dimanche 16 septembre 2012

Madame Mim ou le prix de l'égalité des salaires

Au cours des siècles, la position de la femme dans la société a perdu ou gagné en avantages sans que l'impression générale de progrès apparaisse de facon vraiment significative. On a alors tendance à parler de long chemin, de lentes avancées voire de pénibles avancées, etc...
Selon moi et au risque de choquer du monde, il n'y a pas d'avancée et il n'y en aura jamais de véritable tant que nous n'aurons pas bien conscience d'une chose :

Ce que nous obtenons de haute lutte d'un côté nous est toujours repris sournoisement d'un autre.

Sournoisement.

Si sournoisement que nous ne nous en apercevons pas du tout.

J'y avais déjà fait allusion à propos du féminin des noms de métiers qui étaient employée couramment dans notre langue jusqu'au XXe siècle et qui a brutalement disparu pile en même temps que la généralisation de l'emploi des femmes. Ce détail n'est pas anodin et a de grandes conséquences sur la perception que l'on a du travail.

Car cette censure a une fonction de taille. Elle est tout bonnement la poutre de soutènement du plafond de verre.

Maintenant prenons le cas de Madame Mim puisqu'on me l'offre sur un plateau :


D'où sort donc un tel personnage ? Qu'a t-il à voir avec la légende de Merlin l'Enchanteur ? Wikipédia nous dit qu'il "semble avoir été conçu comme l'étape intermédiaire entre une jeune fille gâtée et une vieille sorcière grincheuse". Et ailleurs qu'il a été pensé comme quelqu'une qui se serait décernée elle-même le titre de magicienne la plus puissante et enfin qu'il s'agit d'une créature "égomaniaque, excentrique et instable".
Nous savons tou.te.s que dans la véritable légende de "Merlin et le roi Arthur", il y a bien une "magicienne" mais celle-ci est une fée dont Merlin est amoureux et qu'elle s'appelle la fée Viviane.

Alors pourquoi a t-elle été remplacé par une certaine Madame Mim ? Il fallait, semble t-il, changer la fin de la légende qui suit : la fée Viviane enferme Merlin dans neuf cercles pour l'éternité et le voilà pris lui-même au sortilège qu'il a indiqué à la fée à sa demande.

Dans l'Amérique du début des années 1960, tandis que les féministes réclament à cor et à cri l'égalité des salaires c'était le moment de présenter à un immense public qui plus est enfantin et donc particulièrement malléable, au lieu d'un surhomme qui se fait piéger même involontairement par une fée, une femelle revendicatrice et qui se croit la plus forte, astucieusement éliminée par un susbstitut d'image paternelle.

Cette femelle ne devant ressembler en rien à la fée Viviane mais bien à l'idée que se faisait le patriarcat de la féministe, elle se devait d'être :
1. vieille
2. laide
4. égoiste ou mieux : "égomaniaque"
3. anticonformiste ou mieux "excentrique"
4. hyperactive ou mieux "instable"
5. immature ou mieux avec des manières de "jeune fille gâtée"
6. méchante ou mieux une "vieille sorcière grincheuse"

Dès qu'une femme en lutte contre le sexisme menace de faire des émules quelque part, ce personnage permet désormais de lui coller sur la face ce visage de soit-disant féministe de base et de la désigner à la vindicte populaire sans relâche depuis 1963, l'année où il a été créé.

Au fait, que se passait-il donc en Amérique en cette fameuse année 1963 ?

Le gouvernement ratifait le Equal Pay Act qui assurait aux femmes le même salaire que les hommes.







Mais, pendant ce temps dans les studio Disney on préparait une arme efficace contre celles qui l'avaient obtenu. Elles allaient le payer....cher, très cher.

Simple coincidence, direz-vous ? Voire !

7 commentaires:

  1. Ha oui, en effet.. Wow.. Merci Euterpe.
    (purée, ça démonte, au lever du lundi matin...)

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    1. J'espère de ne pas avoir pourri ta semaine ! :)

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  2. Je me suis toujours dit que les studios disney s'étaient aussi inspiré du personnage de Morgane, et l'avait énormément déformée, peut-être parce que les noms commencent par la même lettre.
    De toute façon, j'ai toujours préféré les premières versions, celtes, à celle de Chrétien de Troyes.

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    1. Même Morgane est attirante. On ne peut pas en dire autant de Madame Mim.
      Par contre je ne connais pas les premières versions celtes. A lire, donc.

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  3. Soit ils nous font payer l'addition de leur sexisme quand la loi est appliquée, soit ils traînent les pieds et font blocage lorsque l'échéance se profile à l'horizon. Comme sur le lien ci-après :
    http://www.lesnouvellesnews.fr/index.php/revue-de-presse/54-lu-sur-la-toile/2143-quotas-europeens-dans-les-ca-projet-mort-ne-et-inutile-

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    1. Oui ils attendent le coup de pied qui va les obliger à nous traiter à égalité et cela les rend mauvais d'y avoir été contraint. C'est aussi une des raisons pour lesquels ils vont ensuite chercher par où ils vont pouvoir reprendre ce qu'ils nous ont donné sans que nous ne le remarquions. Parce qu'ils veulent aussi pouvoir dire que "maintenant nous n'avons plus de raison de nous plaindre".

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  4. Ce n'est pas tant que ça nous est repris, c'est que le risque que ça le soit est permanent. Par ailleurs, le féminisme est récupéré à droite comme à gauche pour des raisons qui n'ont rien à voir avec, ce qui n'a d'autre résultat que de l'entraver.
    A droite c'est : de quoi vous vous plaignez vous vivez mieux qu'au Pakistan alors contentez-vous et fermez-la.
    A gauche c'est : le racisme c'est plus important, rétrogradez pour être égales (eux évidemment ils seront égaux à l'échelon supérieur)

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