
Louyse Bourgeois naît à Paris en 1563, de parents aisés. Elle épouse un chirurgien des armées du roi, ancien élève d'Ambroise Paré, Martin Boursier, le 30 décembre 1584. De cette union naîtra cinq enfants.
Les guerres civiles (guerre de religion) viennent troubler le bonheur des Boursier et les précipitent dans la gêne. Louise décide d'apprendre le métier de sage-femme. Son mari lui ayant donné les premières notions d'anatomie, elle se met à étudier Ambroise Paré. Elle écrira :
"
Une honneste femme qui m'avoit accouchée de mes enfans, qui m'aymoit, me persuada d'apprendre à estre sage-femme*, et que si elle eust sceu lire et écrire comme moy, qu'elle eust fait des merveilles, que le cœur luy disoit que si je l'entreprenois, je serois en peu de temps la première de mon estat (...). "
Louise pratique cinq ans dans les milieux humbles avant d'être reçue jurée au Châtelet le 1er novembre 1598. Le mérite porte toujours ombrage, et ce ne fut pas sans difficultés qu'elle obtint ses grades. Le jury de réception se composait d'un médecin, de deux chirurgiens et de deux sages-femmes. Louise Bourgeois : « Les deux sages-femmes étoient la dame Dupuis et la dame Peronne ; elles me donnèrent jour pour aller les trouver ensemble, elles m'interrogèrent de quelle vocation étoit mon mary ce que sachant, elles ne vouloient pas me recevoir, au moins madame Dupuis, qui disoit à l'autre : Par Dieu, ma compagne, le cœur ne me dit rien de bon pour nous ! Puisqu'elle est femme d'un surgean (chirurgien), elle s'entend avec ces médecins comme coupeurs de bourses en foire ; il ne nous faut recevoir que des femmes d'artisans qui n'entendent rien à nos affaires. Elle me disoit (la dame Dupuis) que mon mary me devoit nourrir sans rien faire ».
Elle obtient néamoins le diplôme et les trois années qui suivirent, Louise exerce dans tous les milieux de la capitale.
En 1601, la reine Marie de Médicis est enceinte. Le roi avait désigné la Dupuis comme sage-femme mais il déplaisait fort à la reine d'être assistée par celle qui avait accouchée la maîtresse du roi. De recommandation en recommandation, Louyse devient l'accoucheuse de Marie de Médicis. Elle est si appréciée qu'elle sera la première à se voir octroyer le droit de porter un chaperon de velours (1606), insigne de sa charge, alors que les deux sages-femmes de Catherine de Médicis n'avaient eu droit qu'au collet et à une chaîne d'or. A la naissance de son sixième enfant, Henri IV lui fait une pension de trois cents écus.
Le 29 mai 1627, Marie de Bourbon-Montpensier, épouse de Gaston d’Orléans, frère du roi, meurt en donnant naissance, après un accouchement laborieux, à la Grande Mademoiselle, Anne-Marie d’Orléans. Une autopsie est pratiquée par les chirurgiens en présence des médecins du Roi ; selon leur rapport, des morceaux de placenta sont restés dans l’utérus ; ils accusent la sage-femme de négligence. Louise Bourgeois riposte par un petit livre " Apologie de Louise Bourgeois, dite Bourcier, sage femme de la reine mère du Roi, et de feu madame", Paris, Mondière, 1627, où elle défend ses connaissances et son savoir-faire.
Louise Bourgeois est la première sage-femme qui ait écrit des livres sur sa pratique, en donnant des conseils d’hygiène obstétricale et en montrant la nécessité d’une déontologie professionnelle.
"Observations diverses sur la stérilité, perte de fruict, fécondité, accouchements et maladies des femmes et enfants nouveaux naiz" (publié à Paris chez A. Saugrain en 1609 (dédié à Marie de Médicis puis chez Melchior Mondière en 1626 et 1642).
- "Instruction à ma troisième fille, qui a choisi et élu l’art d’être sage-femme, et qui peut servir à toutes autres, où se peut voir plusieurs choses remarquables sur divers sujets, même pour les accidents qui arrivent par quelques sages-femmes, et par le choix indiscret des nourrices, et par l’indiscrétion de plusieurs jeunes femmes grosses. Et l’erreur qui peut arriver sur le jugement de la grossesse d’une femme", Paris, 1609.
"Récit véritable de la naissance de Messeigneurs et Dames les enfants de France" Paris, M. Mondière, 1626, dans lequel se trouvent des anecdotes sur la naissance de Louis XIII et des autres enfants d'Henri IV.
- Puis en 1635 elle fait paraître "Recueil des secrets de Louise Bourgeois". Enfin du même auteur parut en 1689 "Le chemin frayé infaillible aux accouchements, qui servira de flambeau aux sages-femmes le tout enrichi de diverses figures".
Louise Bourgeois meurt à Paris en 1636.
Le souvenir de la mort malheureuse de la Duchesse d'Orléans, survenue en mettant au monde celle qui allait être la Grande Mademoiselle, devait pourtant plus tard inciter Louis XIV à appeler auprès de Madame de Montespan et de Madame la Dauphine le chirurgien Clément. Le règne des accoucheurs, jusque là écartés pour des raisons de décence, commence.
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*Dès 1560, les sages-femmes sont rattachées au Collège de Chirurgie, qui leur décerne un diplôme après un examen passé devant les maîtres de cette corporation).