mercredi 17 novembre 2010

La femme qui aurait des testicules sur la poitrine (au lieu de seins)



...n'est pas encore née, croyez vous ? Et bien si ! Elle existe. Car je ne sais pas si vous connaissez l'Artémise d'Éphèse ou "Artémis éphésienne" mais cette statue ne ressemble à aucune représentation connue de la déesse ni à l'époque classique, ni hellénistique ni romaine.
Le bas du corps est enfermé dans un fourreau qui porte des cases contenant un ou plusieurs animaux. Les bras sont à angles droits. La tête s'appuie sur un reposoir sur lequel son disposées des figurations animales. Elle porte une sorte de tiare. Son cou est orné de pendentifs descendant très bas si bien que les protubérances qui ont valu à Artémis l'épithète de polymastos "(aux multiples seins") arrivent encore plus bas. Mais les commentateurs modernes ont "remarqué" que ces seins ne sembleraient pas faire partie de l'anatomie de la déesse puisqu'ils sont placés juste au-dessus de la ceinture et auraient l'air posés par-dessus le vêtement.
Pour certains, il s'agirait donc, en réalité, d'attributs mâles. D'éminents historiens de l'art sont convaincus qu'il s'agit là de testicules de taureaux. D'autres sont persuadés que ce sont des testicules humaines, bien sûr. Cependant je vous épargne les théories qui accompagnent ce genre d'hypothèses. A moins que vous insistiez pour les connaître absolument.


En tout cas au XVIe siècle, on pensait encore que des globes au niveau de la poitrine ne pouvaient être que des seins (quelle idée !) et cette statue inspirée de sa soeur éphésienne (550 av. J.-C.) représente une autre déesse multimammaire avec des rangées de seins de plus en plus flétris vers le bas, nourrissant directement et sans équivoque quant à leur fonction, des animaux réels ou fabuleux.
Il s'agit de "La Nature" de Niccolo Pericoli dit Tribolo (v. 1500-1550), statue commandée en 1529 par Francois Ier pour servir de support à une vasque.
Une représentation où la dépendance du monde à la féminité est trop voyante pour notre époque sans doute !

16 commentaires:

  1. Des testicules? O_ô

    Je veux bien les références de ces "chercheurs" car je pense qu'il y a matière à rire dans leurs propos ^_^

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  2. Que ce soit des testicules ou de seins, ça fait un peu peur... cette invasion du sexuel dans l'art est une constante, cela dit.
    Bonne journée!

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  3. Des testicules ? Y'en a qui n'ont peur de rien - ou alors, qui sont prêt à tout pour tenter de se faire un nom dans le monde de la recherche, comme ceux qui sortent régulièrement un livre pour dire que Jeanne d'Arc était un homme et que Napoléon n'a pas existé.

    Je serais curieuse de savoir sur quoi ils s'appuient pour démontrer qu'il s'agit de testicules. Si ça ne t'ennuie pas de nous expliquer bien sûr.

    Merci d'avance !

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  4. Heu, moi aussi je veux bien les explications des chercheurs, histoire de rire un peu.
    Alice

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  5. A y regarder d'un peu plus près, ou plus loin... le corps de ces femmes a une forme oblongue qui le fait ressembler à un phallus, tu ne trouves pas ? De là à ce que pour les hommes cette partie de leur anatomie représente leur féminité... et qu'ainsi leurs testicules symbolisent leurs seins... il n'y aurait qu'un pas que je franchis allègrement.

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  6. Je ne sais pas mais voir des testicules en lieu et place de seins, ça me semble un peu tiré par les tétons comme hypothèse.

    Il faut voir quels sont leurs arguments.
    C'est vrai que les "protubérances" de la statue originale sont dépourvues de tétons et d'aréoles.

    ...

    J'ai fait une recherche rapide sur l'excellent portail de revues de sciences humaines "Revues.org" espérant y trouver plus d'info sur nos testiculateurs de statue mais je n'y ai trouvé que ceci : "[...] boules étranges où Bammer voit les ancêtres des seins multiples ornant l’Éphésia romaine et figurant des testicules".
    (in : "Techniques & Culture" 43-44 ;
    "L'origine des manières de faire", Art. "De la monnaie frappée et du mythe d’Artémis", Chap.5 "Artémis inventrice ?" §.93)

    La nature des sacrifices à Artémis ( §.94 ) et des offrandes (§.99 )est intéressante car composé d'être, d'objet ou de symboles féminins.
    je cite : "ceintures, bijoux, ou encore les petits objets d’or en forme de vulve ou de sein".

    Bien que ce ne soit pas suffisant pour se faire un avis, ces petits détails me font pencher du côté des "seins" plutôt que des breloques masculines.

    L'ouvrage au complet est disponible en intégralité ici : http://tc.revues.org/1222#tocto1n5

    De mon côté je vais attendre les indices d'Euterpe pour voir ce que les "pro-testicules" avancent comme arguments.

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  7. A Wakajawaka, Bettina, Artémise, Terpsichore, lucia mel puisque vous me posez tous la question : les historiens contemporains penchent pour les testicules de taureaux, parce que, je cite : "ils sont eux aussi un symbole de fécondité" (par rapport aux seins ? Que signifie ce "aussi" ?) et que les taureaux faisaient l’objet d’un culte, qu'ils étaient sacrifiés à Aphrodite (pourtant là c'est Artémise, cherchez l'erreur) et que l'on a très bien pu accrocher les testicules sur la statue (puis modeler une statue représentant ces testicules accrochées comme des légions d'honneur ?). On trouve cette théorie vraiment partout. Par exemple sur les guides de voyage pour la Turquie. Celle que je cite vient de celui-là : http://www.guide-martine.com/fra/aegean6.asp

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  8. En tout cas, elle est magnifique, cette statue et au premier coup d'oeil, il ne me viendrait jamais à l'idée de penser à des testicules, mais bel et bien à des seins!

