jeudi 26 avril 2012

le Dieu du carnage

Dans un billet précédent, je parlais du machisme dont la caractéristique première est l'infantilisation masculine (le syndrome du petit tyran (cf. Sarkozy)). En ce sens le "patriarcat" comme le mentionnait  Héloïse dans l'un de ses billets devrait s'appeler plutôt "viriarcat" ou pour rester dans les radicaux uniquement latins "le viripotisme" car dans "patriarcat" il y a "père" et le machiste n'assume pas le rôle du père. Il s'en défait sur la femme et il appelle cela une affaire "privée" (le "privé" est tout ce qui n'est pas dans la sphère de ce qui va lui apporter des décorations, des palmes et des honneurs de la part de ces copains de jeu). Le "patriarche" est aussi peu "père" que possible et dispute la place de l'enfant à ses enfants. Il veut jouer, entrer en concurrence , se battre, GAGNER. Gagner de l'argent, des femmes.
Dans la pièce de Yasmina Reza, on voit deux couples s'affronter au sujet de leurs deux fils qui se sont eux-mêmes affrontés avec pour conséquence deux incisives cassées chez l'un. Les femmes tentent de pousser leur mari à prendre leur responsabilité de père, de s'investir dans l'éducation de leurs enfants, de leur donner des limites et leur inculquer quelques notions de civilité, au lieu de cela, les deux hommes glorifient la violence et convoquent pour cela leurs souvenirs d'enfance (eux aussi ont été bagarreurs, etc.) ou évoquent un dieu africain qui serait le Dieu du carnage. A force de ne pas être écoutées les deux femmes en viennent elles-mêmes à commettre des gestes violents. L'une casse le joujou hautement symbolique de son mari (son téléphone portable) et l'autre attaque physiquement son cher et tendre. Les deux femmes oscillent entre l'envie de détruire et celui de s'autodétruire : elles boivent de trop, s'autoflagellent, bref, expriment leur impuissance de toutes les manières propres aux personnes dominées.
C'est une excellente pièce sur le culte de la virilité, le stupide virilopotisme qui s'exercent partout avec les conséquences sur les femmes et les enfants que nous connaissons tous.




12 commentaires:

  1. oui c'est aussi le film de Polanski

    RépondreSupprimer
  2. A Berenice : le film de Polanski ne m'intéresse pas mais la pièce de Yasmina Reza, si !:)
    Que ce satyre se la joue artiste normal et ponde un film dans lequel il n'a strictement rien inventé puisqu'il se sert d'une pièce de théâtre toute faite, ne va pas m'empêcher de dire que j'approuve les thèmes choisis par Yasmina Reza même si je réprouve par ailleurs ses amitiés douteuses qui, pour lui donner des circonstances atténuantes, sont peut-être dues à l'impossibilité de se faire entendre en dehors d'elles...va savoir.

    RépondreSupprimer
  3. Les dieux du carnage, c'est eux. Peut-être que la solution c'est d'arrêter de leur rendre des services (gratuits) et donc de se faire cannibaliser comme le disait si bien Dworkin : ils se nourrissent de la force et de l'énergie des femmes pour la retourner contre nous et nous faire du mal.

    RépondreSupprimer
  4. Je suis contente de savoir qu'il a tout pompé sur une pièce de théâtre, (ce que je n'avais vu mentionner nul part ailleurs). Parce que je ne me priverai pas de le placer la prochaine fois que l'on me parlera de lui et de son "génie"... Le génie de la contrefaçon, quoi.

    RépondreSupprimer
  5. A Hypathie : bien vu. C'est ce à quoi j'essaie de tendre : ne plus rien faire qui serve à quel homme que ce soit à moins d'être (bien) rémunéré (et encore).

    A Berenice : oui, on fait beaucoup plus de tapage autour du réalisateur qu'autour de l'auteuse qui a également servi de scénariste. Il doit tout à cette grande artiste et aux acteurs et actrices qui jouent de toute façon n'importe quel rôle avec brio que ce soit dans un navet ou pas. Bref, qu'a t-il fait exactement ? Ce n'est pas non plus lui qui a tenu la caméra ni qui s'est occupé du montage.
    Alors apposer son nom. Voilà tout ce qu'il a du faire.

