéo avec Sophie Aram sur le blog d'Emelire. Elle y parle de la Vierge, justement.