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  9. @Euterpe :

    Si leur argument en faveur des testicules de taureaux est la nature des offrandes votives, alors, pour ce qui est des offrandes à Artémis (et non Aphrodite, comme tu le relèves), elles sont toutes "féminines" : pas de Phallus à l'horizon, mais des vulve, seins, vêtements féminins, etc.

    Je ne pense pas que la seule nature des offrandes soit suffisante pour déterminer ce que sont les "protubérances".
    Lais si c'est là le seul argument des "pro-testicules", alors leur erreur d'attribution (Aphrodite pour Artemis) l'invalide.

    (Je disais pas de phallus à l'horizon, mais je dois nuancer mon propos. Certaines statuettes de femmes déposées à Ephèse présentent des caractères phalliques accusés.
    Vu leur forme (longilignes avec un renflement de la tête/coiffe) et leurs dimensions, ce sont probablement des olisbos.
    Rien de surprenant, les olisbos gynomorphes sont très courants dans nombre de civilisations.

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  10. A Angèle : oui moi aussi je la trouve magnifique !

    A Wakajawaka : Serais-tu par hasard toi-même historien de l'art ?

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  11. ...on dirait aussi des oeufs... des grappes d'oeufs à la mode "Alien"... ça fait froid dans le dos ! ! !

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  12. @Euterpe : Oui :)
    C'est une des cordes que j'ai à mon arc et une de mes passions, bien sûr.

    @Fille du Midi : ce ne peuvent être les oeufs d'un alien car on ne peut voir d'alien hors d'Aquitaine !

    (Longue journée en perspective et toujours pas de vrai sommeil c'est une bonne excuse pour une blague aussi douteuse ? ). ;)

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  13. A Fille du Midi : des grappes d'oeufs ? Ce n'est pas une batracienne ! :D

    A Wakajawaka : euh...c'est pour la rime ? Eh mais... encore insomniaque ? Je te conseille le millepertuis à forte dose. C'est assez efficace. Disons qu'avec trois/quatre cachets d'un coup tu arrives à dormir au moins deux heures même si tu es un très grand récalcitrant du sommeil.

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  14. Bon...
    Alors plusieurs choses...

    -1-
    Artémis Ephésia n'a que très peu en commun avec l'Artémis classique, le principal point commun est le nom et ça s'en limite presque à ça. lol.
    Il est une pratique très courante chez les peuples hellénique de reprendre une divinité locale et de lui attribuer un nom olympien.
    C'est actuellement le cas de cet Artémis qui est souvent appelée simplement Ephésia (en parallèle de Athènes-Athéna), n'ayant aucun idée du nom de la divinité locale à l'origine.

    -2-
    Ceux qui veulent voir des testicules n'ont jamais du la voir de près, car clairement on distingue la forme de la corolle d'un sein de femme allaitante et même encore le téton sur certains.
    (On le distingue un peu sur cette image: http://vazivite.free.fr/turquie/artemis_big.jpg)
    Je ne suis pas une spécialiste des testicules, mais cela m'étonnerait qu'on trouve ça sur des bourses...

    -3-
    C'est aussi ignorer son culte dont le clergé était essentiellement féminin, en dehors d'eunuques que nous qualifierions aujourd'hui de transsexuels MtF.

    Bref, ça m'a tout l'air d'une fumisterie de personnes cherchant à attirer l'attention sur elles que de vouloir y voir des testicules.

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  15. A penthesilee : ah oui très intéressante cette photo ! On voit aussi les signes du zodiaque qu'elle porte en collier. Par contre ce n'est pas trop probant en ce qui concerne les aréoles des seins. Cela dit une testicule est poilue, fripée et pendouillante, alors !
    Fumisterie, peut-être, n'empêche que voilà ce qui se trouve dans les guides touristiques pour Ephèse, désormais !

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  16. Après avoir mené quelques recherches depuis que tu as publié ce billet, j'ai constaté que la plupart des articles mentionnant le collier de testicules font soit abstraction de leurs sources, soit renvoient au premières études du site (principalement celle de Bammer, -je l'ai évoquée plus haut (le 18/11/10)).
    Cette histoire de testicules me fait penser à ces "coups médiatiques" dont nos médias sont friands : on prends une publication scientifique potentiellement sensationnelle sans en vérifier la validité, hors contexte- et on fait une belle annonce que les médias s'empressent de reprendre en chœur si par malheur elle a eu assez d'écho.
    Que l'annonce soit vraie, fausse, mésinterprétée ou dépassée n'a guère d'importance.
    Mais hélas, à force de répétition, même les plus fumeux des mensonges prennent atours de vérité.

    Et voilà notre pauvre Artémise pourvue d'attributs mal placés que je lui plains d'arborer au chaud soleil de Turquie.

    Je pense que je vais essayer le millepertuis !
    D'habitude j'utilise la camomille (pas la grande camomille officinale, mais la petite qui affectionne tant les lieux piétinés -reconnaissable à sa floraison en petites boules jaune-vertes).

    Je l'utilise aussi pour parfumer la pâte à crêpe (ça donne un excellent goût d'ananas, mais attention aux risque de somnolence si l'on en abuse).

    Hélas... cette années mes lieux de récolte ont été saccagés par les motos : plus une pousse sur les sentiers transformés en ravines.
    L'année prochaine elle sera de retour encore plus vive, mais je me retrouve sans réserves.

    Donc : du millepertuis...

    Et je confesse : mon jeu de mot était très douteux ! ;)

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