    RépondreSupprimer
  6. Le virilopotisme me semble en effet un terme très bien trouvé.

    Le "virilopote" se permet toutes les transgressions, il a tous les droits , il est au-dessus du patriarche , un peu comme Dieu le père . Le patriarche était aussi autrefois , et d'ailleurs l'est encore, un homme d'église , un haut dignitaire ,c'est à dire là où les femmes n'ont pas droit de cité..ou alors juste dans les couvents .
    Mais sa pression ne s'exerce pas que sur les femmes , sur les enfants bien sûr et sur d'autres hommes , plus faibles , plus pauvres ou de condition inférieure , sur un subalterne ,etc..

    Un virilopote doit d'abord montrer "qu'il en a ",alors que ça n'est rien d'autre qu'un pauvre crétin qui prend son sexe pour un cerveau .
    Le problème c'est que le schéma se répète , se perpétue , par les machos d'abord mais aussi par ses victimes , les femmes bien sûr qui enseignent à leurs enfants mâles la virilité , à leurs filles la soumission comme une espèce de fatalité , de loi universelle génétique . Mais aussi les hommes qui bien souvent pour échapper à ces harcèlements de petits coqs font eux-mêmes semblant et exercent à leur tour leurs terreur sur plus faibles qu'eux.

    C'est ainsi que les patrons accusent les employés de n'être pas assez rentables , qui à leur tour accusent les chômeurs de plomber l'économie qui accusent les étrangers de venir leur piquer leurs allocs ...etc.
    C'est en quelque sorte l'apprentissage ou l'éducation de la lâcheté. Il faut donc inverser la tendance et c'est pour cela que j'aime bien les femmes ..qui en ont ..du courage bien sûr !lol

    RépondreSupprimer
  7. Ha tiens je parlais souvent de viriarcat et d'androcentrisme, pour notre système social actuel, le patriarcat étant un peu plus référé au système social de nos grand mères dans ma tête, mais virilopotisme c'est bien vu, merci !

    RépondreSupprimer
  8. Moi aussi j'aime beaucoup ce terme; toute cette force perdue...entièrement dédiée à satisfaire un égo...combien nous y gagnerions tous s'ils transformaient cette énergie nombriliste et dominatrice en force créatrice et généreuse...il reste du boulot!
    Bon weekend Euterpe.

    RépondreSupprimer
  9. A coup de grisou : oui c'est une bonne analyse. Le virilopotisme est une forme d'exercice du grand et du petit pouvoir qui s'étend à l'économie et qui victimise les tyrans (dit "les forts" ou "les riches") et culpabilise les victimes (dites "les faibles" ou "les pauvres"). Et les femmes là d-edans font toutes plus ou moins un jour le choix de cautionner ce virilopotisme voire d'en transmettre les règles à leur progéniture. C'est la fameuse contagion emotionnelle symbolisée par le syndrome de Stockholm, entre autres.

    A elihah : l'idée est celle à la base d'une certaine Nicole-Claude Mathieu qui a inventé le terme de viriarcat et l'a défini comme suit : « ... le pouvoir des hommes, qu’ils soient ou non pères, que les sociétés soient patrilinéaires ou non. »

    A Colo : oui, beaucoup de boulot, c'est vrai. Mais la vie (le vivant) n'aime pas l'abus de pouvoir, je crois. Les lois de la nature sont de notre côté en quelque sorte :)

    RépondreSupprimer
  10. N.C Mathieu, oui, et son bouquin "L'anatomie politique" qui est une bonne bible :-)

    RépondreSupprimer
  11. A Elihah : bon alors il faut que je la lise ! :)

    RépondreSupprimer
  12. Pour moi, Carnage est un réquisitoire sans pitié contre le virilopotisme et contre les hommes qui revendiquent la violence et la loi du plus fort. A cause d'eux, la vraie civilisation, celle douce et conciliatrice (harmonieuse) des femmes n'est pas prete de se faire. Signé : un homme écoeuré par le cynisme masculin.

    RépondreSupprimer